La star égyptienne Omar Sharif s’ingère dans la révolte de son pays

Posté par vincy, le 30 janvier 2011

Interrogé sur France Inter ce dimanche, la star égyptienne Omar Sharif (Lawrence d'Arabie, Docteur Jivago, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran), actuellement au Caire, est "solidaire avec le peuple parce que je trouve qu'il s'est très bien conduit, beaucoup mieux que le gouvernement". Au 17e étage d'un rand hôtel de la capitale égyptienne, il explique qu'il voit tout ce qui se passe.

"Je pense que le président (Hosni Moubarak) aurait dû démissionner. Cela fait 30 ans qu'il est président, ça suffit". Il ajoute que Moubarak a "heureusement choisi un bon vice-président (Omar Souleimane) qui a de bonnes relations avec Israël et c'est très important".

L'acteur avoue cependant ses craintes à propos des Frères Musulmans : "Je n'en veux pas. Ils étaient enfermés, ils commencent à sortir, ils sont 20% de la population, et c'est un peu inquiétant pour moi". Sharif est connu pour considérer la religion comme un bienfait utilisé de manière absurde par les hommes.

Omar Sharif a toujours été présent dans la politique culturelle de son pays. Alors que le monde arabe boycottait le chef d'oeuvre de David Lean qui a révélé l'acteur au monde entier, Lawrence d'Arabie, il avait organisé une projection privée pour Nasser, président égyptien qui a marqué 24 ans de l'histoire du pays, pour qu'il puisse juger par lui-même du film. Nasser autorisera la projection du film multi-oscarisé en Égypte, où il rencontra un grand succès.

Bobigny honore la mémoire de Youssef Chahine

Posté par vincy, le 2 avril 2010

A l'occasion du 21 Festival Théâtres au cinéma, qui se déroule à Bobigny du 30 mars au 11 avril, une rue Youssef Chahine a été inaugurée mardi dernier dans la ville. Le cinéaste égyptien, disparu en juillet 2008, a le droit aussi à une rétrospective intégrale, qui a commencé dès le 30 mars avec la projection de La Mémoire.

Par ailleurs, le Festival rend  hommage au producteur Humbert Balsan et accueille le grand Omar Sharif en invité d'honneur le 9 avril. Une dizaine de films avec l'acteur sont projetés. Une sélection en rapport avec Albert Camus complète le programme.

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Renseignements, programme, réservation sur Internet

Youssef Chahine, fils du Nil, s’en va… (1926-2008)

Posté par vincy, le 27 juillet 2008

chahine.jpgSes Pyramides et sa signature introduisaient tous les films de son distributeur français, Pyramide. Youssef Chahine, le plus grand cinéaste d'Egypte, et sans doute l'un des plus grands du monde arabe, vient de mourir, le 27 juillet, des suites d'une longue maladie, à l'âge de 82 ans. Une hémorragie cérébrale l'avait plongé dans le coma depuis plusieurs semaines.

Né le 25 janvier 1926 à Alexandrie, il étudiera le cinéma en Californie juste après la seconde guerre mondiale. Il réalise son premier film, Papa Amin, en 1950. Son dernier, Chaos, a été produit en 2007.

Dès 1951, il entamera une grande histoire d'amour avec le Festival de Cannes (six sélections). Si Berlin lui offre un Ours d'argent pour Alexandrie, Pourquoi ? (1978), c'est avec Le destin (1997) qu'il atteindra sa reconnaissance mondiale quand la présidente du jury, Isabelle Adjani, lui remettra le prix du 50e anniversaire du Festival de Cannes pour l'ensemble de son œuvre. Ce film, aux allures de fresque populaire, est inspiré de la vie du philosophe arabe (et tolérant) Averroès. Chahine, très fortement engagé politiquement, n'avait pas pu empêcher la censure de son film dans son propre pays. Le destin dénonce justement l'intégrisme et les conséquences de l'ignorance et de l'aveuglement. A l'époque, nous écrivions sur "cette poésie optimiste et révoltée" : "Ce film plein de vie bascule entre l'exubérance des sages, et la dureté froide des puissants. N'y cherchons aucune fidélité historique dans les paysages, retenons juste l'universalisme des messages, et fatalité des visages."
Notablement opposés au régime d'Hosni Moubarak, perpétuel président égyptien, mais surtout aux islamistes et aux fanatiques, rêvant d'un monde arabe éclairé et démocratique, ses films heurtaient la censure et provoquaient des embrasements dans son pays. Youssef Chahine dénonçait la bêtise et l'impasse de l'intégrisme.

Surtout ses films faisaient preuve, malgré, parfois, le manque de moyens, d'une véritable audace dans la forme, et surtout d'une fraîcheur revigorante. Il aimait les mélos et les musiques, flirtant ainsi avec un côté Bollywood dans certaines de ses œuvres. A l'instar de ces chanteurs de variété qui collent des rythmes dansants sur des textes graves... Cela ne l'empêchait pas de faire de grandes reconstitutions historiques (Adieu Bonaparte). De ses quarante films qui évoquent l'Egypte sous toutes ses coutures, de la misère à l'indépendance politique, on retiendra surtout sa trilogie autobiographique, tel un roman sur une Egypte disparue, d'avant guerre : Alexandrie, pourquoi ? (1978), La mémoire (1982) et Alexandrie encore et toujours (1989).

Figure de proue du cinéma égyptien, Youssef Chahine était davantage reconnu à l'étranger que dans son propre pays. La télévision égyptienne n'a fait que le strict minimum lors de l'annonce de sa mort, passée en deuxième plan dans la hiérarchie des informations. Il avait pourtant eu les honneurs d'une rétrospective complète à Locarno en 1996. Il avait même mis en scène Caligula d'Albert Camus à la Comédie Française en 1992.

Mythe du monde du cinéma arabe, marié à une française, honni par les "censeurs" de son pays, les artistes égyptiens n'ont pas hésité à louanger Chahine, rappelant qu'il avait découvert l'autre monstre sacré du cinéma égyptien : Omar Sharif. Il l'avait fait jouer dans Les eaux noires (1952). Il avait aussi magnifié Dalida peu de temps avant sa mort dans Le sixième jour (1986).

"Un cinéaste du tiers-monde n'est jamais assez engagé", racontait-il en 2007 dans Le Monde. "Chaque fois qu'il fait un film, il écrit trois scénarios: l'histoire qu'il veut raconter, l'éloge du gouvernement qui le commandite et le combat qu'il mène contre les adversaires politiques."

Espérons qu'il ait des héritiers, en Egypte et ailleurs...