Reprise : Aladin et la lampe merveilleuse, la version poétique de Jean Image

Posté par Claire Fayau, le 12 février 2011

L'histoire : Depuis son laboratoire dissimulé dans l’oeil du Sphinx, le Magicien d’Afrique complote pour retrouver la lampe merveilleuse qui garantit un pouvoir absolu à quiconque la possède. Le Génie des Ténèbres l’informe que la lampe est cachée dans un pays lointain et que seule une main innocente d’enfant peut s’emparer du trésor. Avec l’aide de son tapis volant, le Magicien voyage jusqu’à une ville remplie de minarets et de jardins merveilleux, où règne un sultan. Il y rencontre Aladin, un garçon pauvre qui vit seul avec sa mère. Se faisant passer pour l’oncle d’Aladin, le Magicien amadoue l’enfant pour servir ses desseins et l’entraîne dans sa quête de la lampe merveilleuse… (in DP)

Mille et une images... : Ce dessin animé de 1969 ressort sur nos écrans tandis que les films d'animation 3D envahissent les salles pour les vacances scolaires. Le contraste est saisissant : Jean Image (le créateur de Jeannot L'intrépide, une sorte de Petit Poucet mais aussi le réalisateur du Baron Munchausen en 1978, sur une musique de Michel Legrand) s'inspire du conte de fées (Les Mille et une nuits) en y ajoutant une touche de poésie toute personnelle. Les dessins sont lumineux, plus proches du culte Le roi et L'oiseau que de l'Aladdin de Disney (pourtant l'un des meilleurs du studio).

Ici , les chansons sont amusantes - plus proches du "Pudding  à l'arsenic" du dessin animé Astérix et Cléopâtre que des chansons d'amour de Disney. Cette rêverie animée devraient plaire aux plus grands par sa finesse, et émerveiller les plus petits. Il mériterait même quelques ateliers cinéma dans les écoles maternelles et primaires.

Ce spectacle enchanteur et fantaisiste, précurseur des créations de Michel Ocelot, est aussi vif que son héros et loufoque que les seconds rôles. Le film n'est as dénué d'énergie mais il reste avant tout un songe fantastique qui inspire une certaine nostalgie du travail artisanal dans l'animation..

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REPRISE LE 9 FÉVRIER 2011, COPIES NEUVES RESTAURÉES

THX 1138 de George Lucas (reprise) : Retour vers le futur

Posté par Claire Fayau, le 20 décembre 2010

Synopsis :  Au XXVe siècle, dans une cité souterraine qui ressemble à une termitière humaine où chacun s’identifie par un code de 3 lettres et 4 chiffres, THX 1138 est un technicien tout à fait ordinaire travaillant sur une chaîne d’assemblage de policiers-robots. Un jour, il commet pourtant un acte irréparable : lui et sa compagne LUH 3147 font l’amour dans une société qui l’interdit formellement. Pour THX 1138, c’est désormais la prison qui l’attend…

Notre avis : Premier long-métrage de George Lucas en 1971, reprise d'un court métrage de fin d'études à l'Université de Californie du Sud, produit par Francis Ford Coppola (il s'agit de la première création d'American Zoetrope), THX 1138 (son numéro de téléphone de l'époque à San Francisco) fut un échec relatif  à sa sortie (800 000 $ de budget, 2,5 millions de $ de recettes), et il fallut attendre plus de 30 ans avant que George Lucas ne puisse montrer sa vision définitive (2002). Une vision sans concession, avec  une musique  spectrale et monocorde  (de Lalo Schifrin, s'il vous plait). Un vrai thriller d'anticipation social  prend sa source ou a fait écho, dans le désordre chronologique et stylistique, à Brazil, 1984, Métropolis, Tron (la poursuite automobile), La Planète des singes ou 2001 l’odyssée de l’espace... Sans compter les influences littéraires comme Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley.

Dans le monde de Lucas, ex-étudiant en anthropologie, tout est aseptisé, les humains ont le crâne rasé, les drogues sont obligatoires, le sexe est interdit, et tout est codifié. A cette époque , aux Etats-Unis,  il y a le courant du Flower Power, avec les hippies aux cheveux longs qui prônent la liberté sexuelle... Le film de Lucas est un plaidoyer pour la liberté, une rébellion contre le totalitarisme. Un message qui ne peut laisser indifférent et qui s'avère aujourd'hui cruellement d'actualité.

Le film est cependant bien plus difficile d'accès que les autres oeuvres de Lucas. Ce n'est pas spécialement un film divertissant, mais intéressant. L'aspect déprimant, qui est souligné par le mouvement de la Passion de Saint Mathieu de Bach (musique réutilisée par Scorsese, déjà adorée par Godard), a tellement déplu à la Warner qu'elle a coupé une partie du film et réduit les dépenses marketing. Ceci explique cela.

La version définitive comporte des scènes modifiées, des dialogues changés et trois minutes supplémentaires.

Le succès critique a cependant facilité la vie du jeune Lucas, qui enchaînera avec le culte American Graffiti, de loin son meilleur film.

Le Narcisse Noir (reprise) : des femmes et des Dieux

Posté par Claire Fayau, le 13 décembre 2010

L'histoire : Une congrégation de religieuses britanniques est chargée de se rendre dans un ancien harem situé sur les contreforts de l’Himalaya, pour y établir un dispensaire. Autour du palais, le vent souffle continuellement et la nature propage une poignante beauté. Les sœurs sont aidées dans leurs tâches par Dean, un agent anglais installé dans la région depuis longtemps. Rapidement, la sœur supérieure Clodagh s’offusque de la conduite grossière et dissolue de ce dernier. Au sein de la communauté, les tensions s’exacerbent et les nonnes traversent des épreuves pesantes, aussi bien pour le corps que pour l’esprit…

Reprise : Le Narcisse noir ressort en salles le 15 décembre 2010. Sorti en  1947 , le film de Michael Powell et Emeric Pressburger  précède de quelques années leur autre chef-d'oeuvre, Les Chaussons Rouges.

"Qu'est ce que çà mange , un nonne ?". Réponse du général indien à la question posée plus haut - "Des saucisses", les  nonnes vont manger des saucisses car "les Européens en raffolent". Ici l'humour se mélange à l'exotisme. Et le charme des sœurs (Deborah Kerr en tête, mais aussi Flora Robson et Jean Simmons) contribue à nous séduire.

Au-delà, il s'agit d'une œuvre profonde, presque spectrale par certains aspects et intense. Le personnage torturé de Kerr permet tout un éventail d'émotion, de la peur au doute.  Entre crise de foi et actes de résistance, ces femmes amènent aussi une suavité salutaire dans un monde violent, à la fois effrayant, horrible et juste adouci par les magnifiques décors. Même si l'Himalaya a été entièrement reconstitué en studio.

Le film reçu d'ailleurs deux Oscars : la meilleure direction artistique (qui comprenait alors les décors) et la meilleure image. Le technicolor a exigé des prouesses techniques pour le directeur de la photographie, Jack Cardiff, qui s'est inspiré des peintures de Vermeer. Les arrières plans, des photographies en noir et blanc, ont été ainsi repeintes avec des couleurs pastels, qui donnent à l'ensemble une allure kitsch. De même il fallait prévoir des centaines de bougies pour éclairer correctement certaines séquences.

Deborah Kerr fut aussi citée comme meilleure actrice par les Critiques de New York.

Le secret de la pyramide (reprise) : Sherlock Holmes version eighties

Posté par Claire Fayau, le 7 décembre 2010

"- C'était une fille !
- Brillante déduction, Watson!
"

L'histoire : Londres, à l’époque victorienne. Un comptable notoire se jette de sa fenêtre à la suite d’horribles hallucinations ; on conclut au suicide. Non loin de là, le jeune John Watson entre à la prestigieuse Académie Brompton, un internat pour adolescents où il fait la connaissance d’un certain Sherlock Holmes. Le sens de déduction prodigieux de ce dernier en fait la coqueluche de l’école. Mais pendant que le détective en herbe poursuit ses études, les meurtres se succèdent, de plus en plus étranges. Lorsque son mentor, le professeur Waxflatter, succombe à son tour, Sherlock Holmes décide de mener l’enquête, épaulé par Watson...

Reprise : Réalisé par Barry Levinson (Rainman), produit par Steven Spielberg, Le Secret de la  Pyramide retrace  les jeunes années de Sherlock Holmes, avec une certaine distance. Écrit par Chris Colombus (Harry Potter 1 et 2), ce film d'aventures fait des infidélités (assez jouissives) à Conan Doyle.

Ce mix d'Indiana  Jones (et le temple maudit), des Goonies , de La Momie, des Gremlins... et d'Harry Potter (l'école de Sherlock et les scènes à Brompton renvoient à Poudlard) fait un peu "gloubiboulga" pour les adultes, mais le scénario, classique tient la route.

La relecture du personnage est intéressante. Sherlock passe de l'état de jeune homme amoureux et émotif à un adulte presque trop sérieux.  Les puristes s'offenseront de cette interprétation tandis que les cinévores s'en amuseront.

Étrangement, les effets spéciaux (nommés aux Oscars) n'ont pas vieilli. Il s'agit du premier film où un personnage (le chevalier qui prend vie dans la scène du vitrail - la plus réussie) est entièrement conçu par ordinateur grâce à un certain John Lasseter (Pixar). Il a fallut quatre mois pour parvenir à ce résultat.

La touche Spielberg se retrouve dans la cruauté et la violence de certaines séquences d'un film pourtant destiné aux plus jeunes.

Cela n'empêche pas le film de perdre son intensité au fil de l'histoire, sans doute à cause d'un casting manquant de charisme (Nicholas Rowe, alias le détective, n'a d'ailleurs rien fait de marquant depuis). Malgré des clins d'oeil appuyés (E.T. par exemple), Le secret de la pyramide ne parvient jamais à dépasser le genre pour s'imposer comme une référence.Et pourtant, à voir ce générique de fin qui réserve une surprise, on imagine que les créateurs avaient l'idée d'une suite. Mais ce Young Sherlock Holmes fut un fiasco total, ne rapportant même pas un quart de son budget au box office.

The swimmer : la course d’une vie ressort en salles

Posté par Sarah, le 25 novembre 2010

« Je dois rentrer à la maison à la nage. »

On nous avait prévenus avant le début du film, The Swimmer est un ovni magnifique. On s'attend donc à un film compliqué, métaphysique ou tout simplement incompréhensible. En fait, c'est le contraire. Certes, le film est original. Ned Merrill, interprété par l'imposant Burt Lancaster, un homme d'une quarantaine d'année habitant une banlieue huppée du nord de New York, apparaît dans le jardin de ses voisins. Il ne les a pas vus depuis longtemps, et tous ses amis lui font la fête. Soudain, il lui prend l'envie de rentrer chez lui à la nage, allant ainsi de piscine en piscine à travers la région. Il est athlétique, radieux et son idée l'enthousiasme dès le début. Mais, petit à petit, Ned va déchanter. Les voisins et la nature vont devenir de plus en plus hostiles, il va se fatiguer plus qu'il ne le pensait et les dernier kilomètres se feront dans la douleur.

Résumé ainsi, on comprend que l'histoire en elle-même est originale. Le film, réalisé par Frank Perry, est tiré d'une nouvelle écrite par John Cheever, et date de 1968. La mise en scène  est époustouflante. Tout est filmé dans le but de décrire l'état intérieur de Ned Merrill : la lumière, la nature et la musique rythment ses mouvements, illustrent ses pensées. La caméra suit le corps athlétique et le sourire charmeur de Burt Lancaster, alternant les champs, les piscines, la forêt et les fêtes mondaines. On comprend rapidement que Ned est un homme complexe. Il a une femme et deux filles, beaucoup de charme et d'argent. Même si personne ne le dit ouvertement, il a eu récemment de sérieux ennuis. Tout le monde le sait, sauf lui apparemment. A mesure qu'il se rapproche de chez lui, les gens se font hostiles, inamicaux. Il tombe sur sa maîtresse, qui le rejette violemment. Ned Merrill a beaucoup occulté la vérité sur sa propre vie.

La joyeuseté, la candeur, la vitalité et l'émerveillement du personnage au début du film donnent un étonnant contraste avec la fatigue, l'amertume, la peur et la tristesse de la fin. Ned Merrill a toujours voulu croire à son bonheur, mais peut-être que ce n'était qu'une vérité arrangée. Beaucoup de critiques de l'époque insistaient sur la suffisance et l'arrogance d'un personnage qui finit par payer les dettes de sa vie. Il n'a que ce qu'il mérite, penseront certains. On peut aussi voir ce retour à la nage comme le retour d'un homme sur sa vie. Quand on est jeune, les rêves et l'espoir font vivre en quelque sorte. Au fur et à mesure, la vie prend certaines routes, certaines impasses que l'on ne veut pas voir. Ned Merrill traverse sa vie à la nage, et le réveil se fait glacial. Oui, le temps passe vite, et l'être humain peut être cruel. On comprend mieux son cheminement lorsqu'il dit à un petit garçon laissé seul par ses parents dans une maison vide (est-ce son reflet?) : « si tu crois très fort que quelque chose est vrai, alors cela devient vrai pour toi ». Ned a certainement trompé son monde, mais il s'est surtout trompé lui-même. La scène finale en atteste, et c'est certainement une des plus tragiques qui soit.

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The swimmer de Frank Perry
Avec Burt Lancaster, Janet Landgard, Janice Rule...
Reprise en salles à partir du 24 novembre

IPCRESS – Danger immédiat (The IPCRESS file) : l’anti-James Bond

Posté par Claire Fayau, le 20 octobre 2010

Synopsis : Un prestigieux scientifique britannique, le docteur Radcliffe, disparaît subitement en montant dans un train, et son garde du corps est retrouvé mort non loin de là. Pour remplacer ce dernier, le turbulent Harry Palmer est transféré des services secrets militaires au service du contre-espionnage. Placé sous les ordres du major Dalby, un homme aussi intransigeant que laconique, Palmer est chargé de retrouver la trace de Radcliffe. Ses recherches l’orientent vers un dangereux malfrat d’origine albanaise et un dossier secret portant la mention « IPCRESS »…

Reprise : Tourné en 1965, IPCRESS (Induction of Psychoneuroses by Conditioned Reflex Under Stress) est le produit de son époque. Il possède le charme du film policier d'une période accro au modernisme, avec un Palmer dont le style fait penser à la fois à Colombo, Dirty Harry, et bien sûr à James Bond (notamment pour son goût pour les jolies femmes).

Premier d'une série de trois films d'espionnage dans lesquels Michael Caine incarne l'espion Harry Palmer, Ipcress est un film policier qui diffère des autres pour sa mise en scène avant-gardiste le singularisant des polars habituels. Avec son scénario plutôt bien ficelé, où le suspens est intact jusqu'au bout, le sentiment de trahison comme menace permanente (et fantôme), le film se distingue aussi par l'interprétation de son comédien, qui, on ne le dira jamais assez, est l'une des plus grands acteurs de ces 50 dernières années.

Son personnage, créé par le romancier britannique Len Deighton, se caractérise par son flegme, son humour et son côté rebelle. Un homme qui dit ce qu'il pense dans un milieu d'espions, ça donne un contraste et des paradoxes qui font leur effet. Anti-James Bond diront certains, ce personnage unique en son genre est à jamais attaché à son interprète. Amusant car cool, touchant sous le poids des enjeux, il est "payé pour ça" quand il risque de mourir.

Sidney J. Furie a réussit un film où l'atmosphère n'est pas en reste. Il détestait le script (auquel il mit feu devant toute l'équipe le premier jour de tournage). Entre réalisme froid et glamour chic très britannique. De voir Palmer, issu des classes laborieuses, se frotter aux élites, ajoute un piquant dans la trame policière. Ce sergent mélomane à lunettes (une première pour un espion au cinéma) dénote presque dans son environnement. Jamais à sa place, même quand il est torturé dans une ambiance psychédélique typique des années 60. The Ipcress File ce n'est jamais qu'une accusation politique et sociale d'une Angleterre qui ne comprend pas la décolonisation et qui sort de décennies conservatrices et étouffantes. Cette subversion est sans doute l'angle le plus intéressant. Caine n'est alors qu'un justicier moral et humble cherchant à équilibrer les forces.

Depuis de nombreuses séries, dont Mission : Impossible, furent influencées par le style du film, qui, par ailleurs, avait reçu 3 prix BAFTA (Oscars britanniques) : meilleur film anglais, meilleure image, meilleure direction artistique, en plus de ses deux nominations (acteur, scénario anglais).

A noter que, des années plus tard, Michael Caine s'autoparodiera en jouant le père d'Austin Powers. Le film ressort le 20 octobre dans certaines salles.

Reprise : Lenny de Bob Fosse, une bio pas lénifiante

Posté par Claire Fayau, le 16 octobre 2010

L'histoire : Après la mort du comique américain le plus célèbre et le plus controversé des années 60, un intervieweur recueille les témoignages de ses proches et tente de retracer sa vie… Au début de sa carrière, en écumant les cabarets du nord-est des États-Unis, Lenny Bruce rencontre Honey, une stripteaseuse qui devient sa compagne. Ensemble, ils créent un duo qui flirte avec le politiquement incorrect, et Lenny devient un provocateur admiré pour ses saillies qui frappent la société américaine avec une insolente méchanceté. À plusieurs reprises, il est arrêté pour propos obscènes. Tout en exaltant sa virulence, ces attaques mettent à jour la personnalité complexe du comique, dévoré par une sexualité débridée et une forte dépendance aux drogues ( In DP)

Notre avis : Lenny, biopic qui pique d'un comique unique en son genre date de 1974, mais n'a pas pris une ride... Bob Fosse signe ici un film sombre, sans concession (comme pouvait l'être Lenny Bruce.) Est-ce un écho à sa propre réflexion sur le monde du spectacle ? En tout cas, la forme du film est troublante, et le vrai et le faux se mélangent : noir et blanc intemporel, allure de faux documentaire, mélange d'interview, d'images d'archives, et de scènes de spectacles (admirablement filmées.)...

L'emploi de Dustin Hoffman est lui aussi troublant de naturel : il incarne superbement le rôle ô combien difficile de Lenny Bruce, père du stand-up américain, entre coup d'éclat et zones d'ombres. Avec sa partenaire féminine,Valerie Perrine, il compose un couple attachant et attaché malgré toutes leurs erreurs...

Mathieu Amalric serait un très grand fan de ce film qui l'a d'ailleurs inspiré pour son dernier film : Tournée. Comme on le comprend.

Un film à voir et revoir en ces temps de politiquement correct où l'humour ravageur est souvent incompris. Pour découvrir le portrait d'un homme qui s'est battu avec des mots contre la pudibonderie . A côté, nos comiques français et les "entertainers" actuels US font figure de Bisounours...

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Lenny de Bob Fosse (1974)
En salles depuis le 13 octobre

Le Songe de la lumière : reprise en salle et sortie DVD du film de Victor Erice

Posté par Claire Fayau, le 21 septembre 2010

L'histoire : Automne 1990, à Madrid. Le peintre Antonio López commence un nouveau tableau dans le jardin de sa maison. Il choisit un thème qu’il a maintes fois traité par le passé, la maturation de l’arbre fruitier, et s’intéresse à un cognassier qu’il a lui-même planté. Néanmoins, le peintre pousse sa réflexion et tente, pour la première fois, de représenter également la lumière du soleil. Au fil des jours, le tableau prend forme, mais la pluie automnale redouble de vigueur et le cognassier commence à flétrir irrémédiablement…

Si la vie est un songe pour Calderon, ce songe est lumière pour Antonio López et le réalisateur Víctor Erice, juré du dernier festival de Cannes (voir son bref portrait), cinéaste rare et exigeant.
Prix du Jury au Festival de Cannes 1992, Le Songe de la lumière (El sol del membrillo) est un film lumineux, contemplatif, poétique, qui laisse la place au temps qui passe et au silence.
Certains trouveront le temps long (134 minutes) mais lorsque l'on sait que le peintre a passé des mois et des mois à tenter de capter la beauté de "son" arbre et de sa lumière, on décide de se laisser porter par les -belles- images de cet objet filmé non identifié.

Il y a déjà eu des films sur la peinture (Frida , Van Gogh, Séraphine...) mais aucun ne s'était attardé à ce point sur le processus créatif et la patience nécessaire à cette création.

On ne tombe pas non plus dans le genre "la peinture pour les nuls", ou "chef -d'œuvre mode d'emploi" ; Antonio est filmé dans sa vie quotidienne : manger, se lever, discuter avec la famille et ses amis, se faire couper les cheveux... et enchaîner avec une réflexion sur Michel Ange. Oeuvre philosophique, elle démontre que l'image a un sens. Et donne un sens.

Pour Antonio, le résultat importe peu (parabole de la création qui frustrerait les perfectionnistes, miroir tendu à son réalisateur) mais plutôt le cheminement, faire et refaire  essayer d'atteindre un absolu, la beauté de l'instant présent.

Quitte à laisser tomber : "J'ai commencé par un tableau et fini par un dessin (...) Il faut bien renoncer à quelque chose." L'humilité et la lucidité l'emportent sur l'ambition et la reconnaissance.

En ces temps où l'on exige rapidité d'exécution et rentabilité constante, ce songe est une respiration pleine d'oxygène.

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Sortie en salles le 22 septembre. En DVD chez Carlotta.

La Quinzaine des Films Cultes : pique nique cinéphile

Posté par Sarah, le 24 août 2010

Chaque année, au mois de septembre, on peut compter sur la rentrée littéraire pour nous faire découvrir de nouvelles lectures et auteurs. Il existe aussi une version cinéma de la rentrée littéraire, avec un plus non négligeable, puisque la Quinzaine des Films Cultes commence la dernière semaine d'août. C'est donc parfait pour ceux qui sont rentrés de vacances en avance, qui souhaitent se détendre et revoir certains chefs-d'œuvre du 7e art. En effet, du 25 août au 7 septembre, une quinzaine de films qui ont ponctué 40 ans de cinéma son projetés au St Germain des Prés (Paris, 6e).

La Quinzaine des films cultes commence le mercredi 25 août avec la projection de Luke la Main Froide de Stuart Rosenberg, avec en vedette Paul Newman. En partenariat avec Splendors Films, la rétrospective propose par ailleurs un large choix de films qui vont de Clint Eastwood (Breezy) à Arthur Penn (Le Gaucher) et Sydney Lumet (A Bout de Course).

La Quinzaine propose aussi trois avant-premières avec la ressortie de trois grands films. Le 27 août, le chef d'œuvre de Franck Capra, L'Extravagant Mr Deeds, puis Abattoir 5 de George Roy Hill et The Swimmer de Burt Lancaster. Mais ce n'est pas tout.

La Quinzaine permet aussi de débattre et rencontrer des professionnels du monde du cinéma. Le 29 août, le film Les Hors la Loi sera projeté en présence de son réalisateur, Tewfik Farès. Le 2 septembre, ce sera au tour de Julie Bertuccelli de présenter le film Pique Nique à Hanging Rock. Enfin, le thème actuel de la nouvelle loi sur l'hospitalisation psychiatrique sera abordé par des psychiatres, lors d'un débat qui aura lieu après la projection du célèbre et excellent Vol au-dessus d'un nid de coucou de Milos Forman.

N'hésitez plus donc à (re)découvrir des chef-d'œuvre de cinéma, tout en discutant avec des cinéastes en cet fin d'été. Quoi de mieux que de préparer la rentrée tout en révisant ses classiques !

Reprise : Rue Cases-Nègres, une Martinique douce-amère

Posté par Claire Fayau, le 16 février 2010

ruecasesnegres.jpg"L'instruction est la clé qui ouvre la deuxième porte de notre liberté."

Synopsis: Martinique, années 30. Le jeune José vit avec sa grand-mère dans un extrême dénuement. Pour eux, comme pour tous les autres Noirs de la "Rue Cases-Nègres", l'existence est très rude puisque les seules ressources proviennent de l'exploitation des champs de canne à sucre...qui appartiennent aux Blancs. Si l'esclavage a été aboli, la dépendance économique le remplace. C'est dans cet univers aride que grandit José, sous l'œil bourru mais ô combien lucide et tendre de sa grand-mère, dont les principes d'éducation plutôt rigides n'ont qu'un but : armer au mieux son petit-fils pour lui permettre d'affronter l'avenir,  un avenir qu'il ne pourra conquérir qu'en comptant exclusivement sur lui-même. D'après le roman de Joseph Zobel.

Notre avis :Le cinéma est fait pour ce genre de film initiatique où la vie d'un pays est décrit à travers les yeux d'un enfant. Après la vision de ce film, la canne à sucre a un goût amer, mais le message s'avère positif : avec un peu d'intelligence et beaucoup de travail, on peut se sortir de la misère, sans pour autant renier ses origines, ses racines ou sa famille. Un  premier long- métrage coup de maître pour Euzhan Palcy (qui n'a jamais fait mieux depuis), récompensé par plus de  17 prix à travers le monde entier (notamment le Lion d'or à Venise) avec les soutiens de François Truffaut et Robert Redford tombés sous son charme.

Mention spéciale pour la défunte Darling Legitimus, "Miss Darling", épatante et touchante en grand-mère courage dont ce sera le dernier rôle après 50 ans de cinéma. Sans oublier les jeunes interprètes de José (Garry Cadenat) et son copain  mulâtre Léopold (Laurent Saint-Cyr). Aujourd'hui le film peut paraitre  un brin classique et académique dans sa forme , mais le fond reste -hélas- d'actualité, notamment avec les troubles qui ont agité la Martinique l'an dernier et la polémique récente sur l'absence de diversité dans le cinéma français.

Essentiel pour comprendre que notre identité nationale française ne se résume pas aux gaulois et à la chrétienté. Universel, atemporel, il s'adresse à toutes les générations.