Scorsese va faire son Bonhomme de neige

Posté par vincy, le 24 novembre 2011

Martin Scorsese quitte le monde de l'enfance (Hugo Cabret est présenté aujourd'hui à la presse française) pour s'immerger dans les polars norvégiens de Jo Nesbø. Un drame bien sombre : The Snowman (en français Le bonhomme de neige, paru dans la Série Noire de Gallimard en 2008). Le scénario est signé Matthew Michael Carnahan (Le royaume, Lions et agneaux, jeux de pouvoir, World War Z). Le projet est produit par Working Title.

The Hollywood Reporter confirme qu'il s'agira probablement du prochain film du cinéaste. L'écrivain aurait donné son accord personnel. Etrange, cependant, de commencer les aventures du détective Harry Hole par sa septième aventure.

Le bonhomme de neige se déroule à Oslo, en novembre 2004. Un bonhomme de neige apparaît mystérieusement dans le jardin de la famille Becker. La nuit même, Birte, la mère, disparaît, laissant pour seule trace son écharpe rose autour du cou du bonhomme de neige. Katherine Bratt, nouvelle dans l'équipe d'Harry Hole fait le lien avec de nombreuses autres disparitions de mères de famille dont le corps n'a pas été retrouvé ou juste une partie.

Scorsese prépare deux autres films : le drame historique autour de deux prêtres jésuites au Japon au XVIIe siècle, Silence, avec Daniel Day-Lewis, Benicio del Toro et Gael Garcia Bernal (voir actualité du 17 mars), et le biopic Sinatra avec Leonardo DiCaprio. Il a aussi accepté de réaliser un biopic autour du couple Liz Taylor / Richard Burton (voir actualité du 5 juin).

Un chic type : humain, sympa et décalé

Posté par geoffroy, le 1 février 2011

L'histoire: A peine sorti de prison, Ulrick tente de se réinsérer. Il n'a pas d'ambition particulière, il veut juste prendre un nouveau départ. Mais entre son ex patron mafieux, sa logeuse qui le harcèle sexuellement, son fils qui ne veut pas le voir et bien d'autres péripéties, Ulrick a du mal à trouver sa place. C'est un chic Type.... Mais jusqu'à quel point ?

Notre avis: Il existera toujours des individus aux trajectoires de vie différentes de ce qu’ils sont profondément. Dans pareil cas, il est bien difficile de trouver la paix de l’âme. Voire de goûter au bonheur d’une vie quotidienne sans heurts. Mais à celui, ou celle, qui ne renonce pas, rien n’est impossible. C’est en tout cas le parti-pris d’Ulrik, ex-tolard quinquagénaire bien décidé à reprendre en main le cours de son existence après 12 ans d’emprisonnement. Comme souvent dans le cinéma nordique, l’humain guide une narration « existentielle » au pessimisme lucide ou comment une réinsertion hasardeuse se transforme en un chemin de croix à l’humour pince sans-rire bien senti.

Un Chic Type est une comédie douce-amère sondant les failles de personnages touchants malgré certaines situations pour le moins pathétiques. La relation à la fois drôle et triste d’Ulrik avec sa logeuse de fortune en dit long sur le regard que porte le cinéaste vis-à-vis des rapports sociaux-amoureux des êtres en général. Le décalage comique fait le reste. Presque comme toujours. Sauf qu’ici la pilule passe facilement, aidée en cela par l’humanisme d’un Ulrik encore un peu balourd mais bougrement attachant. L’interprétation de Stellan Skarsgard élève le propos d’un film au rythme parfois un peu lent. Il porte sur ses épaules de colosse une dignité à toute épreuve. Si rien n’est acquis, l’espoir d’un changement peut suffire pour aller de l’avant.

Aller de l’avant. Soit le conseil précieux d’un maton (et, oui !) à un Ulrik sur le départ. Ne pas se retourner et regarder droit devant soi coûte que coûte malgré les embûches, les vieilles connaissances pas toujours très fréquentables et les êtres chers que l’on désire retrouver par-dessus-tout. Belle philosophie, certes, mais qu’il n’est pas toujours facile de respecter. Alors quand l’adversité devient trop pesante, un petit écart, tout petit mais si bon, peut changer beaucoup de chose. Comme le destin de ce bon bougre d’Ulrik aspirant, enfin, à la joie simple d’une vie simple mais pas toujours réjouissante. Faut-il encore que la mauvaise graine en soit définitivement bannie. Un Chic Type est un chouette film au ton décalé abordant avec singularité un sujet grave. Bonne pioche monsieur Skarsgard.

Noomi Rapace profite de l’effet Millénium

Posté par vincy, le 30 juin 2010

Elle incarne tellement Lisbeth salander dans la saga Millénium qu'on a du mal à la voir ailleurs. A 31 ans, l'actrice a porté une trilogie sur ses épaules, se révélant au monde. Le premier épisode a rapporté 100 millions de $ dans le monde. Après 13 ans de carrière, les projets s'emballent. Elle avait obtenu le rôle de Lisbeth grâce à sa prestation remarquée dans la tragédie danoise Daisy Diamond (2007), de Simon Staho.

On va la voir prochainement dans le suédois Svinalängorna de Pernilla August, le norvégien Babycall de Pal Sletaune et surtout dans le franco-suisse The Nazi's office's Wife de Barthélémy Grossman. Le film se tournera cet automne en Allemagne, avec Mads Mikkelsen (Coco Chanel & Igor Stravinsky, Casino Royale) dans le rôle masculin principal. Il s'agit de l'histoire d'une femme juive qui cache son identité pour survivre et épouse un officier nazi. Les premières projections pourraient avoir lieu au printemps 2011.

Nord : Bienvenue chez les Samis!

Posté par Claire Fayau, le 9 mars 2010

nord.jpg"- Tu as un fils de quatre ans..."

L'histoire : Jomar Henriksen, ancien skieur professionnel, travaille comme employé sur les pistes. Il ne veut désormais plus entendre parler du ski et néglige les tâches qu'on lui a confiées. Il passe son temps à fumer, à boire et surtout à ne rien faire.Un jour, un ancien copain se présente chez lui et lui annonce qu'il est le père d'un enfant qui vit avec sa mère dans le nord du pays. C'est le moment ou jamais de tourner le dos à cette existence vide. Commence ainsi un voyage avec sa motoneige ponctué de rencontres loufoques et d'aventures insolites. (in DP)

Prix FIPRESCI au 59 e festival international du film de Berlin.

Notre avis : Ce Nord se situe dans le Royaume enneigé de la Norvège, et fait du hors pistes dans le monde du cinéma. Un premier long métrage de fiction confectionné avec soin par  Rune Denstad Langlo, documentariste chevronné.

En route pour le Nord! Plus que les dialogues, le scénario ou le rythme au style réaliste, la vérité et la beauté du film se trouvent ailleurs : dans la mélancolie des paysages et le climat extrême près du cercle polaire. Le réalisateur a eu la bonne  idée de réaliser un  Norway  of  life  road movie (oui, mais à défaut de route, il y a la motoneige et le ski...), ce qui nous dépayse en soi.

Anders Baasmo Christiansen. L'autre bonne idée est le choix de l'acteur pour le personnage de l'anti-héros. ABC, plus simple à écrire, ressemble à un ours mal léché, surmonté d'une tête de bébé lunaire . C'est l'un de seuls acteurs professionnels du film. Il est parfait dans le rôle de Jomar, qui se met toujours dans des situations incroyables pour mieux réjouir le spectateur. Par exemple, il brûle deux refuges (par inadvertance ?). Oublie ses lunettes de protection, se retrouvant donc aveuglé par la réverbération sur la neige ... Quand  il n'a pas les yeux bandés, son regard est hébété par l'incompréhension ou l'alcool   ... Jomar ne crache pas sur l'alcool et testera une méthode originale pour se soûler (scène qui nous laisse encore bouche bée). En cassant sa motoneige, il manquera aussi de se faire tuer par des militaires en plein exercice. Absurde et loufoque.

Un Norway of life bien rude imbibé d'alcools. En comparaison, les nordistes décrits par Galabru dans Bienvenue chez les Chtis paraissent bien sobres et chaleureux. S'il se trouve bizarre et dépressif, Jomar réalise qu'il existe encore plus mélancolique et seul que lui dans ce trou du cul du monde. Ce voyage initiatique aux rencontres bien incongrues (le vieux Sami qui vit en ermite avec sa motoneige enchaînée à sa cheville) rappelle même le Fargo des frères Coen.

Et  à la fin ? Il va mieux ? Sans dévoiler l'intrigue,  on pourrait penser que tous ces individus croisés en chemin vont transformer l'asocial et  immature Jomar... Ou pas ! Chacun  y ira de son interprétation. Ce n'est pas dans les dialogues minimalistes qu'on trouvera une vérité. Un no hero, no buddy  movie, épuré et drôle, malgré quelques longueurs et un scénario qui parfois se relâche.

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site internet du film

Festival du cinéma nordique : Palmarès

Posté par denis, le 30 mars 2009

pause dejeunerVingt deux ans d’existence pour ce festival du cinéma nordique ancré  à Rouen et qui se porte toujours bien ! Fort d’un public ayant régulièrement rempli les salles, la manifestation vient de remettre son palmarès, et c’est à la Norvège que revient l’honneur d’être couronné pour cette édition 2009, dont la sélection officielle était composée de deux films danois, deux suédois, deux norvégiens, un néerlandais, un islandais, un belge et un finlandais.

Le prix du jury a donc été décerné au film norvégien Pause déjeuner / Cold Lunch (voir actualité du 26 mars 2009) réalisé par Eva Sorhaug. Dans ce film un peu décalé, la réalisatrice raconte comment un homme bouleverse la vie de tout un quartier d'Oslo à partir d’un petit incident domestique. Drôle et cocasse, avec toujours cette petite touche douce-amère propre à la Scandinavie, Pause déjeuner fait mouche et mériterait une sortie en salles sur notre territoire.

Concernant les prix d’interprétation masculine et féminine, ce sont respectivement Mikael Persbrandt et Maria Lundqvist qui ont été récompensés pour leurs rôles dans le film suédois Au coeur du Paradis. Ce film de Simon Staho raconte l'histoire de Lars et Susanna mariés depuis 20 ans et soudain confrontés à la tentation de l'adultère. Enfin le prix du public a été attribué à La rébellion de Kantokeino, un film norvégien de Nils Gaup et celui du jeune jury européen à Instants éternels, un film suédois de Jan Troell.

Far North : huis clos glaçant inabouti

Posté par MpM, le 15 mars 2009

Far north"- Je dois saisir cette chance. La vie ne peut pas se résumer qu’à ça."

L'Histoire : Au beau milieu de l’Artique, deux femmes vivent totalement isolées, fuyant comme la peste la compagnie de leurs semblables. Un jour, pourtant, elles recueillent un homme laissé pour mort au milieu de la neige… Il va bouleverser leurs habitudes et confronter l'une à son passé et ses peurs, l'autreà son futur et ses désirs.

Notre avis : En filmant avec ampleur et majesté les paysages à couper le souffle, parfois écrasants, de l’Artique, Asif Kapadia fait de ses personnages les ultimes survivants d’une humanité ayant depuis longtemps plié devant la toute puissance de la nature. L'hostilité se situe davantage dans la défiance entre les personnages que dans ce décor sauvage. Pour renforcer encore cette sensation de huis clos confiné, il évacue presque tout contexte temporel et historique, plaçant son récit naturaliste directement sous le signe du conte mi-fantastique, mi-contemplatif. Parfois poétique et même fascinant quand il se concentre sur les rites et les gestes de ces peuples du grand nord. On y croit d’autant plus que le poids d’une terrible malédiction flotte sur le personnage ambigu de Michelle Yeoh qui apparaît tour à tour touchante et redoutable, dur et vulnérable.

Malheureusement, le réalisateur ne parvient pas à garder le cap, se perdant dans des flash-back mélodramatiques (avec Michelle Yeoh jouant un peu ridiculement les jeunes filles) qui gâchent la belle ambiance oppressante et mystique du film, et en allongent inutilement la durée. D’ailleurs, dans sa deuxième partie, Far north manque de souffle et de rythme, ne sachant plus comment faire le lien entre ces deux femmes, unies par un pacte sanglant, qui se détisse quand l'homme devient leur seul centre d'intérêt. Car si les silences de la nature et l'économie de mots servent très bien la première partie, il aurait fallu une densité psychologique plus profonde pour que ce film tienne sur toute sa longueur, pour que cette cruauté nous glace plus qu'elle nous lasse. Car le rebondissement final ne parvient pas à relancer l’intérêt, plus proche du grand-guignol grotesque que du climax glaçant. L'allégorie se brise comme un iceberg qui fond.

La Norvège croit en son cinéma

Posté par vincy, le 10 octobre 2008

nouvelledonne.jpgEcran Noir aime beaucoup le cinéma nordique : on l'a vu récemment avec des films islandais et norvégiens. Evidemment, comparé à nos bravos, leur B.O. en France n'ont pu que nous décevoir. Il est toujours amer pour des critiques de se sentir un peu seuls. A qui parler de la jubilation vécue en voyant Back Soon ou La nouvelle vie de Monsieur Horten ? A qui offrir le livre Jar City après avoir vu le film? Avec qui débattre de Nouvelle Donne ?  Et n'oublions pas Kaurismaki, Von Trier ou encore Anderson parmi les cinéastes venus de là-haut...

En tout cas, il faudra sans doute voir une résurgence du cinéma norvégien dans les prochaines années. Fort de ses succès dans les salles locales et dans les festivals internationaux, les films norvégiens n'ont jamais été aussi nombreux (21 longs métrages en 2006, un record. Les salles n'ont jamais été aussi pleines, approchant les 2 millions d'entrées pour les films nationaux, soit 2 fois plus qu'avant les années 2000. Certains films séduisaient de 200 000 à 300 000 norvégiens, quelque soit le genre ou la cible. Le budget des films avoisine 1,5 millions d'euros et la part de marché augmente (désormais elle atteint 16%).

La semaine dernière, le gouvernement norvègien a annoncé qu'il ajouterait 7 millions d'euros dans un budget totalisant 90 millions d'euros environ d'aides à l'industrie cinématographique. Dorénavant l'objectif est de produire 25 films par an et de vendre 3 millions de tickets, soit une part de marché de 25% pour les films locaux. Qui a parlé de crise?

Nouvelle donne, à l’heure norvégienne

Posté par MpM, le 11 juin 2008

L’équipe de Nouvelle donne

A l'occasion de la sortie de Nouvelle donne, premier long métrage norvégien bourré d'énergie, Ecran Noir a rencontré une partie de la joyeuse équipe du film. Au fond, Joachim Trier (le réalisateur) et Anders Danielsen Lie (qui interprète le personnage de Phillip), au premier plan Eskil Vogt (coscénariste et ami d'enfance de Joachim) et Espen Klouman Hoiner (Erik). Ne manque que la très charmante Viktoria Winge (Kari), arrivée plus tard. A lire, l'entretien accordé par les deux auteurs et le point de vue des acteurs sur le film.
Le soir même Malavida films organisait une avant-premère parisienne au goût de saumon, sur une péniche parisienne. Tout le casting était présent. Joachim Trier évoquait son émotion à l'avant veille de la sortie de son film à Paris. Nouvelle donne, qui date de 2006 dans son pays d'origine, découvert au Festival des films nordiques de Rouen et acquis l'an dernier à Cannes par l'équipe de Malavida, se déroule en partie à Paris et rend explicitement hommage à la Nouvelle Vague. Manière de boucler l'aventure en beauté de ce premier film.

Photo : Claire Fayau.