Cannes 2018 : Ex-Palmes d’or, films d’animation et productions Netflix parmi les absents de la Sélection officielle

Posté par wyzman, le 12 avril 2018

Il y a quelques minutes seulement, Pierre Lescure et Thierry Frémaux ont dévoilé les noms des films qui font partie de la sélection officielle du 71e Festival de Cannes. Et si le second a évoqué un "renouvellement de cinéaste", il faut bien admettre que l'on ne s'attendait pas à retrouver Jean-Luc Godard en compétition. Inattendue et rafraîchissante, la liste des films en compétition est également marquée par les présences de Spike Lee (Blackkklansman), David Robert Mitchell (Under the Silver Lake) et Christophe Honoré (Plaire, aimer et courir vite). Ceci dit, il y a de nombreux absents... Avec pas mal de primo-arrivants en Compétition, et peu "'habitués", cette sélection est assurément surprenante.

Où sont les acteurs et réalisateurs stars ?

Parmi les réalisateurs qui n'ont pas été cités, il y a les petits nouveaux dont les derniers projets nous ont bluffés  : Lenny Abrahamson (The Little Stranger), Claire Burger (C'est ça l'amour), Luca Guadagnino (Suspiria), Barry Jenkins (If Beale Street Could Talk), Harmony Korine (The Beach Bum), Pierre Schoeller (Un peuple et son roi), Felix Van Groeningen (Beautiful Boy). Mais ce n'est pas tout ! De manière surprenante, les sélectionneurs ont fait l'impasse sur des cinéastes établis et habitués du festival : Alfonso Cuaron (Roma, à cause de Netflix), Laszlo Nemes (Sunset), Pablo Trapero (La quietud), Brian De Palma (Domino), Carlos Reygadas (Where Life is Born), Claire Denis (High Life), Terry Gilliam (The Man Who Killed Don Quixote, même si on peut espérer un rebondissement grâce à al justice), Paolo Sorrentino (Loro), Naomi Kawase (Vision), et les quatre palmés Jacques Audiard (The Sisters Brothers), Mike Leigh (Peterloo), Nuri Bilge Ceylan (Le poirier sauvage) et Lars von Trier (The House That Jack Built, qui pourrait quand même s'ajouter à la liste). On apprécie néanmoins la présence de Wim Wenders dont le film Le Pape François - un homme de parole, distribué par Universal, sera projeté en séances spéciales.

Quant aux stars, c'est la pénurie. Hormis Everybody Knows d'Asghar Rafhadi (avec Pénelope Cruz et Javier Bardem), Under the Silver Lake de David Robert Mitchell (avec Andrew Garfield), En guerre de Stéphane Brizé (Vincent Lindon), Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré (avec Vincent Lacoste et Pierre Dalondonchamps) et Blackkklansman de Spike Lee (avec Adam Driver), les films en compétition sont loin d'être portés par des grosses têtes d'affiche. A Un Certain regard, on croisera quand même Marion Cotillard (Gueule d'ange), Riccardo Scamarcio (Euphoria, Clovis Cornillac et Karin Viard (Les chatouilles)... En séances spéciales, Mads Mikkelsen sera présent pour Arctic. Hors compétition, Solo, A Star Wars Story (Alden Ehrenreich, Emilia Clarke, Thandie Newton, Woody Harrelson, Paul Bettany, Donald Glover) et Le grand bain (Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Mathieu Amalric, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Marina Foïs, Benoît Poelvoorde, Mélanie Doutey, Jonathan Zaccaï) devraient donc être les plus gros événements people d'un Cannes qui s'annonce radical. La proposition est en soi intéressante (et stimulante pour la critique).

Une diversité relative

Les plus attentifs l'ont déjà noté : dans cette sélection officielle, il n'y aucun long-métrage d'animation ! Une triste nouvelle lorsque l'on sait que 4 courts-métrages d'animation ont été sélectionnés et que l'offre était foisonnante cette année.

A défaut de s'émerveiller devant des personnages dessinés, notons tout de même la présence de films libanais (Capharnaüm de Nadine Labaki), polonais (Cold War de Pawel Pawlikowski) et égyptien (Yomeddin, premier film de A.B. Shawky) en compétition. Un certain regard compte six premiers films! Globalement, l'Amérique latine est la grande absente de la compétition, qui manque aussi pas mal de films nord-américains. Le cinéma asiatique compense...

L'épineux cas Netflix

Quant à Netflix, les choses semblent plus claires depuis la nuit dernière. Ted Sarandos, le responsable des contenus de Netflix, s'est entretenu hier avec le magazine américain Variety, rappelant au passage les désirs du géant du streaming : "Nous voulons que nos films soient mis au même niveau que tous les autres cinéastes. Il y a un risque que nous y allions et que nos films et nos réalisateurs soient traités de manière irrespectueuse au festival. Ils ont donné le ton." Tout cela avant de lancer un cinglant "Je ne pense pas que ce serait bien pour nous d'être là." Résultat : Netflix retire tous ses films suite à la nouvelle règle du festival. Celle-ci veut que les films qui ne sont pas distribués dans les salles françaises au moment de leur sortie ne soient plus acceptés en compétition.

Bien qu'il soit toujours possible pour Netflix de les proposer hors-compétition, la firme américaine semble s'être fait une raison. Car il faut reconnaître qu'après le tollé provoqué par les présences en compétition d'Okja et The Meyerowitz Stories l'an dernier, Thierry Frémaux n'a pas choisi d'y aller par quatre chemins, visant directement les plateformes de streaming. D'après lui, ces dernières empêchent les films d'appartenir "à la mémoire cinéphile" à cause de leurs algorithmes. Malgré des critiques vives et incessantes, Netflix s'était montré favorable à l'idée que les deux films soient diffusés dans des cinémas en France. Malheureusement, la chronologie actuelle des médias exige que les films ne soient disponibles sur des plateformes domestiques que 36 mois après leur sortie en salle, un contre-sens total pour le modèle économique de Netflix !

the other side of the wind orson welles john hustonOrson Welles le grand absent

Visiblement très remonté contre Thierry Frémaux, Ted Sarandos n'a donc pas hésiter à le mentionner dans les colonnes de Variety. Concernant une potentielle présence de Netflix hors-compétition, le cadre de 53 ans explique : "Je ne pense pas qu'il y ait de raison pour que l'on soit hors-compétition. La [loi] était implicitement à propos de Netflix et Thierry l'a rendue explicite quand il annoncé la nouvelle règle." Au sujet de leur passage mouvementé à Cannes l'an dernier, il constate : "Le festival a choisi de célébrer la distribution plutôt que l'art du cinéma. Nous sommes à 100% du côté de l'art du cinéma. Et au fait, tous les autres festivals du monde le sont aussi." Interrogé sur sa présence sur la Croisette en mai prochain, il botte en touche : "Nous aurons des gens du secteur de l'acquisition de films parce que beaucoup de films seront là sans distributeur." Enfin, à propos de l'avenir, Ted Sarandos est néanmoins assez confiant : "Thierry partage mon amour pour le cinéma et serait un héros en changeant [la règle] quand il réalisera à quel point celle-ci est punitive pour les cinéastes et les cinéphiles."

Pour rappel, Netflix devait amener jusqu'à la Croisette Norway de Paul Greengrass, Hold the Dark de Jeremy Saulnier, le nouveau film d'Alfonso Cuaron, Roma, le film inédit d'Orson Welles, The Other Side of the Wind, ainsi que They'll Love Me When I'm Dead, le documentaire de Morgan Neville sur Orson Welles ! La non-présence du dernier film de son père a d'ailleurs bouleversé Beatrice Welles qui a supplié Ted Sarandos dans un e-mail de "laisser le travail de [son] père être le film qui fait le pont entre Netflix et Cannes".

Le charme discret de Stéphane Audran s’envole (1932-2018)

Posté par vincy, le 27 mars 2018

Elle était l'actrice chabrolienne par excellence. Stéphane Audran, née Colette Dacheville le 8 novembre 1932; s'est éteinte le 27 mars à l'âge de 85 ans. A l'affiche de deux films oscarisés (Le charme discret de la bourgeoisie, Le festin de Babette), Prix d'interprétation à Berlin (Les biches), à San Sebastian (Le boucher), aux Bafta britanniques (Le charme discret..., Juste avant la nuit) et César du meilleur second-rôle féminin (Violette Noziere), la comédienne était l'une des figures emblématiques du cinéma français des années 1960 et 1970.

Au delà de cette beauté (rousse, blonde ou brune selon les rôles) qui captait si bien la lumière, de ses yeux verts hypnotiques et de sa voix reconnaissable entre mille, elle avait un talent réel à composer des personnages éclectiques dans des univers souvent dramatiques, avec cette distance un peu froide qui lui était propre. ESi elle a tourné en 1959 avec Eric Rohmer, dans Le signe du lion, c'est bien sa rencontre avec Claude Chabrol (décédé en 2010) qui forgea son destin cinématographique. C'est Gérard Blain qui organisa le rendez-vous. Elle obtient alors un petit rôle dans Les cousins (1959). Chabrol et elle entament une relation amoureuse, qui sera fusionnelle à l'écran.Il lui fera tout jouer, séductrice, angoissée, calme, douce, criminelle... La bourgeoise idéale. Ensemble, ils tournent Les bonnes femmes, Les Godelureaux, L'œil du malin, Landru, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La ligne de démarcation, Le scandale.... Pas souvent les meilleurs films du réalisateur, et souvent des échecs financiers. En 1968, avec Les biches, avec Jean-Louis Trintignant, reçoit un Ours d'argent à Berlin. Audran est enfin remarquée comme actrice et Chabrol renaît. Il l'enrôle ensuite pour La femme infidèle et surtout Le boucher, avec Jean Yanne (1970), film noir sous tension sur un amour impossible. Chabrol continue ainsi sa filmographie avec sa première muse (avant Huppert): Meurs filmographies semblent indissociables: La rupture, Juste avant la nuit, Les noces rouges, Folies bourgeoises, Les liens du sang, Violette Nozière durant les années 1970, puis plus sporadiquement ensuite avec Le sang des autres, Poulet au vinaigre, Jours tranquilles à Clichy, Betty et L'ivresse du pouvoir.

Stéphane Audran, épouse de Jean-Louis Trintignant dans les années 1950, en concubinage avec Claude Chabrol à partir de 1959 (et mère de Thomas Chabrol) avant de se marier puis de divorcer en 1980, a connu ses plus grands rôles quand elle s'est émancipée de son pygmalion. La comédienne a été à l'affiche de nombreux films moyens signés pourtant Jacques Pinoteau, Jean Delannoy, Philippe Labro... Mais avec les reconnaissances pour Les biches et Le boucher, son élégance et son magnétisme ont séduit Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie), une histoire de repas impossible entre notables. La gastronomie, thème chabrolien par excellence, va aussi être son porte-bonheur. Ce film lui ouvre les portes des grands cinéastes et du cinéma anglo-saxon. Dans les années 1970, elle tourne avec Orson Welles (dans l'inachevé The Other Side of the Wind, bientôt restauré et complété), Samuel Fuller (Un pigeon mort dans Beethoven Street, Au-delà de la gloire, Les voleurs de la nuit), une adaptation internationale d'un Agatha Christie (Dix petits nègres) et surtout Claude Sautet (Vincent, François, Paul… et les autres, où elle est la femme d'Yves Montand, qu'elle quitte).

Dans un registre plus populaire on la voit chez Michel Audiard et Georges Lautner, dans La cage aux folles 2 et 3. Ces vingt dernières années, elle apparaît dans des comédies oubliables comme Arlette, Belle-Maman, J'ai faim, Ma femme d'appelle Maurice... En 1981, elle retrouve Huppert, sa partenaire de Violette Nozière dans Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, épouse de Noiret policier devenu assassin. Parmi les films qui ont marqué sa carrière, on note aussi Mortelle randonnée de Claude Miller, Les saisons du plaisirde Jean-Pierre Mocky, et La fille de Monaco d'Anne Fontaine, son dernier film il y a dix ans.

Mais Stéphane Audran s'est offert un chant du cygne somptueux, avec une autre grande bouffe, Le festin de Babette (1987) de Gabriel Axel. C'est sans doute son dernier grand rôle, mais aussi l'un des plus beaux. En cuisinière renommée fuyant une France répressive dans un Danemark austère, elle brille à la lumière des bougies, accomplissant des merveilles avec la nourriture: elle habite littéralement ce film, sélectionné à Cannes et oscarisé l'année suivante.

Ce qui plaisait chez Audran, c'était son jeu subtil, jamais dans l'effet ou la surdramatisation. Sa sincérité transperçait l'écran. Actrice discrète, elle revendiquait cette sobriété. Pas étonnant alors que ce démystificateur de Chabrol ait trouvé en elle toutes les facettes de la femme, qu'elle soit infidèle ou sans amour, vulgaire ou fatale, garce ou vulnérable. Honnête (et engagée), mal exploitée par le cinéma français, l'actrice restera l'une de ces incarnations d'une France en mutation, à la fois enracinée et libérée, classique et moderne, "pompidolienne" en quelque sorte.

Orson Welles, Michel Legrand et Cannes

Posté par vincy, le 22 mars 2018

the other side of the wind orson welles john hustonC'est le film de toutes les spéculations. The Other Side of the Wind d'Orson Welles sera-t-il au prochain festival de Cannes, et si oui, dans quelle section: hors-compétition, classics, séances spéciales?

Une chose est certaine: c'est Michel Legrand qui compose la musique du film. L'auteur des partitions des Parapluies de Cherbourg et de l'Affaire Thomas Crown a déjà travaillé avec Welles pour Vérités et Mensonges (F for Fake) en 1974. Legrand, 13 fois nommé aux Oscars, travaille sur la musique depuis décembre et les enregistrements ont commencé cette semaine en Belgique.

Le film ira-t-il à Cannes? Sans doute: ce serait une belle manière de célébrer les 70 ans de Citizen Kane. La compétition risque cependant de lui échapper, malgré son caractère inédit qui pourrait lui en donner la possibilité, puisque c'est Netflix qui en a les droits. Or, on sait depuis l'an dernier, que le Festival ne peut pas mettre en compétition un film qui sera réservé pour le petit écran (suite aux polémiques concernant deux productions Netflix: Okja et The Meyerowitz Stories). Mais la plateforme de streaming veut s'offrir l'écrin cannois pour ce film de prestige: The Other Side of the Wind en ouverture de Cannes Classics, ça aurait une certaine classe..

The Other Side of The Wind est le dernier film d'Orson Welles, avec, entre autres, John Huston dans le rôle d'un cinéaste en perte de vitesse qui tente un "come-back". Tourné de manière sporadique entre 1970 et 1976, le film n'a jamais été terminé à cause d'un conflit entre le réalisateur et le financier derrière le projet, l'Iranien Mehdi Bushehri, beau-frère du Shah d'Iran. Orson Welles a travaillé sur le montage de ce long métrage jusqu'à sa mort en 1985. Il en restait une copie de 45 minutes. Une fois les droits de nouveau négociés, le travail de montage et de restauration a pu reprendre sous la supervision de l'un des producteurs de l'époque, Frank Marshal et avec l'aide du réalisateur, producteur et auteur polonais Filip Jan Rymsza et avec l'un des acteurs du film Peter Bogdanovich, engagé comme consultant.

Elsa Martinelli (1935-2017), l’élégance à l’italienne

Posté par vincy, le 10 juillet 2017

Après la seconde guerre mondiale, lorsque le cinéma italien était à son apogée, il y avait Sophia, Gina, Claudia, Giuletta et Anna. Mais il y avait aussi Elsa. L'actrice et ancien mannequin Elsa Martinelli est morte samedi 8 juillet à l'âge de 82 ans. On se souvient de son élégance, de cette allure presque aristocratique, qui la rapprochait d'une Audrey Hepburn. Alors que les cinéastes italiens se délectaient d'actrice tragiques et voluptueuses (pour ne pas dire que les poitrines opulentes étaient tendance), Elsa Martinelli était fine, grande (1m76), séduisant davantage par son regard et sa voix.

Cette Toscane, née Elsa Tia le 30 janvier 1935, a été mariée à un conte avant de divorcer et de se remarier en 1968 à un photographe et designer célèbre, Willy Rizzo, décédé il y a quatre ans. Etrangement sa mort n'a pas été très évoquée en France malgré une filmographie envieuse. Sa première fois au cinéma n'est même pas créditée au générique. Elle joue dans Le rouge et le Noir de Claude Autant-Lara (1954).

Elle avait commencé à travailler à l'âge de 12 ans, dans une épicerie. A 16 ans, elle devient mannequin, remarquée alors qu'elle était serveuse. Son ambition la conduit à réseauter au maximum jusqu'à se faire repérée par une agence américaine et un magazine new yorkais. Elle tape dans l'oeil du couple de Kirk Douglas quand elle fait la couverture de Life magazine, et la star américaine la choisit pour être sa partenaire dans La rivière de nos amours, western d'André de Toth (1955). A partir de là sa carrière va décoller, des deux côtés de l'Atlantique. Elle obtient le rôle principal dans Donatella (1956), comédie de Mario Monicelli, qui lui vaut l'Ours d'argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin. Elle y joue une jeune femme de la classe moyenne (pas vraiment supérieure) qui est confondue avec une dame de la haute-société. Un bon résumé de sa vie. De quoi être rapidement propulsée en haut de l'affiche, notamment de films populaires.


1962: Howard Hawks et Orson Welles

Si elle tourne peu avec les grands cinéastes italiens de l'époque, elle sera l'une des rares comédiennes à être courtisée par Hollywood. Elle donne la répliqué à Trevor Howard dans Manuela de Guy Hamilton (1957). Elle est formidable de sensibilité et de drôlerie dans Hatari! d'Howard Hawks (1962), où elle devient une "maman" de trois éléphanteaux tout en draguant un John Wayne inquiet de se faire piéger par ses charmes. Elle s'amuse avec Charlton Heston dans Le pigeon qui sauva Rome de Melville Shavelson (1962). Avec Jeanne Moreau et Romy Schneider, elle illumine Le procès d'Orson Welles (1962). En 1963, elle est des V.I.P.s de Hôtel international, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Elle affronte un autre monstre sacré, Robert Mitchum, dans Massacre pour un fauve (1963). Ou encore dans L'agent américain de Giorgio Gentili, une comédie fantaisiste avec Cesar Romero et Dustin Hoffman (1968).

Jean Marais, Gérard Oury, Roger Vadim...

Elle joue aussi aux côtés d'Alberto Sordi dans Le miroir aux alouettes de Vittorio Dala (1959), Laurent Terzieff dans Les garçons de Mauro Bolognin, d'après une histoire de Pier Paolo Pasolini (1959), Mel Ferrer dans Et mourir de plaisir, de Roger Vadim (1960), Jean Marais et Bourvil dans Le capitan, d'André Hunebelle (1960), Mylène Demongeot dans L'inassouvie de Dino Risi (1960), Robert Hossein dans La menace de Gérard Oury, d'après un roman de Frédéric Dard (1961), Anna Karina et Michel Piccoli dans De l'amour de Jean Aurel (1964), Jean Seberg et Claude Rich dans Un milliard dans un billard de Nicolas Gessner (1965), Marcello Mastroianni dans La dixième victime d'Elio Petri (1965), Shirley MacLaine dans un segment de Sept fois femme de Vittorio De Sica (1967), Catherine Deneuve dans Manon 70 de Jean Aurel (1968)...

A partir de la fin des années 1960, de par ses choix trop éclectiques, sans être portée par les grands cinéastes italiens, le nouveau cinéma américain ou tout simplement les jeunes cinéastes émergents, sa carrière a moins d'allure. Les films sont moins intéressants. Les rôles moins intenses. Même si on peut-être intrigué par certains choix (Les chemins de Katmandou d'André Cayatte, avec Jane Burkin et Serge Gainsbourg ; un OSS 117 avec Edwige Feuillère ...). A partir de 1976, elle quitte progressivement le métier, après une série d'échecs. Elle revient par la télé ou en guests, sans réelle conviction, et sans vraiment capitaliser sur son aura. Ce qui explique sans doute pourquoi on a oublié sa grâce et son panache. Cette icône du style avait abandonné la lumière qu'elle captait si bien pour se consacrer à son nouveau métier: décoratrice d'intérieur.

Netflix s’empare du dernier film inachevé d’Orson Welles

Posté par vincy, le 15 mars 2017

the other side of the wind orson welles john hustonAlors qu'Amazon affirme ses ambitions cinématographiques (Manchester by the Sea oscarisé deux fois, The Lost City of Z aujourd'hui sur les écrans et le prochain Leos Carax), Netflix vient d'acquérir les droits de The Other Side of The Wind, dernier film du réalisateur américain Orson Welles.

Tourné de manière sporadique entre 1970 et 1976, le film n'a jamais été terminé à cause d'un conflit entre le réalisateur et le financier derrière le projet, l'Iranien Mehdi Bushehri, beau-frère du Shah d'Iran. Ce n'est pas le seul film inachevé du cinéaste puisqu'on compte Don Quichotte, The Deep et Le marchand de Venise. Parfois ils ont été tournés et parfois montés, mais n'ont jamais connu de sortie en salles.

The Other Side of The Wind sera donc monté, restauré et ainsi achevé sous la supervision de l'un des producteurs de l'époque, Frank Marshall (Retour vers le futur, Indiana Jones, Jason Bourne, Sully entre autres) et avec l'aide du réalisateur, producteur et auteur polonais Filip Jan Rymsza ainsi qu'avec l'un des acteurs du film Peter Bogdanovich, engagé comme consultant.

Trois ans de négociations

Dans ce film, qui peut se voir comme un reflet autobiographique de la carrière de Welles, il avait choisi John Huston, un autre vénérable cinéaste pour incarner le personnage d'un réalisateur en perte de vitesse qui tente un retour. Le film raconte une soirée (prise par différents types de caméras selon le point de vue des invités et des paparazzis) dans la villa de Jake Hannaford, cinéaste non conformiste, à la veille de sa mort.

Le montage respecterale scénario écrit par Orson Welles et la Croate Oja Kodar, qui était également à l'affiche du film. Celle-ci était la dernière compagne du réalisateur. Malgré une levée de fonds importante il y a deux ans (un peu plus de 400000$, cinq fois que ce qu'il fallait), l'héritière a refusé de se séparer des négatifs du film, un temps stockés à Paris (lire aussi notre article du 11 novembre 2014).

Le gros chèque (enfin " la passion et la persévérance" selon le communiqué) de Netflix aura eu raison d'elle. Et désormais les bobines ont migré à Los Angeles. "C'est un travail de passion et un cadeau en héritage de l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire" a sobrement expliqué le directeur des contenus de la plateforme mondiale Ted Sarandos.

Bye bye Zsa Zsa Gabor (1917-2016)

Posté par vincy, le 19 décembre 2016

L'actrice américaine Zsa Zsa Gabor, ex-Miss Hongrie 1936, est morte dimanche 19 décembre 2016 à l'âge de 99 ans d'une crise cardiaque. Née à Budapest, le 6 février 1917, cette "scandaleuse" aux neuf mariages aura surtout été une figure de la presse people: franc parler, humour et glamour ont d'ailleurs pris le dessus sur sa carrière professionnelle.

Mariée dès l'âge de 20 ans à un diplomate turc plus âgé qu'elle, Zsa Zsa a ensuite enchaîné les conquêtes, les bagues au doigt, les divorces. La Gabor a été l'une des premières comédiennes dont la notoriété était fondée sur sa présence et ses frasques médiatiques.

Elle a épousé le patron des hôtels Hilton, l'acteur britannique George Sanders ou encore il y a 30 ans, le prince allemand "auto-proclamé" Frederic von Anhalt qui voulait confier à l'anatomiste allemand controversé Gunther von Hagens le soin de "plastiner" son corps après son décès: "Ma femme a toujours rêvé que sa beauté soit immortelle".

Comédienne erratique

Sari Gabro (son vrai nom), née d'un père diamantaire et d'une mère rêvant d'être actrice, a quitté la Hongrie avec ses deux soeurs en 1941. Les "Gabor sisters" deviennent rapidement célèbres à Hollywood où Zsa Zsa, remarquée par sa personnalité flamboyante. Le cinéma s'intéresse à elle en 1952 avec Cinq mariages à l'essai d'Edmund Goulding et surtout le Moulin rouge de John Huston. En 1953, elle tourne Lili de Charles Walters (aux côtés de avec Leslie Caron et Mel Ferrer) et L'ennemi public numéro un d'Henri Verneuil, avec Fernandel (sur un scénario de Michel Audiard).

Iconoclaste autant que surprenante, l'actrice peut accepter aussi bien Sang et Lumières de Georges Rouquier, avec Daniel Gélin, Le clown est roi, avec Jerry Lewis et Dean Martin, ou La soif du mal d'Orson Welles (1958). Difficile de trouver une cohérence dans sa filmographie remplie de séries B (le film noir The Girl in the Kremlin, le drame judiciaire The Man Who Wouldn't Talk, le musical Country Music Holiday, le polar Death of a Scoundrel, la SF série Z Queen of Outer Space, la comédie The Road to Hong Kong...).

Devenue une célébrité plus qu'une grande comédienne, elle finit par jouer son propre rôle ou faire des caméos dans plusieurs films et notamment dans Freddy 3 - les Griffes du cauchemar en 1987.

Célébrité permanente

Elle a aussi été très présente à la télévision. Mais c'est bien dans la presse qu'elle aura tenu un premier rôle tout au long de sa vie, affirmant avoir couché avec Frank Sinatra, Richard Burton et Sean Connery, condamnée à trois jours de prison pour avoir giflé un policier en 1989 ou à 200000 dollars d'amende pour la rupture d'un contrat publicitaire en 1993. L'année suivante, elle se place sous la protection de la loi sur les faillites pour échapper à ses créanciers, après avoir été condamnée à 3,3 millions de dollars d'amende pour diffamation envers l'actrice Elke Sommer.

Un grave accident de voiture à Hollywood la laisse partiellement paralysée. Procédurière au maximum, elle poursuit sa coiffeuse qui conduisait le véhicule et obtient 2 millions de $ de dommages et intérêts. Finalement Zsa Zsa Gabor finira par faire la une avec ses hospitalisations: une attaque cérébrale, une opération de la hanche due à une mauvaise chute, l'amputation de la quasi-totalité d'une jambe et de problème cardiaques et pulmonaires. Elle aura vécu beaucoup de vies, une longue vie, une sacrée vie, mais il faut croire que la vie est chienne et lui a fait payer tous ses excès. Son plus grand rôle, elle l'a mis en scène elle-même: c'était elle.

Deauville 2015: Légendes, héros, femmes fortes et même un Vampire parmi les stars invitées

Posté par cynthia, le 29 août 2015

Moins d'une semaine avant le lancement de la 41 ème édition du festival du film américain de Deauville et c'est une pluie de stars est annoncée dans la ville.

Cette année, le festival rendra hommage, en sa présence, au comédien Ian McKellen. Connu par les jeunes pour son rôle de Magnéto dans la saga X-Men et de Gandalf dans la trilogie du Seigneur des anneaux, le comédien s'est imposé sur la scène londonienne comme l'un des meilleurs interprètes shakespeariens de sa génération. Squattant le septième art avec autant de talent, l'acteur compte à son palmarès une cinquante de prix et n'est pas avare quand il s'agit de s'engager pour défendre les droits LGBT. Il a brillé cet été dans les salles art et essai américaines avec Mr. Holmes.

Hommage également à la figure emblématique de la saga Pirate des Caraïbes (il a d'ailleurs annoncé il y a peu qu'il participe au prochain volet) et du Seigneur des anneaux (aussi), Orlando Bloom. L'acteur a su se démarquer de son image de beau gosse en jouant dans des films tel que Zulu, et en continuant d'être une source d'inspiration pour les magazines people. En attendant le prochain Pirates, il a tourné un drame indé, Digging for Fire, avec Rosemary DeWitt et un thriller, Unlocked, avec Noomi Rapace et Michael Douglas.

Le niveau fanatisme girly va atteindre son paroxysme avec Robert Pattinson qui vient présenter, en compagnie de Dane Dehann, Life, le biopic du sexy James Dean. Nous espérons qu'il a préparé sa crème solaire...il a besoin de prendre quelques couleurs. L'ex Vampire de Twilight enchaîne les films depuis un an et demi avec pas moins de sept tournages dans son agenda.

Autres célébrités charismatiques attendues sur le tapis rouge Keanu Reeves pour un hommage mérité, Jake Gyllenhaal (il va faire chaud à Deauville) venu présenter Everest, qui ouvre le Festival de Venise avant de faire l'ouverture de Deauville, ainsi que Tobey Maguire, qui présente Le Prodige ou encore Michael Bay qui recevra un hommage, sans doute pour son nombre d'entrées en salles, parce que si c'est pour son talent, on ne comprend pas.

Trois autres hommages seront rendus: Terrence Malick, amplement légitime, dont le nouveau film Knight of Cups fera son avant-première française, Orson Welles, pour la légende (lire aussi notre actualité du 7 août), et le producteur Lawrence Bender (Pulp Fiction, Kill Bill, Inglourious Basterds).

Et bien ça manque de femmes tout ça, vous ne trouvez pas? Heureusement Patricia Clarkson (La ligne verte, Le Labyrinthe, Shutter Island, Vicky Christina Barcelona, Dogville, Loin du Paradis) recevra un hommage également. Alison Brie viendra présenter sa comédie Jamais entre amis (lire aussi notre article du 14 août), Elisabeth Olsen (The Avengers Age of Ultron) sera également de la partie ainsi que Emily Blunt qui sera là pour promouvoir Sicario, le thriller de Denis Villeneuve en compétition au dernier festival de Cannes, qui fera la clôture du Festival normand (lire aussi notre actualité du 5 août).

Venise 2015 : deux films d’Orson Welles en préambule

Posté par MpM, le 11 août 2015

orson wellesA Venise, avant le festival, c'est déjà le festival ! Mardi 1er septembre, soit la veille de l'ouverture officielle avec Everest de Baltasar Kormakur, sera ainsi rendu un hommage à Orson Welles, dont on célèbre cette année le centenaire de la naissance. A cette occasion, deux films restaurés, d’inspiration shakespearienne et liés à la ville de Venise, seront projetés.

D'une part, Le marchand de Venise qui a longtemps été considéré comme perdu. L'Orchestre classique d’Alexandrie interprétera en direct la bande originale qui n'a jamais été publiée mais retranscrite à partir du seul enregistrement fait à l’époque.

D'autre part, la fameuse version d'Othello réalisée par Welles en 1951 qui aurait dû être présentée en compétition à Venise à l'époque. Le réalisateur l'avait retirée au dernier moment parce qu'il considérait que la copie n'était pas prête. De ce fait, le film avait été projeté à Cannes l'année suivante, dans une version plus courte qui lui avait valu le Grand prix du jury.

L'hommage à Orson Welles se poursuivra quelques jours plus tard à Deauville dans le cadre du 41e festival de cinéma américain.

Deauville 2015 rend hommage à Orson Welles et Terrence Malick

Posté par MpM, le 7 août 2015

Pour sa 41e édition, le festival de Deauville a décidé de marquer les esprits en rendant hommage à Orson Welles et Terrence Malick, deux "mastodontes" du cinéma américain qui comptent parmi les plus importants de la cinématographie mondiale.

Orson Welles, qui aurait eu cent ans cette année, est considéré comme l'inventeur d'une grammaire cinématographique nouvelle utilisant des innovations techniques comme le recours à la profondeur de champ ou les plongées/contre-plongées. Dans son communiqué, le festival de Deauville mentionne cette citation de Welles, qui pourrait résumer sa vision : "Il ne faut pas être timide avec la caméra. Il faut lui faire violence, la pousser jusque dans ces dernier retranchements, parce qu’elle est une vile mécanique. Ce qui compte, c’est la poésie."

Son film fondateur, Citizen Kane (1941), sera bien évidemment présenté, ainsi que deux de ses films les plus connus : La dame de Shanghai (1948) et La soif du mal (1958). Le documentaire This is Orson Welles de Clara et Julia Kuperberg complétera cette rétrospective pour le moins restreinte.

Terrence Malick, qui demeura pendant plusieurs décennies un cinéaste rare et mystérieux, sera également à l'honneur avec la projection exceptionnelle de ses trois derniers films : Tree of life (palme d'or à Cannes en 2011), A la merveille (2012) et Knight of cups (présenté à Berlin en février dernier et n'ayant pour le moment aucune date de sortie en France).

Là encore, on ne peut que déplorer le choix du festival de ne pas proposer l'intégralité de son oeuvre, ce qui aurait permis au festivaliers de comprendre l'apport de Terrence Malick au cinéma contemporain ainsi que la tournure expérimentale qu'a peu à peu pris sa démarche artistique.

Plus tôt dans la semaine, Deauville avait annoncé ses films d'ouverture et de clôture. On attend désormais de connaître la composition du jury présidé par Benoit Jacquot ainsi que les détails de la sélection.

Champs-Elysées Film Festival 2015 : this is Orson Welles

Posté par MpM, le 12 juin 2015

orson wellesA l'occasion du centenaire d'Orson Welles, le Champs-Elysées Film Festival proposait en séance spéciale le documentaire This is Orson Welles de Clara et Julia Kuperberg et coproduit par la chaîne TCM.

Le film, qui faisait partie de la dernière sélection Cannes Classics, se veut une plongée intime dans la carrière d'Orson Welles à travers les témoignages de ses proches et admirateurs dont Martin Scorsese et Peter Bogdanovitch, d'extraits de ses films et de morceaux d'une interview donnée par Welles lui-même.

Si les spécialistes de l'acteur et réalisateur n'apprendront probablement rien sur les déboires et déceptions qui ont jalonné sa carrière, le documentaire se révèle en revanche une excellente première approche pour ceux qui méconnaissent la vie et l'oeuvre de Welles.

De manière assez didactique, This is Orson Welles revient ainsi sur les moments forts de l'existence du "maître" (de ses débuts fracassants à la radio avec La guerre des mondes à son mariage avec Rita Hayworth), aborde chronologiquement la plupart de ses films et esquisse à grands traits son portrait.

Un portrait qui, sans surprise, laisse entrevoir un génie cinématographique incompris, novateur et à contre-courant, doté d'un formidable sens de l'humour et de l'auto-dérision. Presque une allégorie de l'artiste maudit, qui déclarait prophétiquement : "ils m'adoreront quand je serai mort".

Pris par le temps, le documentaire se contente alors parfois de lancer des pistes de lecture et de réflexion autour du "mystère" Orson Welles, laissant la charge au spectateur de les poursuivre par lui-même. Pour comprendre en quoi Citizen Kane a révolutionné la grammaire du cinéma, le mieux reste donc encore de revoir le film au plus vite.