Cannes 2018 : Le Festival s’engage pour la parité femmes-hommes

Posté par wyzman, le 14 mai 2018

Les amoureux du Festival de Cannes le savent, 82 femmes ont monté les marches samedi soir pour dénoncer les inégalités salariales dans une industrie qui ne seraient rien sans elles. Parmi celles-ci, on pouvait facilement reconnaître Cate Blanchett, Kristen Stewart, Agnès Varda, Jane Fonda, Marion Cotillard, Salma Hayek, Sofia Boutella ou encore Leïla Bekhti. Qu'elles soient actrices, réalisatrices ou encore scénaristes, leur présence sur les marches ce samedi 12 mai relève d'un acte historique.

En parallèle de cette manifestation, le CNC tenait aujourd'hui une table ronde intitulée "5050 pour l'égalité femmes-hommes". Le but de cette table ronde, à l'instar de la montée des marches du week-end dernier, était de sensibiliser médias et public sur les problèmes de parité inhérents à l'industrie cinématographique mais également au Festival de Cannes. Autour e cette table, se trouvaient des représentantes de Time's Up US, Time's Up UK, Dissenso Commune (Italie), CIMA (Espagne) et Greek Women's wave (Grèce). Le débat était animé par Céline Sciamma et Rebecca Zlotowski qui ont fièrement introduit la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen.

Cette dernière, venue tout droit de la maternité où sa 13e petite-fille venait de naître, a tenu à remettre les pendules à l'heure, apportant de nouveau son soutien aux créatrices des mouvements #MeToo, #TimesUp mais également #5050x2020 (prononcez "50-50 by 2020" soit "50-50 d'ici 2020"). Ce collectif créé et constitué par des personnalités telles que Rebecca Zlotowski, Justine Triet, Bertrand Bonello, Toni Marshall, Marie-Ange Luciani, Caroline Benjo, Adèle Haenel, Léa Seydoux, Pierre Deladomchamps a pour ambition de facilité l'égalité femmes-hommes dans le milieu du cinéma.

Le clou de cette table ronde étant bien évidemment la signature d'une charte par le Festival de Cannes ainsi que ses sections parallèles (Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la critique). Cette charte vise à accélérer le processus de parité dans les festivals de cinéma, de la programmation à la sélection en passant par les jurys (sans pour autant avoir recours à de la discrimination positive). Thierry Frémaux, vivement critiqué pendant le débat, a annoncé que l'initiative allait être proposée à tous les festivals de cinéma internationaux. En outre, cette charte a pour but de "rendre transparente la liste des membres des comités de sélection et programmateurs" afin d'"écarter toute suspicion de manque de diversité et de parité".

Pour découvrir l'intégralité de cette table ronde, rendez-vous ici.

En Europe, derrière la caméra, on est encore très loin de la parité

Posté par vincy, le 13 décembre 2016

A l’occasion du Festival de cinéma européen des Arcs, une étude sur l’émergence d’une nouvelle génération de réalisatrices européennes, coréalisée avec le soutien de France Télévisions, la Fondation Sisley et le CNC a été publiée alors que le Festival met à l’honneur ces mêmes jeunes réalisatrices. La compétition est d’ailleurs paritaire. Jérémy Zelnik, Responsable des événements professionnels du festival, veut, par cette étude, « faire bouger les choses ». Et c’est en effet nécessaire. « On est très loin de la parité » insiste-t-il.

Le constat est douloureux : sur quatre ans, de 2012 à 2015, dans 30 pays, seuls 19,4% des films sont réalisés par des femmes. Même dans les pays les plus « féminisés » comme la Norvège ou la Suède, la proportion ne dépasse par un film sur trois. Les cinémas italiens et britanniques sont en queue de peloton, tandis que le cinéma français atteint les 25%, se situant ainsi au dessus du niveau moyen européen. Cette étude recoupe les chiffres d'une autre étude de l'European Women's Audiovisual Network, "Rapport sur l'égalité des genres au sein de l'industrie cinématographique européenne", parue au moment du Festival de Cannes où 21% des films dans les 7 pays étudiés était réalisés par une femme.

La parité n’est pas forcément souhaitable. Pour Jérémy Zelnik, « l’importance c’est l’égalité des chances. Les femmes n’ont pas moins de talents que les hommes ». Dans des pays où la production n’est pas très importante, la parité n’est pas l’objectif principal. Par ailleurs, la politique de quotas peut s’avérer contre-productive et doit s’adapter au temps nécessaire de la création. L’an dernier les femmes étaient majoritaires aux Work in Progress des Arcs, cette année, elles sont minoritaires. "La parité est plus intéressante à imposer dans les comités de décision ou les écoles de cinéma" selon lui. Mais Jérémy Zelnik confirme qu’il faut constamment porter une attention particulière pour que les femmes ne soient pas oubliées. C’est l’idée de ce focus aux nouvelles femmes réalisatrices européennes, accompagné de deux tables rondes : mettre en lumière ces nouveaux talents.

Car le renouvellement des générations est l’autre grand axe de l’Etude, et l’autre problème dans une grande partie des pays. Une fois de plus, le cinéma italien se fait remarqué par l’âge de ses réalisatrices : avec la moyenne la plus élevée, il s’agit du cinéma qui se renouvelle le moins. Face à ce cinéma le plus ancien, on peut opposer des cinémas « plus jeunes » comme ceux de Lettonie, Bulgarie, Slovénie, Belgique, Slovaquie, Irlande ou Norvège. « En Europe, les hommes qui ont réalisé un film entre 2012 et 2015, en sont à leur 3,7ème film, tandis que pour la même période les femmes en sont à leur 2,7ème film. Le cinéma européen féminin est en moyenne plus jeune d’une génération par rapport au cinéma européen masculin » explique l’étude.

Encore une fois, l’Italie est en tête de file, avec 5,7 films réalisés en moyenne par les hommes et 3,06 par les femmes. En Suède, de la même façon, on passe de 4,19 films réalisés par les hommes à 1,93 films réalisés par les femmes. En France, ce sont 2,53 films pour les femmes contre 4,07 films pour les hommes.

Il y a quand même une évolution. Ainsi, si 19,4% des films ont été réalisés par des femmes en France, 22,44% des premiers et deuxièmes films sont l’œuvre d’une cinéaste. Pour les premiers et deuxièmes films, la proportion atteint même plus de 35% pour la Suède et la Norvège. En France, le chiffre est à 28,2% mais si « l’évolution transgénérationnelle française existe », elle reste « progressive ». En revanche, au Royaume Uni, en Turquie comme en Italie, on reste en dessous des 15%. « Si les chiffres du Royaume-Uni sont donc bas et, en plus de cela, ne présentent aucune évolution transgénérationnelle » ceux de « L’Italie, au contraire, bien qu’elle se situe en bas de l’échelle en termes de proportion de femmes réalisatrices, gagne des échelons dans les jeunes générations. »

Globalement, la présence des femmes derrière la caméra est en hausse dans de nombreux pays, à quelques exceptions. Grâce à des politiques dédiées, la Norvège, la Suède et la Suisse font figure de bons élèves. La France, l’Allemagne et la Slovaquie, sans avoir de politiques spécifiques concernant le cinéma au féminin, sont au dessus de la moyenne et continuent de miser sur de nouveaux talents féminins. Des pays comme la Roumanie, la Russie, l’Italie, la Pologne, la Turquie et le Portugal connaissent des évolutions et révolutions culturelles « qui vont mettre un peu de temps à s’installer » souligne l’étude. Et puis il y a les cancres comme le Royaume Uni et la Grèce, tous deux très en retard.

Les Arcs 2016: un festival sous le signe de la diversité et de l’enthousiasme

Posté par vincy, le 11 décembre 2016

La 8e édition du Festival du cinéma européen des Arcs a été lancée samedi soir après un petit cocktail où le vin savoyard frappait un peu les festivaliers. La salle était remplie. Cofondateur du festival, avec Guillaume Calop, Pierre-Emmanuel Fleurantin était aux anges: "ça fait du bien d'avoir autant d'ouverture d'esprit et d'enthousiasme. Ça rend optimiste par les temps qui courent."

120 films seront présentés entre Bourg Saint-Maurice dans la vallée et les cimes savoyardes, aux Arcs 1800, 1950 et 2000. Cette année, plutôt que de faire un focus sur une cinématographie nationale, les Arcs ont privilégié les femmes cinéastes. En Europe, un film sur cinq seulement est réalisé par une femme. "Aux Arcs, cette statistique nous heure, nous questionne, comme un cailloux dans une chaussure" explique la responsable des RP, Fabienne Silvestre-Bertoncini, appelant tous les festivaliers à se "mobiliser pour faire changer les choses."

Le président Claude Duty animait la soirée d'ouverture et a présenté le jury, présidé par Radu Mihaileanu qui a "félicité la diversité et la beauté de l'expression en Europe".

De la diversité et de la beauté humaine, il y en avait dans le film d'ouverture, Patients (Step by Step pour les marchés internationaux). Réalisé par Mehdi Idir et Grand Corps Malade, librement inspiré de son roman en grande partie autobiographique, cette comédie douce-amère, tantôt drôle, tantôt dramatique, "un rollercoaster" comme le définirait Frédéric Boyer, directeur artistique du festival, est un quasi huis-clos dans un centre de rééducation pour tétra et quadriplégiques, porté par un groupe d'acteurs formidables. Le film est promis à un joli succès en salles. Gaumont le sortira le 1er mars 2017.

683 nouveaux électeurs aux Oscars, et pas mal de francophones….

Posté par vincy, le 1 juillet 2016

La polémique #OscarsSoWhite avait amené l'Académie à vouloir faire sa révolution jusqu'en 2020 pour modifier son collège de votants. Trop d'hommes, trop de blancs, trop de vieux. Chaque mois de juin, l'Académie propose donc à de nouveaux talents - de l'attaché de presse au cadre du studio en passant par les comédiens, cinéastes etc...- de pouvoir voter dès la prochaine fournée. Cette année, chose promise, chose due, 46% des nouveaux membres sont des femmes (ce qui fait une progression totale de deux points) et 41% ne sont pas WASP (+3 points au total). On est encore loin d'un panel paritaire et multiethnique mais ça progresse.

Dolan, Paredes, Watson, Kawase, Loach, et de nombreuses réalisatrices françaises...

A total, l'Académie des Oscars a convié 683 nouvelles personnalités. C'est 39 invités de moins qu'en 2015 mais 12 de plus qu'en 2014. Et parmi elles, pas mal de réalisatrices françaises, des comédiennes almodovariennes, des cinéastes asiatiques, etc... : John Boyega, le plus jeune membre désormais, Idris Elba, Brie Larson, Kate Beckinsale, Ryan Coogler, Michael B. Jordan, Emma Watson, Greta Gerwig, Carla Gugino, Rachel McAdams, Tom Hiddleston, Patti LuPone, Marlon Wayans, Alicia Vikander, Mark Rylance, Bruce Greenwood, Dennis Haysbert, Byung-Hun Lee, Eva Mendes, Tatsuya Nakadai, Marisa Paredes, Cecilia Roth (acteurs/actrices) ; Jeanne Lapoirie (image), Marie-Hélène Dozo (montage), Olivier Bériot, Madeline Fontaine, Pierre-Yves Gayraud (costumes) ; Lenny Abrahmson, Ramin Bahrani, Catherine Breillat, Clément Calvet, Nuri Bilge Ceylan, Souleymane Cissé, Isabel Coixet, Xavier Dolan, Denise Gamze Ergüven, Ari Folman, Anne Fontaine, Nicole Garcia, Mia Hansen-Love, Hou Hsiao-hsien, Naomi Kawase, Abdelattif Kechiche, Abbas Kiarostami, Kiyoshi Kurosawa, Ken Loach, Nicolas Marlet, Lucrecia Martel, Adam McKay, Ursula Meier, Cristian Mungiu, Laszlo Nemes, Euzhan Palcy, Park Chan-wook, Lynne Ramsay, Lucia Puenzo, Nicolas Winding Refn, Patricia Rozema, Marjane Satrapi, Margarethe von Trotta, Apitchapong Weerasethakul, les soeurs Wachowski ; Mary J. Blige, Sia Furler, Will.I.Am (musique). Etrangement Jia Zhang-ke entre dans le collège des scénaristes, tout comme Hirokazu Koreeda, Yorgos Lanthimos, Mia Hansen-Love et Naomi Kawase (en plus de la casquette de réalisatrice, tout comme Mungiu, Park Chan-wook côté réalisateur), Miranda July, Tina Fey, Lee Chang-dong, Carlos Reygadas, Phyllis Nagy, Clara Royer et Alice Winocour.

Comme on le voit, ils ont pioché dans le gratin du cinéma mondial, et notamment dans les palmarès des grands festivals: on retrouve pas mal d'habitués du Festival de Cannes dans la liste. 41% des nouveaux votants sont étrangers, provenant de 59 pays.

Désormais le collège d'électeurs va de 24 à 91 ans. Encore, faut-il qu'ils votent pour que les nominations soient plus diversifiées. Mais c'est un pas dans la bonne direction vers une représentativité du cinéma mondial.

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Un film sur cinq est réalisé par une femme en Europe

Posté par vincy, le 27 avril 2016

nicole garciaL'European Women's Audiovisual Network a diffusé aujourd'hui son "Rapport sur l'égalité des genres au sein de l'industrie cinématographique européenne". Une étude qui s'étale des années 2006 à 2013. "Il rassemble les résultats de diverses recherches comparatives effectuées dans sept pays en Europe : l’Autriche, l’Allemagne, la Croatie, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et la Suède. Cette étude répond à la préoccupation grandissante, partout dans le monde, à l’égard de la marginalisation des femmes réalisatrices dans notre culture cinématographique" explique le rapport. Et à sa lecture on constate qu'il n'y a pas que Hollywood qui est sexiste.

21% des films dans les 7 pays étudiés est réalisé par une femme. Seulement. La grande majorité des financements (84%) est destinée aux films réalisés par des hommes, un manque de financement qui "entretient la pénurie de films réalisés par des femmes qui, à son tour, amoindrit la volonté du marché d'investir dans ces films, engendrant un cercle vicieux", analyse le rapport. Il y a également un très grand écart entre la proportion de réalisatrices diplômées des écoles de cinéma (44%) et la proportion globale de réalisatrices dans l'industrie cinématographique (24%).

Ça va un peu mieux en France

Côté français, 30 % des femmes et 37 % des hommes sondés estiment qu’il existe effectivement des inégalités hommes-femmes : l’un des résultats les plus bas des sept pays de l’étude. Ces chiffres semblent être révélateurs d’une méconnaissance, voire d’un déni à l’égard des discriminations liées au genre. Bien qu’aucune donnée chiffrée sur les réalisateurs ne soit disponible, les études existantes font état d’une augmentation de la part de femmes réalisatrices de 20 % à 28,6 % sur la période 2009-2012. Plus précisément, durant la période 2006-2013, la France a connu une augmentation de la part de films de fictions réalisés par des femmes : sur une base annuelle, elle passe de 15 à 27 %, quand celle des documentaires réalisés par des femmes passe de 19 % à 24 %. Sur la période, les films réalisés par les femmes ont atteint une seule fois 20 % du box office, en 2009.

Le regard d'une femme pour changer le regard sur les femmes

Selon la moyenne européenne des sept pays étudiés, 90 % des sondés s’accorderaient pour dire que davantage de films réalisés par des femmes auraient un impact direct sur la représentation des femmes à l’écran. 85 % pensent que cela aurait un impact positif sur le statut des femmes dans notre société, et 84 % que cela modifierait les comportements, notamment vis-à-vis de la sexualité.

Une simple affaire de quotas?

Autre enseignement: La mesure à laquelle les sondés sont le plus favorables pour soutenir les carrières des réalisatrices, tous pays confondus, serait d’encourager une plus grande parité au sein des commissions (92%), suivie de près par des mesures favorisant une plus grande parité au sein des comités en charge d’élaborer les politiques en la matière, ainsi que l’instauration d’études obligatoires sur les questions de parité (88 %). Notons que la France est le pays qui témoigne le moins de soutien pour les mesures dites « ciblées », notamment celles relatives au financement ou aux quotas. En moyenne, 70 % des sondés ont approuvé l’idée de mettre en place des quotas pour atteindre les objectifs de parité mais ce soutien ne rassemble que 58 % des sondés en France contre 83 % au Royaume-Uni.

Edito: Mirage d’égalité avec fanfare

Posté par redaction, le 24 mars 2016

L'égalité homme-femme n'est toujours pas pour demain. Même dans un sport comme le tennis, pourtant assez exemplaire sur le sujet, l'égalité salariale entre joueurs et joueuses n'est pas acquise puisque le patron d'un grand tournoi a remis en cause cet équilibre sous prétexte que seul le tennis masculin remplirait les stades (ce qui est faux). Dans le cinéma, le débat se situe non seulement au niveau des salaires (on l'a vu avec la polémique lancée par Jennifer Lawrence l'automne dernier). Mais cela va plus loin: l'industrie est sexiste (comme l'a constaté l'étude de l'Université de San Diego) et a du mal à confier la réalisation d'un film à une femme dès qu'il y a un enjeu économique important, voire à valider des projets où seules des actrices seraient en tête d'affiche (lire notre édito du 14 janvier).

Toute la question est désormais de savoir quelle politique adopter. Certains misent toujours sur le fait que les choix ne peuvent se faire que sur la base du talent. Encore faut-il donner une chance à ce "talent" d'exister. D'autres prônent une politique plus pro-active, de type discrimination positive. Pour atteindre l'égalité, il faudrait déjà arriver à une forme de parité. En amont déjà, dans les écoles et dans les sociétés de production. La discrimination positive a ceci de contrariant qu'elle déstabilise même la notion d'égalité. On choisirait une mauvaise réalisatrice plutôt qu'un bon réalisateur? Mais à l'inverse, pourquoi une réalisatrice ne ferait pas mieux qu'un réalisateur avec un projet identique?

Il est alors intéressant d'observer avec attention les récentes initiatives sur le sujet. Depuis l'an dernier le Festival de Cannes a lancé avec le mécénat de Kering le programme Women in Motion, composé de tables rondes et conférences autour de la place et de la contribution de la femme dans l'industrie du cinéma, en vue de faire évoluer la profession vers une meilleure représentativité. Cette année, Women in Motion lancera aussi son prix le 15 mai.

Il y a trois semaines, a été annoncé le lancement de We Do It Together, société de production à but non lucratif créée par un collectif de stars: Juliette Binoche, Jessica Chastain, Queen Latifah, Ziyi Zhang, Catherine Hardwicke, Marielle Heller, Freida Pinto et Amma Assante. La société de production veut combattre les rôles clichés, sexistes et autres stéréotypes en finançant des projets participant à l'émancipation des femmes: films séries, documentaires. L'argent qui sera gagné sera réinvesti. We Do It Together débutera avec un projets de six courts métrages.

Enfin, l'Office national du film du Canada s'est engagé à investir 50% de son budget de production dans des films réalisés par des femmes.

Comme on le voit, du côté des minorités comme des femmes, les polémiques conduisent les professionnels à ne plus attendre que le cours de l'histoire change les choses. Le pieds sur l'accélérateur, les femmes, mais aussi les minorités ethniques ou sexuelles, ont décidé de ne plus attendre que les "décideurs" fassent évoluer leur mentalité ou leurs préjugés. Les choses bougent, ensemble.

Edito: Nos coeurs en hiver

Posté par redaction, le 28 janvier 2016

On est au coeur de l'hiver. Les sorties en salles cette semaine pourront vous réchauffer un peu. Dans un cottage anglais, un ranch américain, sur un bateau en route pour le Pôle Nord, dans des paysages luxuriants thaïlandais, au milieu des maisons en briques rouges de Boston ou dans un paisible quartier de Tokyo. Avec un couple qui aime les Platters, une mère courage, des jeunes intrépides, des journalistes qui ont la foi, ou une vieille femme qui vous cuisinera des gâteaux succulents à base d'haricots rouges confits. Vous avez le choix.

Car si les César se concentrent sur quelques films tant le système semble verrouillé, même si on se félicité de la présence de femmes et de minorités dans les nominations, si les Oscars sont dans la tempête à cause d'un panel trop uniformisé qui exclut les femmes et les minorités, le cinéma continue à offrir le choix aux cinéphiles grâce à sa diversité. Mais qu'on se comprenne bien. Puisque janvier n'est pas terminé, c'est le temps de faire encore de bonnes résolutions, à défaut de vouloir faire la révolution. Pour que cette variété si chère aux spectateurs puisse exister, pour que l'égalité si souhaitée par les professionnels puisse se concrétiser, il va bien falloir changer quelques règles, et surtout les mentalités.

Briser le plafond de verre

Ce ne sont pas quelques breloques dorées qui sont en cause. Un film ou un acteur ne doit pas être jugé en fonction de son sexe, de sa sexualité, de son origine ethnique ou même de ses moyens financiers ou des épreuves physiques qu'a subit son film. C'est en amont que se situe le problème. C'est un problème d'offre et pas de demande. Il est nécessaire de faire émerger des talents et de leur donner la visibilité qu'ils méritent. Femmes ou hommes, blancs ou noirs, peu importe tant que le sexe, ses goûts amoureux ou la couleur de peau n'est pas un obstacle "invisible" et "inconscient" pour un producteur, un studio, un financier. Aux Etats-Unis, il semble impossible pour une réalisatrice de prendre les commandes d'un blockbuster. Evoquer un James Bond noir semble encore tabou. En France, un film comme Made in France, récit ancré dans la réalité de jeunes de banlieue tentés par le djihadisme, dès cette semaine en vidéo à la demande, se voit finalement refuser l'accès aux salles.

A trop "censurer" économiquement ou médiatiquement ces voix différentes, ces tons nouveaux, ces sujets contemporains, le risque est que le 7e art se coupe d'une réalité, ou pire, soit gagné par une forme d'uniformité. Ce qu'on demande au cinéma c'est de la haute couture artisanale et quelques basics casuals mondialisés, pas du prêt à porter made in China.

#OscarsSoWhite – Face à la polémique, les Oscars se réforment en profondeur

Posté par vincy, le 23 janvier 2016

C'était l'année de trop. Un an après la polémique autour de l'absence de nominations d'Ava DuVernay, réalisateur de sexe féminin et de couleur noire, les Oscars ont du affronter une fronde médiatique sur la question ultrasensible aux Etats-Unis de la représentation des minorités (les "non blancs représentant 40% de la population américaine). C'est désormais la question qui est posée dans chaque interview. Tout le monde se doit d'y répondre: les Oscars sont-ils racistes? (lire aussi notre article du 17 janvier) Les vétérans - de Michael Caine à Charlotte Rampling - ont beau tempéré, rien n'y fait. Le hashtag #OscarsSoWhite continue de se propager. Les Will Smith, Spike Lee (pourtant Oscar d'honneur cette année) & co ont décidé de boycotter la cérémonie, qui sera d'ailleurs animée par Chris Rock, comique afro-américain qui va devoir jongler sur le sujet avec délicatesse, ou pas. Certains activistes lui ont demandé de démissionner de son poste. Dustin Hoffman a même parlé de "racisme subliminal". Mais si la fronde provient des afro-américains, elle touche en fait toutes les minorités ethniques (asiatiques, latinos) et l'égalité hommes-femmes.

Aucun acteur, aucune actrice, aucun cinéaste n'est issu des rangs de la "diversité" cette année. Certains plaideront que noirs, latinos, asiatiques n'ont pas eu les meilleurs rôles (et la responsabilité est rejetée sur les studios), d'autres pointent des absences criantes (Idris Elba pour commencer). Au-delà du problème de couleur de peau, les Oscars sont aussi critiqués pour leur misogynie, reflet d'une industrie qui laisse peu de pouvoirs et peu de films entre les mains d'une femme - aucune réalisatrice n'est citée (une seule, française, dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère) -, et pour leur homophobie (le procès est latent depuis la défaite de Brokeback Mountain il y a plus de dix ans).

Des membres essentiellement mâles, vieux et blancs

Dans l'urgence, et afin d'éteindre le feu qui s'empare de la vénérable Académie, une réforme assez ample a été votée unanimement jeudi 21 janvier pour laisser plus de place aux femmes et aux minorités ethniques dans le corps des votants. La présidente de l'Académie, Cheryl Boone Isaacs, une femme noire qui doit se sentir blessée intimement par les attaques, a proposé une politique d'ouverture plutôt que de quotas.

Il y a actuellement 6261 membres ayant le droit de voter (sur un total de 7152). Tous travaillent dans divers métiers de l'industrie du film. La liste évolue marginalement chaque année, en s'ouvrant à ceux qui ont été nommés récemment ou à des talents reconnus dans les grands festivals. En juin dernier, 322 nouveaux noms se sont ajoutés, soit l'une des plus importantes transformations de l'histoire de l'Académie. Et on constate en effet une amélioration du côté de la diversité et de la féminisation.

Objectif: doubler le nombre de femmes et de votants issus des minorités

L'Académie souhaite désormais, d'ici 2020, doubler le nombre de femmes membres (et atteindre ainsi 48%) et de professionnels issus des minorités ethniques (et atteindre ainsi 14%). Actuellement, les membres sont vieux (en moyenne) mais surtout mâles (76%) et blancs (93%). Ava DuVernay a été l'une des premières à réagir vendredi sur Twitter: "C'est un bon pas au cours d'un chemin long et compliqué pour les gens de couleur et les femmes artistes".

Mais la réforme va bien au-delà d'une simple intention arithmétique. Car désormais, les nouveaux membres n'auront le droit de vote que pour dix ans et non plus à vie, et ce droit ne sera renouvelé que si les membres ont été actifs au cinéma pendant la décennie en question. Le droit de vote à vie ne sera obtenu qu'au bout de trois décennies actives dans l'industrie ou après l'obtention d'une nomination ou d'un Oscar.

Manière de rajeunir le panel qui est considéré depuis des décennies comme trop conservateur. Déjà, il y a quelques années, les Oscars avaient limité les campagnes de lobbying et de promotion mondaine lorsque certains outsiders ont réussi à l'emporter sur des films historiquement plus marquants.

Nouveau processus d'adhésion et fin du statut de membre à vie

L'Académie s'attaque désormais au coeur du réacteur en altérant le processus de sélection de nouveaux membres, jusque là centré sur la cooptation. Une campagne ambitieuse et mondiale pour identifier de nouveaux membres qualifiés représentant une plus grande diversité sera lancée.

"L'Académie va mener le mouvement et ne pas attendre que le secteur rattrape le retard" en termes de diversité, a déclaré Cheryl Boone Isaacs. Manière de renvoyer aussi la balle enflammée aux studios. Elle reproche la lenteur des changements dans les institutions hollywoodiennes, et conforte ainsi le sentiment d'acteurs comme George Clooney qui soutient que l'Académie avait régressé sur ces points là ces dix dernières années.

Les statistiques sont sans appel

Historiquement, les Oscars ont souvent été confrontés à ce genre de crise "politique", certains refusant même la statuette.

Statistiquement, il est vrai que les Oscars sont blancs.
Afro-américains: 4 acteurs noirs ont remporté l'Oscar du meilleur acteur (19 nominations pour 13 comédiens) ; Une actrice noire a été oscarisée (10 nominations, 10 comédiennes) ; 4 acteurs ont reçu l'Oscar du meilleur second rôle masculin (16 nominations pour 14 comédiens, dont 3 ont aussi été nommés pour l'Oscar du meilleur acteur) ; 6 actrices ont été honorées d'un Oscar du meilleur second rôle féminin, dont Hattie McDaniel en 1939, pionnière en la matière (sur 19 nominations, dont 2 ont aussi été nommés pour l'Oscar de la meilleure actrice) ; et sinon les afro-américains ont récolté 70 nominations (dont seulement 3 pour le meilleur réalisateur et 6 pour le meilleur film) dans les autres catégories (une seule cette année) pour 17 victoires (2 pour l'adaptation, un seul pour le meilleur film, 6 pour la meilleure chanson, 2 pour la meilleure musique...).
Les Latinos (hors artistes d'Amérique latine) doivent se contenter de 3 Oscars (deux meilleurs seconds rôles féminins, un pour la meilleure chanson) sur 8 nominations.
Les Asiatiques de nationalité américaine ne comptent que quatre nominations dans la catégorie réalisateur et six toutes catégories d'interprétation confondues. Le nombre est beaucoup plus important si on prend en compte les artistes britanniques d'origine asiatique ou simplement les nombreux talents d'Asie qui ont collaboré à Hollywood.
Côté femmes, une seule réalisatrice a remporté l'Oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur (Kathryn Bigelow). Seules trois autres réalisatrices ont été nommées dans l'histoire de la catégorie meilleur réalisateur.
Catégorie intéressante puisque les cinq derniers vainqueurs sont tous nés à l'étranger...

Hollywood toujours aussi sexiste

Posté par vincy, le 16 janvier 2016

On reviendra sur le fait que les Oscars cette année ont été consciemment ou pas homophobes (Tangerine et Carol en ont souffert) et ont de nouveau créé la polémique avec des nominations trop "blanches", rejetant une fois de plus les réalisateurs et comédiens afro-américains dans l'oubli. Mais ils ont aussi été misogynes. Deux femmes scénaristes sur dix nominations, quelques réalisatrices (une en documentaire, une dans la catégorie film en langue étrangère, un petit tiers des nominations dans les courts métrages), une en chanson, et dans les catégories techniques à peine un quart des citations. Ceci dit, pas de quoi s'étonner. Les statistiques du Centre d'étude sur la place des femmes à la Télévision et dans le Cinéma de l'Université de San Diego, révélées cette semaine, montrent que Hollywood est toujours aussi sexiste.

Deux films du Top 30 réalisés par une femme

Il y a bien quelques arbres qui cachent la forêt: Elizabeth Banks avec Pitch Perfect 2, 184M$, et Sam Taylor-Wood avec Cinquante nuances de Grey (166M$) qui ont réussi à se placer dans le Top 30 de l'année. Mais ça ne fait bien que deux sur trente. Et on pourrait ajouter Nancy Myers avec Le nouveau stagiaire. Pas vraiment la parité.

L'étude annuelle démontre que la femme n'est vraiment pas à sa place dans l'industrie aux Etats-Unis. Sur les 250 plus grosses recettes de l'année, seuls 9% des films étaient réalisés par des femmes. C'est un peu mieux que l'an dernier, mais cela reste assez constant depuis que cette enquête a été créée en 1998. Rien ne change finalement en 17 ans. En 2000, année record du nombre de réalisatrices dans le Top 250 du Bo office, on atteignait péniblement les 11%.

On connaissait le problème de l'inégalité salariale, pointée du doigt par de nombreuses actrices ces derniers mois. Mais le problème est bien plus profond. Comme nous l'a expliqué la scénariste Phyllis Nagy (Carol), les femmes ne sont pas dignes de confiance pour un producteur. Combien de réalisatrices ont du s'orienter vers la télévision pour continuer leur métier? Combien de films n'ont pas pu se faire parce qu'une femme était aux commandes? Combien de temps Kathryn Bigelow sera-t-elle la seule femme oscarisée dans la catégorie meilleur réalisateur (sachant que seules trois autres réalisatrices ont été nommées dans l'histoire de la cérémonie)?

Une femme réalisatrice et c'est tous les postes de la production qui se féminisent

L'étude universitaire annonce quand même la couleur: 11% des scénaristes, 20% des producteurs exécutifs, 26% des producteurs, 22% des monteurs, 6% des chef opérateurs sont des femmes. Cela progresse mais lentement. Et elles restent minoritaires. Il y a quand même des nuances à apporter. 36% des documentaires et 34% des comédies sont réalisés par des femmes (en revanche elle ne sont que 9% à faire des films d'action et 11% des films d'horreur). De plus, lorsqu'une femme est aux manettes (production ou réalisation), les équipes se féminisent. Le pourcentage de scénaristes femmes montent à 53%, celui des monteuses à 32% et celui des chef opératrices à 12% quand le film est réalisé par une femme.

10 rôles principaux féminins dans les 28 plus gros hits de l'année

En 2015, pourtant, sur les 28 films qui ont rapporté 100M$, les femmes tenaient les rôles principaux dans dix films et partageaient le haut de l'affiche dans sept autres. De Vice-Versa à Hunger Games, de Divergente à Pitch Perfect, de Spy à Cendrillon, l'histoire ne tiendrait pas sans elles. De même, James Bond, Ethan Hunt, les Avengers, Star Wars, Mad Max et même les Minions ont tous besoin d'une femme, à défaut d'être l'égale du héros parfois, pour exister. Ces films offrent un rôle clef (la méchante, la leader, ou même la fauteuse de troubles), qui, souvent, vole la vedette aux hommes

Mais on a beau factualiser, chiffrer le fait qu'un film réalisé par une femme n'est pas moins rentable que s'il était réalisé par un homme, Hollywood reste entre mâles. Les mentalités n'évoluent pas. Et le constat est hélas le même dans le reste du monde.

Edito: Suffragette City

Posté par redaction, le 14 janvier 2016

On ne le dira jamais assez, Carol est un film rare, et donc précieux. Il a fallu 20 ans pour que ce roman de Patricia Highsmith soit porté sur le grand écran, non sans embûches. On pourrait penser qu'une romance entre deux femmes, dans l'Amérique très conformiste des années 50, ne soit plus un réel problème, surtout quand Cate Blanchett est au générique.

Que nenni, trop de nénés. Deux femmes qui ont le pouvoir (dans le scénario) et sont les personnages principaux (du film), rendant le mâle accessoire, c'est un "risky business", encore en 2015. Phyllis Nagy, la scénariste de Carol, s'en désole et dans un entretien à Ecran Noir, explique à quel point le cinéma est masculin.

Et la dernière étude du centre d'étude sur la place des femmes dans l'audiovisuel de San Diego confirme l'affreuse perception qu'on a de cette industrie décidément misogyne. Des 250 films ayant rapporté le plus de dollars l'an dernier, seuls 9% étaient réalisés par des femmes. Il n'y a que 11% de femmes scénaristes, 26% de productrices, 6% de directrices de la photo...

Et on ne parle pas de l'inégalité salariale. Il va peut-être falloir faire comme il y a un siècle pour le droit de vote des femmes: une sorte de révolution pour leur accorder la place qu'elle mérite. C'est valable dans le cinéma, comme dans la bande dessinée, la photographie ou la musique.