Le Lincoln ferme à son tour ses portes pour Noël

Posté par MpM, le 19 décembre 2011

Le Lincoln, c'est l'autre cinéma indépendant des Champs Elysées, qui peut lui-aussi s’enorgueillir d'une programmation de qualité. Jusqu'à mardi soir, on peut notamment y découvrir Le cheval de Turin, chef d’œuvre de Bela Tarr que l'on ne recommandera jamais assez, et Le tableau de Jean-François Laguionie, un conte animé plein de poésie et de délicatesse.

Or, le Lincoln, comme son voisin Le Balzac, traverse une période particulièrement difficile. Faute d'un accès suffisant aux films d'art et d'essai "importants" et aux auteurs aujourd'hui reconnus que, bien souvent, il a contribué à révéler, le cinéma voit sa fréquentation s'éroder inexorablement.

"Il y a urgence ! Notre survie est menacée à court terme ! Et avec elle, celle de nombreuses salles indépendantes qui, très vite, connaîtront le même sort !", déclarent Jean-François Merle (exploitant du Lincoln) et Xavier Blom (programmateur) dans un communiqué commun. Ils expliquent ainsi leur décision de fermer le cinéma durant la semaine du 21 au 28 décembre. Avec un bémol bienvenu : afin de ne pas pénaliser Ne nous soumets pas à la tentation de Cheyenne Carron (en salle unique au Lincoln le 21 décembre), un écran restera spécialement ouvert pour le film.

Ce début d'épidémie de fermetures est un signal d'alarme inquiétant à destination des pouvoirs publics, mais aussi des spectateurs. Si de plus en plus de cinémas indépendants sont menacés dans leur propre survie, c'est toute la diversité de l'offre cinématographique française qui est en danger. Les grands circuits ne peuvent pas capter toutes les œuvres à potentiel économique, et ne laisser aux salles indépendantes que les films fragiles, exigeants ou difficiles, dont l'exploitation relève plus d'un choix artistique courageux que d'une perspective lucrative. Une répartition harmonieuse, partant d'une volonté ferme, doit être faite entre les différents écrans parisiens. Faute de quoi, on risque fort de se retrouver avec les mêmes quelques films diffusés sur tous les écrans ce qui, quelle que soit la qualité de ces heureux élus, serait un profond constat d'échec.

Fermeture temporaire du Balzac : le triste Noël de M. Schpolianski

Posté par MpM, le 14 décembre 2011

Le célèbre cinéma d'art et d'essai du quartier des Champs Élysées sera fermé du 21 au 27 décembre prochains. C'est la mort dans l'âme que Jean-Jacques Schpolianski, son directeur, a finalement pris cette décision après son premier appel à la mobilisation la semaine passée (voir notre actualité du 9 décembre).

Les raisons en sont dramatiquement simples : le Balzac n'a "rien de substantiel" à mettre sur ses écrans, après s'être vu refuser successivement Le Havre d'Aki Kaurismaki et A dangerous method de David Cronenberg qui sortent tous deux le 21 décembre.

Par cet acte symbolique, Jean-Jacques Schpolianski espère donc alerter le public comme les professionnels "sur la situation désespérée dans laquelle se trouvent aujourd'hui de nombreux cinémas indépendants en centre ville, faute d'avoir un accès suffisant aux films", précise le communiqué du Balzac.

En effet, de nombreuses salles indépendantes sont privées des films d'art et d'essai "porteurs" qui sont accaparés par les grands circuits. Or, l'absence de ces films représente un terrible manque à gagner pour des cinémas qui ont besoin de financer leur politique d'exigence et de découverte. Au Balzac, fin novembre, le nombre d'entrées était ainsi 10% moins bon qu'en 2010, année pourtant déjà médiocre.

Jean-Jacques Schpolianski conclut avec une question à la fois provocatrice et déchirante : "un cinéma comme le Balzac est-il encore utile et souhaité aux Champs-Elysées ?" Pour nous, la réponse est incontestablement oui. Déjà parce que la mort d'un cinéma est toujours un échec. Ensuite, parce que la programmation du Balzac permet une offre vraiment différente dans un univers cinématographique qui a tendance à s'uniformiser : films "confidentiels" en exclusivité, œuvres fragiles à qui l'on permet de rester quatre ou cinq semaines d'affilée à l'affiche, séances jeune public, concerts, opéra... Le Balzac n'est pas seulement un cinéma, c'est un véritable acteur culturel qui refuse de prendre le spectateur pour une vache à lait décérébrée. Dans le quartier, il faut avouer que c'est plutôt rare !

Aussi, c'est à chacun de prendre ses responsabilités pour que l'on ne construise pas un fast-food, un magasin de vêtements ou un parking, en lieu et place de ce véritable temple de la cinéphilie intelligente et conviviale.

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Mise à jour : Dans un communiqué de presse revenant sur la situation du Balzac, Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture, a émis le souhait "que le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et le Médiateur du cinéma puissent réunir rapidement l’ensemble des acteurs de l’exploitation sur les Champs-Elysées ainsi que les distributeurs, afin que des engagements clairs puissent être pris, pour garantir une réelle diversité de l’exploitation cinématographique à Paris et une bonne exposition des films." A suivre, donc.

Paris s’offre un nouveau festival avec le Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF)

Posté par geoffroy, le 22 novembre 2011

Le festival international du film fantastique de Gérardmer ne sera bientôt plus le seul à nous terroriser. En effet, sous l’impulsion conjointe de l’association Paris Cinéma Fantastique et du magazine MadMovies, un tout nouveau rendez-vous célébrant le cinéma fantastique ouvre ses portes dans la capitale du 23 au 27 novembre prochain au Gaumont Capucines (Paris 9ème)  : le Paris International Fantastic Film Festival.

Doté d’une programmation ambitieuse (sélection officielle longs métrages, sélection officielle courts métrages internationaux et français, séances spéciales, films hors compétition, avant premières…), tout est réuni, semble t-il, pour faire du PIFFF une manifestation d’importance d’un genre en demande de reconnaissance.

Mais alors, quid de Gerardmer, festival vosgien et neigeux organisé chaque année au mois de janvier ? Et bien qu’il risque de prendre de plein fouet cette « concurrence » intestine capable d’attirer nouveaux talents et valeurs sûres pour le plus grand plaisir d’un public cosmopolite (Paris oblige) en demande de sensations fortes. Paris offre deux avantages : une logistique permettant d'accueillir de nombreuses équipes, et un public beaucoup plus large. Les fans de L'Etrange festival devraient ainsi se régaler une fois de plus dans l'année.

Néanmoins, il faut saluer la démarche, tant il est difficile de nos jours de monter un festival international aussi ambitieux. Avec Roger Avery en président de ce premier jury, on peut au moins parier que cette édition sera suivie.

SELECTION OFFICIELLE – EN COMPETITION

Extraterrestre de Nacho Vigalondo (Espagne)

Retreat de Carl Tibbetts (Grande-Bretagne)

The Dead de Howard et Jonathan Ford (Grande-Bretagne)

The Innkeepers de Ti West (USA)

Masks de Andreas Marschall (Allemagne)

A Lonely Place to Die de Julian Gilbey (Grande-Bretagne)

Blind Alley de Antonio Trashorras (Espagne – Colombie)

Cassadaga de Anthony DiBlasi (USA)

Bellflower de Evan Glodell (Australie)

SÉANCES SPÉCIALES

Malveillance de Jaume Balaguero (ouverture)

4:44, Last Day on Earth de Abel Ferrara

Ray Harryhausen – Le Titan des Effets Spéciaux de Gilles Penso

The Violent Kind des frères Butcher

The Ward de John Carpenter

Détention de Joseph Kahn (clôture)

Le Jury

Roger Avary, réalisateur et scénariste canadien (Killing Zoe, Les Lois de l’attraction)

Jaume Balaguero, réalisateur espagnol (Darkness, Fragile, [Rec])

Christophe Gans, réalisateur français (Crying Freeman, Le Pacte des Loups, Silent Hill)

Lucile Hadzihalilovic, réalisatrice et scénariste française (Innocence)

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ACCÈS

Du 23 au 27 novembre 2011

Gaumont Opéra Capucines ; 2 boulevard des Capucines 75009 Paris

Tél. : 01 47 42 98 85

Y-a-t-il de la place pour un nouveau festival de cinéma à Paris?

Posté par vincy, le 23 octobre 2011

Sophie Dulac, productrice et distributrice indépendante, a décidé de lancer le premier Paris Film Festival, entièrement consacré aux cinémas franco-américains. Il se tiendra un peu avant Paris Cinéma, le festival créé par la Ville de Paris. Du 6 au 12 juin, Paris Film Festival investira les Champs-Elysées, l'avenue la plus belle du monde, l'une des plus chères, l'une des plus fréquentées d'Europe (600 000 personnes de toutes nationalités). Rendue légendaire par Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle (on ne peut as faire plus belle alliance franco-américaine), l'avenue accueille aussi de nombreux cinémas : des multiplexes (UGC et Gaumont) comme des indépendants dans les rues adjacentes (Lincoln, Balzac, Mac Mahon). Les Champs Elysées avaient déjà accueillis un festival de cinéma, le Festival du Film de Paris, jusqu'à sa disparition en 2007. L'avenue n'accueille plus de grands événements et la part de marché parisienne des cinémas du quartier décline depuis de nombreuses années, tandis que les salles les plus fragiles sont menacées.

Cependant, le Festival, qui se situera entre Cannes et Paris Cinéma, mais trois mois avant celui de Deauville, va devoir trouver sa place. Paris Film Festival cible clairement le grand public à travers les 150 séances prévues. Les avant-premières devraient séduire des spectateurs pas forcément cinéphiles. De plus, en concentrant l'événement dans un seul quartier, contrairement à Paris Cinéma, l'esprit d'un festival sera davantage présent, en plus d'être visible.

La programmation devrait comprendre une cinquantaine de films, diffusés dans sept salles autour des Champs. Une quinzaine de films français et américains, indépendants voire inédits seront projetés. Il n'y aura aucune compétition. A cela s'ajoutera une sélection de films candidats à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Plus étonnant de la part de cette distributrice spécialisée dans un cinéma plutôt pointu, elle envisage l'avant-première d'un blockbuster américain chaque soir. La plupart des grosses machines hollywoodiennes sortent après la mi-juin... Harvey Weinstein sera le premier invité d'honneur avec une "Hollywood conversation" en public. Une rencontre entre producteurs est aussi prévue pour l'angle plus professionnel.

Tout cela impactera forcément sur les avant-premières de Paris Cinéma mais aussi sur les sélections du festival du cinéma américain de Deauville si l'équipe autour de Sophie Dulac réussit son pari.

Un multiplexe à la place du Gaumont Grand Ecran Italie

Posté par vincy, le 1 septembre 2011

Depuis janvier 2006, la prestigieuse salle du Gaumont Grand Ecran Italie est fermée. Le modèle économique des cinémas mono-écran semble révolu, malgré l'avenir des films spectaculaires en relief. Après plusieurs années de mobilisation des riverains (et la création d'un collectif Sauvons le Grand Ecran), les différents projets de reconversion en zone commerciale (vêtements, décoration...) ont été abandonnés. Ultime rebondissement de ce feuilleton à haute-tension locale : Pathé devrait construire un multiplexe de 10 salles (1 250 fauteuils). L'annonce vient du Maire (PS) du 13e arrondissement, Jérôme Coumet (voir le texte complet). C'est une surprise puisque Gaumont dispose de 5 salles (1 146 places) à quelques centaines de mètres de là, avenue des Gobelins, et Pathé possède un multiplexes de 14 salles (3 780 places) à 3,5 kms. Avec les Gaumont Alésia, Montparnasse, Convention et Aquaboulevard, le réseau monopolise la partie sud de la capitale, reléguant en seconde zone les réseaux UGC et MK2 pourtant bien implantés, et concurrençant fortement les cinémas art & essais du quartier (La clef, L'escurial).

Si le projet n'est pas encore totalement concrétisé, dans l'attente d'autorisations administratives, c'est au moins un bon compromis qui se dessine, même si la zone d'achalandage risque d'être saturée.

Sauvons le Grand Ecran a accueilli la nouvelle avec circonspection pour ne pas dire "amertume".  <"Si on peut se féliciter que les recours de l'association Sauvons le Grand Ecran ont jusqu'ici évité à cette salle d'exception d'être transformée en simples boutiques, cette opération aboutirait en définitive... à la destruction pure et simple de ce complexe polyvalent unique en son genre dans toute la région !" explique l'association sur son site (voir texte complet). Le collectif se désole de voir la grande salle éparpillée façon puzzle en petites salles pour offrir seulement, au final, 400 places supplémentaires aux spectateurs.

Dans tous les cas, que ce soit en conservant l'immense salle ou en la transformant en multiplexe, on reste perplexe face à cette profusions de cinémas dans le sud est de Paris alors que certains quartiers se désertifient : le Nord Ouest, l'Ouest et même les très peuplés 10 et 11e arrondissement sont pauvres en salles. Le 13e, avec l'extension du MK2 bibliothèque et celle de l'UGC Gobelins, concentre, avec le 19e arrondissement la plupart des projets actuels.

Si aucun exploitant n'a voulu d'une seule grande salle, il aurait peut-être été utile de le transformer en un centre culturel polyvalent : le nombre de manifestations artistiques soutenues par la Mairie (Festival Paris Polar, Semaine italienne, Maghreb des Livres...) justifiaient au minimum une étude de prospection.

Les nouveaux cinémas ont aussi leur festival

Posté par MpM, le 21 juin 2011

festival des nouveaux cinémasParfois, devant certains films bénéficiant d’une sortie en salles, on a l’impression que le 7e art n’en finit plus de se répéter. On donnerait cher pour découvrir de nouveaux modes d’expression, de nouvelles expériences créatives, un nouveau cinéma, insolite et déroutant.

Jusqu’au 26 juin, une telle expérience est possible, et en plus elle est gratuite ! La 7e édition du  Festival des nouveaux cinémas propose en effet plusieurs programmes de courts et longs métrages venus du monde entier, ouverts à tous, et agrémentés de concerts ou de débats. Chaque soir, un nouveau lieu accueille la manifestation, qui voyage ainsi de salle  en salle. Du coup, pas d’excuse, il y a forcément une séance près de chez vous !

Pour ce qui est des films, c’est très varié : fable futuriste, thriller, comédie, récit initiatique, clip musical… Même chose pour les supports, puisque les œuvres sont indifféremment tournées en DV, avec un téléphone portable, ou un appareil photo numérique.

Innovation, diversité, nouveautés… Sur le papier, tous les ingrédients sont donc réunis pour donner un coup de jeune au 7e art. Il n’y a plus qu’à se précipiter dans l’un des cinémas participants (La Clef, Le Nouveau Latina, Le Réservoir…) pour découvrir si cette sélection prometteuse et séduisante tient toutes ses promesses.

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7e Festival des nouveaux cinémas
Jusqu’au 26 juin
Entrée libre
Programme et informations sur le site de la manifestation
Réservation conseillée sur resafestival@cinefac.fr

Du ciné à Ménilmontant… et pas seulement !

Posté par MpM, le 16 juin 2011

A quelques jours du début de l'été, les festivals, manifestations culturelles et autres festivités semblent se multiplier. Pour le plus grand bonheur des Franciliens cinéphiles qui ont l'embarras du choix entre une petite virée engagée au Brésil (7e festival Brésil en mouvements) et la découverte d'une facette inconnue du cinéma espagnol (4e festival Différent !). Sans oublier Paris cinéma début juillet...

En attendant, curieux et cinéphiles peuvent profiter de la douceur des soirées parisiennes pour assister à un événement gratuit et presque entièrement en plein air, la 4e édition du festival "du ciné à Ménilmontant" qui se tient dans le XXe arrondissement de Paris du 16 au 18 juin.

Durant trois jours, des projections, performances et concerts de fanfare sont en effet organisés sur la place Maurice Chevalier par l’association Ciné Ménilmontant, avec le parrainage de Jean-Michel Ribbes, et en partenariat avec la mairie du 20ème arrondissement, le festival Et 20 l’été, l’association des commerçants Les Canotiers et les associations de quartiers Belleville, Ménilmontant, Amandiers.

Se succèderont notamment les formations Les muses tanguent, Les grizz-li et In the spirit, qui proposent des voyages musicaux aux quatre coins du monde, des rythmiques tribales au jazz conceptuel, en passant par le ska, le funk ou le rock. Coté ciné, le festival promet de nombreux courts métrages avec une séance consacrée aux producteurs du Belleville/Ménilmontant (Mezzanine films, Année Zéro, MPM films...) et une rétrospective des films d’animations réalisés par les étudiants de l'ENSAD (Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs) depuis 10 ans. Enfin, le format long ne sera pas oublié avec un hommage au réalisateur iranien Jafar Panahi à travers son film Hors jeu (Ours d'argent à Berlin).

Le tout sera accompagné de l'installation Entités Statiques d'Ugo Bienvenu, réalisateur et chercheur aux arts décoratifs,  qui transformera la façade de l’église et les murs qui lui font face grâce à "des projections d’images fixes tirées du mix vidéo projeté sur l’écran principal". Tout un programme, qui achèvera d'enchanter ces trois soirées festives, joyeuses et un peu hors du temps.

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Festival « Du cinéma à Ménilmontant »
du 16 au 18 juin
Place Maurice Chevalier (Paris, XXe)
entrée libre
informations et programme sur le site de la manifestation

HH, Hitler à Hollywood : hymne au cinéma européen

Posté par vincy, le 3 mai 2011

Frédéric Sojcher (Cinéastes à tout prix) est un tel amoureux du cinéma qu'il filme avec un appareil photo une déclaration d'amour à la diversité culturelle. Sujet aussi politique que peu cinématographique, il réussit l'exploit de nous passionner pour un débat complexe et ancien avec des moyens à la limite du bricolage. Il s'aide de l'humour absurde, d'un rythme incessant, d'une dérision loufoque, voire d'un effet de joyeux bordel propre à son sujet : l'Europe. Cet hymne au cinéma européen est une contestation de la domination américaine, qu'il assimile à une entreprise guerrière de propagande. HH, Hitler à Hollywood (site officiel) n'évite aucun de ses paradoxes : Maria de Medeiros, actrice / réalisatrice portugaise, parlant français et anglais, connue essentiellement pour son rôle dans Pulp Fiction, oeuvre américaine par excellence, fait un documentaire sur Micheline Presle, l'une des doyennes du cinéma français qui a connu le succès à Hollywood. Cette ambivalence entre les cinémas européens et américains permet de confronter les visions des deux cinémas avec les nuances nécessaires.

Sojcher mise sur une esthétique propre : Medeiros est la couleur et la lumière quand les décors et les personnages secondaires sont davantage saturés et presque effacés. L'appareil photo qui sert de caméra rend l'ensemble fascinant et démontre que le cinéma est l'affaire de tous, comme la Nouvelle Vague avait rendu désuet les productions en studio. Il y a un goût de la liberté qu'on ressent jusque dans les moyens techniques. Cette même aspiration à vouloir être "indépendant" des normes américaines se retrouve à travers un tour d'Europe (Paris, Bruxelles, Londres, Berlin, Venise, Cannes, Malte, soit les trois grands lieux de festival et les deux plus importantes métropoles) qui commence comme une enquête et se termine comme une poursuite digne d'un Jason Bourne.

Le prétexte est de retrouver un film perdu. Plus la vérité approche, plus le mystère se dissipe, plus notre investigatrice découvre avec effroi les objectifs de la toute puissance américaine. Hollywood hits. Les succès d'Hollywood, comme vecteur de communication globale. Une frappe massive, loin d'être chirurgicale, qui n'admet pas la résistance du cinéma d'ailleurs. A travers des discussions, des témoignages, un scénario finalement bien ficelé, Sojcher démontre comment le cinéma américain, par des manipulations politiques, une force de frappe financière, une assimilation culturelle, a détruit le cinéma européen.

Il faudrait que la Commissaire européenne à la Culture voit ce film, écoute ce que Angelopoulos, Konchalovski, Schlöndorff, Wenders, Kusturica disent. Leurs arguments sont imparables sur le déséquilibre des forces, sur l'absence totale de synergie communautaire. Les Américains peuvent sortir leurs films dans toute l'Europe, squatter la plupart des écrans d'un multiplexe : les Européens, non. Où est le choix? Les Américains peuvent doubler leurs films dans la langue locale, les Européens subissent l'impact du sous-titrage. Ce protectionnisme unilatéral prend sa source dans les accords Blum-Byrnes en 1947, avantageant les productions américaines en facilitant leurs exportations. HH, Hitler à Hollywood devient ainsi un plaidoyer désespéré pour l'exception culturelle. Désespéré mais pas désespérant : c'est vif, efficace, instructif pour qui souhaite comprendre l'appauvrissement cinéphilique de ces trente dernières années.

A une semaine du Festival de Cannes, forteresse imprenable du cinéma international et des auteurs, Sojcher pousse un cri pour rappeler à quel point le cinéma ne peut exister qu'en étant varié. Avec le doyen Oliveira en guise d'image finale, il espère que cet art vieux de plus cent ans, comme son doyen, est éternel et ne mourra jamais.

Filmer cela avec un appareil Canon, une égérie du cinéma d'après guerre et une fiction autour d'une stratégie politique digne d'une stratégie guerrière, était sans aucun doute le meilleur moyen de hurler, de se battre, de rêver. Cela reste aussi une Utopie, comme il le signifie dans les derniers plans. Un idéal accentué par la faible combinaison de salles qui le diffuseront lors de sa sortie alors qu'il mériterait une extension du domaine de lutte jusque dans les collèges et lycées de l'Union européennne.

Le Saint-Germain-des-Prés fait peau neuve et s’associe à BHL

Posté par vincy, le 11 avril 2011

Le cinéma Saint-Germain-des-Prés (alias Le Saint-Germain) achève ses derniers travaux, après deux mois de chantier (voir aussi actualité du 28 novembre 2009). La soirée inaugurale aura lieu le 5 mai. Située à deux pas des cafés des Deux magots et du Flore, la salle s'offre aussi une nouvelle orientation culturelle.

La famille Henoschberg, qui exploite le cinéma depuis 1987 sous le label Etoile Cinémas (La Pagode, le Balzac et bientôt le multiplexe Porte des Lilas), "s'est associée avec un nouveau partenaire: l'écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy (via la société éditrice de La Règle du Jeu, la revue qu'il dirige depuis 20 ans)" annonce le communiqué reçu aujourd'hui.

BHL est aussi le réalisateur de films désastreux et détenteur d'une grosse fortune grâce à la vente de La Becob, société importatrice de bois africain fondée par son père. Figure médiatique omniprésente, il s'est récemment investit, avec passion, sur le dossier de la révolution libyenne, l'emprisonnement du cinéaste Jafar Panahi et sur l'affaire Roman Polanski.

Le cinéma Saint-Germain-des-Prés va devenir un lieu de programmations décalées, d'échanges et de dialogues, d'événements culturels. Un nouveau prix de cinéma va être créer, le prix Saint-Germain-des-Prés, décerné chaque année le deuxième lundi de janvier, par un jury exclusivement composé d'écrivains. Des rendez-vous comme les Rencontres entre cinéma et littérature, des cartes blanches offertes à des personnalités du cinéma ou du livre émailleront le calendrier.

"Côté jeune public, le club cinéma pour les enfants “la lanterne magique” débutera à la rentrée 2011-2012" précise le communiqué.

La salle se dote d'un miroir et d'un lustre à l'accueil, les murs noirs deviennent bleu nuits, l'espace de réception sera caché derrière l'écran : "le film à peine terminé, l’écran remonte et
dévoile un espace chaleureux pouvant accueillir une centaine de personnes
." Magique ...

Gaza-strophe : menaces sur le cinéma Saint-Michel

Posté par vincy, le 6 avril 2011

Une vingtaine de membres se disant de la Ligue de défense juive ont menacé le cinéma Saint-Michel (Paris 5e) à cause de la diffusion du documentaire Gaza-Strophe, Palestine de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk.

Le groupe a essayé d'enfermer le projectionniste et l'ouvreuse, espérant ainsi interrompre la séance, en fin d'après midi dimanche dernier. Ils ont résisté, prévenu la police et le groupe s'est volatilisé. Selon le cinéma Saint-Michel, le projectionniste aurait été frappé et ils auraient promis de brûler de cinéma. Ils ont aussi collé des autocollants de la LDJ et jeté des tracts haineux. Le groupe considère que ce documentaire est antisémite. Une plainte a été déposée et des poursuites judiciaires sont envisagées.

Le documentaire évoque l'opération israélienne "Plomb durci" dans la bande de Gaza, en Palestine. Il rassemble des dizaines de témoignages d'habitants au lendemain de l'offensive, qui s'est déroulée entre décembre 2008 et janvier 2009. Sorti le 16 mars, le film avait déjà subit deux annulations : une projection versaillaise et un débat à Ris-Orangis (région parisienne).

Le film a reçu le Grand prix du jury au Festival du Film d'Histoire de Pessac l'an dernier ainsi que d'autres prix dans les festivals de Marseille, Barcelone et Cagliari.

Le cinéma Saint-Michel avait été l'objet d'un attentat en octobre 88. Un groupe intégriste catholique avait incendié l'espace pour protester contre la projection de La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese. Il fête ses cent ans cette année.