Pas de Festival des films du monde à Montréal cette année

Posté par vincy, le 22 juillet 2019

Toronto devrait annoncer une surdose d'avant-premières prestigieuses comme Joker, Ford v Ferrari, The Goldfinch, Knives Out, et The Laudromat. Le festival, qui avait lancé la campagne de Green Book pour les Oscars l'an dernier, continue de vouloir assurer son rôle de rampe de lancement pour la saison automne-hiver.

A Montréal, c'est au contraire la débandade. Le Festival des films du Monde, autrefois événement international de catégorie A bien plus important que Toronto, n'aura pas lieu cette année.C'est la première fois depuis sa création en 1977.

Toujours aussi dépendant de Serge Losique, son fondateur et patron - qui avait su en faire un grand festival avant de tout faire "capoter" par égocentrisme et orgueil - le FFM est une victime collatérale. Losique, 87 ans, est très malade et continue à ne rien déléguer.

Litiges financiers

Aucun film n'a été sélectionné et officiellement, pour ne pas dire diplomatiquement, tout cela servirait à mieux préparer l'édition 2020. Depuis 2014, le festival ne bénéficie plus d'aucune aide publique. S'il survit, le FFM n'a d'intérêt que pour les montréalais, désormais complètement boudé par la profession. Déjà en 2018, l'annulation avait été proche, pour cause de taxes non payées. Serge Losique multiplie d'ailleurs les procès pour des litiges financiers pas très nets, que ce soit avec Revenu Québec ou la Sodec, ...

En abandonnant le FFM cette année, l'industrie du cinéma, pourtant bien chahutée ses derniers mois, pourrait saisir l'occasion pour refaire un festival digne de la métropole québécoise, qui ne manque pas de poids dans le cinéma entre les productions locales et les tournages hollywoodiens.

Montréal a déjà trois autres grands festivals : Fantasia, le Festival du nouveau cinéma et les Rencontres internationales du documentaire de Montréal, qui ont tous, année après année, repris des pans du FFM pour s'installer dans le paysage. Pas sûr que les subventions et les mécènes soient prêts à financer un quatrième évènement.

Trois questions à Félix Dufour-Laperrière pour « Ville neuve », en salles aujourd’hui

Posté par MpM, le 26 juin 2019

En salles ce mercredi 26 juin, et présenté au Festival d'Annecy dans la compétition Contrechamp, Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière s'annonce comme l'un des plus beaux films de l'année. Réalisé à l’encre et au lavis sur papier, ce qui représente environ 80 000 dessins, il raconte en parallèle la tentative de retrouvailles d'un couple séparé et la campagne référendaire pour l’indépendance du Québec, mêlant ainsi les possibles intimes à ceux de tout un peuple, et proposant une tension permanente entre les deux formes d’espoirs.

Il s'agit du premier long métrage de fiction du réalisateur, qui a déjà une belle carrière dans le domaine du court métrage, et avait signé en 2014 le documentaire Transatlantique. Il nous dévoile la genèse de ce film à la singularité éblouissante dans un long entretien à lire en intégralité ici.

Ecran Noir : Le film est inspiré d’une nouvelle de Raymond Carver, La maison de Chef. Comment s’est passée cette adaptation ?

Félix Dufour-Laperrière : La nouvelle est très courte. Elle fait 4 pages et demi. C’est une très belle nouvelle, très délicate. Carver est assez elliptique et précis. Il y a peu de détails et de descriptions, peu d’ornementations, mais la plupart de ses nouvelles jonglent avec un grand fatalisme, assez mélancolique, mais aussi avec une posture d’espoir, de résistance. C’est une écriture ultra-sensible et très simple. Tout est raconté du point de vue du personnage féminin et dès le départ, quand l’homme l’invite, elle sait que ça ne fonctionnera pas.

C’est d’ailleurs ce qui est assez beau à mon sens. Elle est très lucide, mais elle y va quand même, car elle veut vivre l’expérience, malgré tout. Je trouve que c’est très émouvant. La nouvelle finit mal, mais comme c’est elle qui raconte, quand c’est fini, ce n’est pas une surprise pour elle. Elle est prête. J’ai récupéré cette force-là, une posture de résistance, de lucidité du personnage féminin. Chez l’homme, il y a une tentation pour le fatalisme, un certain nihilisme, mais aussi une colère, une énergie destructrice, assez sombre, mais une énergie tout de même. J’ai récupéré uniquement le contexte, et une réplique.

Le scénario s’est construit en écrivant d’abord les trois longs monologues de chacun des trois personnages, qui à la fois les distinguent et les lient. C’est comme si dans l’espace de la parole, ils se retrouvaient et parlaient un peu de la même chose. Ils se répondent par paroles interposées. C’est pour ça que la parole amène une certaine abstraction. On n’est plus dans le réel, on est dans un espace où les paroles se font valoir, et où les personnages se rejoignent.

EN : Comment avez-vous travaillé l’esthétique du film : le choix du noir et blanc, l’aspect minimaliste, le recours à l’abstraction…

FDL : Le noir et blanc est venu assez vite car j’avais envie de dessiner sur papier. Dans l’économie qui était la nôtre, je me voyais mal établir une mise en couleurs très complexe sur papier. Je savais aussi que je voulais faire beaucoup de surimpressions, de transparences, et le noir et blanc réagit assez bien. Je suis donc parti sur l’idée d’encre et de lavis. J’ai fait beaucoup de tests, j’ai envisagé plusieurs techniques, même de la rotoscopie !

En fait, j’ai une tension avec l’animation. J’adore l’animation, mais c’est aussi un peu pénible : on est toujours en train de retenir son geste, de contrôler, de restreindre. On ne dessine jamais librement. Ca m’ennuie, ça ! J’essaye toujours de trouver des façons de libérer un peu le geste. Par exemple, je n’ai pas fait de feuille de personnages pour Ville neuve, mais j’ai pris un an et demi pour faire tous les dessins du film. Cela représente entre un et dix dessins par plan. Comme ça, le film était posé. C’était un outil de production, mais aussi, de cette manière, toute l’iconographie du film était faite. Ensuite on est rentré en production. On a intégré les membres de l’équipe un par un, tous les quinze jours. Pendant la production, j’ai fait les décors, et on a navigué comme ça. Une certaine épure dans le graphisme vient du fait que j’aime bien quand on me rappelle l’artifice de l’animation. Que c’est un dessin sur une page. Quand on vide le cadre, à la fois on donne de l’importance à la figure qui est isolée, mais aussi on l'établit un peu comme symbole. Ca rejoue l’artifice de l’animation. C’est un dessin qu’on voit, on n’est pas dans l’illusion de la réalité.

Je trouvais que ça servait bien le type d’animation un peu frémissante que donne le travail sur papier. Et puis avec ce type de dessins, quand on commence à trop mettre d’informations, de perspectives, de détails, on vient surcharger le cadre, et parfois ça manque d’élégance. Les personnages sont assez frémissants, il y a une forme d’instabilité due au pinceau et au lavis, ça vibre, donc quand c’est trop plaqué sur des décors fixes, ça aplatit l’image, ça donne une artificialité.

EN : Aviez-vous conscience de la manière dont le film allait être reçu, comme une oeuvre qui ose enfin formellement ce qui semble habituellement interdit, ou impossible, dans le long métrage d'animation ?

FDL : J’ai fait le film sans arrière-pensée. Je n’ai pas de plan de carrière, évidemment. Je fais des films, c’est ma façon de vivre ma vie. Je prends un grand plaisir à faire des longs métrages. Ville neuve est mon premier, mais j’ai adoré ça, j’en fais un deuxième en ce moment… J’adore travailler en équipe. Je travaille avec des gens que j’apprécie, on est comme une bande. Il y a beaucoup de jeunes qui m’apprennent des trucs, c’est très stimulant. Je le fais aussi pour ça. Donc non je n’avais pas de plans... Mais ce que je savais dès le départ, c’est que je n’allais pas faire de concession. La vie est trop courte pour ça.

Lire l'intégralité de l'entretien

Crise à Téléfilm Canada: le cinéma québécois dans la tempête

Posté par vincy, le 22 mai 2019

Deux films canadiens sont en sélection officielle à Cannes cette année: Monia Chokri avec La femme de mon frère qui ouvrait Un certain regard et Xavier Dolan, avec Matthias et Maxime.

Licenciements sans justification: la mèche est allumée

Pourtant le 7 mai, une lettre envoyée G. Grant Machum, président par intérim du conseil d'administration de Téléfilm, rappelait: "Quelle ironie d'ailleurs que de penser que les représentants de Téléfilm Canada monteront bientôt les marches du Palais des Festivals à Cannes pour y découvrir Matthias et Maxime de Xavier Dolan, un film qui n'aurait pas vu le jour si l'équipe dirigée par Monsieur Michel Pradier [directeur du financement, ndlr] et de Madame Roxanne Girard [directrice des relations d’affaires et de la coproduction, ndlr]  n'avaient pas donné son aval au projet pour un financement anticipé sur l'année fiscale 2019-2020". Pradier et Girard sont deux des trois directeurs, avec Denis Pion, directeur de l’équipe information, performance et risque, de Téléfilm Canada récemment congédiés, sans justification.

Depuis quelques semaines, c'est la crise dans l'institution canadienne depuis ces licenciements alors que les problèmes de financement du volet francophone sont au cœur des préoccupations de la profession puisque l'édition 2019-2020 est compromise. Trop de fonds ont été exploités dans cette enveloppe pour finir l’exercice 2018-2019: autrement dit les caisses sont déjà vides pour le cinéma francophone. Michel Pradier avait annoncé le 17 avril dernier l’absence de fonds supplémentaires alloués cette année aux films francophones, sauf si on redistribuait l'argent en ponctionnant dans divers programmes de Téléfilm.

Une directrice qui n'a plus la confiance de la profession: le feu se propage

En congédiant ces trois personnalités estimées des producteurs, le signal envoyé a semé un vent de panique. La nouvelle directrice générale de Téléfilm, l’Ontarienne (province anglophone) Christa Dickenson, n'est à son poste que depuis un an. Les Québécois se sentent maltraités puisque depuis quelques temps, les aides de Téléfilm Canada sont réparties deux tiers-un tiers au profit des productions de langue anglaise, au lieu de moitié-moitié.

En quelques semaines, Christa Dickinson s'est vue complètement discréditée par la profession qui l'accuse de vouloir saboter le cinéma québécois.

"C’est non seulement la tête dirigeante de Téléfilm qui est décapitée, mais également sa mission et sa raison d’être qui sont mises en danger", affirment différentes associations : l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS), l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), Québec Cinéma, le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ), le Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec (RPICQ), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale, et l’Union des artistes (UDA).

Du côté de Téléfilm Canada, on assure qu'il est nécessaire d'opérer des changements dans le contexte actuel, en plein bouleversement. Mais le cinéma québécois est très dépendant des fonds de Téléfilm Canada et des aides de la Sodec. Le risque est devoir d'ici un à deux ans une chute de la production, et des emplois, au Québec. C'est un enjeu économique, culturel, et aussi linguistique puisque cela permet de défendre la langue française dans un marché dominé par les productions américaines.

Un ministre qui fait le pompier: la maison brûle

Les producteurs québécois avaient déjà interpellé cet hiver le ministre canadien du Patrimoine, Pablo Rodriguez, parce que plusieurs productions sont menacées faute de subventions. Outre le micmac politique, Odile Tremblay, du Devoir, pointait le mauvais timing de ce "remue-ménage", juste avant le Festival de Cannes (et le marché du film), essentiel pour lancer les projets de coproductions.

C'est d'ailleurs Pablo Rodriguez qui a réagit juste avant le Festival de Cannes en annonçant une aide exceptionnelle de 7,5 millions de dollars canadiens pour Téléfilm Canada, "pour atténuer les défis liés à l’allocation des fonds destinés aux productions francophones par Téléfilm Canada en 2019-2020."

Selon lui, "ça règle l’ensemble des besoin". "Pour nous, il n’était pas question que de bons films ne soient pas réalisés. C’est pour ça que ce nouvel investissement sera disponible dès cette année pour appuyer directement les projets en français" précise le ministre. Ce financement s'ajoute aux 2,5 millions de dollars canadiens disponibles pour des longs métrages en attente de financement, soit un total de "10 millions de dollars canadiens disponibles pour appuyer des productions de langue française en 2019-2020."

Il en a aussi profité, pour acheter la paix, en nommant deux nouveaux membres au conseil d'administration. Robert Spickler comme président, et Karen Horcher comme membre.

Dimanche 2 juin (eh oui, c’est bien tard !), le Gala Québec Cinéma célébrera les films de 2018 avec ses récompenses. On imagine l'ambiance qu'il y aura puisque désormais les professionnels se situent entre colère et indignation, même si les récentes annonces devraient calmer le jeu.

Cannes 2019: Qui est Monia Chokri ?

Posté par vincy, le 15 mai 2019

A bientôt 36 ans, la québécoise Monia Chokri va goûter les saveurs du Palais des festivals avec son premier long métrage en tant que réalisatrice, La femme de mon frère, qui ouvre aujourd'hui la section Un Certain regard.

Cannes, elle connaît. Elle y est venue plusieurs fois en tant qu’actrice pour Denys Arcand (L’âge des ténèbres) mais surtout pour Xavier Dolan (Les amours imaginaires, Laurence Anyways). Dans Les amours imaginaires, elle était Marie, partagée entre deux hommes, Dolan et Niels Schneider, dans ce trio amoureux. C’est ainsi qu’on la remarque.  Avec Laurence Anyways, elle franchit un cap en étant nommée aux Jutra en tant que meilleur second-rôle féminin.

Formée au conservatoire de Montréal puis au théâtre, la comédienne est rapidement repérée. On la croise en France chez Claire Simon (Gare du nord), Katell Quillévéré (Réparer les vivants), Morgan Simon (Compte tes blessures).

Elle était aussi à l'affiche de Je suis à toi du belge David Lambert, encore un trio amoureux qui se déjoue du genre. puisque Lucas (Nahuel Pérez Biscayart), un prostitué argentin vient travailler comme apprenti dans une petite boulangerie de Belgique. Le patron tombe amoureux de lui, alors que Lucas ne pense qu'à la vendeuse. Le film a été deux fois récompensé à Angoulême.

A cette filmographie libre et vagabonde, elle réplique: "Je pense surtout qu'on attire les gens qui nous ressemblent. Avec Xavier Dolan, on a des goûts communs, de fortes affinités. Ma filmographie, c'est donc un semi hasard, et un semi choix de ma part."

Pourtant, c’est son  premier court-métrage, il y a six ans, qui va la distinguer. Quelqu’un d’extraordinaire, avec une autre fidèle du clan Dolan, Anne Dorval, fait le tour du monde des festivals. Il glane plusieurs prix importants : le Jutra du meilleur court métrage au Québec, le prix jeunesse du meilleur court métrage à Locarno, le Grand prix du court métrage au festival du Nouveau cinéma à Montréal et le Grand prix du jury au festival d’Austin, le très hype SXSW. Cet étrange film est une histoire hivernale où l’on suit la reconstruction d’une jeune femme poussée à régler ses comptes avec son entourage, avec quelques digressions assez comiques.

Pour elle, "Raconter ou interpréter une histoire, c'est un peu le même métier, mais on a une prise différente sur la narration." Elle affirme que ce qui l'intéresse "c'est de créer. Quel qu'en soit le moyen." En voulant valoriser les rôles de femmes dans ce milieu encore trop masculin. "Il est temps que les femmes, elles aussi, racontent le monde et racontent les autres femmes. Avec, peut-être, un peu plus d'acuité et de vérité" explique-t-elle.

Pour son long métrage, tourné entre février et juin 2018 et concourant pour la Caméra d’or, c’est encore une relation tortueuse qui sera au centre d’un duo fusionnel entre une sœur et son frère, perturbés par l’arrivée d’une femme.

Matthias et Maxime : Xavier Dolan annonce la fin du tournage

Posté par wyzman, le 16 novembre 2018

Le réalisateur québécois s'est tourné vers Instagram pour annoncer à ses abonnés que le tournage de son huitième long métrage était officiellement terminé.

Clap de fin

On le savait très occupé ces dernières semaines mais son post publié cette nuit a rassuré ses fans. En effet, après avoir présenté le très attendu Ma vie avec John F. Donovan au TIFF, le réalisateur de Mommy s'est empressé d'achever le tournage de Matthias et Maxime. Sur Instagram, Xavier Dolan écrit ainsi en anglais : "Nous avons bouclé Matthias et Maxime hier soir après 48 jours de pure joie et de création passionnée. Je suis reconnaissant d’avoir trouvé une famille d’artistes et d’amis avec laquelle j’ai la possibilité de faire des films et de trouver une échappatoire. Je suis impatient que vous le voyiez."

Pour illustrer ses propos, Xavier Dolan a mis en ligne le cliché que vous pouvez voir ci-dessus et a pris la peine de taguer une bonne partie des acteurs qui l'ont entouré pendant ces quelques semaines. A l'heure où nous écrivons ces lignes, la publication s'apprête à passer la barre symbolique des 50.000 j'aime. Preuve s'il en fallait une du succès du réalisateur sur le réseau social mais surtout de l'impatience qui ne cesse de gagner son public.

Retour aux sources

Après avoir adapté la pièce de Jean-Luc Lagarce Juste la fin du monde en 2016 (qui lui a valu les César du meilleur réalisateur et du meilleur montage), Xavier Dolan s'est offert une incursion dans le cinéma hollywoodien pour Ma vie avec John F. Donovan. Le film, dont le personnage Jessica Chastain a dû être coupé au montage, dispose d'un casting de rêve : Kit Harington, Jacob Tremblay, Kathy Bates pour ne citer qu'eux. L'expérience ayant été visiblement complexe, Xavier Dolan n'a pas manqué de retourner dans son Québec natal pour Matthias et Maxime.

Le film, dont il est trop tôt pour espérer une date de sortie, raconte les bouleversement rencontrés par un groupe d'amis lorsque deux d'entre eux (Matthias et Maxime) entament une relation amoureuse. Pour rappel, le film sera porté à l'écran par Xavier Dolan lui-même (il joue Max), Anne Dorval (qui incarne la mère de Max), Antoine Pilon, Catherine Brunet, Pier-Luc Funk et Marilyn Castonguay entre autres.

MK2 reprend un multiplexe de Montréal

Posté par vincy, le 17 mars 2018

Le groupe français MK2 a annoncé jeudi qu'il reprendrait dès le 1er septembre la gestion du multiplexe Quartier Latin, jusqu'ici opéré par Cinéplex Odéon. Le complexe est situé en plein coeur de Montréal, à deux pas de l'Université du Québec à Montréal. C'est Nathanaël Karmitz, président du directoire de MK2, qui a annoncé la nouvelle. Il a aussi promis d'investir près de 3 millions de dollars pour rénover le cinéma, en y ajoutant  un restaurant, une libraire et un espace dédié à la réalité virtuelle.

Le Quartier Latin comprend dix sept écrans. MK2 changera certainement la programmation éditoriale. Au Québec, a part de marché des films québécois représentaient 6% en 2016, celle des films français 3,7. En 2012, elle était respectivement de 5,2% et 6,1%. Le cinéma québécois a connu son âge d'or entre 2003 et 2009 avece une pdm oscillant entre 9 et 18%. Aucun film québécois n'a dépassé le million de spectateurs depuis 2009 (De père en flic). Depuis dix ans, la part de marché des films américains est en hausse.

L'arrivée de MK2, réputé pour son mix entre productions grand public et films art et essai, est donc une bonne nouvelle pour donner davantage de visibilité aux films extra-hollywoodiens.

Le bail du complexe arrivait à son terme. A proximité de la Cinémathèque québécoise, Le Cineplex Odeon Quartier Latin avait perdu la moitié de sa clientèle en cinq ans, faute d'une cinéphilie disparue. En 2016, c'est l'eXcentris qui a fermé le rideau, faute de fréquentation. MK2 avait d'ailleurs cherché à le reprendre.

Le groupe créé par Marin Karmitz a déjà un pied sur le sol québécois, puisqu'il s'est associé à un distributeur pour fonder MK2 Mile End, en plus de distribuer les films de Xavier Dolan en France. Malgré son dynamisme culturel (du cirque au jeu vidéo), ses grands noms du cinéma (Dolan, Villeneuve, Arcand, Falardeau...) qui font le tour des festivals, et ses atouts dans le numérique (c'est une société montréalaise qui a remporté l'Oscar des effets spéciaux cette année), l'exploitation en salle n'est pas à la hauteur de la métropole. Tous les acteurs du secteur conviennent que la ville manque de cinémas.

Dans le quotidien la Presse, Nathanaël Karmitz indique: "C'est ce qui est perturbant au Québec par rapport au cinéma: il y a des gens qui font extrêmement bien leur travail, des festivals, mais il manque des écrins pour donner une résonance plus grand public et une potentialité économique plus grande à ce cinéma. On arrive pour essayer de donner une ampleur à cette autre idée du cinéma." Et d'ajouter: "C'est un retour aux sources à la vocation d'origine du Quartier latin. On a l'intention de proposer une autre idée du cinéma, très large, de Black Panther au documentaire asiatique, en passant par du patrimoine, des conférences, du court métrage et, bien sûr, beaucoup de cinéma québécois."

Xavier Dolan revient au Québec pour son prochain film

Posté par vincy, le 30 janvier 2018

xavier dolan tom à la ferme

Alors que son prochain film Ma vie avec John F. Donovan (The Death and Life of John F. Donovan) est attendu à Cannes ou à Venise, Xavier Dolan a confié qu'il reviendrait au Québec pour son prochain drame. Selon The Hollywood Reporter, il prépare actuellement Matt & Max, un film sur deux amis proches des trente ans qui se déroulerait dans la Belle province.

Le réalisateur incarnerait lui-même Max, et Anne Dorval (Comment j'ai tué ma mère, Mommy) retrouverait le rôle de sa mère.

Le reste des acteurs serait également québécois et proches du cinéaste.

A l'origine, Ma vie avec John F. Donovan devait parler d'homosexualité, et de la manière de vivre avec, sa représentation et sa place dans la société. Mais finalement, le film est davantage un drame familial qu'une réflexion sur l'identité gay. Or, depuis quelques temps, Xavier Dolan ne cache pas son intérêt pour les films LGBT, couvrant de louanges des œuvres comme Call Me By Your Name, Seule la terre ou encore Beach Rats.

Avec Matt & Max, il veut aborder plus frontalement le sujet. Il sera aussi comédien dans Boy Erased, un film sur les thérapies de conversion réalisé par Joel Edgerton. "Je ressens le besoin d'explorer des personnages qui ne sont pas nécessairement gays" explique-t-il dans un premier temps. "Mais quand j'ai lu le scénario de Boy Erased, j'ai été touché au cœur. (...) Cela m'a donné envie de revenir à l'écriture avec un scénario sur des personnages qui sont homosexuels."

Le script a été achevé il y a quelques semaines et il espère pouvoir tourner le film cet automne. "Ce sera une combinaison de Tom à la ferme, esthétiquement, et de Mommy en termes d'énergie et d'esprit."

Prometteur.

Le film que j’attends le plus en 2018: The Death and Life of John F. Donovan de Xavier Dolan

Posté par vincy, le 2 janvier 2018

Ce ne sont pas les attentes qui manquent. Et on aura forcément des surprises. Côté plaisirs coupables, j'avoue avoir hâte de découvrir Ocean's Eight, Les indestructibles 2, Ready Player One, Isle of Dogs, ou dans un registre moins blockbuster Lean on Pete. Evidemment, celui que j'aurai du placer ici s'appelle Call Me By Your Name, déjà assuré d'être mon film de l'année 2018. Mais ce serait triché: je l'ai déjà vu.

Aussi j'opte pour le prochain Xavier Dolan. Bien sûr, son dernier film nous avait déçu. Toujours doué dans sa direction d'acteur, on était frustré par son adaptation de la pièce de Lagarce. Mais si l'on prend en compte l'ensemble de son œuvre, cela reste le jeune réalisateur le plus extravagant, surprenant, singulier et l'un des plus doués.

The Death and Life of John F. Donovan est excitant à plus d'un titre. Et il est fort à parier qu'il sera dans un des grands festivals du circuit. Et pourquoi pas à Cannes? Rien que le casting fait saliver: Kit Harrington, Jessica Chastain, Jacob Tremblay, Natalie Portman, Thandie Newton, Susan Sarandon, Kathy Bates, Ben Schnetzer, Bella Thorne...

Tourné de juillet 2016 à juin 2017 à Montréal, Londres et Prague,, le film, son premier en anglais, est un mystère. Dolan a révélé très peu de choses hormis le pitch qui s'avère très en phase avec l'actualité: une éditrice d'un magazine people à ragots a publié il y a dix ans une correspondance entre une star de la télé américaine, le fameux John F. Donovan, et un garçon de 11 ans. Le film est l'histoire de l'impact et des conséquences de ce cataclysme médiatique.

Ce 7e film de Dolan fera le buzz à coup sûr. On a envie de l'aimer, d'y croire. Pas seulement pour les acteurs, pas uniquement pour le culte autour de son auteur: simplement parce qu'à chaque film, le réalisateur a su changer de registre, de style, s'embarquant dans des audaces parfois brillantes, parfois inabouties, qui nous prouvent que le cinéma n'est pas mort et que le romantisme, au sens littéraire du terme, est bien vivant.

Bilan 2016: Grosse fatigue du cinéma français à l’export

Posté par vincy, le 15 janvier 2017

Ce fut une très belle année pour la fréquentation des salles en France. A l'inverse, 2016 a été désastreuse pour le cinéma français dans le monde. Seulement 34 millions de spectateurs sont venus voir des films français à l'étranger (soit 230 millions d'euros de recettes, et donc une chute de 62% des revenus). On est très loin des 111 millions d'entrées à l'international en 2015 ou des 120 millions en 2014, deux années où le nombre d'entrées à l'étranger était supérieur à celui des spectateurs en France pour des films français.

Le phénomène est global, touchant tous les genres et tous les pays. Du jamais vu depuis plus de dix ans. En effet, c'est la première fois que l'on passe sous le cap des 50 millions d'entrées depuis 2007.

Il faut dire que 2016 a souffert de l'absence d'une comédie porteuse comme Intouchables ou de productions anglophones d'Europacorp comme Taken ou Le Transporteur (2017 devrait ainsi être largement meilleure grâce à Valérian de Luc Besson). Mais ceci n'explique pas tout.

Car en 2016, les films en langue française n'ont séduit que 22 millions de spectateurs dans le monde: c'est une chute de 52% par rapport à 2015. Par voie de conséquence, Unifrance, qui publie les chiffres, constate que "Les 5 plus grands succès français de l’année 2016 ne représentent que 28,3% des entrées globales du cinéma français dans les salles étrangères, contre 70,5% en 2015. Autre conséquence notable, les films en langue française réalisent 22 millions d’entrées en 2016, soit près de 64% des entrées totales sur la période, une proportion record depuis plus de 15 ans, bien supérieure à la moyenne de 43,6% constatée sur les 10 dernières années."

On s'interroge cependant: sans Le Petit Prince, déjà un beau carton en 2015, qu'est-ce-que ça aurait été? "Après une année 2015 exceptionnelle à plus de 15 millions d’entrées, [il] continue de rayonner hors de nos frontières pour sa 2e année d’exploitation. Avec plus de 3 millions de spectateurs supplémentaires rassemblés sur une quarantaine de territoires, il devient le plus grand succès de l’année 2016 pour une production franc?aise et le film d’animation le plus vu à l’international."

Derrière Le Petit Prince et ses 92M€ de recettes cumulées, on retrouve un modeste succès d'EuropaCorp, Oppression de Farren Blackburn (1,8 million d'entrées, dont près de la moitié en Amérique du nord), puis Le goût des merveilles d'Éric Besnard (900000, essentiellement en Allemagne où il fait deux fois mieux qu'en France), Les nouvelles aventures d'Aladin d'Arthur Benzaquen (800000, dont les trois quarts en Chine), Un homme à la hauteur de Laurent Tirard (700000, qui a bien fonctionné en Pologne et en Russie), Les saisons de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (700000 grâce au Japon), Mustang de Deniz Gamze Ergüven (700000), L'étudiante et Monsieur Henri d'Ivan Calbérac (600000), Chocolat de Roschdy Zem (600000) et Elle de Paul Verhoeven (500000), qui n'a largement pas terminé sa carrière internationale. Médecin de campagne, 11e, approche des 500000 entrées et des films comme Les innocentes et L'avenir ont dépassé les 400000 entrées. En revanche, de Radin! avec Dany Boon aux Visiteurs 3 en passant par L'odyssée et Cézanne et moi, les flops ont été nombreux, ne réalisant pas les scores attendus dans des marchés captifs (Belgique et Suisse pour les comédies, Royaume Uni et USA pour les biopics).

Unifrance constate aussi le retour du leadership de l'Europe occidentale comme marché principal, repassant devant l'Amérique du nord, de très loin. Aux Etats-Unis et au Canada anglophone (-61%), seuls Elle et Les innocentes ont dépassé le million de dollars de recettes. Mais ce territoire reste le plus important pour l'export français.
L'Asie s'affiche aussi en baisse, notamment en Chine où le recul est de 93%! Les Saisons a été le film le plus vu au Japon, 2e marché de la zone, avec 421 000 entrées.
En Espagne, ça chute de 46%, en Allemagne (où la fréquentation globale est en fort recul), de 30%, en Italie (2e marché après les USA, sauvé grâce au Petit Prince), de 15% et en Belgique et Luxembourg de 13%, pour ne prendre que les cinq plus gros marchés.
Au Québec on enregistre 676 000 entrées pour le cinéma français (11% de parts de marché), grâce notamment aux 86 000 entrées du Petit Prince, mais aussi aux très jolis scores de Demain et de La Vache, qui viennent compléter le podium.

Edito: La folie des passions versus la sagesse de l’indifférence

Posté par redaction, le 26 mai 2016

Il n'y a pas que Ken Loach qui a eu une deuxième Palme d'or cette année. Le cinéaste britannique, le plus sélectionné en compétition de l'histoire cannoise, rejoint ainsi Bille August, Francis Ford Coppola, les frères Dardenne, Michael Haneke, Shohei Imamura, Emir Kusturica et Alf Sjöberg dans ce club très fermé. Le Royaume Uni s'offre ainsi sa 10e Palme. Mais derrière cette victoire, il y a aussi celle de Why Not productions, qui avait déjà été palmé l'an dernier pour Dheepan.

C'est peu de le dire : on n'attendait pas Ken Loach en champion du Festival. Le film est honnête, sagement engagé, assez attendu, parfois prévisible. Rien à voir avec le discours de Loach lors de la remise de son prix, qui a rappelé à juste titre le carnage provoqué par un système qui oublie l'être humain. L'être humain, justement, il était aussi incarné par Xavier Dolan, à fleur de peau lorsqu'il a reçu son Grand prix du jury. Le jeune cinéaste-producteur-scénariste-acteur prodige québécois avait ému et enthousiasmé festivaliers et réseaux sociaux quand Mommy avait obtenu le prix du jury il y a deux ans. Retour de bâton, cette année, son discours n'est pas passé. Le film a divisé et beaucoup trouvait ce prix immérité. Mais, tout le monde y a vu du "chiqué" lorsqu'il a rendu hommage, en larmes, à François Barbeau, chef costumier québécois. On a vu les gifs moqueurs fleurir sur la toile, les commentaires et piques méprisantes ou sarcastiques se multiplier. On lui a fait payer sa jeunesse, sa réussite, son apparente arrogance. Pourquoi tant de haine? Nous n'avons pas aimé le film mais on peut aussi croire à la sincérité du discours.

François Barbeau est mort fin janvier. C'était un immense homme du théâtre au Québec. Ses dessins de costumes sont archivés à la Bibliothèques et Archives nationales. Il fait partie de l'émergence du nouveau théâtre québécois dans les années 1960 et a travaillé avec Claude Jutra, Louis Malle, Gérard Depardieu, Jean-Claude Lozon, la Comédie-Française, le Cirque du Soleil, et même la Batsheva Dance Company, l'une des troupes de danse les plus créatives de ces dernières années. C'est à lui qu'on doit les costumes de Laurence Anyways de Xavier Dolan.

Dolan a eu raison de le citer. De mettre en lumière cet homme de l'ombre, ce créateur de génie. Il n'y avait pas de quoi se moquer. Paradoxalement, si le palmarès n'a pas récompensé les films les plus fous, tous les discours possédaient la flamme. Quand Xavier Dolan cite Anatole France - "je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence" - il a touché juste: le palmarès n'a pas laissé indifférent (tant il a été incompris et rejeté par les médias, nous inclus) et la passion a été au rendez-vous cette année (avec ce qu'il faut d'enthousiasme, de bashing, de divisions).

Il aurait pu en citer une autre, du même auteur: "Les grandes oeuvres de ce monde ont toujours été accomplies par des fous.” Car cette année, les fous étaient Maren Ade, Alain Guiraudie, Bruno Dumont, Paul Verhoeven, Kleber Mendonça Filho, Jim Jarmusch, Olivier Assayas, Nicolas Winding Refn, Park Chan-wook. Ces cinéastes ont choisi l'audace quand le jury a préféré des auteurs qui ont opté pour des voies plus balisées, jamais transgressives. Un jury qui a préféré la pudeur à la passion justement, les films puritains aux oeuvres plus queer, les tartuffes aux  tabous. Et comme le disait Anatole France, encore lui: "De toutes les aberrations sexuelles, la pire est la chasteté.”