Les Studios Raleigh mettent la pression sur l’Etat français pour leur projet toulousain

Posté par vincy, le 2 février 2012

Michael Moore (rien à voir avec le documentariste) met la pression sur l'Etat français pour réaliser son projet d'installer des studios de cinéma à Cugnaux, près de Toulouse (voir notre article du 20 juin 2011). Car il ne manque que ce feu vert pour enclencher les opérations.

Le président des Studios Raleigh a présenté mardi dernier son projet - 100 millions d'euros d'investissements - et espère une réponse très rapide, avant que l'élection présidentielle ne paralyse toute prise de décision. Burno Ganja, son mandataire français, ajoute que "le patron de Raleigh veut savoir si oui ou non les décideurs économiques, les personnalités politiques et institutionnelles de la région, sont prêts à se mobiliser pour la réussite de ce projet."

Ne croyons pas que monsieur Moore soit impatient : depuis juin, il patiente et défend son projet auprès des collectivités et du préfet. 2 à 3 mille emplois pourraient être créés sur l'ancienne base militaire de Francazal.

Un "projet extraordinaire"

Le préfet du département, Henri-Michel Comet, réunira mardi prochain un comité de pilotage avec les élus concernés. Il ne manque en effet que la décision de l'Etat, propriétaire de la base militaire qui doit être reconvertie, pour lancer les travaux. Les Studios Raleigh assurent que tout est prêt : plan du site, modèle économique (rentable), ...  Les élus semblent emballés. le Maire de Cugnaux évoque un "projet extraordinaire". Il précise : "je peux dire qu'il ne lui manque que la signature de l'État pour s'accomplir. Des solutions administratives existent qui offrent un cadre juridique sécurisé pour les deux parties. Je pense, en particulier, au principe de l'autorisation d'occupation temporaire (AOT) que j'encourage les services de la préfecture à examiner."

Mais l'Etat avait d'autres projets, contrariés par cette proposition : un aérodrome d'affaires et une zone d'activité économique dédiée à l'industrie aéronautique dont dépend (sans doute de façon trop hégémonique) l'agglomération toulousaine).

Le projet des Studios Raleigh permet une diversification économique salutaire pour cette région. Un développement assez logique dans la ville qui possède la deuxième cinémathèque de France.

Des studios pour des productions françaises et européennes

L'Etat a été contraint de s'intéresser au dossier, tout en imposant ses conditions : seulement 45 des 300 hectares demandés seront dévolus au projet, qui a du sacrifier des hangars plus vastes pour sauver son modèle économique (une partie des terrains va être occupé par un hôtel notamment). Le Maire de Toulouse exige que le projet soit économiquement viable et ne remette pas en question la stratégie industrielle autour de l'aéronautique de l'agglomération.

Michael Moore a indiqué dans un entretien au quotidien régional La dépêche du midi que son "but est de créer ici les meilleures installations professionnelles pour permettre aux réalisateurs français et européens de travailler dans d'excellentes conditions." Il ajoute : "Nous serons en mesure de répondre à l'ensemble de la demande : production de téléfilms, productions et coproductions françaises et européennes."

Mais après les nouveaux studios de Marseille, La Rochelle, Lyon et bientôt ceux de Luc Besson à Saint-Denis, Toulouse peut-elle s'imposer dans un jeu de plus en plus concurrentiel ?

L'aménagement de la zone de Francazal fera l'objet d'un appel à projet qui débutera dans le courant du premier semestre 2012 pour s'achever à la fin de l'année.

L’avance sur recettes ne change pas son président mais modifie ses règles

Posté par vincy, le 20 janvier 2012

Comme attendu, l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens a été reconduit aujourd'hui à la présidence de la Commission d'Avance sur recettes. Il avait été nommé l'an dernier pour un mandat d'un an renouvelable.

La révolution est ailleurs. Les règles pour accéder à ce sésame financier ont été modifiées. "Les producteurs et les auteurs (réalisateur, scénariste, compositeur) dont le projet aura été retenu pour un examen en commission plénière seront invités à  être auditionnés par les membres du premier et du deuxième collège. Cette disposition a pour objectif de permettre d’exposer devant la commission la globalité du projet de film, au-delà du seul scénario et des éléments l’accompagnant habituellement (notes d’intention et dvd des œuvres précédentes). Une rencontre directe avec les membres de la commission devrait rendre possible un éclairage sur tous les éléments artistiques du projet, ainsi que sur son économie générale", indique le CNC. Cela permettra aux auteurs de défendre une vision plus globale de leur projet et surtout de présenter leur futur film sous un angle économique. Ces nouvelles dispositions devraient éviter quelques impairs qui ont conduit, parfois, à de violentes attaques contre la Commission, souvent critiquée pour défendre les mêmes auteurs ou le même genre de films.

Le dernier coup d'éclat en date est celui de Maïwenn, scénariste et réalisatrice de Polisse, prix du jury à Cannes et plus gros succès public pour un film présenté en compétition. Elle déclarait en octobre dernier : "Vous savez pourquoi je n’ai pas eu l’avance sur recettes la première fois ? À cause de mon image de « jolie fille médiatique et ex de Besson » qui ne jouait pas en ma faveur. Je l’ai entendu de mes propres oreilles quand mon producteur a appelé le vice-président de la Commission pour avoir des explications. Mon film a été rejeté au premier tour alors qu’il n’avait quasiment pas été lu. J’ai été jugée sur mon physique, ma réputation et le père de ma fille, dont je suis séparée depuis quinze ans et avec qui je n’ai jamais travaillé ! Je trouve ça scandaleux."

La Commission d'avance sur recettes, créée en 1960, a pour vocation d'encourager le renouvellement de la création et des talents en accompagnant la réalisation des premiers films, et de soutenir la diversité de cette création cinématographique.

Ce dispositif qui soutient une grande partie du système français sera "complété en 2012 par une aide similaire destinée aux cinéastes étrangers", intitulé "aide au cinéma du monde", confirme ce que nous avait expliqué Eric Garandeau, président du CNC.

Une cinquantaine d'avances sont attribuées chaque année pour environ 700 demandes :  "le nombre de demandes s’est progressivement accru, tout comme le budget, passé de 22 à 30 millions d’euros en 6 ans mais le nombre de projets bénéficiaires de l’Avance avant réalisation est resté stable. Cette évolution a pour objectif de renforcer le montant des aides unitaires accordées afin que les films soutenus, quand ils en ont besoin, puissent être produits dans de meilleures conditions. Le montant maximum pour une avance est ainsi passé de 500 000 euros à 700 000 euros en 6 ans" rappelle le communiqué.

Intouchables : un film « raciste », « réactionnaire », « sarkozyste » élu événement culturel de l’année

Posté par redaction, le 24 décembre 2011

Avec bientôt 15 millions de spectateurs, Intouchables est devenu cette semaine le 3e plus gros succès français depuis 1945, le 5e toutes nationalités confondues, battant Avatar, au passage. Un phénomène qui, logiquement, a été choisi comme l'événement culturel le plus marquant de l'année 2011 (sondage BVA/FNAC/Le Parisien/Europe 1 auprès de 1003 personnes). 52% des Français interrogés l'ont plébiscité.

Il est donc loin devant The Artist, Harry Potter, les Césars pour Des Hommes et des Dieux et Polisse. Le cinéma squatte une bonne moitié des dix premières réponses, laissant un peu de place à la musique, aux expos et reléguant les livres en queue de peloton.

Évidemment, tout phénomène amène une série d'analyses plus ou moins sérieuses, cherchant les causees de cette irrationalité qui dépasse les esprits les plus cartésiens. D'un point de vue cinématographie, on peut y voir une bonne comédie, bien écrite, bien interprétée, mise en scène avec efficacité, sans être médiocre. Intouchables est plus proche de Trois hommes et un couffin que des Visiteurs ou Bienvenue chez les Ch'tis.

Acte 1 : Marcela Iacub accuse le film d'être sarkozyste

Libération a publié deux textes voulant absolument rendre le film abject. Le raisonnement peut tenir, l'équation ne convainc pas. Ainsi Marcela Iacub (lire le texte intégral), qui a décidément un problème dès qu'elle analyse la culture après avoir attaqué prétentieusement l'exposition de Lilian Thuram au Musée du Quai Branly, qualifie le film de "propagande voilée des politiques sociales de Nicolas Sarkozy." Rien que ça. "Le succès de ce film montre à quel point la société française lui reste fidèle sur le fond et pourrait annoncer, mieux que d’autres enquêtes d’opinion, celui de l’actuel président dans les urnes de 2012. Car on sait que si jamais le chef de l’Etat était amené à faire un second mandat, son but sera de rendre chaque œuf volé au lieu d’ouvrir de grands débats afin de savoir qui devrait être considéré comme leur véritable propriétaire." Elle reproche en effet que Philippe/François Cluzet veuille récupérer l'oeuf de Fabergé que lui a volé Driss/Omar Sy. Le vol est certainement pardonnable,le personnage de Cluzet aurait pu en effet transmettre cette valeur à celui de Sy, comme une sorte de redistribution des richesses. Mais aux dernières nouvelles, l'handicapé ne porte pas plainte contre le noir, et ne fait que récupérer un objet qui lui rappelle sa défunte épouse. L'attachement sentimental n'a donc aucune valeur?

Acte 2 : Intouchables, un conte à la Cendrillon réactionnaire

Dans un autre texte (lire le texte intégral), le quotidien dit de gauche, le professeur de philosophie en classes préparatoires (c'est un métier honorable, mais à quand la tribune d'une maîtresse en cours préparatoire?) Jean-Jacques Delfour trouve Intouchables "parfaitement réactionnaire". Pour lui il s'agit de l'histoire de deux saints, "le saint crucifié par sa tétraplégie et l’autre saint qui le sert, crucifié par son milieu de naissance et sa peau, forment un couple sacré, intouchable. Leur rencontre et leur amour sont une rédemption qui les lave de tous leurs péchés : l’arrogance et la hauteur sociale pour l’un, la délinquance et la déchéance pour l’autre. Un film religieux, sans autre Dieu que la richesse qui a permis cette rencontre."

Pour lui, ce film doit son succès public, entre autres, au conte revisité de Cendrillon. "Ce conte misogyne enseigne comment changer sa vie lorsqu’on est une pauvre fillette exploitée. La beauté de cette souillon ne peut suffire : il lui faut une jolie robe, de jolies chaussures, une belle bagnole avec de beaux canassons. Mais cela ne suffit toujours pas, il lui faut de la chance : un prince riche et puissant qui daigne la trouver ravissante et ne point s’émouvoir de sa basse extraction. Le message du conte est simple : l’instruction, la culture, le désir d’émancipation, la révolte sont inutiles ; la beauté cosmétique et le hasard ont seuls quelque puissance."

Nous aurions tendance à le conforter dans son analyse, en ajoutant une donnée : si ce film est bien tel qu'il le décrit, alors il s'agit d'une comédie réaliste. Elle reflète en tous points l'Etat de notre société, la valeur de l'humain dans une civilisation consumériste et matérialiste. On peut s'en désoler, mais c'est ainsi. On taxe la culture à 7% et non pas comme un bien de première nécessité, et ça ne choque personne. On préfère le cinéma aux livres, le people à la critique, la propagande à la réflexion. Intouchables est bien un film symptomatique de notre époque, avec, en bonus, un morale basée sur la confiance en l'autre et la transgressions des barrières sociales. Mieux, Intouchables est un film sur deux minorités qui s'unissent pour retrouver une liberté, une "normalité". Il brise le tabou des handicapés, isolés, et des immigrés de deuxième génération, parqués en banlieue, sans espoir d'ascenseur social, rejetés.

Iacub a tort en expliquant qu'il n'y a pas de redistribution des richesses : le personnage d'Omar Sy trouve un job grâce à un riche un peu illuminé. Delfour n'a pas plus raison. Le personnage d'Omar Sy se met à peindre - c'est bien de la culture, non? - et grâce à son patron, se fait un beau pactole, après avoir vendu une de ses toiles à un avocat méprisable et payant certainement l'ISF.

Acte 3 : Variety n'y voit que des stéréotypes raciaux et sociaux

Avant d'en arriver à notre conclusion, on doit aussi relever la critique du magazine professionnel américain Variety. Son auteur, Jay Weyssberg, estime que Driss  (Omar Sy) est "traité comme un singe de compagnie qui apprend au blanc coincé à s'amuser, en remplaçant Vivaldi par Boogie Wonderland, et en lui montrant comment on bouge sur la piste de danse".  Le journaliste trouve qu'il est "pénible de voir Omar Sy, un acteur joyeusement charismatique, dans un rôle qui se détache à peine de l'époque de l'esclavage, dans lequel il divertit le maître blanc, en endossant tous les stéréotypes raciaux, et de classe."

Intouchables raciste. En plus d'être sarkozyste et réactionnaire. N'en jetez plus.

Intouchables est adapté d'une autobiographie, une histoire vraie. En écoutant les témoignages des deux véritables protagonistes de cette histoire, on se dit que leur vie est incompréhensible pour ceux qui la jugent. Pas l'impression de voir Driss/Abdel Sellou/Omar Sy maltraité et malheureux, même encore aujourd'hui. La fin est d'autant plus ouverte que le personnage d'Omar Sy a la vie devant lui, de l'argent, et s'est sorti de la spirale infernale des Cités sans emploi.

Au delà de tout ce pataquès philosophico-intellectuel, le film est davantage une histoire d'amitié, certes un peu misogyne, qu'un manifeste politique.

Finalement ce n est pas Intouchables qui est raciste reactionnaire et sarkozyste mais bien la France. Le film insuffle en plus un peu d'espoir, de générosité et d'altruisme, pour nous faire croire que ce n'est pas une fatalite.

La liquidation de Quinta industries : un effet papillon

Posté par vincy, le 22 décembre 2011

C'est un feuilleton quotidien, avec ses rebondissements. Depuis la mise en liquidation il y a une semaine du groupe Quinta Industries, les nouvelles se suivent. Et se ressemblent.

1) Liquidation judiciaire décidée

Quinta industries, détenue à 83% par l'homme d'affaires franco-tunisien Tarak Ben Ammar et à 17% par Technicolor, était en cessation de paiement depuis le 1er septembre et avait été placé début novembre en redressement judiciaire. Les 115 salariés de LTC, une filiale à 100% du groupe, s'étaient mis en grève le vendredi 9 décembre, ce qui avait entraîné comme première conséquence le blocage de la livraison des copies de Hugo Cabret et du réassort de quelques films (voir actualité du 13 décembre).

Le processus de numérisation des salles, qui s'est accéléré ces derniers mois (voir actualité du 26 septembre), aura eu raison des activités photochimiques.

LTC, ScanLab, SIS, les Audis de Boulogne : toutes ont été liquidées en attendant les offres de reprises début janvier. La continuation de l'activité a été accordée jusqu'à la mi-janvier seulement. On peut ajouter à cela l'absence de proposition pour reprendra Duran et le studio Duran Duboi (voir actualité du 2 décembre), qui "plantent" ainsi les effets spéciaux de plusieurs grosses productions. La continuation de l'activité est prévue jusqu'à fin janvier. Cela va notamment entrainer les producteurs à trouver d'autres solutions, coûteuses.

2) Des films menacés, reportés...

Warner Bros a annoncé aujourd'hui que la sortie du film Les Seigneurs, d'Olivier Dahan, serait reportée d'avril à septembre 2012. Fidélité Films a voulu rassurer. Pour Astérix 4, ils examinent différentes solutions, comme "la reprise de l'ensemble des effets spéciaux par des sociétés tierces. Cette reprise va s'accompagner de surcoûts importants, que nous n'avions évidemment pas prévus, mais qui sont gérables dans le cadre d'une production comme Astérix."

En plus de la casse sociale (près de 200 employés licenciés d'ici la fin de l'année) à la veille des Fêtes, ce sont en effet 36 longs métrages qui sont impactés. 36 films qui étaient en cours de post-production dans ces différents laboratoires, parmi lesquels, Astérix au Service de sa Majesté, La Vérité si je mens 3, Les Seigneurs, le nouveau film d'Olivier Dahan, Les Infidèles de Jean Dujardin et Gilles Lellouche, le prochain Leos Carax, Holly Motors, ou encore Thérèse Desqueyroux de Claude Miller. Les films de Gilles Bourdos, Pierre Jolivet, Frédéric Forestier, Régis Roinsard sont également concernés.

La Fédération des industries techniques du cinéma, de l'audiovisuel et du multimédia (Ficam) explique que
"toutes saisies et déplacements des serveurs informatiques entraîneraient la perte irrévocable des éléments", soit près de 300 millions d'euros d'investissements de production. Les serveurs des sociétés feraient déjà l'objet de saisies. La perte des données est sans doute le risque le plus grave actuellement. Au delà des films en cours, il y a aussi le transfert des oeuvres du patrimoine (depuis 1935) qui doit être envisagé. La Ficam propose de former un comité d'experts pour trouver des solutions à court terme mais aussi la mise en place d'un Fonds spécial de compte de soutien.

3) Les issues de secours

Il faut donc un plan de sauvetage urgent. Et là, nous ne pouvons être que circonspects face à la réponse publique. Le CNC a immédiatement réagit. Une réunion se tient aujourd'hui avec les organisations professionnelles en vue de trouver les bonnes solutions. Mais le Ministère de la Culture a attendu près d'une semaine pour faire valoir sa position. Le mépris à l'égard de cette situation surprend. Et la réponse ne rassure pas complètement.

Après la formule de politesse qui convient (Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication fait part "de la très vive attention qu’il porte à la situation des industries techniques du cinéma, suite à la liquidation judiciaire dont fait l’objet le groupe Quinta industries et les sociétés qui le compose"), il fixe une priorité (qui paraît évidente) : "permettre dans les meilleures conditions la finalisation et la sortie en salle des films actuellement traités par Quinta industries, et à moyen terme de garantir la conservation des œuvres stockées par le groupe."

Mais dans son communiqué, le ministre considère que l'urgence ne concerne que les films qui doivent sortir d'ici fin janvier (très peu des 36 films concernés), ignorant sans doute qu'une phase de post-production est engagée plusieurs mois avant la sortie du film. Erreur de raisonnement.

Pour les autres oeuvres, qui sont prévues après janvier, le Ministère délègue au CNC le dialogue avec les parties concernées. Manière de ne pas trop se mouiller en cas d'échec.

Enfin, maladroitement, le Ministère indique que la liquidation de Quinta industries était prévisible. Il y a eu ces dernières années une volonté publique de numériser les salles (notamment "par l’intermédiaire de dispositifs de soutien déjà existants, mais également dans le cadre des programmes de numérisation des films de patrimoine, afin de faire du numérique non seulement un moyen de valoriser et diffuser les œuvres, mais également une opportunité pour nos industries"). Manière d'annoncer que l'Etat ne sauvera pas le savoir-faire des techniciens licenciés et que les salles n'ont plus d'autres choix que de passer au numérique... La liquidation judiciaire de ces sociétés est donc une opportunité et l'Etat les enterre sans ménagement. On ne s'étonnera pas que dans ce communiqué, on ne trouve pas un seul mot pour les employés.

Vaclav Havel (1936-2011), un film et puis s’en va…

Posté par vincy, le 19 décembre 2011

Sa vie pourra sans doute inspirer un biopic. Vaclav Havel, décédé le 18 décembre à l'âge de 75 ans, aura été un grand auteur de théâtre, un philosophe et poète, mêlant l'absurde et les réflexions plus politiques, un dissident au régime communiste, qui fut incarcéré durant près de 4 ans, et un Président de la République Tchèque durant plus de 13 ans.

Et s'il se trouve ici même, sur nos pages, c'est qu'il a aussi un lien avec le cinéma. Sa famille, déjà distributrice de films, était même propriétaires de studios de cinéma, les légendaires Studios Barrandov, près de Prague. Ils furent agrandis par les Nazis, nationalisés par les communistes. Entre leur ouverture en 1933 et les années 90, des cinéastes comme Milos Forman et Jan Kadar y tournèrent. Les productions tchèques, de moins en moins nombreuses après la "Révolution de Velours" qui amena Vaclav Havel au pouvoir, ont alors laissé la place aux grosses productions hollywoodiennes : Mission : Impossible, La Mémoire dans la peau, Casino Royale... Barbra Streisand y tourna Yentl, Milos Forman son Amadeus, Jean-Jacques Annaud Stalingrad et Alexander Sokourov réalisa Faust, récent Lion d'or à Venise.

Mais Havel n'en héritera pas : son père et son oncle, propriétaires, se sont vus déposséder de tous leurs biens immobiliers lors de l'arrivée des communistes au pouvoir.

Un scénario coécrit avec Milos Forman

Il attendra le crépuscule de sa vie pour revenir au cinéma. En 2004, il incarne le Président dans Up and Down (Horem padem), comédie dramatique de Jan Hrebejk. En 2011, il fait une participation dans Czech-Made Man de Tomas Rehorek. Si ses pièces ont souvent fait l'objet de captations pour la télé, on soulignera que sa version de L'opéra de quat'sous a été filmée pour le cinéma par Jiri Menzel (1991).

Cette année encore, il avait écrit avec (et pour) Milos Forman l'adaptation du roman de Georges-Mac Benamou, Le fantôme de Munich, qui devrait sortir en 2013.

Mais Vaclav Havel est surtout passé à la réalisation, son rêve depuis toujours. Son premier film Sur le départ (Odchazeni) (voir la bande annonce en anglais) est l'histoire absurde d'un chancelier qui s'apprête à quitter le pouvoir. Il est adapté de la propre (et ultime) pièce de Vaclav Havel. Le film est sorti fin mars en république Tchèque, avant d'être sélectionné au début de l'été au Festival de Moscou, en compétition, puis à Karlovy Vary, le festival international le plus réputé de Tchéquie.

L'accueil a pourtant fait du bruit dans son pays. Depuis quelques années, il était de bon ton de critiquer - ah, l'ingratitude des citoyens ! - cet ancien politicien qui avait permis à son pays de devenir libre (et capitaliste). Le cinéaste en a fait plus douloureusement les frais. Une icône attaquée : le combat fut rude entre ses admirateurs et ses détracteurs. Le film a été l'étincelle pour que tout explose. La polémique était aussi absurde que ses pièces le sont. Les critiques de cinéma ont dénoncé l'absence d'un bon scénario et une mise en scène médiocre qui ridiculisent l'ensemble. Toujours espiègle, Vaclav Havel revendique la farce. Et certains l'ont défendu en rappelant que la satire est parfois douloureuse et cruelle à accepter. «Le film Odcházení a un désavantage : celui d’être signé par Havel ce qui ne peut qu’alourdir sa situation » expliquait l'écrivain Ludvik Vaculik.

Le déchaînement de haine est au niveau de la passion qu'avait engendré la personnalité de cet homme qui n'aura cessé de faire tomber les rideaux et de s'affranchir des règles.

Mais il aimait aussi les symboles. L'avant-première mondiale s'est déroulée dans la salle de cinéma Lucerna, que son grand-père avait construite en 1909 en plein centre de Prague.

La BD Quai d’Orsay intéresse Bertrand Tavernier

Posté par vincy, le 3 décembre 2011

Le deuxième tome de l'excellente bande dessinée Quai d'Orsay vient de paraître (Dargaud). Abel Lanzac (pseudonyme d'une ancien membre du Ministère) écrit le scénario tandis que Christophe Blain dessine. Après le succès du premier volume, l'éditeur a décidé de miser gros : 200 000 exemplaires quand le premier s'était vendu, à la surprise générale, à 120 000 exemplaires.

Bertrand Tavernier a pris une option pour adapter Quai d'Orsay au cinéma. Le scénario sera signé par les auteurs de la BD. Il reste à trouver le financement, selon Dargaud. Une version de L'Exercice de l'Etat version cocaïnée.

Car Quai d'Orsay est une chronique à peine fictionnelle au sein du cabinet d'un ministre des Affaires étrangères (Taillard de Vorms alias Dominique De Villepin pour ne pas le nommer). Le deuxième album retrace les événements autour des prémices de la seconde guerre du Golfe, quand le Ministre tente de résister à l'invincible armada de la propagande américaine. Toute l'histoire est vue à travers un jeune conseiller chargé des discours et qui essaie d'avoir une vie privée en pleine tornade politique.

L’avant-première d’Or noir troublée par un conflit avec le producteur

Posté par vincy, le 22 novembre 2011

L'avant-première d'Or noir, le nouveau film de Jean-Jacques Annaud, lundi 21 novembre au Gaumont Champs-Elysées, a été troublée, de manière très sage, par les employés de LTC, filiale à 100% de Quinta Industries. Le Syndicat national des techniciens et réalisateurs de la production cinématographique et de télévision (SNTR / SGTIF - CGT) a distribué un tract aux invités qui faisaient la queue. Quelques employés brandissaient des pancartes, accusant principalement l'actionnaire Tarak Ben Ammar, le long du tapis rouge.

Rappel des faits : LTC (32 millions d'€ de chiffre d'affaires en 2010, 24 millions prévus cette année), mais aussi Scanlab (6,3 millions d'euros) et Quinta Industries (6,6 millions d'euros) sont en redressement judiciaire depuis le 3 novembre. Les trois sociétés regroupent 182 employés. Le groupe Quinta industries, qui englobe les trois sociétés, détenu à 83% par Tarak Ben Ammar et à 17% par Technicolor, elle-même en procédure de sauvegarde, est en cessation de paiement depuis le 1er septembre et les salaires d'octobre n'ont pas pu être payés. Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) devrait être présenté d'ici deux mois aux 182 salariés des trois sociétés. Les difficultés financières des trois sociétés sont liées notamment au déclin de l'activité photochimique, qui a accéléré sa chute à partir du 2e semestre 2010, notamment liée au processus de numérisation des salles de cinéma, en forte accélération ces derniers mois. Le Conseil de la concurrence a rejeté la fusion des laboratoires LTC avec ceux d'Eclair, dont Tarak Ben Ammar est aussi actionnaire à hauteur de 43%. Tarak Ben Ammar justifie qu'il a anticipé la mutation technologique en orientant les activités de ses laboratoires vers la numérisation des oeuvres mais qu'il n'a pas réussi à trouver les financements nécessaires pour répondre aux besoins de cette montée en charge. Il compte démarrer la numérisation de son catalogue (500  films environ) dès décembre.

Cependant, les syndicats reprochent à Tarak Ben Ammar de ne pas faire face à ses responsabilités. "L'administrateur judiciaire a annoncé aux élus du personnel qu'un plan massif de licenciement était nécessaire et que les mesures d'accompagnement seraient au minimum conventionnel à moins que l'actionnaire y participe financièrement". Un premier plan de licenciements de 34 personnes avait été enclenché l'été dernier. Le plan avait été annulé, et celui qui s'annonce semble bien plus "massif". Le tribunal a accordé une période d'observation de six mois. Le plan de continuation prévoit un plan de sauvegarde de l'emploi et la cession du site de Saint-Cloud, qui rapporterait 13,5 millions d'euros (soit un peu moins que la dette financière, qui s'élève à 15 millions d'euros).

Les salariés reprochent à l'actionnaire une certaine désinvolture. "Si vous allez pouvoir voir (...) le film Or noir (...), c'est parce que les salariés de LTC, Scanlab et Quinta Industries continuent à travailler alors qu'ils ne sont même pas certains que, comme le mois dernier, leur salaire sera versé. Les salariés réclament qu'en juste contrepartie de 10 ans au travail au seul bénéfice des sociétés du groupe Quinta Communications, Tarak Ben Ammar mette la main à la poche pour assurer dignement le départ et la reconversion des salariés." Ce dernier ne s'est toujours pas engagé à participer financièrement aux licenciements alors que les salaires n'ont effectivement pas été versés en octobre et qu'il affirme que son groupe Quinta Communications "va très bien".

Des amis nommés Ben Ali, Khadafi, Berlusconi

A cela s'ajoute une controverse liée aux conditions de tournage d'Or noir. Le syndicat exige, "compte tenu des conditions sociales iniques qui ont permis la réalisation de ce film", que soient revues très rapidement les conditions de l'agrément de ce film, agréé par le Président du CNC, en dépit d'un avis défavorable de la Commission des professionnels. Le 21 septembre dernier, le syndicat expliquait que "la société Quinta Communication avait imposé aux ouvriers et techniciens de travailler en qualité d'expatriés via une société tunisienne, ceux-ci ne bénéficiant alors d'aucune couverture sociale et conventionnelle, la commission d'agrément dont l'avis est consultatif, avait unanimement émis un avis défavorable à la délivrance de l'agrément pour ce film, à deux reprises. En délivrant l'agrément sans même en informer la commission, le Président du CNC fait preuve d’une véritable défiance vis-à-vis des professionnels du cinéma ; en conséquence, les organisations professionnelles de la CGT, artistes et techniciens, siégeant à la Commission ont décidé de quitter la séance qui a du être ajournée."

Sales temps pour Tarak Ben Ammar, qui avait déjà du affronter la révolution tunisienne en plein tournage d'Or noir (voir aussi actualité du 19 janvier) et qui est, en tant qu'actionnaire de la chaîne télévisée Nessma, au coeur d'un procès en Tunisie pour avoir diffusé Persépolis (voir actualité du 14 octobre). Ce dernier point serait plutôt à mettre à son actif. Hélas, ses amitiés qui lui ont permis de construire son empire s'effondrent autour de lui. Après son ami Ben Ali, l'ancien dictateur tunisien, c'est au tour de Silvio Berlusconi (co-actionnaire de Quinta Communications) de tomber ; et il est aussi fragilisé par la révolution libyenne : en 2009, il avait reçu du régime de Khadafi, via le fonds souverain Libyan Foreign Investment Co, 19 millions d'euros soit 10% du capital de sa société.

The Black Power Mixtape 1967-1975 : mémoires d’indignés

Posté par kristofy, le 16 novembre 2011

Le film The Black Power Mixtape 1967-1975 est un documentaire construit avec des images d’archives inédites qui ont été retrouvées dans les archives d’une télévision de Suède. Le réalisateur suédois Göran Hugo Olsson est à l’origine du montage de ce film, coproduit par Danny Glover et présenté aux Festivals de Sundance, Berlin et Deauville.

Le mouvement 'Black Power' aux Etats-Unis pourrait se résumer rapidement par la lutte des noirs américains contre le racisme (accès aux bus, au logement, à l'université, au travail...) porté par des leaders comme Martin Luther King et Malcolm X. Les principales images de l’époque des télévisions américaines sont plus orientées vers une dénonciation d’activistes provocateurs… Ici, ces images de journalistes suédois font découvrir les revendications 'Black Power' telles qu’elles étaient exprimées durant ces années 70, ce sont des témoignages de ces années troubles. Ces archives ont été compilées dans un montage en 9 chapitres (pour chaque année entre 1967 et 1975), avec, parfois, un commentaire contemporain par certains artistes afro-américains sensibles eux-aussi au 'Black Power' (Erykah Badu, Talib Kweli, Questlove, Melvin Van Peebles).

Le montage chronologique de The Black Power Mixtape 1967-1975 permet de saisir l’évolution d’un mouvement : La lutte pour les droits civiques des noirs est aussi liée à la contestation de la guerre américaine au Vietnam, et aux assassinats de Martin Luther King (et celui de Robert Kenndy) en 1968. Martin Luther King (appelé Dr King) préférait la non-violence d’un mouvement pacifique, Malcom X déplorait que le gouvernement ait trop attendus pour engager des réformes sociales en faveur des plus pauvres, Stokely Carmichael à lui écrit un manifeste du Black Power (il a popularisé l’expression) et le Black Power Party fut le plus radical en vantant le droit de se défendre (avec des armes) face à la violence du racisme…

Le documentaire est riche de plusieurs séquences mémorables qui font entendre les paroles de ces militants. Ainsi Angela Davis est interviewée en prison sur la légitimité d’une organisation armée, et sa réponse <i>« lorsque quelqu'un me demande mon avis sur la violence, je trouve cela incroyable car cela signifie que la personne qui pose cette question n'a aucune idée de ce que le peuple noir a subi »</i> lui fait raconter le quotidien de son quartier en Alabama où des blancs racistes tuaient avec des bombes des familles noires… The Black Power Mixtape 1967-1975 s’intéresse d’ailleurs surtout à Angela Davis et à Stokely Carmichael : ce sont les personnes qui ont été le plus rencontrées par les journalistes suédois. Stokely Carmichael a voyagé en Europe, en France et en Suède, pour propager de ses idées. On apprendra d’ailleurs que le gouvernement américain n’appréciait guère que ces reporters suédois donnent une image positive des activistes -  les médias américains conservateurs évoquaient davantage des troubles et des violences- au point de geler les relations diplomatiques entre les deux pays.

La force de ce documentaire est de réussir à cerner plusieurs années de luttes idéologiques pour la liberté et l’égalité. Les images et les propos sont bien évidement plutôt à charge contre les Etats-Unis (en particulier le gouvernement du Président Nixon).  The Black Power Mixtape 1967-1975 est avant tout un document historique.

Le gouvernement augmente la TVA sur le ticket de cinéma

Posté par vincy, le 8 novembre 2011

Après avoir ponctionné les recettes du CNC au nom de l'effort national et sous prétexte que le cinéma rapporte beaucoup d'argent (voir notre actualité du 21 octobre), menaçant d'autant les aides à la production et la numérisation, le gouvernement a décidé d'augmenter le ticket de cinéma. Avec une moyenne de 200 millions d'entrées par an, la fréquentation en salles est un joli pactole à ne pas éviter en ces temps de désendettement. Le cinéma - mais aussi la musique, les concerts, le cirque, les transports, le livre - va donc subit une hausse de sa TVA, qui passera de 5,5% à 7%. Double peine pour le 7e art qui se voit taxer par le Trésor public un peu plus chaque semaine. On paye cher le crédit d'impôts favorisant les tournages étrangers en France, seule mesure profitable votée sous ce gouvernement.

Bien sûr rien n'est perdu. Cette mesure doit maintenant être discutée devant le parlement. Elle peut-être amendée, la culture peut-être exemptée. Une chose est sûre : vu le silence du Ministère de la culture, on comprend que celui-ci pèse peu dans les décisions en haut-lieu et manque de courage politique.

La culture n'est peut-être pas de première nécessité, mais elle était jusque là sanctuarisée dans une "exception culturelle" au même titre que l'éducation. Ne parlons pas de l'affichage : la culture est désormais comme le bâtiment ou la restauration, un bien banal et non plus un service précieux. Chose moins connue, le secteur culturel est aussi un fort levier de croissance en France et l'un des plus gros employeurs du pays (plus que l'automobile par exemple).

En menaçant une culture toujours fragile (les marges ne sont pas énormes, particulièrement pour les exploitants et éditeurs indépendants), l'effort national risque de revenir tel un boomerang avec un double effet : diminution de la diversité culturelle et réduction des recettes globales. Il faudra alors trouver des nouvelles recettes pour aider les acteurs culturels économiquement dégradés.

Car ce plan gouvernemental, réalisé sans concertation ni prévention, a deux inconnues : combien cela va-t-il rapporté réellement? 20 millions d'euros environ selon les premières estimations. C'est à peu près le budget du Service d'Information du gouvernement (+324% depuis 2006!). Et au final combien cela va -t-il coûté en emplois et en aides de l'Etat si tout cela fragilise les exploitants et les éditeurs?

Notons que le gouvernement, dans sa grande cohérence, a maintenu le taux super réduit de 2,2 %, qui s'applique aux services de presse, aux 140 premières représentations d'une pièce de théâtre de création, ou d'une pièce du répertoire classique donnée dans une nouvelle mise en scène.

En augmentant la TVA sur les tickets de cinéma (mais aussi sur les abonnements à des services de télévision comme Canal + et toutes les chaînes de Vidéo à la Demande), on pénalise ceux qui y vont souvent et qui ont l'audace de ne pas regarder TF1. Les jeunes et les seniors, pas forcément les générations les plus aisées, sont les spectateurs les plus touchés, devant déjà subir un ticket de cinéma qui augmente chaque année avec l'inflation, et l'ajout de la "location" de lunettes 3D.

Les réactions n'ont pas tardé.
- SACD : "La hausse de la TVA sur les biens culturels est une mesure inattendue et néfaste pour la création et la diffusion des oeuvres". "La SACD regrette profondément cette initiative, prise sans aucune concertation, qui constitue un coup de canif dans la politique de soutien à la diversité culturelle." Cette mesure est "inefficace et incohérente : Inefficace car la dépense fiscale liée aux biens culturels reste très marginale dans le budget de l’État. Incohérente car elle va à l’encontre du traitement fiscal spécifique pour les œuvres culturelles, principe toujours défendu en France, quelles que soient les majorités en place".
- L'ARP : "Les cinéastes de L'ARP s’étonnent que le gouvernement français ne considère pas que les biens et service culturels constituent des biens de première nécessité, particulièrement en temps de crise, où la culture demeure un refuge de l’esprit."

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dessin de Olivero

L’ordre et la morale provoque le désordre et l’indignation en Nouvelle-Calédonie

Posté par vincy, le 21 octobre 2011

L'ordre et la morale, le nouveau film de Mathieu Kassovitz, n'est décidément pas le bienvenue en Nouvelle-Calédonie. Déjà, le territoire ultra-marin avait refusé que la production s'installe sur l'archipel pour tourner ce film qui retrace les événements tragiques autour de la Grotte d'Ouvéa en 1988. Un député UMP s'était même offusqué de voir des financements publics dans une telle production. Le film a donc du tout reconstituer en Polynésie française.

La sortie ne s'annonce pas plus calme. Le distributeur local s'est désisté et suspend ainsi, de facto, la diffusion du film, qui était prévue, comme en France, le 16 novembre. Le seul exploitant de salles de cinéma "ne souhaite plus diffuser le film" sous prétexte qu'il attiserait les rancoeurs. Sic. "Les cinémas Hickson ont le monopole et je m'y attendais. Il y a eu des pressions politiques, bien évidemment", a déclaré à l'AFP Macky Wéa, un des acteurs du film.

Douglas Hickson, patron de Cinécity, a qualifié le film de "très caricatural, qui rouvre des plaies qui s'étaient cicatrisées". "Nous sommes une entreprise de divertissement, alors que ce film est un film polémique. Nos salles ne sont pas le lieu approprié pour le présenter", a-t-il déclaré. Divertissement = abrutissement ?

Cet acte de censure révèle une volonté de penser à la place des citoyens. Proprement scandaleux sur le territoire français. C'est indigne d'une démocratie et d'un pays vantant la diversité culturelle. Que fait le Ministère de la Culture?

Ont-ils vu le même film que nous? Kassovitz est bien plus critique sur l'appareil de l'Etat français et l'Armée que sur les indépendantistes, pour lesquels on sent davantage d'empathie. mais les rôles et responsabilités sont assez équilibrés.

Les avant-premières sont donc reporter aussi bien à Ouvéa (le 29 octobre) qu'à Nouméa (le lendemain).

Mathieu Kassovitz s'est déclaré choqué, évoquant des pressions politiques. "On s'est battu dix ans pour faire ce film, personne n'a réussi à nous empêcher et tout à coup le dernier maillon de cette chaîne cède, c'est impossible... Ce serait très fort s'ils arrivaient à censurer un film au dernier moment", déclare-t-il, visiblement abattu, dans une vidéo en ligne sur le site du quotidien Presse-Océan.

Le film a déjà été montré à des officiels (kanaks et caldoches) ainsi qu'à des élus, des militaires, des gendarmes et aux familles des victimes des deux camps, et cela sans provoquer le moindre incident. "On organisera des projections ailleurs, dans les mairies. Il y a déjà eu des projections avec des gens de bords différents et à 99%, le film a été perçu positivement", se rassure Macky Wéa. A l'AFP, un responsable du FLNKS souhaite "que le film soit vu, même si c'est douloureux. Bien sûr, on peut craindre la réaction de jeunes, qui se sentent marginalisés, il faut expliquer."

Suite à Ouvéa et aux accords de Nouméa qui ont été signés dans la foulée du réferendum pour l'autonomie de la Nouelle Calédonie en 1988, un processus de décolonisation par étapes a été mis en place en 1998. La Nouvelle-Calédonie décidera de son avenir institutionnel par un référendum d’auto-détermination entre 2014 et 2018. Le Président de la République et le Premier Ministre se sont déplacés pour tenter de convaincre les calédoniens de rester dans la République. Des moments de tension de ce genre ne sont qu'une petite partie d'un problème politique, économique et géostratégique plus vaste.

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