Le British Film Institute s’encanaille avec une collection érotique

Posté par vincy, le 19 mars 2017

Le vénérable British Film Institute a décidé depuis quelques semaines de vous chauffer les hormones. En effet, le BFI a mis en ligne une vingtaine de films érotiques anglais, tous réunis dans la collection "The Pleasure Principle". Ces films couvrent la période allant de 1896 au début du XXIè siècle, et ont été numérisés, dans le cadre du programme Britan on Film Project qui prévoit la numérisation de 10000 films archivés tous genres confondus.

Une femme nue batifolant dans  la mer, une autre plus distinguée s'amusant avec ses jupons, une princesse grecque et son esclave serbe, un documentaire sur les stripteaseuses de Soho, une comédienne (Fiona Richmond) répondant à une interview de 9 minutes entièrement nue et même un film d'animation où l'on fantasme sur les seins. L'érotisme est avant tout féminin. La plupart de ces films étaient diffusés dans les clubs anglais réservés aux hommes.

Le BFI souhaitait rendre ces films disponibles: "Nous voulons retracer l'histoire de ces films souvent interdits. C'est un voyage social et culturel à travers le XXe siècle, avec des œuvres qui ont souvent gêné les gens" explique le conservateur de l'institut Vic Pratt dans le Guardian.

Le plan de numérisation prévoit d'autres films comme Boys and Girls Together, qui montre la sexualité de plusieurs locataires d'une maison, en 1979. C'est d'ailleurs le premier film montrant deux homosexuels mâles faisant l'amour.

Malheureusement, il fallait bien une mauvaise nouvelle, même si la plupart des films sont gratuits, ils sont indisponibles quand on veut les voir à l'étranger. Un Brexit automatique.

Les blockbusters et films cultes de Universal réunis sous un même label

Posté par vincy, le 8 juillet 2016

La filiale de distribution française de Universal va lancer le label Universal Vintage afin de valoriser son catalogue de blockbusters et de films cultes. Lors de la convention française Studio Show, le studio a annoncé vouloir regrouper ses films "classiques", de 1970 à aujourd'hui afin de leur offrir une meilleure visibilité.

Les dents de la mer, E.T. l'extraterrestre, Jurassic Park, mais aussi Breakfast club, Coraline, Eternal sunshine of the Spotless Mind, Apollo 13 ou encore Trainspotting sont numérisés ou en cours de numérisation afin de pouvoir les ressortir en salles. L'objectif est de faire de ces ressorties un événement, à l'image de ce que le studio a fait avec la trilogie Retour vers le futur l'an dernier pour célébrer la fameuse date du 21 octobre 2015 qui apparaissait dans le film de Robert Zemeckis.

Cette exploitation du patrimoine, qui autrefois se contentait du DVD (mais le marché de la vidéo est sinistré) est devenu dynamique depuis la création de festivals dédiés (Cinémathèque française, Institut Lumière, FIFC) et de salles spécialisées comme Les Fauvettes ou la Fondation Pathé.

Un des premiers courts métrages de Disney retrouvé près du cercle polaire

Posté par vincy, le 12 décembre 2014

empty socks walt disneyEmpty Socks (Chaussettes vides, ndt) était l'un des premiers films d'animation réalisé par Walt Disney, en 1927. On le croyait perdu. Il a ressurgit dans le nord de la Norvège, autant dire, ironiquement, au Pôle nord. Jusqu'à présent, seule une séquence de 25 secondes était conservée au Musée d'art moderne de New York.

L'annonce a été faite par la Bibliothèque nationale norvégienne qui a retrouvé le précieux film lors d'un inventaire dans le cadre d'un vaste projet de numérisation de ses fonds. Il y était entreposé depuis des lustres. La Bibliothèque de Mo i Rana, un bunker ultra-sécurisé, se situe au niveau du cercle polaire et sert d'entrepôt pour la Bibliothèque nationale.

"Au début, on ne savait pas qu'il s'agissait d'un trésor cinématographique disparu", a déclaré l'archiviste Kjetil Kvale Soerenssen dans un communiqué. "Le film consistait en deux bobines dont le contenu n'était pas clairement étiqueté".

Ce court métrage en noir et blanc de 5 minutes 30 - il ne manquerait qu'entre 30 et 60 secondes au milieu de la bibine - a été authentifié par David Gerstein, un dessinateur de Disney et spécialiste de l'histoire du dessin animé.

Le dessin animé met en vedette Oswald le lapin chanceux, star d'une série de 26 dessins animés créés par Walt Disney et Ub Iwerks. Ce 8e film avec Oswald a été diffusé à partir de décembre 1927. Oswald s'y déguise en Père Noël pour un orphelinat mais des enfants mettent le feux par accident à l'établissement. Le héros fait donc office de pompier. La valeur patrimoniale est inestimable: Oswald a été créé avant Mickey Mouse. Autant dire qu'il s'agit de la préhistoire de l'Empire Disney.

Une copie numérisée a été envoyée à la Walt Disney Company.

Comment a-t-il pu atterrir là? Le film a d'abord été la propriété d'un particulier norvégien, avant d'arriver dans le fonds de l'Institut cinématographique norvégien, qui a confié ses collections en 2007 à la Bibliothèque nationale.

Berlin 2013 : Ours d’or honorifique pour Claude Lanzmann

Posté par vincy, le 30 novembre 2012

La prochaine Berlinale (7-17 février) honorera le réalisateur français Claude Lanzmann avec un Ours d'or. Il succède à Meryl Streep. C'est le sixième Français à recevoir cette récompense depuis sa création en 1977.

Le directeur du Festival, Dieter Kosslick se dit honoré de l'honorer ainsi : "Claude Lanzmann est l'un des plus grands auteurs de documentaires. Par sa représentation de l'inhumanité et de la violence de l'antisémitisme et ses conséquences, il a lancé une nouvelle discussion cinématographique et esthétique".

Outre le prix qu'il recevra, le Festival de Berlin lui rendra hommage avec une rétrospective de l'intégralité de son oeuvre et la projection du documentaire Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures où il  évoque la révolte des prisonniers du camp d'extermination nazi de Sobibor (Pologne).

Lanzmann est évidemment connu pour son documentaire de 9h30, Shoah, qui relate le génocide juif par les nazis. Shoah avait été présenté dans la section Forum du Festival allemand en 1986. La version restaurée et numérisée du documentaire (lire aussi notre actualité du 29 septembre) sera également projetée à Berlin, pour la première fois.

Un nouveau documentaire l'an prochain

Intellectuel, écrivain, journaliste et cinéaste, Claude Lanzmann, qui vient de fêter ses 87 ans, est un ancien Résistant. Il a été le compagnon de la philosophe et écrivaine Simone de Beauvoir et dirigé la revue Les Temps modernes. Très engagé, il est souvent controversé pour des prises de position souvent très partiales et sa fidélité sans concessions à Israël et Sartre. Il a également écrit de nombreux livres, dont ses Mémoires, Le Lièvre de Patagonie (Gallimard, 2009) ou le récent recueil La Tombe du divin plongeur (Gallimard, 2012).

L'an prochain sortira Le dernier des injustes qu'il a réalisé : le film se focalise sur le camp de concentration pour les Juifs huppés, Theresienstadt. Il s'agit essentiellement du témoignage de Benjamin Murmelstein, rabbon viennois, membre du Conseil des Anciens des Juifs de Vienne, nommé par le SS Adolf Eichmann.

Le documentaire a été tourné cet été en Israël, Autriche, Pologne, République Tchèque et Italie. Le Pacte distribuera le film qui pourrait être présent dans l'un des trois grands Festivals de l'année.

Dinard 2012 : le British Film Institute à l’heure numérique

Posté par vincy, le 4 octobre 2012

Le British Film Institute lancera d’ici fin 2013 un lecteur internet permettant d’accéder à 10 000 films, à la demande, issus de ses archives. Manière de démocratiser le catalogue de la principale organisation dédiée au cinéma britannique.

Cela reste une infime partie des archives du BFI, qui entreposent 450 000 films dans le Warkwickshire.

Par ailleurs, Greg Dyke, président de l’établissement, a annoncé que 10 000 films seront numérisés d’ici 2017, choisis par un des experts et le vote du public. Espérons que les experts compenseront les manques cinéphiles des citoyens britanniques concernant certaines œuvres pas forcément populaires mais essentielles pour le patrimoine cinématographique britannique.

Le BFI, qui a récupéré les missions du UK Film Council, fermé par le gouvernement de David Cameron, compte investir 620 millions d’euros en cinq ans pour produire davantage de films, avec l’obligation d’augmenter la part de marchés des films anglais, qui varie de 20 à 30% en moyenne selon les années.

150 millions d’euros en moins pour le CNC : la numérisation des films menacée

Posté par vincy, le 29 septembre 2012

L'Etat va ponctionner 150 millions d'euros dans les caisses du CNC (voir notre actualité d'hier). Et cela pourrait avoir un impact sur le chantier de la numérisation des oeuvres du patrimoine, qui vient de commencer.

Eric Garandeau, président de l'institution, a déclaré au Monde : "Ces 150 millions d'euros, c'est justement la réserve dont nous disposons pour dresser l'inventaire des oeuvres, les restaurer et les numériser. Cette enveloppe sert aussi à soutenir le passage au numérique des petites salles de cinéma, et des circuits itinérants. Ces chantiers risquent de passer à la trappe, ou bien il va falloir ralentir le calendrier, et rééchelonner les contrats." La cinémathèque en ligne, qui est un outil d'éducation artistique, ne semble pas menacée.

Deux formes d'aides existent pour la numérisation des films. Le grand emprunt et le dispositif du CNC pour les films dont la rentabilité n'est pas assurée (voir notre actualité du 21 mars dernier). A en croire le CNC, cette aide aux films vulnérables pourraient faire les frais de la baisse du budget du CNC.

Il faut compter en moyenne 100 000 euros pour restaurer et numériser un film (les aides s'étalent entre 40 et 90 milles euros). En juillet, des films comme Le Joli Mai de Chris Marker, Jour de fête, Playtime et Mon oncle de Jacques Tati, Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier, Peau d'âne de Jacques Demy ou encore Jacquot de Nantes d'Agnès Varda avaient été retenus lors de la première session.

Cette semaine, la deuxième session vient de rendre son verdict. Le groupe d'experts d'aide à la numérisation des œuvres du CNC a décidé d'aider 16 longs métrages, de 45 000 euros à 150 000 euros : L'homme de Rio et Les tribulations d'un chinois en Chine de Philippe de Broca, Le carrosse d'or de Jean Renoir, Hiroshima mon amour d'Alain Resnais, Shoah de Claude Lanzmann (le plus cher), L'assassin musicien et em>Les enfants du placard de Benoît Jacquot, et 9 films de Robert Guédiguian (dont Marius et Jeannette). Six courts métrages sont également concernés (dont certains signés d'Alain Cavalier ou Cyril Collard).

Toute une filière en danger

C'est autant de travail pour les laboratoires mentionnés dans les dossiers : Eclair, Digimage, Mikros et l'italien Immagine Ritrovata. Des industries techniques qui souffrent depuis quelques années (on se souvient du feuilleton autour de la faillite de Quinta Industries l'an dernier). La réduction du chantier de numérisation, lancé en grande pompe en mai au Festival de Cannes, aurait des conséquences sur l'emploi et la filière toute entière alors que la France dispose d'un véritable savoir-faire dans le domaine.

Surtout, alors que l'Hadopi est en voie de disparition (budget réduit pour l'an prochain, mission Lescure pour trouver d'autres solutions), c'est l'offre légale (et sa diversité) qui est menacée. Or, le gouvernement actuel a fait de cette offre légale un pilier essentiel de sa lutte contre le piratage.

Eric Garandeau, dans un récent discours, rappelait que "Le basculement dans le "tout numérique" est synonyme de mondialisation totale, immédiate : une simple vidéo postée sur un réseau social acquiert une audience potentiellement mondiale... ou peut rejoindre le cimetière des oeuvres jamais vues car jamais visibles sur les moteurs et les portails." Un film du patrimoine qui n'est pas numérisé est un film qui part au cimetière.

Cela n'empêchera pas le CNC de tenir sa prochaine session le 15 novembre. Les dossiers doivent être déposés au plus tard le 15 octobre. Mais combien de films seront retenus? Et en 2013, quel sera le programme...?

Le patrimoine du cinéma italien sur You Tube

Posté par cynthia, le 15 juillet 2012

Le géant du web Google et l'institut Luce-Cinecittà, vitrine du patrimoine du cinéma italien, ont décidé de s'associer sous la forme d'un partenariat. Cette alliance s'est faite dans le but de préserver l'héritage cinématographique italien alors que les studios Cinecittà sont en crise (voir actualité du 11 juillet) et la part de marché du cinéma italien désespérément basse.

Federica Tremolada, directrice des partenariats italiens de You Tube, filiale de Google, explique que cet accord « représente une étape importante pour conserver le riche patrimoine culturel italien ». Elle ajoute que cette « avancée prouve aussi que l'Italie a la volonté d'être plus présente sur la Toile ». Il s'agira donc de 30 000 extraits d'archives conservés par la société publique italienne et qui seront disponible sur la chaîne web CinecittàLuce.

Ce partenariat permettra  au grand public d'avoir l'accès aux célèbres scènes qui ont fait les années d'or du cinéma italien. Ainsi, les cinéphiles pourront voir et revoir des actrices incontournables comme Sophia Loren en «pizzaiola» séductrice dans L'Or de Naples de Vittorio de Sica ou visionner les titres de la chanteuse Gina Lollobrigida, qui dans les années 50 avait la réputation d'être la plus belle femme du monde. Parmi les nombreux films mis en ligne, certains permettent de se replonger dans l'Italie fasciste et la propagande d'alors.

Google, comme pour les livres ou les musées, compense ainsi le désengagement des Etats dans la culture et la sauvegarde du patrimoine. Cité par le journal The Guardian, un cadre de Google assure que c'est une étape supplémentaire dans la volonté de l'entreprise de "faire du Web le miroir du monde", après la numérisation des archives de Nelson Mandela, des manuscrits de la mer Morte, des milliers d'œuvres d'art de différents grands musées (dont Versailles en France), ou encore de la mise en ligne de 130 000 images du mémorial Yad Vashem.

Car c'est pourtant dans un contexte bien difficile que s'inscrit cette opération, puisque l'Italie doit faire face à de sérieuses coupes budgétaires tout en accusant  un sérieux retard dans le numérique. En effet, l'économie numérique du pays ne représente que 2% du PIB, contre 7% pour le Royaume-Uni selon une étude de Digital Advisory Group (DAG). Déjà en 2010, le géant d'Internet avait passé un accord avec le gouvernement italien pour la numérisation d'un million de livres dans les bibliothèques de Rome et de Florence, à présent c'est le septième art italien qui brillera grâce à la multinationale américaine.

Le très français INA sur l’américaine YouTube

Posté par redaction, le 26 mars 2012

Dans un communiqué publié aujourd'hui, l’Institut National de l’Audiovisuel, "première source d’images numérisées au monde", et YouTube, filiale de Google, annoncent "la signature d’un partenariat permettant aux internautes du monde entier d’accéder gratuitement à une partie du fonds audiovisuel de l’INA."

"Ces vidéos représentent près de 60 ans de programmes télévisés aussi bien sportifs (Tour de France, etc.) artistiques (Interview de Dali, ouverture du Festival de Cannes en 1947, etc.) ou encore de société (JT de mai 1968, etc.). Ce fonds sera accessible sur YouTube depuis plusieurs grandes chaînes thématiques dédiées (politique, sport, divertissement, culture, histoire...)" détaille le communiqué.

On comprend mal pourquoi l'INA - 120 millions d'euros de budget dont les 3/4 venant de dotations de l'Etat - qui possède un excellent portail sur Internet (7 sites internet, une application mobile et tablette, les TV Connectées, la VoD, et également par ses différentes éditions DVD, CD, Livre ou productions diffusées sur les téléviseurs), cherche à "brader" ses archives sur une chaîne web (américaine). Certes, l'accord "couvre la diffusion et la monétisation sur YouTube" des 57 000 vidéos du fonds. Il y a  donc bien partage de recettes sur le visionnage des vidéos. Mais pourquoi ne pas l'avoir fait avec une chaîne "européenne" (Dailymotion, par exemple, bien française) si l'objectif était d'augmenter et valoriser la visibilité de ces archives ?

Evidemment, on ne se plaindra pas de "ce partage de mémoire" accessible à tous, gratuitement. Mais voir Google s'approprier une fois de plus notre patrimoine (numérisation de livres avec la Bibliothèque nationale de France, ...) mériterait quelques réflexions sur "l'exception culturelle" qu'on vante tant. D'autant que la numérisation du patrimoine audiovisuel de l'INA est financé en grande partie par le contribuable français. Et malgré ça, c'est bien le géant américain Google qui en sera le principal bénéficiaire...

Deux bonnes nouvelles pour la numérisation du patrimoine cinématographique

Posté par vincy, le 21 mars 2012

Gros enjeu de ces prochaines années, la numérisation du patrimoine cinématographique vient de recevoir deux bonnes nouvelles.

Tout d'abord, la Commission européenne a donné son feu vert aujourd'hui au projet français d'aide à la numérisation des oeuvres du patrimoine cinématographique car ce projet contribue à la promotion de la culture tout en limitant les distorsions de concurrence.

Les oeuvres, courts et longs métrages produits jusqu'en 1999, ainsi que le cinéma muet de patrimoine, sont ainsi éligibles pour bénéficier du plan. Les longs métrages postérieurs à 1929 comptent parmi les 2 500 premières oeuvres concernées par ce plan de numérisation.

Le ministre français de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, avait annoncé en mai dernier, que le Grand Emprunt réservait un budget de 100 millions d'euros afin de numériser près de 10 000 films.

Incitation à la délocalisation

Selon la Commission, le plan français de numérisation des films du patrimoine devrait au total disposer, sur six ans, d'un budget global de 400 millions d'euros. La Commission précise que "l'aide vise essentiellement des œuvres qui ont des perspectives d’exploitation commerciales très aléatoires et sur de très longues périodes" même si cette aide peut-être "modulée au cas par cas en tenant compte des perspectives de recettes de l'œuvre soutenue".

Seul bémol : la Commission n'a pas réservé d'exclusivité européenne au processus de numérisation. A croire qu'ils sont autistes. En effet, "le demandeur de l’aide pourra choisir librement les prestataires techniques auxquels il confiera le travail de numérisation et, le cas échéant, de restauration, que ces prestataires soient ou non établis dans un État membre de l’Union européenne". Autrement dit, si les prestataires sont moins chers en Inde, en Chine, ou ailleurs, ce n'est pas un problème. Le ailleurs peut concerner une multinationale américaine, qui voudra forcément en échange quelques contreparties...

270 films de Gaumont numérisés

La deuxième bonne nouvelle, qui a été annoncée hier, est liée à la première : Gaumont a signé avec la commission du Grand emprunt un accord pour pouvoir numériser en très haute définition (2K) et restaurer 270 films de son catalogue sur quatre ans.

270 films des années 1920 à 1990 seront ainsi concernés parmi lesquels L'assassin habite au 21 d'Henri-Georges Clouzot (affiche), La passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer, L'atalante de Jean Vigo, Mon oncle Benjamin d'Édouard Molinaro, F comme Fairbanks de Maurice Dugowson, La gifle de Claude Pinoteau et Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, Palme d'or en 1987.

Eclair pourrait être le prestataire choisi. Les laboratoires ont déjà numérisé 150 films de la Gaumont. Il sont aussi été retenus pour bénéficier du Grand Emprunt, en décembre dernier.

Pour Gaumont, c'est une bonne affaire : l'État investira 10 millions d'euros (Gaumont seulement la moitié),  en contrepartie d'une part des recettes à venir sur les films restaurés, sur une durée de 15 ans pour chaque titre.

L’avant-première d’Or noir troublée par un conflit avec le producteur

Posté par vincy, le 22 novembre 2011

L'avant-première d'Or noir, le nouveau film de Jean-Jacques Annaud, lundi 21 novembre au Gaumont Champs-Elysées, a été troublée, de manière très sage, par les employés de LTC, filiale à 100% de Quinta Industries. Le Syndicat national des techniciens et réalisateurs de la production cinématographique et de télévision (SNTR / SGTIF - CGT) a distribué un tract aux invités qui faisaient la queue. Quelques employés brandissaient des pancartes, accusant principalement l'actionnaire Tarak Ben Ammar, le long du tapis rouge.

Rappel des faits : LTC (32 millions d'€ de chiffre d'affaires en 2010, 24 millions prévus cette année), mais aussi Scanlab (6,3 millions d'euros) et Quinta Industries (6,6 millions d'euros) sont en redressement judiciaire depuis le 3 novembre. Les trois sociétés regroupent 182 employés. Le groupe Quinta industries, qui englobe les trois sociétés, détenu à 83% par Tarak Ben Ammar et à 17% par Technicolor, elle-même en procédure de sauvegarde, est en cessation de paiement depuis le 1er septembre et les salaires d'octobre n'ont pas pu être payés. Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) devrait être présenté d'ici deux mois aux 182 salariés des trois sociétés. Les difficultés financières des trois sociétés sont liées notamment au déclin de l'activité photochimique, qui a accéléré sa chute à partir du 2e semestre 2010, notamment liée au processus de numérisation des salles de cinéma, en forte accélération ces derniers mois. Le Conseil de la concurrence a rejeté la fusion des laboratoires LTC avec ceux d'Eclair, dont Tarak Ben Ammar est aussi actionnaire à hauteur de 43%. Tarak Ben Ammar justifie qu'il a anticipé la mutation technologique en orientant les activités de ses laboratoires vers la numérisation des oeuvres mais qu'il n'a pas réussi à trouver les financements nécessaires pour répondre aux besoins de cette montée en charge. Il compte démarrer la numérisation de son catalogue (500  films environ) dès décembre.

Cependant, les syndicats reprochent à Tarak Ben Ammar de ne pas faire face à ses responsabilités. "L'administrateur judiciaire a annoncé aux élus du personnel qu'un plan massif de licenciement était nécessaire et que les mesures d'accompagnement seraient au minimum conventionnel à moins que l'actionnaire y participe financièrement". Un premier plan de licenciements de 34 personnes avait été enclenché l'été dernier. Le plan avait été annulé, et celui qui s'annonce semble bien plus "massif". Le tribunal a accordé une période d'observation de six mois. Le plan de continuation prévoit un plan de sauvegarde de l'emploi et la cession du site de Saint-Cloud, qui rapporterait 13,5 millions d'euros (soit un peu moins que la dette financière, qui s'élève à 15 millions d'euros).

Les salariés reprochent à l'actionnaire une certaine désinvolture. "Si vous allez pouvoir voir (...) le film Or noir (...), c'est parce que les salariés de LTC, Scanlab et Quinta Industries continuent à travailler alors qu'ils ne sont même pas certains que, comme le mois dernier, leur salaire sera versé. Les salariés réclament qu'en juste contrepartie de 10 ans au travail au seul bénéfice des sociétés du groupe Quinta Communications, Tarak Ben Ammar mette la main à la poche pour assurer dignement le départ et la reconversion des salariés." Ce dernier ne s'est toujours pas engagé à participer financièrement aux licenciements alors que les salaires n'ont effectivement pas été versés en octobre et qu'il affirme que son groupe Quinta Communications "va très bien".

Des amis nommés Ben Ali, Khadafi, Berlusconi

A cela s'ajoute une controverse liée aux conditions de tournage d'Or noir. Le syndicat exige, "compte tenu des conditions sociales iniques qui ont permis la réalisation de ce film", que soient revues très rapidement les conditions de l'agrément de ce film, agréé par le Président du CNC, en dépit d'un avis défavorable de la Commission des professionnels. Le 21 septembre dernier, le syndicat expliquait que "la société Quinta Communication avait imposé aux ouvriers et techniciens de travailler en qualité d'expatriés via une société tunisienne, ceux-ci ne bénéficiant alors d'aucune couverture sociale et conventionnelle, la commission d'agrément dont l'avis est consultatif, avait unanimement émis un avis défavorable à la délivrance de l'agrément pour ce film, à deux reprises. En délivrant l'agrément sans même en informer la commission, le Président du CNC fait preuve d’une véritable défiance vis-à-vis des professionnels du cinéma ; en conséquence, les organisations professionnelles de la CGT, artistes et techniciens, siégeant à la Commission ont décidé de quitter la séance qui a du être ajournée."

Sales temps pour Tarak Ben Ammar, qui avait déjà du affronter la révolution tunisienne en plein tournage d'Or noir (voir aussi actualité du 19 janvier) et qui est, en tant qu'actionnaire de la chaîne télévisée Nessma, au coeur d'un procès en Tunisie pour avoir diffusé Persépolis (voir actualité du 14 octobre). Ce dernier point serait plutôt à mettre à son actif. Hélas, ses amitiés qui lui ont permis de construire son empire s'effondrent autour de lui. Après son ami Ben Ali, l'ancien dictateur tunisien, c'est au tour de Silvio Berlusconi (co-actionnaire de Quinta Communications) de tomber ; et il est aussi fragilisé par la révolution libyenne : en 2009, il avait reçu du régime de Khadafi, via le fonds souverain Libyan Foreign Investment Co, 19 millions d'euros soit 10% du capital de sa société.