Les 25 meilleurs films français du XXIe siècle selon Indiewire: une certaine idée du 7e art

Posté par vincy, le 9 juillet 2017

Le magazine américain Indiewire a désigné cette semaine un classement subjectif des 25 meilleurs films français du XXIe siècle. Le cinéma français vu des Etats-Unis est plutôt art et essai comme on peut le constater. Voir très pointu. Hormis Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, énorme succès outre-Atlantique à l'époque, il n'y a aucun film qualifié de "populaire", ni Intouchables, ni même l'oscarisé The Artist. Ceci dit, IndieWire est un magazine qui défend le cinéma indépendant. Et en tout cas une certaine forme de 7e art.

En revanche on constate qu'il y a trois Palmes d'or, de nombreux films sélectionnés à Cannes (plus de la moitié!), et dans une moindre mesure à Berlin ou Venise. Une sélection dans ces festivals a l'avantage de faciliter une vente à un distributeur nord-américain et donc d'être diffusé en salles aux USA. Cinq des 25 films mentionnés ont reçu le César du meilleur film.
Jacques Audiard, Michael Haneke, Olivier Assayas et sa compagne Mia Hansen Løve réussissent à placer deux films chacun. On est surpris de voir un film sorti il y a deux semaines dans cette liste (Visages villages) qui révèle l'oubli d'un 120 battements par minute, ou d'y trouver un film ignoré par le jury de Berlin et les César alors qu'en effet il était l'un des plus beaux films de l'année 2016 (Quand on a 17 ans).

Godard, Desplechin, Bonello, Sciamma, Dumont (avec un film pour la télé!) cotoient ainsi Ozon, Leconte, Schnabel et Beauvois. Un Eugène Green a sa place tandis que Leos Carax s'arroge la première place avec un film lui aussi ignoré au palmarès cannois, mais sans aucun doute, l'un des plus audacieux de ces 17 dernières années.

C'est, comme tout classement, contestable. Mais ça révèle aussi que le cinéma français, outre sa grande diversité de ton et de style, est apprécié pour sa manière de tordre la narration (Carax, Godard, Varda...) et sa façon de filmer les relations humaines, avec une sensibilité singulière.

Le Top 25 (avec entre parenthèses, nos étoiles)

1. Holy Motors (2012) de Leos Carax (****)
2. Amour (2012) de Michael Haneke (****)
3. 35 rhums (2008) de Claire Denis (***)
4. Adieu au langage (2014) de Jean-Luc Godard (****)
5. Eden (2014) de Mia Hansen Løve (**)
6. Un prophète (2009) de Jacques Audiard (****)
7. Le fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001) de Jean-Pierre Jeunet (*****)
8. Tomboy (2011) de Céline Sciamma (***)
9. Caché (2005) de Michael Haneke (**)
10. La vie d'Adèle (2013) d'Abdellatif Kechiche (****)
11. L'heure d'été (2008) d'Olivier Assayas (**)
12. Visages villages (2017) d'Agnès Varda et JR (***)
13. Le scaphandre et le papillon (2007) de Julian Schnabel (***)
14. Un conte de Noël (2008) d'Arnaud Desplechin (****)
15. Un amour de jeunesse (2011) de Mia Hansen Løve (**)
16. L'Apollonide (Souvenirs de la maison close) (2011) de Bertrand Bonello (***)
17. Quand on a 17 ans (2016) d'André Téchiné (****)
18. De battre mon cœur s'est arrêté (2005) de Jacques Audiard (****)
19. Après mai (2012) d'Olivier Assayas (**)
20. Entre les murs (2008) de Laurent Cantet (*****)
21. P'tit Quinquin (2014) de Bruno Dumont (****)
22. Swimming Pool (2003) de François Ozon (***)
23. Des hommes et des dieux (2010) de Xavier Beauvois (**)
24.L'homme du train (2002) de Patrice Leconte (****)
25. La Sapienza (2014) d'Eugène Green (***)

Locarno 2017: les présidents des jurys révélés

Posté par vincy, le 29 juin 2017

La 70e édition du Festival de Locarno (2-12 août) s'offre Olivier Assayas comme président du jury de la compétition internationale. Il avait déjà été membre du jury en 2004. Prix de la mise en scène à Cannes en 2016, prix du scénario à Venise en 2012, le cinéaste français a sorti l'an dernier Personal Shopper et il a également co-écrit l'adaptation du nouveau Polanski, D'Après une histoire vraie.

Le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah, récompensé à Locarno pour son film El Medina (1999), présidera le jury Cineasti del presente (Cinéastes du présent).

L'actrice française, deux fois césarisée, Sabine Azéma sera quant à elle à la tête du jury de la compétition Pardi di domani (Léopards de demain).

Cannes 2017: Nos retrouvailles avec Jeanne Balibar

Posté par vincy, le 18 mai 2017

Jeanne Balibar, ex-compagne de Mathieu Amalric, sera l'actrice devant incarner la chanteuse Barbara dans un biopic fictif, sous le regard de Mathieu Amalric. La comédienne ouvre Un certain regard, ce qui procure un certain plaisir. On avait cru Jeanne oubliée par le cinéma français. A Cannes, elle était du premier Desplechin en compétition, Comment je me suis disputé..., en 1996. Mais c'est en 2001, avec Va savoir, chez Jacques Rivette, toujours en compet, qu'elle a brillé, qu'elle nous a emballés, qu'elle tourbillonnait dans une fugue parisienne légère et théâtrale. Elle passe à Un certain regard l'année suivante avec 17 fois Cécile Cassard de Christophe Honoré et revient en 2004 en compétition grâce à Olivier Assayas dans Clean. Deux seconds-rôles. Elle est bien réapparue hors compétition par la suite, en voix de dessin animée ou "figurante" d'un gros casting international. Mais plus de quoi marquer les esprits.

C'est regrettable, car, avec sa silhouette de girafe, son timbre de voix envoûtant, son regard de biche, elle nous ensorcelait. Sa singularité dans le cinéma français la rendait séduisante et attachante. Aujourd'hui, Jeanne Balibar a 49 ans. Les hommes ont passé. Les fils ont grandi. Les combats sont toujours d'actualité pour cette femme engagée. Elle a eu ses galères.

Elle a débuté il y a 24 ans à la Comédie-Française et a joué dès ses débuts dans la cour d'honneur du Festival d'Avignon. Elle y fut Elvire. Quatre ans plus tard, elle quitte sa pension théâtrale pour se consacrer au cinéma, qui la sollicite de plus en plus. Le Desplechin l'a mise sur orbite. Elle devient l'une des égéries du nouveau cinéma français de la fin des années 1990. Elle tourne avec Laurence Ferreira Barbosa, Bruno Podalydès, Olivier Assayas, Benoît Jacquot, Jeanne Labrune, Raoul Ruiz, Guillaume Nicloux, et bien entendu Mathieu Amalric, qui en fait la muse de ses premiers films. On la voit aussi dans les téléfilms Balzac et Les Rois Maudits de Josée Dayan, Code 46 de Michael Winterbottom, Sagan de Diane Kurys (qui lui vaut sa quatrième nomination aux César), La Fille de Monaco d'Anne Fontaine et Le Bal des actrices de Maïwenn. Elle n'a jamais cessé de tourner. Mais elle était moins visible. Acceptant un rôle même mineur ou ne rencontrant pas le film majeur. Depuis près de dix ans, elle est même assez rare. Ses fidèles l'ont vue récemment dans la série télévisée Tunnel de Dominik Moll.

C'était au théâtre que cette intermittente savourait son travail. Molière, Duras, Genet, Corneille, Shakespeare, Tchekhov ou Claudel à ses débuts. Elle s'aventure ensuite chez Offenbach, Lem (une adaptation de Solaris), Olivier Py lui remettant le Soulier de satin à l'Odéon, Dumas en dame aux camélias, Handke à Avignon ou Dostoïevski à Berlin.

Et puis la cigale a chanté aussi, même quand l'hiver est venu. Deux albums au début des années 2000 et des chansons dans diverses compilations, en plus d'un duo avec un autre de ses ex, Philippe Katerine, intitulé "J'aime tes fesses".

Fiancée éternelle de pirates et flibustiers des arts et des lettres, Jeanne Balibar avait même essayé la co-réalisation avec Par exemple, Electre (mention spéciale au Jean-Vigo en 2012), film expérimental mettant en abime le processus de création théâtral et audiiovisuel.

Elle n'a pas été oisive, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais cela fait longtemps que Jeanne Balibar n'était pas au centre de l'intention. Ce qu'elle sera en ce jeudi 18 mai avec l'ouverture d'Un certain regard, où elle simulera une comédienne devant incarner la mythique Barbara. "Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus."

Olivier Assayas et Roman Polanski font équipe pour adapter un best-seller de Delphine de Vigan

Posté par vincy, le 21 juillet 2016

Best-seller de l'an dernier, le roman de Delphine de Vigan, D'après une histoire vraie, va être porté à l'écran. Le scénario sera signé Olivier Assayas (récemment primé à Cannes par un prix de la mise en scène pour Personal Shopper) et le film réalisé par Roman Polanski, qui cherchait un projet en attendant de pouvoir tourner D., son film sur l'affaire Dreyfus.

Le roman de Delphine de Vigan a reçu le Prix Renaudot, le Prix Goncourt des lycéens et vendu à plus de 450 000 exemplaires, est le récit de la rencontre d'une écrivaine (qui ressemble à l'auteure) dépressive et lasse avec une fan obsessionnelle, L., femme inquiétante. Dans ce thriller psychologique, où la frontière est très mince entre le réel de la fiction, le coup de foudre amical et l'apparente bienveillance protectrice de la fan se mue en relation oppressante, dangereuse et empoisonnante.

De Répulsion à La Locataire en passant par Carnage, Polanski a toujours aimé ces huis-clos paranoïaques, tendus et conflictuels. Pas surprenant que le roman de De Vigan l'ait séduit. Trois ans après La Vénus à la Fourrure, autre huis-clos mais davantage axé sur un jeu où intervertit le rapport de domination et de soumission, le cinéaste renoue donc avec un duel ambiguë et l'inversion des rôles.

Le film est produit par Wy Productions (Yves Saint Laurent, Un homme idéal). Il devrait sortir en salles en 2018.

Roger Dumas (1932-2016), de L’Homme de Rio à Capitaine Flam en passant par Johnny et Gabin

Posté par vincy, le 3 juillet 2016

Difficile de faire plus "variété" que Roger Dumas, éternel second-rôle du cinéma français, saltimbanque assumé, troubadour méconnu et finalement artiste intégral. Né le 9 mai 1932 au fin fond de l'Ardèche, département sans train, il est décédé à Paris à l'âge de 84 ans samedi 2 juillet.

Difficile de résumer sa carrière prolifique. Au théâtre, il a été sur les planches durant 60 ans, interprétant du Sam Shepard, le Monte Cristo d'Alexandre Dumas, du Harold Pinter, du Samuel Benchetrit (empochant un Molière au passage), et même "Hysteria" mise en scène par John Malkovich, et écrivant même une pièce en 2010," A propos de Martin". Sa dernière apparition fut dans L'Etudiante et Monsieur Henri il y a quatre ans.

Au cinéma, après quelques figurations, notamment dans un Arsène Lupin, chez Hossein et chez Cayatte, il se fait remarquer dans Rue des prairies, en 1959, aux côtés de Jean Gabin. Les années 1960 lui seront profitables. Avec son bagout de chansonnier, sa sensibilité perceptible et son physique passe-partout, on le retrouve dans le délirant Pouic-Pouic, avec Louis De Funès et Jacqueline Maillan, en copain de régiment de Belmondo dans L'homme de Rio (avec la réplique finale fabuleuse, "Quelle aventure!"), dans quelques Chabrol mineurs (Le tigre aime la chair fraiche et Le tigre se parfume à la dynamite), le culte Caroline chérie.

Acteur éclectique

Il reste dans la comédie dans les années 1970 avec Tendre poulet de Philippe de Broca (Girardot, Noiret), en inspecteur sérieux mais drôle. Retrouve Bébel dans Le Marginal de Jacques Deray. Se glisse dans le casting prestigieux de Fort Saganne d'Alain Corneau (Depardieu, Deneuve, Marceau). Reviens à la comédie avec Edouard Molinaro, Claude Zidi, retourne chez De Broca (Chouans!) et chez Chabrol (Masques). Bizarrement, c'est à la fin des années 1980 que Dumas change de registre avec Enki Bilal (Bunker Palace Hotel, Tykho Moon), Olivier Assayas (Une nouvelle vie, Les destinées sentimentales), Roger Hanin (Soleil), Claude Berri (Ensemble, c'est tout), Yasmina Benguigui (Inch'Allah dimanche), Samuel Benchetrit (J'ai toujours rêvé d'être un gangster), Rémi Bezançon (le grand père dans Le premier jour du reste de ta vie), Radu Mihaileanu (Le concert) ou encore Safy Nebbou (L'autre Dumas). Le grand public l'aura surtout vu en Maître Valoche dans le deuxième opus des Visiteurs.

Il n'appartenait à aucune église, aucune chapelle. Solide, il a donné la réplique à toutes les stars françaises à travers les époques, de Sophia Loren à Jean-Louis Trintignant, de Huppert à Tautou en passant par Béart ou Mélanie Laurent. Cet homme réputé sympathique  et gentil, discret et éclectique, aimait jouer. Pour le petit écran, il a été invité dans différentes séries ("Un village français", "Les cinq dernières minutes", "Navarro", "Commissaire Moulin", "Vénus et Apollon",...) et  joué dans Les Misérables et Le Comte de Monte-Cristo de Josée Dayan, qui l'a régulièrement enrôlé dans ses téléfilms.

Parolier prolifique


Il avait également joué régulièrement à la télévision, notamment dans des séries ("Les Cinq dernières minutes", "Navarro", "Julie Lescaut", "Un village français") ou des téléfilms de Josée Dayan ("Les Misérables", "Le Clan des Lanzac").

Mais c'est peut-être sa carrière de paroliers qu'il faut souligner. Il a écrit des chansons pour Dani, Richard Anthony, Patachou, Carlos, Marie Laforêt, mais surtout Johnny Hallyday ("Deux amis pour un amour"), Sylvie Vartan ("Comme un garçon" entre autres) et Chantal Goya. Oui, c'est à ce grand monsieur de la scène, ce comédien capable d'être généreux, inquiétant, empathique, que l'on doit des dizaines de chansons pour enfant. Et surtout c'est à cause de lui qu'on connaît tous ces paroles...

Cannes 2016: Ken Loach reçoit sa deuxième Palme d’or

Posté par vincy, le 22 mai 2016


Cette année, il y avait deux sortes de films en compétition au 69e Festival de Cannes: ceux qui observaient le monde, sans oublier de nous faire sourire ou de nous séduire, et ceux qui plombaient le moral avec une vision dépressive ou hystérique des rapports humains. Clairement, le jury a choisi la seconde catégorie, oubliant les amples, beaux ou audacieux Aquarius, Toni Erdmann, Elle ou encore Rester vertical.

Non cette année, le jury a aimé le drame social le plus sombre, les émotions manipulées, des scénarios très classiques et souvent balisés. On se félicitera de prix de la mise en scène pour Assayas (pas de jaloux dans son couple puisque Mia Hansen Love a remporté le prix équivalent à Berlin en février dernier). Deux prix pour Farhadi c'est aussi un film en moins de récompensé. Une deuxième Palme pour Ken Loach, grand monsieur et grand cinéaste, n'est pas honteuse mais son film est mineur et bien moins subtil que la dénonciation de la mondialisation dans Toni Erdmann ou la consécration de la résistance dans Aquarius.

Alors voilà, on vous aimait bien membres du jury. Votre délibération a été passionnelle, très très longue. Mais on préférera notre palmarès, car ce sont ces films qui nous resteront en mémoire, plus que les vôtres, à quelques variantes près.

Palme d'or: Moi, Daniel Blake de Ken Loach (Royaume Uni)

Grand prix du jury: Juste la fin du monde de Xavier Dolan (Canada)
Mise en scène: Cristian Mungiu (Baccalauréat, Roumanie) et Olivier Assayas (Personal Shopper, France)
Interprétation masculine: Shahab Hosseini dans Le client (Iran)
Interprétation féminine: Jaclyn Jose dans Ma'Rosa (Philippines)
Scénario: Asghar Farhadi pour Le client (Iran)
Prix du jury: American Honey d'Andrea Arnold

Palme d'or du court métrage: Timecode de Juanjo Gimenez (Espagne)
Mention spéciale Court métrage: A moça que dançou com o diabo de Joao Paulo Miranda Maria (Brésil)

Caméra d'or: Divines d'Houda Benyamina - Quinzaine des réalisateurs (France)

Cannes 2016: Qui sont Anders Danielson Lie & Lars Eidinger?

Posté par vincy, le 17 mai 2016

Anders Danielsen Lie et Lars Eidinger sont tous les deux à l'affiche de Personal Shopper, le nouveau film d'Oliver Assayas, en compétition au festival de Cannes.

Les deux acteurs n'ont absolument rien en commun. Le premier est norvégien et n'est comédien que par intermittence. 37 ans, 1m80, blond, aux yeux bleus beau gosse, Anders Danielsen Lie a été révélé par Joachim Trier dans Nouvelle Donne, en jeune écrivain tourmenté, avant de le retrouver cinq ans plus tard dans Oslo, 31 août, sélectionné à Un  Certain regard. On l'a aussi vu dans Fidelio et Ce sentiment de l'été. Pourtant ses débuts datent de 1990. Il a 11 ans quand il joue le rôle principal dans Herman. Fils d'un psychiatre et de l'actrice Tonie Danielson, il aurait d'ailleurs pu être un enfant de la balle comme les autres.

Mais Anders Danielsen Lie a préféré être médecin. Son job à mi-temps. Acteur, c'est juste pendant ses pauses. En plus d'ausculter ses patients, de lire des pavés intellectuels, et de jouer devant les caméras une fois par an. Pianiste, il a également écrit, chanté, composé, produit un album, This is autism, inspiré de son enfance. Il tape sur la batterie aussi dans le groupe Virgo.

Faisant toujours plus jeune que son âge, il s'abonne aux personnages mélancoliques et sensibles, souvent frappé par le drame ou confronté à la mort. Lui rejette toute appétence pour la tragédie et la noirceur. Père de deux enfants, marié à un top-model, la célébrité l'angoisse. Après le succès précoce de Hermann, il n'avait plus envie d'être acteur. "Je n'ai jamais rêvé de jouer" explique-t-il, se définissant plutôt comme "un touriste dans l'industrie du cinéma", industrie pour laquelle il n'a pas beaucoup de respect.

Le comédien Lars Eidinger préfère largement le théâtre aux plateaux de cinéma. Né en 1976 à Berlin, 1m90, blond aux yeux bleus, l'acteur allemand, qui fut membre du jury du dernier Festival de Berlin, est aussi metteur en scène et compositeur. La musique est sans aucun doute leur seul point commun. Car Lars Eidinger est avant tout un passionné du jeu. Si au cinéma, on ne l'a découvert qu'en 2009 dans Alle Anderen de Maren Ade (en compétition cette année à Cannes avec Toni Erdmann), au théâtre, il arpente les scènes depuis 2000. Ibsen, Shakespeare, Sarah Kane, Tennessee Williams, Molière: tous les registres lui vont. Hamlet ou Tartuffe. Il travaille avec Ivo van Hove, Rodrigo Garcia, l'immense Thomas Ostermeier (près d'une dizaine de fois), dont un Richard III impressionnant qui fit le tour du monde. Lui même met en scène Roméo et Juliette il y a trois ans, qui ne fut pas une bonne expérience. Habitué d'Avignon, le voici désormais sur la Croisette.

Pour les écrans, il tourne d'abord pour la télévision avant d'être repéré par le cinéma. On l'aperçoit ainsi chez Peter Greenaway (Goltzius et la compagnie du Pélican), chez Olivier Assayas (déjà, dans Sils Maria), Die Blumen von Gestern (avec Adèle Haenel), et ce mois-ci dans L'Origine de la violence d'Elie Chouraqui. A la télévision, il est un rôle récurrent de Tatort. "Je veux que le public me voie faire l’acteur. Devenir le personnage ne m’intéresse pas" affirme-t-il pour justifier son jeu.  Ambitieux, vaniteux, orgueilleux? Il ne dément pas. Il aime interpeller le public, et même le provoquer. Il règne sur la troupe de la Schaubühne comme on s'impose sur un trône. Il est l'homme qui aime jouer, qui veut jouer, qui se laisse happer par le jeu. Il dévore ses personnages, tel un ogre bestial et recrache avec génie la moindre nuance de leur puissance.

L'un est acteur par défaut, l'autre par envie.

Cannes 2015 – les télex du marché: Kristen Stewart chez Assayas, l’actrice de Borgen chez Bercot, Abd Al Malik et deux folles en Italie

Posté par vincy, le 16 mai 2015

marché du film - cannes

- Kristen Stewart avait annoncé qu'elle retournerait un film en France. C'est confirmé. L'actrice, césarisée cette année pour son second-rôle dans Sils Maria (Cannes 2014), retrouvera son réalisateur Olivier Assayas pour Personal Shopper. Après l'annulation de son projet américain, Assayas a décidé de se lancer rapidement dans un autre film. Personal Shopper est une histoire de fantômes qui se déroule dans le monde de la mode à Paris. Le tournage est prévu pour la fin de l'année.

- La Tête haute a déjà attiré 70000 spectateurs sur Paris et Périphérie, deux jours après avoir fait l'ouverture du 68e Festival de Cannes. Mais la cinéaste Emmanuelle Bercot a déjà la tête ailleurs, dans son prochain film. Elle adaptera le best-seller d'Irène Frachon, Mediator 150 Mg, qui a révélé le scandale du Mediator et s'est battue contre les laboratoires Servier. La fille de Brest, un "Erin Brokovitch à la française", sera incarné par Sidse Babbet Knudsen (After the Wedding et surtout Borgen). La comédienne danoise vient de jouer avec Fabrice Luchini dans L’hermine de Christian Vincent.

- Après son premier film, nominé aux César, Qu'Allah bénisse la France, l'écrivain-musicien-chanteur et réalisateur Abd Al Malik finalise le montage financier de son deuxième long métrage. Et ce sera un changement de style radical puisque Déshabillez-moi est l'histoire de la relation amoureuse entre la chanteuse Juliette Gréco, qui fait actuellement ses adieux à la scène en tournée, et le musicien Miles Davis. Le récit se déroule dans les années 50 à Paris et sera narrée par un rappeur noir américain d'aujourd'hui.

- Le réalisateur italien Paolo Virzi, tourne actuellement avec la star de son film les Opportunistes Valeria Bruni-Tedeschi et celle de La prima cosa bella, Micaela Ramazzotti. La Pazza Gioia (Like Crazy) suit deux patientes qui se rencontrent dans un hôpital alors qu'elles sont traitées pour des problèmes psychiatriques. Elles décident de s'évader et vont commencer un drôle de voyage qui les mènera à Rome. Le film est prévu dans les salles l'année prochaine. Les Opportunistes avaient récolté 7 prix David di Donatello, dont ceux du meilleur film, meilleur scénario et de la meilleure actrice.

Festival de La Rochelle: Visconti, Assayas, Bellocchio, HHH, Feuillade, MacKendrick à l’honneur

Posté par vincy, le 4 mai 2015

Le 43e Festival international du film de La Rochelle (26 juin - 5 juillet) a révélé l'essentiel de sa programmation. En 2014, la manifestation avait attiré plus de 82 000 spectateurs.

Cette année, La Rochelle rendra hommage à Olivier Assayas, Marco Bellocchio, Hou Hsiao-hsien, dont le dernier film The Assassin est en compétition à Cannes cette année, et à la famille Makhmalbaf avec les films du père Mohsen et de ses enfants, Samira, Hana et Maysam.

Le Festival fera découvrir le cinéma géorgien, avec les films de Levan Koguashvili, George Ovashvili, Nana Ekvtimishvili, Rusudan Chkonia, Tinatin Kajrishvili, Teona et Thierry Grenade et Salomé Alexi.

Côté cinéma classique, les rétrospectives mettront en lumière Louis Feuillade, avec ses Fantômas et ses Vampires, et l'actrice Musidora, égérie de l'affiche du Festival cette année. Une intégrale de Luchino Visconti fera l'évènement, l'occasion de découvrir la récente restauration de Rocco et ses frères, accompagnée de deux documentaires sur le maître. Deux autres rétrospectives concerneront le réalisateur Alexander MacKendrick et les trésors animés des studios d'art de Shanghaï.

La Rochelle présentera aussi des versions restaurées de grands classiques comme Le Troisième Homme, Les Oiseaux, Le Convoi de la peur ou Y aura-t-il de la neige à Noël ?.

Enfin, le Festival projettera en avant-première de nombreux films: Amnesia de Barbet Schroeder (hors compétition à Cannes), At Home d'Athanasios Karanikolas, Chorus de François Delisle, Cosmodrama de Philippe Fernandez, La Vie de Jean-Marie de Peter van Houten, Le Bouton de nacre de Patricio Guzman, primé à Berlin, Les Nuits blanches du facteur d'Andreï Kontchalovski, My Name is Salt de Farida Pacha, The Valley de Ghassan Salhab....

Quant à la Leçon de musique, elle sera conduite par Jean-Claude Petit.

Le programme complet

Le Prix Louis Delluc 2014 pour Sils Maria

Posté par vincy, le 15 décembre 2014

juliette binocheLe prix Louis Delluc revient cette année à Olivier Assayas pour son film Sils Maria, mise en abîme plutôt drôle du métier d'actrice et du temps qui passe. C'est la première fois qu'Assayas remporte ce prix, après 35 ans de carrière.

On s'attendait plutôt au sacre d'un cinéaste africain comme Abderrahmane Sissako (Timbuktu) ou la consécration du style de Bertrand Bonello (Saint Laurent). Mais c'est un vétéran qui l'emporte face à Ferran, Jacquot et Godard (qui l'ont déjà eu) ou Campillon et Drexel (voir la sélection complète).

Toujours est-il qu'Olivier Assayas, souvent nominé pour le Delluc est l'un des cinéastes français les moins récompensés. Quatre films en compétition à Cannes repartis bredouilles, seulement deux nomination aux Césars. Il a reçu le prix Jean Vigo en 1992 et deux prix à Venise en 2012. Sils Maria, avec Juliette Binoche et Kristen Stewart, était en compétition à Cannes. Depuis 2009, c'ets le quatrième film cannois qui gagne le Delluc.

Olivier Assayas avait un projet américain avec Robert de Niro. Il semble que le tournage soit annulé. Voilà de quoi le consoler.

Le prix Louis Delluc du premier film a été décerné au film de Thomas Cailley, Les combattants, qui avait fait sensation à la Quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes.