Cannes a refusé Une séparation

Posté par vincy, le 30 août 2011

Dans une interview au Film Français, Alexandre Mallet-Guy, cofondateur de Memento Films, distributeur du film iranien d'Asghar Farhadi Une séparation, révèle que le Festival de Cannes n'avait pas sélectionné le film, qui lui avait été proposé.

Le distributeur se rappelle ainsi de sa première projection : "Dès qu'un premier montage a été terminé, il me l'a de suite montré. J'ai pris de suite les droits France, puis les droits monde avant la présentation berlinoise à la société Dreamlab. J'ai vu le film en décembre, en même temps que la sélectionneuse de Berlin. En janvier, Cannes l'a refusé pour la compétition. Et à Un certain regard, il ne pouvait avoir sa place garantie" explique-t-il.

Le film obtiendra finalement l'Ours d'or à Berlin (amplement mérité) et séduira 850 000 français cet été (un record pour un film iranien, et l'un des meilleurs box office pour un film asiatique depuis 10 ans en France.

Memento, qui avait déjà distribué le film de Farhadi A propos d'Elly en 2009, produira le prochain film du cinéaste. "Nous serons présents en production déléguée, sur le nouveau film d'Asghar Farhadi, un long-métrage 100 % français, qui sera tourné à Paris en langue française avec Tahar Rahim. Les premières prises de vue sont prévues au printemps prochain avec un budget d'environ 4 M€" annonce M. Mallet-Guy.

Une séparation sortira le 8 novembre en DVD et Blu-Ray. Memento prévoit de mettre en place 40 000 unités. Un coffret avec les cinq films du réalisateur est prévu pour 2012.

Berlin 2011 : le palmarès

Posté par MpM, le 19 février 2011

Nader et SImin, une séparation, ours d'or 2011Très peu de surprises dans ce palmarès 2011 qui récompense logiquement les trois meilleurs films de la compétition.

L'Iranien Asghar Farhadi était donné gagnant avec Nader et Simin, une séparation, regard aigu et profond sur la société iranienne contemporaine. En plus de la récompense suprême, le film reçoit un double prix d'interprétation masculine et féminine pour les 4 acteurs principaux, effectivement tous exceptionnels. Apparemment le coup de coeur du jury, après avoir été celui de la presse. Les premiers mots de Farhadi ont été pour Jafar Panahi, qu'il espère voir à Berlin l'an prochain. Comme nous tous.

Favori lui aussi de la presse, Bela Tarr, le grand maître du cinéma esthétique, repart avec un grand prix totalement justifié pour Le cheval de Turin, une oeuvre envoûtante et fascinante qui tient plus de l'expérience sensorielle que de la banale séance de cinéma. Au-delà du film, c'est toute la carrière d'un très grand réalisateur ayant annoncé son désir de ne plus tourner qui est célébrée.

The forgiveness of blood de Joshua Marston a été projeté le dernier jour du festival et n'a donc pas bénéficié du même buzz que les deux films précédents, pour autant le jury l'a fort justement retenu. Un prix du scénario logique pour cette histoire sensible et sobre d'un adolescent contraint à rester enfermé chez lui pour échapper à une vendetta lancée contre sa famille.

Un palmarès équilibré qui correspond globalement aux attentes. C'est à peine si l'on peut déplorer l'absence de Miranda July (The future) dans la liste des autres lauréats, et se demander, malgré tout le bien que l'on pense de Nader et Simin, une séparation, si cumuler tant de prix sur le même film était vraiment indispensable...

Ours d'or
Nader et Simin, une séparation d'Asghar Farhadi

Ours d'argent, Grand prix du jury
Le cheval de Turin de Bela Tarr

Ours d'argent du meilleur réalisateur
Schlafkrankheit d'Ulrich Köhler

Ours d'argent de la meilleure actrice
Leila Hatami et Sarina Farhadi pour Nader et Simin, une séparation

Ours d'argent du meilleur acteur
Peyman Moadi, Shahab Hosseini et Sareh Bayat pour Nader et Simin, une séparation

Ours d'argent de la meilleure contribution artistique
El premio de Paula Markovitch

Ours d'argent du meilleur scénario
The forviveness of blood de Joshua Marston

Prix Alfred-Bauer de l'innovation, du nom du premier directeur de la Berlinale
Wer, wenn nicht wir ? d'Andres Veiel

65 films en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère

Posté par vincy, le 14 octobre 2010

65 films. 65 pays. Pour la première fois, un film du Groënland et un autre d'Ethiopie vont entrer dans la compétition. Puis il y aura une sélection de 9 films qui aboutira aux cinq nommés (le 25 janvier 2011) et à un unique gagnant (le 27 février).

La France présente Des Hommes et des Dieux, de Xavier Beauvois. Il s'agit d'un des nombreux films cannois de la liste : la Palme d'or (Oncle Boonmee), mais aussi Hors-la-Loi, Carancho, Illegal, Dogtooth, Biutiful, Life above all, Illégal, Eastern Plays...

Albanie - East, West, East, Gjergj Xhuvani

Algerie - Hors-la-Loi, Rachid Bouchareb

Argentine - Carancho, Pablo Trapero

Autriche - La Pivellina,  Tizza Covi & Rainer Frimmel

Azerbaijan - Precinct,  Ilgar Safat

Bangladesh - Third Person Singular Number,   Mostofa Sarwar Farooki

Belgique - Illegal,  Olivier Masset-Depasse

Bosnie-Herzegovine - Cirkus Columbia,  Danis Tanovic

Brésil - Lula, o filho do Brasil,   Fábio Barreto

Bulgarie - Eastern Plays,  Kamen Kalev

Canada - Incendies,   Denis Villeneuve

Chili - The Life of Fish,  Matías Bize

Chine - Aftershock,  Feng Xiaogang

Colombie - Crab Trap,  Oscar Ruíz Navia

Costa Rica - Of Love and Other Demons,  Hilda Hidalgo

Croatie - The Blacks,  Goran Devic & Zvonimir Juric

Rép. Tchèque - Kawasaki’s Rose,  Jan Hrebejk

Danemark - In a Better World,  Susanne Bier

Egypte - Messages From The Sea,  Daoud Abdel Sayed

Estonie - The Temptation of St. Tony,  Veiko Öunpuu

Ethiopie - The Athlete,  Davey Frankel & Rasselas Lakew

Finlande - Steam of Life,  Joonas Berghail & Mika Hotakainen

France - Des Hommes et des Dieux,  Xavier Beauvois

Georgie - Street Days,  Levan Koguashvili

Allemagne - When We Leave,  Feo Aladag

Grèce - Canine,  Yorgos Lanthimos

Groenland - Nuummioq,   Torben Bech & Otto Rosing

Hong Kong - Echoes of the Rainbow,  Alex Law

Hongrie - Bibliteque Pascal,   Szabolcs Hajdu

Islande - Mamma Gógó,  Friðrik Þór Friðriksson

Indie - Peepli Live,  Anusha Rizvi

Indonesie - How Funny (This Country Is),  Deddy Mizwar

Iran - Farewell Baghdad, Mehdi Naderi

Irak - Son of Babylon,  Mohamed Al-Daradji

Italie - The First Beautiful Thing,  Paolo Virzì

Israël - The Human Resources Manager,   Eran Riklis

Japon - Confessions,  Tetsuya Nakashima

Kazakhstan - Strayed, Akan Satayev

Lettonie - Hong Kong Confidential,  Maris Martinsons

Macedonie - Mothers,  Milcho Manchevski

Mexique - Biutiful,  Alejandro González Iñárritu

Pays-Bas - Tirza, Rudolph van den Berg

Nicaragua - Le Yuma, Florence Jaugey

Norvège - Angel,  Margreth Olin

Pérou - Undertow,  Javier Fuentes-León

Philippines - Noy,  Dondon Santos

Pologne - All That I Love,  Jacek Borcuch

Portugal - Mourir comme un homme,  João Pedro Rodrigues

Puerto Rico - Miente, Rafi Mercado

Roumanie - If I Want to Whistle…I Whistle,  Florin Serban

Russie - The Edge,  Aleksei Uchitel

Serbie - Besa,  Srdjan Karanovic

Slovaquie - The Border,  Jaroslav Vojtek

Slovénie - 9:06,  Igor Sterk

Africa du Sud - Life, Above All,  Oliver Schmitz

Corée du Sud - A Barefoot Dream,   Tae-gyun Kim

Espagne - Even The Rain,  Iciar Bollain

Suède - Simple Simon, Andreas Ohman

Suisse - La petite chambre,  Stéphanie Chaut & Véronique Reymond

Taiwan - Monga,   Doze Niu

Thailande - Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, Apichatpong Weerathesakul

Turquie - Miel, Semih Kaplanoglu

Venezuela - Hermano, Marcel Rasquin

Berlin 2010 : un palmarès sans réelle surprise

Posté par MpM, le 20 février 2010

20104005_1_popup1.jpgDemi-surprise seulement devant le palmarès de cette 60e édition qui accorde la récompense suprême à une œuvre humaniste et artistiquement exigeante (Miel de Semih Kaplanoglu, fable au rythme extrêmement lent sur la relation entre un homme et son fils unis par l'amour de la nature), et distribue les autres prix aux principaux favoris, de la presse internationale notamment. On notera notamment le beau symbole pour Polanski, personnellement honoré.

Par contre, est-il bien raisonnable de décerner (en plus du Grand Prix) le prix de l'innovation au film roumain If I want to whistle, I whistle certes touchant mais pas franchement révolutionnaire, ni par son sujet (l'enfance brisée d'un adolescent sur le point de sortir de prison), ni par sa forme ? Alors que Mammouth, avec son audace stylistique et sa grande liberté de ton, semblait le candidat idéal... On peut aussi être déçu par l'absence d'On the path de Jasmila Zbanic (Bosnie) ou de A somewhat gentle man de Hans Peter Molland (Norvège). Mais au moins peut-on s'estimer heureux que Werner Herzog ait trouvé quelques concurrents à son goût...

Ours d'or
Bal (Miel) de Semih Kaplanoglu (Turquie)

Ours d'argent, Grand prix du jury
Eu cand vreau sa fluier, fluier (If I Want To Whistle, I Whistle) de Florin Serban (Roumanie)

Ours d'argent du meilleur réalisateur
Roman Polanski pour The Ghost writer (France / Grande Bretagne)

Ours d'argent de la meilleure actrice
Shinobu Terajima dans Caterpillar de Koji Wakamatsu (Japon)

Ours d'argent du meilleur acteur
Ex-aequo Grigori Dobrygin et Sergei Puskepalispour Kak ya provel etim letom (How I Ended This Summer) d'Alexei Popogrebsky (Russie)

Ours d'argent de la meilleure contribution artistique
Alexei Popogrebsky pour le travail de la caméra dans Kak ya provel etim letom (How I Ended This Summer) (Russie)

Ours d'argent du meilleur scénario
Wang Quan'an and Na Jin pour Tuan Yuan (Apart Together) de Wang Quan'an (Chine)

Prix Alfred-Bauer de l'innovation, du nom du premier directeur de la Berlinale
Eu cand vreau sa fluier, fluier (If I Want To Whistle, I Whistle) de Florin Serban (Roumanie)

Berlin 2010 : retour sur une compétition sans choc ni révélation

Posté par MpM, le 20 février 2010

shekarshiTandis que Werner Herzog et son jury en sont désormais à négocier le palmarès de cette 60e édition, partout ailleurs, l'heure est au bilan. Avec une question cruciale : alors, 2010, bonne édition ? La réponse est en demie-teinte, comme souvent à Berlin. Car si la sélection officielle s'est révélée de bonne tenue (sans véritable désastre, à l'exception de Jud Süss d'Oskar Roehler, et dans une moindre mesure de Caterpillar de Koji Wakamatsu), elle n'a offert ni choc ni révélation.

Sur les 20 films concourant pour l'Ours d'Or, tous présentent un véritable intérêt (politique, esthétique ou scénaristique), mais en contrepartie, aucun d'entre eux n'est exempt de défauts.

Oeuvres socio-politiques

james francoFait notable, la compétition se répartissait cette année assez harmonieusement entre oeuvres socio-politiques et oeuvres plus légères, voire films de genre. Ne nous leurrons pas, ce sont clairement les premiers qui ont le plus de chance car c'est traditionnellement ce type de film qui gagne à Berlin. Pour le symbole, on voit ainsi bien Shekarchi de l'Iranien Rafi Pitts repartir avec quelque chose, dans la mesure où il s'agit de l'histoire d'un homme cherchant à venger sa famille tuée par la police lors d'une manifestation. Comme un geste fort à destination de Téhéran, et des nombreuses victimes du régime.

Dans un autre style, deux films abordant la question de la religion pourraient avoir séduit le jury. Shahada de Burhan Qurbani traite avec subtilité du recours systématique à une foi plus dure en période de crise. Il met en scène un Islam tolérant, ouvert et compassionnel qui se dresse avec force contre les dérives de croyants plus dogmatiques, délivrant un message de fraternité et d'espoir. On the path de Jasmila Zbanic s'intéresse également à la confrontation entre deux visions opposées de la religion musulmane. D'un côté une jeune femme émancipée vivant une foi libre et peu contraignante, et de l'autre son compagnon qui devient brusquement membre d'une société wahhabite conservatrice. La réalisatrice, qui refuse de prendre parti, décortique le délitement progressif de leurs relations, dû à une incompréhension mutuelle grandissante. Dans les deux cas, il ne s'agit pas tant de films sur la religion que sur la difficulté du vivre ensemble.

balAutre thème bien représenté durant cette Berlinale, l'enfance sacrifiée. D'ailleurs, le Roumain Florin Serban a une chance avec  If I want to whistle, I whistle, le portrait d'un adolescent sur le point de sortir de prison. Assez formaté, mais suffisamment fort pour marquer les esprits. En face, c'est plus difficile pour Submarino de Thomas Vinterberg qui suit deux frères (un drogué et un alcoolique) traumatisés par leur passé. Misérabiliste pendant une bonne part du film, et globalement prévisible, on est loin de Festen.

Bien sûr, on parle aussi de The Ghost writer, thriller politique sur un ex-Premier ministre britannique aux faux airs de Tony Blair. Et récompenser Roman Polanski en plein scandale judiciaire pourrait être un signe fort... à moins que cela ne soit trop "risqué" pour un festival qui ne veut surtout pas avoir l'air de prendre parti. Mais Werner Herzog aurait-il ce genre de scrupule ?

La part belle à l'humour

how i ended this summerDans l'autre catégorie, celle des oeuvres plus légères, on peut presque s'avérer gâté. Car oui, cette année, on a bien ri à Berlin ! Un rire plus ou moins subtil, selon qu'il s'agit de Zhang Yimou (A woman, a gun and a noodle shop, remake farcesque de Blood simple des frères Coen) ou de Noah Baumbach et son absurde et un peu ennuyeux Greenberg. Mais surtout, on a eu droit à une comédie scandinave complétement décalée, mélangeant polar et burlesque (A somewhat gentle man de Hans Peter Molland avec un Stellan Skarsgarg bon candidat au prix d'interprétation), et au nouveau délire des Français Delépine et Kervern, Mammuth, avec Gérard Depardieu en jeune retraité à la recherche de justificatifs administratifs... prétexte à un road-movie décapant qui a beaucoup fait rire la presse étrangère (presque autant que le show débridé qui a tenu lieu de conférence de presse). C'est moins bon que Louise Michel, mais hilarant au vu du niveau général, le tout sans être dénué de fond. Rappelons à toutes fins utiles qu'à Berlin, il existe un prix de l'audace...

gerard depardieu mammuthPour ce qui est des autres genres cinématographiques, il y en a eu pour tous les goûts. Polar brutal chez Winterbottom avec The killer inside me (Casey Affleck assure, et l'on ne s'ennuie pas une seconde), biopic sur Allen Ginsberg pour Rob Epstein (Howl, où James Franco a lui aussi impressionné), mélo familial naturaliste danois (Une famille de Pernille Fisher Christensen, tout en retenue, et avec un duo d'acteur formidable, Lene Maria Christensen et Jesper Christensen), conte initiatique argentin extrêmement ténu et efficace (Puzzle de Natalia Smirnoff, où l'on n'a d'yeux que pour la merveilleuse Maria Onetto), fable humaniste sur les rapports entre l'homme et la nature (Bal de Semih Kaplanoglu, dernier volet de sa trilogie "Yusuf")... autant de sérieux concurrents pour un prix d'interprétation, ou une récompense de moindre importance.

a woman a gun and a noodle shopEnfin, il ne faut pas oublier How I ended this summer (Alexei Popogrebsky), thriller psychologique qui se déroule dans le cercle arctique. Lent et parfois contemplatif, mais purement envoûtant, voire palpitant. Un film ovni qui exploite habilement la beauté de ses paysages sans tomber dans l'esthétisme de carte postale, et apprend au spectateur ce que signifie vraiment l'expression "conditions extrêmes". Accessoirement très bien accueilli par la presse internationale...

C'est pourquoi, quel que soit le résultat final, on peut d'ores et déjà affirmer que Berlin a parfaitement réussi le pari du 60e : peu de paillettes, beaucoup de curiosité, et un amour toujours renouvelé du cinéma. Et un public toujours aussi nombreux (on parle même d'un record de fréquentation). De quoi être confiant pour les 60 prochaines années...

Berlin 2010 : Adoption, Ours d’or symbolique en 1975

Posté par vincy, le 17 février 2010

La Berlinale a longtemps subit la Guerre Froide. Créée par le camp occidental à Berlin-Ouest, le mur avait figé les rapports avec les pays de l'Est de l'Europe. Un dégel s'opère dans les années 70, alors que le festival se tenait encore au début de l'été. Seuls le cinéma yougoslave (pays non aligné officiellement) avait droit de présence, et avait d'ailleurs récolté un Ours d'or en 1969. En 1974, un film russe est invité. En 1975, la compétition propose des films polonais, roumain, est-allemand, tchécoslovaque et russe. Une invasion. Y compris au palmarès : un acteur slovène, un réalisateur soviétique, un court métrage tchèque remportent chacun un Ours d'argent. Et pour couronner l'événement, le jury de l'actrice Sylvia Syms décerne l'Ours d'or du meilleur film à Adoption, de la hongroise Marta Meszaros (qui gagne aussi trois autres prix parallèles).

Adoption, l'histoire d'une ouvrière qui veut absolument un enfant avec son amant, un homme marié, sera une grande habituée du Festival, sélectionnée quatre fois, primée quasiment à chaque voyage,  et récompensée par une Caméra d'honneur en 2007. Cannes lui remettra un Grand prix du jury en 1984. Elle aura été aussi membre du jury en 1976.

Après cette date charnière, le festival se transforme en"ambassade" du cinéma du bloc communiste. Un Ours d'or sera remis à un film soviétique en 1977, L'ascension, de Larisa Shepitko, à une oeuvre est-allemande en 1985, quatre avant la chute du Mur, Die Frau und der Fremde, de Rainer Simon, et de nouveau à un film soviétique en 1987, Le thème, de Gleb Panfilov.

Car la fine fleur du cinéma venu de l'autre côté du rideau de fer a l'autorisation de présenter leurs oeuvres dans le camp ennemi. Par propagande évidemment. Car pendant ce temps là, si Sokourov, Sandor, Szabo, Wajda sont projetés, ils ne sont pas forcément visibles dnas leur propre pays...

Berlin 2010 : Rainman, symbole hollywoodien, Ours d’or

Posté par vincy, le 13 février 2010

En 1989, Rainman remporte l'Ours d'or. Tout un symbole. Car si le film fut marquant cette année-là, notamment grâce à ses Oscars et la "performance" de Dustin Hoffman, il est surtout le représentant d'un cinéma hollywoodien : un blockbuster dans une sélection très inégale. Jusqu'au milieu des années 90, les studios américains bénéficiaient d'un passe-droit pour placer leurs films "à Oscars", sortis en fin d'année aux USA et prêts à envahir l'Europe. Berlin servait de tête de pont idéale.

En 89, la sélection offrait ainsi un Jonathan Kaplan (The Accused), un Oliver Stone (Talk Radio) et un Alan Parker (Missippi Burning) face à Nuytten (Camille Claudel), Yamada (Dauntaun hirozu), Rivette (La bande des quatre), Saura (La noce oscura),  Greengrass (Resurrected), entre autres. Etonnant que le Levinson, le plus formaté de tous, fut le gagnant (sans doute consensuel), alors que le palmarès couronna aussi bien Adjani, que le réalisateur Dusan Hanak ou le film de Ziniu Wu. Les Américains repartirent avec le prix spécial du scénario (Eric Bogosian), le prix d'interprétation masculine (Gene Hackman) et un Ours d'honneur pour... Dustin Hoffman.

Ce sera le chant du cygne pour le cinéma américain au palmarès de Berlin. Le pays détenteur de six Ours d'or, très variés, en moins de 39 édition, en récoltera encore quelques uns, mais seulement trois de cinéastes américains, et aucun depuis 2001.

La Berlinale fut créée pour des raisons de propagande anti-communiste en 1951 par les Américains, et dans une moindre mesure par les Anglais. L'influence anglo-saxonne va se réduire comme peau de chagrin après la chute du Mur, et de plus en plus de films indépendants prendront la place de studios qui sortent les films désormais simultanément en Amérique et en Europe.

Rainman est à ce titre symbolique. Dernière machine hollywoodienne efficace et mémorable a recevoir autant d'honneur, ce sera aussi l'ultime gros succès public et mondial de l'histoire des Ours d'or, en dehors du Miyazaki (Le voyage de Chihiro).

Dorénavant, ces films aux budgets marketing imposants se retrouvent hors-compétition pour des soirées de galas et assurer le parterre de stars sur le tapis rouge. Et les Ours d'or vont être décernés à des talents prometteurs plutôt qu'à des cinéastes confirmés. D'ailleurs Levinson, jamais sélectionné à Cannes ou Venise, y a ses plus beaux souvenirs. Bugsy et Toys furent sélectionnés (on se demande pourquoi) mais malchanceux tandis que Wag the Dog est reparti avec prix spécial du jury.

Mais là au moins c'était cohérent avec l'orientation historique du Festival : la politique. Ironiquement, c'est aussi un réquisitoire contre la puissance américaine et le pouvoir des images fabriquées par Hollywood.

Berlin 2010 : Ang Lee, garçon d’honneur avec deux Ours d’or

Posté par vincy, le 12 février 2010

Avec deux films radicalement différents, le cinéaste Ang Lee doit à Berlin deux de ses plus prestigieux prix, l'Ours d'or. Il est le seul réalisateur à avoir obtenu deux fois la récompense pour Garçon d'honneur, une comédie de moeurs (1993), et Raisons et sentiments, drame sentimental (1995). De la communauté chinoise expatriée à New York aux costumes de Jane Austen, il montre déjà son goût du grand écart. Pourtant, il y a beaucoup en commun : le refoulement des émotions, l'impossibilité d'exprimer son Amour (avec un grand A) au grand jour, les carcans de la société qui empêchent de s'épanouir ouvertement.

Garçon d'honneur, avec un soupçon de mélancolie et quelques touches cocasses, fait vibrer les coeurs et, avec ce film, il débute une longue filmographie gay-friendly.

Raisons et sentiments, non sans sarcasme dans le scénario d'Emma Thompson, s'avère plus subtil et lui permet d'explorer des mondes très étrangers (lointains?) de sa propre culture.

Dans les deux cas, il est le représentant de cette vague asiatique qui déferle depuis la fin des années 80 à Berlin. En 1988, Zhang Yimou (cette année encore en compétition), remporte le premier Ours d'or du continent avec Le Sorgho Rouge. En 1993, ex-aequo, avec Garçon d'honneur (officiellement taïwannais), La femme du lac des  âmes parfumées de Xie Fei, donne le deuxième Ours au cinéma chinois.

Berlin 2010 : Le fantôme de Polanski entre ombre et lumière

Posté par vincy, le 12 février 2010

ghostwriter-mcgregor.jpgThe Ghost Writer devait ouvrir le Festival de Berlin, mais les organisateurs ont préféré ne pas obstruer le premier jour du 60e anniversaire avec une polémique potentielle et des gros titres sur l'affaire juridique qui cloître le réalisateur Roman Polanski en Suisse."Nous ne voulions pas qu'il y ait une interprétation comme quoi la Berlinale prenait position dans cette histoire privée." C'est donc sans son réalisateur que l'importante production internationale a été montrée ce vendredi, dans un Berlin enneigé jusqu'aux mollets.

Ironiquement, le thriller, efficace et non dénué d'humour, doté d'un final triplement tragique (et plein de surprises), fait écho, malgré tout, à la situation du réalisateur. En effet, Pierce Brosnan incarne Adam Lang un ex-premier ministre britannique (aux forts accents blairistes) victime d'une accusation qu'il estime infondée et qui doit le trainer devant la Cour de justice internationale de La Haye pour crime contre l'humanité.  Lang estime que c'est absurde et qu'il est le centre d'un procès en sorcellerie alors que ses décisions avaient été prise au nom de l'intérêt général dans la lutte contre le terrorisme. Les médias y sont filmés comme des vautours en quête d'une proie sensationnelle. Les activistes en colère sont dépeints comme des hystériques. L'ex-PM est obligé de résider dans un pays étranger pour échapper à la justice de son pays... Troublante coïncidence. Le discours de Lang sonne comme un réquisitoire contre le mode binaire et simpliste dans lequel on tente de caser tout raisonnement même complexe.

Polanski dresse un portait attendrissant de ces personnages humiliés publiquement ou menacés. Mais conservant toujours le sourire et sauvant la face dès qu'une caméra apparaît...

Il ne pouvait y avoir de film plus symbolique dans l'oeuvre du cinéaste pour le représenter en son absence. Ses acteurs lui ont rendu hommage. Ewan McGregor qui signe sa meilleure performance depuis des lustres affirme qu'"il est très respecté parce que c'est un cinéaste extraordinaire. Il a une maîtrise du plateau, je n'avais jamais vu ça. C'est un grand maître, très exigeant avec l'équipe. Nous avons tourné une fois 22 heures d'affilée et bon, il a quand même 76 ans!". Brosnan en rajoute une couche : "Son énergie est féroce. Il a une façon de régner sur le tournage qui oblige tout le monde à assurer".

Polanski a un belle histoire avec le Festival puisqu'il a été sélectionné trois fois : en 1965 avec Repulsion (Prix de la crtique et Prix spécial du jury), en 1966 avec Cul-de-Sac, Ours d'or, et en 1972 avec Afternoon of a Champion (Mention spéciale).

La Berlinale présente son jury du 60e anniversaire

Posté par vincy, le 26 janvier 2010

 Autour de Werner Herzog, président du jury du 60e festival du film de Berlin déjà annoncé, il y aura un jury cosmopolite. La réalisatrice italienne Francesca Comencini, l'écrivain somalien Nuruddin Farah, la comedienne et chanteuse allemande Cornelia Froboess, le producteur espagnol José Maria Morales, l'actrrice chinoise Yu Nan et last, but not least, la star oscarisée américaine Renée Zellweger.