Ron Howard aux commandes du spin-off sur Han Solo

Posté par vincy, le 22 juin 2017

Phil Lord et Chris Miller à peine virés du spin-off de l'univers Star Wars sur la jeunesse d'Han Solo, les producteurs ont misé sur une vieille valeur sûre d'Hollywood, Ron Howard.

La productrice Kathleen Kennedy a assumé l'un des clashs les plus retentissants de ces derniers mois en renvoyant les deux cinéastes en plein tournage du film, toujours prévu dans les salles en mai 2018.

Les "différences créatives" n'ont pas pu être résolues, alors que le film avait déjà bien amorcé sa phase de production. Auteurs de Tempête de boulettes géantes, 21 Jump Street (et sa suite) et de La Grande aventure Lego, ils ont insufflé un ton frais, décalé, parfois provocateur à des films qui ont su être largement rentables. On imagine qu'ils avaient été choisis pour ça: leur insolence et leur sens de l'ironie collaient parfaitement au personnage créé par Harrison Ford dans la trilogie originelle de George Lucas.

Malheureusement, l'alchimie n'a pas fonctionné entre la productrice issue de l'écurie Spielberg et les deux jeunes cinéastes. Les personnalités ne s'accordaient pas. Kathleen Kennedy ne comprenaient pas leur manière de réaliser le film, tout simplement. Et eux ne comprenaient pas pourquoi ils n'étaient pas libres de faire du cinéma comme à leur habitude, sans le contrôle permanent de la productrice.

C'est assez rare, en tout cas depuis que les cinéastes ne sont plus des employés de studios, qu'un réalisateur (et ici une paire de cinéastes même) soit viré en plein milieu du tournage.

Ron Howard a donc du pain sur la planche. La presse professionnelle s'inquiète de dépassements budgétaires (réécritures, scènes à refaire). Car, il reste plusieurs semaines de tournage, et quelques semaines devraient être ajoutées pour refaire des prises plus tard dans l'année. Et qui, au final, sera crédité au générique? Les réalisateurs initiaux ou / et le remplaçant? La décision pourrait revenir à la Director's Guild of America.

Ron Howard a déjà travaillé pour LucasFilm (Willow, 1988). Mais son dernier succès date de 2009... Aux commandes d'un film qu'il réalise sur commande, le réalisateur devrait être un simple chef de projet chargé de mettre en images le scénario de Lawrence Kasdan. Ce qui conviendra parfaitement à Kathleen Kennedy qui veut être seule à décider.

Dans ce film, Alden Ehrenreich incarne le personnage, jeune, créé par Harrison Ford il y a 40 ans. Donald Glover, Thandie Newton, Woody Harrelson, Michael K. Williams et Emilia Clarke complètent le casting.

Daily Cannes: Des proies et pas de régime

Posté par cynthia, le 24 mai 2017

Si mardi la croisette était en fête pour ses 70 ans, le Festival a repris sa compétition avec le film de la discorde: Les Proies de Coppola. L'attaque est un peu provocatrice car cette année, aucun film ne fait vraiment l'unanimité si on en croit les étoiles ou les émojis des critiques. Et puis on préfère la discorde sur un film comme celui-là qu'un gros ennui devant un autre ou un #WTF! à la fin du suivant.

La conférence de presse: Les Proies de Sofia Coppola

Comme le dit si bien l'un de nos twettos favoris: "Les français ont détesté et les anglais ont adoré..." A Ecran Noir nous devons être anglais (je le savais!), car nous avons plutôt apprécié ce drame sudiste signée Sofia Coppola. De mon côté, j'ai aussi adoré revoir Sofia et Kirsten (Dunst), ensemble de nouveau.

Depuis Virgin Suicides, présenté en 1999 à la Quinzaine, elles ont tourné Marie-Antoinette (en compétition à Cannes), elles sont incontestablement liées. "Sofia me demanderait de faire un film sur l'annuaire, je le ferais!" explique Kirsten Dunst à la conférence de presse du film.

Accessoirement nous avons une fois de plus bavé sur Colin Farrell... Deuxième film en compétition avec l'acteur (et deuxième film avec Kidman comme partenaire). On se retrouve un peu dans la peau du personnage d'Elle Fanning dans le film. "Mon personnage est obsédé par lui" confie l'actrice de The Neon Demon avec humour. On la comprend.

Focus: Kirsten Dunst

Parce qu'elle nous avait bien manquée, parce qu'elle s'est mise à pleurer sur le tapis rouge (émotion de remonter les marches), notre focus est consacré à la belle Américaine.

Chouchoute de l'Amérique dans les années 1990 et 2000, Kirsten Dunst a su allier les grosses productions telles que Spider-man (la version de Sam Raimi), Entretien avec un vampire (elle a eu son premier baiser avec Brad Pitt..., oui il y a pire) et les films d'auteurs comme Melancolia de Lars Van Trier. Habituée des marches cannoises, Kirsten Dunst a une nouvelle fois brillé au festival avec son mentor Sofia Coppola. Ingénue et religieuse dans le film Les Proies, l'actrice a su imposer son jeu entre la star montante et fraîche (Elle Fanning) et la diva de nouveau en vogue (Nicole Kidman).

Le poids des régimes

Elle a su aussi tenir tête à la cinéaste. De là est née la polémique autour de son poids. La réalisatrice souhaitait que son actrice fétiche perde du poids pour le film et l'actrice dernière refusa. Kirsten montre l'exemple, celui de ne pas satisfaire le diktat des tailles de guêpe. Si beaucoup de comédiennes se plaignent qu'à la moindre ride, les projets se raréfient, le problème du poids des actrices n'est jamais ouvertement abordé. Si elles ne sont pas dans les mensurations de mannequin, elles ne seraient bonnes que pour la comédie.

Or, on constate qu'hormis la jeune comédienne d'Okja et l'épouse de Rodin, quasiment toutes les actrices sont très minces, voire maigres. Et le constat est le même sur le tapis rouge...

Mais bon, tout ça pour dire qu'on ne voit pas quels kilos doit perdre Kirsten Dunst, en la regardant dans sa robe bleue sur les marches.

Le tweet du jour

Celui là il nous a fait sourire. C'est le tweet un peu méchant, un peu injuste. Mais quand on sort de 2h23 de film russe pas vraiment convaincant, après une semaine de projections, il donne envie de lire Voici. Le Monde diplo, désolé, mais nos cerveaux sont trop bouillis.

Daily Cannes: Netflix, Tilda, incident technique et polémiques

Posté par cynthia, le 19 mai 2017

Troisième jour sur la croisette, et alors que le week-end pointe son nez et que le soleil s'installe, Cannes continue de briller.

Le film événement de la journée est Okja de Bong Joon-Ho avec Tilda Swinton, Paul Dano, Lily Collins, Shirley Henderson et Jake Gyllenhaal entre autres. Produit par Netflix, le film du réalisateur de Snowpiercer a fait couler beaucoup d'encre sur la croisette. Tout d'abord, le film s'est fait huer tel un boucher sur un marché végétarien, non pas à cause de son contenu (le film est juste magnifique) mais à cause d'un gros souci technique pendant la projection de presse! Le Festival a du s'excuser. C'était la deuxième fois en deux jours que la séance du matin commençait avec beaucoup de retard (la veille, la lenteur de la sécurité avait contraint les organisateurs à projeter le film avec 15 minutes de retard). Pour rappel, le géant Netflix refuse de sortir le film en salle et prévoit de le mettre à la disposition des abonnés dès le 28 juin. ce qui provoque depuis un mois une polémique à la française.

La Conférence de presse du jour: Okja de Bong Joon-ho

"Nous ne sommes pas là pour remporter des prix!" s'est écriée Tilda Swinton lors de la conférence de presse. L'actrice et coproductrice du film s'est empressée de défendre la politique de Netflix, suivie par le reste de l'équipe.
"À Cannes, il y a de la place pour tout le monde!": Tilda Swinton annonce la couleur. Face à la polémique autour de Netflix, la conférence de presse était tournée sur le fait que vous verrez ce film sur vos petits écrans et pas sur les grands.

Un journaliste a démarré sur les chapeaux de roues en demandant quelles liberté la plateforme américaine avait laissé au réalisateur sud-coréen (et bim, let's go!). "Ils m'ont soutenu, c'était un budget très important et j'ai eu une liberté totale […] je pouvais mettre autant de sang que je voulais!"

Concernant le discours du président du jury, aka Almodovar, le réalisateur du controversé (malgré lui) Okja explique sa joie de savoir que Pedro Almodovar voit son film: "Je suis un très grand fan de son œuvre. Alors le fait qu'il parle de Okja, que ce soit en bien ou en mal, je suis très honoré!" Bong Joon-Ho a ajouté sur cette fameuse polémique que "Netflix a ses propres règles et que dès le début dans les négociations [...]" le réalisateur "a voulu qu'il soit présenté sur grand écran en Corée du Sud et également dans quelques pays et je remercie cette flexibilité de Netflix ainsi que le festival de Cannes d'accepter de montrer ce long-métrage."

La grande Tilda a ajouté qu'il 'y a "plein de films très beaux, très réussis qui ne sont jamais vus en salle, des milliers de productions projetées à Cannes, qui ne sont jamais vues sur un grand écran." Elle a ajouté que "Netflix a donné à Bong Joon-Ho la possibilité de faire en sorte que sa vision devienne réalité!".

Le focus du jour : Tilda Swinton

Du haut de son 1m79, cette actrice, productrice, artiste et ex-mannequin britannique a fait chavirer la croisette une nouvelle fois (elle faisait même partie du jury en 2015) ce vendredi soir. Elle a enflammé la Croisette. Loin des bimbos hollywoodiennes, Swinton a cette capacité qu'ont les grandes du septième art (Cate Blanchett ou Glenn Close) à se métamorphoser mentalement et physiquement pour un rôle. Véritable caméléon, Tilda excelle dans les rôles de bad woman, qu'on adore détester!! C'est en Cruella, dans un double-rôle, qu'elle épate dans Okja.

Le tweet du jour

Nous le devons à Films de lover qui nous rassure avec les supers films (sarcasme) qui nous attendent en salles le jour où les abonnés Netflix découvriront Okja. #OnRigole

Daily Cannes: Sécurité, Marion, Monica, Pedro et un tweet

Posté par cynthia, le 17 mai 2017

Des caméras partout, un système de sécurité renforcé, Cannes est non seulement sous le signe du soleil mais aussi sous le signe de la protection cette année. 10 mois après les attentats de Nice, la ville aux mille étoiles a fortement investi dans sa protection afin d’accueillir comme il se doit les célébrités et autres fans présents tous les ans sur la croisette.

Cette 70e édition du festival démarre sous surveillance et sous le signe du glamour avec Monica Bellucci qui préside les festivités en tant que maîtresse de cérémonie et l'équipe du nouvel Arnaud Desplechin qui illumine le premier tapis rouge.

La conférence de presse du jour: Les fantômes d' Ismaël d'Arnaud Desplechin.

L'équipe du film a illuminé le photocall et la conférence de presse. Si Marion brille, Charlotte Gainsbourg nous a scotchés dans sa tenue sublime mais "casual" ou comment l'actrice/chanteuse a su allier le naturel à la croisette. La star, c'est évidemment Marion Cotillard, qui, bonne joueuse est également admirative de Charlotte Gainsbourg. "Les actrices de ma génération sont toutes sous le charme de Charlotte Gainsbourg".
Côté boulot, l'ancienne Môme affirme ne pas avoir de méthode de travail et qu'elle a su interpréter son personnage en ayant appris sa respiration. Un peu psychédélique comme réponse. Connaître le corps pour pénétrer l'âme, jolie formule.
Lors de cette conférence, la question "femme" a été abordée: "J'ai rencontré plus d'hommes que de femmes dans ma carrière... J'aimerais bien que ça change d'ailleurs (rires) même si j'ai tourné avec des acteurs merveilleux, j'aimerais beaucoup tourner avec plus de femmes".

Focus: Marion Cotillard et Monica Bellucci

L'une est italienne, l'autre est française, chacune n'est plus à présenter et connaît Cannes par cœur. Ces deux brunettes arpentent la Croisette avec glamour depuis longtemps: Monica huit fois, Marion sept. Les deux actrices font limite parties du décor.
Maîtresse de cérémonie pour la seconde fois, Monica Bellucci confie à la télévision française que cette année nous allons beaucoup parler de femmes grâce aux 12 réalisatrices en sélection officielle en ajoutant que le réalisateur Almodovar, président du jury est "un amoureux des femmes". Vous l'aurez compris, la femme est à l'honneur cette année (et tant mieux).
L'actrice italienne confie même son attachement en tant que professionnelle à Cannes: "Mon parcours cinématographique ne serait pas le même sans Cannes."
Côté Cotillard: elle confie la pression qu'elle ressent à chaque fois qu'elle monte les marches: "J'ai trouvé mes marques dans l'exercice du red carpet comme on l'appelle, mais à Cannes c'est particulier...à chaque fois j'ai le trac."

Deux films en moins pour la Palme d'or?

"Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d'or ou un autre prix à un film ne puisse pas être vu en salles" a déclaré Pedro Almodovar lors de la conférence de presse du jury, pointant du doigt The Meyerowitz Stories de l'Américain Noah Baumbach et Okja du Sud-Coréen Bong Joon-Ho, tous deux en compétition et qui ne sont prévus que pour une diffusion sur Netflix. Le cinéaste a ajouté: "Tout ça ne signifie pas que je ne suis pas ouvert aux nouvelles technologies ou à tout ce que ces technologies nous apportent". "A mon sens, ce qui est déterminant lorsqu'on voit un film pour la première fois, c'est la taille de l'écran: la taille ne devrait pas être plus petite que la chaise sur laquelle vous êtes assis. Il faut vraiment avoir le sentiment d'être humble et petit par rapport au grand écran". Il épaissit la couche en précisant:"La seule solution est que les nouvelles plateformes acceptent les règles en place (...) et notamment aussi toutes les règles financières ou fiscales".

L'instant tweet

Parce que sur Twitter on trouve des perles rares, on a décidé en ce 70e festival de Cannes de vous faire partager un tweet pertinent, drôle (ou les deux) par jour.

Aujourd'hui c'est @CliveTwo qui mélange politique et cinéma en taclant Manuel Walls et son extrême dévotion à vouloir être partout.

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Cannes 2017: deux versions des « Fantômes d’Ismaël »

Posté par vincy, le 17 mai 2017

Les Fantômes d’Ismaël est le film d'ouverture du Festival de Cannes. Il sort simultanément en salles en France. Etrangement, le film d'Arnaud Desplechin sort dans deux versions. L'une, officielle, présentée à Cannes et dans les cinémas, qui dure 1h54. L'autre de 2h10 qui sera distribué dans une dizaine de salles françaises, dont le cinéma du Panthéon à Paris, qui appartient au producteur, Why Not, et à l'étranger (même si le distributeur américain n'a pas encore choisi quelle version il diffusera). Sans aucun doute, on découvrira cette version allongée en DVD/VàD/Blue Ray.

C'est étrange car Arnaud Desplechin n'a jamais mégoté sur la durée de ses films, qui peuvent s'étirer de 2h15 à 3h. Et quand on voit la durée des blockbusters hollywoodiens, souvent au dessus des 2h voire des 2h30, on ne peut pas dire que le nombre de minutes cause un échec populaire.

C'est aussi étrange parce que les deux versions sont assumées par le réalisateur. La "version longue" donnerait des clefs aux nombreuses intrigues du film, et notamment au film dans le film (avec Louis Garrel). Il y a déjà eu des précédents, y compris à Cannes avec Grace de Monaco.

Arnaud Desplechin a confié que c'était une proposition de son producteur. Pour lui il n'y a pas deux films, mais une version originale, la plus logue, et une version en salles, l'une plus intellectuelle, l'autre plus sentimentale.

Cannes 2017: Okja et The Meyerowitz Stories en compétition malgré tout

Posté par redaction, le 10 mai 2017

Cannes remet les pendules à l'heure. The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach et Okja de Bong Joon-ho seront bien projetés en compétition, malgré leur absence de sorties en salles.

Le communiqué du Festival met les point sur les "i". "Une rumeur a récemment couru sur une possible exclusion de la Sélection officielle des films réalisés par Noah Baumbach et Bong Joon Ho, films largement financés par la société Netflix. Le Festival de Cannes tient à redire que, comme il l’a annoncé le 13 avril dernier, ces deux films seront bien présentés en Sélection officielle et en compétition."

Conscient de l'inquiétude suscitée par l’absence de sortie en France de ces films en salles (lire aussi notre article du 15 avril), le Festival de Cannes rappelle avoir "demandé en vain à Netflix d’accepter que ces deux films puissent rencontrer les spectateurs des salles françaises et pas uniquement ses seuls abonnés. De fait, il déplore qu’aucun accord n’ait pu être trouvé."

Nouveaux venus, nouvelles règles

Mais, à juste titre, Cannes s'enorgueillit "d’accueillir un nouvel opérateur ayant décidé d’investir dans le cinéma mais veut redire tout son soutien au mode d’exploitation traditionnel du cinéma en France et dans le monde."

Cela induit quand même un changement profond pour les années à venir puisque, "après consultation de ses administrateurs, le Festival de Cannes a décidé d’adapter son règlement à cette situation jusque-là inédite : dorénavant, tout film qui souhaitera concourir en compétition à Cannes devra préalablement s’engager à être distribué dans les salles françaises. Cette disposition nouvelle s’appliquera dès l’édition 2018 du Festival International du Film de Cannes."

Cannes 2017: Netflix en compétition, ça ne plaît pas à tout le monde…

Posté par vincy, le 15 avril 2017

Ce n'est pas une surprise. Est-ce une polémique? Toujours est-il que la sélection en compétition du 70e Festival de Cannes de deux films qui seront diffusés sur Netflix provoquent des grincements de dents.

The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach a été acquis par Netflix en tant que simple diffuseur il y a une semaine, avant le dévoilement de la sélection. Okja de Bong Joon-ho est une production Netflix et prévu dès le départ un produit 5 étoiles (Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal au casting) pour la plateforme en SVOD.

Respect des règles

La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) a envoyé un communiqué pour exprimer son inquiétude. "Si les salles de cinémas ne remettent pas en cause la liberté de programmation du premier festival de cinéma du monde, ni le fait que de nouveaux acteurs internationaux viennent légitimement, comme Amazon, contribuer au développement et au financement du cinéma, elles contestent ce choix qui a été fait sans concertation", déclare la FNCF. En fait, à travers cette remarque, la Fédération s'interroge sur la fameuse chronologie des médias: "Si des films du Festival de Cannes contrevenaient à la réglementation en vigueur sur la chronologie des médias, par exemple en étant diffusés sur Internet simultanément à une sortie en salle, ils seraient passibles de sanctions par le CNC ! Et qu’en sera-t-il demain, si des films du Festival de Cannes ne sortaient pas en salle, remettant ainsi en cause leur nature d’œuvre cinématographique ?".

La fédération enfonce le clou avec l'argument juridico-fiscal: "Netflix, qui vient de fermer ses bureaux en France, montre qu’il contourne depuis plusieurs années la réglementation française et les règles fiscales (TVA et TSA). Ces règles fondent le cycle vertueux et le financement d’un écosystème exemplaire pour le cinéma dans notre pays, qui permet aujourd’hui à la plupart des films français et étrangers de la sélection officielle d’exister".

Autrement dit, Netflix ne joue pas le jeu, et ne respecte aucune règle du système français, qu'il soit légal ou financier. Ce que réclame la FNCF est simple: la garantie que The Meyerowitz Stories et Okja sortent bien en salles en France, avant leur diffusion sur Netflix.

Chronologie des médias, saison 20

Cette interpellation est légitime, mais nous semble mal posée. Cette chronologie des médias, dont la directive célèbre ses 20 ans, pose problème depuis quelques années avec le surgissement de la SVOD, de la VàD et du piratage. Le modèle actuel semble déjà dépassé. D'ailleurs, le Festival de Cannes sélectionne chaque années des films qui n'ont pas l'assurance de sorties en salle (et n'ont même pas de distributeurs au moment de leur sélection voire de leur projection cannoise). Et certains de ces films connaissent des sorties en salle si réduites qu'on peut se demander si une diffusion simultanée en SVOD ou en prime-time sur Arte ne serait pas plus profitable (on ne dit pas que c'est mieux, car l'expérience d'une salle de cinéma reste irremplaçable pour voir un film). Enfin, il est arrivé par le passé que des films produits par la télévision soient en sélection officielle. Prenons trois exemples.

Elephant de Gus Van Sant, Palme d'or en 2003, était un film produit par HBO. Sans sa Palme, d'ailleurs, il ne serait jamais sorti en salles aux Etats-Unis, visant ainsi, en vain, les Oscars. Ma vie avec Liberace, de Steven Soderbergh, est aussi un téléfilm coproduit par HBO. Présenté en compétition, le téléfilm avait bien un distributeur en France (ARP) mais n'est jamais sorti sur les grands écrans américains : la chaîne payante HBO l'a même diffusé sur le petit écran américain quelques jours après sa projection cannoise. Enfin, Carlos, d'Olivier Assayas, qui avait déclenché une polémique similaire à celle d'aujourd'hui.

Initialement prévu pour la télévision, le film, sélectionné hors-compétition, était produite par Canal +, et a été présenté dans sa version intégrale, en trois parties, tout en étant diffusé simultanément sur la chaîne cryptée (fin mai/début juin). Le film sera vendu sous une version cinématographique dans les autres pays. Et finalement, cette version raccourcie à 2h45 est sortie le 7 juillet en France, dans une centaine de salles, distribué par MK2. Cette solution était d'autant plus baroque que le DVD était disponible juste après sa diffusion télé début juin. "Bizarre chronologie des médias" écrivait-on à l'époque.

Un débat sain

Par conséquent, la polémique Netflix du jour n'est qu'une nouvelle petite secousse sismique dont on a déjà ressenti les premiers effets au début des années 2000. Le Festival de Cannes a d'ailleurs une vertu sur ce registre: en anoblissant des films produits pour la télévision, il les conduit généralement dans les salles de cinéma.

La FNCF souhaite avoir les garanties que les deux films Netflix sortent en salle en France. Au nom de l'exception culturelle. Ce n'est qu'une stratégie défensive. Cela ne résoudra rien au problème de fond: dès lors que des plateformes comme Netflix entrent dans la production de films signés de grands cinéastes, il faudra sans doute revoir notre façon d'aborder la chronologie des médias et la définition même d'un film de cinéma.

Les deux films seront diffusés sur Netflix en 2017 pour les abonnés de la plate-forme dans les pays où le service est disponible. Cela touche 93 millions de personnes dans le monde. Si pour Okja, une sortie en salles n’est pas exclue, qu'en est-il de The Meyerowitz Stories? Et cela ne concernerait-il que la France, ou des pays comme la Corée du sud (pour Okja) et les Etats-Unis (pour que Meyerowitz vise les Oscars)? Ce genre de débats en tout cas n'a jamais lieu dans les autres festivals...

D'autant, Netflix ne cache pas vouloir proposer ses films simultanément en salles et en ligne. Là il s'agit d'instaurer un dialogue équitable entre la plateforme américaine qui veut faire plier un écosystème (gaulois) et un pays qui refuse le diktat d'une transnationale. Cette "uberisation" a un impact certain puisque ce ne sont pas seulement les films "Netflix" qui sont en jeu. En court-circuitant les salles qui pourraient diffuser les deux films sélectionnés à Cannes, ce ne sont pas les grands groupes de distribution qui sont menacés mais bien les exploitants indépendants, bien plus dépendant de ce genre de films, qui seraient ainsi un peu plus fragilisés.

Dans un échange de tweets passionnant entre Jean Labadie (Le Pacte) et Vincent Maraval (Wild Bunch, qui avait déjà expérimenté la projection cannoise en off d'un film qui sortait en VàD), on constate que le dialogue semble dans l'impasse. Pourtant c'est bien un autre débat qu'ils soulèvent, l'un en défendant l'exploitation et la distribution, l'autre en privilégiant la création (les deux n'étant pas incompatibles). Dans cette histoire, ce qui est en jeu c'est davantage la liberté d'accès au cinéma. La démocratisation, est-ce le fait que tous pourront voir les films dans une salle de cinéma près de chez soi ou que tous les films pourront être vus, chez soi ou en salle, par le plus grand nombre?

A la tête de Fidélité productions, Marc Missionnier préfère y voir une ouverture avec ces films et séries prévus pour le petit format. Une ouverture "en grand".

Cannes 70: Cachez ces seins qu’il ne faudrait pas voir!

Posté par vincy, le 4 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-44. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Simone Silva Robert Mitchum © WikipediaSi aujourd'hui, on s'offusque de voir une magnifique Claudia Cardinale retouchée sur l'affiche du 70e Festival de Cannes, imaginez ce qui est arrivé quand, en 1954, l'actrice Simone Silva fit scandale durant le Festival de Cannes en étant photographiée "topless".

C'était l'époque des starlettes: en 1953, le cinéma avait créé Brigitte Bardot sur la Croisette, avant la déferlante des comédiennes italiennes.  C'était aussi les prémices de la Révolution sexuelle et du féminisme. En 1954, deux événements littéraires majeurs ont acté la naissance de l'émancipation du corps de la femme. D'abord, en juin, la parution du sulfureux et sado-masochiste Histoire d'O de Pauline Rage, édité par Jean-Jacques Pauvert (qui sera jugé deux ans plus tard pour avoir osé publié les œuvres du Marquis de Sade). Ensuite, la remise du Prix Goncourt à la théoricienne du féminisme, Simone de Beauvoir, pour Les Mandarins, cinq ans après son essai fondamental Le deuxième sexe.

En 1954, la France n'a pas encore découvert le naturisme ou les couvertures du magazine Lui. Playboy vient juste de naître outre-Atlantique.

Sur la Croisette cannoise, tout juste élue Miss Festival, l'actrice britannique Simone Silva, 26 ans alors, née en Egypte de parents franco-italiens, fait sensation. Pas loin, Robert Mitchum pique-nique en public aux îles de Lérins. La jeune femme laisse tomber son soutien-gorge dévoilant ainsi son opulente poitrine, tout en cachant ses seins avec ses mains. La voyant mitraillée par les photographes, le "bad boy" d'Hollywood, Mitchum, en bon gentleman qui se respecte et pas dégonflé, joue avec ses paluches autour de ces seins...

Soyons honnêtes: les médias et les photographes ont adoré capter ce moment libertin et ludique, pour ne pas dire "libéré" des carcans puritains. Le Festival a moins apprécié, terrifié par cette publicité considérée comme vulgaire et indigne de sa réputation.

mitchum silva cannes 1954

Car au départ, c'est bien un scandale diplomatique qui se profile à cause de ces seins nus. On est aussi en pleine guerre froide. L’Amérique crie au scandale et demande le boycott du Grand Bob (qui tournera quand même l'un de ses chefs d'œuvre l'année suivante: La nuit du chasseur). Le Festival oblige Simone Silva à quitter Cannes. Sous la pression de l'opinion publique aux Etats-Unis (rappelons qu'on ne montre toujours pas un téton aujourd'hui à la télévision américaine), la délégation américaine suit le mouvement et abandonne le soleil de la Côte d'Azur. Robert Favre Le Bret, alors délégué général du Festival, part négocier pour convaincre les Américains de rester en compétition. Par sanction contre Cannes, "synonyme de débauche", Grace Kelly ne participera pas au Festival. Tant qu'il y aura des hommes de Fred Ziinneman repartira quand même avec un prix spécial.

Le destin de Simone Silva fut tragique par la suite. Elle venait chercher à Cannes une notoriété. L'actrice a cru pouvoir aller travailler à Hollywood. Une fois son visa rejeté, elle revient au Royaume Uni, mais sa carrière ne décolle pas et on la retrouve morte chez elle trois années plus tard. Simone Silva a payé lourdement son audace et sa naïveté.

La justice s'empare du topless

Mais on peut la remercier d'avoir provoqué un déclic, avant l'heure. Car dix ans plus tard, à Saint-Tropez, les femmes commencent à faire du "topless" sur la plage: le monokini arrive dans les rayons et facilite le dévoilement de la partie haute du corps. En juillet, un restaurateur a d'ailleurs demandé à Claudine, une jeune fille du coin, de jouer au ping-pong les seins découverts. Les photographes sont là encore ravis. Mais il faut savoir que des maires ont signé des arrêtés pour interdire cette pratique (ça vous rappelle une autre polémique plus récente?). Le restaurateur et Claudine ont été condamnés en septembre. Non pas à cause du monokini de la jeune femme mais parce qu'elle s'était exhibée contre une rétribution, dans un but publicitaire, et dans le cadre d'une mise en scène planifiée. Autrement dit, la Justice n'a pas condamné les seins nus de la "délinquante" (qui sera finalement relaxée après une longue querelle juridique) mais la manipulation des masses par une image "osée": "Le spectacle de la nudité n'a rien qui puisse outrager une pudeur normale même délicate s'il ne s'accompagne pas de l'exhibition des parties sexuelles, ou d'attitudes ou gestes lascifs ou obscènes." Victoire pour les nénés!

Les seins nus sur les plages vont accompagner le mouvement d'émancipation des femmes, affirmant leur corps, s'affranchissant du passé et des hommes. Dix ans plus tard, les maires autorisent officiellement les femmes à ne porter qu'une culotte sur les plages, aux yeux du public. Et aujourd'hui ça ne choque quasiment plus personne. Les Tartuffe ont perdu la guerre que Simone Silva avait déclenché il y a 63 ans.

Edito: La belle Emma et les bêtes

Posté par redaction, le 9 mars 2017

La Belle et la bête version Disney n'avait, a priori, aucune raison de faire l'objet d'un édito: film grand public, consensuel, adapté d'un dessin animé aussi familial que séduisant, loin de la version de jean Cocteau (malgré ses multiples références). Franchement, il n'y avait pas de quoi s'énerver.

Perversité

Et pourtant. La Russie a interdit le film aux moins de 16 ans. La raison est simple: pour la première fois, Disney a inséré - les fourbes! - un personnage gay! Alerte! La semaine dernière, Vitali Milonov, un député ouvertement homophobe, il ne s'en cache pas, avait même réclamé l'interdiction pure et simple du film parce qu'il fait la "propagande flagrante et éhontée du péché et des relations sexuelles perverses." Question propagande, y compris à travers le cinéma, la Russie est experte. Mais là on a envie de rire. Evidemment, il n'y a aucune relation sexuelle dans La Belle et la Bête. Il y a en revanche un personnage, LeFou, l'homme à tout faire de Gaston, qui est ouvertement homosexuel.
Le seul idiot dans cette histoire, qui n'aurait pas déplu à Fiodor Dostoïevski, est bien ce Milonov. C'est un bon récidiviste puisqu'il est à l'origine de la loi adoptée en 2013 condamnant pénalement toute "propagande" homosexuelle devant mineurs. Il veut protéger les enfants et les jeunes de ces "impuretés" occidentales.

Pour la même raison, un cinéma en plein-air de l'Alabama, a retiré de décidé de déprogrammer le film. Depuis, le cinéma a reçu des multiples plaintes et a du fermer sa page Facebook.
Cacher ce réel que je ne saurai voir...

Mais si ce n'était que ça. L'actrice principale du film, Emma Watson, féministe revendiquée, prosélyte de la lecture, a aussi été prise au cœur d'une autre polémique. Motif? Elle est en couverture du prestigieux Vanity Fair, édition US, avec un simple gilet blanc ouvert sur sa poitrine, dévoilant une partie de ses seins. Très belles photos, by the way.

On peut voir des footballeurs torse nu à heure de grande écoute, on peut constater que Tom Cruise ou Zac Efron exhibent leurs abdos sans complexe, mais une femme qui expose ses "boobs" resterait choquant... Au choix, on pourrait croire que c'est un problème freudien avec la mère ou que cela découle d'une vision patriarcale ou gynophobe, en tout cas inégalitaire et rétrograde, qui contraint le corps de la femme à n'être qu'un objet érotique.

Sois belle et tais-toi

Même pas! Ce sont des féministes qui ont hurlé. Sur Twit­ter la journaliste britannique Julia Hart­ley Brewer a ouver­te­ment critiqué la comédienne en résumant sa pensée: "Emma Watson : Fémi­nisme, fémi­nis­me… Écarts sala­riaux, pourquoi, oh pourquoi ne suis-je pas prise au sérieux… Fémi­nis­me… Oh, et puis tiens voilà mes seins." Manière de dire que Watson n'était pas crédible pour parler de l'inégalité hommes-femmes parce qu'elle ose poser en montrant une partie de ses seins. Les réseaux sociaux se sont emballés en critiquant l'ex-Hermione de jouer de son sex-appeal. Une femme n'a pas le droit d'être attirante pour être crédible sur des combats égalitaires.

Watson a répondu sur la BBC: "Tout ça révèle à quel point il y a des idées fausses concer­nant le fémi­nisme". "Le fémi­nisme, c'est donner aux femmes le choix, ce n'est pas un bâton avec lequel il faut battre les femmes. C'est la liberté, la libé­ra­tion, l'égalité. Je ne vois vrai­ment pas ce que mes seins ont à voir là-dedans, c'est vrai­ment dérou­tant" a-t-elle déploré. "Ils disent que je ne peux pas être féministe et avoir des seins": il y a une contradiction en effet dans les propos des accusateurs. C'est d'autant plus paradoxal que le féminisme, soit l'émancipation et la libération de la femme en vue d'avoir les mêmes droits que les hommes, s'est notamment illustré par le "topless". Les femmes, à partir des années 1960 et jusqu'aux Femen, ont exposé leurs seins, sur les plages ou ailleurs, pour revendiquer et assumer leur corps, et le droit de l'utiliser librement.

Sortir de l'ombre

On aurait envie de rappeler à tous ces "bêtes", politiques ou médiatiques, russes, britanniques ou autres, ce que la jeune Emma Watson avait dit à la tribune de l'ONU il y a deux ans et demi quand elle liait l'éducation à l'égalité: "L’expérience universitaire doit dire aux femmes qu’elles ont une valeur intellectuelle, et pas que ça : qu’elles ont leur place dans les hautes sphères. Elle doit montrer que la sécurité des femmes, des minorités et de chaque personne qui peut être vulnérable est un droit et non un privilège." Emma Watson invitait même les "féministes introverti(e)s" à sortir de l'ombre - "si ce n’est pas vous, qui agira ? Si ce n’est pas maintenant, quand impulserons-nous le changement ?".

C'est exactement l'un des thèmes du film Les Figures de l'ombre qui sort en salles cette semaine: des femmes noires qui doivent s'imposer dans un système d'hommes blancs. C'est d'ailleurs par leur savoir, elles sont de brillantes mathématiciennes, qu'elles vont insuffler ce fameux changement, et conquérir leurs droits. Il est toujours anormal, et nous en parlons régulièrement dans nos articles, qu'une femme, à métier égal, gagne moins d'argent qu'un homme.

Pureté, puritanisme, pourquoi pas épurés? C'est la même racine. Ces attaques contre la liberté des femmes, des gays, des minorités ethniques (il faut avoir lu certains commentaires sur Moonlight après sa victoire aux Oscars) montrent que les soi-disant vertueux sont finalement ceux qui veulent vicier nos esprits. Le cinéma, comme tous les arts, doit continuer de leur résister et à nous montrer qu'on peut aimer et s'aimer librement, sans qu'on nous juge ou qu'on nous dicte le bon chemin. Pour le coup, on choisit la belle et LeFou que ces bêtes d'un autre temps.

Oscars 2017: La La Land, Moonlight, deux enveloppes et un addict aux tweets

Posté par cynthia, le 1 mars 2017

Dans la nuit de dimanche à lundi, le plus grand malaise de l'histoire des Oscars a eu lieu au Dolby Theater. Non ce n'est pas Jennifer Lawrence qui s'est encore cassée la figure, c'est bien pire: ils ont annoncé le mauvais gagnant. Alors si vous vivez dans une grotte et que vous n'avez pas vu cet accident industriel, on vous rappelle les faits.

Le pataquès sur scène devant les caméras

La cérémonie touche à sa fin lorsque Faye Dunaway et Warren Beatty, le duo de Bonnie & Clyde (ça finissait mal d'ailleurs ce film) sont appelés à annoncer le grand gagnant, soit l'Oscar du meilleur film. Silence dans la salle, Warren ouvre l'enveloppe, semble mal à l'aise, regarde son amie, regarde l'enveloppe, regarde de nouveau son amie qui termine par lui lancer un "Non mais vas-y" avant d'hésiter (deux fois), de regarder le papier de la discorde puis l'actrice à ses côtés. N'en pouvant plus, Faye lui arrache l'enveloppe, mot devenu très tendance, et annonce le titre du film qu'elle voit: "La La Land!" Damien Chazelle sert dans ses bras avec fougue sa petite copine, toute l'équipe saute de joie et monte sur scène. Les producteurs Jordan Horowitz, Fred Berger, Marc Platt remercient tout le monde. Mais soudainement, alors qu'il discute avec Ryan Gosling, Horowitz déboule devant le micro. Il a entendu quelque chose et balance dans la confusion la plus totale: "Les gars, il y a eu une erreur! Moonlight c'est vous qui avez gagné ! Ce n'est pas une blague !" Alors que tout le monde s'attend à ce qu'il découpe son Oscar tel Adele avec son Grammy, afin de le partager avec l'équipe de Moonlight, le producteur de La La Land arrache la nouvelle enveloppe que l'on vient de donner à Warren Beatty pour montrer à la caméra et à l'assistance que c'est bien le film de Barry Jenkins qui est marqué sur le carton... Le temps que l'équipe de La La Land se mette en retrait, que Jimmy Kimmel intervienne un peu hagard, que Warren Beatty explique sa confusion, et que l'équipe de Moonlight monte sur scène et reçoive ces applaudissements: le mal était fait.

Choc dans l'assemblée nous avons eu le droit aux meilleures réactions de l'histoire du septième art, entre Ryan Gosling qui pouffe de rire sur scène (on adore), l'équipe de Moonlight où chacun se maintien la poitrine, Dwayne Johnson qui lève tellement son sourcil que ce dernier s'est réfugié en son crâne, Casey Affleck aussi mal à l'aise que lorsqu'il a été accusé d'agressions sexuelles ou encore Michelle Williams et Meryl Streep la bouche bloquée dans un "WHAT"! En 89 ans, c'était une première. Tout a foiré.

Pendant ce temps, dans les coulisses...

Dans les coulisses, Jimmy Kimmel prépare sa sortie avec Matt Damon. Il est tranquille mais l'acteur lui dit qu'il a entendu le régisseur parler d'erreur sur le gagnant. Kimmel ne comprend pas tout de suite, de son propre aveu, et son ami Damon le pousse à aller sur scène pour calmer l'effervescence.

Damien Chazelle sert dans ses bras le réalisateur de Moonlight (mais quel homme ce Damien) avant de s'éclipser, le regard sombre, avec son équipe de la scène. Warren Beatty s'excuse en expliquant qu'il avait la précédente enveloppe dans les mains (Oscar à Emma Stone pour LA LA LAND) et non celle qu'il devait avoir. Or, Emma Stone (grande fan de Moonlight), lors de son interview en backstage, explique qu'elle était très excitée pour Moonlight "car c'est le meilleur film de tous les temps" et qu'elle s'est mise sur le côté tout en tenant dans ses mains le carton où était inscrit son nom. "J'étais ultra-excitée pour Moonlight et je tenais la carte avec mon nom en tant que meilleure actrice tout ce temps! Je n'ai pas envie de commencer une histoire ou quoique ce soit mais je veux juste préciser que j'avais cette carte dans les mains! Du coup je ne sais pas ce qui s'est passé et j'ai vraiment eu envie de vous en parler en premier!"

Donc, DOUX JESUS que s'est-il passé? Un complot afin de discréditer le film hollywoodien par excellence que tout le monde voyait gagner? Miles Teller aurait-il jeter un sort à Damien Chazelle après avoir été évincé du projet La La Land?

Selon d'autres rumeurs et même si Emma Stone affirme avec force qu'elle avait son carton, l'un des responsables des enveloppes, Brian Cullinan, à ce poste depuis 4 ans, était plus occupé à tweeter des photos avec les lauréats (qu'il a retiré par la suite, comme par hasard) qu'à surveiller le bon échange des papiers sacrés. Quand on vous dit que les réseaux sociaux sont un fléau! Mais désormais on en a la preuve: Variety a réussit à obtenir des photos de Brian Cullinan en coulisses durant toute cette séquence.

Le distrait

En fait il y a deux piles d'enveloppes : pour chacune des catégories, il y a deux cartons si vous préférez. L'une à la gauche de la scène, l'autre à la droite. Selon par où entrent les remettants. Le rigoureux cabinet PwC, en charge de l'opération "enveloppe", ne s'était jamais trompé pourtant en 83 ans. C'est arrivé ce soir là. Quelqu'un, distrait par son narcissisme, a confondu de pile. Mais immédiatement, Cullinan et sa collègue Martha Ruiz, qui connaissent par cœur la liste des vainqueurs, comprennent qu'il y a une erreur. Martha Ruiz ouvre alors l'enveloppe de sa pile pour vérifier que c'est normalement Moonlight le gagnant. Et Cullinan a alors prévenu toute la production. Cela a quand même pris deux minutes entre La La Land de Dunaway et Moonlight de Horowitz.

Avec ce scandale, soit le moment le plus dingue de toute l'histoire de l'académie, les Oscars ont réussi à faire parler d'eux alors que c'est le film le moins coûteux de l'histoire de la récompense qui a été primé. PwC a évidemment pris l'entière responsabilité de son erreur. Cela a empêché Jimmy Kimmel de faire son épilogue avec Matt Damon. En revanche, les internautes ont très vite détourné ce moment, de M. Night Shyamalan qui avoue avoir écrit la fin de cette cérémonie, à Kimmel qui confesse qu'un tel final ne s'était jamais vu à la TV depuis l'épilogue de Lost, en passant par ceux qui ont parodié le carton.

L'académie s'est excusée. Une enquête est en cours. Des têtes vont tomber. Pendant ce temps, on peut dire que la victoire de Moonlight a été un peu volée (le temps des discours a été fortement réduit) et que le triomphe de La La Land a été amoché.