Jean Rochefort (1930-2017) s’en va au Paradis

Posté par vincy, le 9 octobre 2017

L'immensément populaire, le toujours élégant, le perpétuel fringant, l'éternel trublion Jean Rochefort a fait son ultime révérence à l'âge de 87 ans. Hospitalisé depuis près de deux mois, le facétieux troubadour, qui savait manier la légèreté aussi bien que les mots nous quittent et rejoint le Paradis cher à son ami Yves Robert.

Avec son allure de dandy et ses somptueuses bacchantes, il avait cette silhouette aristocrate, doublée d'une voix chaude, qui lui ont souvent valu des rôles de notables ou d'adulescents, de salauds ou de sympathiques. Jean Rochefort est, dans l'esprit de tous, attaché à de nombreuses comédies (la moitié de sa filmographie). Pourtant, c'est aussi dans les films d'aventures, les drames et les polars qu'il a su imposer son éclectisme.

Lire aussi son portrait: Jean Rochefort, patrimoine national.
Voir aussi sa filmographie: de Ridicule à L'artiste et le modèle, toutes nos critiques

Avec 17 films au dessus des 2 millions d'entrées en France, il est incontestablement de la race de ces acteurs populaires qui, même s'ils ont surtout brillé durant une période (les années 1960 et 1970), ont su séduire les générations suivantes (grâce à la télévision entre autres).

De la bande de Noiret, Marielle, Cremer, Girardot et bien sûr Belmondo, Jean Rochefort avait aussi gagné le respect d'une profession, couronné par trois César (meilleur second-rôle, meilleur acteur et César d'honneur). Comme toute la bande, il a commencé en figurant, avec des petits rôles, dans l'ombre de Jean Marais et de Bébel; notamment dans des films de Cape et d'épée (Cartouche, Le Capitaine Fracasse, Le masque de fer, Angélique marquise des Anges et ses suites). En majordome dans Les Tribulations d'un Chinois en Chine, il parvient à tirer un peu la couverture à lui, en reprenant les codes rigides du domestique Nestor dans Tintin. Philippe de Broca le reprend dans Le Diable par la queue, où il incarne malicieusement un fils à maman et doux fainéant.

"J'étais obligé de beaucoup tourner pour vivre, parfois des films qui m'intéressaient peu: je les nommais mes films «avoine-foin», parce que j'étais déjà éleveur de chevaux, et il fallait que je les nourrisse, ainsi que moi-même. Angélique, cette rigolade, c'était pour les chevaux! C'est au début des années 70 que j'ai commencé à avoir de grands rôles au cinéma" a-t-il confié en 2013.

Il faut attendre sa rencontre avec Yves Robert pour le voir dans un rôle populaire plus noir. En Colonel Toulouse, il s'avère un redoutable manipulateur, froid comme un serpent, et sans affect dans Le Grand blond avec une chaussure noire. Robert en fait l'un de ses acteurs fétiches: Salut l'artiste, Le retour du grand blond, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au Paradis, Courage, fuyons, Le château de ma mère (l'un de ses plus gros succès). Dragueur maladroit ou père de famille libertin, il montrait qu'il pouvait tout jouer, à commencer par "le bourgeois type que je représentais aux yeux des Français" comme il le disait.

Dans les années 1970, Rochefort mue et devient l'un des grands acteurs de sa générations. S'affranchissant des étiquettes, il passe ainsi de Michel Audiard à L'horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier, de Patrice Leconte (années navets) au Fantôme de la liberté de Luis Bunuel. Claude Chabrol se laisse séduire par son ambivalence et le faut tourner deux fois (Les Innocents aux mains sales, Les magiciens). Bertrand Blier aime sa gueule impassible (Calmos). Mais, particularité, il est aussi l'un des rares acteurs français à tourner avec des cinéastes étrangers : Luigi Comencini (Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ?, tournage qu'il a tant détesté qu'il a refusé de faire un autre film avec le réalisateur italien), Henning Carlsen (Un divorce heureux), Ted Kotcheff (La grande cuisine), Joachim Kurz (Grandison), Giorgio Capitani (Je hais les blondes), Laszlo Szabo (Davis, Thomas et les autres), Robert Altman (Prêt-à-porter), ou encore Alejandro Agresti (Le Vent en emporte autant)... On pourrait aussi citer L'enfer de Danis Tanovic ou Les vacances de Mr. Bean de Steve Bendelack, qui résument à eux seuls les grands écarts contorsionnistes de sa filmographie. Le grand acte manqué restera sa collaboration avec Terry Gilliam. Le tournage (maudit) de The Man Who Killed Don Quixote restera inachevé à jamais. Eleveur et cavalier accompli (il sera même embauché à la télévision pour commenter les épreuves olympiques d'équitation), sa chute de cheval sonne comme une allégorie à ce film adapté de l'œuvre de Cervantes.

En 1975, Tavernier en fait un libertin cynique dans Que la fête commence. Premier César. Deux ans plus tard, Pierre Schoendoerffer le met face à Jacques Perrin, Claude Rich et Jacques Dufilho dans Le Crabe-Tambour. Deuxième César, mais cette fois-ci du meilleur acteur. Il y est "le vieux", alors qu'il n'a que 47 ans. Un commandant atteint d'un cancer chargé d'une dernière mission et rongé par une promesse qu'il n'a pas pu tenir.

Dans les années 1980, il tourne moins. Il est d'une autre époque, se glisse dans des farces ou des drames un peu datés. Patrice Leconte change de registre et tourne Tandem, où Rochefort incarne un magnifique animateur radio qui s'use à résister à l'air du temps. Une nouvelle génération de cinéastes voit en lui un grand monsieur. Ils ne se trompent pas, contrairement aux éléphants, et vont lui offrir des personnages splendides, qui vont presque anoblir sa carrière, faisant oublier ses débuts de comique-troupier. Leconte en fait d'ailleurs sa "muse", trouvant en lui un comédien qui a le même sens de la dérision, de la vanne et du tragique. Dans Le mari de la coiffeuse, Rochefort y est superbement mélo-romantique. On le revoit dans Tango, Les grands ducs (dont il ne reste que Marielle), Ridicule (exquis marquis), L'homme du train (face à Johnny). "Leconte m'a offert mes plus grands rôles" avouait-il.
De Régis Wargnier (Je suis le seigneur du château) à Philippe Lioret (Tombés du ciel) en passant par Pierre Salvadfori (Cible émouvante), il trouve des cinéastes qui font oublier ses parenthèses caustiques chez Antoine de Caunes, Etienne Chatiliez, Laurent Tirard (dans un Astérix), Edouard Baer (son fils spirituel), Alain Chabat (RRRrrrr!!!!) ou Laurent Baffie.

Cela ne l'empêche pas de tourner pour Francis Veber (Le Placard) ou Guillaume Nicloux (La clef), Samuel Benchetrit (J'ai toujours rêvé d'être un gangster) ou Philippe Le Guay (Floride). Toujours cette volonté équilibriste de ne pas s'enfermer dans une image ou un personnage. De rester digne même dans la vieillesse. De s'amuser comme un enfant même avec les cheveux grisonnants. De montrer sa face sombre pour mieux revenir dans la lumière (la série Les Boloss des belles lettres, sa dernière apparition l'an dernier, est à ce titre un monument "rochefortien", entre transmission du "classique" et adaptation au "moderne").

Si Rochefort a été si important dans notre accompagnement cinéphile, c'est bien parce qu'il pouvait être sur le petit écran familial du dimanche soir et sur le grand écran de salles art et essai, sans qu'on lui en veuille de jouer indifféremment les clowns ou les ordures. Guillaume Canet, avec Ne le dis à personne, partage avec lui son amour des chevaux. Dans l'un des derniers grands rôles de l'acteur, il y a onze ans, il en fait un homme politique véreux et meurtrier. Et ça lui va bien. Pourtant, on retiendra plutôt son incroyable incarnation d'un sculpteur qui retrouve l'inspiration au contact d'une jeune femme, durant la seconde guerre mondiale, dans L'artiste et son modèle de Fernando Trueba. Il est nommé aux Goyas comme meilleur acteur. Mais surtout il renoue avec ces personnages un peu mélancoliques, un peu intérieurs, portés par le désir et l'amour, qui lui vont si bien.

Rochefort n'a jamais pris le melon. Il préférait l'absurde. Il aimait écouter. Il savait d'où il venait. Entre le quai d'Orsay et Rambouillet, ville et campagne, diplomatie professionnelle et tranquillité personnelle, l'acteur a tracé sa vie comme il l'entendait.

Jean Rochefort s'en va au Paradis. Qui doit ressembler à la côte bretonne, avec des chevaux. "«On ne quitte pas le monde, c’est le monde qui vous quitte». Je sens la mort qui se rapproche, je le dis sans drame: l’avenir m’inquiète, pas le mien, mais celui de l’humanité. Alors je repense à ce qui m’a beaucoup plu par ici. Une promenade à cheval, le vent sur la joue. Ou encore la marée qui monte. Je suis Breton, j’aime aussi la marée qui descend."

L’édition 2017 du Festival 2 Valenciennes ouvre ses portes

Posté par wyzman, le 13 mars 2017

Depuis maintenant 7 ans, le Festival 2 Valenciennes vient épicer nos mois de mars. Et cette année encore, les organisateurs ont tout fait pour ravir les cinéphiles de 7 à 77 ans. Après avoir découvert la présidence de Bernard-Henri Lévy et  Patrice Leconte, le public peut désormais faire connaissance avec les différentes sélections de l'édition 2017 qui débute aujourd'hui.

Ainsi, avant la soirée d'ouverture de ce soir et la diffusion de Finding Phong (premier documentaire en compétition), le Festival 2 Val comme l'appellent les intimes rendra hommage à Bernard-Henri Lévy à travers la projection de Peshmerga dès 18 heures. Parmi les 6 films documentaires internationaux sélectionnés, nous garderons un oeil sur L'Opéra de Jean-Stéphane Bron  ainsi que La Jeune fille et son aigle d'Otto Bell. Qui repartira avec le Grand Prix du Documentaire, le Prix de la Critique, le Prix du Public et le Prix des Etudiants ? Réponse ce mercredi 15 mars à 20 heures.

Et comme l'an dernier, la compétition fictions s'annonce exceptionnelle. Le jury composé de Patrice Leconte, Mélanie Bernier, Lolita Chammah, Jean-Marie Dreujou, Zoé Felix, Marc Fitoussi, Bernard Menez, Claire Nebout, Nathalie Richard, Fabrizio Rongione et Brigitte Sy devra départager les 8 longs métrages sélectionnés. Parmi ceux-ci, on trouve notamment Sage Femme de Martin Provost, Les Mauvaises herbes de Louis Belanger, Une Vie ailleurs d'Olivier Peyon et Wilson de Craig Johnson. Bref, tout un programme.

Avec Nathalie Corré à la présentation, Marthe Keller et François Berléand en invités d'honneur et Jean-Carl Feldis, Laurent Lufroy et Michel Carliez pour les animations, cette nouvelle édition s'annonce déjà incontournable. Pour rappel, le palmarès de la compétition côté fictions sera dévoilé ce samedi avant la projection du Chanteur de Gaza de Hany Abu-Asad, le film de clôture. Au passage, trois petits conseils, ne passez pas à côté de Going to Brazil de Patrick Mille (en séance spéciale), Boule et Bill 2 de Pascal Bourdiaux (en séance en famille) et 1:54 de Yan England (en section jeune public). Pour plus d'informations, c'est par ici.

Bernard-Henri Lévy et Patrice Leconte présidents du Festival 2 Valenciennes 2017

Posté par wyzman, le 24 février 2017

Depuis 2011 et à chaque mois de mars, le Festival 2 Valenciennes offre une bouffée d'air frais aux cinéphiles épuisés par leur marathon pré-César et Oscars. 2017 ne dérogera pas à la règle puisque le "Festival 2 Val" (comme l'appellent les habitués) est de retour pour septième édition du 13 au 19 mars. Après avoir dévoilé l'affiche officielle réalisée par Laurent Rufroy, les organisateurs ont récemment annoncé les noms des deux présidents des jury fiction et documentaire.

Après Daniel Leconte, c'est donc le très médiatisé Bernard-Henri Lévy qui s'occupera de la partie documentaires tandis que Patrice Leconte succédera à Jean-Pierre Mocky pour la partie fiction. Toujours basée au cinéma Gaumont situé en périphérie de Valenciennes, cette nouvelle édition devrait voir s'affronter une cinquantaine de films (documentaires et de fiction) en compétition.

Et bien que la sélection n'a pas encore été dévoilée, il va sans dire que cette semaine de festival sera marquée par la remise de différents trophées (grand prix, prix du jury, prix de la critique, prix du public, prix des étudiants, prix d'interprétations féminine et masculine) et diverses activités. Parmi celles-ci, des séances jeune public sont prévues tandis que le cascadeur et maître d'armes Michel Carliez (Fanfan la Tulipe, Ne le dis à personne) et le compositeur Jean-Carl Feldis assureront le show.

A noter : c'est le nouveau film de Martin Provost Sage femme avec Catherine Deneuve et Catherine Frot qui ouvrira cette septième édition et le génial 1:54 de Yan England sera présenté en avant-première au jeune public. François Berléand a été choisi comme invité Coup de cœur du festival.

Pour rappel, l'édition 2016 du Festival 2 Valenciennes s'était soldée par les sacres de Chala, une enfance cubaine, La Saison des femmes, No Land's Song, L'Avenir, Colonia et Corentin Fila (Quand on a 17 ans). Pour suivre l'actualité du festival, c'est par ici.

Ceci n’est pas un gag: Gotlib est mort (1934-2016)

Posté par vincy, le 4 décembre 2016

Superdupont, le Gai-Luron, Newton et sa pomme, Adjani, Woody Allen, Chabrol, les Marx Brothers, Delon ou encore Truffaut; Gotlib, de son vrai nom Marcel Gotlieb, les a tous croqués. Le créateur de L'Echo des Savanes et de Fluide Glacial, grand prix à Angoulême en 1991, meilleur caricaturiste à New York en 1972, passé par Pilote (grâce à René Goscinny) et inventant un double sous la forme d'une coccinelle, était l'un des auteurs et dessinateurs majeur du XXe siècle. Son humour noir, décalé, trash, son athéisme revendiqué, ses questions existentielles en ont fait un humoriste hors pair.

Gotlib, né en 1934 et mort le 4 décembre 2016 à l'âge de 82 ans, avait aussi été scénariste pour le cinéma: Les vécés étaient fermés de l'intérieur de Patrice Leconte en 1976, Bonjour l'angoisse de Pierre Tchernia en 1988 et Piège à sons de Philippe Dorison en 1993, en plus du téléfilm Strangers dans la nuit de Sylvain Madigan en 1991. Il a notamment inspiré Albert Dupontel et le Splendid.

Il a aussi été acteur, dans le premier film de son ami Patrice Leconte, un moyen métrage qui lui était dédié, Tout à la plume, rien au pinceau (And my name is Marcel Gotlib) en 1970. Leconte l'a aussi enrôlé en chimiste dans Le Laboratoire de l'angoisse. Il a aussi joué chez Doillon (L'an 01, Les doigts dans la tête), Gérard Krawczyk (Je hais les acteurs), Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude), et Laurent Baffie (Les clefs de bagnole).

Toujours pour le cinéma, dans Le Viager de Pierre Tchernia (1972), il a réalisé la séquence animée de description du principe du viager : pour La Première Folie des Monty Python, premier film des cultissimes Monty Python, et pour Elle voit des nains partout!, il dessine les affiches.

Et puis, il a produit dans les années 1990, une série de courts gags animés, La Coccinelle de Gotlib, pour Canal+.

Il a souvent rendu hommage au 7e art dans ses albums. Notons celui qui est consacré au cinéma, Cinemastock.

Vesoul 2016 : Dogora, séance spéciale avec Patrice Leconte

Posté par kristofy, le 9 février 2016

leconteLe FICA de Vesoul propose chaque année une section thématique. Pour l'édition 2016, c'est « Entre l’Orient et l’Occident » qui réunit différents films où des réalisateurs ou des personnages effectuent des parcours d’est en ouest (ou l’inverse), comme par exemple Une chinoise de Guo Xiaolu (partie de son village de Chine elle arrivera en Angleterre à Londres), Voyage en Chine de Zoltan Meyer (Yolande Moreau part de France pour quelques temps en Chine pour les formalités de décès de son fils)…

Il y a plus de dix ans, en 2004, sortait en salles le film le plus étonnant de notre expert en comédie Patrice Leconte : "Depuis longtemps déjà, j'avais envie de faire un film sans acteurs ni scénario, sans dialogues, sans un mot, un film qui serait purement émotionnel, impressionniste et musical. Ce film, c'est Dogora, ouvons les yeux..."

Donc en effet il n'y a pas un mot, juste de la musique et de très belles images, montées avec une volonté d'amener le spectateur à adhérer au sujet : un pays, un peuple. Dogora se "lit" comme une fable qui nous raconte une civilisation, avec quelques travellings. De ce rêve s'échappent l'enfance, l'innocence, l'espérance; et un univers hostile, périlleux, précaire...

Pour la première fois depuis bien des années, Dogora a donc été de nouveau projeté dans une salle de cinéma, et Patrice Leconte a fait le voyage à Vesoul pour continuer de partager avec les spectateurs sur ce film qui lui tient à cœur :

A propos du dispositif de tournage :
Je suis cinéaste, et pas paparazzi. J’avais des principes pour faire ce film : ne pas filmer les gens à leur insu, ne pas mettre en scène, juste filmer du réel. On s’installait avec la caméra à la vue de tout le monde sans se cacher, on expliquait aux gens qu’on allait filmer un moment, d’abord on ne faisait rien du tout et ils ne faisaient plus attention à nous et puis après on commençait à filmer ce qu’on voyait.

A un moment on était sur un bateau qui faisait des aller-retour pour filmer ce qui se passait sur la rive, et une petite fille avançait à la même vitesse que notre bateau et ça fait une image magnifique, mais pas du tout mise en scène, sans tricherie. Comme la musique pré-existait, j’avais déjà fais un montage et découpage de la musique. Je savais que pour telle musique je mettrais des images d’enfants qui travaillent dans une décharge ou que sur telle musique des images de circulations en ville, c’était préparé en amont.

On a peut-être tourné cinq fois plus d’images que la durée du film terminé, mais pas non plus des dizaines d’heures. Je savais que je voulais commencer et finir sur l’orchestre et les chœurs, et je voulais filmer ça de manière pas conventionnelle, donc en noir et blanc et du flou pour les chœurs sauf pour le chef d’orchestre : c’était une manière d’être un peu dans l’abstrait pour se concentrer sur la musique. Le langage de la chorale c’est un langage qui n’existe pas, inventé par Etienne Perruchon.

Revoir Dogora en 2016 :
Mon rêve aurait été de signer le film avec 3 noms : le mien Patrice Leconte, Etienne Perruchon pour la musique et Joelle Hache pour le montage. Au départ le titre était simplement 'Dogora' tout court, ce sont les producteurs-distributeurs qui ont insisté pour le sous-titre ‘Dogora : ouvrons les yeux’ : c’est dommage car ça fait un peu donneur de leçon, et je n’ai aucune leçon à donner et plein à recevoir. C’est eux aussi pour les deux lignes de texte d’introduction, j’aurais préféré absolument aucun mot.

On me pose souvent une question sur ‘faire du cinéma’ et je dis aux jeunes gens c’est très bien de faire des films, mais il faut vous poser la question de pourquoi voulez-vous faire du cinéma. Un jour Wim Wenders avait répondu quelque chose comme ‘je fais des films pour rendre le monde meilleur’ : je me suis dit que quand-même c’est un peu gonflé de dire ça. Mais en fait il a raison. On ne fait pas des films pour soi ni pour rendre le monde pire, bien entendu. Moi je n’ai pas des choses à dire mais plutôt des choses à essayer de partager, en particulier avec ce film Dogora.

Crédit photos : Maximin Demoulin

Vesoul 2016 : le 22e Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul est ouvert

Posté par kristofy, le 5 février 2016

Ce fut le premier festival de cinéma français dédié à l’Asie, et c'est désormais le seul (le petit cousin de Deauville s'étant arrêté) : le FICA de Vesoul se déroule jusqu’au 10 février avec la projection de 90 films répartis entre compétitions, hommages, rétrospectives et panoramas.

Le jury de la compétition "longs métrages" a cette année l’honneur d’être présidé par le réalisateur coréen Im Sang-soo (Une femme coréenne que l'on a vu à Venise; The president’s last bang et L'ivresse de l'argent découverts à Cannes…), qui a d’ailleurs reçu un Cyclo d'or pour l'ensemble de sa carrière lors de la cérémonie d'ouverture. Un autre Cyclo d’or d’honneur a été décerné en même temps au cinéaste Eran Riklis à qui le festival rend par ailleurs hommage en présentant neuf de ses films.

Dans le jury, on retrouve également la réalisatrice Mania Akbari (Iran), la réalisatrice et productrice Nan Triveni Achnas (Indonésie) et le réalisateur Euthana Mukdasanit (Thaïlande). En tout, il y aura 17 films (inédits en France) en compétition (fictions et documentaires), en provenance de toute l’Asie géographique : Japon, Chine, Corée, Philippines, Inde, Myanmar, Bangladesh, Pakistan, Kazakhstan, Turquie, Iran, Liban…

Dans le cadre de l'Année France-Corée (qui commémore le 130e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée du Sud), le festival programme une thématique « Corée : littérature et cinéma, 1949-2015 » avec des films coréens adaptés de livres très divers (Le rêve de Bae Chang-ho, La guerre blanche de Jeong Ji-young, My sassy girl de Kwak Jae-yong, Deux sœurs de Kim Jee-woon, Secret sunshine de Lee Chang-dong…).

Autre thématique élaborée par le FICA : un regard sur « Les maîtres oubliés du cinéma thaïlandais, 1940-2000 » avec des séances de films qui auront lieu uniquement à Vesoul (dont une dizaine inédits, Country hotel de Rong Raem Narok ou Citizen 1 de Prince Chatrichalerm Yukol par exemple jamais vu ailleurs en Europe…).

Une autre section « Entre l’Orient et l’Occident » pourra elle trouver des échos particuliers avec certaines actualités en rapport avec le terrorisme mais surtout avec des interrogations sur deux parties du monde en fait très proches : l’occasion de revoir sur grand-écran des films comme De l’autre côté de Fatih Akin, Amreeka de Cherien Dabis, Tokyo fiancée avec Pauline Etienne, In another country avec Isabelle Huppert, Voyage en Chine avec Yolande Moreau... Le temps des aveux de Régis Wargnier à propos du Cambodge de 1971 était d’ailleurs le film d’ouverture.

Vesoul va aussi proposer de redécouvrir le film Dogora, ouvrons les yeux en compagnie de Patrice Leconte qui viendra à la rencontre des festivaliers. Vous savez donc maintenant où venir pour fêter de la plus belle façon le nouvel an chinois…

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22e Festival international des Cinémas d'Asie de Vesoul
Du 3 au 10 février 2016
Site de la manifestation

Vesoul 2016 : Im Sang-soo, Eran Riklis et Patrice Leconte célèbrent tous les cinémas asiatiques

Posté par MpM, le 19 janvier 2016

On ne présente plus le Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul (FICA pour les habitués) qui proposera du 3 au 10 février prochain sa 22e édition, plus que jamais placée sous le signe de la découverte et de l'éclectisme.

Cette année, c'est le réalisateur coréen Im Sang-Soo (The housemaid, L'ivresse de l'argent, Le vieux jardin...) qui est l'invité d'honneur de la manifestation. Il sera notamment présent pour recevoir un Cyclo d'or d'honneur et présider le jury international, aux côtés de la réalisatrice et actrice Mania Akbari (Iran), de la productrice et réalisatrice indonésienne Nan Achnas et du réalisateur Euthana Mukdasanit (Thaïlande). Un hommage sera également rendu au cinéaste israélien Eran Riklis à qui une rétrospective est consacrée.

Outre les deux compétitions, qui réunissent 17 longs métrages venus du Banglasdesh, de Myanmar ou encore du Kazakhstan, l'édition 2016 consacre un focus au cinéma thaïlandais de 1940 aux années 2000 ainsi qu'une rétrospective "Corée : littérature et cinéma (1949 - 2015)" dans le cadre de l'année France-Corée. La traditionnelle section thématique confrontera quant à elle les points de vue de cinéastes occidentaux et orientaux sur les rapports Orient/Occident, en présence notamment du réalisateur Patrice Leconte pour son film tourné au Cambodge, Dogora, ouvrons les yeux.

Enfin, comme tous les ans, le festival sera agrémenté de soirées festives, rencontres, débats, tables rondes et séances spéciales pour faire vivre aux festivaliers une semaine 100% cinéma asiatique.


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22e Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul
Du 3 au 10 février 2016
Informations pratiques sur le site de la manifestation

Coup de coeur pour Vanessa Paradis au Festival de Namur

Posté par vincy, le 11 septembre 2015

Le Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) fêtera sa 30ème édition du 2 au 9 octobre 2015. Pour cette édition anniversaire, le FIFF offre son Coup de cœur à Vanessa Paradis, pour ses (presque) 30 ans de carrière. La coïncidence est heureuse. Et le choix plutôt pertinent pour une artiste sans frontières, en musique comme en cinéma.

Vanessa Paradis sera présente à Namur les jeudi 8 et vendredi 9 octobre. Le Festival lui a demandé de choisir trois films de sa propre filmographie ainsi qu’un long métrage francophone qu’elle aime tout particulièrement : La fille sur le Pont de Patrice Leconte, Café de Flore de Jean-Marc Vallée, L’arnacoeur de feu Pascal Chaumeil et, pour son coup de cœur personnel, l'exquise comédie de Philippe de Broca, Le Diable par la queue, avec Yves Montand, Marthe Keller et Jean-Pierre Marielle.

Enfin, le Festival organisera une rencontre publique avec l'actrice-chanteuse-compositrice, le vendredi 9 octobre à 14h30 au cinéma Eldorado.

De "Joe le taxi" à "Love Song", avec six albums studios (et 5 live) Paradis a cumulé 10 disques de Platine et 4 disques d'or en France. Elle a remporté 7 Victoires de a musique dont trois dans la catégorie meilleure interprète féminine. Côté cinéma, depuis Noce blanche en 1989, qui lui a fait décroché un César du meilleur espoir féminin, elle a tourné une quinzaine de longs métrages dont six ont dépassé le million d'entrées (L'Arnacoeur et Elisa en tête avec respectivement 3,8 millions et 2,5 millions de spectateurs). En tant que comédienne elle a reçu le Prix Romy Schneider, un Genie Award canadien de la meilleure actrice, un Prix Jutra québécois de la meilleure actrice et a été nominée au César de la meilleure actrice pour La fille sur le pont. Sa carrière assez iconoclaste lui ont permit de jouer dans des comédies, des films déjantés, des drames sombres et des polars.

Le festival a déjà annoncé une partie de sa programmation: Préjudice d’Antoine Cuypers en ouverture, Aferim! de Radu Jude, La vanité de Lionel Baier, L'oeil du cyclone de Sékou Traoré, Much Loved de Nabil Ayouch, Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore, Paul à Québec de François Bouvier, Un début prometteur d’Emma Luchini (France/Belgique), ou encore Black d’Abil El Arbi & Billal Fallah.

Le cinéma de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014

Posté par vincy, le 9 octobre 2014

catherine deneuve patrick modianoPrix Nobel de littérature. Patrick Modiano, homme discret, écrivain de l'intime et auteur d'une trentaine d'oeuvres, est aussi un homme  de cinéma. Le dernier Prix Nobel de littérature français s'appelait J.M.G Le Clézio, lui-même grand cinéphile. C'était il y a six ans.

Modiano a été récompensé pour "l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation". Et justement l'Occupation est aussi au coeur de son oeuvre cinématographique. Car, on le dit moins, mais Modiano est aussi scénariste. On lui doit Lacombe Lucien, de Louis Malle (1974) et Bon Voyage, de Jean-Paul Rappeneau (2003). Deux films, très différents dans la forme, sur les relations entre les Français et les Allemands durant la seconde guerre mondiale. Le premier a été nominé aux British Awards et le second aux Césars, chacun dans la catégorie du meilleur scénario.

Modiano a aussi écrit le scénario d'Une jeunesse de Moshé Mizrahi, adaptation de son propre roman (1983) et coécrit celui du Fils de Gascogne de Pascal Aubier (1995). On pourrait ajouter Un Innocent épisode de la série télévisée Madame le juge (1975). A la fin des années 1970, il avait essayé, avec Michel Audiard et Philippe Labro, d'écrire, en vain, le scénario d’un film sur Jacques Mesrine.

Deux de ses romans ont été transposés sur grand écran : Le Parfum d'Yvonne de Patrice Leconte (1995), d'après Villa triste et Te Quiero de Manuel Poirier (2001), d'après Dimanches d'août.

Dans Télérama en 2003, Modiano avouait que les adaptations de ses livres n'avaient jamais été très concluantes: "Quelquefois, on accepte parce qu’on pense que le film ne se fera pas. Il vaudrait mieux dire non tout de suite…"

Enfin, l'écrivain a aussi été acteur : on l'aperçoit dans Généalogies d'un crime de Raoul Ruiz (1997), aux côtés de son amie Catherine Deneuve. Dans un petit rôle, il interprète l’ex-mari de la star. L’idée de proposer ce rôle revient à Deneuve : "Il se trouve que le rôle était court et c’était celui d’un écrivain. J’ai donc pensé à Modiano à cause de sa fragilité, de son côté décalé, de sa nature d’éternel rêveur, et j’ai aimé le sentir à mes côtés." Elle ajoute dans cet entretien au Nouvel Observateur: "Je trouve Modiano extraordinaire avec son petit foulard, ses lunettes noires, ses grands airs à la fois empruntés et protecteurs." Modiano a coécrit avec l'actrice Elle s'appelait Françoise..., le livre hommage à Françoise Dorléac paru en 1996. Son texte s'intitulait Le 21 mars, le premier jour du printemps.

Dans Les Inrocks, l'écrivain s'amusait: "C’était la première fois que je faisais l’acteur, sûrement la dernière d’ailleurs… Mais les lieux ont une telle importance pour moi… J’étais impressionné que le tournage se passe dans cet hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, où Artaud a été interné… Je crois beaucoup à ce genre de coïncidence, qu’il ait lui-même tourné dans des films et qu’il ait été enfermé là, c’est étrange…"

Patrick Modiano a été membre du jury du Festival de Cannes en 2000.

Arras 2013 : des avants-premières, une compétition européenne inédite et Patrice Leconte, Philippe Lioret et Yolande Moreau en invités d’honneur

Posté par MpM, le 9 octobre 2013

arras 2013On ne présente plus l'Arras Film Festival qui met à l'honneur chaque année en novembre le meilleur du cinéma contemporain tout en proposant des rétrospectives thématiques originales et passionnantes.

Pour cette 14e édition, trois invités d'honneur se succéderont devant le public arrageois pour des leçons de cinéma ouvertes à tous : le réalisateur Philippe Lioret (qui avait ouvert le festival en 2011 avec Toutes mes envies), l'actrice Yolande Moreau (qui présentera son deuxième film en tant que réalisatrice, Henri, découvert à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes) et le cinéaste Patrice Leconte (qui accompagnera son nouveau long métrage, Une promesse).

Une sélection des films de chacun sera également proposée au public, ainsi qu'une carte blanche offerte à Yolande Moreau et composée de La strada de Federico Fellini, La fille aux allumettes d'Aki Kaurismaki et Raining stones de Ken Loach.

Les avants-premières constitueront également l'un des temps fort de la manifestation, avec des oeuvres attendues comme Cartel de Ridley Scott, The immigrant de James Gray, La Vénus à la fourrure de Roman Polanski, Mandela : long walk to freedom de Justin Chadwick ou encore le formidable Suzanne de Katell Quillévéré.

Le "jeune cinéma européen" ne sera pas en reste avec la présentation de quelques films qui ont déjà fait parler d'eux dans d'autres festivals, à l'image du Géant égoïste de Clio Barnard (acclamé à Dinard), de 2 automnes, 3 hivers de Sébastien Betbeder (remarqué à l'ACID) et de Joy d'Elias Yannakakis (présenté à Karlovy Vary), sans oublier la désormais incontournable compétition européenne qui met neuf films en lice pour l'Atlas d'or. Cette année, c'est Philippe Faucon qui présidera le jury chargé de distinguer les lauréats.

La section Visions de l'Est présente par ailleurs, et comme son nom l'indique, un autre panorama du cinéma est-européen (dont l'Ours d'or 2013, Child's pose - Mère et fils - de Calin Peter Netzer) tandis que la section Cinémas du monde invite quelques œuvres internationales remarquées principalement à Cannes et à Berlin comme Gloria de Sebastian Lelio, Tel père, tel fils de Kore-eda Hirokazu et A touch of sin de Jia Zhang-Ke.

Et ce n'est pas tout ! S'il reste un peu de temps dans le planning (surchargé) des festivaliers, ils pourront profiter des rétrospectives thématiques "Nord contre Sud" (avec notamment Autant en emporte le vent de Victor Flemming et Les cavaliers de John Ford) et "Drôles d'espions des sixties" (avec l'incontournable Monocle rit jaune de Georges Lautner, chef d’œuvre parodique à réhabiliter immédiatement) ; rajeunir avec le "festival des enfants" et même continuer de travailler avec les différentes journées professionnelles dont les Arras days (qui font la promotion des coproductions internationales) et les rencontres cinématographiques réservées aux exploitants.

Du 8 au 17 novembre prochains, tous les cinémas se donnent donc rendez-vous à Arras, carrefour désormais incontournable d'une cinéphilie à la fois populaire et de qualité, où se retrouvent durant dix jours les films les plus attendus des six mois à venir. Ecran Noir, partenaire du festival depuis 2008, ne pouvait bien entendu pas louper ça, et vous fera partager ici même et au jour le jour les temps forts de la manifestation  !