Bryan Singer remplacé à deux semaines de la fin du tournage de Bohemian Rhapsody

Posté par vincy, le 9 décembre 2017

Viré en plein tournage lundi dernier du biopic sur Freddie Mercury, Bohemian Rhapsody, Bryan Singer a été remplacé. Officiellement, la Fox l'a renvoyé pour absences répétées, mettant l'équipe sur les nerfs et causant le départ de l'un des acteurs, Tom Hollander. La plupart du temps c'est le chef opérateur Thomas Newton Sigel qui réalisait les scènes quand Singer n'était pas là. Dexter Fletcher (Eddie the Eagle) se chargera de prendre la relève dès lundi après quelques jours d'interruption.

Cela ne changera rien à la date de sortie, prévue pour le 25 décembre 2018. Une grande partie du film a été tournée puisqu'il ne reste que deux semaines de prises de vue à faire. Étrangement, le réalisateur semble indifférent à ce renvoi, qu'il considère comme injuste: il explique en guise de justification que ses absences étaient liées à un grave problème de santé de l'un de ses parents. La Fox a évoqué une indisponibilité inattendue de la part du réalisateur, ne lui laissant pas de marges de manœuvre.

Singer explique qu'il préfère désormais se concentrer sur ses deux autres projets, notamment la série TV World War III.

Nouvelle accusation de viol

Ceci dit, est-ce la seule explication à son renvoi? Car depuis jeudi, Bryan Singer est en pleine tourmente: il a été accusé de viol par Cesar Sanchez-Guzman, alors que celui-ci avait 17 ans. En 2003, il aurait été forcé de lui pratiquer une fellation avant d'être sodomisé sans son consentement. Ce n'est pas la première accusation de ce genre contre le réalisateur, mais jusqu'ici toutes les plaintes ont été classées ou abandonnées. Le cinéaste a catégoriquement démenti ces accusations, suspectant la victime, qui est en faillite bancaire, de vouloir profiter de la situation actuelle: les répercussions de l'affaire Weinstein.

Le contexte a changé. Et nul ne doute que la dernière provocation de Bryan Singer va en hérisser plus d'un. Dans une interview à TMZ, il a confié qu'il était prêt à travailler de nouveau avec Kevin Spacey, qui fut révélé grâce à son film The Usual Suspects, si un bon projet se présentait. Vu que Spacey est aujourd'hui persona non grata à Hollywood pour de multiples accusations d'agressions et de harcèlements sexuels sur de jeunes hommes, parfois mineurs, l'association des deux risquent de ne pas trouver un studio pour les aider....

Edito: Smoking, no smoking

Posté par redaction, le 23 novembre 2017

Dans Battle of the Sexes, qui sort cette semaine, la championne Billie Jean King (Emma Stone), va pouvoir créer la future puissante Women Tennis Association (qui gère le circuit féminin) grâce à l'appui d'un sponsor : Virginia Slims (qui a longtemps parrainé des tournois aux Etats-Unis). Les joueuses devaient s'afficher avec un paquet de cigarettes de la marque, avec une cigarette à la main, et même à la bouche. "Vous allez devoir fumer pendant douze mois!" exige l'associée de la joueuse qui s'occupe du "business" de cette nouvelle WTA.

Bien sûr, on peut y voir une ironie tant le tabac et le sport sont incompatibles. D'ailleurs les joueuses ne fument pas. Elles doivent simuler. On peut aussi y voir un symbole de l'époque, le début des années 1970, où la clope était un symbole de la consommation de masse de l'après guerre, comme la voiture.

Il aurait été bizarre de passer cet épisode sous silence dans un film qui retrace l'émancipation des joueuses de tennis de l'époque, et qui ont pu le faire grâce à l'appui d'un fabricant de cigarettes.

Pourtant, une polémique politique récente a ravivé le débat de la présence de la cigarette à l'écran. Montrer un personnage en train de fumer dans une fiction serait une forme de propagande, pardon de publicité, incitant à inhaler de la nicotine. Le gouvernement français cherche tous les moyens pour lutter contre le tabagisme. La ministre de la Santé, Agnès Buzin, réfléchirait ainsi à des mesures autour de la représentation de la cigarette dans les films français (ce qui ne résout rien pour les autres, vus par les deux tiers de spectateurs, by the way).

Dans le cadre de l’examen du budget de la sécurité sociale, une sénatrice socialiste (si si, il en existe encore) Nadine Grelet-Certenais a interpellé la semaine dernière la ministre sur "les incitations culturelles à fumer": le cinéma, selon elle, "valorise la pratique" et la banalise auprès des plus jeunes. "La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70% des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer" explique-t-elle. La cigarette devient aussi subversive qu'un joint...

Et la ministre qui va dans son sens: "Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français." Pour elle, l'augmentation du paquet de cigarette ne suffit pas: il faut un plan qui comprenne le marketing social, les réseaux sociaux, et la "dénormalisation" de l’image du tabac dans la société. Déjà il y a deux ans l'ancienne ministre Michèle Delaunay avait suggéré d'étendre l'interdiction de la promotion du tabac aux films français. C'est donc dans l'air (empoisonné) du temps.

A quand l'alcool? Non, parce qu'on sait aussi les dégâts que causent l'alcool. Mais on sait aussi à quel point le verre de vin est culturellement ancré dans la société française, d'une part, et à quel point le vin, le cognac ou le champagne sont de grosses puissances dans l'économie du pays, d'autre part. Mais passons.

«Ne joue pas. Si tu es en train de fumer une cigarette, fume-la. Ne fais pas semblant de la fumer» - James Dean

Revenons au poison de la tige. On rappellera que la pipe de Tati avait ridiculement disparu pour l'affiche d'une exposition à la Cinémathèque, que l'affiche avec la cigarette de Coco Chanel (Audrey Tautou) avait été censurée. La lutte anti-Tabac et le cinéma, c'est une histoire de censure avant tout. Que va-t-on faire des vieux films restaurés avec Gabin, Belmondo, Moreau, tous clopes au bec? Devra-t-on bannir toutes les images de Gainsbourg, Dutronc ou Deneuve, exhalant des volutes pour le besoin de photos de magazines ? Et que peut-on faire face à un film d'époque où tout le monde fumait comme des pompiers? Enfin, si, déjà, dans les scénarios les auteurs font de moins en moins fumer leurs personnages, on ne peut pas empêcher un cinéaste de créer son plan, sa scène comme il le veut. On touche quand même à la liberté de création.

Frédéric Goldsmith, délégué général de l'Union des producteurs de cinéma (UPC), rappelait cette semaine: "C'est une réalité, beaucoup de gens fument", ajoutant que la lutte contre le tabagisme "ne peut pas passer par une atteinte à la liberté de création". Serge Toubiana, patron d'Unifrance, enfonçait le mégot: "Si on en vient à (...) légiférer sur le fait de fumer ou pas sur des écrans de cinéma, c'est qu'on a échoué sur tout le reste. Le cinéma est un art, un plaisir, un divertissement, pas un outil de propagande pour la cigarette."

Mardi, la ministre a fait demi-tour sur Twitter: la polémique s'enflammait. "Je n'ai jamais envisagé ni évoqué l'interdict(ion) de la cigarette au cinéma ni dans aucune autre œuvre artistique. La liberté de création doit être garantie." Le mensonge ce n'est pas de la propagande? Mais il est bien que la ministre ait conscience que sa potentielle mesure n'est pas possible si on veut justement respecter la liberté de création et si on veut représenter la société telle qu'elle ou telle qu'elle était.

"C'est pas pour dire, mais la première cigarette de la journée, c'est la meilleure. Ah oui, ça vous remet la bouche en forme." - Gérard Depardieu dans Les Valseuses

Car, ne soyons pas hypocrite comme un Lucky Luke qui a troqué sa "roulée" pour un brin d'herbe, dans ce cas il faut interdire beaucoup d'autres choses au cinéma: outre l'alcool, qu'on a déjà mentionné, tout ce qui est illégal ou immoral ne pourrait pas être filmé (les sujets ne manquent pas). Mais dans ce cas, à quoi servirait le cinéma qui doit, comme tous les arts nous confronter à l'inexplicable comme disait Carl Dreyer, à la face obscure de la société et aux noirceurs de l'humain? Godard disait qu'avec " le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.” Alors on arrête de boire? de fumer un bédot? On interdit de diffusion La Gifle (violence sur mineur), Quelques heures de printemps (euthanasie), A bout de souffle (harcèlement sexuel), Le souffle au cœur (inceste), et à peu près tous les films avec une voiture à essence ou diesel (pollution)? Que dire des thrillers avec meurtres ou braquages, surtout quand le "vilain" s'en sort?

On voit bien que la politique déraisonne. Laissons les auteurs filmer le monde comme ils l'entendent, avec les images qu'ils ont dans la tête. La cigarette est un élément représentatif d'un mode de vie, d'une affirmation de soi. Certes dangereux pour la santé. Mais pas illégal ni condamnable. Ce n'est pas juste l'accessoire glamour qu'on utilise après avoir fait l'amour. Comme l'écrivait l'auteur Colum McCann: “Si mauvaises que soient les cigarettes pour la santé, elles offrent une occasion de contact humain sans équivalent !

Ridley Scott efface Kevin Spacey de All the Money in the World

Posté par wyzman, le 9 novembre 2017

La nouvelle est tombée dans la nuit : Kevin Spacey sera remplacé dans All the Money in the World, le prochain film de Ridley Scott. Cela fait directement suite aux multiples accusations de harcèlement, d'agression sexuels et de viol portées à l'encontre de la star de House of Cards.

Depuis le 30 octobre, l'acteur de 58 ans est en effet sous le feu des projecteurs. Et, alors que nous vous annoncions la semaine dernière que sa campagne de promotion pour sa performance dans All the Money in the World allait être stoppée net, le réalisateur du film a décidé de prendre le taureau par les cornes et de ne pas pénaliser toute l'équipe d'un film qui était destiné à atterrir aux Oscars. All the Money in the World était prévu dans les salles américaines le 22 décembre. La bande annonce est toujours en ligne (avec Spacey au générique et dans le montage). Le distributeur était prêt à le reporter à l'année prochaine, une fois les événements un peu tassés.

Mais lundi, des cadres de Sony ont déclaré : "Il y a plus de 800 acteurs, scénaristes, artistes, artisans et autres membres de l'équipe qui ont travaillé sans relâche et de manière éthique sur ce film. Ce serait une énorme injustice que de les punir pour les torts d'un seul acteur secondaire dans le film." Spacey y incarne le milliardaire Jean Paul Getty

Plummer pas assez bankable

D'après Deadline, Ridley Scott aurait ainsi proposé à Sony de refilmer toutes les scènes de Kevin Spacey du film et de le remplacer par Christopher Plummer, "avec la coopération de Mark Wahlberg et Michelle Williams dans le mix". Kevin Spacey n'ayant tourné que pendant "huit à dix jours", Ridley Scott devra jouer des coudes pour que la nouvelle version d'All the Money in the World soit prête à temps pour une candidature aux Oscars (date limite: le 31 décembre pour sortir à New York et Los Angeles). La pression sera d'autant plus grande pour le réalisateur de Seul sur Mars puisque, si Kevin Spacey est d'ores et déjà exclu de la course à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, Michelle Williams, elle, a encore toutes ses chances.

Selon le Daily Mail, Christopher Plummer était déjà pressenti pour le rôle mais des cadres de Sony souhaitaient avoir un plus gros nom…

Pour rappel, All the Money in the World s'intéresse au refus du roi du pétrole J. Paul Getty de collaborer avec les kidnappeurs de son petit-fils, John Paul Getty III dans les années 1970. Outre Wahlberg et Williams, le casting comprend Stacy Martin, Charlie Plummer, récemment primé à Venise, Timothy Hutton et Romain Duris.

Jean-Jacques Annaud piégé par les « Paradise Papers »

Posté par vincy, le 8 novembre 2017

Un an et demi après les Panama Papers qui avait démontré l'évasion fiscale des frères Almodovar (malgré eux), les Paradise Papers ont révélé ce mercredi 8 novembre que le réalisateur français Jean-Jacques Annaud avait utilisé durant vingt ans un processus d'optimisation fiscale en plaçant plus d'1,2 million d'euros dans divers pays (des îles anglo-normandes à Hong Kong en passant par les Caraïbes). La situation serait régularisée depuis un mois, au moment où les médias se sont ouvertement intéressés à son cas, avant la révélation publique de ce dossier international qui touche aussi bien Shakira que la Reine d'Angleterre, un proche de Justin Trudeau qu'un ministre de Donald Trump, Bono de U2 que des multinationales comme Apple ou Nike.

"Contacté début octobre pour répondre aux interrogations du Monde et de Radio France, le cinéaste a rapidement demandé à ses nouveaux avocats fiscalistes de régulariser sa situation : les avoirs, qui ont fait le tour du monde, auraient finalement été déclarés au fisc français le 12 octobre, « afin d’éviter toute discussion et d’être dans la plus totale transparence ». Les avocats plaident la méconnaissance de leur client vis-à-vis de la fiscalité, sans nier que Jean-Jacques Annaud était informé du montage et de ses conséquences fiscales" expliquent les deux médias. Maître Eric Delloye résume: "Jean-Jacques Annaud est un bon cinéaste mais ce n'est pas un fiscaliste."

"Les Paradise Papers sont une nouvelle enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses 96 médias partenaires, dont Le Monde. Ces révélations s’appuient sur une fuite de documents initialement transmis, en 2016, au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung par une source anonyme. Cette nouvelle enquête permet de lever le voile sur les mécanismes sophistiqués d’optimisation fiscale dont profitent les multinationales et les grandes fortunes mondiales" soit 13,5 millions de documents du cabinet international d’avocats Appleby, basé aux Bermudes, 566 000 documents internes du cabinet Asiaciti Trust, installé à Singapour et 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux aux Caraïbes, à Malte, au Liban et dans les îles de l'Océan Pacifique.

Il faut remonter à 1997. Ecran Noir était né depuis un an. Jean-Jacques Annaud avenait de tourner Sept ans au Tibet, avec Brad Pitt, en Argentine. Le 30 septembre de cette année-là, le réalisateur, dix jours avant la sortie américaine du film, créé  un trust discrétionnaire baptisé Los Condores Trust, sur l’île anglo-normande de Guernesey. Le nom provient de l'unique hôtel de la ville argentine où se tournait la super-production.

Le salaire du cinéaste non imposé

Cette structure, très opaque et "ouverte par la Royal Bank of Scotland", "abrite une société écran nommée Uspallata Limited". "La singulière concordance des noms et des dates laisse à penser que l’argent du trust provient de la rémunération du réalisateur. Ses avocats ont bien affirmé que l’argent « a été versé sur ce compte (…) non pas à l’initiative de M. Annaud, mais à l’initiative du studio de cinéma »" détaille le quotidien français. À France Inter, l'avocat se fait plus précis. "À partir des années 1995, Monsieur Annaud a été lié à un studio de cinéma qui dépend du Groupe Sony, et notamment de Columbia. Ce studio lui a versé une rémunération, en lui indiquant qu'il devait la percevoir à travers une structure montée par l'avocat-conseil du studio. L'argent a donc été versé sur ce compte détenu par l'intermédiaire d'un trust, qui n'était donc pas créé à l'initiative de Monsieur Annaud, mais à la demande du studio, qui souhaitait le rémunérer de cette manière. Je ne pense pas qu'il y ait eu d'autres rémunérations, je n'ai pas d'informations précises sur ce point."

En 2003, la société Uspallata se délocalise aux îles Vierges britanniqueset son compte en banque est transféré à Ansbacher, banque privée située aux Bahamas. Le trust Los Condores se délocalise aux îles Caïmans en juillet 2007. "La firme Appleby en prend alors la gestion" précise Le Monde. Soit 1,2 million d’euros dans le portefeuille.

Alors qu'il tourne Le dernier Loup en Chine, avec des coproducteurs chinois, Jean-Jacques Annaud ouvre en 2014 une nouvelle société à Hongkong, Rising Dragon, qui sera renommée plus tard Ginkgo Holdings Limited. "Un an plus tard, le trust Los Condores est dissous ; puis c’est au tour de la société Uspallata, en février 2017".

La peur d'être pris en flagrant délit

Le cinéaste a, entre temps, vidé le compte en banque et transféré 1,15 million d'euros vers le compte hongkongais de la société Ginkgo Holdings. "Le reste des fonds atterrit sur les comptes de Calico Entertainment LLC, une société californienne de Jean-Jacques Annaud, succursale d’une autre société installée dans l’Etat américain du Delaware, connu pour ses largesses fiscales" révèle l'enquête.

Pour le quotidien français, cette réorganisation du patrimoine coïncide "avec l’avalanche des scandales offshore qui déferlent sur la place publique (« Offshore Leaks », « SwissLeaks »…)" et par la mise en place "d’un échange automatique des données entre les banques et les Etats pour lutter contre l’évasion fiscale". Autrement dit, les gestionnaires prennent peur.

Car avec le courrier du Monde et de France Inter, le réalisateur, qui tourne actuellement l'adaptation de L'affaire Harry Québert au Canada, demande une régularisation. "Saisi de votre courrier, Monsieur Annaud a souhaité que nous étudiions précisément ses obligations fiscales, afin de vérifier la conformité de sa situation fiscale vis-à-vis de l'administration fiscale française. Afin d'éviter toute discussion, nous avons, au cours du mois d'octobre 2017, transmis l'ensemble des informations à l'administration fiscale. Nous leur avons dit que nous étions en train de procéder à un audit de la situation fiscale de Monsieur Annaud, et que nous voulions, en toute transparence, signaler l'existence de ces structures et de ce compte bancaire détenu à l'étranger" avoue son avocat.

Il le défend en renvoyant la balle dans le camp des banquiers qui "géraient ses comptes qui, ne voulant pas avoir la moindre responsabilité, ont préféré transférer ses avoirs" vers des juridictions plus conciliantes avec l'optimisation fiscale. Une forme d'aveu: responsable mais pas coupable.

La « House of Cards » de Kevin Spacey s’effondre

Posté par wyzman, le 4 novembre 2017

Plus rien ne va chez Netflix depuis le lundi 30 octobre. Dans la foulée des révélations de harcèlement sexuel liées à Harvey Weinstein, l'acteur Anthony Rapp a déclaré avoir été agressé sexuellement par Kevin Spacey. Les faits remonteraient à 1986, alors que l'acteur actuellement au casting de Star Trek Discovery n'avait que 14 ans et Kevin Spacey 26.

Révélations choc

Anthony Rapp aurait rencontré celui qui allait l'agresser lors d'une soirée organisée par les producteurs de Precious Sons (la pièce de théâtre pour laquelle Rapp était très applaudi) et de Long Day's Journey Into Night (le téléfilm qui venait de faire exploser Spacey). Quelques jours plus tard, Rapp aurait été invité à l'appartement de Spacey qui organisait une soirée uniquement en présence d'adultes.

Pris d'ennui, Rapp aurait préféré passer la soirée dans la chambre de l'acteur à regarder la télévision passé minuit. Après avoir salué tous ses convives, Spacey se serait tenu dans l'entrée de sa chambre, ivre, alors que Rapp était toujours à l'intérieur. L'acteur aujourd'hui âgé de 58 ans aurait alors attrapé l'adolescent, placé sur son lit, serait monté sur lui en tenant ses bras. Rapp aurait réussi à se soustraire à Spacey pour foncer dans la salle de bains, y aurait vu une photo de son hôte entourant un autre homme de ses bras et aurait directement quitté les lieux. Sur le pas de la porte, Spacey aurait tenté de le faire changer d'avis, en vain. Tout cela est au conditionnel. Les faits sont lointains et une enquête est en cours.

Coup de théâtre

Quatre-vingt huit minutes précisément après la publication de l'article de BuzzFeed News relatant les faits, Kevin Spacey y a répondu dans un communiqué publié simultanément sur Facebook, Twitter et Instagram. Dans celui-ci, il écrit : "J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour Anthony Rapp en tant qu'acteur. Je suis bien plus que terrifié d'entendre cette histoire. Sincèrement, je ne me souviens pas de cette rencontre, elle aurait eu lieu il y a plus de 30 ans. Mais si j'ai agi comme il le décrit, je lui dois mes excuses les plus sincères pour ce qui aurait été une attitude d'ivrogne profondément inappropriée et je suis désolé pour les émotions qu'il a dû porter avec lui toutes ces années."

Il poursuit : "Cette histoire m'a encouragé à évoquer d'autres aspects de ma vie. Je sais qu'il y a des histoires ici et là à propos de moi et que certaines ont été nourries par le fait que j'ai été très protecteur vis-à-vis de ma vie privée. Comme mon entourage le sait, j'ai eu des relations avec des hommes et des femmes au cours de ma vie. J'ai aimé et eu des rapports amoureux avec des hommes tout au long de ma vie, et je choisis désormais de vivre en tant qu'homme gay. Je veux gérer cela de manière honnête et cela commence par revoir mon propre comportement."

Très peu appréciés par la communauté LGBT+, les propos de Kevin Spacey sont "du pain béni pour les homophobes" qui pourraient voir ici l'affirmation que les homosexuels sont des prédateurs (et des pédophiles). Du côté de Hollywood, les réactions des people sont allées du refus de la formulation "choisir de vivre en tant qu'homme gay" à la moquerie liée à la création par Kevin Spacey d'un "mauvais moment pour faire son coming out". Vous l'aurez compris, depuis que les vannes se sont ouvertes avec l'affaire Harvey Weinstein, le 5 octobre dernier, il ne fait pas bon de soutenir quiconque serait accusé de harcèlement ou d'agression sexuelle, qu'il soit ministre ou artiste. Une situation qui fait doucement rire lorsque l'on sait que l'an dernier, Casey Affleck, pourtant accusé de harcèlement sexuel par deux femmes, s'est vu remettre l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Manchester by the Sea.

Netflix passe la 3ème

Si les propos d'Antony Rapp ont donné le courage à plusieurs hommes d'évoquer des cas similaires de harcèlement, d'agression sexuels mais également de viol, la réaction de Netflix a été instantanée. Le géant du streaming a pris son courage à deux mains et a annoncé ce que tous les fans redoutaient depuis un an : l'annulation de House of Cards à l'issue de la sixième saison. La décision avait été prise cet été. Première création originale, la série créée par Beau Willimon était le fer de lance de Netflix. Passées les trois premières saisons, le programme, très coûteux (Robin Wright empoche quand même 9M$ pour sa performance en Claire Underwood) s'est mis à rapporter moins de nouveaux abonnés mais est parvenu à ramener de multiples prix et nominations, un gage de qualité dont Netflix ne pouvait se passer jusqu'à récemment.

Tournage suspendu, star virée

Les dernières révélations dans cette affaire, dont des accusations portées par des membres de l'équipe de tournage de House Of Cards, ont forcé l'entreprise américaine à interrompre indéfiniment le tournage de cette saison 6, le temps de trouver une solution. Netflix réfléchissait déjà à la suite: un film, une série spin-off sur un des personnages secondaires...

Ce qu'ils pouvaient étouffer au fil des tournages (Kevin Spacey a semble-t-il la main et la blague salace faciles) n'est plus possible. Cependant, il faut quand même sauver cette 6e saison, contractualisée avec des centaines de personnes employées sur le tournage qui, eux, n'ont rien à voir dans l'histoire. Très vite, les producteurs de la série ont envisagé (et officiellement) de tuer le personnage campé par Kevin Spacey, Frank Underwood. Scénaristiquement, les fans de la série savent que cette option serait cohérente au vu du final de la saison 5 puisque cela permettrait de mettre Claire (Robin Wright) sur le devant de la scène - qu'elle mérite pleinement ("C'est mon tour" lançait-elle en conclusion). C'est sans aucun doute l'option qui risque d'être retenue. La suspension du tournage a conduit les producteurs à réécrire la saison. Mais cela reste sans doute le cadet des soucis de Kevin Spacey qui vient d'être officiellement viré par Netflix vendredi 3 novembre.

Fin d'un règne

L'image de Kevin Spacey est écornée à jamais. C'est un fait. Mais l'affaire atteint aujourd'hui un nouveau sommet puisque la campagne de promotion de sa performance dans All the Money in the World vient d'être stoppée net. En effet, dans le prochain film de Ridley Scott, la star de House of Cards incarne le roi du pétrole J. Paul Getty et pouvait jusque-là prétendre à une nomination dans la catégorie meilleur acteur. Malheureusement, celle-ci ne devrait jamais avoir lieu bien que la sortie du film soit toujours prévue pour le 22 décembre.

Tandis que l'Emmy Award d'honneur qu'il devait recevoir a été tout simplement annulé, Kevin Spacey fait aujourd'hui profil bas. Lâché par son agent, c'est sans aucun doute entouré de ses avocats et conseillers qu'on le reverra dans les jours qui viennent. Une chose est sûre : les prochaines semaines seront ponctuées de scandales sexuels puisque l'acteur des Goonies Corey Feldman a déclaré être prêt à communiquer le nom de l'homme qui l'a agressé et vouloir démanteler un réseau de pédophiles sévissant dans l'usine à rêves depuis des années.

N'importe quel prédateur sexuel devien ainsi un "usual suspects" qui n'a plus sa place dans la beauté américaine.

Edito: Le Rouge et le Noir

Posté par redaction, le 19 octobre 2017

On peut voir rouge. L'affaire Weinstein est contagieuse: au Canada, au Royaume Uni, en attendant la France, les langues se délient et certaines personnalités médiatico-culturelles voient en quelques heures leur réputation anéantie. Si on ajoute la une de très mauvais goût, et de très grand cynisme, des Inrocks sur Bertrand Cantat, on pourrait facilement dire que la morale part en couilles à cause de mecs qui croient en avoir en tapant du poing ou en exhibant leur bide (on peut remplacer le d par un t).

Est-ce que cela suffira? Certes, les consciences sont réveillés. Les hashtags sur les réseaux montrent l'étendue de ce crime globalisé et si bien passé sous silence grâce à la domination masculine sur le système. Nul besoin de parler de porc - non pas parce qu'on est spéciste, mais les cochons ont un comportement moins bestial que ces humains -, un "me too" suffit pour quantifier l'ampleur de ce "mal" condamnable. Préférons la victimisation à l'insulte. Préférons aussi la nuance: tous les hommes ne sont pas des sales types libidineux (heureusement) et il est bon de rappeler que des hommes ont aussi été victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle (homos ou hétéros).

Rien n'est simple dans cette histoire. Le mâle dominant se voit attaquer sur son talon d'Achille, situé dans le slip: le pénis, son second cerveau. Cela amène certains à faire des commentaires beaufs, en oubliant la souffrance des femmes qui ont du les subir. Cela provoque des réactions indignées ou des incompréhensions méprisantes, en oubliant que la dignité est du côté des victimes qui ont du se taire et ravaler leur colère. Il n'empêche: s'il est salutaire que tout le monde parle, peu importe le milieu professionnel, le pays, la grandeur du traumatisme, attention à ne pas franchir le pas entre dénonciation et délation, à ne pas amalgamer les véritables témoignages des règlements de compte hors-sujet. Cependant le cas monstrueux de Weinstein n'est que la pointe visible de l'iceberg.

De ce scandale, découle d'autres enjeux: une question d'inégalité (salariale pour commencer) entre sexes. Une question d'éducation (où les adultes ont leur part de responsabilité). Une question de société (à commencer par les médias régulièrement sexistes).

Et Le cinéma? Cette machine à fantasmes et reflet du réel, doit aussi réfléchir à la manière dont il fabrique notre vision du monde. Il est capable de militer contre la peine de mort, pour les droits des minorités, mais que fait-il pour les femmes?

De Potiche à Wonder Woman

Les responsabilités et les accès aux postes de réalisation et du scénario sont surtout concentrés dans le cinéma art et essai. Les films d'auteur sont d'ailleurs souvent plus intéressants dans le traitement du féminin (Numéro une, terriblement d'actualité, Jusqu'à la garde, Jeune femme) et affichent frontalement les problèmes d'une société machiste ou misogyne, ainsi que les abus divers, de la violence conjugale aux comportements dominateurs sexistes ou sexuels.

Mais qu'en est-il des blockbusters et des comédies, bref de ces films populaires qui impriment, marquent les consciences collectives? Jean-Pierre Bacri a récemment expliqué, sur France Inter, qu'il a du revoir le scénario du Sens de la fête, et demander aux auteurs de remplacer des personnages masculins par des rôles pour des femmes. Force est de constater que la femme reste, généralement, un second rôle, une potiche, un faire-valoir. Elle doit séduire avant tout. L'homme reste le héros. Il y a bien sur des exceptions et on peut souligner les efforts de Disney et de la littérature jeunesse (Divergente, Hunger Games, Harry Potter) qui impriment dans le cerveau des spectateurs l'image d'une femme puissante, libre, émancipée, et capable de se battre.

C'est donc une bataille culturelle qui s'engage, comme le rappelle La SRF (société des réalisateurs de films) qui trouve là "l'occasion inespérée de lever le voile sur une histoire souterraine que chacun a intégré comme étant légendaire, immémoriale. Une histoire d'inégalité entre les hommes et les femmes, entre les hommes blancs et les autres, les hétéro-normés et les autres, qui mène à des pratiques systémiques jusqu'à présent tolérées et qui sont en train de sombrer avec une certaine idée éculée de la masculinité. Une idée qui altère la communauté des hommes et leur nuit profondément. Nous savons aussi que cette histoire s’inscrit à l’intérieur de celle plus large encore des rapports de pouvoir." Elle ajoute : "Abus de pouvoir, centralisation du pouvoir dans les mains des mêmes, dérives sexuelles s'appuyant sur la part affective à l'œuvre dans le processus de fabrication des films, font de l'industrie du cinéma, qui est loin d'être la seule concernée, une vitrine éloquente de ces abus. La bataille culturelle qui s'annonce ne s'arrêtera pas à quelques têtes qui tombent, satisfaction trouble et temporaire à laquelle nous ne prenons pas plaisir. Elle se mènera sur le terrain de la redéfinition des postes de pouvoir, leur redistribution, leur diversification."

Du citoyen à l'Etat

Mais pas seulement. Car si l'on voit rouge, il ne faudrait pas que l'on broie du noir. Il est essentiel que la dénonciation ne se traduise pas en justice virtuelle populaire. La parole se libère. La souffrance se partage. Mais il est indispensable de passer à l'étape suivante. Du clavier et du #, cette vague doit mener aux tribunaux. La justice doit faire son travail et condamner les agresseurs et harceleurs. Ce n'est pas si simple: aider, accompagner, soutenir les victimes est un chemin de croix pour ne pas dire un calvaire. Il faut former la police, améliorer le suivi psychologique, et surtout faire évoluer les Lois (notamment les délais de prescription). Et cela ne suffira pas tant il est compliqué de "prouver" certains gestes, certains actes, tant nos sociétés et nos esprits sont imprégnés d'une culture patriarcale. Pas simple de passer du malsain au mâle sain.

La SACD a raison de rappeler que "le machisme, le sexisme et la violence ordinaire à l’encontre des femmes dépassent tous les clivages et traversent tous les secteurs professionnels et les milieux sociaux. Ils se déploient au cœur de notre société, dès l’école, dans l’univers professionnel et la sphère publique, dans les quartiers riches comme dans les cités sensibles, dans la rue comme dans l’intimité." Selon la société des auteurs, "La réponse ne peut être qu’éducative, politique et globale pour faire évoluer les mœurs et la société et mieux ancrer la lutte contre le sexisme et les agressions sexuelles au cœur de l’action publique."

En fait, la réponse est en chacun de nous. Nous ne devons plus être les témoins passifs de ce genre de comportements.

Une pétition pour soutenir le cinéaste Mohammad Rasoulof

Posté par vincy, le 16 octobre 2017

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, Prix Un Certain Regard Cannes 2017 pour son film Un homme intègre (sortie en salles le 6 décembre chez ARP Sélection), a été privé de sa liberté de circuler et de travailler comme nous vous en informions le 20 septembre dernier.

Une pétition a été lancée pour qu'il puisse à nouveau s'exprimer et circuler librement. Le distributeur français du film ARP Sélection a lancé cette pétition, qui cumule déjà 1860 signatures en quelques jours.

Rappelons que son passeport a été confisqué dès son arrivée à l’aéroport de Téhéran le 16 septembre dernier. Il a ensuite été soumis à un long interrogatoire par les Renseignements des Gardiens de la Révolution. "Les interrogatoires se poursuivront dans les semaines à venir. Deux chefs d’accusation lourds de conséquences pèsent contre lui, assortis de six années d’emprisonnement" signale le texte.

La Péniche cinéma menacée de couler

Posté par vincy, le 17 septembre 2017

La péniche Cinéma, soutenue par la maison du court métrage et Shorts TV entre autres, et la péniche Anako sont contraintes de quitter leur quai le 2 janvier 2018 dans le XIXe arrondissement de Paris, situé entre le MK2 Quai de Seine-Loire et le Parc de la Villette. Il y a au total neuf péniches associatives sur ces quais.

La décision est d'autant plus étrange que quatre emplacements supplémentaires ont été créés et que cette zone qui couvre le canal mais aussi le bassin de la Villette est de plus en plus axée sur les loisirs et la culture.

Cette décision est même inquiétante pour la place de la culture associative à Paris. Ces deux péniches installées ici depuis plus de dix ans vont devoir faire place à un projet d’agriculture urbaine avec restauration sur place, et une "péniche-bal" soutenue par le créateur de lieux culturels-festifs "bobos" comme La Rotonde, la Petite Halle de La Villette, les Dock B à Pantin et de la Bellevilloise. La Mairie a lancé l'appel d'offre en mars dernier et cèderait ses amarres pour dix ans en échange de fructueuses rémunérations.

Ce dimanche 17 septembre, une mobilisation conjointe entre les péniches était prévue. Une pétition pour la péniche Cinéma a déjà récolté plus de 10000 signatures, qui s'ajoutent aux 12000 signatures pour sauver la péniche Anako.

Après 10 ans d’exploitation axés sur le quartier, de contraintes administratives rocambolesques où on nous imposait de ne pas faire de bénéfices sous peine d’être virés, lisez donc dans les détails (cf. Marianne du 11 Août 2017 “La Mairie de Paris coule la culture “) ce qu’a décidé la Mairie de Paris : nous virer, nous et la Péniche Anako, au premier janvier 2018 pour mettre à notre place une antenne de La Bellevilloise et à l’emplacement d’Anako, une épicerie flottante appartenant au groupe Carrefour.
J’en appelle à ceux qui ont été diffusés sur ce bateau, y ont été produits, aux écoles de cinéma, aux réalisateurs (trices), aux comédiens (nes), aux Festivals passés par chez nous, à ceux qui sont nés ici et passent maintenant au Forum des Halles, à toutes les associations que nous avons soutenues et/ou reçues gracieusement, à vous Mme Goodall, grande primatologue venue nous rendre visite à plus de 80 ans, aux participants et organisateurs de la Ouishare Fest, du Festival Zéro Wast, aux abonnés du restaurant 100% produits frais que nous avions créé, aux clubbers, aux marié(e)s , aux pacsés, aux hétéros, aux homos, aux riverains, au quartier dans lequel nous vivons depuis 10 ans et où nous nous sentons chez nous.

En fait, le plus gênant dans cette histoire, c'est le changement des règles du jeu. Les péniches sur ces quais devaient être associatives, à but non lucratif. Actives culturellement, ces péniches parvenaient à créer des dizaines d'événements et accueillaient des artistes souvent snobés par les institutions. Désormais, elles sont ouvertes au privé, qui va chercher de la rentabilité, mais qui devront aussi reverser un pourcentage de leurs ventes à la Ville.

Le profit comme seul mobile

On s'étonne ainsi quand le maire socialiste du XIXe arrondissement, François Dagnaud, explique que les projets retenus doivent répondre aux critères suivants (dans Le canard enchainé): "Ouverture sur le quartier et participation aux initiatives locales, valorisation de la voie d'eau et viabilité du modèle économiques." Les deux péniches menacées semblaient répondre à ces critères, mais, sans doute jugées pas assez profitables (en même temps, ça leur était interdit).

La mairie n'a pour l'instant présenter aucune alternative. Des emplois sont menacés, aucun nouveau lieu d'amarrage n'est trouvé. Il reste à savoir si le Conseil de Paris va oser sabrer dans ces symboles culturels au nom du respect de la loi Sapin 2 qui oblige à mettre en concurrence les occupants du domaine public (rien ne les obligeait à changer les modes d'attribution en voulant faire du profit un critère indispensable).

Un recours devrait être déposé. L'affaire devrait se terminer au tribunal. Face à face, la marchandisation d'un espace public gentrifié et deux associations alternatives et populaires déterminées à rester à quai. Touchées mais pas coulées.

Edit : à noter qu'un appel à solidarité a été lancé par Frank Delrieu, responsable de l’association de la péniche cinéma. Il est disponible en ligne sur le site GoFundMe.

Primé à Venise, Ziad Doueiri sous la menace d’une condamnation au Liban

Posté par vincy, le 11 septembre 2017

Le réalisateur franco-libanais Ziad Doueiri, ancien assistant de Quentin Tarantino, vit sans doute son plus étrange week-end. Samedi soir, son dernier film, L'insulte, coproduit par Julie Gayet, a été distingué à Venise avec le prix d'interprétation masculine pour l'acteur palestinien Kamel El Basha. Il revient au Liban dimanche, auréolé de ce prix prestigieux pour le cinéma de son pays. Et en fait il est arrêté à l'aéroport...

Durant deux heures et demi, il est interrogé. On lui confisque ses passeports français et libanais. Ziad Doueiri apprend alors qu'il doit "comparaître [lundi] à neuf heures du matin devant un tribunal militaire pour une investigation concernant un chef d'accusation" qu'il ignore.

Selon le quotidien libanais L’Orient le jour, le réalisateur, après trois heures au tribunal militaire de Beyrouth ce lundi, a bénéficié d’un non-lieu: le juge en charge de l’affaire ayant estimé que les faits étaient prescrits.

Le réalisateur "était accusé d'avoir violé l'article 285 du code pénal libanais qui interdit toute visite en territoire ennemi sans autorisation préalable" des autorités libanaises, a précisé son avocat Najib Lyan au quotidien. Cela concernait son film L'attentat, récompensé à San Sebastian, Marrakech et Istanbul.

En effet, pendant qu'il était en Italie, des journalistes et militants libanais ont lancé une polémique, en réclamant de sa part des excuses pour avoir tourné en Israël une partie de L'attentat, son avant-dernier film. Pour certains, il s'agissait de trahison, d'autres l'accusaient d'acter une "normalisation" des relations avec le territoire voisin ennemi (les frontières entre les deux pays sont fermées). Le film avait d'ailleurs été interdit au Liban en 2013 à sa sortie, parce que le cinéaste avait tourné partiellement en Israël avec quelques acteurs israéliens.

"Les gens qui me combattent essaient d'empêcher la diffusion de mon nouveau film L'insulte. Mais j'ai été longuement interrogé et la justice a constaté que je n'avais aucune intention criminelle vis-à-vis de la cause palestinienne" a expliqué le réalisateur après sa matinée au Tribunal. Profondément blessé, il a ajouté: "Des membres de ma famille sont morts en défendant la cause palestinienne".

Délit d'entrée sur le territoire d'un pays ennemi

Cependant tout n'est pas terminé puisque le juge a expliqué qu'il était "possible que l'affaire soit déférée devant un tribunal militaire, pour un délit d'entrée sur le territoire d'un pays ennemi sans autorisation préalable". Un délit passible d'une peine d'emprisonnement d'au moins un an au regard du droit libanais.

La coproductrice Julie Gayet a réagit dans les colonnes du Figaro: "Nous sommes tous choqués et dénonçons cette absurdité, qui n'est qu'une intimidation. C'est un prétexte absurde et moyenâgeux qui fait surface la veille de la sortie de son film à Beyrouth. Tout ceci est complètement fou, surtout quand on sait que L'insulte est un film qui prône la discussion, la paix et l'importance de s'ouvrir." L'Union nationale des critiques de films (SNCCI), et la Semaine de la critique de Venise, apportant leur soutien au réalisateur, ont aussi évoqué un "inacceptable acte d’intimidation" et un "intolérable abus de pouvoir".

L'insulte doit être présenté en avant-première nationale mardi. Il doit être aussi présenté aux festivals de Telluride et Toronto. Il était jusqu'à présent le candidat officiel pour les Oscars 2018.

Venise 2017 : Abdellatif Kechiche, amours et marivaudage avec « Mektoub, my love »

Posté par kristofy, le 8 septembre 2017

C’était en mai 2013 : Abdellatif Kechiche gagne une Palme d’or au festival de Cannes avec La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2, d’ailleurs presque une triple palme puisque les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos remportent aussi chacune ce prix. Puis quelques semaines avant la sortie du film en octobre un curieuse polémique survient au travers d'une interview des actrices: Léa Seydoux aurait dit que le tournage a été horrible et qu’elle ne souhaitait pas refaire un film avec lui. Kechiche piqué dans son ego réplique en disant que Seydoux est une privilégiée d’un système, bref le genre de clash ridicule qui fait le sel des news sur le web, avide de répercuter une polémique. Sachant qu’il filme des longues prises à répétition et qu’il y avait du sexe et des larmes, c’est pourtant assez compréhensible d'imaginer que le tournage était peut-être pénible…

L’orgueil de Kéchiche qui ne supporte peu la critique à propos de son tournage (accompagné des protestations de techniciens…) est blessé. Il va même estimer le film sali, alors que personne n’a désavoué la qualité de cette Palme amplement méritée. Mais le mal est fait. Un seul César (pour Exarchopoulos): sa grande œuvre va se faire humilier à la cérémonie glorifiante du cinéma français par Les garçons et Guillaume à table!, pas vraiment du même niveau.

Mai 2017 : Le nouveau film de Abdellatif Kechiche ne sera pas sélectionné à Cannes, pour cause de problème juridique avec un partenaire financier. Le contrat était de livrer un film mais au final, le cinéaste décide en salle de montage d'en faire plusieurs.

Mektoub, my love (chant 1) vient donc d’être présenté en compétition à Venise.

Est-ce qu’il y a matière à une quelconque polémique? Non, comme pour le film précédent.

Est-ce que Abdellatif Kechiche a toujours le même défaut de parfois trop étirer des séquences sans couper et d’être toujours un excellent directeur d’acteurs ? Oui, le film dure 180 minutes (!) et il aurait sans doute gagné à être raccourci, peut-être d’une vingtaine de minutes. Mais il lui faut vraiment cette longue durée de trois heures pour dérouler toute son amplitude.

Les acteurs, et surtout les actrices, sont encore une fois formidables : en particulier les nouvelles têtes de Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Lou Luttiau, Alexia Chardard, et aussi les déjà connus Salim Kechiouche et Hafsia Herzi (leur deuxième film avec lui).

Est-ce que ce film peut prétendre à un Lion d’or où une autre récompense ? Oui, la fin ouverte de Mektoub, my love (chant 1) constitue bien un film entier et solide, sans suite. Une nouvelle fois Abdellatif Kechiche s’inspire d’un livre, La Blessure, la vraie de François Bégaudeau, qu’il a adapté très librement en changeant les âges, les lieux, l’époque.

Ici, le film débute en 1994 dans la ville de Sète le temps d’un été. Amine arrive de Paris pour des vacances avec sa famille, il surprend Ophélie et Tony en train de faire l’amour, il reste derrière une fenêtre à les regarder avant de sonner pour parler à Ophélie, après le départ de Tony. Alors qu’il y a éventuel projet de mariage avec un militaire, celle-ci avoue qu’elle le voit depuis longtemps. Puis Tony et Amine iront à la plage, ils draguent Charlotte et Céline. Celles-ci vont alors sortir avec eux et leurs amis, Charlotte s’amourache de Tony qui lui va de fille en fille, Céline papillonne entre plusieurs garçons et filles, Amine attire plusieurs filles sans rien faire car il semble aimer quelqu'un en secret… Le film se déroule principalement entre plage, restaurant et boite de nuit. A la bande de jeunes se mélange la génération précédente (mère, oncle, tante…). Abdellatif Kechiche reprend quelques motifs typiques de ses films précédents, par exemple une longue scène de sexe, certains corps sont filmés de manière érotisée (en particulier Ophélie Bau et Lou Luttiau). Comme souvent dans son cinéma, il filme aussi une très longue séquence où les jeunes dansent. Mektoub, my love (chant 1) se révèle être autant un marivaudage de dialogues et de corps qu’un épisode de la chronique d’une famille.

Abdellatif Kechiche laisse paraître une certaine sérénité pour ce nouveau chapitre de sa filmographie : "On a tourné 2 volets, et j’envisage de tourner une 3ème partie après Venise. Dans le prochain film des nœuds dramatiques noués dans celui-ci vont se dénouer. Je suis le producteur de mon film, c’est moi qui décide de sa durée. Mektoub c’est le destin, le destin est souvent lié à l’amour. A part Hafsia et Salim, pour les autres acteurs c’est leur première fois à l’écran. Il y a eu un long processus pour chercher les meilleures actrices pour ce film, et je suis fasciné par leur don. Le tournage a été agréable, fluide, léger. Pour ce qui est de la représentation du corps féminin il n’y a rien de machiste dans mon approche, je montre des femmes fortes, puissantes et libres. Le roman a été une source d’inspiration, et le processus d’écriture a duré très longtemps, j’ai changé des choses mais il n’y a rien d’autobiographique. Les années 90 représentent la fin d’un siècle, pour comprendre le présent c’est important de comprendre le passé. Dans les années 80 et 90 je crois que les gens vivaient de manière plus harmonieuse. J’ai essayé de diluer le discours, si discours il y a. Le film se déroule de manière impressionniste, je préfère qu’on reçoive ce film plutôt que le raisonner."