Prix Lumière 2019 : Francis Ford Coppola au panthéon

Posté par wyzman, le 11 juin 2019

C'est aujourd'hui que se tenait la conférence de presse précédant le Festival Lumière de Lyon. L'occasion pour les organisateurs de répondre à la question que tout le monde se pose : qui pour succéder à Jane Fonda, lauréate 2018 du Prix Lumière ?

Légendes du cinéma

Et c'est donc Francis Ford Coppola qui recevra le Prix Lumière le 18 octobre prochain à Lyon. Auteur de films devenues cultes tels que Apocalypse Now et Conversations secrètes, la trilogie du Parrain ou encore Dracula, Francis Ford Coppola est ce que l'on appelle communément un réalisateur qui ne se présente plus. Double Palme d'or à Cannes, le réalisateur se verra consacré lors d'une soirée événement, la "Nuit du Parrain", qui se tiendra le 19 octobre à la Halle Tony Garnieret permettra à petits et grands de découvrir ou re-découvrir la trilogie qui a mené Francis Ford Coppola au panthéon des cinéastes.

Et Francis Ford Coppola ne sera pas le seul homme à l'honneur.  Thierry Frémaux a en effet annoncé un pré-programme chargé: Daniel Auteuil devrait également avoir son quart d'heure de gloire. La star de La Fille sur le pont et Le Huitième Jour aura droit à une rétrospective et donnera une master-class. L'actrice Marina Valdy sera également de la partie pour l’hommage rendu à André Cayatte. Récemment primé à Cannes d'une Palme d'or pour Parasite, Bong Joon-ho sera l'un des invités d'honneur et est attendu pour une master-class qui s'annonce déjà incontournable. De même pour Ken Loach qui, après avoir reçu le Prix Lumière en 2012, revient à Lyon le temps d'une master-class et de l'avant-première de Sorry we missed you.

Surprises en tout genre

Du 12 au 20 octobre, les festivaliers auront la possibilité de découvrir en avant-première mondiale et en copie restaurée Dans la nuit, l'unique réalisation de l’acteur Charles Vanel devenue un classique parce qu'il s'agit du dernier film français muet. Il en va de même pour La roue d’Abel Gance. Avant une ressortie prévue pour le 23 octobre, la trilogie Zombie de George A. Romero sera également projetée en copies restaurées.

Notons également la rétrospective "Forbidden Hollywood, les années Warner" qui célébrera l’âge d’or hollywoodien avec une sélection de films de 1930 à 1934, avant le code de censure Hays. Un hommage doit être rendu à l’actrice Dominique Laffin, en présence de sa fille Clémentine Autain qui lui consacre l'ouvrage Dites-lui que je l'aime (Grasset). Chez les enfants, la grande séance familiale s’articulera autour de Charlie Chaplin, avec le ciné-concert L’Émigrant et autres courts métrages le dimanche 13 octobre à la Halle Tony Garnier. Enfin, Deux livres seront l’objet de séances spéciales : Amis américains de Bertrand Tavernier (Institut Lumière / Actes Sud) et Sterling Hayden, l’irrégulier de Philippe Garnier (La Rabbia).

Petite nouveauté de cette année : Lumière Classics sera doté d’un jury invité à commenter et juger une sélection des restaurations de l’année ainsi qu'une compétition de documentaires sur le cinéma. Pour plus d'informations concernant le programme détaillé de cette 11e édition du Festival Lumière, il faudra s'armer de patienter et attendre septembre.

Lumière 2018 – Jane Fonda: « On n’a pas ça aux Etats-Unis! »

Posté par Morgane, le 21 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, 15h, le très beau théâtre des Célestins prête sa salle, comme chaque année, pour LA masterclass du Prix Lumière.
Jane Fonda arrive, sourire aux lèvres, habillée de vert des pieds à la tête, rayonnante et pétillante et s'adresse à son auditoire dans un français quasi sans faute au léger accent si charmant... "Je n'étais pas venue à Lyon depuis 50 ans. Je suis très fière et très heureuse d'être ici!"

L'idée d'être une star
"Je suis stupide mais pas folle! Des gens dehors me demandent des autographes. Mais qu'est-ce que c'est être une star? Je ne sais pas... Pour moi c'est être une antenne au somment d'une montagne pour amplifier les voix des gens qui ne sont pas des stars."

"Je ne voulais pas être actrice. Mon père était un grand acteur mais quand il rentrait le soir il n'était jamais en joie, toujours de mauvaise humeur. Donc je n'étais pas attirée par ce métier. J'ai essayé d'être secrétaire mais on m'a mise à la porte!" Mais alors pourquoi cette carrière d'actrice? "Car je devais gagner de l'argent, c'est aussi simple que ça. Ma belle-mère ne m'aimait pas beaucoup et elle m'a dit que dans cinq mois je devais quitter la maison de mon père. J'ai donc fait un essai pour un cours d'art dramatique et c'est comme si on m'avait ouvert la tête et que des milliers d'oiseaux s'étaient envolés. C'était magnifique! J'avais juste besoin de l'approbation de quelqu'un non employé par ma famille."

Une femme aux deux Oscars
Jane Fonda a reçu deux Oscars. Le premier pour Klute de Alan J. Pakula en 1972 et le second pour Le Retour de Hal Ashby en 1978.
"J'ai pleuré car j'avais gagné un Oscar avant mon père, ça ne me semblait pas juste."

Fonda et le cinéma français
En 1964, Jane Fonda arrive en France pour tourner Les Félins de René Clément. Elle tournera ensuite trois films avec Roger Vadim (La Ronde, La Curée et le fameux Barbarella) qui deviendra également son mari et le père de leur fille, Vanessa. "J'ai rencontré Roger Vadim quand je tournais Les Félins. J'ai dit 'jamais je ne ferai un film avec Vadim!' Mais il était cosy, like an oldshoe, tellement charmant, je suis tombée amoureuse quoi!" Difficile de travailler avec son mari? "Non, c'est sexy! Vadim adorait mettre sa femme nue dans les bras d'acteurs très beaux. Il aimait tenter le diable."

"En mai 68 j'étais en France. On croyait qu'il était possible qu'ouvriers et étudiants puissent se rassembler pour changer le gouvernement. Mais ce n'était pas possible. Ce fut même pire après. Mais à l'époque on trouvait cela formidable!"
C'est aussi à cette période que Jane Fonda rencontre Simone Signoret, Yves Montand, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre... C'est en France, dit-elle, qu'elle a vraiment compris la guerre du Vietnam. "Même Vadim qui se foutait de tout était contre cette guerre. Simone Signoret m'a expliqué la guerre. C'est alors que j'ai compris et que je suis rentrée aux Etats-Unis. C'est plus facile au final d'être ignorant car c'est pardonnable." Une fois que l'on sait...

Un nouveau cinéma avec Sydney Pollack
De retour aux Etats-Unis, Jane Fonda tourne On achève bien les chevaux réalisé par Sydney Pollack. C'est pour elle un tournant dans sa carrière d'actrice car elle aborde ici un tout autre type de personnage. Tournant qu'elle entérinera par la suite avec Klute. On achève bien les chevaux met en avant "les gens consumés par le consumérisme. Sydney Pollack était extraordinaire. Il avait un don pour raconter des histoires qui prennent les gens. Les acteurs adoraient travailler avec lui."

Convictions politiques au devant de la scène
"Ma carrière n'était jamais en première place. Quand on est une actrice militante c'est important d'avoir des films ou des séries qui marchent car on vous entend, ça permet d'être plus efficace dans son militantisme." Le cinéma était alors un moyen, non une fin en soi. Thierry Frémaux lui dit alors qu'elle est allée très loin dans ces années-là. "Je suis allée au Vietnam au printemps 1972. On recevait des informations des diplomates disant que les bombardiers américains bombardaient les digues juste avant la saison des moussons ce qui tuerait des milliers de gens. On ne savait pas quoi faire. Alors je me suis dit si moi j'y vais peut-être que ça va faire du bruit. Je suis très fière de cela. En revanche une photo a été prise de moi avec des nords-coréens assise sur un canon anti-aérien. Ça a été très mal pris et je le regrette énormément."
"Je pense que je suis devenue meilleure actrice grâce à mon militantisme. Apprendre à écouter est le plus important. Il faut haïr le comportement et non la personne, sinon on est consumé par la haine."

Jane et l'aérobic
"Une fois la guerre du Vietnam terminée, on a voulu, avec mon mari Tom Hayden, créer une Campagne de Démocratie Economique. Mais nous n'avions pas l'argent. Je connaissais bien le workout (le fitness d'aujourd'hui) alors je me suis dit que j'allais faire un business de la gym pour financer cette Campagne." Tout l'argent récolté grâce aux cassettes, aux livres etc. revenait à la Campagne. Cela lui a aussi permis de reprendre possession de son corps (anorexie, boulimie...) "Au bout de plusieurs années, j'ai réalisé que la gym en soi était importante. Je recevais des lettres du monde entier de femmes disant que ça les avait transformées..."

Jane in five acts
Le documentaire de Susan Lacy aborde la vie de Jane Fonda selon cinq actes. Quatre hommes: son père, Roger Vadim, Tom Hayden et Ted Turner. "Ted Turner est mon ex préféré. Il vit encore, enfin presque." Et le cinquième acte c'est Jane elle-même.
Dans ce documentaire on la voit encore aujourd'hui dans de nombreuses manifestations. "Avant Trump je pensais pouvoir apprendre le jardinage ou écrire un livre. Mais le jour après son élection, ce n'était plus possible! C'est la première fois aux Etats-Unis que les gens réalisent que notre démocratie est en danger."

Une belle discussion, des rires, des anecdotes cinématographiques, une vie engagée...  Pour moi qui connaissait assez peu Jane Fonda et son cinéma, cette semaine de festival m'a permis d'en découvrir beaucoup plus sur sa carrière (Julia, Stanley et Iris, Le syndrome chinois, Le cavalier électrique, La maison du lac -unique film où elle joue avec son père dans une comédie dramatique qui semble quasi autobiographique et pour lequel Henry Fonda recevra le seul Oscar de sa carrière) et sur sa vie (grâce au documentaire Jane in five acts). Une belle découverte qui  donne envie de continuer à découvrir le reste de sa filmographie... Thanks Jane pour cette masterclass!

Lumière 2018 – Jane Fonda reçoit le 10e Prix Lumière

Posté par Morgane, le 20 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, la cérémonie de remise du Prix Lumière a, comme de coutume, eu lieu à l'amphithéâtre de la Cité Internationale de Lyon. Entrent en salle, Jean-Loup Dabadie, Biyouna, Rachid Bouchareb, Tahar Rahim, Rossy de Palma, Lambert Wilson, Vincent Perez, Anne Le Ny, Valeria Bruni Tedeschi, Claudia Cardinale, Marina Foïs... et... la francophile et francophone Jane Fonda!

Soirée aux intonations françaises

Autant pour Tarantino en 2013 la soirée était très américaine avec Uma Thurman, Harvey Keitel, Tim Roth, autant cette année, ceux qui entourent Jane Fonda sont frenchy, tout comme les textes et les chansons qui ont rythmé cette soirée, pour le plus grand plaisir de la militante, qui n'a de cesse de dire à quel point elle aime la France. "C'est ma deuxième maison!"

Vincent Delerm s'installe au piano faisant une reprise bien à lui de Mon manège à moi d'Edith Piaf et faisant reprendre le lalalalala en choeur à toute la salle. Puis c'est à Dominique Blanc d'entrer en scène lisant un extrait du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.:"Entre les deux sexes il n'y a pas encore d'égalité." Le texte date de 1949 et est encore, malheureusement, très actuel.

Les images reprennent le dessus et un extrait du documentaire Women make film de Mark Cousins est projeté, avec les voix de Tilda Swinton et Jane Fonda. Anaïs Demoustier, Suzanne Clément et Anne Consigny donnent leurs voix à des extraits de Ma vie, l'autobiographie de Jane Fonda: "Il faut aussi prendre des risques pour devenir réelle."

Puis Edith Piaf cède sa place à Jacques Brel et sa Quête chantée par Nolwen Leroy.

Enfin, c'est monsieur Constantin Costa-Gavras qui prend le micro pour remettre le Prix Lumière à Jane Fonda. Il l'a connue lorsqu'il était 1er assistant réalisateur de René Clément sur le tournage des Félins en 1964. Il rappelle son talent d'actrice, l'admiration pour son engagement... Et c'est à Jane Fonda de venir sur scène, sautillante, sourire aux lèvres, pleine de rires, dans une tenue qui semble cousue sur son corps! On sent qu'elle est heureuse d'être ici. Elle entonne alors "Ah voilà la quille" que lui a appris Roger Vadim "entre autres choses" nous dit-elle l'œil amusé. Puis elle continue avec la chanson "La rue des Blancs-Manteaux" comme si une fois lancée on ne pouvait plus l'arrêter.

Rien de guindé, tout en naturel, Jane Fonda a vraiment donné du sourire, des rires et de belles anecdotes cinéphiles à cette 10e Edition! Une Jane Fonda lumineuse, des films sublimes, des masterclass intéressantes et un soleil brillant, tout était au rendez-vous pour que cette édition soit réussie!

Mais comme chaque année, 10 jours passent trop vite et le clap de fin a déjà été donné... alors rendez-vous l'année prochaine!

La Cinémathèque française à Paris organise une rétrospective de la filmographie de Jane Fonda du 22 octobre au 5 novembre. L'actrice fera notamment une masterclass le 22 octobre.


Fonda, Keaton, Linder… le Festival Lumière soufflera ses 10 bougies en bonne compagnie

Posté par Morgane, le 12 juin 2018

11 juin, 11h, conférence de presse à l’Institut Lumière. Thierry Frémaux, directeur de l’institut Lumière, présente la future et 10e édition du Festival Lumière qui se tiendra à Lyon du 13 au 21 octobre 2018.

Bien sûr, il a décidé de faire durer le suspense jusqu’au bout et de garder l’annonce du Prix Lumière pour la fin de la conférence.

Nous ne sommes qu’au mois de juin, la programmation de cette 10e édition n’est donc pas bouclée, mais déjà un grand nombre de choses sont annoncées. Le Festival garde la trame de ses dernières éditions, et on le comprend, car il a réussi, en neuf années, à trouver une belle manière d’allier festival cinéphile et festival populaire!

Concernant le focus fait sur l’histoire du Cinéma français, après Clouzot, Carné, Becker et Duvivier, c’est au tour d'Henri Decoin, dont le fils Didier Decoin, prix Goncourt pour John l’Enfer, sera présent pour l’occasion. Né en 1890, champion de natation, aviateur durant la guerre, il devient journaliste sportif, écrivain puis cinéaste. Il travailla avec, entre autres, Danielle Darrieux, Jean Gabin, Lino Ventura, Louis de Funès...

Pour le focus fait sur l’Histoire permanente des femmes cinéastes, après Alice Guy, Agnès Varda, Germaine Dulac, c’est Muriel Box qui sera mise en lumière. Anglaise, scénariste, cinéaste et productrice, elle reçoit l’oscar du meilleur scénario pour le Septième voile qu’elle écrit avec Sydney Box.

Richard Thorpe, réalisateur aux 284 films, sera également à l’honneur. Rendu célèbre notamment par Ivanohé, certains de ses films, dont La main noire, seront projetés lors du festival en 35mm.

Dans la section Sublimes Moments du Muet, quatre grands noms cette année:

- Max Linder, mort très jeune, suicidé avec sa femme et laissant derrière eux une petite fille à peine âgée de 1 an, Maud, qui a par la suite dévoué sa vie à la mémoire de ses parents. Elle a beaucoup oeuvré à la reconstitution de l’oeuvre de son père et à sa mort, l’automne dernier, elle a tout légué à l’Institut Lumière. Il y aura donc une rétrospective Max Linder, une soirée hommage au cinéaste ainsi que la création d’un Institut Maud et Max Linder.

- Catherine Hessling, muse de Jean Renoir.

- Buster Keaton dont on découvrira aussi la troisième (et peut-être dernière) partie de la rétrospective (on avait pu découvrir les deux premières parties en 2016 et 2017).

- Charlie Chaplin qui, pour ce 10e anniversaire, sera également de la partie.

Tout comme à Cannes cette année, le Festival Lumière célèbrera le 50e anniversaire de 2001, l’Odyssée de l’espace qui sera alors projeté en 70mm.

D’autres rétrospectives auront lieu: Hommage à Liv Ullman présente pour l’occasion ; rétrospective du réalisateur chinois King Hu ; invitation à Peter Bogdanovich...

A noter une nouveauté cette année, un Worshop avec Michel Ciment. Une trentaine de personnes pourront suivre un enseignement chaque matin et un visionnage de films chaque après-midi avec Michel Ciment, maître de conférence et rédacteur dans la revue Positif. Ce sera l’occasion pour eux, durant cinq jours, d’apprendre à regarder un film, critiquer un film, mener un débat, écrire sur le cinéma…

Le cinéma se fait aussi en musique. Bernard Lavilliers sera présent le mardi 16 octobre à L’Institut Lumière pour jouer de la musique, lire des textes de Blaise Cendrars et parler de cinéma. Camelia Jordana, comme c’est le cas depuis plusieurs éditions, sera également là avec un tour de chant des grandes chansons du cinéma français. Enfin, Catherine Frot poussera également la chansonnette plusieurs fois durant ces 9 jours du festival, accompagnée d’un unique piano et ce dans quelques cafés lyonnais. A préciser.

Ce Festival fêtera aussi les 15 ans du film Nos meilleures années qui avait été projeté à sa sortie en présence de toute l’équipe à L’Institut Lumière et Tilda Swinton devrait venir présenter son film de chevet, I know where i’m going de Michael Powell et Emeric Pressburger.

Le Marché International du Film Classique soufflera, lui, ses 7 bougies. Et durant ces neuf jours, les festivaliers pourront également découvrir la nouvelle librairie Lumière qui se trouve dans les anciens ateliers Lumière.

Tout est dit ou presque. Les nombreux remerciements ont été effectués. On sait que les tee-shirts de cette 10e édition ont été designé par Jean-Paul Gaultier et que le programme détaillé arrivera fin août, début septembre, patience.

Désormais, roulements de tambour, le visage du 10e Prix Lumière apparait sur l’écran en grand. Et cette année, pour la deuxième fois, après Catherine Deneuve, c’est une femme, Jane Fonda, qui recevra le Prix Lumière !

Fille d’Henry Fonda, Jane Fonda grandit dans l’ombre de son père. Cours de danse, de théâtre, mannequin, elle intègre l’Actor’s Studio et tournera ensuite avec George Cukor, George Roy Hill puis en France avec René Clément et Roger Vadim. De retour aux Etats-Unis elle tournera avec Sydney Pollack puis Hal Ashby, Arthur Penn, Joseph Losey, Ted Kotcheff, et par la suite Jean-Luc Godard, Paolo Sorrentino et bien d'autres encore…

Jane Fonda, c’est la femme aux deux Oscars, pour ses rôles dans Klute de Alan J. Pakula en 1971 et dans Le Retour de Hal Ashby en 1979.

Jane Fonda n’est pas qu’une Star de cinéma, elle est également une femme très engagée et qui choisit ses rôles en fonction de ses idéologies. Elle se bat pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, contre le nucléaire, pour les droits des femmes… Les causes sont nombreuses et son engagement certain.

Mais peu à peu elle s’éloigne du 7e Art, se consacre un temps à l’aerobic puis revient au Cinéma dans les années 2000 sous l’angle de la comédie. En 2012 elle passe au petit écran avec la série The Newsroom. L’expérience lui plait et elle réitère avec Grace et Frankie. On la voit également dans Youth de Sorrentino et très récemment aux côtés de Robert Redford dans Nos Âmes la nuit, (création Netflix) où tous deux octogénaires ils livrent une tendre interprétation de la vieillesse et des sentiments qui en découlent…

Le documentaire Jane Fonda in five acts sera alors projeté lors du Festival Lumière et un hommage sera rendu avec elle à son père Henry Fonda.

Et dire qu'il reste encore 4 mois à attendre avant le Clap de départ de cette belle édition !

Festival Lumière 2017: un Prix Lumière sucré-salé-épicé pour Wong Kar-wai!

Posté par Morgane, le 21 octobre 2017

La semaine est passée vite, trop vite, au Festival Lumière à Lyon. Nous voilà déjà au vendredi 20 octobre et à sa soirée de remise du Prix Lumière dans le traditionnel amphithéâtre du Palais des Congrès.

Le public s’installe, les personnalités du 7ème Art font leur entrée tour à tour: Niels Arestrup, Anne le Ny, Olivier Assayas, Pierre Lescure, Clovis Cornillac, Emmanuelle Devos, Anna Karina, Bertrand Tavernier, Isabelle Adjani, Charles Aznavour… Puis c’est au tour de Wong Kar-wai et de son épouse de faire leur entrée sous un tonnerre d’applaudissements sur la chanson phare d’un de ses films, Happy Together.

Vient ensuite le moment des hommages, en chansons ou en paroles. La chanteuse québécoise Diane Dufresne reprend La Bohême d'Aznavour. Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste qui a notamment travaillé à plusieurs reprises avec Chantal Akerman, reprend le thème cultissime de In the mood for love. Et, comme traditionnellement depuis plusieurs éditions, Camelia Jordana est montée sur scène et a entonné le célèbre Quizas, quizas, quizas que l’on retrouve également dans In the mood for love.

« Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

La musique a laissé place aux paroles. Paroles de Zhang Ziyi qui, ne pouvant être présente ce soir, a envoyé un message video à Wong Kar-wai disant de lui : « Tu es le Grandmaster de tous les réalisateurs! »

Honoré à cannes par le prix "Pierre Angénieux ExcelLens in Cinematography", Christopher Doyle, directeur de la photographie des films de Wong Kar-wai de Nos années sauvages à 2046, a pris le micro. Déchaîné, il ne voulait plus le lâché. « I don’t need word, I have images. So fuck you very much. C’est de ta faute Wong Kar-wai, c’est toi qui as provoqué tout ça! … You bastard, you’e right, I can do better so fucking thank you very much!!! » Après ces quelques doux mots, un petit montage de prises de vues de Christopher Doyle d’In the mood for love avec pour bande-son la chanson de Françoise Hardy Je veux qu’il revienne. Et de conclure avec un cri du coeur : « Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

«Quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place»

C’est ensuite Olivier Assayas, spécialiste du cinéma asiatique et notamment hong-kongais, qui a rendu hommage à Wong Kar-wai. Beaucoup moins exubérant. Mais ses mots transmettaient toute l’admiration qu’il a pour le cinéaste et son cinéma qui l’a « beaucoup marqué et beaucoup inspiré ». Il revient rapidement sur l’histoire du cinéma chinois, l’importance de WKW dans celui-ci et les mots de ce dernier : « quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place». Pour Assayas, « Wong Kar-wai n’a pas eu de mal à trouver sa place. Il l’a trouvée en filmant Hong-Kong à sa manière. Cinéaste poétique, son cinéma est construit sur l’éphémère, l’exil, celui d’une ville construite au bord d’un précipice. Mais pas seulement. Chez Wong Kar-wai on a aussi la nostalgie de la Chine, du Shanghaï des années 30… C’est ce fantôme aussi qui hante Hong-Kong et qui hante son cinéma. Wong Kar-wai est le cinéaste du souvenir du souvenir tout comme Modiano est l’écrivain du souvenir du souvenir. » Puis il revient aussi sur le fait que Wong Kar-wai a changé sa vie puisque dans un sens, c’est par lui qu’il a rencontré Maggie Cheung (au festival de Venise) et qu’il a écrit un film pour elle (Irma Vep) et qu’il l’a finalement épousée.

«L’allégresse visuelle»

Les mots de Bertrand Tavernier succèderont à ceux d’Olivier Assayas. « Impossible de passer après Assayas. En plus, contrairement à lui, je ne suis jamais allé à Hong-Kong, je suis complètement ignorant. » Quand on connaît le personnage Tavernier, l’ignorance n’est pas vraiment un mot que l’on peut utiliser pour le définir! La preuve en est encore une fois avec ce vibrant hommage sublime et poétique qu’il rend à Wong Kar-wai. Il parle de « l’allégresse visuelle» des films de Wong Kar-wai qui passent « de la nuit, de l’ombre aux néons de la ville. Le temps est au coeur de tous les films de Wong Kar-wai et le cœur bat dans tous ses films, écorché, mis à nu, on sent ses pulsations, ses emballements, les moments où il se fige. »

Le magicien chinois et sa muse Esther

Puis c’est au tour de l’homme du jour de monter sur scène et de commencer ainsi : « C’est un honneur d’être reçu ainsi dans la ville qui a vu naître le cinéma. » Et comme ce qu’il sait faire de mieux au cinéma c'est raconter des histoires, il nous raconte celle d’un magicien chinois qui découvrant le cinéma des frères Lumière décide lui aussi de faire du cinéma estimant que c’est ainsi qu’on fera de la magie désormais. « Cela fait 30 ans maintenant que je fais moi-même des tours de magie! »

Il remercie son fils et sa femme Esther, qu’il invite à le rejoindre sur scène. Lui qui à travers ses films dépeint des amours souvent impossibles a ce soir crié son amour à sa femme. « Esther ne vient que rarement sur mes tournages car elle veut me laisser travailler en paix et pourtant elle a toujours été là. Dans tous les personnages féminins de mes films, il y a toujours des éclats d’elle. Je dédie ce soir cet honneur qui m’est fait à ma muse Esther. » Et de conclure par ces mots : « Merci Lumière, merci Lyon et long live cinema! » après avoir reçu le Prix des mains d’Isabelle Adjani.

Le grand homme aux lunettes noires est ensuite rejoint sur scène par tous les invités du festival sur Happy Together de The Turtles interprété en live par le groupe lyonnais Mr Day.

L’obscurité se fait, place désormais à la magie du cinéma avec la projection des Anges déchus...

6 événements de la rentrée à ne pas rater: In the Mood of Lumière

Posté par vincy, le 17 août 2017

Festival Lumière 2017.
14-22 octobre 2017.
Institut Lumière et Grand Lyon.

C'est désormais un incontournable. A la mi-octobre, on s'enthousiasme pour des vieux films et des maîtres du cinéma d'auteur. Grâce à Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux, Lumière a pris ses marques. Cette année, le festival assumera ses lunettes noires et ses nuits blanches. Kar-wai, Godard, Melville...

Wong Kar-wai, justement, est le Prix Lumière. Le cinéaste hong-kongais, dont le style et l'esthétisme ont imprimé le 7e art comme peu de filmographies en sont capables, sera la star de cette édition.

Mais il y aura aussi d'autres stars: Tilda Swinton, icône, Guillermo del Toro, culte, Diane Kurys... Il y a également des rétrospectives. Tout Godard, première partie, les Westerns, et surtout le mystère Clouzot. On découvrira huit épisodes inédits du Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier et on célèbrera le centenaire de Jean-Pierre Melville. En musique, ce sont les sons électroniques et discos de Giorgio Moroder qui rythmeront l'événement. Et comme chaque année, le cinéma muet reprendra vie avec Harold Lloyd et Buster Keaton. The Kid Brother, avec Harold Lloyd, sera un des ciné-concerts le mercredi 18 octobre, accompagné par l’Orchestre national de Lyon dirigé par Carl Davis.

Et puisque nous sommes à Lyon, le Roi Lion s'offrira aussi une séance spéciale pour les enfants à la Halle Tony Garnier. A cela s'ajoutent la CinéBrocante et le Marché international du film classique. Hormis Cannes, il n'y a aucun autre Festival qui offre un tel tapis rouge et une telle diversité en France.

Le Prix Lumière 2017 « in the mood of » Wong Kar-wai

Posté par vincy, le 15 juin 2017

Le Prix Lumière 2017 sera décerné le 20 octobre au cinéaste Wong Kar-wai, "pour ses films inclassables qui sont autant d'éclats de beauté, pour la trace qu'il laisse déjà dans l'histoire du cinéma, pour ce que son œuvre a de splendide et d'inachevé, pour les néons de Hong Kong et les neiges de Mandchourie, et parce que les lunettes noires, c'est quand même très classe." Ni Godard ni JR ne peuvent dire le contraire.

Le cinéaste, né à Shanghai en 1958 et résidant à Hong Kong depuis son enfance, a déclaré qu'il s'agissait pour lui d'un "grand honneur" et qu'il éprouvait "une grande fierté de rejoindre" ceux déjà distingués (Eastwood, Forman, Depardieu, Loach, Tarantino, Almodovar, Scorsese et Deneuve). Wong Kar-wai est le premier asiatique à recevoir ce prix, remis lors du Festival Lumière (14-22 octobre).

Wong Kar-wai a reçu au cours de sa carrière le Prix de la mise en scène à Cannes pour Happy Together, le Prix du meilleur film étranger aux European Film Awards et le César du meilleur film étranger pour In the Mood for Love et le Prix du meilleur film étranger aux European Film Awards pour 2046.

Il a réalisé 10 longs métrages depuis 1990, ressuscitant et exacerbant le romantisme et la mélancolie, avec un esthétisme unique dans le cinéma, grâce notamment à la photo de Christopher Doyle, qui vient d'être honoré à Cannes, et la direction artistique de William Chang.

« Elle » décroche trois Prix Lumières 2017

Posté par vincy, le 30 janvier 2017

La 22ème cérémonie des Lumières de la presse internationale a eu lieu lundi soir au même moment que la soirée du Syndicat français de la critique cinéma. En soi, c'est une drôle d'idée. Imagine-t-on, les Golden Globes en même temps que la soirée du National Board of Review?
En tout cas, les deux cérémonies se sont accordées à choisir Elle comme meilleur film français de l'année.
L'unanimité autour de ce thriller sadomasochiste présenté à Cannes en compétition l'an dernier pourrait conduire à un grand chelem avec les César, où il est nommé 11 fois.

Elle a donc été couronné le titre suprême mais aussi le prix du meilleur réalisateur pour Paul Verhoeven et le prix de la meilleure actrice pour Isabelle Huppert.

Trois autres films ont été à la fête lors de la soirée. Ma Vie de Courgette de Claude Barras a remporté logiquement le prix du meilleur film d'animation, mais il a également été couronné pour le scénario de Céline Sciamma. La mort de Louis XIV repart avec le prix du meilleur acteur pour Jean-Pierre Léaud et le prix de la meilleure image pour Jonathan Ricquebourg. Enfin, Divines a aussi été doublement récompensé avec le prix du premier film et le prix de la Révélation féminine pour ses deux actrices Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena.

Damien Bonnard a, de son côté, été distingué comme meilleure révélation masculine pour son rôle dans Rester vertical. Le film tunisien de Mohamed Ben Attia, Hedi, un vent de liberté, a reçu le prix du meilleur film francophone tandis que celui du meilleur documentaire est revenu Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier. Enfin c'est Ibrahim Maalouf qui a gagné le prix de la musique pour Dans les forêts de Sibérie.

Deux hommages ont été rendus: à Marion Cotillard et à Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes. Il y avait bien un air cannois qui soufflait à Paris puisque six des huit films récompensés lundi 30 janvier étaient sur la Croisette en mai.

Festival Lumière: Toujours surprenante, Catherine Deneuve dédie son prix « à tous les agriculteurs de France »

Posté par Morgane, le 17 octobre 2016

catherine deneuve prix lumiere 2016 © ecran noir / morgane postaire

Déjà sept jours passés au Festival Lumière et on se retrouve vendredi soir pour la traditionnelle soirée de Remise du Prix qui a lieu, comme chaque année, à l'amphithéâtre de la Cité Internationale. Arrivent alors pour le photo call Gustave Kervern, Pierre Lescure, Ludivine Sagnier, Gilbert Melki, Julie Depardieu, Jean-Paul Rouve, Park Chan-wook, Jerry Schatzberg, Eric Lartigau, Michel Hazanavicius, Marisa Paredes, Vincent Lindon, Roman Polanski, Bertrand Tavernier, Rod Paradot, Benoit Magimel, Emmanuelle Bercot, Quentin Tarantino, Lambert Wilson, Chiara Mastroianni et bien d'autres encore. Puis sous un tonnerre d'applaudissements et le crépitement des flashs, Catherine Deneuve fait son entrée sur la célèbre musique des Parapluies de Cherbourg.

Tout le monde s'installe, la grande dame (elle déteste qu'on l'appelle comme ça) de la soirée aux côtés de sa fille Chiara et de Roman Polanski, pas loin de Vincent Lindon et juste derrière Tarantino et Lambert Wilson. Bien entourée elle peut se laisser aller, alors qu'on le sait: Catherine D n'a jamais été très à l'aise avec les hommages.

catherine deneuve thierry fremauxThierry Frémaux monte sur scène pour "remettre un prix mais surtout célébrer quelqu'un que nous aimons!" Remerciements aux partenaires, aux cinéastes, acteurs et actrices venus de loin. A l'AFP plus tôt dans la semaine, le chef d'orchestre du festival avait expliqué ce que Deneuve avait apporté au cinéma: "Elle a montré que la liberté ne doit jamais se négocier. Sa liberté personnelle et artistique est immense. Sans jamais user du moindre artifice médiatique, elle est parvenue à affirmer une personnalité et une conduite, pour une carrière en tous points exemplaire. Elle a réinventé la condition de femme et redéfini les codes liés au star-system."

Les hommages et les cadeaux s'enchaînent. Thierry Frémaux lit un texte d'Arnaud Desplechin (Conte de Noël), retenu par le tournage de son prochain film. La plus internationale des lyonnaise Nathalie Dessay qui dit "quand j'étais petite je voulais faire Catherine Deneuve comme métier et ce soir j'en ai l'occasion" avant d'entonner une chanson des Parapluies de Cherbourg. Lambert Wilson, son partenaire dans Palais Royal!, s'empare également le micro pour chanter et se déhancher sur deux chansons des Demoiselles de Rochefort. Quentin Tarantino prend également la parole et se souvient. Il se souvient de Cannes 1994 lorsqu'il a reçu la Palme d'Or pour Pulp Fiction et que Catherine Deneuve était vice-présidente du jury. Bertrand Tavernier lui rend également un très bel hommage érudit et plein de poésie. Un haïku.

"Elle est le cinéma"

Mais la déclaration d'amour la plus émouvante est venue de la bouche et des yeux de Vincent Lindon qu'elle vient. Dans cette lettre, les mots sont magiques et quelques-uns nous restent en mémoire... "elle est toujours en mouvement. Elle incarne le cinéma, elle est le cinéma... On a toujours l'impression que vous sortez d'un film pour sauter dans un autre. Vous sortez des Parapluies de Cherbourg pour prendre le Dernier Métro et les stations défilent, Belle de Jour... et le conducteur de la rame est Jacques Demy... Gérard Depardieu a dit que Catherine Deneuve était l'homme qu'il aurait aimé être." Et ce voisin de la Place Saint-Sulpice où elle habite se rappelle: "Elle parle à toute allure comme s'il fallait se débarrasser au plus vite (...) les autres ont l'air un peu figé à côté, enfin pas tous, pas Gérard, pas Marcello", ajoutant, "Mademoiselle Deneuve vous êtes un peu plus qu'une femme (...) vous êtes tellement touchante, tellement originale, tellement rassurante."

Il évoque également l'amour de Catherine Deneuve pour l'horticulture car "rentrer à Paris sans une petite plante ça ne s'appelle pas voyager." Catherine Deneuve c'est "mettre de la vie partout, même là où il n'y en a pas... Votre vie passe avant le cinéma et c'est pour ça qu'au cinéma vous passez avant tout le monde."

"C'est assez bouleversant"

Sur scène Roman Polanski la serre dans ses bras avec un simple "Je t'aime" (plus de 50 ans nous sépare de leur film Répulsion) avant de lui remettre le 8ème Prix Lumière. Catherine Deneuve, quant à elle, est "ravie d'être ici" mais on sent qu'elle ne veut pas s'éterniser dans "cette situation exceptionnelle". "C'est assez bouleversant pour moi d'être ici ce soir, je vous remercie de m'avoir choisie, car après tout c'est un peu arbitraire de choisir une actrice." Et de finir ainsi: "dans tous les films que j'ai choisi de montrer à Lyon, il y a un film de Raymond Depardon qui s'appelle Profils paysans et je dédie ce soir ce prix que j'ai reçu à tous les agriculteurs de France." Iconoclaste, as usual. C'est sans doute le secret de sa longévité (60 ans depuis son premier film): une audace et une curiosité inégalées.

Quant au mot de la fin, c'est Tarantino qui le prononce, "Vive le Cinéma et vive la Catherine Deneuve!".

Edito: Belles de jour comme de nuit

Posté par vincy, le 13 octobre 2016

Puisque, pour la première fois, une femme va recevoir le prestigieux Prix Lumière du festival du même nom qui se déroule à Lyon en ce moment, mettons-les à l'honneur. Car la femme n'est pas forcément gâtée par le cinéma. On le voit d'ailleurs très bien dans le documentaire de Bertrand Tavernier, président de l'Institut Lumière, Voyage à travers le cinéma français. Arletty ou Jeanne Moreau en filles légères mais délaissées; Brigitte Bardot en diablesse allumeuse; Blanchette Brunoy étranglée; Simone Signoret l'honneur bafoué; Emmanuelle Riva frustrée; Romy Schneider désœuvrée; Martine Carol qui se prend une claque... Franchement, qu'ont-elles fait pour mériter ça?

Bien sûr, avec le temps, l'émancipation des femmes, mais aussi la plus forte proportion de femmes dans la réalisation, le scénario et la production, les rôles ont évolué. On peut toujours caricaturer Adjani en folle ou Huppert en névrosée, les personnages sont bien plus variés et plus nuancés. Les femmes héritent même de rôles traditionnellement donnés à un mec y compris dans des blockbusters. Mais le phénomène est assez récent. On peut constater que la femme, aujourd'hui, a un statut social plus égalitaire (La fille inconnue, Aquarius, Toni Erdmann, Victoria, Bridget Jones) même si elle doit encore lutter contre le machisme ou la phallocratie. On peut observer qu'elle se défend bien toute seule (Divines, La taularde, Miss Peregrine ou Polina). La pute n'est plus le rôle à statuette comme l'était le boxeur du côté mâle.

Les femmes ne sont plus des potiches, des belles de jour, des belle-maman ou des Sirènes du Mississipi ou d'ailleurs. En 60 ans de carrière, Catherine Deneuve a d'ailleurs été toutes les femmes: la chieuse comme la fatale, la soumise comme la vampire, la dure comme la vulnérable, la maîtresse comme l'impératrice. Une partenaire de jeu qui a su rendre fragiles ses partenaires masculins. Une femme qui a toujours eu la parole assez cash. Un symbole d'un cinéma éclectique, des comédies aux drames, du film intimiste d'auteur aux productions à gros budgets. On l'a vue vieillir, passant de la douce demoiselle des Parapluies de Cherbourg à la grand-mère libre d'Elle s'en va. Retraitée ou royale, s'amourachant d'un gorille ou marié à un homme "enceint", elle a été capable de toutes les audaces. Deneuve a accompagné la libération de la femme, à sa façon, et pas seulement en signant le manifeste des 343.

La beauté de Deneuve fut à son sommet dans Le dernier métro, à la fin de sa trentaine, et dans Indochine, douze plus tard. Qu'y a-t-il de surprenant finalement? Dans ces deux rôles emblématiques d'une filmographie interminable et impressionnante, elle est farouchement indépendante, patronne dans un milieu d'hommes, résistante au chaos du monde, indifférente en apparence aux sentiments, capable de passions périlleuses. Elle est une femme comme on les aimera toujours, régnante et romantique, affirmant sa supériorité avec un charisme irrésistible et une séduction éclatante. Attirant ainsi toute la lumière...