En Pologne, le film « Kler » bat des records au box office et se transforme en polémique politique

Posté par vincy, le 5 octobre 2018

935000 spectateurs le week-end dernier pour Kler (Clergé en français) au box office polonais. Le film de sorti le 28 septembre réalisé par Wojciech Smarzowski a battu tous les records locaux depuis 30 ans, surclassant Cinquante nuances de Grey, Star Wars et n'importe quel film polonais. Cold War, primé à Cannes et représentant du pays pour les Oscars, n'a ainsi attiré "que" 755000 spectateurs au cours de sa carrière. Un phénomène d'autant plus marquant que ce drame aborde un sujet brûlant : les prêtres et la pédophilie, dans un pays encore très catholique.

Il reste encore de la marge pour battre le record de recettes historique dans le pays (Avatar, seul film à avoir dépassé les 20M$ aux box office). Mais ce devrait être le plus gros succès polonais dans le pays, record détenu par Lejdis, comédie sortie en 2008.

Le film dénonce pourtant les méthodes et les affaires d'une église omniprésente dans le champ politique polonais et à laquelle le peuple reste très attaché 40% des Polonais croient encore aux lois de l'Eglise et un peu plus vont régulièrement à la messe). Dans les débats, l'Eglise encaisse et compte sur ses relais.

Le chef du parti ultraconservateur et nationaliste (au pouvoir), Jaroslaw Kaczynski, a même parlé d'un "coup porté contre la Pologne", le chef du bureau de sécurité nationale Pawel Soloch hurle au "film de propagande odieux". Le film attise les passions dans un pays où la religion catholique est encore enseignée à l'école et où l'Eglise intervient intensément dans la politique (l'avortement est toujours interdit, le blasphème est un délit pénal).

"Tous ceux qui portent la Patrie dans leur coeur, qui aiment Dieu et la Pologne, doivent dire clairement aujourd'hui "non" à la destruction de nos valeurs nationales", a affirmé une association de journalistes catholiques, appelant au retrait d'un film profondément "anticlérical, anticatholique et antipolonais" qui "fausse" l'image de l'Eglise, rapporte l'AFP.

La vérité sur une Eglise intouchable

En s'attaquant aux crimes pédophiles des prêtres, Kler tombe à pic. Des scandales de ce genre, il y en a chaque semaine qui sont révélés du Chili aux Etats-Unis, d'Irlande à l'Allemagne, du Canada à la France. Il y a déjà eu des films sur le sujet (Sleepers, Spotlight) et le prochain Ozon, Grâce à Dieu, sera sur ce thème.

En montrant les coulisses de l'institution cléricale, le réalisateur Wojciech Smarzowski, qui a du tourner une partie de son film en République tchèque, met en lumière ce que pensent les Polonais sur la sacro-sainte Eglise. Nombreux sont ceux qui avouent que le pays a besoin de voir son Eglise en face, de comprendre cette vérité.

Le film raconte l'histoire de trois prêtres. L'un d'eux est accusé (à tort) d'actes pédophiles tandis qu'un autre utilise tout son pouvoir pour masquer ses propres "écarts". Victimes ou témoins de tels crimes dès leur enfance, c'est en fait un combat pour que le mensonge gagne sur la vérité. C'est aussi un film qui expose la corruption, l'hypocrisie, l'abus de bien social, l'alcoolisme et l'homosexualité des élites religieuses. Le cinéaste a fait relire son scénario à des membres du clergé, qui ont authentifié chacune des déviances racontées.

"Aucun réalisateur n'a jamais osé présenter une vision aussi critique de l'Eglise catholique en Pologne. Kler s'attaque ouvertement à l'Eglise et dénonce tous ses péchés cardinaux allant de cas de pédophilie, au versement d'argent par les fidèles pour accéder aux sacrements, aux appels d'offres truqués et à la démoralisation généralisée de la hiérarchie", explique Janusz Wroblewski, critique de cinéma.

Controversé, dérangeant, le film a remporté six prix au Polish Film festival dont celui du public.

Fan Bingbing doit 129M$ au fisc chinois

Posté par redaction, le 3 octobre 2018

Une semaine après les inquiétudes parues dans la presse internationale sur l'étrange disparition de l'a star chinoise Fan Bingbing, celle-ci est réapparue. Ce mercredi 3 octobre l'actrice a présenté ses excuses à ses fans comme au Parti communiste. On sait très bien comme ce genre d'acte de contrition est piloté par les autorités politiques. Un mélange de confessions sous contraintes et de propagande téléguidée, diffusé sur le réseau Weibo, implorant ses fans de lui pardonner ses erreur: "Sans les bonnes politiques du Parti et du pays, sans l'attention pleine d'amour des masses, il n'y aurait pas de Fan Bingbing". A côté les excuses publiques de Hugh Grant ou George Michael quand ils ont été surpris dans des relations sexuelles clandestines paraissent bien mièvres.

On apprend ainsi que le fisc chinois lui réclame 112 millions d'euros d'impôts, amendes et pénalités. Cette somme serait liée à la politique du double contrat (un officiel pas trop imposé et un officieux où elle est rémunérée de manière bien plus importante). Elle peut éviter les poursuites si elle règle la note dans le délai imparti. Ce qui n'empêchera pas certaines arrestations.

En révélant le litige réel entre le pouvoir chinois et l'actrice, le fisc dissipe le mystère autour de la disparition de la star, alors que les rumeurs s'emballaient. L'agence officielle Chine nouvelle a servi de relais et a confirmé qu'une personne a déjà été arrêtée dans le cadre de cette enquête pour dissimulation et destruction de documents comptables.

Depuis l'enquête sur Fan Bingbing, le fisc a décidé de procéder à une grande investigation dans les industries du spectacle.  Rappelons que l'actrice n'a jamais été citée nommément: ce sont les entreprises qu'elle possède qui étaient dans le viseur. Les intermédiaires (comptables, avocats, ...) seraient tous inquiétés actuellement.

Mise à jour le 4 octobre: L'actrice Fan Bingbing a été libérée aujourd'hui selon le South China Morning Post de Hong Kong. Ce qui prouve bien qu'elle était en détention, a priori dans une résidence de luxe près de Wuxi.

200 personnalités lancent un appel contre « un cataclysme planétaire »

Posté par vincy, le 3 septembre 2018

200 personnalités ont signé l'appel publié dans Le Monde aujourd'hui lancé par Juliette Binoche et de l’astrophysicien Aurélien Barrau pour une action politique ferme et immédiate face au changement climatique. Parmi les signataires du monde entier, on retrouve Adjani, Almodovar, Baye, Boorman, Campion, Cotillard, Cronenberg, Cuaron, Dafoe, Delon, Deneuve, Faithfull, Fiennes, Frémaux, Hawke, Huppert, Jaoui, Kapoor, Marceau, Rampling, Robbins, Rossellini, Santoro, Satrapi, Scott Thomas, Sissako, Stewart, Tarr, Trintignant, Turturro, Viard, Wenders ou encore Jia Zhang-ke.

Tribune. Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.
Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.
Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.
Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.
Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux.
Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.
C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire.
De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

Isabelle Adjani, actrice ; Laure Adler, journaliste ; Pedro Almodovar, cinéaste ; Laurie Anderson, artiste ; Charles Aznavour, chanteur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Pierre Arditi, acteur ; Niels Arestrup, acteur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, cinéaste ; Yvan Attal, acteur, cinéaste ; Josiane Balasko, actrice ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Alain Benoit, physicien (Académie des sciences) ; Jane Birkin, chanteuse, actrice ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Gilles Boeuf, biologiste ; Mathieu Boogaerts, chanteur ; John Boorman, cinéaste ; Romane Bohringer, actrice ; Carole Bouquet, actrice ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Zabou Breitman, actrice, metteuse en scène ; Nicolas Briançon, acteur, metteur en scène ; Irina Brook, metteuse en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, cinéaste ; Florence Burgat, philosophe ; Gabriel Byrne, acteur ; Cali, chanteur ; Sophie Calle, artiste ; Jane Campion, cinéaste ; Isabelle Carré, actrice ; Emmanuel Carrère, écrivain ; Anne Carson, auteure et professeure ; Michel Cassé, astrophysicien ; Laetitia Casta, actrice ; Bernard Castaing, physicien (Académie des sciences) ; Antoine de Caunes, journaliste, cinéaste ; Alain Chamfort, chanteur ; Boris Charmatz, chorégraphe ; Christiane Chauviré, philosophe ; Jeanne Cherhal, chanteuse ; François Civil, acteur ; Hélène Cixous, écrivaine ; Isabel Coixet, cinéaste ; Françoise Combes, astrophysicienne (Collège de France) ; François Cluzet, acteur ; Gregory Colbert, photographe, cinéaste ; Bradley Cooper, acteur ; Brady Corbet, acteur ; Béatrice Copper-Royer, psychologue ; Marion Cotillard, actrice ; Denis Couvet, écologue ; Camille Cottin, actrice ; Clotilde Courau, actrice ; Franck Courchamp, écologue (Académie européenne des sciences) ; Nicole Croisille, chanteuse ; David Cronenberg, cinéaste ; Alfonso Cuaro, cinéaste ; Willem Dafoe, acteur ; Philippe Decouflé, chorégraphe ; Sébastien Delage, musicien ; Vincent Delerm, chanteur ; Alain Delon, acteur ; Catherine Deneuve, actrice ; Lire le reste de cet article »

Le cinéaste Oleg Sentsov en grève de la faim depuis 100 jours

Posté par vincy, le 21 août 2018

Rien n'y fait. Ni la voie diplomatique, ni les multiples appels de personnalités politiques ou artistiques. Oleg Sentsov est en train de mourir dans une prison du nord la Russie. Vladimir Poutine reste inflexible. l'opposant à l'annexion de la Crimée est emprisonné depuis 2015 pour "terrorisme" et "trafic d'armes" (lire aussi: "Oleg Sentsov toujours emprisonné). Il a cessé de s'alimenter le 14 mai. Seuls les compléments alimentaires injectés le font survivre.

Des cinéastes tchèques viennent d'annoncer qu'ils entamaient une grève de la faim pendant cinq jours.

Le Monde a publié une nouvelle tribune ce matin, relayée par la SRF (Société des réalisateurs de Films), qui dénonce au passage la Fédération internationale de Football comme complice du régime de Vladimir Poutine, pour avoir donné l'organisation de la Coupe du monde à un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme. "Oleg Sentsov a décidé de prendre le risque réel de mettre sa vie en jeu. Sa décision est politique, ce n’est pas une démarche suicidaire. Il s’est préparé, comme un cinéaste avant un tournage. Il a réfléchi avec un médecin à la façon la plus propice de mener sa grève de la faim, afin que son geste permette que soit entendu ce qu’il voulait faire entendre. Il a cessé de s’alimenter le 14 mai 2018, en plein Festival de Cannes, sachant que le risque d’une issue fatale était envisageable au moment de la Coupe du monde" est-il écrit. Les signataires réitèrent leur "appel aux dirigeants européens pour que soient mis en œuvre tous les pouvoirs et moyens de pression pouvant permettre la libération immédiate du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov." Parmi eux, Jacques Audiard, Robin Campillo, Arnaud Desplechin, jean-Luc Godard, Yann Gonzalez, François Ozon, Rithy Panh, Christian Taubira, Bertrand Tavernier ou encore Delphine de Vigan.

"Oleg Sentsov peut mourir à tout moment, à chaque minute qui passe"

Le 13 août dernier, 100 personnalités appelaient à "ne pas laisser Oleg Sentsov mourir". " Ne pas agir, ce serait laisser Oleg Sentsov mourir. Ce serait renoncer à nos valeurs et à nos principes, renoncer à ce que nous défendons et à ce que nous sommes. Ce serait tolérer qu'on peut être tué pour ses idées, ses opinions, ses prises de position. Le traitement dont il est l'objet est une atteinte à la liberté de pensée et à la liberté de création. Nous ne pouvons l'accepter" lisait-on toujours dans une tribune parue dans le Monde. Ajoutant: "Les artistes du monde entier savent pertinemment que le président russe a le pouvoir d’arrêter cette tragédie humaine et démocratique. Partout dans le monde ; dans le monde du cinéma, de la culture mais bien au-delà, une mobilisation internationale doit se faire entendre pour défendre ce cinéaste." On y retrouvait à peu près les mêmes signataires mais aussi Yvan Attal, Bertrand Bonello, Costa-Gavras, les frères Dardenne, David Cronenberg, Atom Egoyan, Michel Hazanavicius, Christophe Honoré, Cédric Klapisch, Ken Loach, Kleber Mendonça Filho, Ariane Mnouchkine, Cristian Mungiu, Mahamat Saleh Haroun, Riad Sattouf, Abderrahmane Sissako, ou le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev.

Selon le témoignage de Zoya Svetova, journaliste et défenseure des droits de l'homme russe, qui lui a rendu visite le 14 août, Oleg Sentsov aurait perdu 17 kilos.

Russie: Kirill Serebrennikov toujours assigné à résidence, Oleg Sentsov toujours emprisonné

Posté par vincy, le 18 juillet 2018

La justice russe a prolongé mercredi 18 juillet de plus d'un mois l'assignation à résidence du metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov, accusé de détournements de fonds, rapporte l'AFP. Le cinéaste était en compétition à Cannes cette année avec son film Leto. L'assignation à résidence a été prolongée jusqu'au 22 août. Le tribunal a aussi prolongé jusqu'au 19 septembre l'assignation à résidence de la directrice du Théâtre académique de jeunesse (RAMT) Sofia Apfelbaum, arrêtée dans le cadre de l'enquête visant Serebrennikov.

"Ce qui se passe avec moi et les autres personnes dans cette affaire peut être qualifié d'un seul mot: absurde", a réagi lors de l'audience le réalisateur, cité par l'agence RIA Novosti. Arrêté fin août 2017, il est accusé d'avoir détourné à travers son théâtre près d'un million d'euros de subventions publiques grâce à un système de devis et factures gonflés entre 2011 et 2014.

De son côté le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov est toujours emprisonné, alors qu'il vient d'entamer son 66e jour de grève de la faim. Il est détenu depuis 2014. Il avait été condamné à 20 ans de camp pour "terrorisme" et "trafic d'armes" à l'issue d'un procès qualifié de "stalinien" et de "parodie de justice" par Amnesty International. Les présidents russe et ukrainien, Vladimir Poutine et Petro Porochenko, cherchaient une solution en mai dernier, soit un éventuel "échange de prisonniers" entre les deux pays.

Serebrennikov comme Sentsov bénéficient d'appels et de soutiens internationaux, dans les journaux ou lors des festivals (Cannes, Avignon...).

> Lire aussi :  19 grands noms du cinéma européen se mobilisent pour un cinéaste Ukrainien et Mobilisation pour le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, emprisonné en Russie

C'est sans effet. Malgré cette mobilisation médiatique d'auteurs, d'acteurs, d'artistes renommés, Serebrennikov et Sentsov sont toujours à la merci du pouvoir russe. Le Président français Emmanuel Macron, à l'occasion de la finale de la Coupe du monde de football, aurait évoqué le cas de Sentsov auprès du Président russe, Vladimir Poutine. Ce serait la deuxième fois, après la visite en Russie en mai de Macron, que le cas du réalisateur ukrainien s'inviterait dans la discussion entre les deux chefs d'Etat.. Sans résultat.

Mobilisation pour le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, emprisonné en Russie

Posté par vincy, le 29 juin 2018

Pour l'instant la Russie réussit son coup médiatique. Entre la rencontre Poutine-Trump et le Mondial de Foot, plus personne ne s'intéresse ni aux droits LGBT bafoués dans le pays ni aux cinéastes persécutés ou emprisonnés.

C'est le cas du réalisateur ukrainien Oleg Sentsov (Gamer, 2011), en grève de la faim depuis plus d'un mois et qui purge une peine de 20 ans dans un camp de la région de Yamal-Nenets, dans le Grand Nord russe. Oleg Sentsov, 42 ans dans deux semaines, s'est dit prêt à mourir en prison des suites de la grève de la faim qu'il a entamée pour exiger la libération de "tous les prisonniers politiques" ukrainiens détenus en Russie. Opposé à l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, il a été condamné pour "terrorisme" et "trafic d'armes" à l'issue d'un procès qualifié de "stalinien" par Amnesty International et dénoncé par Kiev, l'Union européenne et les États-Unis.

Demain, samedi 30 juin, le festival de la Rochelle présentera un documentaire à 17h, The Trial: The State of Russia vs Oleg Sentsov, accompagné de Sandrine Treiner, directrice de France Culture.

La mobilisation prend désormais une ampleur diplomatique internationale. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland, en visite à Moscou, a appelé il y a dix jours les autorités russes à gracier le cinéaste, notamment pour des raisons humanitaires.

Interrogé mardi sur une possible grâce d’Oleg Sentsov par le président Vladimir Poutine, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a rappelé que, selon la loi russe, "la procédure doit être déclenchée par le condamné lui-même".

L'écrivain américain Stephen King, l'ex-ministre française de la Justice Christiane Taubira, les cinéastes Andreï Zviaguintsev, Pavel Lounguine et Alexandre Sokourov, ont demandé sa libération. Les pays du G7, par l'intermédiaire de leurs ambassadeurs à Kiev (Ukraine), se sont exprimés sur twitter dans un communiqué commun en se disant "très préoccupés" par le sort du réalisateur.

L'écrivaine Marie Darrieussecq a publié hier une tribune dans L'Obs intitulée "Pendant que le monde regarde le foot, Oleg Sentsov meurt de faim". Elle écrit: "Pendant que les nations heureuses d’être sélectionnées jouent en Russie, Oleg Sentsov, qui aime peut-être le foot, je n’en sais rien, tous les amateurs de foot ne sont pas des brutes épaisses, Oleg Sentsov en est au 45e jour de grève de la faim. Il proteste aussi contre l’emprisonnement de 65 autres prisonniers politiques en Russie. Pendant ce temps, le monde entier regarde avec enthousiasme deux fois onze types tapant dans un ballon dans un pays, la Russie, qui a annexé un grand bout d’un autre pays, la Crimée, et qui fait la guerre à tout ce que l’Ukraine compte de forces européennes." Plus loin, elle ironise avec un humour noir: "Pendant que l’Allemagne «perd» et que la Suède «gagne», Oleg Sentsov, détenu dans une colonie pénitentiaire à Iamal, au-delà du cercle polaire – dans un goulag, donc – Oleg Sentsov a entamé la phase terminale de sa grève de la faim: celle qui commence après le 40e jour."

"Cette fichue compétition de foot, opium du peuple et jeux du cirque, est en train de gagner un corps squelettique en guise de trophée mondial. Et il y aura une tache sanglante en guise de drapeau russe, si Poutine ne libère pas Sentsov" lance en conclusion l'auteure.

Cannes 2018: Qui est Beatriz Seigner ?

Posté par vincy, le 12 mai 2018

Productrice, réalisatrice, scénariste, Beatriz Seigner s'est faite remarquée avec Bollywood Dream - O Sonho Bollywoodiano en 2009, première coprod brésilo-indienne. Trois actrices brésiliennes décident d'aller en Inde pour percer dans l'industrie bollywoodienne, et finalement, affrontent le fossé culturel entre leur deux pays. Le film avait fait le tour du monde des festivals.

Pourtant c'est avec un petit rôle dans un film de Walter Salles et Daniela Thomas, Une famille brésilienne (Linha de Passe), en compétition à Cannes qu'elle fait sa première apparition sur le grand écran.

Beatriz Seigner a préféré l'écriture par la suite. Outre sa première fiction et quelques courts métrages, elle scénarise le documentaire Entre la e ca qui suit des filles de l'ile d'Amparo. Elle produit aussi une série docu (On the Road with Bob Holman) et un court docu (A Kiss for Gabriela). Elle achève actuellement un autre documentaire, Between us, a secret, tourné parmi les griots d'Afrique de l'Ouest.

De quoi l'occuper jusqu'à son deuxième film, Los silencios, présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Au casting, on retrouve Enrique Diaz (vu dans Carandiru d'Hector Babenco, en compétition à Cannes en 2003).

Le film, récompensé il y a quelques semaines à Cinélatino à Toulouse, est encore une histoire de jeunesse: Nuria et Fabio arrivent à l’aube, avec leur mère Amparo, sur une mystérieuse île à la frontière entre le Brésil, la Colombie et le Pérou. Ils fuient les conflits armés Colombiens et apprennent que leur père, soit disant décédé dans un glissement de terrain causé par une compagnie pétrolière, se cache dans la maison sur pilotis dans laquelle ils emménagent. Rapidement, ils comprennent que cette île est peuplée de fantômes...

Après cela, on devrait la retrouver au générique du prochain film de Walter Salles, La Contadora de Peliculas, dont elle écrit l'adaptation du roman d'Hernan Rivera Letelier. Elle a également collaboré aux scénarios de Vazante de Daniela Thomas, Tudo o que Passamos Juntos de Sergio Machado et d'Exodus d'Hank Levine. Insatiable, elle est aussi l'auteure de la série tv Enquadro, qui tourne autour du street art de Sao Paulo.

Beatriz Seigner pense déjà à son prochain film, Dama da Noite, d'après le roman éponyme de Manoela Sawitsky (inédit en France).

Mais elle risque d'être attendue pour tout autre chose à Cannes puisque lors de la réception organisée par l'Elysée, sur une photo réunissant de nombreuses personnalités invitées au Festival de Cannes, l'artiste a fait sensation, à deux pas d'Emmanuel Macron. En pleine crise politique au Brésil, elle a écarté les bras, au premier rang, où était écrit #LulaLivre et #NobelPraLula (Lula libre / Nobel Pour Lula). Deux ans après la tribune involontaire qu'avait offert Cannes à l'équipe d'Aquarius, qui s'était érigée en symbole de la résistance au “coup d'Etat” contre Dilma Roussef. Depuis Roussef a été destituée, Aquarius renié par le gouvernement et Lula, candidat favori de la prochaine présidentielle, est en prison.

On l'a bien compris: Beatriz Seigner ne gardera pas le silence.

Cannes 2018: un festival plus politique que jamais

Posté par vincy, le 9 mai 2018

Il y a l'aspect business qui inquiète tant les professionnels (Cannes passe-t-il à côté des mutations technologiques de l'époque?), la résistance au cinéma dominant (blockbusters américains et chinois d'un côté, comédies française de l'autre), et puis il y a ce que dessine la sélection du festival en creux: mettant en lumière un cinéma d'auteur qui a de moins en moins de spectateurs, de plus en plus de difficultés à être projeté (les Avengers et Taxi 5 monopolisent 1650 écrans cette semaine) et qui se bat pour avoir une visibilité correcte dans des médias qui réduisent la place de la culture et qui doivent aussi faire du clic.

Mais cette année encore Cannes joue un rôle politique: la défense des réalisateurs, ceux qui croient encore au grand écran comme ceux qui ne peuvent pas sortir de leur pays. Terry Gilliam a reçu le soutien explicite du festival dans son combat juridique et financier contre le producteur Paulo Branco. Rafiki de Wanuri Kahiu a été censuré dans son pays parce que le film montre la relation amoureuse entre deux femmes. Même sanction pour Les âmes mortes du cinéaste chinois Wang Bing, qui est interdit de diffusion en Chine.

Evidemment les deux grands cas cette année sont metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov et le réalisateur iranien Jafar Panahi, tous deux en compétition respectivement avec Leto et Three faces. Le premier a été assigné à résidence à Moscou depuis l'été dernier accusé d'avoir détourné de fonds publics dans une affaire très politisée puisqu'il critique ouvertement Vladimir Poutine. Son assignation a été repoussée jusqu'au 19 juillet 2018, il sera donc absent.

Pour Jafar Panahi, l'affaire est encore plus rude. Il est interdit de tournage dans son pays et de voyager. Cela ne l'empêche pas de filmer (clandestinement) et même d'être primé par un Ours d'or à Berlin (Taxi Téhéran). On se doutait bien, avec la crise diplomatique américano-iranienne que l'Iran n'allait pas faire d'exception. Rappelons qu'il avait été incarcéré à la prison d'Evin alors qu'il était invité à faire partie du jury de Cannes en 2010.

On a déjà vu des films cannois censurés a posteriori dans leur pays ou dans d'autres. On a aussi déjà connu des cinéastes en sélection qui étaient en litige avec leurs producteurs ou des réalisateurs qui ne pouvaient pas sortir leurs films. Cannes a une histoire mouvementée.

En 1956, à la demande de l'Allemagne de l'Ouest, Nuit et Brouillard est retiré de la compétition officielle tout en étant projeté. Tels des thrillers, Gilles Jcob fait passer d'Est en Ouest les bobines de L'homme de marbre d'Andrzej Wajda et de Stalker de Andreï Tarkovski, au nez et à la barbe des régimes communistes. A la projection du film-surprise de Tarkovski, la délégation d’URSS reconnait le film dont il ne souhaitait pas la diffusion à Cannes et sort de la salle.

En Chine, ce n'est pas mieux, de Zhang Yuan (East Palace, West Palace, "premier film gay" en Chine) à Lou Ye (Summer Palace, qui parle de sexe sur fond de mouvement prodémocratique de la place Tian’anmen) sont censurés dans leur pays et les cinéastes plus que surveillés.

Rappelons aussi qu'avec Chronique des années de braise, Palme d'or signée de l'algérien Mohammed Lakhdar-Hamina, le réalisateur a été lenacé de mort lors de sa venue à Cannes par des anciens membres de l'OAS. C'était en 1975. En 2010, des élus UMP, des militants FN, des harkis, des pieds-noirs et d'anciens combattants protestent contre la projection du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. On prend les mêmes et on recommence.

Enfin signalons que l'an dernier, Mohammad Rasoulof, Prix Un Certain regard avec Un homme intègre, à peine rentré dans son pays, se voit confisquer son passeport et convoquer à un interrogatoire par les autorités qui l’accusent d'activités contre la sécurité nationale et de propagande contre le régime. En octobre, il disait: "J’ai l’impression que les autorités iraniennes veulent étouffer le cinéma d’auteur en Iran”.

Cannes n'a peut-être pas les films oscarisables. Mais une chose est certaine, le festival tient son rang dans la liberté de création et la défense d'un cinéma opprimé qui déplaît aux régimes les plus autoritaires et à ceux qui veulent museler la liberté d'expression.

Edito: liberté, égalité, diversité

Posté par redaction, le 1 mars 2018

Robe noir et ruban blanc. L'Affaire Weinstein a déclenché un mouvement sociétal et politique inespéré. Les femmes prennent la parole et crient haut et fort leur ras-le-bol d'une société sexiste. Cela passe nécessairement par une refonte plus profonde du rapport à l'égalité entre sexes. On se souvient du fabuleux discours féministe de Patricia Arquette aux Oscars en 2015: elle militait pour l'égalité des droits. Au même moment, des actrices comme Jennifer Lawrence se plaignait des écarts salariaux entre acteurs et actrices.

Car, en effet, ce n'est pas gagné. La nouvelle association française 50502020 veut croire à une meilleure répartition: "Nous pensons que la parité réduit les rapports de force. Nous pensons que la diversité change en profondeur les représentations. Nous pensons qu’il faut saisir cette opportunité de travailler à l’égalité et la diversité parce que nous avons la certitude qu’ouvrir le champ du pouvoir favorisera en profondeur le renouvellement de la création" explique-t-elle dans son manifeste. Elle réclame des conseils d'administration, des jurys, des écoles de cinéma paritaires et la création d'un observatoire de l'égalité dans l'industrie du cinéma.

L'initiative est soutenue par des productrices ou distributrices (Caroline Benjo, Carole Scotta, Mélissa Toscan du Plantier), Réalisatrices (Marie Amachoukeli, Julie Bertuccelli, Catherine Corsini, Valérie Donzelli, Agnès Jaoui), Attachée de presse (Viviana Andriani), Comédiennes (Ariane Ascaride, Amira Casar, Lily Rose Depp, Adèle Haenel, Aïssa Maïga, Clémence Poésy, Léa Seydoux, Jasmine Trinca), Journalistes (Florence Ben Sadoun, Tania de Montaigne), Scénaristes et/ou écrivaine (Anne Berest) costumières ou assistantes, vendeuses ou cadreuses, mais aussi des hommes (Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Bertrand Bonello, Robin Campillo, Laurent Cantet, Yann Gonzalez, Etic Vicente).

Pour simple rappel, en France, en dehors des scriptes et des cascadeuses, toutes les professions affichent un écart salarial négatif au détriment des femmes: -9% en moyenne pour les interprètes, -12% dans le montage, -17% pour les décors, -42% pour la réalisation. Toujours selon les chiffres fournis par le CNC, il y a une sérieuse inégalité dans certaines professions pour l'accès au poste. A 96% les scriptes sont des femmes, à 88% les costumes sont conçus par des femmes. Elles sont largement majoritaires dans les postes de coiffure/maquillage, la comptabilité/juridique/communication... Mais à l'inverse, 4% des chauffeurs, des électriciens et des machinistes sont de sexe féminin. Un quart des cinéastes sont des réalisatrices. Dans les métiers du son la proportion est inférieure à 10%.

Et puisque nous sommes la semaine des César, les chiffres sont éloquents: en 42 éditions, 19% des nommés dans 13 catégories unisexes des César sont des femmes. 20% ont été césarisées. Le César de la réalisation n'a été attribué qu'une seule fois à une réalisatrice. Même nombre pour le César de la meilleur musique. Pour le César de la meilleure photo ou celui du documentaire, on n'a que trois femmes césarisées dans chacune des catégories. Logiquement, tous ces chiffres seront encore plus bas à la fin de la cérémonie du 2 mars.

Et ne parlons pas de la diversité... Aux Etats-Unis, une récente étude de l'UCLA a d'ailleurs rendu son bilan sur la représentation des femmes et des minorités au cinéma et à la télévision. Alors que Wonder Woman et Black Panther ont mis en avant une héroïne et des héros noirs, alors que Moonlight, Oscar 2017 du meilleur film cumulait un casting afro-américain et un récit homosexuel, alors que Greta Gerwig est nommée à l'Oscar de la meilleure réalisation et que la plupart des films oscarisés mettent en avant des femmes, des personnages gays ou des minorités ethniques en tête d'affiche, le constat est toujours désespérant.

La représentation des femmes comme des minorités ne s'améliore pas. 14% des premiers rôles, 12,6% des réalisateurs, 8% des scénaristes pour les minorités. Les chiffres sont légèrement meilleurs pour la télévision. Rappelons que 38,7% de la population américaine est non blanche. 31% des premiers rôles, 7% des réalisateurs, 14% des scénaristes sont des femmes. Là encore, les statistiques sont plus favorables pour le petit écran. Logiquement les Oscars restent "whites" et "males".

C'est évidemment pire en Chine ou en Inde, où la diversité est peu présente et les femmes cantonnées à des rôles stéréotypés. On peut toujours s'insurger contre cette lecture cloisonnante, exclusive d'un secteur culturel. Mais l'époque indique justement qu'il est temps de cesser avec les discriminations et de devenir davantage inclusif. Le cinéma est un reflet du monde: clairement, son industrie n'est toujours pas représentative de la société.

Edito: La forme de l’or

Posté par redaction, le 22 février 2018

Que nous disent les Oscars cette année? Au-delà de l'ouverture au genre, d'une féminisation dans certaines catégories et d'une ouverture aux minorités, il y a quelque chose qui frappe: les 9 films nommés traversent l'histoire contemporaine.

On part ainsi de mai 1940 avec Les heures sombres et Dunkerque. Le Royaume Uni, la guerre, Churchill. Puis ce sont les années 1950, dans le chic londonien, avec un couturier et sa muse venue de l'Est dans Phantom Thread. On passe en 1962 en pleine Guerre froide avec La forme de l'eau. A la fin des années 1960 et au début des années 1970, avec un scandale politico-médiatique sur la guerre du Vietnam dans Pentagon Papers. Aux années 1980 en Italie avec un Américain qui se laisse séduire par un jeune prodige polyglotte dans Call Me By Your Name. On bascule en 2002 avec Lady Bird. Et on termine à notre époque avec deux films où la violence et l'humour noir décryptent une Amérique des laissés-pour-compte ou des opprimés avec Get Out et 3 Billboards, les panneaux de la vengeance, deux films qui montrent à la fois le racisme systémique de l'Amérique et le déclin des "whites".

Tout y est: la politique, la sexualité, le féminisme, le racisme, la liberté d'expression, ... C'est un voyage dans le temps mais c'est aussi un décryptage de notre temps. Ces dernières années, les Oscars ont récompensé des films très variés: Argo était un thriller aux allures politiques mais qui parlait d'Hollywood (années 1980), Twelve Years a Slave évoquait l'esclavage et le traitement des afro-américains (19e siècle), Birdman était une introspection du milieu (contemporain), Spotlight une enquête journalistique sur un scandale sexuel au sein de la religion catholique (début des années 2000) et Moonlight un film dense qui plongeait dans les zones troubles de l'homosexualité, de la ghettoïsation des afro-américains et des précaires oubliés par le rêve américain  (sur une vingtaine d'années).

Les Oscars ne sont pas forcément le reflet de leur époque. Mais ils en sentent les pulsions. Il est fort probable que le gagnant cette année - les trois favoris sont La forme de l'eau, 3 Billboards et Get Out - sera avant tout la consécration du film de genre (fable fantasy, polar décalé ou thriller horrifique). Mais on retiendra surtout qu'hormis Les heures sombres et Dunkerque, les films se lançant dans la course de la statuette suprême donnent avant tout le beau rôle à des femmes (Phantom Thread, Pentagon Papers, Lady Bird, 3 Billboards, La forme de l'eau), à des personnages noir (Get Out) ou homosexuel (Call me by your name).

En cela, l'Académie, qui se diversifie année après année, élargissant son nombre de votants à des professionnels plus jeunes et plus cosmopolites, fait le choix d'en finir avec un certain académisme. Selon le vainqueur, on verra certainement comment Hollywood va réagir une année de Trumpisme, aux affaires Me Too et aux massacres de masse. Moonlight était clairement un message anti-Trump. Il est fort à parier qu'un film faisant l'apologie de la femme forte, de la paix et du respect des minorités sera dans l'air du temps le 4 mars. Une chose est certaine: l'édition 2018 est de haute qualité. Et ce n'est déjà pas si mal.