Mark Rylance, William Shakespeare et une sale odeur de pétrole

Posté par vincy, le 23 juin 2019

Le comédien britannique Mark Rylance (Le Pont des espions, Dunkerque, Ready Player One) va quitter la Royal Shakespeare Company. En soi, pas une nouvelle extraordinaire. Excepté qu'il le fait pour une raison politique: il refuse de joindre son nom à une troupe aussi prestigieuse soit-elle qui se vend au mécénat de la compagnie pétrolière BP (British Petroleum). Il jouait au sein de la RSC depuis plus de 37 ans. De 1995 à 2005, il a également été le directeur artistique du Shakespeare's Globe Theatre.

L'acteur - Prix Laurence Olivier Awards en 1994 pour Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare et en 2010 pour Jerusalem de Jez Butterworth, trois fois récompensé par les Tony Awards (Boeing Boeing, Jerusalem, La nuit des rois, toujours de Shakespeare), et meilleur acteur dans un second rôle pour Le Pont des espions de Steven Spielberg aux Oscars et aux Baftas - en a fait une cause engagée.

Engagé

"J'ai informé la Royal Shakespeare Company que je pensais devoir démissionner car je ne souhaite pas être associé à BP, comme je ne souhaiterais pas l'être à un marchand d'armes, un vendeur de tabac ou toute personne qui détruit délibérément la vie de personnes vivantes et à naître. William Shakespeare ne le voudrait pas non plus, je crois", écrit le comédien dans The Guardian.

Opposé de longue date à ce mécénat, et ne voyant pas la direction de la compagnie changer sa position, il a dramatisé la situation: "Je suis sûr que la RSC veut être du côté des jeunes qui changent le monde, pas des entreprises qui détruisent le monde".

La RSC voit là une mauvaise publicité et a répondu laconiquement qu'elle reconnaissait l'importance du débat face à l'urgence environnementale et climatique, qu'elle ne conteste pas (il manquerait plus que ça). Quant au mécène, il rappelle que ce soutien financier permet à 10000 jeunes d'acheter des billets à bas coûts.

BP et les autres compagnies pétrolières sont sous les feux des artistes et des militants environnementaux, qui critiquent leurs liens financiers avec des institutions culturelles alors qu'elles détruisent la planète. Tous réclament la fin de ces mécénats toxiques et anti-climatiques.

Crise à Téléfilm Canada: le cinéma québécois dans la tempête

Posté par vincy, le 22 mai 2019

Deux films canadiens sont en sélection officielle à Cannes cette année: Monia Chokri avec La femme de mon frère qui ouvrait Un certain regard et Xavier Dolan, avec Matthias et Maxime.

Licenciements sans justification: la mèche est allumée

Pourtant le 7 mai, une lettre envoyée G. Grant Machum, président par intérim du conseil d'administration de Téléfilm, rappelait: "Quelle ironie d'ailleurs que de penser que les représentants de Téléfilm Canada monteront bientôt les marches du Palais des Festivals à Cannes pour y découvrir Matthias et Maxime de Xavier Dolan, un film qui n'aurait pas vu le jour si l'équipe dirigée par Monsieur Michel Pradier [directeur du financement, ndlr] et de Madame Roxanne Girard [directrice des relations d’affaires et de la coproduction, ndlr]  n'avaient pas donné son aval au projet pour un financement anticipé sur l'année fiscale 2019-2020". Pradier et Girard sont deux des trois directeurs, avec Denis Pion, directeur de l’équipe information, performance et risque, de Téléfilm Canada récemment congédiés, sans justification.

Depuis quelques semaines, c'est la crise dans l'institution canadienne depuis ces licenciements alors que les problèmes de financement du volet francophone sont au cœur des préoccupations de la profession puisque l'édition 2019-2020 est compromise. Trop de fonds ont été exploités dans cette enveloppe pour finir l’exercice 2018-2019: autrement dit les caisses sont déjà vides pour le cinéma francophone. Michel Pradier avait annoncé le 17 avril dernier l’absence de fonds supplémentaires alloués cette année aux films francophones, sauf si on redistribuait l'argent en ponctionnant dans divers programmes de Téléfilm.

Une directrice qui n'a plus la confiance de la profession: le feu se propage

En congédiant ces trois personnalités estimées des producteurs, le signal envoyé a semé un vent de panique. La nouvelle directrice générale de Téléfilm, l’Ontarienne (province anglophone) Christa Dickenson, n'est à son poste que depuis un an. Les Québécois se sentent maltraités puisque depuis quelques temps, les aides de Téléfilm Canada sont réparties deux tiers-un tiers au profit des productions de langue anglaise, au lieu de moitié-moitié.

En quelques semaines, Christa Dickinson s'est vue complètement discréditée par la profession qui l'accuse de vouloir saboter le cinéma québécois.

"C’est non seulement la tête dirigeante de Téléfilm qui est décapitée, mais également sa mission et sa raison d’être qui sont mises en danger", affirment différentes associations : l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS), l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), Québec Cinéma, le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ), le Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec (RPICQ), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale, et l’Union des artistes (UDA).

Du côté de Téléfilm Canada, on assure qu'il est nécessaire d'opérer des changements dans le contexte actuel, en plein bouleversement. Mais le cinéma québécois est très dépendant des fonds de Téléfilm Canada et des aides de la Sodec. Le risque est devoir d'ici un à deux ans une chute de la production, et des emplois, au Québec. C'est un enjeu économique, culturel, et aussi linguistique puisque cela permet de défendre la langue française dans un marché dominé par les productions américaines.

Un ministre qui fait le pompier: la maison brûle

Les producteurs québécois avaient déjà interpellé cet hiver le ministre canadien du Patrimoine, Pablo Rodriguez, parce que plusieurs productions sont menacées faute de subventions. Outre le micmac politique, Odile Tremblay, du Devoir, pointait le mauvais timing de ce "remue-ménage", juste avant le Festival de Cannes (et le marché du film), essentiel pour lancer les projets de coproductions.

C'est d'ailleurs Pablo Rodriguez qui a réagit juste avant le Festival de Cannes en annonçant une aide exceptionnelle de 7,5 millions de dollars canadiens pour Téléfilm Canada, "pour atténuer les défis liés à l’allocation des fonds destinés aux productions francophones par Téléfilm Canada en 2019-2020."

Selon lui, "ça règle l’ensemble des besoin". "Pour nous, il n’était pas question que de bons films ne soient pas réalisés. C’est pour ça que ce nouvel investissement sera disponible dès cette année pour appuyer directement les projets en français" précise le ministre. Ce financement s'ajoute aux 2,5 millions de dollars canadiens disponibles pour des longs métrages en attente de financement, soit un total de "10 millions de dollars canadiens disponibles pour appuyer des productions de langue française en 2019-2020."

Il en a aussi profité, pour acheter la paix, en nommant deux nouveaux membres au conseil d'administration. Robert Spickler comme président, et Karen Horcher comme membre.

Dimanche 2 juin (eh oui, c’est bien tard !), le Gala Québec Cinéma célébrera les films de 2018 avec ses récompenses. On imagine l'ambiance qu'il y aura puisque désormais les professionnels se situent entre colère et indignation, même si les récentes annonces devraient calmer le jeu.

Cannes 2019 sans Netflix selon « Variety »

Posté par redaction, le 18 mars 2019

Ce sera la deuxième année consécutive sans productions Netflix au festival de Cannes. Selon les informations exclusives de Variety, Netflix n'aura aucun film en compétition ou hors-compétition sur la Croisette cette année. On savait déjà que The Irishman de Martin Scorsese ne serait sans doute pas prêt. Si l'information est juste, on peut désormais éliminer The Laudromat de Steven Soderbergh, le nouveau film de Noah Baumbach, The King de David Michôd et Uncut Gems des frères Safdie, pourtant en compétition il y a deux ans.

Aucune solution n'aurait été trouvée malgré d'intenses discussions depuis plusieurs mois. Netflix n'enverra donc que ses acheteurs au marché pour faire ses emplettes (et pourra quand même s'enorgueillir du logo cannois si la société achète les droits de distribution d'un film en sélection officielle). Les exploitants européens seront rassurés de constater que leurs revendications sont écoutées. La chronologie des médias ne sera pas entamée. Les seuls perdants restent les cinéphiles et les festivaliers. Le grand gagnant, éventuellement, sera Venise qui récupèrera les films potentiels, comme l'an dernier la Mostra avait sélectionné un certain Roma ou l'inédit d'Orson Welles, The Other Side of the Wind.

Après tout, ce n'est pas si important. Il y a suffisamment de prétendants pour Cannes, et l'an dernier, avec des films comme Une affaire de famille, Cold War, Capharnaüm, Burning et Blackkklansman, le Festival de Cannes a su trouver sa place aux Oscars comme dans les palmarès de fin d'année. Cannes sera surtout le seul grand festival à ne pas avoir de productions Netflix cette année puisque même Berlin a placé un film de la plateforme de streaming dans sa compétition cette année.

Les prétendants américains ne manquent pas

Mais, contrairement à l'année dernière, le festival de Cannes ne manquera pas de poids lourds américains, répondant ainsi indirectement à la critique entendue (et infondée selon nous vu la qualité de la sélection globale). Outre Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, quasiment sécurisé, on pourrait trouver les derniers films de James Gray, Jim Jarmusch, Richard Linklater, Ari Aster, James Mangold, Terrence Malick, Harmony Korine (pas en compétition puisque déjà présenté à SXSW), Kelly Reichardt, Ira Sachs ou encore Benh Zeitlin... On n'est pas non plus à l'abri d'une surprise comme Aladdin, Rocketman, Toy Story 4, Men in Black International en séances glam hors-compétition.

Cannes affichera un peu plus son statut de résistant dans une industrie qui cherche à distinguer la salle de cinéma au cinéma à la maison, malgré les milliards d'investissements que promettent Netflix, Amazon ou Apple pour des auteurs prestigieux, respectés, qui ne trouvent plus forcément de financement auprès des studios. Mais cannes reste une rampe de lancement incomparable pour un film d'auteur américain. Même sans Netflix au générique.

Couac aux César: Hirokazu Kore-eda « triste et contrarié » que son message n’ait pas été lu

Posté par vincy, le 25 février 2019

C'était l'un des moments embarrassants des César vendredi soir. La cérémonie, qui a attiré à peine1,6 million de téléspectateurs, a connu beaucoup de flottements, mais lors de la remise du césar du meilleur film étranger, le summum a été atteint. Et pour cause, après le dévoilement du lauréat - Une affaire de famille - personne n'est venu chercher la récompense et remercier les votants. Le JDD a révélé que le réalisateur Hirokazu Kore-eda était "très triste et contrarié". On le comprend. retenu à Los Angeles pour les Oscars, d'où il est reparti bredouille cette nuit, il avait transmis une lettre "au cas où".

Or personne n'a pris le temps de lire son message. "J'avais rédigé et confié un message à mon équipe française au cas où le film serait primé. Mais il semblerait qu'un petit couac ait empêché le message de vous parvenir et que personne n'ait été présent dans la salle pour recevoir le prix à ma place. Au nom de toute l'équipe du film, je présente mes plus sincères excuses à l'Académie des César pour cette impolitesse" explique-t-il au journal.

Le JDD s'est donc procuré le courrier du réalisateur, qui, malicieusement, espère être présent l'année prochaine avec son premier film français.

"Chers amis français, bonjour.

Si ce message vous parvient, c'est que mon film Une affaire de famille a reçu le César du meilleur film ­étranger. Merci infiniment.

Il se trouve que je vous écris ce message avant même de connaître les résultats car, à mon grand regret, je ne pourrai pas être présent parmi vous lors de la cérémonie du palmarès. Une affaire de famille a reçu un excellent accueil en France et je remercie les spectateurs français d'être allés si nombreux en salle pour le découvrir. Le parcours du film a brillamment démarré par une Palme d'or et je suis heureux de voir qu'il se conclut également de la plus heureuse des manières grâce à ce César. Je voudrais exprimer toute ma gratitude aux organisateurs du Festival de Cannes ainsi qu'au distributeur français du film, Le Pacte, et au vendeur international, Wild Bunch, qui ont accompagné la sortie française du film avec succès.

Je suis actuellement en train de finaliser le montage du dernier film que j'ai tourné entre octobre et décembre dernier. Le film mettra en scène Catherine Deneuve et Juliette Binoche dans une histoire de famille [La vérité, ndlr].

J'espère sincèrement que l'an prochain, je serai à nouveau nommé aux César avec ce film et que cette fois je pourrai être avec vous pour la cérémonie de remise des prix. Merci beaucoup."

Oscars 2019: Green Book sera-t-il victime de ses polémiques?

Posté par vincy, le 23 février 2019

Green Book est l'un des favoris pour l'Oscar du meilleur film cette année. Il a toutes ses chances: un sujet politique et consensuel, une comédie dramatique, le prix du public au festival de Toronto, le Golden Globe dans la catégorie musical ou comédie, le film de l'année pour l'American Film Institue et pour le National Board of Review, le meilleur film selon la Producers Guild of America, et un joli succès public aux Etats-Unis (67M$ soit déjà plus que La forme de l'eau, Oscar l'an dernier).

Il peut perdre aussi. Roma est qualitativement supérieur, mais une partie des votants pourraient ne pas vouloir donner l'Oscar pour un film Netflix. A Star is Born, Black Panther et Bohemian Rhapsody sont largement plus populaires. Blackkklansman et Vice sont plus politiques. La Favorite pourrait être aussi un concurrent surprenant, correspondant aux choix habituels de l'Académie.

Green Book a cependant du affronter plusieurs polémiques au fil des mois. Ce qui risque de le desservir. Une partie des critiques et des professionnels lui reprochent, pour raccourcir, son point de vue "blanc", à travers le regard du personnage joué par Viggo Mortensen, Tony Vallelonga. Le film est produit par le fils de Tony, Nick, personnalité controversée (pro-Trump et islamophobe, même s'il s'est excusé pour certains tweets). Ce qui entraîne une deuxième polémique: le consentement de la famille de Don Shirley, incarné par Mahershala Ali, qui n'a pas été impliquée dans le développement du film. Les deux personnages réels sont morts à quelques mois d'écart en 2013.

Trop blanc pour beaucoup, le film est aussi accusé d'un racisme anti-blancs, selon comment on le perçoit (et ses opinions). Certains critiques, y compris dans la presse branchée, ont vu dans cette histoire une glorification d'un personnage noir et un grand mépris pour le personnage blanc. A cela s'ajoute que, selon la famille, Donald Shirley ne voulait pas d'un film sur cette histoire (comme on va vous l'expliquer).

N word et autres mensonges

Cela aurait pu rester une politique de réseaux sociaux si, en pleine tournée promotionnelle, Viggo Mortensen n'avait pas utilisé l'infamant mot en N, plutôt que le correct afro-américain ou noir. Paradoxalement, le mot est utilisé dans des films comme Si Beale Street pouvait parler ou dans la pièce actuellement à Broadway, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, sans que cela créé de polémiques. Mortensen a du s'excuser et Ali a fait savoir officiellement qu'il acceptait ces excuses.

Mais les vannes étaient ouvertes. En décembre, alors que le film commençait à récolter plusieurs citations ou prix, la famille de Donald Shirley s'émeut publiquement d'avoir été mise à l'écart et reproche le manque d'authenticité de certains faits décrits dans la fiction. Le frère de Donald Shirley évoque même "une symphonie de mensonges". Selon la famille, Shirley n'était pas aussi seul, ni coupé de la communauté afro-américaine. Pire, ils accusent Vallelonga de révisionnisme, puisque selon eux les deux hommes n'avaient pas d'autres relations que professionnelles. Nulle amitié réelle donc.

Pourtant, dans le documentaire Lost Bohemia de Josef Astor, Donald Shirley dit le contraire, confiant sa pleine confiance envers son chauffeur. "Tony n'était pas seulement mon chauffeur. Nous n'avons jamais eu de relation employeur-employé. Nous étions liés par une amitié mutuelle." S'il a refusé de donner son accord au projet, c'était, apparemment, davantage par peur qu'on révèle son homosexualité, alors qu'il n'a jamais fait son outing.

Peter Farrelly, le réalisateur, explique également qu'il a tenté de joindre la famille avant le tournage. Mahershala Ali a préféré continuer de s'excuser en se disant désolé si sa participation au film dans le rôle de Shirley les a offensés. Le neveu du pianiste reconnaît que l'interprétation de l'acteur est remarquable mais ne reconnaît pas son oncle tel qu'il est dépeint dans le film. "Ils ont fait un succès commercial, un film populaire, mais dans ce process, ils ont distordu et réduit la vit d'un des deux personnages principaux."

A l'inverse, son producteur, ami et légataire testamentaire Michael Kappeyne, par ailleurs consultant pour le film, explique que le comédien, favori pour l'Oscar du meilleur second-rôle masculin, a su capter la complexité du musicien, "sa colère intérieure, son sens de la solitude, sa dignité intègre et son intérêt à aider les gens."

On le voit bien: selon les souvenirs des entourages, le regard change sur le film. Après tout, il est vendu comme une fiction inspirée de faits réels et non comme une biographie. Ce n'est pas un documentaire. Ce qui compte c'est la narration et l'émotion qui s'en dégage, en plus du message généreux qu'il comporte. Ce que l'on reproche au film, finalement, c'est d'avoir écrit un récit autour du chauffeur blanc alors que c'est l'employeur noir qui est dominant (ce qui donnerait envie d'un documentaire ou d'une fiction centrée sur la vie de Shirley).

Au moins, le film est véridique sur d'autres aspects du film (l'appartement de Shirley, sa tournée dans le sud, ses concerts devant les blancs, la correspondance du couple Vallelonga, l'arrestation du chauffeur et de son employeur, etc...).

L’Association Française des cinémas Art et Essai interpelle les réalisateurs pactisant avec le diable Netflix

Posté par redaction, le 22 février 2019

Dans une tribune parue dans Le Monde du samedi 23 février, François Aymé, Président de l’Association Française des cinémas Art et Essai, interpelle dans un long texte les frères Coen et Alfonso Cuaron, dont les récents films ont été diffusés sur Netflix, et absents des salles de cinéma, malgré leurs prix au Festival de Venise en septembre dernier.

Le conflit continue donc. Il souligne plusieurs craintes de la part des exploitants qui voient Netflix (et les plateformes de SVàD) et ses milliards d'euros d'investissements dans les contenus comme une menace à plusieurs visages. Celle de détourner les gens des salles au profit de leur salon. Celle de d'ôter aux salles de cinéma plusieurs films signés d'auteurs populaires. On pourrait rétorquer que Netflix & co ne sont pas les seuls concurrents au cinéma puisque le temps de loisirs, pas forcément extensible, et le pouvoir d'achat, pas plus croissant, contraignent de faire des choix, avec notamment la capacité du jeu vidéo (Fortnite en premier lieu cette année) à être chronophage et parfois coûteux. Qu'il n'y a pas forcément de salles de cinéma ou de diversité de films à proximité. Qu'une sortie au ciné coûte aussi très chère, ce qui amène souvent à une concentration du public sur quelques films qui "rassurent".

Toujours est-il que l'Afcae regrette "que cette longue relation de confiance et de mise en valeur de vos oeuvres sur grand écran, devant un public d’aficionados, s’arrête, comme ça, brutalement".

"Les temps changent, c’est tout, répondez-vous en substance dans de multiples entretiens. Oui mais la question est de savoir, dans quel sens et pourquoi ? Pour le bien des diffuseurs ? Des auteurs ? Du public ? Des oeuvres elles-mêmes ?" poursuit le texte.

L'Afcae souligne que les films, quand ils n'étaient pas exclusivement réservés à Netflix, avaient plusieurs vies - la salle, la VàD, le DVD, la télévision -, et plusieurs supports, du smartphone à Canal + en passant par l'ordi ou le grand écran. "Ce n’est pas vous qui vous adaptez au public mais l’inverse : le public doit s’adapter aux choix que vous avez faits : confier l’exclusivité durable de votre dernière œuvre à une plate-forme. Le choix que vous laissez à votre public, c’est : ou bien vous vous abonnez à Netflix et vous pouvez découvrir notre film sur un petit écran, ou bien vous ne le voyez pas. Ce n’est pas un choix, c’est une obligation, en tout cas pour vos fans" explique François Aymé, qui ajoute: "Cela s’appelle la privatisation d’une œuvre."

La tribune, sous forme de publicité dans Le Monde, souligne "que toutes les évolutions, adaptations, mutations du cinéma se sont faites dans le sens d’un progrès concret, technique, objectif : passage au parlant, à la couleur, au cinémascope, au Dolby, confort des salles… À chaque fois, il s’est agi d’améliorer la qualité du spectacle cinématographique et la valorisation des œuvres, quand bien même la diffusion décalée de cette œuvre se démultipliait au fil des ans sur d’autre supports."

Le constat est qu'il ne s'agit pas d'un "progrès" mais d'une "régression". "En faisant ce choix, vous assumez un double renoncement. Vous renoncez à la valorisation optimale et technique de votre œuvre sur un grand écran et via une chaine sonore qui restituent les subtilités, les nuances de votre travail. Et vous renoncez à la dimension collective de la découverte de votre œuvre. Vous renoncez au fait que votre film soit un spectacle public." Tout en ayant conscience que "le visionnement d’une œuvre cinématographique se fait très majoritairement sur un autre support que le grand écran, est-ce une raison valable pour s’en passer complètement ? Est-ce qu’un compositeur, un musicien, un chanteur renoncerait aux concerts sous prétexte que la plupart des gens écoutent ses oeuvres sur Youtube ou bien sur une plateforme dédiée ?" s'interroge François Aymé.

Mais le vrai problème est ailleurs. Si des auteurs aussi prestigieux que les Coen, Cuaron, Coixet, Bier, Michod, Scorsese vont chez Netflix (ou autres Apple, Amazon et cie), c'est parce qu'ils ne trouvent plus forcément le financement pour leurs films, à l'écart des blockbusters ou trop chers / audacieux pour la niche du cinéma art et essai. Cette crise du "cinéma du milieu" a déjà été constatée et expliquée en France. Aux Etats-Unis, le box office de ces films atteint rarement les 100M$ en salles (la moyenne étant plutôt autour de 40M$).

On ne sait rien (sauf en cas de record) du nombre de visionnages des films sur Netflix. La société californienne investit sur du prestige, comme un grand magasin a besoin de Louis Vuitton et Chanel pour séduire les clientèles haut-de-gamme. Ce n'est pas la France qui va résoudre ce problème. Mais, comme s'interroge le texte: "Est-ce que le fait d’avoir acheté un film mexicain en noir et blanc est le signe d’une stratégie volontariste de défense de la diversité qui ira au-delà des seules productions anglo-saxonnes ? Est-ce que Netflix (comme d’autres) envisage de respecter les règles de fiscalité des pays où il diffuse, contribuant ainsi à la vie commune d’un territoire dont il tire des profits ? Est-ce que Netflix est susceptible de produire ou d’acheter des films critiques envers l’Iran, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Arabie saoudite, la Turquie ? Si Netflix montre un vrai empressement à financer les films de grands auteurs confirmés, aura-t-il la même motivation à suivre des nouveaux talents [c'est le cas, ndlr] ? Continuera-t-il même à financer ces grands talents s’il atteint ses objectifs d’abonnés ? Est-ce que vraiment la contribution de Netflix à la production et/ou à la diffusion était indispensable à votre film ou bien s’agit-il d’un choix délibéré et assumé de votre part ?"

"Ainsi, confier votre film à Netflix, c’est non seulement renoncer à la possibilité offerte de voir vos titres en salles de manière collective, mais aussi apporter votre nom et, de ce fait, cautionner un opérateur puissant qui sait profiter d’un système et ne pas s’y conformer quand cela est contraire à ses intérêts. Comment jouer avec quelqu’un qui change les règles du jeu à son seul profit ? En tentant de lui faire respecter les règles ou bien en rejoignant son camp ? À chacun sa réponse."

Et bien malin celui qui a des certitudes aujourd'hui. Une chose est sûre: cette mutation des comportements et des technologies (qui bousculent le marché comme Uber a transformé le transport local véhiculé) n'a pas finit d'opposer défenseurs de l'art cinématographique partagé en salles et ceux qui plaident pour une démocratisation culturelle coûte que coûte. Ce glissement s'accompagne d'ailleurs du déclin de la cinéphilie et de la réduction de la place laissée à la critique. Le film devient un produit de consommation, qu'on consomme chez soi, plutôt qu'une aventure collective choisie qu'on partage avec les autres. Il ne s'agit pas forcément de les opposer. mais pour l'instant personne n'a la solution pour les faire coexister en paix.

« Grâce à Dieu » pourra sortir le 20 février dans les salles

Posté par vincy, le 18 février 2019

Grâce à Dieu de François Ozon, Grand prix du jury à Berlin samedi, a été autorisé par la justice à sortir en salles mercredi 20 février, selon les avocats de la défense.

Le réalisateur avait été assigné en référé par l’un des avocats du père Preynat, homme d'église suspecté d’avoir abusé d’enfants dans le diocèse de Lyon, pour obtenir un report de la sortie du film. Le prêtre est suspecté d’avoir abusé de dizaines de jeunes scouts dans les années 1980 et 1990 mais il n’a pas encore été jugé pour les faits qui lui sont reprochés (et filmés comme avérés dans Grâce à Dieu). La date du procès n'est pas encore connue et la présence de messages au début et à la fin du film rappelant l'absence de jugement "suffit à garantir" les droits des présumé innocents.

Selon le juge, "la demande de report n’était « pas proportionnée » à l’atteinte à la présomption d’innocence du père Preynat que pouvait représenter le film."

Quand François Ozon a commencé le tournage du film l'an dernier, tout le monde pouvait penser que le verdict tomberait avant sa sortie. Le litige est dans l'usage des vrais noms de trois présumés innocents. En effet, cette fiction basée sur des faits réels n'a pas modifié le nom de trois "accusés" le cardinal Barbarin, dont le jugement pour « non-dénonciation d’atteintes sexuelles » sera rendu le 7 mars par le tribunal correctionnel de Lyon, le père Preynat et Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon. Tous les autres noms ont été changés.

L'accusation avait demandé que le film sorte après le procès du père Preynat, ce qui retardait de plusieurs mois la sortie du film.

Celui-ci met en valeur le rôle de l’association La Parole libérée. C'est la construction des liens entre les victimes, de la constitution de cette communauté d'hommes abusés sexuellement qui est au cœur de Grâce à Dieu.

Le film devrait sortir dans plus 300 salles, distribué par Mars films.

Berlinale 2019: polémiques à cause de la présence de Netflix dans la sélection officielle

Posté par vincy, le 14 février 2019


Désormais, avec une petite musique, c'est un grand N qui s'affiche et non plus la marque au complet, Netflix. La plateforme a récemment fait son entrée parmi les studios en adhérant à la MPAA (Motion Picture Association of America), le puissant comité de censure américain, jusque là club réservé aux six grands studios américains : Paramount Pictures, Sony Pictures Entertainment, Twentieth Century Fox, Universal City Studios, Walt Disney Studios Motion Pictures et Warner Bros. Entertainment.

La MPAA régule la classification des œuvres (G, PG, PG-13, R-Rated, NC-17) et combat le piratage.

Netflix, un studio comme les autres? A Berlin, comme à Cannes et à Venise, la polémique a continué. Si on remarque que les journalistes font moins "bouh" à l'arrivée du logo (il y a même désormais des applaudissements), les exploitants allemands ont critiqué le Festival d'avoir sélectionné des films de la compagnie alors qu'elle se réserve toujours le droit de ne pas les montrer dans les salles de cinéma.

160 exploitants allemands ont adressé une lettre ouverte adressée à la direction de la Berlinale et à la ministre de la Culture, Monika Grütters, pour réclamer le retrait de la compétition du nouveau film d'Isabel Coixet, Elisa y Marcela. Mais personne ne s'est offusqué de la présence hors-compétition, dans le cadre des soirées "Galas" de celle d'un autre film Netflix: The Boy Who Harnessed the Wind (Le garçon qui dompta le vent), premier long métrage du comédien Chiwetel Ejiofor (déjà présenté à Sundance).

Le Festival a répliqué que Elisa y Marcela sortirait en salle en Espagne, ce qui ne contrevient pas au règlement du festival.

Le directeur artistique de la Berlinale, Dieter Kosslick, qui fait sa dernière année de mandat, a déclaré que les festivals internationaux devraient emprunter à l'avenir une position commune afin de savoir comment gérer les films de cinéma destinés aux plateformes. Venise a décerné son Lion d'or à un film Netflix (Roma, un des favoris pour l'Oscar du meilleur film). Cannes a du abandonner la sélection de films de la plateforme, puisque son règlement ne permet plus leur place dans la Compétition.

Il y a urgence à faire un choix. Non pas que les films de Netflix soient meilleurs que les autres. Mais la plateforme, qui revendique désormais rien qu'en France 5 millions d'abonnés, a signé quelques uns des prochains projets d'auteurs réputés et primés, à commencer par Martin Scorsese, David Michôd et Noah Baumbach. Netflix, acteur désormais incontournable, s'invite aussi sur les marchés en prenant les droits internationaux de films étrangers (dernier en date: Le chant du loup). Il va être difficile d'ignorer ces films en festivals, surtout quand ces festivals (à l'instar de Berlin) s'offre une sélection dédiée aux séries ... télévisées.

On a souvent regretté qu'en France la chronologie des médias (qui n'est clairement pas en faveur de Netflix, Amazon et Apple) empêche la distribution dans quelques salles d'un film comme Roma, qui méritait amplement une diffusion sur grand écran. Roma, comme d'autres films Netflix, ont pourtant pu être montré en salles durant une courte durée. A défaut de changer les règles, les festivals permettent au moins de profiter pleinement d'une projection grand écran.

La Berlinale a fait ce choix. Festival public plus que critique, il a projeté le nouveau film d'Isabel Coixet et celui de Chiwetel Ejiofor, tous deux inspirés d'une histoire vraie, dans de grandes salles.

Elisa y Marcela est le récit de deux femmes qui s'aiment dans l'Espagne conservatrice et catholique du début du XXe siècle. En noir et blanc, il raconte l'hostilité et l'homophobie qu'elles subissent, jusqu'à ce que l'une d'elles décide de se travestir en homme et de se marier avec sa compagne à l'église. Et ce plus d'un siècle avant la légalisation du mariage pour tous. Isabel Coixet rate complètement son sujet, en le dévitalisant et en frôlant le grotesque à certains moments. Ses bonnes intentions sont bousillées par un scénario répétitif et une mise en scène vaniteuse. Il n'empêche, on aura appris quelque chose : ce mariage lesbien n'a jamais été annulé par l'Eglise, ce qui en fait le premier mariage entre personnes du même sexe de l'histoire.

Netflix ou pas Netflix, ce film n'aurait jamais du être dans une compétition comme celle de Berlin, affaiblissant un peu plus la Berlinale cette année.

En revanche, Le garçon qui dompta le vent a fait forte impression aux spectateurs qui ont applaudit à la fin du film. A juste titre. S'il est très classique dans sa narration et ne révolutionne en rien la réalisation, le film s'avère très efficace et touchant. Entièrement tourné au Malawi, avec le réalisateur Chiwetel Ejiofor et Aïssa Maïga comme seules vedettes, cette histoire s'inspire d'un jeune garçon d'un village africain (aujourd'hui très diplômé y compris aux USA) qui va entreprendre la construction d'une éolienne pour apporter l'électricité à une pompe à eau permettant d'irriguer les champs infertiles pour cause de sècheresse. De l'écologie aux bons sentiments, en passant par les drames familiaux et les personnages réellement attachants, tout y est. Et c'est typiquement le film qui peut trouver son public en salles.

On pourra le voir chez soi, sur Netflix, à compter du 1er mars.

Berlinale 2019 : Grâce à Dieu de François Ozon, reconstitution sensible rattrapée par l’actualité

Posté par MpM, le 8 février 2019

Première entrée française de cette 69e Berlinale, Grâce à Dieu, le nouveau film de François Ozon aborde la question de la pédophilie dans l'Eglise en relatant l'histoire des victimes du prêtre Bernard Preynat accusé d'attouchements sexuels sur de jeunes scouts dans la région de Lyon. Le film, qui s'est fait en secret, arrive au moment-même où le cardinal Barbarin et Régine Maire, psychologue au service du diocèse, attendent le verdict du procès dans lequel ils sont accusés d'avoir couvert les agissements du prêtre, et avant même que le principal accusé n'ait été jugé. Un recours a d'ailleurs été déposé pour reporter la sortie du film, prévue le 20 février, afin qu'il ne soit pas sur les écrans avant la fin de la procédure judiciaire.

Et le film, dans tout ça ? On comprend que les accusés (qui bénéficient jusqu'au verdict de la présomption d'innocence) ne soient pas particulièrement ravis d'y apparaître sous leur véritable nom, sans le voile pudique de la fiction pure (d'autant que les victimes, elles, n'apparaissent pas sous leur véritable identité). La narration est en effet un mélange de reconstitution quasi documentaire et d'enquête minutieuse racontant comment le premier plaignant a porté plainte contre le prêtre Preynat après avoir tenté une conciliation avortée avec l'Eglise, puis comment d'autres victimes se sont jointes à son combat en montant l'association "la parole libérée".

La première partie du film consiste ainsi notamment en un échange épistolaire (lu en voix-off) entre Alexandre Guérin (Melvil Poupaud) et Régine Maire d'une part, et le cardinal Barbarin d'autre part. Les enjeux y sont clairement posés, entre le besoin qu'éprouve la victime de voir le responsable sanctionné et la volonté de la hiérarchie religieuse d'amener l'affaire sur le terrain du pardon et de la repentance. Ces allers et retours entre les deux "camps", par le biais des lettres et des rencontres, se font sans temps mort, dans une forme de sécheresse narrative qui laisse très peu de place pour la fiction. Du personnage principal, on ne saura que ce qui a rapport à l'affaire, toute digression étant bannie, ou laissée hors champ.

François Ozon dresse ainsi en creux le portrait de l'accusé (pas vraiment à son avantage) mais aussi de Barbarin et de son équipe, présentés comme les gardiens d'une énorme machine rigide et froide qui ne pense qu'à sa propre sauvegarde. Le film décortique alors la stratégie d'évitement du cardinal, ainsi que l'incompréhension agacée, dénuée du moindre tact, de ceux qui l'entourent : "Pourquoi toujours remuer ces vieilles histoires ?" s'exclame l'un des responsables du diocèse.

On suit ensuite successivement deux autres personnages (interprétés par Denis Ménochet et Swann Arlaud) ayant été abusés par le prêtre, qui poursuivent le travail commencé par Alexandre Gérin. Le premier se met en quête d'autres victimes, en créant l'association "la parole libérée", et le second s'engage dans le mouvement, y trouvant un moyen de reconstruire sa vie. Le film bascule plus clairement dans le format de l'enquête, sans céder pour autant aux sirènes du sensationnalisme. L'aspect très clinique de la première partie laisse place à une fiction plus classique, avec quelques scènes qui permettent d'en savoir plus sur les personnages, et notamment d'appréhender les traces laissées, dans leur vie d'adulte, par les abus subis dans leur enfance.

François Ozon propose ainsi un récit sensible et pudique (malgré des flashbacks répétitifs qui n'apportent pas grand chose au récit) sur une tragédie humaine qui est celle des victimes de Lyon, mais qui pourrait être plus largement celle de toutes les victimes d'abus sexuels. Toutefois, difficile de nier que le film se fait plus précisément à charge contre l'Eglise en tant qu'institution toute-puissante qui n'a pas été capable de prendre la mesure de ce qui se passait dans ses rangs, et contre tous ceux qui ont été, volontairement ou non, les complices des agissements du prélat.

Quitte, parfois, à flirter avec un certain didactisme dans son propos. D'autant que les témoignages proposés par le film, ainsi que le récit qui est fait des agissements du cardinal Barbarin ou de ses proches, n'amènent pas vraiment le spectateur à douter de leur culpabilité, ce qui pose un vrai problème éthique. Car si on ne peut reprocher au réalisateur d'avoir voulu raconter "sa" vérité, qui est celle des victimes, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la pertinence de laisser le verdict de fiction s'exprimer avant celui de la justice.

Chronologie des médias et Netflix: la France et l’Italie divergent sur la stratégie

Posté par vincy, le 15 novembre 2018

Le Festival de Venise n'en finit pas de déclencher des répercussions sur la chronologie des médias. Les différents prix, dont le Lion d'or, obtenus par les productions Netflix, ont contraint la plateforme de streaming à revoir sa stratégie de distribution afin de pouvoir concourir aux Oscars.

Un décret italien souple

Mais cette fois-ci c'est un pays qui change ses règles. Le ministre de la Culture italien Alberto Bonisoli vient de signer un décret pour les œuvres cinématographiques de nationalité italienne bouleversant la chronologie des médias. Le délai de la fenêtre d'exclusivité de la salle est actée à 105 jours. Après ces trois mois et demi, un film peut-être diffusé sur n'importe quel autre support. Il y aura une exception: 60 jours pour la diffusion sur un autre support pour les films distribués sur moins de 80 copies ou ceux ayant récolté moins de 50000 entrées en 21 jours. Si un film tient l'affiche seulement rois jours, il pourra être diffusé ailleurs dix jours plus tard: une clause visiblement faite pour Netflix qui souhaite distribuer en salles certains de ses films seulement pour pouvoir concourir aux prix nationaux comme les Oscars. Cette fois-ci, l'ANICA, le syndicat des distributeurs, s'est félicité de cet accord.

Rappelons que la crise a été provoquée lors du Festival de Venise avec la projection dans la section Orizzonti de Sulla mia pelle (Sur ma peau) d'Alession Cremonini, film directement concerné par ces nouvelles règles. Le film a été distribué simultanément dans les salles par Lucky Red et sur Netflix. Les exploitants se sont alors insurgés de la concurrence déloyale de Netflix d'un côté et de la vitrine offerte à Netflix par le Festival de l'autre. Le président de Lucky Red avait d'ailleurs démissionné de l'ANICA. Lucky red a aussi distribué un autre film Netflix, 22 July de Paul Greengrass, durant quelques jours. Et Netflix annonce une sortie en décembre dans quelques cinémas de Roma, d'Alfonso Cuaron, Lion d'or à Venise.

C'est la première fois que l'Italie légifère sur la chronologie des médias.

Canal + plutôt que Netflix

A l'inverse, en France, le récent accord, il y a une semaine, entre Canal + et les organismes du cinéma (Blic, Bloc et L'ARP) ont modifié la chronologie des médias, sans résoudre le problème Netflix. Ce nouveau texte, qui rend pérenne le financement du cinéma français par Canal +, modifie à la marge les fenêtres d'exclusivité.

Toutes les fenêtres de diffusion sont avancées: 6 à 8 mois pour Canal + (ou OCS) au lieu de 10 par exemple. Une chaîne gratuite pourra diffuser les films à partir de 19 ou 22 mois au lieu de 30. Un service de streaming comme Amazon ou Netflix devront attendre 28 ou 30 mois après la diffusion en salles, au lieu de 36 actuellement. Un comble si le film est produit par une plateforme de SVàD. Pour la vidéo et la vidéo à la demande, le délai est de 4 mois sauf pour les films ayant réalisé moins de 10000 entrées (3 mois après la sortie en salles). Il y a aussi quelques dérogations et exceptions, notamment pour les documentaires et les fictions au budget inférieur à 1,5M€.