Pour un fils : vérité ou imposture ?

Posté par Morgane, le 2 mars 2009

Pour un fils“- C’est pas Toni !
- Mais si c’est Toni, il a grandi.”

 L’histoire : Depuis l’enlèvement de son fils, Toni, dix ans plus tôt, Catherine tente peu à peu de se reconstruire. Elle vit seule avec son petit dernier, Hugo, âgé de 8 ans. Un soir, Omer, le policier qui a mené l’enquête sur la disparition de Toni, vient lui rendre visite. Comme elle, il semble encore hanté par le drame… Un jeune homme vient d’être découvert mystérieusement. Il prétend être le fils de Catherine et n’a qu’un seul désir : retrouver enfin sa mère…

Notre avis : le film s’ouvre sur l’image d’un adolescent qui se mutile, se met nu dans le froid, faisant subir divers sévices à son corps. Pourquoi ? On le comprend très rapidement. Cet enfant veut faire croire qu’il a été séquestré durant dix ans, revenant aujourd’hui à la vie avec un seul désir, retrouver sa mère. Mais cet enfant, désormais grand, est-il réellement Toni ? Si le film donne rapidement la réponse, on se plaît à croire, tout comme Miou-Miou, que, malgré les apparences, cette vérité est toute autre.

S’appuyant sur un dramatique fait divers, Alix de Maistre, pour son premier long-métrage, plonge dans les méandres du drame psychologique et dans le huis clos d’une famille détruite. Les sentiments peuvent-ils surpasser les liens du sang ? La quête d’amour peut-elle pousser un être à agir de la sorte ? Comment vivre malgré le mensonge ? Et peut-on vivre avec ce mensonge ? Les questions sont ici nombreuses et difficiles. Le sujet est fort mais quelques maladresses lui font de l’ombre. La musique, plutôt rare, est beaucoup trop insistante et explicite. Elle aurait gagné à être plus subtile.

Mais ce qui dessert particulièrement le film d’Alix de Maistre réside dans le déséquilibre qui s’instaure d’entrée de jeu entre les divers personnages. Tous, à l’exception de l’adolescent, sont interprétés par des acteurs (très) confirmés. Miou-Miou revêt à merveille son rôle de mère anéantie par la disparition de son enfant. On sent que, malgré les dix années qui se sont écoulées, la blessure est toujours présente, toujours ouverte, à fleur de peau. Celle-ci n’a jamais cicatrisé. Le père (Josse de Pauw, un peu moins connu), quant à lui, a quitté le domicile conjugal. Grâce à cette fuite, il peut se montrer fort mais ce n’est qu’une façade qui s’écroule rapidement à cause d’un simple souffle d’espoir. Olivier Gourmet, toujours stoïque et très charismatique, remplit bien son rôle de bon flic rongé par le remords. C’est d’ailleurs ce dernier qui le fait agir de manière irraisonnée.

Malheureusement, tout ce parfait équilibre se trouve rompu. Face à ces figures populaires du cinéma auxquelles chacun d’entre nous peut facilement s’identifier, et dans la peau d’un personnage certes très délicat à interpréter, Kévin Lelannier ne nous parle que difficilement. Il semble “en faire trop” comme on dit et ne sonne pas tellement juste. Or, c’est cette justesse qui manque au film. De plus, le dénouement de Pour un fils semble en suspens. Tout comme Miou-Miou semble attendre une réponse ou une explication, on se retrouve dans la même position qu’elle. Mais le noir se fait sur l’écran et le générique défile. On sent alors comme une absence, un manque. Lequel ? On ne sait pas…

Pièces détachées : attachante chronique adolescente

Posté par MpM, le 15 novembre 2008

blog_piecesdetachees.jpg ”Soit on se bouge, soit on part jamais.”

L’histoire : Ivan a 14 ans. Lui et son oncle Jaime économisent pour immigrer clandestinement aux Etats-Unis. En plus de son boulot dans un garage, l’adolescent commet des larcins qui permettent d’augmenter leurs revenus. Mais le passeur augmente ses tarifs et presse Ivan et Jaime de réunir la somme au plus vite, sous peine de ne plus avoir de place dans le dernier convoi.

Ce qu’on en pense : Pour son premier film, Aarón Fernández (voir notre interview) a voulu aborder plusieurs thèmes essentiels dans la société mexicaine actuelle comme la paupérisation galopante, le mirage du rêve américain et les réseaux de trafic de pièces détachées automobiles. Mais pour éviter un récit lourd et indigeste, il a choisi d’évoquer ces questions dans une chronique adolescente où la réalité sociale servirait seulement de toile de fond. Au centre de l’intrigue, on a donc Ivan et son copain Efraín qui ont les préoccupations habituelles des jeunes de leur âge : manger des tacos, conduire une bécane voyante et draguer des filles peu farouches. Cela apporte au film une dimension humaine chaleureuse et légère dans laquelle pourtant, dès le départ, se trouve le germe de la tragédie. Car cette insouciance faconde est peu à peu asphyxiée par l’irrésistible enchaînement d’événements qui oblige Ivan à prendre de plus en plus de risques. Cette surenchère dans l’illégalité (il vole d’abord un portable, puis des jantes, puis carrément une voiture complète) est comme l’implacable mécanisme du destin des pièces antiques : une fois enclenchée, elle ne s’arrête plus, ou alors brutalement. Et le fait est qu’Ivan, grisé par ses premiers succès, se prend pour le nouveau Scarface et croit avoir le monde entre ses mains. Jusqu’à ce que l’ultime trahison annonce sa chute imminente.

Mais point de moralisme, ni d’ailleurs de pathos, dans ce film construit subtilement sur le principe d’une alternance de scènes fortes et de larges ellipses couvrant les moments les plus dramatiques. L’émotion et la tension naissent tour à tour de ces contrastes et de ces pointillés que le spectateur doit compléter lui-même, sans interférer avec le message essentiel du film. Celui-ci, à l’image de l’histoire elle-même, est en demi-teinte, à la fois pessimiste (plongée dans l’inconnu et extrême solitude) et teinté d’optimisme (promesse de changement et réalisation d’un rêve). Quoi qu’il en soit, au-delà des thématiques et des enjeux qu’il véhicule, le film nous touche par son extrême simplicité, sa pudeur, et, plus encore, son immense sincérité.

Les “Oscars” européens se préparent

Posté par vincy, le 5 octobre 2008

Les “European Film Awards” ont toujours du mal à s’imposer, jamais cités dans les dossiers de presse, rarement mentionnés sur les affiches, valorisés ad minima dans les articles de presse. Si l’échec populaire et médiatique est patent, il faut au moins reconnaître que, cinématographiquement, l’audace est de mise. Ils viennent de révéler les quatre films en course pour le prix de la meilleure première oeuvre et, reconnaissons, qu’il y a une volonté de primer des cinémas singuliers : Hunger, de Steve McQueen (Royaume Uni), Premières neiges, de Aida Begic (Bosnie Herzégovine), Tulpan, de Sergey Dvortsevoy (Kazakhstan), tous trois primés à Cannes, mais aussi Tatil Kitabi, de Seyfi Teoman (Turquie).

Pour les nominations dans les autres catégories, la France a présenté Bienvenue chez les Ch’tis, Un conte de noël, Entre les murs et La graine et le mulet. On note que de nombreux films “cannois” sont dans le “pipeline” comme Moscow, Belgium, Delta, Gomorra, Il Divo, Home, O’Horten, Le silence de Lorna, Valse avec Bashir, Trois singes, Wolke 9
Parmi les grands cinéastes en lice pour la nomination au prix du meilleur réalisateur, on note la présence de Nikita Mikhalkov, Mike Leigh, Andrzej Wajda, Sergei Bodrov.

On sait déjà que Dame Judi Dench, oscarisée, jamesbondisée, shakespearisée, sera honorée d’un prix spécial pour l’ensemble de sa carrière. De même les fondateurs du Dogme danois, créé en 1995, lancé sur les écrans en 1998 avec Festen et Les Idiots, seront récompensés d’un prix pour leur contribution au cinéma mondial. Thomas Vinterberg, Lars Von Trier, Kristian Levring et Soren Kragh-Jacobsen seront, à coup sûr, les vedettes de cette 21e cérémonie, qui aura lieu cette année, le 6 décembre, à Copenhague.

Le bruit des gens à Paris Cinéma

Posté par Morgane, le 5 juillet 2008

judithelzein.jpgParmi les nombreuses avant-premières que propose Paris Cinéma, on pouvait découvrir hier, une semaine avant sa sortie en salles, Le bruit des gens autour, premier film de Diastème présenté par l’actrice Judith El Zein (photo). A l’affiche du film on retrouve et découvre Emma De Caunes, Bruno Todeschini, Léa Drucker, Olivier Marchal, Lin-Dan Pham, Olivier Py, Jeanne Rosa, Judith El Zein et Frédéric Andrau. Le scénario est co-signé par Diastème lui-même, Frédéric-Balekdjian et Christophe Honoré.

En plein cœur d’Avignon, les petits studios riquiquis et les salles vides côtoient les villas grandioses et les premières pleines, tout comme le off se frotte au in et divers destins d’artistes s’emmêlent. Un metteur en scène n’ose pas voir sa pièce, un couple amoureux sur les planches se déchire à la ville, une danseuse capricieuse perd peu à peu pied, une chanteuse en mal d’amour, une spectatrice amoureuse de l’art…Le bruit des gens autour dépeint une palette de personnages aux tons fort nombreux.

Le bruit des gens autour, il faut le dire, est une très belle surprise. Le film se promène entre l’art de la comédie et du drame, plongeant le spectateur, ainsi que ses nombreux personnages, dans le microcosme hors du temps que représente Avignon en période de festival. Film chorale, Le bruit des gens autour respire la légèreté, sent bon la poésie et déborde de lyrisme, le tout en subtilité.

Premier film, première réussite.