Les reprises de l’été: Le lauréat de Mike Nichols

Posté par vincy, le 12 juillet 2017

Ce qu'il faut savoir: "Mrs. Robinson, you're trying to seduce me. Aren't you?". C'est sans aucun doute l'une des phrases les plus célèbres du cinéma. Et la musique de Simon & Garfunkel est assurément l'une des plus populaires de l'histoire des B.O.F. Pour son 50e anniversaire, et pour la première fois en version restaurée 4K, Carlotta a la bonne idée de ressortir Le Lauréat (The Graduate). Le film a été le plus gros succès de l'année 1967 (et reste l'un des trente films les plus vus en salles en Amérique du nord), en plus de récolter l'Oscar du meilleur réalisateur pour Mike Nichols (et 7 nominations dont trois pour les acteurs, celle du scénario, celle de l'image et celle du meilleur film).

Le pitch: Benjamin Braddock vient d’achever ses études couvert de diplômes. Au cours d’une réception organisée par ses parents, il rencontre Mme Robinson, une amie de ces derniers. Elle séduit le jeune homme, lui faisant découvrir les plaisirs de l’amour. Les parents de Benjamin, qui ignorent tout de cette relation, incitent bientôt leur fils à sortir avec Elaine, la fille des Robinson. Réticent au début, il s’attache rapidement à l'étudiante…

Pourquoi c'est culte? Selon Steven Spielberg: "Pour moi, Le Lauréat est une expérience de cinéma autant qu’une leçon de maître sur la manière de tourner une scène." Mike Nichols n'en est pourtant qu'à son deuxième film, un an après Qui a peur de Virginia Woolf ?.
Le Lauréat est un film générationnel, en plein dans les années 1960, entre rejet des conventions et du conformisme, libération sexuelle et jeunesse idéaliste. C'est une critique subversive sur une société asphyxiée, oppressante, glacée et hypocrite. Il devance le « Summer of Love » de 1968 et les révoltes contre la guerre du Vietnam. Ce qui rend attachant le personnage de Dustin Hoffman est qu'il est entre les deux. Il a d'ailleurs 30 ans au moment du tournage. Il est censé incarner un jeune homme de 20 ans. Cette ambivalence profite au film, en plus de la sublime photo "californienne" et des airs mémorables de Simon & Garfunkel. La mise en scène de Mike Nichols créé des plans inoubliables: de la piscine à l'église où on célèbre le mariage, en passant par la célèbre scène où Benjamin est pris en tenailles entre les jambes de Mme Robinson… Maintes fois parodiée, copiée, reprise....

Le saviez vous? Dustin Hoffman, Katherine Ross, Anne Bancroft. Le trio n'était pourtant pas celui prévu. Ronald Reagan, Jeanne Moreau, Robert Redford étaient les candidats idéaux pour le couple Robinson et Benjamin. Et en fait tout Hollywood a été casté: Warren Beatty, Patricia Neal, Faye Dunaway (qui a préféré tourner Bonnie & Clyde), Geraldine Page, Doris Day, Simone Signoret, Sally Field, Candice Bergen et même Ava Gardner! Mike Nichols a été exigeant, au point d'offrir le rôle de Benjamin à un acteur de théâtre qui n'avait jamais été au générique d'un film. Le plus ironique est qu'au moment du tournage, Anne Bancroft, qui incarne la mère, a 36 ans, Dustin Hoffman 30 ans et Katharine Ross 27 ans. Pas vraiment l'âge de l'emploi pour les trois. Si Moreau n'a pas eu le rôle, c'est à cause des producteurs qui ne voulaient pas d'une étrangère. En échange ils ont cédé sur la musique que Nichols voulait absolument confier à Simon & Garfunkel.
L'autre ironie de l'histoire est que Dustin Hoffman a failli ne jamais avoir le rôle. Il avait été enrôlé pour le film de Mel Brooks, Les producteurs. Brooks lui avait donné l'autorisation pour auditionner, sachant que sa femme, une certaine Anne Bancroft, venait d'être choisie. Brooks pensait qu'il ne serait pas pris, trop âgé, pas assez beau. Hoffman pensait avoir raté son audition...

Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Golshifteh Farahani, Monica Bellucci, Céline Sciamma et Emmanuelle Bercot nouveaux votants aux Oscars

Posté par vincy, le 29 juin 2017

oscarsL'Académie des Oscars accueille 774 nouveaux membres cette année, en provenance de 57 pays, de 19 à 95 ans Dorénavant, les femmes représentent 39% du collège électoral (+11 points) et les minorités ethniques 30% (+17 points, +331% depuis 2015). L'équilibre promis après la campagne en 2016 #OscarsSoWhite semble en bonne route. 7 collèges (dont celui des acteurs) accueillent ainsi plus de femmes que d'hommes cette année.

Plusieurs français rejoignent les heureux votants dont Omar Sy et Charlotte Gainsbourg, assez logiquement vu leurs carrières internationales, et Emmanuelle Bercot.

On peut signaler aussi Riz Ahmed, Aishwarya Rai , Monica Bellucci, Daniel Brühl, Maggie Cheung, Chris et Luke Evans, Elle Fanning, Golshifteh Farahani, Gal Gadot, Armie Hammer, Chris Hemsworth, Dwayne Johnson, Tony Leung, Rami Malek, Sienna Miller, Viggo Mortensen, Chris Pratt, Zachary Quinto, Margot Robbie, Amanda Seyfried, Kristen Stewart, Channing Tatum, Aaron Taylor-Johnson, Paz Vega et Shailene Woodley parmi les comédiens.

Côté cinéastes, Fatih Akin, Derek Cianfrance, Carlos Diegues, Amat Escalante, Tom Ford, Ann Hui, Barry Jenkins, Alejandro Jodorowsky, Kim Ki-duk, Mohammed Lakhdar-Hamina, Kleber Mendonça Filho, Brillante Mendoza, Takashi Miike, Arturo Ripstein, Guy Ritchie, les frères Russo, Johnnie To, Tran Anh Hung, Pablo Trapero font leur entrée.

Notons aussi l'arrivée de Claude Barras et Céline Sciamma (Ma vie de Courgette), respectivement dans le collège animation et dans celui des scénaristes.

Daniel Day-Lewis prend sa retraite. Hommage en 9 extraits de films!

Posté par vincy, le 20 juin 2017

A 60 ans, Daniel Day-Lewis, acteur plutôt rare, a décidé de prendre sa retraite. Il en a fait l'annonce aujourd'hui par communiqué, dans le magazine Variety. "Il s’agit d’une décision personnelle et ni lui, ni ses représentants ne feront de commentaires sur ce sujet" se justifie-t-il, tout en remerciant tous ses collaborateurs et le public.

Fils du célèbre poète britannique Cecil Day-Lewis, marié à Rebecca Miller, la fille du dramaturge Arthur Miller, et ancien compagnon d'Isabelle Adjani, le londonien a commencé au théâtre dans les années 1970 avant de crever l'écran dans My Beautiful Launderette et Chambre avec vue en 1985. Perfectionniste et exigeant, il n'a tourné depuis 33 ans que 16 films, préférant parfois revenir à sa passion du bois (ébéniste) ou même au métier de cordonnier (qu'il a appris en Italie. Au fil de sa carrière il a été nommé 5 fois aux Oscars et a gagné trois (My Left Foot, There Will Be Blood et Lincoln, son dernier film à date, en 2012), 2 Golden Globes, 4 BAFTA et une Berlinale Camera (en 2005). Immense acteur, tour à tour déprimé ou tourmenté, il aura été filmé par Scorsese, Spielberg, Ivory, Frears, Kaufman, Sheridan, Mann et Hytner.

Son dernier film, Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, sur un couturier évoluant dans la haute société et l'aristocratie londonienne des années 1950, doit sortir fin décembre aux Etats-Unis et à l'hiver prochain en Europe.

Voici 9 extraits ou bande annonces de ses plus grands films.

THERE WILL BE BLOOD

LINCOLN

MY BEAUTIFUL LAUNDRETTE

CHAMBRE AVEC VUE

MY LEFT FOOT

GANGS OF NEW YORK

L'INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DE L'ÊTRE

AU NOM DU PÈRE

LE TEMPS DE L'INNOCENCE

Le silence de Jonathan Demme (1944-2017)

Posté par redaction, le 26 avril 2017

Jonathan Demme est décédé mercredi 26 avril à New York des suites d'un cancer, à l'âge de 73 ans.

Issu de l'école Roger Corman, il avait débuté sa carrière à l'âge de 30 ans, en 1974, avec 5 femmes à abattre. Le réalisateur y donnait déjà le ton de la première partie de sa  filmographie, un mélange d'humour, parfois noir, parfois sarcastique, d'action mais surtout des personnages souvent féminins, exploités mais sachant prendre leur revanche. Il a d'ailleurs tourné de nombreux films un peu barrés avant d'être consacré par ses pairs. Ses premiers films durant les années 70 - Crazy Mama, Colère froide, Handle with Care, Meurtres en cascade (son premier thriller avec une vedette), en 1979, Melvin and Howard - ne marquent pas les esprits. Il s'essaye alors à différents genres.

Dans les années 1980, il se diversifie : vidéo clips, téléfilms, séries, docus.... Fan de musique, il dédaigne presque la fiction (hormis Swing Shift avec Goldie Hawn et Kurt Russell en 1984) et ne tourne rien jusqu'en 1986. Là, sa carrière décolle avec le débridé Dangereuse sous tous rapports (Melanie Griffith), le jouissif Veuve mais pas trop (Michelle Pfeiffer) et finit ainsi les années 1980 avec deux succès, deux comédies où l'action et le polar ne sont pas loin.

Doublé magique

Or ses deux grands films, et d'ailleurs la suite de sa carrière, seront aux antipodes de ce genre où il excellait. En 1991, il créé le duo le plus fantastique du cinéma américain, le bien et le mal, où l'innocence est une notion bien floue quand un cannibale est moins monstrueux qu'un serial-killer. Le silence des agneaux va devenir une référence dans le genre. Outre son immense carton public et critique, le film est l'un des rares à recevoir le quinté gagnant aux Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur acteur pour Anthony Hopkins et meilleure actrice pour Jodie Foster.

Deux ans plus tard, il réalise la première grosse production hollywoodienne sur le SIDA, avec Philadephia. Tom Hanks sera oscarisé tout comme Bruce Springsteen pour la chanson du film. Son cinéma est minutieux, toujours centré sur la psychologie humaine, sur le dialogue entre des opposants ou des incompris. Mais Jonathan Demme va enchaîner deux fiascos qui vont lui faire perdre rapidement son aura de grand cinéaste. En 1998, Beloved, d'après le grand roman de Toni Morrison, film de 3 heures avec Oprah Winfrey et Danny Glover, est attaqué par la critique, boudé par le public. En 2002, il signe le remake de Charade, avec La Vérité sur Charlie. Plantage.

Cinéaste insatiable

Il se refait grâce à un autre remake, en 2004, Un crime dans la tête, bon thriller politique avec Denzel Washington, Liev Schreiber et Meryl Streep, puis retrouve ses premières amours avec la comédie féminine (Rachel se marie, en 2008 avec Anne Hathaway, Rosemarie DeWitt et Debra Winger). Il faut alors attendre 2015 pour qu'il revienne derrière la caméra pour une fiction. Ricki and the Flash, show construit pour Meryl Streep, n'a rien d'un grand film, mais il y a toujours cet attachement personnel que Demme a pour les femmes un peu déjantées mais autonomes, et surtout pour la musique. On lui doit trois docus sur Neil Young parmi de multiples documentaires sur le rock ou la pop (Justin Timberlake + the Tennessee Kids). De même, il est passionné de politique (docus sur Jimmy Carter ou la démocratie en Haïti), et a filmé des scientifiques (le biologiste Tyrone Hayes, l'agronomiste Jean Dominique).

Quatre décennies à filmer des histoires ou la réalité, qui, selon lui, reflétaient le monde. A jouer des gros plans, des regards qui fixent la caméra, à amener ses acteurs à une certaine vérité, loin des artifices hollywoodiens (au total huit d'entre eux auront été nommés au Oscars, et trois l'auront gagné, grâce à ses films).

Gentil et généreux

Finalement, Jonathan Demme était inclassable. Des spectacles hollywoodiens aux excentriques films indés en passant par des docs rocks et des épisodes de séries, il semblait ne suivre aucun plan de carrière. Il expliquait il y a quatre ans qu'il suivait toujours son enthousiasme, qu'il avait eu la chance de ne jamais se répéter. "J'adore le thriller, mais j'ai eu la chance de faire Le silence des agneaux, alors je ne voudrais pas réaliser un thriller qui soit moins bien que celui-là."

"J'ai rencontré des tonnes de gens avec Moonlight mais mon camarade Demme était le plus gentil, le plus généreux", a tweeté le réalisateur Barry Jenkins. De l'avis général, il était en effet très humain. L'épouse de Jonathan Demme et ses trois enfants, ont demandé qu'"à la place de fleurs", ceux qui le souhaitaient effectuent, en son hommage, des dons à l'association de défense des immigrés Americans for Immigrant Justice.

Oscars 2017: La La Land, Moonlight, deux enveloppes et un addict aux tweets

Posté par cynthia, le 1 mars 2017

Dans la nuit de dimanche à lundi, le plus grand malaise de l'histoire des Oscars a eu lieu au Dolby Theater. Non ce n'est pas Jennifer Lawrence qui s'est encore cassée la figure, c'est bien pire: ils ont annoncé le mauvais gagnant. Alors si vous vivez dans une grotte et que vous n'avez pas vu cet accident industriel, on vous rappelle les faits.

Le pataquès sur scène devant les caméras

La cérémonie touche à sa fin lorsque Faye Dunaway et Warren Beatty, le duo de Bonnie & Clyde (ça finissait mal d'ailleurs ce film) sont appelés à annoncer le grand gagnant, soit l'Oscar du meilleur film. Silence dans la salle, Warren ouvre l'enveloppe, semble mal à l'aise, regarde son amie, regarde l'enveloppe, regarde de nouveau son amie qui termine par lui lancer un "Non mais vas-y" avant d'hésiter (deux fois), de regarder le papier de la discorde puis l'actrice à ses côtés. N'en pouvant plus, Faye lui arrache l'enveloppe, mot devenu très tendance, et annonce le titre du film qu'elle voit: "La La Land!" Damien Chazelle sert dans ses bras avec fougue sa petite copine, toute l'équipe saute de joie et monte sur scène. Les producteurs Jordan Horowitz, Fred Berger, Marc Platt remercient tout le monde. Mais soudainement, alors qu'il discute avec Ryan Gosling, Horowitz déboule devant le micro. Il a entendu quelque chose et balance dans la confusion la plus totale: "Les gars, il y a eu une erreur! Moonlight c'est vous qui avez gagné ! Ce n'est pas une blague !" Alors que tout le monde s'attend à ce qu'il découpe son Oscar tel Adele avec son Grammy, afin de le partager avec l'équipe de Moonlight, le producteur de La La Land arrache la nouvelle enveloppe que l'on vient de donner à Warren Beatty pour montrer à la caméra et à l'assistance que c'est bien le film de Barry Jenkins qui est marqué sur le carton... Le temps que l'équipe de La La Land se mette en retrait, que Jimmy Kimmel intervienne un peu hagard, que Warren Beatty explique sa confusion, et que l'équipe de Moonlight monte sur scène et reçoive ces applaudissements: le mal était fait.

Choc dans l'assemblée nous avons eu le droit aux meilleures réactions de l'histoire du septième art, entre Ryan Gosling qui pouffe de rire sur scène (on adore), l'équipe de Moonlight où chacun se maintien la poitrine, Dwayne Johnson qui lève tellement son sourcil que ce dernier s'est réfugié en son crâne, Casey Affleck aussi mal à l'aise que lorsqu'il a été accusé d'agressions sexuelles ou encore Michelle Williams et Meryl Streep la bouche bloquée dans un "WHAT"! En 89 ans, c'était une première. Tout a foiré.

Pendant ce temps, dans les coulisses...

Dans les coulisses, Jimmy Kimmel prépare sa sortie avec Matt Damon. Il est tranquille mais l'acteur lui dit qu'il a entendu le régisseur parler d'erreur sur le gagnant. Kimmel ne comprend pas tout de suite, de son propre aveu, et son ami Damon le pousse à aller sur scène pour calmer l'effervescence.

Damien Chazelle sert dans ses bras le réalisateur de Moonlight (mais quel homme ce Damien) avant de s'éclipser, le regard sombre, avec son équipe de la scène. Warren Beatty s'excuse en expliquant qu'il avait la précédente enveloppe dans les mains (Oscar à Emma Stone pour LA LA LAND) et non celle qu'il devait avoir. Or, Emma Stone (grande fan de Moonlight), lors de son interview en backstage, explique qu'elle était très excitée pour Moonlight "car c'est le meilleur film de tous les temps" et qu'elle s'est mise sur le côté tout en tenant dans ses mains le carton où était inscrit son nom. "J'étais ultra-excitée pour Moonlight et je tenais la carte avec mon nom en tant que meilleure actrice tout ce temps! Je n'ai pas envie de commencer une histoire ou quoique ce soit mais je veux juste préciser que j'avais cette carte dans les mains! Du coup je ne sais pas ce qui s'est passé et j'ai vraiment eu envie de vous en parler en premier!"

Donc, DOUX JESUS que s'est-il passé? Un complot afin de discréditer le film hollywoodien par excellence que tout le monde voyait gagner? Miles Teller aurait-il jeter un sort à Damien Chazelle après avoir été évincé du projet La La Land?

Selon d'autres rumeurs et même si Emma Stone affirme avec force qu'elle avait son carton, l'un des responsables des enveloppes, Brian Cullinan, à ce poste depuis 4 ans, était plus occupé à tweeter des photos avec les lauréats (qu'il a retiré par la suite, comme par hasard) qu'à surveiller le bon échange des papiers sacrés. Quand on vous dit que les réseaux sociaux sont un fléau! Mais désormais on en a la preuve: Variety a réussit à obtenir des photos de Brian Cullinan en coulisses durant toute cette séquence.

Le distrait

En fait il y a deux piles d'enveloppes : pour chacune des catégories, il y a deux cartons si vous préférez. L'une à la gauche de la scène, l'autre à la droite. Selon par où entrent les remettants. Le rigoureux cabinet PwC, en charge de l'opération "enveloppe", ne s'était jamais trompé pourtant en 83 ans. C'est arrivé ce soir là. Quelqu'un, distrait par son narcissisme, a confondu de pile. Mais immédiatement, Cullinan et sa collègue Martha Ruiz, qui connaissent par cœur la liste des vainqueurs, comprennent qu'il y a une erreur. Martha Ruiz ouvre alors l'enveloppe de sa pile pour vérifier que c'est normalement Moonlight le gagnant. Et Cullinan a alors prévenu toute la production. Cela a quand même pris deux minutes entre La La Land de Dunaway et Moonlight de Horowitz.

Avec ce scandale, soit le moment le plus dingue de toute l'histoire de l'académie, les Oscars ont réussi à faire parler d'eux alors que c'est le film le moins coûteux de l'histoire de la récompense qui a été primé. PwC a évidemment pris l'entière responsabilité de son erreur. Cela a empêché Jimmy Kimmel de faire son épilogue avec Matt Damon. En revanche, les internautes ont très vite détourné ce moment, de M. Night Shyamalan qui avoue avoir écrit la fin de cette cérémonie, à Kimmel qui confesse qu'un tel final ne s'était jamais vu à la TV depuis l'épilogue de Lost, en passant par ceux qui ont parodié le carton.

L'académie s'est excusée. Une enquête est en cours. Des têtes vont tomber. Pendant ce temps, on peut dire que la victoire de Moonlight a été un peu volée (le temps des discours a été fortement réduit) et que le triomphe de La La Land a été amoché.

César / Oscars: Moins d’audience à la TV mais plus de salles pour les lauréats

Posté par vincy, le 28 février 2017

jerome commandeur jimmy kimmelIls ont été césarisés ou oscarisés: Elle, Divines et Moonlight vont essayer de profiter de leur statut de lauréat dès demain dans les salles. Même si dans les deux cas, l'audience TV n'était pas au rendez-vous.

Côté César, Canal+ n'est que 4e de la soirée (retransmise en clair et sur Dailymotion) avec 1,9 million de téléspectateurs, soit 10,5% du public. On est loin du score de l'an dernier (2,5 millions de téléspectateurs, 11,9% de PDA). C'est l'audience la plus faible depuis 2010.

Côté Oscars, pour ABC ce n'est pas mieux. Avec 32,9 millions de téléspectateurs et une PDA d'environ 22%, c'est la plus faible audience depuis 2008. Selon Nielsen, c'est principalement les habitants des grandes métropoles qui ont regardé la cérémonie (New York, Chicago et la Californie).

Dans tous les cas, français comme américain, la formule semble s'user. Après tout, combien attendent le lendemain pour voir les "meilleurs moments" (gaffes ou gags) sur leur smartphone?

Cependant, les lauréats vont quand même essayer de profiter de cet effet d'aubaine.

Elle de Paul Verhoeven, César du meilleur film et de la meilleure actrice, sorti le 25 mai dernier et déjà disponible en vidéo à la demande, avait déjà bénéficié d'une ressortie en salles mi-janvier à l'occasion du festival Télérama, pile-poil au moment des révélations de ses nominations aux César et aux Oscars. Grâce à cette sortie, il s'était ajouté 50000 spectateurs en plus dans son escarcelle. Le film totalise aujourd'hui 603000 entrées, toujours diffusé dans 80 salles. Dès le mercredi 1er mars, Elle sera projeté sur 125 écrans.

Divines d'Houda Benyamina, César du meilleur premier film, du meilleur espoir féminin et du meilleur second-rôle féminin, lui aussi disponible en vidéo à la demande. Tout comme Elle, il est ressorti en salles lors du festival Télérama. Avec seulement 321000 entrées au compteur, c'est sans doute lui qui a le plus à gagner. Le film devrait passer de dix salles à une quarantaine de copies.

Enfin, Moonlight, Oscar surprise du meilleur film, mais également Oscar de la meilleure adaptation et Oscar du meilleur second-rôle masculin, va doubler son nombre de copies en passant de 148 salles à 346. Il a déjà séduit 280000 spectateurs. Il peut espérer dépasser les 500000 entrées. C'est, malgré tout, la troisième année consécutive qu'un lauréat de l'Oscar du meilleur film ne dépassera pas le million de spectateurs en France. Ce film produit pour 1,5 million de $ (le plus petit budget récompensé par un Oscar du meilleur film dans l'histoire de la cérémonie!) a rapporté 22M$ au box office nord-américain. Par anticipation, le distributeur A24 avait ajouté 130 copies dès vendredi dernier. Pour l'instant Moonlight est avant-dernier sur les 40 dernières années: seul Démineurs, en 2009, avait récolté moins de recettes (17M$ au total). Le tout est de savoir si cet Oscar permettra au film de Barry Jenkins de dépasser Birdman, The Artist et Spotlight, tous autour de 40-45M$ (et bons cancres dans la liste des films oscarisés).

Oscars 2017: Moonlight triomphe, La La Land et Manchester by the Sea rayonnent

Posté par vincy, le 27 février 2017

Il y avait une revendication anti-Donald Trump dans l'air. Hollywood est entré en résistance. "Puissiez-vous toujours avoir le courage d'affronter vos peurs" le disait si bien le réalisateur Alan Barillaro, auteur du court de chez Pixar, Piper, en gagnant son Oscar. Dans un registre plus léger, Jimmy Kimmel s'inquiétait: "Ça fait plus de 2 heures qu'on a commencé et Trump a pas fait un seul tweet sur les Oscars... Ça commence à m'inquiéter !". Il lui a donc envoyé un court tweet au président où "Meryl Streep lui disait bonjour", en référence au tweet de Trump considérant Streep "surévaluée". Kimmel en a fait son "running gag" puisqu'il avait déjà balancé plus tôt dans la soirée: "Dès le début de sa carrière, Meryl Streep a été médiocre. Elle a déçu dans 50 films et c'est sa 20ème nomination !" (bon en même temps celle de cette année était peut-être un peu superflue).

Mais Kimmel aussi pointé avec ironie la polémique de l'an dernier sur des Oscars jugés trop blancs: "J'aimerais remercier le président Trump. L'année dernière, on pensait tous que c'était les Oscars qui étaient racistes !"

Accident en direct

Oscars so white? Oubliez-ça! Pour une fois, les Oscars ont sacré, Moonlight, un premier film, avec un casting 100% black et une histoire gay! Le combo total! "Il y a une époque où je pensais que ce film était impossible ! Merci beaucoup" a clamé le cinéaste Barry Jenkins. Bon, on va passer sur l'erreur la plus dingue de l'histoire des Oscars: Warren Beatty et Faye Dunaway présentent l'Oscar du meilleur film. Beatty a un moment d'hésitation, trouvant sans doute étrange ce qu'il lit. Dunaway clame La la Land. L'équipe de Chazelle exulte et monte sur scène! Manque de bol, ce n'était pas la bonne enveloppe ("Ce n'est pas une blague!"). Un accident industriel. C'est bien Moonlight qui l'emporte et un producteur de La La Land, très digne, très classe tend l'Oscar à Barry Jenkins, qui n'en revient pas, assis dans la salle.
On retire tout ce qu'on a dit sur Hollywood qui préfère se regarder dans un miroir et oublie de récompenser des films qui regardent le monde. Pour le coup, cet Oscar du meilleur film est un vrai "face palm" ou une réaction à Trump et à ceux qui l'an dernier accusaient les Oscars de racisme.

Un américain musulman pour la première fois

Dans la catégorie du meilleur second-rôle, ce sont deux afro-américains pour deux films centrés sur des afro-américains, et leurs conditions de vie dans une Amérique qui ne leur fait pas de cadeaux, qui ont gagné. Viola Davis réalise ainsi l'exploit d'être la première interprète afro-américaine à avoir emporté un Emmy, un Tony et un Oscar. Outre l'Oscar du meilleur second-rôle pour Mahershala Ali (et premier acteur musulman à être ainsi lauréat d'un Oscar ce qui a du rendre Trump plus rouge que d'habitude), Moonlight a aussi remporté l'Oscar de la meilleure adaptation. L'auteur de la pièce originelle Tarell Alvin McCraney a d'ailleurs dédié "ce prix à toute la communauté LGBT !" Les minorités assument face à cette Amérique qui tente de revenir en arrière.

Un doublé rare grâce à Farhadi

Et que Le client décroche l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (certes les quatre autres nommés n'étaient pas ni meilleurs ni moins bons) et on ne pourra qu'y voir une contestation affichée au Muslim ban du président des Etats-Unis, qui a empêché Asghar Farhadi d'aller sur la scène des Oscars pour la deuxième fois, cinq ans après celui qu'il a reçu pour Une séparation. Boycottant la cérémonie au nom des habitants des sept pays interdits d'entrée aux USA, il a rappelé que les films étaient fait pour partager les valeurs humanistes et abolir les frontières. Il devient le sixième réalisateur à gagner plus d'une fois cet Oscar (après Vittorio De Sica (1948, 1950, 1965, 1972), Federico Fellini (1957, 1958, 1964, 1975), Ingmar Bergman (1961, 1962, 1984), René Clément (1951,1953) et Akira Kurosawa (1952, 1976)).

Le plus jeune cinéaste oscarisé

Cette année, les Oscars ont éparpillé leurs récompenses entre de nombreux films tout en privilégiant Tu ne tueras point, Moonlight, Manchester by the Sea et bien sûr La La Land, qui ont tous gagné plus d'une statuette. Comme si les meilleurs films de l'année avaient chacun leurs propres qualités. De la technique pour le film de Mel Gibson, le scénario et l'acteur pour Manchester by the Sea. Casey Affleck a ainsi logiquement été sacré meilleur acteur, après avoir raflé à peu près tous les prix depuis novembre. la musique et la réalisation pour La La Land, qui récolte 6 Oscars! Damien Chazelle devient le réalisateur le plus jeune à recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur, by the way. Dommage qu'il ait fait un discours si banal... Comme on s'y attendait, Emma Stone rapporte elle aussi un Oscar de la meilleure actrice, empêchant Isabelle Huppert de faire son grand chelem américain. "J'ai encore beaucoup à apprendre mais cette statuette c'est un symbole pour poursuivre ce voyage" a rappelé la jeune actrice.

Ce fut donc un palmarès sans réelle surprise, mais assez équilibré pour cette 89e Cérémonie des Oscars, et la preuve, une fois de plus, que les films d'auteur ont réellement dominé l'année hollywoodienne. C'est d'autant plus une bonne nouvelle que chacun des gagnants a été rentable pour leurs producteurs et même, pour certains, de véritables succès publics. On peut regretter que plus les Oscars majeurs passaient, plus les discours s'affadissaient, avec des tonnes de remerciements personnels. La fin de la soirée était ainsi une suite de consécrations attendues, sans la verve de Jimmy Kimmel ou l'engagement des speechs des premiers gagnants.

Mais Kimmel a été bon jusqu'au bout. Profitant de l'incident sur l'Oscar du meilleur film, il a eu la bonne vanne pour conclure: "Je savais que j'allais foirer... Je vous promets de ne plus jamais revenir !"

Meilleur film: Moonlight
Meilleur réalisateur: Damien Chazelle pour La La Land

Meilleure actrice: Emma Stone dans La La Land
Meilleur acteur: Casey Affleck dans Manchester by the Sea
Meilleur second-rôle féminin: Viola Davis dans Fences
Meilleur second-rôle masculin: Mahershala Ali dans Moonlight

Meilleur film en langue étrangère: Le client d'Asghar Farhadi
Meilleur film d'animation: Zootopie de Byron Howard, Rich Moore et Clark Spencer
Meilleur court métrage d'animation: Piper d'Alan Barillaro et Marc Sondheimer
Meilleur documentaire: O.J.: Made in America d'Ezra Edelman et Caroline Waterlow
Meilleur court métrage documentaire: The White Helmets d'Orlando von Einsiedel et Joanna Natasegara
Meilleur court métrage fiction: Mindenki (Sing) de Kristof Deak et Anna Udvardy

Meilleur scénario: Kenneth Lonergan (Manchester by the Sea)
Meilleure adaptation: Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney (Moonlight)
Meilleure musique: Justin Hurwitz (La La Land)
Meilleure chanson: "City of stars" (La La Land)

Meilleure image: Linus Sandgren (La La Land)
Meilleur montage: John Gilbert (Tu ne tueras point)
Meilleurs décors: David Wasco, Sandy Reynolds-Wasco (La La Land)
Meilleurs costumes: Colleen Atwood (Les animaux fantastiques)
Meilleurs maquillages et coiffures: Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini, Christopher Allen Nelson (Suicide Squad)
Meilleur montage (son): Sylvain Bellemare (Premier contact)
Meilleur mixage (son): Kevin O'Connell, Andy Wright, Robert Mackenzie, Peter Grace (Tu ne tueras point)
Meilleurs effets visuels: Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R. Jones, Dan Lemmon (Le livre de la jungle)

Oscars 2017: une soirée ludique juste avant le tapis rouge

Posté par redaction, le 20 février 2017

Quelques heures avant la cérémonie Officielle des 89e Oscars, Les Ecrans, Ecran Noir et Toute la culture vous convient au Club de l'Etoile (14 rue Troyon, 75017 Paris) pour célébrer le cinéma américain lors d'une cérémonie très "lala" et peut-être un peu land!

Dimanche 26 février, de 18h30 à 23h30, juste avant de pouvoir rentrer chez soi et se goinfrer de pop-corn devant le tapis rouge hollywoodien.

Cela commencera avec un débat, "A quoi servent les Oscars?" avec Perrine Quennesson, rédactrice cinéma du magazine Les Ecrans, et Vincy Thomas, fondateur et directeur de publication de Ecran Noir. On y parlera notamment des enjeux pour les films et les célébrités nommés cette année.

A 19h45, on vous organise un Blind Test "spécial statuettes" organisé par Toute la culture, avec des lots cinéphiles à la clé.

Enfin, à 20h30, une projection du film Chicago de Rob Marshall avec Catherine Zeta-Jones, Renee Zellweger et Richard Gere, dernière comédie musicale primée avec 6 oscars en 2003, nous mettra dans l'ambiance "la la land" de l'année.

Sur place ce sera aussi Sunset Boulevard, question food & drinks.

Pour réserver votre place, il suffit de cliquer et pour vous inscrire il y a une page Facebook dédiée à l'événement!

« Muslim Ban »: Asghar Farhadi boycotte les Oscars, Hollywood se révolte contre Trump

Posté par redaction, le 30 janvier 2017

Donald Trump a décidé par décret de bloquer l’accès aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays musulmans et de réfugiés (Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Libye et Syrie).

Il ne se doutait sans doute pas qu'il allait avoir des juges (qui ont suspendu le décret temporairement), des avocats et même Hollywood contre lui. Tout a commencé avec l'actrice iranienne Taraneh Alidousti, vedette féminine du film d'Asghar Farhadi, Le client, nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. La comédienne a annoncé dès le jeudi 26 janvier qu'elle boycotterait la cérémonie pour protester contre le projet de décret «raciste» du président américain concernant les immigrants musulmans. Elle l'a fait directement sur Twitter: "L'interdiction de visa portée par Trump contre les Iraniens est raciste. Qu'elle s'applique ou non à un événement culturel, je n'assisterai pas aux #AcademyAwards 2017 en signe de protestation".

Dimanche 29 janvier, c'est le réalisateur lui-même Asghar Farhadi, Oscar du meilleur film en langue étrangère et nommé à l'Oscar du meilleur scénario pour Une séparation, qui a finalement renoncé à faire le voyage à Los Angeles pour la cérémonie des Oscars le 26 février. Les agences de presse iraniennes étaient visiblement heureuses que le cinéaste s'oppose à l'administration Trump - pour l'Iran, ce décret est "un cadeau pour les extrémistes" et le pays a annoncé qu'il allait appliquer la réciprocité et interdire l'entrée des ressortissants américains.

"Pas acceptable"

Initialement le réalisateur devait venir aux Oscars, accompagné de son chef opérateur. Le communiqué d'Ashgar Farhadi a gelé sa décision qu'il justifie ainsi: "Mon intention n’était pas de ne pas assister à la cérémonie ou de la boycotter pour montrer mes objections (aux politiques de Trump), car je sais que beaucoup de gens dans l’industrie américaine du cinéma et au sein de l’Académie des arts et sciences du cinéma sont opposés au fanatisme et à l’extrémisme qui règnent plus que jamais aujourd’hui. Mais il semble maintenant que la possibilité même de ma présence soit soumise à des “si” et des “mais” et ce n’est pas acceptable pour moi, même si l’on venait à faire exception pour mon voyage."

Il ajoute une tonalité engagée, plus surprenante quand on connait son discours plutôt consensuel et rarement polémique sur les sujets politiques. "Durant des années, des deux côtés de l’océan, des groupes de gens adeptes d’une ligne dure ont essayé de présenter à leur peuple des images irréalistes et effrayantes des gens d’autres cultures afin que les différences deviennent des désaccords, les désaccords des inimitiés et les inimitiés des peurs. Instiller la peur de l’autre est un des moyens préférés pour justifier des comportements extrémistes et fanatiques par des gens étroits d’esprit." Notons qu'il reprend là l'élément de langage du pouvoir iranien (qui, rappelons-le, n'a pas vraiment de leçons à donner concernant la liberté d'expression et l'ouverture au monde).

"Muslim Ban" et bouclier de protestations

A Hollywood aussi on s'offusque de ce décret. Les stars tweetent leur colère et leur choc. L'Académie des Oscars a officiellement protesté, "extrêmement troublée qu'on puisse barrer l'entrée du pays à cause de la religion ou du pays d'origine". Au festival de Sundance lors de la cérémonie du palmarès et à la soirée des Producers Guild Awards, toutes deux samedi soir, ou à la remise des prix des Screen Actors Guild Awards hier soir, les artistes n'ont pas eu leur langue dans la poche. Lily Tomlin a même comparé les tactiques de Trump à celles des Nazis.
Le "Muslim Ban" devrait être dans toutes les têtes (et quelques vannes) aux prochains Oscars. Aux SAG Awards, John Legend, producteur de La La Land, acteur, auteur et chanteur, a rappelé que "Los Angeles est le foyer de tellement d'immigrants, de tellement de personnes créatives, de tellement de rêveurs. Notre Amérique est grande, elle est libre et elle est ouverte aux rêveurs de toutes les races, de tous les pays, de toutes les religions. Notre vision de l'Amérique est directement antithétique de celle du président Trump. Je veux spécifiquement rejeter ce soir sa vision et affirmer que l'Amérique doit être meilleure que ça."

Le réalisateur Michael Moore s'est lui excusé au nom des "dizaines de millions d'Américains".

John Hurt (1940-2017) aux portes du Paradis

Posté par vincy, le 28 janvier 2017

Monstre sacré, immense comédien John Hurt est mort à l'âge de 77 ans des suites d'un cancer du pancréas. Son épouse a communiqué son décès: "C'est avec une tristesse infinie que je confirme que mon époux, John Vincent Hurt, est décédé mercredi 25 janvier à son domicile de Norfolk".

Impossible de résumer une carrière de 55 ans à l'écran. L'élégant John Hurt aura touché à tous les genres, vedette de grands films comme seconds-rôles de blockbusters. Pour les plus jeunes, il était Monsieur Ollivander dans la franchise Harry Potter. Mais John Hurt a été avant tout Elephant Man pour David Lynch. Son rôle le plus marquant assurément.

Un homme pour l'éternité (A Man for All Seasons) de Fred Zinnemann, Davey des grands chemins (Sinful Davey) de John Huston, L'Étrangleur de la place Rillington (10 Rillington Place) de Richard Fleischer, Le Joueur de flûte de Jacques Demy... Il a été éclectique dès ses débuts, avant qu'il ne soit reconnue en 1978 avec le personnage de Max, héroïnomane anglais arrêté et emprisonné dans une prison turque, dans Midnight Express de Alan Parker, qui lui vaut un Oscar du meilleur second-rôle masculin.

Eclectique

L'année suivante, on le retrouve en officier dans Alien, le huitième passager (Alien) de Ridley Scott, immense succès populaire et film culte (il parodiera son personnage dans La Folle Histoire de l'espace (Spaceballs) de Mel Brooks dix ans plus tard). Il enchaîne avec Elephant Man de Lynch (nominations aux Golden Globes et aux Oscar dans la catégorie meilleur acteur). Il y est défiguré pour ce biopic en noir et blanc adapté de la vie de Joseph Merrick, surnommé « Elephant Man » à cause de ses nombreuses difformités. Une interprétation où la souffrance est à la fois extrême et intériorisée qui dévoile l'étendue de son talent.

Dans la foulée, il tourne La Porte du paradis (Heaven's Gate) de Michael Cimino, avec Kris Kristofferson, Isabelle Huppert, Christopher Walken et Jeff Bridges. Cette sublime fresque désillusionnée de l'Amérique des pionniers a été un four commercial. Mais sa splendeur et sa profondeur en font aujourd'hui un des plus grands films de son époque.

Capable de tout jouer, il tourne aussi avec Mel Brooks (producteur d'Elephant Man) dans La Folle Histoire du monde, où il incarne Jésus-Christ, et dans Osterman week-end de Sam Peckinpah , The Hit : Le tueur était presque parfait, polar indispensable de l'œuvre de Stephen Frears, où il s'amuse à être un tueur vieillissant, et l'adaptation du roman de George Orwell, 1984, de Michael Radford, où il tient le rôle principal.

La mort jamais loin

Les années suivantes sont plus fades. Hormis deux films mineurs de John Boorman et quelques cinéastes majeurs (Scandal de Michael Caton-Jones, The Field de Jim Sheridan, L'Œil qui ment de Raoul Ruiz, Even Cowgirls Get the Blues de Gus Van Sant), John Hurt ne retrouve pas de grands personnages. Il faut attendre que Jim Jarmush l'enrôle dans son western spectral, Dead Man en 1995 pour que le cinéphile puisse retrouver son allure et son charisme filmés à leur juste valeur.

Bien sûr, il tourne avec Walter Hill (Wild Bill) et Robert Zemeckis (Contact), continue de faire des voix pour des documentaires animaliers ou des dessins animés, mais c'est le cinéma indépendant qui lui permet de livrer ses plus belles performances. En vieillissant, son jeu à fleur de peau prend une dimension d'écorché vif cicatrisant.
Dans Amour et mort à Long Island (Love and Death on Long Island), film sur fond d'années SIDA de Richard Kwietniowski, il est bouleversant en écrivain anglais veuf détestant le monde moderne et amoureusement fasciné par un acteur secondaire d'un film pour ados.
Pour lui, "prétendre être quelqu'un d'autre" était son "jeu" et ce qui était "l'essence de son travail".

Des films de genre et d'auteurs

Les années 2000, outre Harry Potter, lui permettent de s'offrir des personnages secondaires dans des films populaires: Hellboy et Hellboy 2: Les Légions d'or maudites (Hellboy II: The Golden Army) de Guillermo del Toro, The Proposition de John Hillcoat, V pour Vendetta (V for Vendetta) de James McTeigue, Crimes à Oxford (The Oxford Murders) de Álex de la Iglesia, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull) de Steven Spielberg, Le Transperceneige de Bong Joon-ho, Hercule (Hercules) de Brett Ratner, et l'an dernier Tarzan de David Yates.

John Hurt a aussi été un fidèle de Lars von Trier, narrateur de Dogville et Manderlay, acteur dans Melancholia. Il a été également un comédien récurrent chez Jim Jarmusch (The Limits of Control, Only Lovers Left Alive). Blues-man par excellence du 7e art, avec son physique atemporel, on le voit aussi faire des grands écarts cinématographiques, de Boxes de Jane Birkin à La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) de Tomas Alfredson.

Lord John

Né le 22 janvier 1940 près de Chesterfield, peintre à ses heures, il se pensait destiné au dessin avant d'intégrer la Royal Academy of Dramatic Art. Sa carrière comporte pas moins de 140 films, 20 téléfilms et autant de séries (dont Doctor Who et Panthers). Récipiendaire de quatre BAFTA, anobli par la reine Elizabeth II en 2014, il continuait de tourner malgré son cancer.

On le verra mercredi à l'affiche de Jackie de Pablo Larrain, dans le rôle d'un prêtre confesseur. The Journey de Nick Hamm a été présenté à Venise en septembre, ChickLit de Tony Britten est sorti en décembre aux USA, That Good Night de Eric Styles, Damascus Cover de Daniel Zelik Berk et My Name is Lenny de Ron Scalpello sont prévus dans les salles cette année.

Le voici disparu. Et comme il aimait le citer: "Comme Beckett le disait, il ne suffit pas de mourir, il faut oublier aussi." On ne l'oubliera quand même pas de si tôt.

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