Cannes 2017: 80 cinéastes interpellent l’Europe

Posté par vincy, le 25 mai 2017

Plus de 80 cinéastes ont interpellé la Commission européenne et le Parlement européen, dans le cadre de la réforme du droit d'auteur et de la révision de la Directive services de médias audiovisuels Ce texte, qui reprend la plupart des appels rédigés ces dernières années, a été remis en début de semaine au Festival de Cannes, lors d'un déjeuner avec les représentants européens, présents sur la Croisette pour le European Film Forum.

"Citoyens et cinéastes européens, nous vivons au cœur d’une Europe qui porte un bel espoir quand elle est fidèle aux valeurs de tolérance, d’ouverture et de diversité et qu’elle se défend des visées nationalistes, obscurantistes et frileuses qui la traversent. Parce qu’il est le reflet de ces valeurs positives, nous avons la conviction que le cinéma européen peut et doit participer à la conduite d’une politique culturelle européenne ambitieuse et renouvelée. Loin de n’être qu’un bassin d’emplois, l’addition de territoires ou la juxtaposition de marchés et de consommateurs, la culture européenne porte également ces identités plurielles et un mode d’expression libre et démocratique" expliquent-ils en préambule.

Ils réclament le renforcement de la dotation budgétaire et l'extension du champ d'actions du programme Média. Pour eux, le financement et le développement des films européens doit être notre priorité, mais ils exigent aussi le "maintien de la territorialité des droits" car cette territorialité  "structure et garantit le haut niveau de financement des œuvres en Europe, en particulier pour les cinématographies les plus fragiles et les coproductions européennes. Ce principe doit être sanctuarisé pour garantir l’exclusivité des droits et les fondements du financement de la création. C’est cette territorialité qui permet aux spectateurs d’accéder à des œuvres diverses et financées à travers l'Europe. Rêver au marché unique européen peut être séduisant mais, en l’état, un tel projet irait à l’encontre du fondement de la diversité et de l’exception culturelle."

Les auteurs sont au centre du courrier, les cinéastes rappelant que les auteurs doivent "pouvoir vivre de leur art (...) afin qu’ils puissent continuer à créer." "À tous les cinéastes, l’Union européenne doit assurer, sur tout son territoire, le même niveau de protection et reconnaitre un droit inaliénable à rémunération lorsque leurs œuvres sont exploitées sur des plateformes en ligne. Elle doit aussi encourager la transparence et la rémunération proportionnelle des auteurs au succès du film."

Visant Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix & co, ils demandent que l’Europe fixe "une ambition et assurer les conditions d’un jeu concurrentiel plus juste et durable entre tous ceux qui diffusent nos œuvres. Elle doit également assurer le principe d’une équité fiscale, et rapidement mettre en œuvre des engagements de financement et de diffusion vis-à-vis de la création européenne, sans possibilité de contournement. Elle doit, enfin, garantir une meilleure adéquation entre le lieu d’imposition et le lieu de diffusion des œuvres, comme c’est déjà le cas pour la TVA. L’Europe n’est pas un nouveau Far West, sans foi ni lois : elle doit veiller à appliquer les mêmes règles à l’ensemble des diffuseurs, plateformes, sites de partage ou réseaux sociaux."

Enfin, les cinéastes constatent que le piratage perdure et que l'offre légale "peine à attirer les spectateurs". Aussi veulent-ils que l'Europe valorise "une meilleure exposition des œuvres sur tous les supports." "Le développement d’outils de référencement des films légalement accessibles doit être accéléré, autant que doivent être encouragées les coopérations entre États membres ou des actions collectives concertées" selon eux, notamment en leur assurant "une large exposition dans les salles de cinéma, sur les chaînes de télévision, leurs déclinaisons numériques, et sur tous les services à la demande, est une priorité. Il s’agit aussi de répondre aux nouvelles attentes des spectateurs."

"Les professionnels devront faire des efforts en ce sens pour renforcer la disponibilité des films. Les institutions européennes devront, elles aussi, garantir une présence et une promotion minimales des œuvres européennes sur les services à la demande, tisser un lien vertueux entre numérique et création, sans faire table rase de la diversité culturelle" concluent-ils, "afin de repenser et reconstruire une politique culturelle exigeante et ambitieuse, adaptée au numérique, à son économie et ses usages, qui valorise les œuvres et mette les créateurs au cœur de son action."

La liste des premiers signataires
Fatih Akin (Allemagne), Robert Alberdingk Thijm (Pays-Bas), Alejandro Amenábar (Espagne), Christophe Andréi (France), Montxo Armendáriz (Espagne), Lucas Belvaux (Belgique) Pablo Berger (Espagne), Julie Bertuccelli (France), Iciar Bollain (Espagne), John Boorman (Royaume-Uni), Fred Breinersdorfer (Allemagne), Miroslava Brezovska (Slovaquie), Peter Carpentier (Allemagne), Marianna Cengel Solcanska (Slovaquie), Dan Clifton (Royaume-Uni), Fernando Colomo (Espagne), Stijn Coninx (Belgique), Catherine Corsini (France), José Luis Cuerda (Espagne), Jean-Pierre Dardenne (Belgique), Luc Dardenne (Belgique), Dante Desarthe (France), Leonardo Di Costanzo (Italie), Fabrice Du Welz (Belgique), Klemen Dvornik (Slovénie), Benedikt Erlingsson (Islande), Stephen Frears (Royaume-Uni), Matteo Garrone (Italie), Costa Gavras (France), Jochen Greve (Allemagne), Michael Haneke (Autriche), Michel Hazanavicius (France), Miguel Hermoso (Espagne), Hrvoje Hirar (Croatie), Agnieszka Holland (Pologne), Dariusz Jablonski (Pologne), Agnès Jaoui (France), Joachim Lafosse (Belgique), Éric Lartigau (France), Claude Lelouch (France), Marek Leszak (Slovaquie), Zuzana Liová (Slovaquie), Daniele Luchetti (Italie), Miloslav Luther (Slovaquie), Ole Christian Madsen (Danemark), Ursula Meier (France-Suisse), Roger Michell (Royaume-Uni), Radu Mihaileanu (France), Catalin Mitulescu (Roumanie), Cristian Mungiu (Roumanie), Olivier Nakache (France), Annette K. Olesen (Danemark), Ruben Östlund (Suède), Sir Alan Parker (Royaume-Uni), Pawel Pawlikowski (Royaume-Uni - Pologne), Sverre Pedersen (Norvège), Adela Peeva (Bulgarie), Nicolas Philibert (France), Ventura Pons (Espagne), Marián Puobiš (Slovaquie), Corneliu Porumboiu (Roumanie), Elina Psykou (Grèce), Di Redmond (Royaume-Uni), Michaël R. Roskam (Belgique), Lone Scherfig (Danemark), Volker Schlöndorff (Allemagne), Céline Sciamma (France), Maurizio Sciarra (Italie), Jerzy Skolimowski (Pologne), Marko Skop (Slovaquie), Paolo Sorrentino (Italie), Birgitte Staermose (Danemark), Hugh Stoddart (Royaume-Uni), Charles Sturridge (Royaume-Uni), Ondrej Sulaj (Slovaquie), Bertrand Tavernier (France), Éric Tolédano (France), Dusan Trancik (Slovaquie), Joachim Trier (Norvège), Fernando Trueba (Espagne), Felix Van Groeningen (Belgique), Wim Wenders (Allemagne), Susanna White (Royaume-Uni).

Edito: Cessez-le-feu ou allumez le feu?

Posté par redaction, le 20 avril 2017

On n'en peut plus de cette série de télé-réalité dont la fin de saison approche enfin. La France vote. Quatre demi-finalistes se disputent les deux dernières places. On aimerait qu'on se dispute pour des places de cinéma. Bien sûr, les films américains cartonnent. On prend son siège pour vrombir avec Fast & Furious 8. On s'amuse avec Boss Baby et Les Schtroumpfs, vacances oblige. On se laisse encore emporter par La Belle et la bête. Pour les autres, c'est un peu comme le parcours du candidat socialiste: rase campagne.

Les comédies françaises, trop nombreuses, trop similaires du pitch au marketing, pas assez abouties, ne font pas rire et ne fédèrent pas les masses. Les films d'ailleurs et d'auteurs peinent à trouver leur public. Tout le monde semble en vacances ou la tête dans le remue-méninges politique. Face à l'indécision, le risque, le spectateur choisit le ticket utile. Celui qui assure la promesse d'un divertissement formaté mais rassurant.

Une réforme art et essai utile mais incomplète

Alors que le CNC vient de rendre public une réforme de l'art et essai, afin de soutenir la diffusion de films labellisés comme tels, on s'inquiète. Les exploitants, notamment les plus petits, peuvent y gagner, certainement, stimulés par des avantages financiers. Mais les distributeurs survivront-ils? Il faudra quand même se pose la question de la chronologie des médias pour ces films fragiles, dont la salle de cinéma ne résoudra pas tout de l'équation financière impossible: un public de moins en moins nombreux et une profusion d'œuvres (moins de 500 nouveautés en 2002, plus de 700 aujourd'hui. La diversité est menacée par cette abondance de "contenus" elle-même en concurrence avec les autres écrans.

Et puisque la politique occupe les esprits, parlons d'éducation à l'image et d'accès à la culture. Il est urgent d'initier les jeunes à d'autres cinémas que les films patrimoniaux ou les productions historiques servant de prétexte à appuyer le programme scolaire en Français ou en Histoire. Montrer qu'un "petit" film n'est pas ennuyeux forcément sous prétexte qu'il vient d'un pays qu'on ne situe pas sur la carte. Abattre les préjugés sur le cinéma d'auteur, caricaturé durant plusieurs années par les Guignols quand ils étaient sur la Croisette (un comble quand on connaît le poids de Canal + dans le financement du festival de Cannes et de films sélectionnés).

Des candidats à l'Elysée aux choix nostalgiques

Pas sûr que les candidats à l'Elysée en aient vraiment conscience. Un portail web les a interrogés sur leurs goûts cinéphiliques. Les choix sont parfois surprenants au milieu de résultats plus convenus (La grande vadrouille, Les tontons flingueurs, quelques Francis F. Coppola et Stanley Kubrick) ou étranges (La vie dissolue de Gérard Floque). Wim Wenders (Nicolas Dupont-Aignan), Martin Brest (Marine Le Pen), Federico Fellini (Emmanuel Macron), Arthur Penn (Benoit Hamon), le docu Amy (Nathalie Arthaud), Charlie Chaplin (Philippe Poutou), Akira Kurosawa (Jacques Cheminade), Sergio Leone (Jean Lassalle), Orson Welles (François Fillon) sont cités parmi les films cultes des candidats (hormis Mélenchon qui n'a pas voulu se prêter au jeu). Peu finalement ont défendu un cinéma contemporain, ou même français, ou même européen. Pendant ce temps là Justin Trudeau au Canada fait la promotion du cinéma canadien sur les réseaux sociaux... Cherchez l'erreur.

Mais surtout, la plupart de ces films et de ces cinéastes connaîtraient peut-être aujourd'hui des difficultés à attirer le grand public dans les salles. Certains de ces films récents cités ont d'ailleurs souffert au box office. Où est le devoir de transmission? Comment pensent-ils que les futures générations pourront voir/découvrir/apprécier ces grands films? Le cinéma est une ouverture sur le monde. Mais ce n'est pas qu'une fenêtre parmi d'autres d'où l'on s'évade. C'est aussi un miroir, qui permet de comprendre notre temps et d'interroger nos sentiments et émotions. Comme tout art il est contemplatif, prospectif, introspectif, significatif, subjectif et éducatif.

Le cinéma, art de résistance?

L'an dernier, Cannes présentait des films comme Moi Daniel Blake, Toni Erdmann, Aquarius, Rester vertical, Sierranevada, Baccalauréat qui évoquaient le chômage, la fracture sociale et l'exploitation des individus, le logement, la famille et la ruralité, l'ouverture sur le monde et le repli sur soi, ou encore la corruption. Autant de sujets politiques traités de manière romanesque. Le cinéma en dit bien plus sur notre époque et sur nos problèmes que n'importe quel candidat à l'Elysée. On n'ose croire que la culture et l'art, avec leur vertu démocratique, leur regard critique, soient considérés comme un danger pour ces candidats. Qu'ils aient intérêts à ce que les masses soient abruties par des divertissements écervelés et distraites par des sensations primales. Il est loin le temps des Lumières où l'on voulait éclairer le peuple. Le cinéma est peut-être la dernière lucarne, dont la flamme semble vacillante ces temps-ci.

Edito: No culture!

Posté par redaction, le 5 avril 2017

Il y avait No future comme slogan des Sex Pistols pour scander leur vision nihiliste punk rock. On pourrait clamer No Culture ces temps-ci. Oh il y a de belles intentions comme ce G7 à Florence (la ville d'Inferno, thriller apocalyptique, on dit ça on dit rien) qui a fait une magnifique déclaration aussi neutre que possible, vantant la culture comme le patrimoine afin de faire dialoguer les civilisations. Beau comme l'Antique.

Mais en France, comme aux Etats-Unis il y a quelques mois, comme au Royaume Uni lors de la campagne du Brexit, comme dans la campagne allemande qui se profile, le mot Culture semble si grossier qu'il est caché dans les discours, voire complètement omis. Cacher cette culture que vous ne sauriez voir!

On exagère à peine. Onze candidats briguent l'Elysée. Un débat a eu lieu, retransmis longuement et en direct à la télévision. Sur les onze, quatre ont évoqué la culture, qui n'était même pas un sujet choisi par leurs équipes. L'une a évoqué le patrimoine culturel des français qu'il faut protéger et valoriser, un autre a intégré le cinéma dans un argumentaire sur la fiscalité, un autre encore a préféré faire du name dropping pour montrer que la culture rassemble, et enfin un dernier a eu l'extrême audace d'en faire un pilier de sa conclusion en citant (enfin, après quatre heures de débat) le mot si honteux.

Les enjeux ne manquent pas

Bien sûr, ça énerve tous les "acteurs" du monde culturel. Des institutions, des syndicats ou associations interpellent par courrier, campagnes d'affichage, campagnes virales et autres appels chacun d'entre eux. Où est la Culture, vous qui défendez la République, l'Education, le vivre ensemble, l'émancipation des masses?

Et quand bien même on n'aborderait que l'angle utilitariste (économie, numérique), il y a de sacrés enjeux. Bien sûr, chacun des candidats a placé une ou quelques idées sur le sujet dans leur programme. Mais c'est un peu faible. Au mieux, on ne sait pas comment c'est financé, au pire, c'est flou, voire passéiste. Quid de la concurrence de Netflix, Amazon, Apple, Google face à nos "petits joueurs" (Fnac, Canal +, Orange...)? Quid des cinémas locaux et ruraux, de la chronologie des médias, des quotas de films européens, pour ne prendre que quelques sujets dans l'air du temps? Quid de l'éducation à l'image alors qu'il est toujours compliqué de faire venir des intervenants spécialisés ou d'obtenir le droit de diffuser un film? Quid de tous ces festivals de plus en plus fragiles voire au bord de la faillite quand les collectivités coupent en premier lieu dans l'action culturelle?

Cannabis et culture, même combat

Et on en passe. On a hâte d'entendre le/la prochain(e) Président(e) préciser sa vision lors d'une éventuelle visite au Festival de Cannes. Cannes, le CNC, l'Institut français, Unifrance: autant d'armes bien solides qui font le boulot à la place des politiques. C'est déjà ça. Mais on regrette quand même que personne ne soit fier d'affirmer que la culture française, et notamment le cinéma français, reste vivace, audacieux, varié, séduisant, et populaire. De quoi rassembler au niveau national avec un symbole visible et de quoi en faire un outil de "soft power" pour l'image du pays dans le monde.

C'est comme le cannabis, la culture semble appréciée mais on veut ignorer ses vertus, n'y voyant qu'un vice (combien de voix, ça rapporte la culture? combien de dette ça fabrique?). Au moins elle n'est pas illégale. C'est de la bonne herbe que chacun peut consommer sans modération, une bonne drogue dure conseillée, contrairement à la marijuana, qui est à la cigarette ce que sont les films et séries piratés. Pendant cette campagne, en tout cas, une chose est sûre: la culture du cannabis et la culture tout court ont un trait en commun. Elles n'existent pas. C'est dans ce genre de situations qu'il faut savoir résister, à l'instar de cette initiative du Palais de Tokyo, qui a ouvert un Tumblr pour tous ceux qui veulent avoir une pensée pour la culture.

Brie Larson, candidate présidentielle

Posté par vincy, le 3 avril 2017

Brie Larson va incarner une candidate à l'élection présidentielle des Etats-Unis. On avait déjà eu une vice-présidente (Glenn Close dans Air Force One), une Présidente d'un monde parallèle (Carmen Ejogo dans Les animaux fantastiques), une Présidente face à des aliens (Sela Ward dans Independence Day: Resurgence) et pas mal de présidentes dans des récentes séries (Veep, Homeland, Commander in Chief, Scandal...).

Mais, refroidi par l'élection de Donald Trump face à la favorite Hillary Clinton, Hollywood a décidé de rafraîchir les mémoires avec un biopic sur la première femme qui a brigué la Maison Blanche dans l'histoire américaine, Victoria Woodhull (1838-1927). Féministe, première agent de change de sexe féminin, militante de l'amour libre, réclamant le droit de vote des femmes et passionnée d'automobiles, elle s'était présentée à l'élection présidentielle de 1872 sous la bannière du Parti de l'égalité des droits.

Malheureusement, elle n'avait que 34 ans et l'âge légal pour pouvoir se présenter était alors de 35 ans. Les bulletins de votes manuscrits en sa faveur n'ont pas été comptés et son parti n'avait pas pu fournir de bulletins à son nom. Elle fut, en plus, empêchée de faire campagne. Victoria Woodhull a été arrêtée en novembre 1872 pour propos obscènes dans sa revue (où elle faisait le plaidoyer de l'infidélité).

[Finalement ce fut le républicain (et héros de la guerre de Sécession- Ulysses S. Grant qui fut largement réélu, même si ce second mandat fut un calvaire politique.]

Brie Larson interprétera Victoria Woodhull, et produira ce films déjà acquis par Amazon Studios. Le scénario a été rédigé par Ben Kopit.

L'actrice oscarisée en 2016 et actuellement à l'affiche de Kong: Skull Island, sera à l'affiche prochainement de The Glass Castle (de Destin Cretton), Unicorn Store (qu'elle réalise), Basmati Blues (de Dan Baron). Ayant obtenu le rôle de Carol Danvers, elle sera aussi au générique de Avengers: Infinity War et tête d'affiche de Captain Marvel.

Festival des Séries: il y aura forcément des morts!

Posté par vincy, le 25 mars 2017

Lille a été sélectionnée pour accueillir le festival des séries voulu par le ministère de la Culture et de la Communication, après une sélection type "jeux olympiques" où, en finale, seule la ville nordiste et Paris étaient en concurrence.

Un événement à 4,4 millions d’euros (puis 5 millions selon Xavier Bertrand, président de la région), ce n'est pas inutile pour la métropole de Martine Aubry, qui a échoué depuis 20 ans à installer une manifestation culturelle internationale pérenne (si on ne compte pas la grande braderie).

Lille publique, Cannes privée

Pourtant, le choix officialisé hier laisse dubitatif. Ce Festival international des séries qui se veut le "Cannes" du genre, qui était convoité par Paris mais aussi Bordeaux, Nice et ... Cannes!, a beau avoir fait consensus auprès des organisations d'auteurs, de producteurs, de distributeurs ou encore des diffuseurs, on va émettre quelques doutes. Certes, la ville est très bien située en Europe (mais très mal reliée par l'aérien, dépendant de Paris et de Bruxelles). Certes, elle dispose de nombreux studios créatifs (jeux vidéos, publicité, infographies...) et d'une politique audiovisuelle dynamique (Le Fresnoy notamment), mais elle n'a jamais été identifiée comme une capitale européenne audiovisuelle ou de congrès.

Mais ne soyons pas rabat-joie: Lille est une ville formidable, attirante, généreuse humainement et festive. Le premier festival est prévu pour le printemps prochain. Rappelons que le printemps est chargé en événements cannois... "Il s’agit de mettre sur pied une grande compétition de référence internationale, qui donne à voir la diversité de la création de séries dans le monde comme le fait le Festival de Cannes pour le cinéma, mais qui soit également un projet culturel ouvert à tous les publics et qui puisse vivre toute l’année "explique-t-on au ministère. Ne nous leurrons pas: le festival marchera si des stars américaines de séries HBO-Netflix-Showtime-& co viendront. Le budget est confortable et l'Etat y contribuera à hauteur de 20%.

Canal + reste sur la Croisette

Malheureusement pour Lille, les Gaulois n'aiment plus forcément les décisions centralisatrices venues d'en haut. Et Cannes, dès son éjection avant la finale, a décidé de lancer un événement concurrent. En se payant, au passage, Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture (priceless) comme présidente de son Festival et Canal + comme partenaire. Sans compter que la Croisette, qui accueille déjà le plus grand festival de film du monde, le MIP TV et le MIP com, dispose ainsi d'une notoriété mondiale auprès des professionnels de l'audiovisuel (en plus d'une offre hôtelière abondante). Récemment le maire LR David Lisnard, a indiqué que "Ce projet est un enjeu stratégique vital pour l'économie de la ville. Nous l'avons imaginé et nous le mûrissons depuis 2011. Il ne nous échappera pas."

La date? Le printemps 2018 aussi, en marge du Marché international des programmes de télévision (MIPTV), en collaboration avec le géant international des salons et congrès Reed Midem. Une conférence de presse de présentation se tiendra le 3 avril.

Séries Mania piégée

Cette bisbille pourrait à terme s'achever sur un match entre "public" et privé". Mais on s'étonne que l'Etat n'ait pas préféré labellisé son grand festival des séries sur un festival déjà existant. Que va-t-il se passer pour Séries Mania (Paris, en avril) et Séries Séries (Fontainebleau, en juin)? Le premier est unanimement reconnu par la profession et se paye même le luxe d'une couverture quotidienne dans les journaux professionnels américains. Le second a une légitimité historique.

Si le ministère et les collectivités territoriale autour du projet lillois espèrent aller chercher des compétences humaines au sein de ces deux événements, d'autres craignent surtout une vampirisation meurtrière. A l'AFP, Bruno Julliard, en charge de la culture à Paris, explique que la décision du ministère de la Culture va se "traduire par le résultat inverse à l'objectif recherché à l'origine, à savoir trois festivals de séries concurrents sur le territoire français." Traduisons: l'Etat ne pourra pas aider financièrement trois festivals, dont deux qui concurrencent son propre projet. Est-ce que Séries Mania (40000 spectateurs, 700000 euros d'aides du CNC) et Séries Séries (2500 spectateurs, 600 professionnels) peuvent se passer des aides de l'Etat? Car le ministère ne s'en cache pas: les crédits vont bien aller se concentrer sur le festival lillois, même si Séries Séries a soutenu la candidature de Lille.

Avec quatre événements, dont trois au printemps, sur le même thème et avec les mêmes ambitions, chacun avec ses atouts et ses handicaps, une chose est certaine: il y aura au moins un mort, si ce n'est deux ou trois.

Edito: Life is bigger than films

Posté par redaction, le 2 mars 2017

On croyait les scénaristes dotés d'une imagination sans limites. On critiquait même, parfois, l'exagération de certains scripts hollywoodiens, toujours prompts à la surenchère ou au rebondissement artificiel. Mais on doit reconnaître que ce final des Oscars, épiphénomène médiatique qui nous régale mais qu'on aura vite oublié tant il a peu d'importance sur le cours de nos vies, était sacrément machiavélique.

Un twist digne d'Usual Suspect ou de Sixième sens. C'est l'épilogue de Lost en spectacle vivant. Et en plus, à la fin, c'est le plus petit qui gagne. Moonlight, en partie auto-produit, tourné rapidement, avec un sujet engagé, plaidoyer vibrant pour les minorités, l'a finalement emporté. Le chaos qui régnait alors sur la scène du Dolby Theatre était inimaginable.

En France, c'est la vie politique qui nous offre le meilleur feuilleton de l'année, à raison d'un épisode de la saga par semaine. C'est House of Cards en live. Rien ne se passe comme prévu. Et malin celui qui pourra prédire la fin de la saison début mai. On en vient à suivre les péripéties d'une campagne électorale comme on se captive pour une série télévisée, commentaires sur les réseaux inclus. Quiconque aurait écrit un scénario de ce genre aurait été accusé d'en faire trop. Pourtant le trop est bien réel.

Ironiquement, pendant que la vie présente nous offre des histoires à dormir debout, le cinéma se teinte de nostalgie. Aucun rebondissement dans Logan, T2 Trainspotting, Patients ou 20th Century Women, qui sortent cette semaine dans les salles. Ces films regardent dans le rétroviseur et rappellent que la vie est courte et semée d'embûches, ponctuée d'erreurs, et se termine toujours de la même façon: on vieillit, on meurt. Point de héros, juste des hommes et des femmes abimés par l'existence, physiquement ou psychologiquement. Il n'y a pas, ici, un retournement de situation où Wolverine rajeunirait, où Rent Boy et ses potes vivraient heureux, où des handicapés seraient de nouveau entièrement valides, où Abbie guérirait de son cancer. Le cinéma est, paradoxalement, plus réaliste que la fiction.

"La réalité dépasse la fiction, car la fiction doit contenir la vraisemblance, mais non pas de la réalité” disait Mark Twain. On est en plein dedans: dans ce monde absurde et irrationnel. On croit davantage à un mutant aux griffes de métal qu'à notre propre système médiatique ou politique, qui n'inspire désormais que le doute ou la méfiance.

Des femmes fantastiques sacrées par les Teddy Awards

Posté par vincy, le 18 février 2017

Le vendredi c'est Teddy à la Berlinale. Le Festival de Berlin est un senior plus ou moins vaillant de 67 ans. Un bon retraité allemand, daddy sur les bords. Les Teddy sont insolents de jeunesse du haut de leurs 31 ans d'existence, prêts à faire la fête toute la nuit sur des musiques tendances, ou s'amuser sur un France Gall des sixties, ou attendre Conchita sur scène. Au milieu d'élus politiques et de cinéastes et comédiens des différentes sélections, des "créatures" sublimes égayent la foule avec leurs perruques démesurées, leurs robes de princesse ou leurs tenues d'Halloween. Tout est normal. L'esprit de Cabaret sera le fil conducteur de cette cérémonie, qui n'est pas une remise de prix comme les autres.

Après tout on n'y remet que six prix en deux heures (très "timées"), si on compte le Teddy d'honneur pour la cinéaste Monika Treut, ouvertement féministe, lesbienne et femme cinéaste. Le show est aussi important. Tout, ou presque, en anglais. Mais attention, les prix LGBT n'ont rien d'un palmarès underground dépravé. "No sex tonight" (ou alors après la soirée dansante, dans les bars et boîtes de Berlin). "C'est presque tendance d'être homosexuel à Berlin" clame le Maître de Cérémonie. On veut bien le croire tant le nombre d'hétérosexuels dans la grande salles de la Haus der Berliner Festpiele, au cœur de Berlin Ouest, est faible. Les compteurs des applications de rencontre ont du exploser en géocalisant des centaines de LGBT à moins de 20 mètres. Mais ici, on n'a pas l'oeil rivé sur son téléphone. Habillés pour l'occasion ou casual, les invités sont de nature bienveillante, se mélangeant sans préjugés.

"Il y a plus d'énergie à vouloir nous rendre inégaux qu'à chercher à nous rendre égaux" - Wieland Speck, directeur de la section Panorama de la Berlinale

Ainsi, on passe de Zazie de Paris à un acrobate aux allures de jeune prince (torse nu), du ministre de la justice de Berlin interrogé par un présentateur télévisé qui aurait pu être dans une vidéo Bel-Ami à deux membres du jury, l'un originaire du Pakistan, l'autre de Turquie, rappelant les difficiles conditions de création, de liberté dans leurs pays (avec, notamment, un appel vibrant de tous les cinéastes turcs sélectionnés à Berlin pour que le Président Erdogan cesse sa politique liberticide). C'est ça les Teddy: un moment d'expression libre où on chante une ode à Marlène Dietrich, disparue il y a 25 ans, et on se prend un très beau discours d'une grande figure politique nationale qui égraine 24 crimes homophobes (comme 24 images par seconde) sur la planète l'an dernier. Un mix entre des fantasques frasques artistiques et des revendications sur le mariage pour tous (l'Allemagne est le dernier grand pays européen qui maintient les gays et lesbiennes dans l'inégalité des droits) et la reconnaissance et réhabilitation des victimes du Paragraphe 175, qui criminalisait l'homosexualité masculine, de 1871 à 1994 (quand même) et a permis aux Nazis de déporter 50 000 personnes.

Bon, évidemment, entre l'apéro avant, les cocktails après, entre une séance de maquillage by L'Oréal Paris (et une Tour Eiffel dorée en porte-clés comme cadeau) et l'organisation précise et parfaite, les Teddy sont avant tout l'occasion de décerner des récompenses. 6 prix ont ponctué la soirée.

Un palmarès où la transsexualité est reine

Le prix du public, appelé Harvey en hommage à Harvey Milk, a distingué le film britannique de Francis Lee, God's Own Country, qui dépeint une relation père-fils dans un milieu rural. Le fils endure sa routine et ne parvient à s'échapper d'elle que par des relations d'un soir avec des hommes et l'alcool qu'il boit au pub du coin. Le film a été présenté à Sundance le mois dernier.

Le Teddy du meilleur court-métrage est revenu à Min homosister (My Gay Sister) de la suédoise Lia Hietala, qui raconte l'histoire d'un jeune couple de lesbiennes à travers les yeux de la petite sœur de l'une d'entre elles.

Le Teddy du meilleur documentaire a été remis à Hui-chen Huang pour son film Ri Chang Dui Ha (Small Talk), portrait de Anu, garçon manqué depuis toujours, épouse et mère de deux enfants avant de tout plaquer et de se mettre en couple avec des femmes. C'est l'histoire vraie de la mère de la réalisatrice, qui a rappelé avec fierté, que Taïwan était depuis l'an dernier le premier pays asiatique à reconnaître l'union entre deux personnes de même sexe.

L'identité sexuelle a d'ailleurs fait l'unanimité dans ce palmarès. On devrait même parler de changement de sexe. Le jury, composé de directeurs de festivals internationaux qui font vivre les films LGBT de l'Ouganda au Japon en passant par la Turquie et la Macédoine, a récompensé deux films dont les héroïnes sont des transsexuels.

Ainsi le Prix spécial du jury a honoré le film de la japonaise Naoko Ogigami, Karera Ga Honki De Amu Toki Wa (Close-Knit), superbe mélo magnifiquement écrit, sensible et subtil, où une gamine abandonnée par sa mère incapable de gérer sa vie de femme et son rôle maternel, se réfugie chez son jeune oncle, qui vit avec un homme en phase de changement de sexe. Dans un Japon très conservateur, des mots mêmes de la cinéaste, le film apparaît comme un hymne à la tolérance et montre qu'une bonne mère est avant tout une personne responsable et affectueuse, même si celle-ci a un pénis sous la culotte et de sacrés bonnets pour maintenir des nouveaux seins.

Le Teddy Award a sacré le film en compétition de Sebastian Lelio, Una mujer fantastica. L'actrice Daniela Vega est venue elle-même chercher le petit ours (costaud). Elle incarne Marina, une jeune chanteuse transsexuelle, qui vient de perdre son compagnon. La famille de celui-ci entend la tenir à distance des funérailles et supprimer au plus vite tout ce qui avait pu les relier. Mais elle se bat pour obtenir son droit le plus élémentaire: dire adieu au défunt et pouvoir faire son travail de deuil. "La transphobie est ici terriblement palpable et banale, d'une facilité déconcertante, puisqu'elle s'adresse à un individu considéré comme fantomatique et sans consistance, puisque sans étiquette" écrivions-nous en début de festival. "Un film indispensable qui fait acte de pédagogie tout en racontant l'histoire éminemment universelle d'un combat pour le droit à l'égalité."

Ces deux prix montrent que le combat n'est pas terminé. Que les droits acquis ne sont pas garantis. Il y a encore des luttes à mener. La cérémonie des Teddy se termine alors avec le "Freedom" du récemment disparu George Michael. Liberté, c'est bien le maître mot de cette soirée.

Le cinéma portugais menacé par un décret-loi du gouvernement

Posté par vincy, le 13 février 2017

joao pedro rodrigues

Dans la boîte aux lettres ce matin, il y avait une lettre de protestation et appel à solidarité venant du Portugal: réalisateurs, producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, syndicats et festivals de cinéma ont signé cette lettre au gouvernement portugais et demande le soutien de la communauté internationale du cinéma, dont plusieurs artistes et professionnels (Almodovar, Costa-Gavras, Audiard, Carax, Assayas, Solondz, Ade, Jaoui, Rohrwacher, Salles, Bonello, Tavernier, Desplechin, Dumont, Klapisch, Sciamma...) se joignent aux signatures nationales, de Joao Pedro Rodrigues à Miguel Gomes (la liste complète ici).

"La production portugaise passe rarement le seuil d’une douzaine de longs métrages par an. Malgré cela, un pourcentage très élevé de ses films est présent dans les festivals internationaux. Cette visibilité mondiale est due à une politique culturelle aujourd’hui en danger.

Depuis plusieurs décennies, le Portugal est un cas à part au sein de la production cinématographique mondiale. Dans ce petit pays sans marché interne pour nourrir une industrie, rares sont les années où la production nationale passe le seuil d’une douzaine de longs métrages. Malgré cela, un pourcentage très élevé de ces films est présent dans les festivals internationaux. A partir de la décennie 80, et de manière systématique, le cinéma portugais a fait l’objet de cycles et d’hommages ; des rétrospectives des films de nombreux cinéastes portugais ont été organisées - les uns en activité (certains signataires de ce texte), les autres malheureusement déjà disparus (João César Monteiro, Paulo Rocha, Fernando Lopes, António Reis, José Álvaro Morais, António Campos ou, bien sûr, Manoel de Oliveira). Le «miracle» de cette visibilité internationale, disproportionnelle au regard d’une production si faible - et qui a perduré pendant plusieurs décennies et concerné plusieurs générations d’auteurs - est certainement dû au mérite des réalisateurs, des techniciens, des acteurs et des producteurs de cinéma portugais. Mais le mérite revient aussi à une politique culturelle qui a établi des bases pour garantir la liberté de création et qui a rendu possible la production d’un cinéma marqué par la forte singularité de ses propositions. C’est ainsi que s’est consolidée l’image du cinéma fait au Portugal.

Cette politique culturelle, qui a permis l’existence de ce cinéma et qui a ouvert les portes à la diversité, a mis en place des lois du cinéma et un Institut public (l’Institut du cinéma et de l’audiovisuel, l’ICA) pour les appliquer, organisant de manière continue des concours publics pour le soutien financier à la production de films. Ces concours se déroulent selon des règles de participation transparentes et des critères d’évaluation compatibles avec la politique mise en œuvre par le ministère de la Culture, avec des jurés choisis par l’Institut et définis par la loi comme «personnalités compétentes, au mérite culturel reconnu». Ainsi, des cinéastes et des techniciens du cinéma, mais aussi des critiques, artistes plasticiens, écrivains, architectes, musiciens, programmateurs culturels ou professeurs universitaires ont été appelés à être jurés pour évaluer les projets de films.

Depuis 2013, un décret-loi revenant sur la loi du cinéma et une nouvelle direction de l’ICA, allergique aux responsabilités et méconnaissant son rôle de régulateur dans ce processus, ont transféré la tâche de choisir des jurés à un comité où sont représentés tous les intéressés par les résultats des concours : associations professionnelles, représentants des télévisions, représentants des opérateurs de télécommunications jouant un rôle de diffuseur, entre autres. C’est à ce comité corporatif qu’est revenu le rôle d’indiquer à l’ICA les noms des jurés pour évaluer les projets de films, avec, dans de nombreux cas, une très claire connivence entre ceux qui nomment et ceux qui sont nommés.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : les exigences inscrites dans le règlement quant aux profils des jurés, «personnalités au mérite culturel reconnu», ont manifestement cessé de faire sens au regard des jurés actuels. Dans les dernières années, on a pu compter parmi les décisionnaires des projets de films des administrateurs de banques liés au cinéma, des acteurs de telenovelas ou des directeurs de marketing d’opérateurs de télécommunications…

Le gouvernement actuel, otage de la pression exercée par les opérateurs de chaînes câblées, se prépare maintenant à homologuer un nouveau décret-loi qui perpétue et aggrave cette procédure. Un ensemble très représentatif de réalisateurs et de producteurs portugais s’est manifesté contre ce système vicié par les conflits d’intérêts, et ils ont assuré à la tutelle qu’ils se refusent fondamentalement à faire partie de ce processus de nomination : ils ne veulent pas influencer la nomination des jurés ni n’acceptent que d’autres, ayant des intérêts dans les résultats des concours, puissent participer au processus. Ils croient que la transparence ne peut être assurée que si la nomination des jurés revient à l’exclusive compétence de l’ICA. Une bonne fois pour toutes, ils veulent une direction de l’ICA capable d’assumer ses responsabilités, en toute conscience de son double rôle d’exécuteur de la politique culturelle pour le cinéma et de régulateur de cette activité.

Les signataires de ce texte veulent rappeler à l’Etat que le cinéma portugais n’est pas qu’une question nationale. C’est pourquoi, ils manifestent leur solidarité avec les réalisateurs et les producteurs portugais qui se sont opposés à ce processus et manifestent leur rejet au cas où le décret-loi serait homologué."

« Muslim Ban »: Asghar Farhadi boycotte les Oscars, Hollywood se révolte contre Trump

Posté par redaction, le 30 janvier 2017

Donald Trump a décidé par décret de bloquer l’accès aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays musulmans et de réfugiés (Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Libye et Syrie).

Il ne se doutait sans doute pas qu'il allait avoir des juges (qui ont suspendu le décret temporairement), des avocats et même Hollywood contre lui. Tout a commencé avec l'actrice iranienne Taraneh Alidousti, vedette féminine du film d'Asghar Farhadi, Le client, nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. La comédienne a annoncé dès le jeudi 26 janvier qu'elle boycotterait la cérémonie pour protester contre le projet de décret «raciste» du président américain concernant les immigrants musulmans. Elle l'a fait directement sur Twitter: "L'interdiction de visa portée par Trump contre les Iraniens est raciste. Qu'elle s'applique ou non à un événement culturel, je n'assisterai pas aux #AcademyAwards 2017 en signe de protestation".

Dimanche 29 janvier, c'est le réalisateur lui-même Asghar Farhadi, Oscar du meilleur film en langue étrangère et nommé à l'Oscar du meilleur scénario pour Une séparation, qui a finalement renoncé à faire le voyage à Los Angeles pour la cérémonie des Oscars le 26 février. Les agences de presse iraniennes étaient visiblement heureuses que le cinéaste s'oppose à l'administration Trump - pour l'Iran, ce décret est "un cadeau pour les extrémistes" et le pays a annoncé qu'il allait appliquer la réciprocité et interdire l'entrée des ressortissants américains.

"Pas acceptable"

Initialement le réalisateur devait venir aux Oscars, accompagné de son chef opérateur. Le communiqué d'Ashgar Farhadi a gelé sa décision qu'il justifie ainsi: "Mon intention n’était pas de ne pas assister à la cérémonie ou de la boycotter pour montrer mes objections (aux politiques de Trump), car je sais que beaucoup de gens dans l’industrie américaine du cinéma et au sein de l’Académie des arts et sciences du cinéma sont opposés au fanatisme et à l’extrémisme qui règnent plus que jamais aujourd’hui. Mais il semble maintenant que la possibilité même de ma présence soit soumise à des “si” et des “mais” et ce n’est pas acceptable pour moi, même si l’on venait à faire exception pour mon voyage."

Il ajoute une tonalité engagée, plus surprenante quand on connait son discours plutôt consensuel et rarement polémique sur les sujets politiques. "Durant des années, des deux côtés de l’océan, des groupes de gens adeptes d’une ligne dure ont essayé de présenter à leur peuple des images irréalistes et effrayantes des gens d’autres cultures afin que les différences deviennent des désaccords, les désaccords des inimitiés et les inimitiés des peurs. Instiller la peur de l’autre est un des moyens préférés pour justifier des comportements extrémistes et fanatiques par des gens étroits d’esprit." Notons qu'il reprend là l'élément de langage du pouvoir iranien (qui, rappelons-le, n'a pas vraiment de leçons à donner concernant la liberté d'expression et l'ouverture au monde).

"Muslim Ban" et bouclier de protestations

A Hollywood aussi on s'offusque de ce décret. Les stars tweetent leur colère et leur choc. L'Académie des Oscars a officiellement protesté, "extrêmement troublée qu'on puisse barrer l'entrée du pays à cause de la religion ou du pays d'origine". Au festival de Sundance lors de la cérémonie du palmarès et à la soirée des Producers Guild Awards, toutes deux samedi soir, ou à la remise des prix des Screen Actors Guild Awards hier soir, les artistes n'ont pas eu leur langue dans la poche. Lily Tomlin a même comparé les tactiques de Trump à celles des Nazis.
Le "Muslim Ban" devrait être dans toutes les têtes (et quelques vannes) aux prochains Oscars. Aux SAG Awards, John Legend, producteur de La La Land, acteur, auteur et chanteur, a rappelé que "Los Angeles est le foyer de tellement d'immigrants, de tellement de personnes créatives, de tellement de rêveurs. Notre Amérique est grande, elle est libre et elle est ouverte aux rêveurs de toutes les races, de tous les pays, de toutes les religions. Notre vision de l'Amérique est directement antithétique de celle du président Trump. Je veux spécifiquement rejeter ce soir sa vision et affirmer que l'Amérique doit être meilleure que ça."

Le réalisateur Michael Moore s'est lui excusé au nom des "dizaines de millions d'Américains".

Golden Globes 2017: La La Land au firmament, Moonlight et Elle dans les étoiles

Posté par vincy, le 9 janvier 2017

7 Golden Globe Awards pour La La Land. Une razzia, et surtout un record. Le jeune cinéaste Damien Chazelle a réussi l'exploit de tout rafler ou presque dans une cérémonie dont le nombre de prix permet généralement un certain éparpillement. Son hommage à Los Angeles, son ode à l'amour impossible, son hymne à la musique et aux musicals de Minnelli et Demy a séduit les votants (les correspondants de la presse étrangère) du scénario à la chanson, des acteurs principaux à la réalisation.

Jusqu'ici il fallait remonter à Vol au dessus d'un nid de coucou et Midnight Express pour trouver un film ayant remporté 6 Golden Globe Awards.

Il ne reste donc pas grand chose pour les autres films. Moonlight a quand même réussi à récolter le convoité prix du meilleur drame tandis que Casey Affleck a reçu le prix du meilleur acteur pour Manchester by the Sea. Il apparaît comme l'unique favori pour les Oscars dans sa catégorie.

Amazing Huppert

La surprise a quand même été de voir Elle doublement récompensé: meilleur film en langue étrangère et surtout meilleure actrice dans un drame pour Isabelle Huppert. Elle était elle-même étonnée de supplanter ses concurrentes (et notamment une Natalie Portman a priori favorite). C'est seulement la deuxième française à recevoir ce prix dans la catégorie drame après Anouk Aimée en 1967 pour Un homme et une femme, la troisième avec Marion Cotillard dans la catégorie comédie/musical.

"Merci de m'avoir fait gagner dans un film français dirigé par un réalisateur néerlandais, ici aux Etats-Unis" a déclaré Huppert dans son discours de remerciement. "Il y a des gens du monde entier dans cette salle, de Chine, d'Amérique, d'Europe. N'attendez pas du cinéma qu'il dresse des murs et des frontières" a-t-elle ajouté en référence aux programmes politiques de nombreux dirigeants dans le monde, à commencer par Donald Trump, prochain président des Etats-Unis.

Meryl Streep, récompensée pour l'ensemble de sa carrière, n'a pas non plus ménagé ses critiques à l'égard des idées de Trump. "Vous tous dans cette salle appartenez aux segments les plus diabolisées de la société américaine en ce moment". Elle a rappelé que "Hollywood croule sous les gens venus d'ailleurs et les étrangers". "Si vous les mettez tous dehors, vous n'aurez plus rien à regarder que du football américain et des arts martiaux mixtes, qui ne sont pas de l'art" a-t-elle rappelé. L'actrice multi-oscarisée, dans un discours engagé, a fait sa petite leçon et son petit effet: "L'irrespect amène l'irrespect. La violence incite à la violence. Et quand les puissants se servent de leur rang pour brutaliser les autres, nous sommes tous perdants."

Palmarès cinéma

Meilleur film - drame: Moonlight
Meilleur film - comédie/musical: La La Land
Meilleur réalisateur: Damien Chazelle (La La Land)

Meilleur acteur - drame: Casey Affleck (Manchester by the Sea)
Meilleure actrice - drame: Isabelle Huppert (Elle)
Meilleur acteur - comédie/musical: Ryan Gosling (La La Land)
Meilleure actrice - comédie/musical: Emma Stone (La La Land)
Meilleur second-rôle masculin: Aaron Taylor-Johnson (Nocturnal Animals)
Meilleur second-rôle féminin: Viola Davis (Fences)

Cecil B. DeMille Award pour l'ensemble de sa carrière: Meryl Streep

Meilleur scénario: La La Land
Meilleur film en langue étrangère: Elle
Meilleur film d'animation: Zootopie
Meilleure chanson: "City of Stars" (La La Land)
Meilleure musique: Justin Hurwitz (La La Land)