Anna Karina, aventurière et icône (1940-2019)

Posté par vincy, le 15 décembre 2019

Son visage était inoubliable. La pâleur nordique de sa peau? La finesse de ses traits renforcée par sa chevelure brune? Ses yeux bleus-gris dans lesquels on se perdait? Anna Karina est née plusieurs fois. Le 22 septembre 1940 à Solbjerg, au Danemark, sous le nom de Hanne Karin Bayer. Coco Chanel l'a rebaptisée, quand elle était mannequin, en 1957. Jean-Luc Godard l'a révélée dès leur premier film ensemble, Petit soldat, film censuré, en 1960. Et en 1968, elle est la voix d'une chanson de Serge Gainsbourg, "Sous le soleil exactement".

Un itinéraire fulgurent. Muse, égérie, épouse de Godard, elle incarne la Nouvelle Vague, cette France révolutionnaire et intellectuelle des années 1960. Elle a été immortalisée dans Pierrot le fou, avec Belmondo, où elle balançait "Qu'est-ce que j'peux faire? J'sais pas quoi faire...". Le symbole de l'ennui, à répétition. Ils ont tourné sept films ensemble, dont Alphaville, Vivre sa vie, Bande à part et Une femme est une femme, qui lui faut un Ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin en 1962.

Entrevue avec Anna Karina

Godard-Karina, c'est une histoire d'A qui finit mal. Elle perd leur enfant et ce deuil enterre leur mariage. Il était compliqué, souvent absent. Ils ne se sont plus parlés depuis 20 ans.

Mais résumer Anna Karina à Godard serait injuste. Elle tourne pour d'autres cinéastes en France et à l'étranger, et pas des moindres: Michel Deville (Ce soir ou jamais, Tendres requins), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7), Chris Marker (Le Joli Mai), Roger Vadim (La Ronde), Jacques Rivette (Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot), Luchino Visconti (L'Étranger), Volker Schlöndorff (Michael Kohlhaas), George Cukor (Justine), Tony Richardson (La Chambre obscure)...

En 1973, elle réalise son premier film, Vivre ensemble, histoire d'amour sur fond de drogue et d'alcool, avec Michel Lancelot et Jean Aurel, et qui ressort en 2017, avec un événement hommage à Anna Karina au Festival Lumière. "C'est un portrait de l'époque de ma jeunesse. J'ai vu des gens autour de moi sombrer et mourir", avait-elle dit à l'AFP. Surtout, dans un milieu cinématographique encore machiste, elle s'affranchit des hommes, devenant la première comédienne à réaliser un long-métrage. Elle avait d'ailleurs utilisé un pseudonyme masculin pour déposer une demande d'aide au CNC.

"Tous les comédiens qui veulent comprendre le travail de metteur en scène devraient en effet essayer de tourner leur propre film, ne serait-ce qu’un court métrage, pour se rendre compte de ce que c’est. De la même manière, tous les metteurs en scène devraient jouer la comédie au moins une fois pour voir que ce n’est pas si simple. Ca leur permettrait de comprendre les difficultés du métier, et l’angoisse de l’acteur. Ils verraient qu’il faut être toujours tendre avec un acteur, car cela ne sert à rien de l’engueuler, à part empirer les choses…" confiait-elle à Ecran Noir.

A partir de cette époque, sa carrière devient plus iconoclaste, voire erratique. Elle tourne toujours, sans pause jusqu'au milieu des années 1990: Pain et Chocolat de Franco Brusati, Roulette chinoise de Rainer Werner Fassbinder, L'Ami de Vincent de Pierre Granier-Deferre, L'Île au trésor de Raoul Ruiz, Dernier Été à Tanger d'Alexandre Arcady, Cayenne Palace d'Alain Maline, qui lui vaut sa seule nomination aux César, Haut bas fragile de Jacques Rivette... Elle croise aussi Benoît Jacquot à ses débuts, en 1976 pour lequel elle tourne un court-métrage (Misère musique) et son premier long, L'Assassin musicien. Elle co-écrit également le scénario de Last Song de Dennis Berry, son ultime époux. Elle fait l'une de ses dernières apparitions en 2003 dans Moi César, 10 ans ½, 1m39 de Richard Berry.

Anna Karina tourne aussi pour la télévision - La Dame des dunes de Joyce Buñuel, Chloé de Dennis Berry -, joue au théâtre - Il fait beau jour et nuit de Françoise Sagan, Après la répétition d'Ingmar Bergman -, écrit des romans et des contes musicaux pour enfants...

En 2008, elle revient derrière la caméra. Victoria est un road-movie musical sur des airs de Philippe Katerine. Ils ne se quittent plus. le plus punk des chanteurs français trouve dans la folie et la fragilité de l'ex héroïne des sixties une sorte de double magique. Il lui écrit un album, Une histoire d'amour en 2000, avec un duo, "Qu'est-ce que je peux faire", qui fait écho à Pierrot le fou. En 2018, c'est une compilation de ses chansons pour le cinéma, Je suis une aventurière, qui la met de nouveau en lumière.

On y retrouve évidemment son plus gros tube, Sous le soleil exactement, écrite pour elle par Serge Gainsbourg. C'est d'ailleurs cette chanson que l'on entend dans La Vérité sur Charlie (The truth about Charlie) de Jonathan Demme, remake de Charade, où elle fait une belle apparition. La vérité sur Anna est sans doute dans ce mystère qu'elle savait conserver tout en étant franche et sincère, attachante et vulnérable. Insaisissable, mais inoubliable. Une aventurière libre, qui n'a jamais flanché malgré les coups du sort du destin.

Anna Karina était belle. Mais cela ne suffit pas à expliquer l'effet qu'elle produisait en apparaissant à l'écran. Il y avait une vitalité, une profondeur qui nous faisaient chavirer. Elle savait poser, et elle posait souvent, suspendant notre regard fixé sur le sien. Elle était un corps, un geste, un visage en gros plan qui envahissaient l'image.

Dans Alphaville on entend ainsi Éluard : "Tes yeux sont revenus d'un pays arbitraire, Où nul n'a jamais su ce que c'est qu'un regard". L'aventure, la vie et l'amour comme un tripode la définissant.

Cannes 2018 : Nos retrouvailles avec Jean-Luc Godard

Posté par MpM, le 10 mai 2018

La 71e édition du Festival de Cannes sera godardienne ou ne sera pas. Cinquante ans après le fameux festival 1968 qu’il contribua à faire arrêter, le doyen des cinéastes de la Nouvelle vague est de retour sur la Croisette, avec à la fois une affiche tirée d’un de ses films (Pierrot le fou) et un long métrage en compétition, Le livre d'image.

Si l’on sait qu’il ne sera pas personnellement présent à Cannes (il s’en était clairement expliqué lors de sa dernière sélection en 2014), son ombre planant sur le tapis rouge a quelque chose de forcément ultra symbolique, surtout en cette année anniversaire des révoltes étudiantes et ouvrières de Mai 68.

D’autant que Jean-Luc Godard et Cannes, c’est une histoire longue et mouvementée qui court elle-aussi sur un demi-siècle. Le Festival est totalement passé à côté des chefs d'œuvre du cinéaste et, c’est difficile à croire, n’avait remarqué ni A bout de souffle (Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin), ni Pierrot le fou (sélectionné à Venise), ni Le mépris, ni Alphaville (Ours d’or à Berlin), ni La Chinoise (sélectionné à Venise)… ni aucun des films de la prolifique période 1960-1968.

Alors, c’est vrai, le réalisateur avait fait sa première incursion dans la course à la palme d’or en 1962, grâce à Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, dans lequel il apparaît. Mais en réalité, il aura fallu attendre 1970, et un film relativement mineur, Vent d’Est, pour que Godard soit sélectionné à Cannes avec l’une de ses œuvres. Et encore : pas en compétition officielle, mais à la Quinzaine. C'est un début.

Les années suivantes, on le retrouve dans la section « Perspectives du cinéma français » (qui n’existe plus aujourd'hui) : en 1976 avec Comment ça va et en 1977 avec Ici et ailleurs. Enfin, Gilles Jacob répare « l’oubli » (le manque absolu de discernement ?) dont il avait été victime en invitant enfin Godard en sélection officielle en 1980 avec Sauve qui peut (la vie). Suivront Lettre à Freddy Buache (Un Certain regard, 1982), Passion (Compétition, 1982), Détective (Compétition, 1985), Aria (Compétition, 1987), Histoires du Cinéma (Séance spéciale, 1988), Nouvelle vague (Compétition, 1990), Histoire(s) du cinéma (Un Certain regard, 1997), Eloge de l’amour (Compétition, 2001) ou encore Notre musique (Hors Compétition, 2004).

Au milieu des années 2000, il devient un habitué de la sélection Cannes Classics, où sont montrés Moments choisis des Histoire(s) du cinéma (2005), Loin du Vietnam (2009), Pierrot le fou (2009), Masculin féminin (2016) et même Paparazzi de Jacques Rozier en 2017, un court métrage qui relate le tournage du Mépris.

Comme pour se rattraper de l’indifférence des premières années, Cannes semble ne plus pouvoir se passer de Godard, et continue en parallèle des classiques à inviter méticuleusement chacun de ses nouveaux films : en 2010, Film socialisme est à Certain Regard, en 2014, Les ponts de Sarajevo est montré en séance spéciale et Adieu au langage en compétition (il rafle un prix du jury ex-aequo avec Xavier Dolan, tout un symbole).

Et même quand il n’a pas de longs métrages à présenter, Godard réussit à s’inviter dans la grand messe cannoise : en 2013, son court métrage The three disasters est en clôture de la Semaine de la Critique dans le cadre du programme 3X3D aux côtés de Peter Greenaway & Edgar Pêra. En 2016, l’affiche de la sélection officielle est tirée du Mépris. En 2017, il est carrément le personnage principal du Redoutable de Michel Hazanavicius.

Certains fustigent d’ailleurs l’image comico-ridicule que donne de lui le film, et s’insurgent de cette pochade qui s’attaque à leur idole. Le livre d'image sera-t-il une forme de droit de réponse ? Un nouveau virage dans la carrière du réalisateur ? La poursuite de ses expérimentations des dix dernières années ? Peu de choses ont transpiré sur le film, mais il figure probablement parmi les plus attendus de ces dix jours. Parce que Cannes s’essouffle, le cinéma s’étiole, la critique se meurt, mais l’effet Godard, lui, n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction.

Raoul Coutard (1924-2016) éteint la lumière

Posté par vincy, le 9 novembre 2016

Le chef-opérateur Raoul Coutard est décédé mardi soir, le 8 novembre 2016, à l'âge de 92 ans près de Bayonne. Il avait été le directeur de la photographie de films de référence comme Jules et Jim, La peau douce, La mariée était en noir et Tirez sur le pianiste de François TruffautLa 317e section et Le crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, Lola de Jacques Demy ou encore L'aveu et Z de Costa-Gavras. Sa filmographie comporte au total 65 films signés De Broca, Molinaro (L'Emmerdeur ), Rouch, Oshima (Max mon amour), Dembo (La diagonale du fou), Mocky, Pinheiro (Ne réveillez pas un flic qui dort), Nicloux et sur la fin de sa carrière Philippe Garrel, avec qui il a collaboré sur trois films.

Evidemment son destin est surtout lié à celui de Godard (15 films au total ensemble) dont À bout de souffle, Une femme est une femme, Bande à part, Alphaville, Made in USA, La chinoise, Prénom Carmen, et surtout Le mépris et Pierrot le Fou.

Né à dans le Marais, à Paris, le 16 septembre 1924, Raoul Coutard, qui n'avait pas pu financer ses études de chimiste, ancien sergent dans l'infanterie pendant la guerre d'Indochine avant de devenir photographe aux armées puis photographe-reporter pour Paris Match et Life, a d'abord rencontré Pierre Schoendoerffer à Hanoï en 1952, avec qui il se lie pour ses premiers pas cinématographiques. "Nous avons très vite conclu un pacte entre nous : le premier qui arriverait à entrouvrir la porte du cinéma y entraînerait l'autre !", racontait le cinéaste dans un livre il y a quelques années.

Beauregard impose Coutard à Godard

En 1959, À bout de souffle marque la naissance de la Nouvelle Vague. Le producteur Georges de Beauregard, qui voulait faire des films bon marché, avec des tournages rapides. Il impose Coutard à Godard. Sans savoir que leur "liaison" serait l'une des plus marquantes du 7e art. "Pour moi, la rencontre décisive, ce fut Godard. À bout de souffle, qui devait être n'importe quoi, fut une entrée dans la vie professionnelle", expliquait Raoul Coutard à Libération. Il tourne caméra à l'épaule avec une lumière blanche: à l'époque, c'est révolutionnaire.

S'il s'est éloigné de Godard, c'est un peu à cause de Mai 68 - Coutard n'est pas franchement gauchiste. On a souvent associé son travail au noir et blanc, pas très propre, froid comme l'hiver, naturaliste au maximum. Il cherchait une vérité, celle de la lumière, celle du réel. Ses expériences sur les terrains de bataille de l'Indochine, en tant que photographe, lui avaient appris à travailler rapidement. La caméra à l'épaule était une manière libre de faire du cinéma, qui correspondait à ce qu'il savait faire avec un appareil photo. Mais il ne faut pas oublier que c'était un esthète, un maître des couleurs aussi. Des couleurs franches, saturées, des explosions de bleu et de rouge.

Honoré à Hollywood, primé à Cannes, Venise et aux César

Le cinéma, il y est entré plus pour l'argent que pour une passion quelconque. Mais sa légende était scellée dès ce petit film de Godard où un voyou incarné par un jeune premier au nez cassé et une garçonne américaine tombaient amoureux sur les Champs-Elysées. Terriblement moderne avant l'heure, le chef op' s'était raconté dans L'Impériale de Van Su - Ou comment je suis entré dans le cinéma en dégustant une soupe chinoise, mémoires publiées il y a près de dix ans.

Il avait été distingué par 1un International Award de l'American Society of Cinematographers, un César pour Le Crabe-Tambour (et une nomination pour Prénom Carmen), un prix de la meilleure première œuvre à Cannes et le prix Jean-Vigo, en tant que cinéaste, pour Hoa-Binh en 1970, le Grand prix de la technique à Cannes pour Passion et le même prix à Venise pour Prénom Carmen.

Car Raoul Coutard avait aussi réalisé. Outre Hoa-Binh, sur la guerre d'Indochine, il avait signé La légion saute sur Kolwezi (1980) et S.A.S à San Salvador (1982).

Il affirmait qu'"un film est bon quand on sort du cinéma complètement sonné ; on ne sait pas ce qui nous arrive ; on ne sait plus si on a dîné, où on a garé sa voiture ; on veut rester seul à y réfléchir. Pour moi, c’est ça, la définition d’un grand film."

Belmondo et Skolimowski recevront un Lion d’or d’honneur à Venise

Posté par vincy, le 14 juillet 2016

Jean-Paul Belmondo et le cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, deux grands talents cinématographiques qui ont été des symboles de la Nouvelle vague, recevront un Lion d'or pour l'ensemble de leur carrière au 73e Festival de Venise (31 août-10 septembre).

Le conseil de direction a décidé de remettre à partir de cette année pour chaque édition du Festival deux Lion d'or, l'un à un acteur ou une actrice, l'autre à un réalisateur ou producteur.

Jean-Paul Belmondo, déjà récompensé à Cannes avec une Palme d'or d'honneur, a commencé sa carrière avec Claude Chabrol (A double tour) et Jean-Luc Godard (A bout de souffle) à la fin des années 1950. Pierrot le fou (photo) sera d'ailleurs présenté à Venise, où le film recevra le Prix de la critique. Il a joué dans quelques uns des plus grands succès populaires français (très exportés) mais aussi pour des cinéastes aussi divers que Truffaut, Resnais, Melville, De Broca, Verneuil, Lelouch, Sautet ou encore Zidi, Oury, Giovanni, Malle ou De Sica. "Grâce à son visage fascinant, son charme irrésistible et sa versatilité extraordinaire, il a joué dans des drames, des films d'aventures et des comédies, faisant de lui une star universellement respectée aussi bien par des cinéastes engagés que dans du cinéma d'évasion" explique le communiqué du festival.

Deux fois cité aux BAFTAs comme meilleur acteur dans les années 1960, Bébel, l'homme au 130 millions de spectateurs, a reçu un César pour son rôle dans Itinéraire d'un enfant gâté.

Le directeur du festival Alberto Barbera explique que “Jerzy Skolimowski est l'un des représentants les plus évidents du cinéma moderne nés durant les nouvelles vagues des sixties. Lui et Roman Polanski ont contribué au renouveau du cinéma polonais à cette époque." Il avait d'ailleurs écrit le scénario du premier film de Polanski, Le couteau dans l'eau. Peintre, acteur (Eastern Promises de David Cronenberg, Before Night Falls de Julian Schnabel, Mars Attacks! de Tim Burton, The Avengers de Joss Wheldon), il a réalisé une vingtaine de films dont Le Départ (Ours d'or), Le cri du sorcier (Grand prix du jury à Cannes), Travail au noir (prix du scénario à Cannes), Le bateau phare (Prix spécial du jury à Cannes), Quatre nuits avec Anna (Prix spécial du jury à Tokyo) et Essential killing (Prix spécial du jury à Venise).

Cannes 2016: Une Palme d’or d’honneur pour Jean-Pierre Léaud

Posté par vincy, le 10 mai 2016

Une Palme d'or d'honneur sera décernée à l'acteur Jean-Pierre Léaud lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes, le 22 mai. Il succède à Agnès Varda , Clint Eastwood, Manoel de Oliveira, Woody Allen, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Jane Fonda et Bernardo Bertolucci.

C'est à Cannes que Léaud est né puisqu'à 14 ans, en 1959, il monte les marches avec son mentor François Truffaut pour son premier film, Les 400 Coups. Eternel Antoine Doinel, on le voit grandir dans Antoine et Colette (1962), Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970) ou L'Amour en fuite (1979). Grand habitué du Festival où plusieurs de ses films ont été en compétition, Léaud n'a jamais reçu de prix à Cannes comme ailleurs, hormis un César d'honneur en 2000.

Acteur-égérie de la nouvelle vague, il joue dans 5 films de Jean-Luc Godard et devient même son assistant-réalisateur (Pierrot le fou, Alphaville) comme il le fut pour Truffaut (La Peau douce).

Jean-Pierre Léaud tourne peu mais souvent avec de grands cinéastes: Jean Cocteau (Le testament d'Oprhée), Jean Duviver (Boulevard), Bernardo Bertolucci (Le Dernier Tango à Paris), Jacques Rivette (Out 1), Jean Eustache (La Maman et la Putain, Grand Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes), Aki Kaurismäki (J’ai engagé un tueur, La vie de bohême, Le Havre), Olivier Assayas (Paris s’éveille, Irma Vep), Lucas Belvaux (Pour rire), Philippe Garrel (La Naissance de l’amour), Bertrand Bonello (Le Pornographe), Raoul Ruiz (L'île au trésor), Enki Bilal (Bunker Palace Hotel) ou encore Tsai Ming-liang (Là-bas quelle heure est-il ?, Visage). Son dernier rôle fut pour Noémie Lvovsky dans Camille redouble.

Sa carrière aventureuse et éclectique le conduit de nouveau à Cannes cette année, avec La mort de Louis XIV d'Albert Serra, où il incarne le Roi Soleil, et qui sera présenté en Séance spéciale.

Jacques Rivette (1928-2016) ne nous appartient plus

Posté par vincy, le 29 janvier 2016

A 87 ans, Jacques Rivette ne nous appartient plus: il est parti ailleurs, puisque l'on apprend sa mort ce vendredi 29 janvier. Il est devenu insaisissable, comme son cinéma.

Il avait fondé La Gazette du cinéma en 1950 avant de rejoindre Les Cahiers du cinéma dont il deviendra le rédacteur en chef en 1963. Entre temps, il avait, comme nombreux de ses camarades, débuté sa carrière de cinéaste avec Paris nous appartient en 1958 et cette légendaire scène sur les toits de zinc de la capitale. Le film a mis trois ans à se faire, souffrant de graves problèmes financiers, et il faudra le soutien de Truffaut et Chabrol pour l'aider à le terminer.

Il avait fait ses premiers armes en assistant Jacques Becker et Jean Renoir. Il côtoyait ses amis Rohmer et Jean-Luc Godard. Il écrit avec François Truffaut et Claude Chabrol. Et pourtant, inventif, artisan doué, inspiré, Jacques Rivette aura toujours eu un itinéraire singulier, ne quittant jamais cette envie de réaliser des films comme bon lui semblait. Trois grands films marquent sa carrière. Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, avec Anna Karina. Le film a été censuré, mais grâce à l'aide de Godard, brave le ministre de la culture André Malraux et sort un an plus tard, en 1967, en trouvant un large public. En 1974, Céline et Julie vont en bateau trouble les cartésiens. Comédie fantaisiste et fantastique, où songe et réel s'entremêlent, il est une version mûrie de ce qu'il a expérimenté avec Bulle Ogier au début des années 1970 avec Out 1, film de douze heures et quarante minutes où le récit se laisse emporter par les divagations de personnages interchangeables. Le film est ressorti en décembre dernier.

Rivette aimait la longueur. L'amour fou en 1969 durait plus de quatre heures... Troisième grande étape de sa filmographie, La Belle Noiseuse avec Emmanuelle Béart et Michel Piccoli, dans un troublant rapport artistique et érotique d'un pygmalion et de sa muse, mise en abime de ses propres collaborations avec les comédiennes. Le film reçoit le Grand prix du jury à Cannes en 1991.

Il y avait toujours de la légèreté dans ses histoires. Une envie de cinéma un peu décalé. Dans Va savoir, en 2001, il est au summum de sa fantaisie, et insère des clins d'oeil à ses précédents films avec une jubilation enfantine.

Il était discret, cultivé, marginal et pourtant influent. Rivette par son seul nom était une marque de référence pour les cinéphiles et la critique. Ses personnages balzaciens, son goût pour l'imperfection, son envie de palper les émotions dans des situations parfois absurdes ou au contraire dictées par le genre qu'il s'imposait déroutaient le public. Il a bien reçu quelques grands prix (le prix FIPRESCI à Berlin pour La Bande des quatre, un léopard d'honneur à Locarno, ...) mais il n'a jamais fait consensus. La Belle noiseuse est presque un accident avec ses nominations aux César (meilleur film, meilleur réalisateur).

Car, avant tout, Jacques Rivette aimait expérimenter, quitte à bousculer la grammaire du cinéma. Il refusait le conformisme d'une industrie qui contraint les castings, la durée, le formalisme d'un film. Ses oeuvres les plus déconcertantes ne laissent pourtant jamais le spectateur indifférent. Il y a une forme d'hypnose qui se créé, si l'on est réceptif. Ses scénarios - qui se résumaient à une quinzaine de pages brouillones - étaient souvent palpitants, à base de complots, de vaudeville, d'errances urbaines. Les acteurs faisaient le reste, coréalisant avec lui des séquences en fonction de l'humeur du moment. Chef d'orchestre d'une trouve improvisant devant sa caméra, il réalise au final une trentaine de films, du court métrage à l'oeuvre d'une demi-journée, en près de 60 ans.

Cependant, aucun de ses films ne se ressemblent, tour à tour psychédélique, épuré, classique, foutraque, tragique, baroque, extravagant, sombre, réaliste... Au milieu de fantômes souvent convoqués dans ses histoires, ses actrices ont trouvé avec lui quelques uns de leurs plus beaux rôles: Jane Birkin, Géraldine Chaplin, Sandrine Bonnaire en Jeanne la Pucelle, Jeanne Balibar... Parce qu'il était novateur, poète, il aimait renverser les trames les plus traditionnelles pour en faire des tableaux en mouvements remplis de grâce.

Rien n'est jamais tranquille dans ses films. Les zones de turbulences sont même nombreuses. Il aime tant jouer avec les intrigues, les chassés-croisés, et les sentiments humains. Mais à chaque fois, il pose une question, un cas de conscience. Démontrant que l'humain est avant tout un être faillible.

Si l'on a beaucoup évoquer sa manière si particulière de travailler, c'est parce que, comme un savant dans son laboratoire, il aimait voir comment l'alchimie prenait. Pour lui, le cinéma était une idée du monde. Et il avait sur cette idée un avis à la fois tranché, indulgent et une obsession éthique de ce qu'il fallait en déduire. Dans un entretien à Ecran Noir, Anna Karina disait de lui: "c’est quelqu’un de tellement pur, pas du tout pervers, si honnête et sensible."

Scénariste de Truffaut et Resnais, Jean Gruault disparaît

Posté par vincy, le 9 juin 2015

jean gruaultSon dernier scénario aura reçu un accueil glacial au dernier Festival de Cannes. Jean Gruault, auteur de Marguerite et Julien qu'il avait écrit pour François Truffaut et qui fut finalement réalisé par Valérie Donzelli, a été une victime collatérale de la passion cannoise. Pourtant, il apprécie l'aspect contemporain, anachronique, à la Demy, du Donzelli. Il aime le scandale que pourrait provoquer cette histoire d'inceste. Jean Gruault ne saura pas ce qu'il adviendra de ce film tant attendu depuis sa première version dans les années 70. Né en 1924, le scénariste, dramaturge et producteur est décédé le 8 juin à l'âge de 90 ans.

Ami de Rivette, Rohmer, Chabrol et Truffaut, il va commencer comme assistant de Roberto Rossellini avant de se lancer dans l'écriture de scénarios, et notamment l'adaptation de livres historiques. Il écrit Paris nous appartient et La Religieuse de Diderot (Jacques Rivette), Vanina Vanini (Rossellini), Jules et Jim, L'enfant sauvage, Les deux Anglaises et le continent, L'Histoire d'Adèle H., et La chambre verte (François Truffaut), Les carabiniers (Jean-Luc Godard), La redevance du fantôme (Robert Enrico), Les Soeurs Brontë (André Téchiné), Mon oncle d'Amérique, La vie est un roman et L'amour à mort (Alain Resnais), Les années 80 et Golden Eighties (Chantal Akerman).

Au théâtre, il joue durant les années 50, plutôt que de faire le critique aux Cahiers du cinéma, avant d'être l'auteur de deux pièces, Crucifixion dans un boudoir turc et C'était pendant l'horreur. On lui doit aussi le livret d'un opéra, La noche triste, une autobiographie (Ce que dit l'autre), deux romans...

Il fut également producteur avec les films de la Villa.

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Rencontre avec Jean Gruault (EcranNoir.fr) "Truffaut , il fallait toujours qu'il corrige mes scénarios, même si ça lui plaisait. Il avait besoin de réécrire pour que ce soit sa langue, et plus la mienne"
Entretien avec Télérama "Je ne serais pas surpris que les affreux réacs de la Manif pour tous nous tombent dessus."
Débat à la Cinémathèque avec Arnaud Desplechin

Cannes 2015: Agnès Varda, première réalisatrice à recevoir une Palme d’honneur

Posté par vincy, le 9 mai 2015

agnes varda jeune

9 mois après son Léopard d'honneur au Festival du film de Locarno, la réalisatrice française Agnès Varda va recevoir une Palme d'or d'honneur au 68e Festival de Cannes pour l'ensemble de sa carrière, confortant l'impression d'une édition déjà très française.

"A ce jour, seuls les cinéastes Woody Allen, en 2002, Clint Eastwood, en 2009, et Bernardo Bertolucci, en 2011, se sont vu remettre cette distinction suprême, au nom du Conseil d’Administration du Festival de Cannes" rappelle le Festival dans un communiqué, ajoutant qu'elle "est attribuée à un réalisateur de renom, dont l’œuvre fait autorité dans le monde mais qui n’a pourtant jamais reçu de Palme d’or."

Dans ce même communiqué, Agnès Varda, première femme réalisatrice à recevoir le précieux trophée, note: "Et pourtant, jamais mes films n’ont approché le nombre d’entrées des leurs !"

Photographe, scénariste, actrice, réalisatrice, plasticienne, et gardienne du temple Jacques Demy, Agnès Varda, née en1928, a réalisé quelques unes des oeuvres phares de la Nouvelle Vague: Cléo de 5 à 7, Le Bonheur (Prix Louis Delluc), Les Créatures, Lions Love (…and Lies), puis L'une chante, l'autre pas, Documenteur, Sans toit ni loi, révélant Sandrine Bonnaire et Lion d'or à Venise, Mur, murs, Daguerréotypes, Jane B par Agnès V, Jacquot de Nantes, Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, Les Glaneurs et la Glaneuse ou encore Les Plages d’Agnès (César du meilleur documentaire).

La réalisatrice a tissé ses toiles avec un regard tantôt fantaisiste, tantôt très cru, film la société au plus près du réel ou cherchant une vérité dans les images des autres.

Il s'agit d'une narratrice singulière, d'un témoin de notre époque, entre recherche de nouvelles formes de cinéma et liberté de filmer intimement ses sujets. Une vraie créatrice, engagée, qui part toujours à la conquête d'une émotion, avec une seule arme: sa caméra.

Bulle Ogier honorée pour sa carrière au prochain Festival de Locarno

Posté par vincy, le 4 mai 2015

bulle ogierL'actrice française Bulle Ogier recevra le prix "Pardo alla carriera", un Léopard d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, lors du 68ème Festival du film de Locarno. "Avec cette reconnaissance, qui fait suite aux hommages à Anna Karina (2013) et à Jean-Pierre Léaud (2014), le Festival poursuit son travail de relecture de l’héritage de la Nouvelle Vague, en accueillant ses interprètes les plus emblématiques" indique le communiqué. Une sélection de ses films majeurs et un débat avec l'actrice accompagneront cet hommage.

Carlo Chatrian, Directeur artistique du Festival, explique: « Comme le disait d’elle Marguerite Duras, “Bulle, ce n’est pas la nouvelle vague, c’est le vague absolu”. En même temps qu’il célèbre l’extraordinaire carrière de Bulle Ogier, le Festival entend rendre hommage à un certain cinéma, riche d’une grande liberté d’expression, liberté qui fait défaut aujourd’hui. Je suis certain que la présence de Bulle Ogier à Locarno et la possibilité de revoir quelques-uns de ses très beaux films sera une découverte pour les nouvelles générations et une stimulation pour tous ceux qui aiment le septième art. »

Les plus grands noms du cinéma, au fil des générations

Ogier a débuté sur grand écran en 1968 dans Les Idoles de Marc'O. Elle est ensuite remarquée par Jacques Rivette avant de tourner avec Claude Lelouch, André Téchiné, Luis Buñuel, Philippe Garrel, Marguerite Duras, Edouard Molinaro, Rainer Werner Fassbinder, Raoul Ruiz, Claude Chabrol, Xavier Beauvois, Olivier Assayas, Tonie Marshall, Daniel Schmid, Werner Schroeter, Claude Duty, Manoel de Oliveira, Noémie Lvovsky, Otar Iosselliani, sans oublier son mari, Barbet Schroeder.

Actrice de théâtre (Chéreau, Bondy, Régy, Téchiné, Barrault), elle s'était fait connaître du grand public international grâce à La Salamandre d’Alain Tanner en 1971. Elle avait reçu un Molière de la comédienne dans un second-rôle en 2011, en plus de deux autres nominations dans cette catégorie. Elle a été nommée deux fois au César de la meilleure actrice dans un second rôle.

Le Festival de Locarno lui avait déjà décerné un prix spécial pour son interprétation dans Personne ne m'aime, de Marion Vernoux (1994).

Acteur, scénariste et dialoguiste de génie, Daniel Boulanger nous quitte

Posté par vincy, le 28 octobre 2014

daniel boulanger à bout de souffle godardL'écrivain et scénariste Daniel Boulanger est décédé hier soir à 92 ans. Prix Goncourt de la nouvelle pour "Fouette Cocher!", Prix de l'Académie française pour "Vessies et lanternes", juré Goncourt de 1983 à 2008, il était l'auteur d'une soixantaine de romans.

À partir des années 1960, cet homme trapu, le crâne rasé, et le regard bleu acier, a fait l'acteur. Inspecteur Vital dans À bout de souffle, truand dans Tirez sur le pianiste, il a prêté sa gueule à Godard, de Broca, Truffaut, Chabrol, Lelouch et même Zidi, en directeur de banque, dans La zizanie.

C'est surtout en tant que scénariste que l'écrivain a gagné ses lettres de noblesses dans le 7ème art. Et sa filmographie à ce titre est palpitante. Pour de Broca, il écrit quelques unes des meilleures comédies françaises parmi lesquelles Cartouche, L'homme de Rio, Les tribulations d'un chinois en Chine, Le Diable par la queue, Les caprices de Marie, Chouans!. Pour Chabrol, il s'amuse avec Les sept pêchés capitaux, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La route de Corinthe et Le cheval d'orgueil. Parmi ses autres films, passant de la comédie au polar, on retient La vie de château de Jean-Paul Rappeneau, Les pétroleuses de Christian-Jacques, Le plus vieux métier du monde de Claude Autant-Lara, L'affaire Dominici de Claude Bernard-Aubert, Police Python 357 d'Alain Corneau.

Boulanger a également signé les dialogues de films cultes comme Peau de banane de Marcel Ophuls, Angélique marquise des anges, Le voleur de Louis Malle, Monnaie de singe d'Yves Robert et Les mariés de l'an II de Rappeneau.

Le jeu comique de Belmondo lui doit beaucoup. De Montand à Noiret, de Deneuve à Marielle, les plus grands ont incarné ses personnages et ses mots à l'écran.

Avec L'homme de Rio, il avait été nommé en 1965 à l'Oscar du meilleur scénario, aux côtés de Jean-Paul Rappeneau, Ariane Mnouchkine et Philippe de Broca. Il avait reçu le prix du meilleur scénario au Festival de Locarno en 1960 pour Le farceur, comédie de de Broca avec Anouk Aimée et Jean-Pierre Cassel.