Les reprises de l’été: Adlon, Imamura, Salles et Walsh

Posté par vincy, le 11 juillet 2018

Bagdad Café de Percy Adlon (1987)

L'histoire: Une touriste allemande quitte son mari et se perd en plein désert, avec la valise de son époux. Elle s'arrête au Bagdad Café, un vieux motel sur la route 66. La bavaroise se retrouve dans un rade poussiéreux, refuge à marginaux, tenu par une mère célibataire épuisée. L'étrangère va bouleverser tout cet équilibre précaire et attirer de nouveaux clients grâce à ses talents de magicienne.

Pourquoi il faut le voir? Outre le tube lent et hurlant, "Calling You", qui a fait le tour du monde, le film a été un gros succès (plus tard décliné en série TV et en comédie musicale), en France notamment (2,3 millions de spectateurs, deux César). A la fois mélo et comédie, ce feel-good movie a été une sensation des années 1980 alors qu'il est dépourvu d'intrigue. C'est sans doute ce qui le rend assez atemporel. Son esprit de liberté et son message positif (les barrières culturelles et les préjugés s'effondrent) font de cette fantaisie folklorique une fable généreuse.

La Ballade de Narayama de Shohei Imamura (1983)

L'histoire: En 1860, dans un village pauvre du Japon, les habitants atteignant 70 ans doivent aller mourir tranquillement sur le sommet de Narayama, aidés par leur fils aîné. La mère de Tatsuhei a 69 ans et se résigne pour le grand départ, alors qu'elle est encore vaillante. Elle règle les affaires de famille (mariages, dépucelage, et autres garantie que tout aille mieux après sa mort).

Pourquoi il faut le voir? Palme d'or en 1983, cette adaptation d'une nouvelle de Shichiro Fukazawa (la deuxième après celle de Keisuke Kinoshita en 1958) est remarquable par son réalisme, filmé en décors naturels, avec un regard presque documentaire. Imamura joue les peintres d'un Japon cruel, primitif et conservateur, tout en apportant un lyrisme sublime et une émotion palpable entre la mère et son fils. Le naturalisme et l'animalerie qui composent les plans montrent à quel point l'homme reste un "sauvage" et même un barbare. Sans aucun doute un des film les plus sombres et les violents derrière ce récit communautaire en apparence banal.

Central do Brasil de Walter Salles (1998)

L'histoire. Dora est une retraitée de l'éducation nationale qui travaille à la gare centrale de Rio de Janeiro, en écrivant des lettres pour les analphabètes. Elle est aigrie, a priori peu sympathique. Un jour, le jeune fils d'une de ses clientes, tuée dans un accident de circulation, laissée à la rue, se pointe devant elle. Sans aucune culpabilité, Dora le vend à un trafiquant d'organes. Mais sa voisine lui fait comprendre que cette fois-ci elle a été un peu trop loin. Elle récupère Josué, 9 ans, et accepte de partir dans le Nordeste pour retrouver le père du garçon. La vieille dame va progressivement s'adoucir...

Pourquoi il faut le voir? Ours d'or et Ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin, prix du public à San Sébastian, deux fois nommé aux Oscars, Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, Central do Brasil a été l'un des films phénomènes de l'année, révélant un documentariste dans le domaine de la fiction. Sentimental, acide, ce film dans la veine du néo-réalisme italien a permis à sa comédienne Fernanda Montenegro d'être couronnée un peu partout après 40 ans de carrière. Mais ce qu'on retient de cette histoire belle et touchante, c'est la générosité qui s'en dégage Cette quête identitaire, cette espérance enfouie dans une société dure, où la survie sociale et matérielle et les illusions mystiques vendues par les évangélistes laissent peu de place à la sincérité. Un vrai coup de cœur à l'époque. Et encore maintenant, sans doute par la surdose d'humanité qui s'en dégage.

La femme à abattre de Raoul Walsh et Bretaigne Windust (1951)

L'histoire: Un truand chargé de témoigner contre le patron d'un syndicat du crime est tué, malgré la protection de la police. Le chef du groupe criminel peut donc être libéré, en l'absence de preuves contre lui. Un inspecteur de police décide de trouver une preuve pour le confondre définitivement.

Pourquoi il faut le voir? Humphrey Bogart est ici à l'affiche de son dernier film avec la Warner Bros, après 25 ans de bons et loyaux services. En soi c'est notable. Pourtant The Enforcer a d'autres atouts. La construction avec plusieurs flashbacks était assez novatrice pour l'époque (tout s'alterne: l'enquête et la traque). La sémantique aussi, qui fait passer le film noir au film de gang, avec des mots "nouveaux", jargon de maffieux inconnu des flics comme des spectateurs. Et puis il y a cette particularité d'une co-réalisation. En fait Vretaigne Windust est tombé malade durant le tournage, Raoul Walsh a pris le relais, tournant l'essentiel du film. Classe, le cinéaste n'apparaît pas au générique, persuadé que ce film permettrait à Windust de s'affirmer dans le milieu.

Les reprises de l’été: Bresson, Bergman, Pollack et Varda

Posté par vincy, le 4 juillet 2018

Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson (1951)

L'histoire: Un jeune prêtre que brûle la passion de son apostolat et que ronge, à son insu, la maladie, s'installe dans sa première cure, à Ambricourt, un petit village du Nord. D'emblée, ses paroissiens ne lui manifestent qu'indifférence. Pensant trouver un meilleur accueil au château, il doit bientôt déchanter. Le comte a une liaison avec l'institutrice, et la comtesse vit recluse, révoltée contre Dieu depuis la mort en bas âge d'un de ses enfants. Par jalousie, Chantal, leur fille, pousse le prêtre à intervenir auprès de sa mère. En suivant ce conseil dont il ignore la perversité, le saint homme provoque maints désordres qui aggravent encore son isolement et accroissent ses tourments.

Pourquoi il faut le voir? Ce roman éponyme de Georges Bernanos (l'auteur de Sous le soleil de Satan que Maurice Pialat transposa sur grand écran, ce qui lui valu une Palme d'or) reçu le Grand prix du roman de l'Académie française. Mais la raison de (re)voir ce chef d'œuvre de Bresson est ailleurs. Prix Louis-Delluc et Grand prix à la Mostra de Venise, c'est la quintessence de la filmographie du cinéaste: pas de psychologie, une épure radicale, aucun jugement de valeur, des tourments contradictoires et tout autant de mystères. C'est à la fois austère et envoûtant.

L'œuf du serpent d'Ingmar Bergman (1977)

L'histoire: A Berlin, en novembre 1923, Abel, Juif  étranger dans son pays, apprend un jour que son frère Max  vient de se suicider. Il emménage avec la femme de ce dernier, Manuela, dans un étrange appartement. Derrière le suicide de Max et les multiples bizarreries de l'appartement se cache en fait le terrible Hans Vergerus, un médecin fou, pratiquant des expériences sur l'être humain et assassin méthodique...

Pourquoi il faut le voir? Outre son casting (David Carradine, Liv Ullmann, Heinz Bennent, Gert Fröbe...), il s'agit de l'unique production hollywoodienne du maître Bergman. Une curiosité en soi. Pour la petite histoire, Bergman voulait échapper aux impôts et s'était exilé en Allemagne où il tourna le film, un hommage à Fritz Lang. C'est aussi l'un des films les plus noirs du cinéaste. Sans doute lié à sa dépression de l'époque. Entre un monstre immonde, qui symbolise ce que sera le nazisme, et la métaphore sur le mal, qui pousse l'humain à détruire, cet œuf est avant tout un superbe film sur la paranoïa.

Out of Africa de Sydney Pollack (1985)

L'histoire: Karen Christence Dinesen est une jeune aristocrate danoise qui rejoint le Kenya britannique pour épouser le frère de l'amant qui n'a pas voulu d'elle. Par son mariage, elle devient la baronne Karen Blixen. Elle en vient vite à éprouver un amour profond pour l'Afrique, alors que l'Europe entre dans la Première Guerre mondiale. Elle s'acharne à faire pousser des caféiers sur les terres nues et désolées de sa ferme, dans l'espoir de protéger la tribu africaine qui y vit. Délaissée par son mari volage, Karen s'éprend violemment d'un chasseur farouche, épris d'aventures, Denys Finch Hatton.

Pourquoi il faut le voir? 7 Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, c'est déjà un bon argument en soi. Le duo Meryl Streep - Robert Redford rivalisent en beauté avec les somptueux paysages africains. Mais ce mélodrame, inspiré du roman autobiographique La Ferme africaine de Karen Blixen publié en 1937, fut aussi un énorme succès international. Son ampleur n'est jamais pesante tant le film s'avère délicat, retenu, "moderne" dans son propos. Les émotions sont là mais le film n'est pas un drame classique tant il ne parle que d'humanité. Mais peut-être que la seule belle raison est de revoir cette scène d'avion survolant la savane avec le thème musical sublime et atemporel de John Barry.

L'une chante, l'autre pas d'Agnès Varda (1977)

L'histoire: Deux jeunes femmes vivent à Paris en 1962. Pauline, étudiante, rêve de quitter sa famille pour devenir chanteuse. Suzanne s’occupe de ses deux enfants et fait face au drame du suicide de leur père. La vie les sépare ; chacune vit son combat de femme. Pauline devient chanteuse dans un groupe militant et itinérant après avoir vécu une union difficile en Iran. Suzanne sort peu à peu de sa misère et travaille au Planning familial…

Pourquoi il faut le voir? Le cinéma alerte d'Agnès Varda se met au service d'un film politique et féministe. Politique car il scrute l'évolution de la société française. Féministe, parce qu'il s'agit bien de deux personnages féminins qui doivent exister dans une monde toujours masculin. On est plongé dans une France gaulliste puis giscardienne, celle de la révolution sexuelle, de Mai 68, de la Loi Veil, de la crise pétrolière. C'est une chronique sur la durée dans une période effervescente. Varda n'impose aucun discours. Elle filme comme elle regarde ces femmes qui grandissent et qui luttent.

3 raisons d’aller (re)voir JSA de Park Chan-wook

Posté par kristofy, le 27 juin 2018

En ce moment la France se redécouvre une nouvelle passion pour le foot à travers la Coupe du monde à la télévision. Dans les bars où avec des amis, on partage une certaine ferveur pour les joueurs de l'équipe de France : certains évoquent la célèbre année 1998 où la France est devenue championne du monde quand d'autres étaient trop jeunes à cette période... Il s'est passé le même genre de phénomène au début des années 2000 au cinéma : une nouvelle vague de cinéastes de Corée du Sud déferlait et leurs films sortaient dans nos salles de cinéma avec succès.

C'est en fait Park Chan-wook est qui est devenu le pionnier de cette nouvelle vague coréenne avec JSA (ses films suivants Old boy, Thirst, Mademoiselle feront frissonner ensuite le Festival de Cannes...). JSA avait d'ailleurs reçu en France plusieurs récompenses de l'ex Festival asiatique de Deauville avant d'être disponible dans un beau coffret DVD, mais n'avait pas connu la belle sortie au cinéma qu'il méritait. C'est désormais - enfin! - chose faite : le film arrive sur les grands écrans, dans une version restaurée 4K.

- la reconnaissance du cinéma sud-coréen : Après l'impact du film d'action Shiri en 1999 (avec Choi Min-sik et Song kang-ho, stars en devenir notamment chez Park Chan-wook...), il y avait eu cet autre "plus gros succès du cinéma coréen" (du moment) : JSA de Park Chan-wook, avant l'invasion des Kim Ki-duk, Kim Jee-woon, Bong Joon-ho, Ryu Seung-wan, Na Hong-jin... Leur influence va peu à peu s'étendre sur tout le cinéma mondial.  Avec Old boy, Park Chan-wook est couronné d'un Grand Prix du jury de Quentin Tarantino à Cannes, Kim Ki-duk sacré Lion d'or à Venise par le jury de Michael Mann pour Pieta, la romance ado My sassy girl a été l'objet d'un remake américain (réalisé par le français Yann Samuell), tout comme Old Boy, Bong Joon-ho fut le premier a être coproduit par des américains pour Snowpiercer le Transperceneige et Okja, le thriller de psychopathe-qui-donne-des-coups-de-marteaux est devenu un genre de plus en plus violent avec The Chaser et J'ai rencontré le diable... Qu'il s'agisse du film catastrophe à grand spectacle (The tower, The last day, Pandémie, The Tunnel...) ou de film de combats en costumes d'époque (2009:Lost memories, Le roi et le clown, The Admiral:Roaring Currents...) le savoir-faire coréen tend à surpasser les productions américaines. Et tout a commencé symboliquement quand un large public sud-coréen a fait de JSA un énorme succès (près de 6 millions d'entrées en 2000).

- l'actualité de la frontière entre Corée du Sud et Corée du Nord : La péninsule coréenne a subi plusieurs occupations étrangères de son territoire (par les japonais, les soviétiques, des américains...) et depuis 1945 la Corée a été divisée en deux pays devenus ennemis. Au début de l'année 2000, JSA, de par son succès, est l'une des premières oeuvres qui fait de cette frontière non seulement un élément de décor déterminant mais qui envisage aussi une possible réunification des deux pays en guerre dans le futur... Justement cette année 2018 révèle à quelques mois d'intervalles deux autres films sur ce sujet de division/réunification des deux Corées : Gongjak, the spy gone north qui était en séance de minuit à Cannes et In-Rang: Jin-Roh, la brigade des loups de Kim Jee-woon. La politique a depuis rattrapé la fiction en avril  la poignée de main historique entre le dirigeant du Nord et celui du Sud, puis en juin la rencontre entre celui du Nord avec son ex-ennemi le président des USA en prélude a une éventuelle dénucléarisation de la péninsule : le fin de la guerre ? Justement dans JSA, film d'anticipation qui rappelle que la réalité rejoint parfois la fiction, il s'est passé quelque chose dans la zone commune de sécurité (la Joint Security Area) à la frontière qui divise les deux Corée : des soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts, et le coupable serait un soldat du sud. Cet incident provoque une crise diplomatique majeure entre les deux pays, que s'est-il vraiment passé ?

- Park Chan-wook, l'esthète du suspense : Le cinéma coréen se réinvente aux yeux du public international chaque année avec des nouveaux cinéastes qui s'imposent (dernièrement Yeon Sang-ho par exemple avec Le dernier train pour Busan). Ils sont surtout trois à sortir à tour de rôle film sur film pour réécrire les codes du thriller tout en les alliant avec le divertissement et/ou la démesure pour ce qui concerne Kim Jee-woon et Bong Joon-ho. Park Chan-wook semble plutôt explorer encore et encore les multiples facettes du suspense. Presque toute sa filmographie est portée par des complots dont on découvre les rouages au fur et à mesure du montage qui alterne flashbacks et faux-semblants : JSA, Sympathy for mister Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance, Thirst ceci est mon sang, aussi son film américain Stoker, Mademoiselle... Le sens de la virtuosité de Park Chan-wook s'est affiné de plus en plus mais déjà ce JSA porte comme une empreinte séminale de son oeuvre à venir. Par exemple en jouant avec la temporalité et une chronologie éclatée. Deux répliques sont d'ailleurs particulièrement symboliques : “notre travail n’est pas de savoir qui mais pourquoi ?” et “ici on préserve la paix en cachant la vérité”. Le film JSA est justement porté par une manipulation et une dissimulation, entre soldats ennemis et leurs supérieurs. Que s'est-il vraiment passé et quelles seront les conséquences ? A votre tour de mener l'enquête, à partir du mercredi 27 juin dans les salles de cinéma.

Gaumont-Pathé s’empare de La Géode

Posté par vincy, le 18 octobre 2017

Universcience, qui regroupe le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l’industrie, avait lancé le 3 février dernier un appel à projets innovants pour la Géode. La monosalle emblématique du Parc de la Villette souffre depuis plusieurs années d'une fréquentation en chute libre, passant de 1 million de spectateurs au moment de son ouverture à 300000 entrées en 2016.

Universcience avait donc lancé cette procédure de sélection durant l'été pour une remise de dossiers le 22 septembre. "Au regard des critères objectifs portant sur les volets culturel, social et financier, tels que fixés par le règlement de consultation, Universcience désigne la société Les Cinémas Gaumont Pathé comme attributaire pressenti" indique le communiqué de l'établissement le 17 octobre. La Compagnie des Alpes (qui gère aussi le Futuroscope où se situe une salle équivalente) et GL Events (dont le projet était de reconvertir le cinéma en centre de congrès) ont été recalés. Pathé a ouvert récemment un multiplexe au sein même de la Cité des sciences et de l'industrie, Pathé La Villette, équipé de la première salle 4DX en France (le Gaumont Montpellier et le Pathé de Toulon ont depuis suivi le mouvement).

Normalement, ce projet a "pour ambition de donner un nouvel élan à ce lieu emblématique en offrant au public de nouvelles expériences." Il s'agira surtout de rénover la salle (pour quelques millions d'euros) et de modifier l'offre (c'est là le plus grand défi).

Le conseil d'administration d'Universcience devra encore adopter la "convention d’occupation temporaire du domaine public pour l’exploitation du bâtiment de la Géode". Son actuel contrat d'occupation du domaine public se termine fin 2017.

7 ans de crise

Inaugurée il y a 32 ans, la Géode projetait des documentaires dans des formats souvent IMAX et/ou 3D. Mais son modèle a pris du plomb dans l'aile. Les multiplexes se sont équipés en 3D. Les réalisations documentaires en IMAX se sont raréfiées pour cause de coûts élevés. Et la Géode, liée à son établissement de tutelle dédié à la pédagogie, n'a jamais programmé de films grands publics pour attirer de nouveaux spectateurs, privilégiant les films animaliers, historiques ou scientifiques, ou des innovations comme la réalité virtuelle. Le ticket d'entrée était cher pour des séances qui dépassaient rarement 45 minutes. Actuellement la sphère programme Matt Pokora, My Way Tour, National Parks Adventures, A Beautiful Planet, Ouragan 3D et Baleines.

La Géode réalise un chiffre d'affaires de 3 millions par an environ et emploie 14 personnes. La salle est déficitaire depuis 7 ans.

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Lire aussi: La Géode: 30 films pour célébrer ses 30 ans

Les reprises de l’été: Belle de jour de Luis Bunuel

Posté par vincy, le 2 août 2017

Ce qu'il faut savoir: Restauré en 4K, Belle de jour, chef d'œuvre atemporel de Luis Bunuel a eu les honneurs de Cannes Classics cette année pour célébrer son cinquantième anniversaire. A sa sortie, le film avait été sacré par un Lion d'or à Venise (en plus du prix Pasinetti) et Catherine Deneuve avait obtenu une nomination comme meilleure actrice aux BAFTAS. C'est en fait avec le temps que Belle de jour est devenu culte. Même si le film a été un gros succès en France (2,2 millions de spectateurs en 1967, soit davantage que Les demoiselles de Rochefort sorti la même année), sa réputation a surclassé de nombreux films du cinéaste. Lors de sa re-sortie aux Etats-Unis en 1995, parrainé par Martin Scorsese, le film avait rapporté près de 5M$ au box office nord américain, soit l'un des plus gros scores des années 90 pour une re-sortie (et de loin la plus importante recette cette année-là puisque La horde sauvage, 2e des re-sorties n'avait récolté que 700000$). William Friedkin considère que c'est l'un des plus grands films du cinéma. Carlotta films et StudioCanal vous proposent de le (re)voir en salles dès le 2 août.

Le pitch: La belle Séverine est l’épouse très réservée du brillant chirurgien Pierre Serizy. Sous ses airs très prudes, la jeune femme est en proie à des fantasmes masochistes qu’elle ne parvient pas à assouvir avec son mari. Lorsque Henri Husson, une connaissance du couple, mentionne le nom d’une maison de rendez-vous, Séverine s’y rend, poussée par la curiosité. Elle devient la troisième pensionnaire de Mme Anaïs, présente tous les jours de la semaine de quatorze à dix-sept heures, ce qui lui vaut le surnom de « Belle de jour »…

Pourquoi il faut le voir? Pour Bunuel. Pour Deneuve. Pour tous les comédiens. Pour cette formidable interprétation visuelle et érotique du fantasme et de l'inconscient. On ne sait par où commencer. Il y a tellement de bonnes raisons de voir Belle de jour. Aujourd'hui encore, iil reste un modèle dans le registre de la fantasmagorie. Si le film atteint un tel équilibre entre le sujet, la mise en scène et l'interprétation (au point que Belle de jour et Catherine Deneuve fusionneront en un même symbole iconique), c'est sans doute parce qu'il s'affranchit de toutes les audaces, tout en étant formellement inventif et relativement pudique. Malgré sa perversité, c'est la poésie que l'on retient, cet onirisme si souvent plagié par la suite. Malgré l'aspect délirant du récit, c'est une succession d'abandons et de fêlures qui retiennent l'attention. Il y a une liberté absolue : celle à l'écran et celle qu'on laisse au spectateur.

"Son héroïne est à la fois maître de son destin, et maîtresse soumise aux vices des autres. Il n'y a rien de manichéen, car il ne fait que démontrer l'inexplicabilité de la sexualité. Avec un sens subtil du bon goût, le cinéaste espagnol parvient à nous exhiber des perversions qu'il ne juge jamais, mais qui accentuent le surréalisme du film" peut-on lire sur notre critique. "Bunuel réussit à composer un puzzle où puiseront nombre de cinéastes pour éclater leur narration et mieux fusionner le langage irrationnel du cinéma avec les logiques individuelles d'un personnage. Un portrait presque inégalable qui en dit bien plus sur rouages, les blocages et les engrenages de la psychologie d'une femme que de nombreux films bavards ou livres savants."

Et puis s'il faut un ultime argument, combien de films affichent au générique Deneuve, Piccoli, Jean Sorel, Geneviève Page, Francisco Rabal, Pierre Clementi, Françoise Fabian, Macha Méril et Francis Blanche?

Le saviez-vous? Un "roman de gare" de Joseph Kessel, des producteurs réputés commerciaux. Il n'y avait qui prédestinait Belle de jour à être un chef d'œuvre du cinéma. Co-écrit par Bunuel et Jean-Claude Carrière (c'est leur deuxième collaboration ensemble), le film s'est pourtant affranchi de toutes les contraintes. Même les pires. A commencer par la censure qui imposa des coupes au réalisateur (qu'il regrettera plus tard), notamment la scène entre Séverine et le Duc. On su plus tard que le tournage fut tendu. Les producteurs faisaient tout pour isoler le cinéaste de ses comédiens, entraînant malentendus et manque de confiance. Deneuve, à l'époque 23 ans, se sentait très vulnérable, et même en détresse, selon ses propres confidences. "J'étais très malheureuse" expliquait-elle, sentant qu'on abusait d'elle et qu'on réclamait d'elle toujours plus, notamment en l'exposant nue (il y a quelques subterfuges dans le film). Bunuel en avait conscience. Même si le tournage a été tendu, si l'actrice craignait son réalisateur, et si Deneuve et Bunuel avait un souci de compréhension dans leurs attentes respectives, cela ne les a pas empêché de tourner Tristana par la suite. Elle l'a toujours cité parmi les "cinéastes qui l'ont faite", aux côtés de Demy, Truffaut et Polanski. Elle avait accepté le rôle sans hésiter, alors que le personnage était très loin de l'image qu'elle véhiculait. Vierge et putain, et comme disait Truffaut: "Ce film coïncidait merveilleusement avec la personnalité un peu secrète de Catherine et les rêves du public."
Les deux scénaristes ont cependant pris soin d'interroger des tenancières de maisons closes sur les habitudes des clients et de nombreuses femmes sur leurs désirs. Dans ce film, le "vrai" est une fiction tandis que l'imaginaire est "réel".

Bonus: Grâce à Carlotta Films et StudioCanal, certaines salles diffuseront une rétrospective du cinéaste Luis Bunuel, "Un souffle de libertés", avec "6 œuvres majeures et anticonformistes", soit l'apogée d'une immense carrière en liberté (et les plus belles actrices françaises au passage): Le Journal d’une femme de chambre, La Voie lactée, Tristana, Le Charme discret de la bourgeoisie, Le Fantôme de la liberté, Cet obscur objet du désir.

Les reprises de l’été: Fight Club de David Fincher

Posté par wyzman, le 26 juillet 2017

Ce qu'il faut savoir

Dix-huit ans après sa sortie, Fight Club est toujours considéré comme le meilleur film de David Fincher. Violent et subversif par moments, cette adaptation du roman de Chuck Palahniuk raconte les péripéties d'un expert en assurances (Edward Norton) qui souffre d'insomnies et se décide à participer à une thérapie de groupe. Au contact de Tyler (Brad Pitt), un jeune vendeur de savon anticonformiste, notre narrateur fonde le fameux fight club, lieu de combats extrêmement violents. Sous l'emprise de Tyler, le narrateur ne réalise pas encore la gravité des actions engagées par le premier. Paradoxalement, alors qu'il est devenu culte et que la critique avait été plutôt positive, son succès a été relativement modeste (100M$ dans le monde, pour un budget de 63M$). Et il n'a hérité que d'une nomination aux Oscars.

Pourquoi faut-il le voir ?

Si le public américain n'était pas au rendez-vous lors de la sortie en salle, c'est sans doute parce que Fight Club n'a pas autant plu aux critiques que l'on pourrait penser. Sans ce twist final et ses scènes de bagarre, le film aurait d'ailleurs pu être oublié. Mais un bouche à oreille plus que conséquent et de multiples controverses lui ont donné ses lettres de noblesse. Plus encore, le quatrième long métrage de David Fincher a permis de faire exploser des acteurs dont on ne saurait se passer aujourd'hui : Edward Norton et Brad Pitt certes mais aussi Meat Loaf, Helena Bonham Carter, Jared Leto et Zach Grenier ! Pour la petite anecdote, on ne sait pas comment s'appelle le personnage d'Edward Norton mais on sait que l'acteur, ainsi que Brad Pitt ont pris des cours de lutte, taekwondo, boxe et de... fabrication de savon.

Pourquoi c'est culte ?

Faussement simpliste, bourré de références à la pop culture, viril et homoérotique, nihiliste et stylé, doté d'une sacrée critique de la société de consommation, Fight Club possédait déjà à sa sortie tout ce qu'il faut pour devenir culte. Constamment présent sur les listes de grands médias des meilleurs films de tous les temps et grâce à un retournement de situation qui avait tout du "jamais vu", Fight Club est parvenu à influencer bon nombre d'autres œuvres. Parmi les plus notables, la série Mr. Robot qui suit les péripéties d'un jeune informaticien anxieux, dépressif et paranoïaque et qui va rejoindre un groupe de hackers anarchistes.

Dans le film, la fin est différente de celle du livre: le narrateur est placé dans une institution psychiatrique. Pour David Fincher, cette fin laisse Tyler Durden (Brad Pitt) vainqueur. Il voulait que les spectateurs aiment ce personnage mais qu'ils soient aussi d'accord avec sa disparition.

Les reprises de l’été: Le Destin de Madame Yuki de Kenji Mizogushi

Posté par vincy, le 19 juillet 2017

Ce qu'il faut savoir: Kenji Mizogushi (1898-1956) est l'un des plus grands cinéastes asiatiques de sa génération. A la sortie du film Le Destin de Madame Yuki, adaptation d'un roman de Seiichi Funabashi, il n'a pas encore connu la notoriété internationale acquise avec ses multiples sélections et prix au Festival de Venise entre 1952 et 1956 et sa place en compétition à Cannes en 1954 avec Les amants crucifiés. Cinéaste prolifique (il tournait parfois deux à trois films par an). Films sans Frontières le ressort au cinéma le 19 juillet en version restaurée.

Le pitch: Unique rejeton d'une maison noble, Madame Yuki a épousé un homme égoïste et vil qui non seulement la bat mais la trompe ouvertement. Masaya, son ami de longue date, est épris d'elle. Mais, respectueuse des traditions, Madame Yuki n'ose rendre à son mari la monnaie de sa pièce. Elle commence à envisager le divorce lorsque son mari l'offense cruellement...

Pourquoi il faut le voir? Le film n'a jamais été montré en salles depuis plus de 30 ans et est inédit en vidéo. Œuvre méconnue du cinéaste, Le Destin de Madame Yuki est l'un de ces portraits de femmes magnifiques, sur fond de mélodrame, piégées par leur condition sociale et leurs aspirations amoureuses. Ici, Mizogushi s'intéresse à deux classes différentes: l'aristocratie d'avant-guerre et la bourgeoisie cupide et arriviste née de la reconstruction nippone. La femme souffre ainsi de cette déchéance inéluctable et d'un mari vulgaire et infidèle. En quête d'émancipation, elle va vouloir faire fructifier son seul bien en héritage, en transformant sa maison de campagne, symbole de son passé, en auberge. Mais éperdument soumise et incapable de se défaire de son mari, elle se fera spolier par lui. Ce qui est passionnant dans ce film pudique, magnifique et distant est cependant ailleurs: le réalisateur nous interroge sur la liaison entre amour et désir charnel. Le démon intérieur qui brûle en elle l'empêche finalement de s'affranchir tant elle est dépendante sexuellement. Ainsi, son mari la répugne mais il est le seul à la satisfaire sexuellement, tandis que son amant, raffiné et cultivé, est impuissant. Yuki ne peut qu'être désillusionnée et constater sa lâcheté. Habituellement poignants, les films du cinéastes abordent la passion avec une forme de mélancolie, tout en nous mettant au centre d'un duel où le féminin et le masculin s'opposent. Clairement, le cinéaste avait à cœur de sublimer le monde féminin, imaginatif, contemplateur et doux. Cela s'illustre parfaitement avec les mouvements de caméra majestueux et fluides. Chez Mizogushi, il y a toujours une maîtrise du récit, des fulgurances poétiques, et une sensibilité à fleur de peau. Comme le dit Martin Scorsese: "Mizoguchi est l'un des plus grands maîtres à avoir travaillé sur le medium qu'est le cinéma; je le place juste après Renoir, Murnau et Ford."

Le saviez-vous? Mizogushi n'aimait pas son film, l'estomant trop mélodramatique et presque trop beau. Pourtant, le plan-séquence funèbre où Yuki dans la brume matinale s'éloigne jusqu'à disparaître près d'un lac est splendide et figure parmi les plus belles scènes du 7e art. Ce lac, le Lac Biwa, métaphore du vague à l'âme et de la perte de soi, est une immense étendue d'eau au centre du Japon, entre les Alpes et Kyoto. On le retrouve notamment dans un autre film de Mizogushi, Les contes de la lune vague après la pluie (1953). Notons aussi que l'actrice incarnant Yuki, Michiyo Kogure, a aussi joué pour Akira Kurosawa, Yasujiro Ozu, Mikio Naruse et Tomotaka Tasaka. Le destin de Madame Yuki a été sa première collaboration avec Mizogushi. Ils ont tourné 4 films ensemble, dont le dernier film du cinéaste, La rue de la honte.

Les reprises de l’été: Le lauréat de Mike Nichols

Posté par vincy, le 12 juillet 2017

Ce qu'il faut savoir: "Mrs. Robinson, you're trying to seduce me. Aren't you?". C'est sans aucun doute l'une des phrases les plus célèbres du cinéma. Et la musique de Simon & Garfunkel est assurément l'une des plus populaires de l'histoire des B.O.F. Pour son 50e anniversaire, et pour la première fois en version restaurée 4K, Carlotta a la bonne idée de ressortir Le Lauréat (The Graduate). Le film a été le plus gros succès de l'année 1967 (et reste l'un des trente films les plus vus en salles en Amérique du nord), en plus de récolter l'Oscar du meilleur réalisateur pour Mike Nichols (et 7 nominations dont trois pour les acteurs, celle du scénario, celle de l'image et celle du meilleur film).

Le pitch: Benjamin Braddock vient d’achever ses études couvert de diplômes. Au cours d’une réception organisée par ses parents, il rencontre Mme Robinson, une amie de ces derniers. Elle séduit le jeune homme, lui faisant découvrir les plaisirs de l’amour. Les parents de Benjamin, qui ignorent tout de cette relation, incitent bientôt leur fils à sortir avec Elaine, la fille des Robinson. Réticent au début, il s’attache rapidement à l'étudiante…

Pourquoi c'est culte? Selon Steven Spielberg: "Pour moi, Le Lauréat est une expérience de cinéma autant qu’une leçon de maître sur la manière de tourner une scène." Mike Nichols n'en est pourtant qu'à son deuxième film, un an après Qui a peur de Virginia Woolf ?.
Le Lauréat est un film générationnel, en plein dans les années 1960, entre rejet des conventions et du conformisme, libération sexuelle et jeunesse idéaliste. C'est une critique subversive sur une société asphyxiée, oppressante, glacée et hypocrite. Il devance le « Summer of Love » de 1968 et les révoltes contre la guerre du Vietnam. Ce qui rend attachant le personnage de Dustin Hoffman est qu'il est entre les deux. Il a d'ailleurs 30 ans au moment du tournage. Il est censé incarner un jeune homme de 20 ans. Cette ambivalence profite au film, en plus de la sublime photo "californienne" et des airs mémorables de Simon & Garfunkel. La mise en scène de Mike Nichols créé des plans inoubliables: de la piscine à l'église où on célèbre le mariage, en passant par la célèbre scène où Benjamin est pris en tenailles entre les jambes de Mme Robinson… Maintes fois parodiée, copiée, reprise....

Le saviez vous? Dustin Hoffman, Katherine Ross, Anne Bancroft. Le trio n'était pourtant pas celui prévu. Ronald Reagan, Jeanne Moreau, Robert Redford étaient les candidats idéaux pour le couple Robinson et Benjamin. Et en fait tout Hollywood a été casté: Warren Beatty, Patricia Neal, Faye Dunaway (qui a préféré tourner Bonnie & Clyde), Geraldine Page, Doris Day, Simone Signoret, Sally Field, Candice Bergen et même Ava Gardner! Mike Nichols a été exigeant, au point d'offrir le rôle de Benjamin à un acteur de théâtre qui n'avait jamais été au générique d'un film. Le plus ironique est qu'au moment du tournage, Anne Bancroft, qui incarne la mère, a 36 ans, Dustin Hoffman 30 ans et Katharine Ross 27 ans. Pas vraiment l'âge de l'emploi pour les trois. Si Moreau n'a pas eu le rôle, c'est à cause des producteurs qui ne voulaient pas d'une étrangère. En échange ils ont cédé sur la musique que Nichols voulait absolument confier à Simon & Garfunkel.
L'autre ironie de l'histoire est que Dustin Hoffman a failli ne jamais avoir le rôle. Il avait été enrôlé pour le film de Mel Brooks, Les producteurs. Brooks lui avait donné l'autorisation pour auditionner, sachant que sa femme, une certaine Anne Bancroft, venait d'être choisie. Brooks pensait qu'il ne serait pas pris, trop âgé, pas assez beau. Hoffman pensait avoir raté son audition...

Les reprises de l’été: Memories of Murder de Bong Joon-ho

Posté par kristofy, le 5 juillet 2017

Au moment où le dernier Bong Joon-ho Okja, l'un des films les plus intéressants du Festival de Cannes, est visible exclusivement sur Netflix voilà une opportunité de (re)découvrir l'immense talent du cinéaste sud-coréen avec son premier grand succès Memories of Murder. Il s'agit en fait d'une nouvelle copie "upgradée" en 4k dont la qualité a donc été améliorée pour obtenir plus de finesse dans les détails des contrastes.

Le pitch: Dans une petite ville près de Séoul, un tueur en série assassine deux personnes sans laisser le moindre indice. Dès le début de l'enquête, la police locale est dépassée par les évènements. Fabrication de preuves, bavures, aveux forcés, recours au chamanisme, tous les moyens sont bons pour arrêter le coupable. Alors que les investigations s'enfoncent dans une logique absurde, le sanglant parcours du meurtrier continue...

Un style affirmé: Memories of Murder date (déjà) de 2004, une époque où la vitalité du cinéma coréen était telle que la plupart des films venant de Corée du Sud figurait dans tous les festivals avant de sortir en salles et d'être disponibles en dvd dans de belles éditions collector (pour ce film il y avait d'ailleurs eu un coffret double dvd avec 3h de bonus). La même année on découvrait Deux Sœurs de Kim Jee-woon et Old Boy de Park Chan-wook. C'est toutefois ce Memories of Murder qui va fixer les nouvelles composantes du polar made in Korea : une série de crimes, la pluie, la nuit, un tueur insaisissable, des policiers pas vraiment compétents... Avec ce second long-métrage, à 35 ans, Bong Joon-ho s'est imposé comme le nouveau maître à suivre et comme une référence dans le genre. Ici, l'incertitude l'emporte sur l'élucidation, la dynamique (avec les ruptures de ton) sert d'essence à un récit lui même à plusieurs vitesses. Et comme souvent, le tout est inspiré d'un fait divers réel. Surtout vous serez surpris d'être impliqué aussi bien dans une course poursuite que dans une enquête qui s'enlise. Ici pas point final, pas de résolution hollywoodien ou d'épilogue glorifiant. C'est un polar sur les gens d'en bas, qui critique vertement l'autorité et le pouvoir.

Une école coréenne: Bong Joon-ho est l'un des cinéastes les plus talentueux de sa génération. Il est l'un des rares à savoir manier une grosse dose de spectaculaire avec une petite dose d'humour pour développer des univers très personnels en direction du public le plus large possible. Bien entendu d'autres cinéastes coréens ont contribué à élever le film de genre vers des hauteurs vertigineuses - Park Chan-wook, Kim Jee-woon, Ryu Seung-wan, Na Hong-jin, Yeon Sang-ho et même Kim Ki-duk, même si leurs films  étaient parfois plus 'segmentants'. Parmi eux c'est bien Bong Joon-ho qui fédère le plus de spectateurs autant en Asie qu'en Europe et aux Etats-Unis (oui, Bong Joon-ho est une sorte de Steven Spielberg...). Après Memories of Murder, Bong Joon-ho a signé The Host (5ème plus gros record au box-office coréen), Mother, Snowpiercer, le Transperceneige, Okja, et il a aussi écrit et produit Sea Fog-Les Clandestins : une succession de chefs-d'oeuvre....

Une nouvelle affiche pour cette ressortie synthétise tout ceci en quelques mots : "le 1er chef d'oeuvre de Bong Joon-ho, le film qui a renouvelé le polar". Sur le dvd on pouvait lire "une mise en scène au scalpel, une oeuvre riche et déroutante, un film haletant, un sommet...".  Autant de compliments qui s'avèrent encore plus en adéquation avec les films suivants du réalisateur. C'est le moment de profiter des grands écrans des salles de cinéma pour se souvenir ou redécouvrir comment tout ça a commencé...

L’Utopia de Toulouse change de propriétaires (et de nom)

Posté par vincy, le 1 juin 2016

Le mythique Utopia de Toulouse change d'exploitant et de nom puisque ses fondateurs vont en céder l'exploitation à deux membres de l'équipe. Les deux cofondateurs d'Utopia -Anne-Marie Faucon et Michel Malacarnet - lâchent donc leur affaire, acquise il y a 23 ans.

Le directeur du cinéma, Jérémy Breta, et Annie Mahot, ne licencieront personne une fois le transfert effectué. Utopia conserve son établissement des environs de Toulouse, à Tournefeuille.

Une fois la cession effectuée, l'Utopia Toulouse (3 salles, 441 fauteuil, 270 000 spectateurs en année haute, Trophée de la salle art-et-essai du Film Français en 2001) se nommera l'American Cosmograph, "retrouvant le nom d'un modernisme désuet qu'avait l'une des premières salles de cinéma de la Ville Rose, en 1917" comme l'indique La dépêche du midi. Classée art et essai, le complexe devrait subir un lifting. Le 15 juin prochain sera donc le jour du basculement.

Une enclume toujours présente au-dessus du cinéma

L'Utopia était menacé par une inflation des loyers (lire notre article du 19 janvier 2016). Le propriétaire des murs, l’Association centrale immobilière Saint-Jérôme, réclamait un loyer mensuel trois fois supérieur à celui actuellement en cours, ce qui mettait en péril le modèle économique de l'exploitant. A l'époque, Anne-Marie Faucon expliquait: "Nous avons une grosse équipe, lourde à gérer, et nous sommes confrontés à la nécessité de nous mettre aux normes handicapés dans des locaux qui sont déjà inadaptés. Des travaux que l'on estime entre 400 000 et 500 000 euros". Une des hypothèses alors était de créer un complexe ailleurs et d'abandonner ce site historique. L'augmentation du loyer devait intervenir il y a trois mois, elle est toujours en suspension.

Dans Côté Toulouse, Jérémy Bata rassure les fidèles spectateurs: "L’esprit de la programmation sera absolument le même. Nous continuerons à avoir nos propres abonnements, les tarifs ne changeront pas, on proposera toujours trois salles et il n’y aura toujours pas de publicité, pas de recettes annexes ni de pop-corn ! Des changements vont venir petit à petit, mais sur notre fan-zine et sur le site internet."

Pour les habitués, cela ne changera pas grand chose puisque les cartes de fidélité et le magazine d'Utopia seront toujours disponibles à l'American Cosmograph.