Jean-Pierre Marielle nous quitte (1932-2019)

Posté par vincy, le 24 avril 2019

Le comédien Jean-Pierre Marielle est décédé mercredi à l'âge de 87 ans, a annoncé dans la soirée sa famille à l'AFP. Il était l'un des mousquetaires de la bande du conservatoire qui comprenait Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort, Annie Girardot, son amie de toujours, Bruno Cremer, Claude Rich, Françoise Fabian, Pierre Vernier et Michel Beaune. Belmondo, Fabian et Vernier sont aujourd'hui les derniers survivants.

[Portrait] Jean-Pierre Marielle: Un homme heureux

Né le 12 avril 1932, Jean-Pierre Marielle venait de fêter ses 87 ans. On a en tête son regard plein de malice, sa voix grave et chaude, caverneuse, un sourire charmeur qui pouvait se muer en rire tonitruant, sa silhouette de grand dandy, entre virilité et vulnérabilité qui lui ont permis d'incarner des rôles très différents, de la farce au drame, des navets aux grands films. "Certains trouvent que j'ai une tête d'acteur. Moi pas. J'ai une tête de rien. Au fond, c'est peut-être le mieux pour être comédien, une tête de rien pour tout jouer" écrivait l'acteur dans son autobiographie. Il avait ses humeurs, il était taciturne, il jouait de son physique, à la fois grand et moyen, comme de son mystère, son secret comme de ses colères et de ses angoisses.

S'il a été évincé de la Nouvelle Vague, la maturité l'a aidé à trouver de grands rôles par la suite. Sept fois nommé aux Césars (et toujours snobé) entre 1976 et 2008, deux fois primé par le Syndicat de la critique, Molière du meilleur comédien, Prix Lumières d'honneur, Marielle était éminemment populaire, tout en étant respectable. Trop souvent résumé à une grande gueule du cinéma français, ce fils d'industriel et de couturière, a très tôt attrapé le virus des planches, dès le lycée.

Après le Conservatoire - 2e prix de comédie - et les petits théâtre, il opte pour le cabaret, avec un certain Guy Bedos. Au cinéma, les rôles sont décevants. Il faudra qu'il attende la trentaine, alors que Belmondo triomphe déjà dans les salles. Si au cinéma, c'est plutôt un drame qui le révèle (Climats, 1962, avec Marina Vlady), c'est bien dans la comédie qu'il va exceller.

Dans les années 1960, il enchaîne Faites sauter la banque ! de Jean Girault, Week-end à Zuydcoote de Henri Verneuil, Monnaie de singe d'Yves Robert, Tendre Voyou de Jean Becker, Toutes folles de lui de Norbert Carbonnaux, Les Femmes de Jean Aurel. Mais c'est Philippe de Broca qui va le mieux exploiter son excentricité. Après Un monsieur de compagnie en 1964, il incarne un dragueur un peu beauf et frimeur, play-boy proche du ridicule, dans Le Diable par la queue.

Les années 1970 seront plus passionnantes pour le comédien, passant de la noblesse au père de famille libidineux, d'un homme en quête de bonheur à un père protecteur, d'ogre à policier, en passant par un double rôle de proxénète et de militaire. Il devient une tête d'affiche et aligne les grands noms du cinéma français dans sa filmographie, même du côté des oubliables (de Audiard à Mocky).

Les Caprices de Marie de Philippe de Broca, Quatre mouches de velours gris de Dario Argento, Sans mobile apparent de Philippe Labro, Que la fête commence de Bertrand Tavernier, Dupont Lajoie d'Yves Boisset, Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria, film iconique de sa carrière... Il tourne trois fois chez Claude Berri (Le pistonné, Sex-shop, Un moment d'égarement). Et fait la rencontre de Bertrand Blier (Calmos, 1976).

En revoyant certaines scènes, la palette de ses rôles (et des métiers qu'il a incarné), on se rend compte qu'il était immense, capable de jouer le misérable comme l'aristocrate, le Français sympathique avec un béret ou celui plus rigide dans son uniforme. Il pouvait être dépressif ou humaniste, hypocrite ou déjanté, jouant pour jouer et donnant ses lettres de noblesses au jeu plutôt qu'au je.

Marielle a eu des flops, mais avec son double rôle dans Coup de torchon de Bertrand Tavernier, les succès de Signes extérieurs de richesse de Jacques Monnet et Hold-up de Alexandre Arcady, sa sensibilité dans Quelques jours avec moi de Claude Sautet, son charisme en nanti déprimé dans Tenue de soirée de Bertrand Blier, il survole les années 1980 sans trop de maux.

Il apprécie les films de groupes: ainsi, il retrouve en 1990 Claude Berri pour Uranus, s'amuse dans Les Grands Ducs de Patrice Leconte, s'intègre dans Une pour toutes de Claude Lelouch et se joue lui-même dans Les Acteurs de Bertrand Blier. Avec ce dernier, il touche au cœur dans Un, deux, trois, soleil. Il fait aussi un pas de côté avec Max et Jérémie de Claire Devers. Noiret, Rochefort sont toujours autour. Il croise aussi Depardieu, Auteuil, Cassel. Il passe de Parillaud à Paradis, de Bonnaire à Sagnier, d'une génération à l'autre.

Mais son grand film restera à jamais Tous les matins du monde d'Alain Corneau, où il interprète un compositeur mutique du XVIIe siècle, Monsieur de Sainte-Colombe, connu pour son austérité et sa sévérité. Le film attire plus de 2 millions de spectateurs en France et la BOF de Jordi Savall est un phénomène cette année là.

Depuis 4 ans, Jean-Pierre Marielle ne tourne plus. Les années 2000 n'auront pourtant pas été moins éclectiques. La Petite Lili de Claude Miller, Demain on déménage de Chantal Akerman, Les Âmes grises d'Yves Angelo, Da Vinci Code de Ron Howard (soit son plus gros succès au box office mondial), qui ouvre Cannes en 2006, Faut que ça danse ! de Noémie Lvovsky, Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet et les voix d'Auguste Gusteau dans Ratatouille en VF et celle du vilain dans Phantom Boy en 2015, dernier générique où il est crédité.

On l'a aussi vu dans le deuxième épisode de Capitaine Marleau et surtout au théâtre, son lieu qu'il n'a jamais abandonné. Il y a joué Molière, Ionesco, Ustinov, Giraudoux, Feydeau, Pirandello, Pinter, Stoppard, Anouilh, Tchekhov, Claudel, Guitry et y a lu la correspondance de Groucho Marx des Marx Brothers. Amoureux de jazz et de poésie, il avait toujours une musique en tête, un air ou des mots.

Sacré carrière. Pourtant, dans son livre, Le grand n'importe quoi (2010), il disait "vouloir vivre entre deux mondes, et de préférence plutôt du côté de la rêverie, ce qui est assez contradictoire avec toute velléité de carrière, c'est-à-dire de travail. " Ce qu'il cherchait c'était la rencontre. Même s'il nuançait. "Je prends beaucoup de plaisir à la conversation et n'aime rien tant qu'on me foute la paix : je suis un misanthrope mondain, un solitaire bavard" écrivait-il. Comme Marielle aimait le dire, "La communication silencieuse est un idéal." Alors silence.

50 ans déjà: François Dorléac en 7 films

Posté par vincy, le 26 juin 2017

Elle était gracieuse, pouvait être mélancolique ou joyeuse, pétillante ou séductrice. Françoise Dorléac, sœur de Catherine Deneuve, aurait eu 75 ans cette année. Elle est morte tragiquement dans un accident de voiture le 26 juin 1967, il y a 50 ans.

Sa carrière fut brève. Elle a commencé à tourné en 1960. Michel Deville, René Clair, Edouard Molinaro, Philippe de Broca, François Truffaut, Roger Vadim, Roman Polanski, Jacques Demy, Ken Russell... Françoise Dorléac a joué des drames, des mélos, des comédies, des films d'aventures. Elle était sollicitée à l'internationale avant que son destin ne soit foudroyé.

En guise d'hommage pour cette comédienne que nous adorons, nous avons sélectionné 7 de ses 16 films. Par ordre chronologique.

Arsène Lupin contre Arsène Lupin (1962), d'Edouard Molinaro, avec Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel.

L'homme de Rio (1964), de Philippe de Broca, avec Jean-Paul Belmondo et Jean Servais.

La peau douce (1964) de François Truffaut, avec Jean Desailly et Nelly Benedetti.

La chasse à l'homme (1964), d'Edouard Molinaro, avec Jean-Claude Brialy.

Cul-de-Sac (1965), de Roman Polanski, avec Doland Pleasance et Jacqueline Bisset.

Les demoiselles de Rochefort (1967), de Jacques Demy, avec Catherine Deneuve et Gene Kelly.

Un cerveau d'un milliard de dollars (1967), de Ken Russell, avec Michael Caine.

Roger Dumas (1932-2016), de L’Homme de Rio à Capitaine Flam en passant par Johnny et Gabin

Posté par vincy, le 3 juillet 2016

Difficile de faire plus "variété" que Roger Dumas, éternel second-rôle du cinéma français, saltimbanque assumé, troubadour méconnu et finalement artiste intégral. Né le 9 mai 1932 au fin fond de l'Ardèche, département sans train, il est décédé à Paris à l'âge de 84 ans samedi 2 juillet.

Difficile de résumer sa carrière prolifique. Au théâtre, il a été sur les planches durant 60 ans, interprétant du Sam Shepard, le Monte Cristo d'Alexandre Dumas, du Harold Pinter, du Samuel Benchetrit (empochant un Molière au passage), et même "Hysteria" mise en scène par John Malkovich, et écrivant même une pièce en 2010," A propos de Martin". Sa dernière apparition fut dans L'Etudiante et Monsieur Henri il y a quatre ans.

Au cinéma, après quelques figurations, notamment dans un Arsène Lupin, chez Hossein et chez Cayatte, il se fait remarquer dans Rue des prairies, en 1959, aux côtés de Jean Gabin. Les années 1960 lui seront profitables. Avec son bagout de chansonnier, sa sensibilité perceptible et son physique passe-partout, on le retrouve dans le délirant Pouic-Pouic, avec Louis De Funès et Jacqueline Maillan, en copain de régiment de Belmondo dans L'homme de Rio (avec la réplique finale fabuleuse, "Quelle aventure!"), dans quelques Chabrol mineurs (Le tigre aime la chair fraiche et Le tigre se parfume à la dynamite), le culte Caroline chérie.

Acteur éclectique

Il reste dans la comédie dans les années 1970 avec Tendre poulet de Philippe de Broca (Girardot, Noiret), en inspecteur sérieux mais drôle. Retrouve Bébel dans Le Marginal de Jacques Deray. Se glisse dans le casting prestigieux de Fort Saganne d'Alain Corneau (Depardieu, Deneuve, Marceau). Reviens à la comédie avec Edouard Molinaro, Claude Zidi, retourne chez De Broca (Chouans!) et chez Chabrol (Masques). Bizarrement, c'est à la fin des années 1980 que Dumas change de registre avec Enki Bilal (Bunker Palace Hotel, Tykho Moon), Olivier Assayas (Une nouvelle vie, Les destinées sentimentales), Roger Hanin (Soleil), Claude Berri (Ensemble, c'est tout), Yasmina Benguigui (Inch'Allah dimanche), Samuel Benchetrit (J'ai toujours rêvé d'être un gangster), Rémi Bezançon (le grand père dans Le premier jour du reste de ta vie), Radu Mihaileanu (Le concert) ou encore Safy Nebbou (L'autre Dumas). Le grand public l'aura surtout vu en Maître Valoche dans le deuxième opus des Visiteurs.

Il n'appartenait à aucune église, aucune chapelle. Solide, il a donné la réplique à toutes les stars françaises à travers les époques, de Sophia Loren à Jean-Louis Trintignant, de Huppert à Tautou en passant par Béart ou Mélanie Laurent. Cet homme réputé sympathique  et gentil, discret et éclectique, aimait jouer. Pour le petit écran, il a été invité dans différentes séries ("Un village français", "Les cinq dernières minutes", "Navarro", "Commissaire Moulin", "Vénus et Apollon",...) et  joué dans Les Misérables et Le Comte de Monte-Cristo de Josée Dayan, qui l'a régulièrement enrôlé dans ses téléfilms.

Parolier prolifique


Il avait également joué régulièrement à la télévision, notamment dans des séries ("Les Cinq dernières minutes", "Navarro", "Julie Lescaut", "Un village français") ou des téléfilms de Josée Dayan ("Les Misérables", "Le Clan des Lanzac").

Mais c'est peut-être sa carrière de paroliers qu'il faut souligner. Il a écrit des chansons pour Dani, Richard Anthony, Patachou, Carlos, Marie Laforêt, mais surtout Johnny Hallyday ("Deux amis pour un amour"), Sylvie Vartan ("Comme un garçon" entre autres) et Chantal Goya. Oui, c'est à ce grand monsieur de la scène, ce comédien capable d'être généreux, inquiétant, empathique, que l'on doit des dizaines de chansons pour enfant. Et surtout c'est à cause de lui qu'on connaît tous ces paroles...

Coup de coeur pour Vanessa Paradis au Festival de Namur

Posté par vincy, le 11 septembre 2015

Le Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) fêtera sa 30ème édition du 2 au 9 octobre 2015. Pour cette édition anniversaire, le FIFF offre son Coup de cœur à Vanessa Paradis, pour ses (presque) 30 ans de carrière. La coïncidence est heureuse. Et le choix plutôt pertinent pour une artiste sans frontières, en musique comme en cinéma.

Vanessa Paradis sera présente à Namur les jeudi 8 et vendredi 9 octobre. Le Festival lui a demandé de choisir trois films de sa propre filmographie ainsi qu’un long métrage francophone qu’elle aime tout particulièrement : La fille sur le Pont de Patrice Leconte, Café de Flore de Jean-Marc Vallée, L’arnacoeur de feu Pascal Chaumeil et, pour son coup de cœur personnel, l'exquise comédie de Philippe de Broca, Le Diable par la queue, avec Yves Montand, Marthe Keller et Jean-Pierre Marielle.

Enfin, le Festival organisera une rencontre publique avec l'actrice-chanteuse-compositrice, le vendredi 9 octobre à 14h30 au cinéma Eldorado.

De "Joe le taxi" à "Love Song", avec six albums studios (et 5 live) Paradis a cumulé 10 disques de Platine et 4 disques d'or en France. Elle a remporté 7 Victoires de a musique dont trois dans la catégorie meilleure interprète féminine. Côté cinéma, depuis Noce blanche en 1989, qui lui a fait décroché un César du meilleur espoir féminin, elle a tourné une quinzaine de longs métrages dont six ont dépassé le million d'entrées (L'Arnacoeur et Elisa en tête avec respectivement 3,8 millions et 2,5 millions de spectateurs). En tant que comédienne elle a reçu le Prix Romy Schneider, un Genie Award canadien de la meilleure actrice, un Prix Jutra québécois de la meilleure actrice et a été nominée au César de la meilleure actrice pour La fille sur le pont. Sa carrière assez iconoclaste lui ont permit de jouer dans des comédies, des films déjantés, des drames sombres et des polars.

Le festival a déjà annoncé une partie de sa programmation: Préjudice d’Antoine Cuypers en ouverture, Aferim! de Radu Jude, La vanité de Lionel Baier, L'oeil du cyclone de Sékou Traoré, Much Loved de Nabil Ayouch, Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore, Paul à Québec de François Bouvier, Un début prometteur d’Emma Luchini (France/Belgique), ou encore Black d’Abil El Arbi & Billal Fallah.

Acteur, scénariste et dialoguiste de génie, Daniel Boulanger nous quitte

Posté par vincy, le 28 octobre 2014

daniel boulanger à bout de souffle godardL'écrivain et scénariste Daniel Boulanger est décédé hier soir à 92 ans. Prix Goncourt de la nouvelle pour "Fouette Cocher!", Prix de l'Académie française pour "Vessies et lanternes", juré Goncourt de 1983 à 2008, il était l'auteur d'une soixantaine de romans.

À partir des années 1960, cet homme trapu, le crâne rasé, et le regard bleu acier, a fait l'acteur. Inspecteur Vital dans À bout de souffle, truand dans Tirez sur le pianiste, il a prêté sa gueule à Godard, de Broca, Truffaut, Chabrol, Lelouch et même Zidi, en directeur de banque, dans La zizanie.

C'est surtout en tant que scénariste que l'écrivain a gagné ses lettres de noblesses dans le 7ème art. Et sa filmographie à ce titre est palpitante. Pour de Broca, il écrit quelques unes des meilleures comédies françaises parmi lesquelles Cartouche, L'homme de Rio, Les tribulations d'un chinois en Chine, Le Diable par la queue, Les caprices de Marie, Chouans!. Pour Chabrol, il s'amuse avec Les sept pêchés capitaux, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La route de Corinthe et Le cheval d'orgueil. Parmi ses autres films, passant de la comédie au polar, on retient La vie de château de Jean-Paul Rappeneau, Les pétroleuses de Christian-Jacques, Le plus vieux métier du monde de Claude Autant-Lara, L'affaire Dominici de Claude Bernard-Aubert, Police Python 357 d'Alain Corneau.

Boulanger a également signé les dialogues de films cultes comme Peau de banane de Marcel Ophuls, Angélique marquise des anges, Le voleur de Louis Malle, Monnaie de singe d'Yves Robert et Les mariés de l'an II de Rappeneau.

Le jeu comique de Belmondo lui doit beaucoup. De Montand à Noiret, de Deneuve à Marielle, les plus grands ont incarné ses personnages et ses mots à l'écran.

Avec L'homme de Rio, il avait été nommé en 1965 à l'Oscar du meilleur scénario, aux côtés de Jean-Paul Rappeneau, Ariane Mnouchkine et Philippe de Broca. Il avait reçu le prix du meilleur scénario au Festival de Locarno en 1960 pour Le farceur, comédie de de Broca avec Anouk Aimée et Jean-Pierre Cassel.

150 millions d’euros en moins pour le CNC : la numérisation des films menacée

Posté par vincy, le 29 septembre 2012

L'Etat va ponctionner 150 millions d'euros dans les caisses du CNC (voir notre actualité d'hier). Et cela pourrait avoir un impact sur le chantier de la numérisation des oeuvres du patrimoine, qui vient de commencer.

Eric Garandeau, président de l'institution, a déclaré au Monde : "Ces 150 millions d'euros, c'est justement la réserve dont nous disposons pour dresser l'inventaire des oeuvres, les restaurer et les numériser. Cette enveloppe sert aussi à soutenir le passage au numérique des petites salles de cinéma, et des circuits itinérants. Ces chantiers risquent de passer à la trappe, ou bien il va falloir ralentir le calendrier, et rééchelonner les contrats." La cinémathèque en ligne, qui est un outil d'éducation artistique, ne semble pas menacée.

Deux formes d'aides existent pour la numérisation des films. Le grand emprunt et le dispositif du CNC pour les films dont la rentabilité n'est pas assurée (voir notre actualité du 21 mars dernier). A en croire le CNC, cette aide aux films vulnérables pourraient faire les frais de la baisse du budget du CNC.

Il faut compter en moyenne 100 000 euros pour restaurer et numériser un film (les aides s'étalent entre 40 et 90 milles euros). En juillet, des films comme Le Joli Mai de Chris Marker, Jour de fête, Playtime et Mon oncle de Jacques Tati, Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier, Peau d'âne de Jacques Demy ou encore Jacquot de Nantes d'Agnès Varda avaient été retenus lors de la première session.

Cette semaine, la deuxième session vient de rendre son verdict. Le groupe d'experts d'aide à la numérisation des œuvres du CNC a décidé d'aider 16 longs métrages, de 45 000 euros à 150 000 euros : L'homme de Rio et Les tribulations d'un chinois en Chine de Philippe de Broca, Le carrosse d'or de Jean Renoir, Hiroshima mon amour d'Alain Resnais, Shoah de Claude Lanzmann (le plus cher), L'assassin musicien et em>Les enfants du placard de Benoît Jacquot, et 9 films de Robert Guédiguian (dont Marius et Jeannette). Six courts métrages sont également concernés (dont certains signés d'Alain Cavalier ou Cyril Collard).

Toute une filière en danger

C'est autant de travail pour les laboratoires mentionnés dans les dossiers : Eclair, Digimage, Mikros et l'italien Immagine Ritrovata. Des industries techniques qui souffrent depuis quelques années (on se souvient du feuilleton autour de la faillite de Quinta Industries l'an dernier). La réduction du chantier de numérisation, lancé en grande pompe en mai au Festival de Cannes, aurait des conséquences sur l'emploi et la filière toute entière alors que la France dispose d'un véritable savoir-faire dans le domaine.

Surtout, alors que l'Hadopi est en voie de disparition (budget réduit pour l'an prochain, mission Lescure pour trouver d'autres solutions), c'est l'offre légale (et sa diversité) qui est menacée. Or, le gouvernement actuel a fait de cette offre légale un pilier essentiel de sa lutte contre le piratage.

Eric Garandeau, dans un récent discours, rappelait que "Le basculement dans le "tout numérique" est synonyme de mondialisation totale, immédiate : une simple vidéo postée sur un réseau social acquiert une audience potentiellement mondiale... ou peut rejoindre le cimetière des oeuvres jamais vues car jamais visibles sur les moteurs et les portails." Un film du patrimoine qui n'est pas numérisé est un film qui part au cimetière.

Cela n'empêchera pas le CNC de tenir sa prochaine session le 15 novembre. Les dossiers doivent être déposés au plus tard le 15 octobre. Mais combien de films seront retenus? Et en 2013, quel sera le programme...?

Julien Guiomar, second rôle tragi-comique, est mort (1928-2010)

Posté par vincy, le 23 novembre 2010

Avec sa voix grave, sa rondeur et sa gueule, Julien Guiomar, était un second-rôle idéal pour un cinéma de dialogues, pouvant donner une tonalité tragique ou désespérée à des dialogues comiques comme ceux d'Audiard qu'il a souvent mis en bouche. Décédé en Dordogne d'un malaise cardiaque lundi 22 novembre à l'âge de 82 ans, il a pourtant une trajectoire plus variée qu'on ne le croit.

Ainsi Guiomar, de 1966 à 2003, a tourné chez les plus grands : Louis Malle (Les voleurs), Nelly Kaplan (Duc inoubliable dans La fiancée du pirate), Luis Bunuel (curé espagnol dans La voix lactée), Jacques Deray (Borsalino), Jean-Paul Rappeneau (Les mariés de l'An II), André Téchiné (Souvenirs d'en France, Barocco), Claude Sautet (Mado). Il joue même Dieu le père chez Arthur Joffé (Que la lumière soi!) et tourne sous l'oeil de Serge Gainsbourg (Equateur). Capable de jouer le désespoir comme la monstruosité, il a ce talent de faire passer l'horreur de manière douce, la colère avec désespoir, à la manière d'un Marielle, George Wilson, Michel Galabru ou d'un Pierre Brasseur. Il peut tenir tête aux monstres sacrés.

C'est évidemment Costa-Gavras qui lui offre son plus beau rôle, celui d'un colonel dans Z. Ils se retrouveront dans Section spéciale 6 ans plus tard.

Mais sa filmographie se remplira aussi des comédies à succès de Claude Zidi et Philippe de Broca, où il incarnera avec délectation des personnages truculents. On le croise ainsi, familièrement dans La moutarde me monte au nez, L'incorrigible (film culte où il est démesuré face à son complice Belmondo), L'aile ou la cuisse, L'animal, La zizanie, Inspecteur la Bavure, ou encore Les Ripoux, en patron de flics hilarant à force d'être cocaïné. Des films du dimanche soir.

Mais ce breton s'est aussi expatrié. Outre Bunuel, on le voit chez Elio Petri, Dino Risi, et dans le Carmen de Francesco Rosi.

La télévision ne sera pas en reste, passant de Molière à Capitaine Fracasse, tout comme le théâtre l'a longtemps comblé. L'aventure avait commencé rue Blanche puis continué avec Jean Vilar en Avignon avec Shakespeare, Strindberg et Brecht.

Finalement son premier rôle au cinéma le définissait bien. Le Roi de coeur (De Broca) est une histoire de fou, de rêveur sur la Grande Guerre. Un tragédie né qui avait marqué les esprits avec sa faconde et son burlesque. Un clown, pas toujours triste, apte à jouer Corneille, Racine et fanfaronnant chez Jean-Marie Poiré.

César : Richet, Cassel, Mesrine

Posté par MpM, le 28 février 2009

Vincent Cassel"Je me sens gai, léger, joyeux, ému, et un peu fatigué", commente Vincent Cassel juste après avoir reçu le César du meilleur interprète masculin pour son rôle dans le diptyque Mesrine de Jean-françois Richet, lui-même couronné du prix du meilleur réalisateur. "On est tendu avant, puis il y a cette décharge d'émotion... et maintenant j'ai surtout envie d'aller boire un verre !"

En recevant son prix, l'acteur a remercié Claude Berri, "mais pas pour les mêmes raisons que les autres", puisque c'est le fils du producteur décédé, Thomas Langmann, qui a produit les deux Mesrine, ainsi  que sa famille, et a rendu un joli hommage à son père Jean-Pierre Cassel en diffusant un extrait du Farceur de Philippe de Broca. "C'est un des films les moins connus de de Broca", explique-t-il. "En le voyant, j'ai compris pourquoi mon père a marqué son époque en dansant !"

De son travail sur le film de Richet, il ne garde que des bons souvenirs. "On est très vite tombé d'accord sur ce qu'on voulait faire. La direction d'acteur, de la part de Jean-François, consistait surtout dans la manière dont il me regardait. Je voyais tout de suite si j'étais dans le ton ou pas."

"J'arrivais le matin avec une idée, je la lui proposais, et souvent il trouvait mieux", confirme le réalisateur pour qui "tous les films sont des miraculés", y compris le sien, tellement il est aujourd'hui difficile d'en faire.

Vincent Cassel, qui devrait enchaîner un nouveau projet avec Christophe Ganz, confie qu'il n'a eu aucun mal à quitter le personnage de Mesrine. "Je ne suis pas un acteur qui souffre, moi. Je m'arrange pour retourner le plus vite possible à ce que je suis. Ce métier, c'est une source de plaisir : je m'amuse à faire l'acteur, donc du coup c'est facile." Le comédien pourrait à nouveau s'amuser avec jean-François Richet, sur un nouveau diptyque que le cinéaste a en tête. "J'ai déjà une idée du rôle, encore un personnage historique..."