Claude Lelouch: « Netflix est un peu ce que fait Emmanuel Macron en politique »

Posté par vincy, le 27 juin 2017

Il n'y a pas que les cinéastes américains ou asiatiques qui sont attirés par le cash de Netflix. Dans un entretien au JDD dimanche dernier, Claude Lelouch va à rebrousse-poils de la profession en France. Pour lui, Netflix "est un peu ce que fait Emmanuel Macron en politique", précisant sa pensée: "Il a balayé les préjugés pour aller chercher les bonnes idées là où elles sont, à droite comme à gauche. Alors, si la plus belle histoire du monde est mise en scène par un gars produit par Netflix ou Amazon, il faut la voir." "D'autant que le pouvoir financier de ces plateformes est colossal»." ajoute-t-il.

"En l'occurrence, on ne peut pas dire non à la nouveauté" estime le réalisateur, qui produit ses films depuis ses débuts, jusqu'à parfois les distribuer lui-même.

Le cinéma "ne peut plus se permettre de se prendre pour une star"

Il va assez loin dans son raisonnement, constatant l'état désastreux du marché pour les films d'auteur et la difficulté à produire/financer des films non formatés. "Aujourd'hui, ce qui pourrait sauver Fellini ou Antonioni, c'est Netflix. Je le pense vraiment, explique le réalisateur Claude Lelouch.

C'est d'ailleurs ce qui est intéressant de la part du cinéaste multi-récompensé. Sa quête d'indépendance l'a conduit à être totalement libre, dépendant essentiellement et financièrement des recettes de ses succès comme de ses flops. En moyenne, un Lelouch (il y en pas loin de 50) c'est un million d'entrées en France (avec 6 films au dessus des 2 millions de spectateurs).

Le changement, c'est maintenant?

Lui qui n'est pas abonné à la plateforme, reconnaît qu'il doit "batailler pour trouver les financements" de son prochain film, après le bide de Chacun sa vie en mars (qui faisait suite à Un + Une en 2015, son plus gros succès depuis 1996). Pour Lelouch, le cinéma "doit aller chercher de l'argent ailleurs que dans les structures actuelles. Il ne peut plus se permettre de se prendre pour une star." Il n'exclut pas de travailler pour Netflix, avec plaisir: "Si je travaille en toute liberté" précise-t-il.

En clair, Claude Lelouch, 79 ans, patron des Films 13, Palme d'or, Oscar du meilleur scénario et Golden Globes du meilleur film étranger, pense qu'il est temps de changer. "La chronologie des médias est démodée" affirme-t-il et, comme toujours un peu provocateur à l'égard de ses pairs (est-ce pour ça que Lelouch n'a jamais été césarisé même pour l'honneur?), il trouve "formidable" que le festival de Cannes sélectionne deux films ne sortant pas en salles.

Quelques séances ciné gratuites pour Okja en France

Posté par vincy, le 23 juin 2017

[Actualisation le 24 juin 2017] Finalement, Okja de Bong Joon-ho, en compétition à Cannes, sortira dans quelques salles en France. Après deux mois de polémique et alors qu'il sera diffusé dès mercredi sur Netflix, on apprend par l'AFP que le film sud-coréen sera projeté cinq fois et gratuitement. La projection qui devait avoir lieu au Forum des Images le 28 juin à 20h30 a été annulée. Idem pour celle au Max Linder, ce qui enlève la dernière projection parisienne.

Le mono-écran des Grands Boulevards a justifié l'annulation ainsi:

"Le Max Linder, attaché aux œuvres et aux auteurs, et convaincu de l’intérêt cinématographique du film, avait accepté d’organiser une séance exceptionnelle gratuite de Okja de Bong Joon-Ho, mercredi 28 juin à 14h, dans le cadre du festival Sofilm. Prenant en compte le contexte actuel de l’exploitation cinématographique et les débats suscités par la projection de ce film, et constatant que nous étions la seule salle sur Paris, nous choisissons de nous retirer du festival Sofilm" explique la gérante et programmatrice Claudine Cornillat.

Dans tous les cas, c'est regrettable. Dès lors qu'il était diffusé dans un Festival comme Cannes, pourquoi, dans le cadre d'un autre festival, retire-t-on le droit à des spectateurs non privilégiés de voir un film qui, rappelons-le, mérite d'être vu en salles....

Pour les autres chanceux, les séances auront lieu en France mercredi 28 juin (et le 6 juillet à Bordeaux). C'est à l'initiative du festival SoFilm que ces projections pourront avoir lieu.

- Paris: Max Linder Panorama (14H00)

- Paris: Forum des images (20h30)

- Montreuil: Le Méliès

- Nantes: Sofilm Summercamp, au Stereolux (19H00)

- Nantes: en plein air sous les Nefs des chantiers navals (22H30).

- Bordeaux : le 6 juillet, aux Tropicales by Sofilm à l'Utopia (20H00)

- Bordeaux: le 6 juin en plein air au Darwin (22h30).

Edito: le Blockbuster estival K.O.?

Posté par redaction, le 22 juin 2017

Une recette vieille de quatre décennies. Des films divertissants, dans les salles entre mai et la mi-août, au rythme de un ou deux par semaine, portés par des grandes stars ou fondés sur des "marques" et / ou franchises, avaient pour objectifs de ramasser un paquet de dizaines de millions de dollars aux studios. Ce "concept" économico-cinématographique avait été initié par Steven Spielberg et Les dents de la mer en juin 1975 puis confirmé par George Lucas et Star Wars en mai 1977.

Mais depuis deux saisons, Hollywood doute de ce vieux système. Cela fait quelques années déjà que l'été n'est plus dominant dans le box office annuel. Des films qui sortent en novembre et décembre ont régulièrement cartonné davantage que des grosses machines estivales. Cet étalement du calendrier s'est élargi avec des films qui ont encaissé d'énormes recettes alors qu'ils sortaient en mars et en avril. Finalement, seule la période de mi-août à fin octobre et de mi-janvier à début mars restent "creuses" pour les distributeurs et les exploitants.

Colosses aux pieds d'argile

Cependant le modèle a pris du plomb dans l'aile pour d'autres raisons, plus profondes. Afin d'attirer le spectateur dans les salles, les studios ont misé sur les quelques stars "bankables" au niveau international en signant de très gros chèques, voire en leur donnant un contrôle excessif (de Johnny Depp à Tom Cruise, les exemples ne manquent pas). Ils ont aussi gavé leurs productions d'effets visuels coûteux, participé à l'inflation des devis (certaines productions dépassent désormais régulièrement les 200M$) et dépensé de plus en plus en marketing (qui peut représenter autant d'argent que le budget de production). Cela a rendu ces films plus vulnérables financièrement, plus difficiles à rentabiliser, d'autant que le marché vidéo est en déprime. Cette hausse des coûts était "sécurisée" par l'arrivée de nouveaux gros marchés internationaux comme la Chine et la Russie et par les hausses de prix des billets de cinéma, ce qui, dans les deux cas, permettaient d'accroître les recettes de manière conséquente.Prenons un simple exemple: La Belle et la Bête est la 8e plus grosse recette de "tous les temps" mais si on tient compte du prix actuel du ticket de cinéma, le film n'est que 70e de ce classement, à hauteur de Tootsie et du premier Superman.

Les blockbusters deviennent donc "globaux", plus aseptisés (il faut tenir compte de la censure de certains pays ou des mœurs conservatrices dans d'autres), devant cibler aussi bien le spectateur chinois, français, mexicain que celui du Kansas ou de Floride. Ils deviennent aussi dépendants des scores à Shanghai, Moscou, Sao Paulo ou Londres, autant que de New York, El Paso ou Pittsburgh.

Une fréquentation des salles en baisse depuis 15 ans

Hors, cette recette paraît de plus en plus fragile. En mai, le box office américain a chuté de près de 12% par rapport à mai 2016. La hausse depuis le début de l'année s'effrite semaine après semaine. Pour l'instant le box office n'enregistre qu'une modeste augmentation de 1,6% des recettes, soit une baisse du nombre de spectateurs si on prend en compte le prix d'un ticket de cinéma, constamment plus cher comme nous l'avons dit (6,5$ en 2006, 8,1$ en 2013, 8,84$ cette année). Depuis le début des années 2000, les salles ont perdu 200 millions de spectateurs. Au 18 juin, sur les dix films les plus vus, seulement deux sont sortis depuis mai. Une tendance observée déjà l'an dernier.

Le problème est visible: la succession de flops sur le marché nord-américain. 10 gros budgets n'ont pas franchi la barre des 100M$ de recettes, dont La Momie, Le Roi Arthur, Baywatch, Alien : Covenant ou Ghost in the Shell. Malgré la "marque" ou les stars au générique. On ne peut pas dire que Pirates des Caraïbes soit un succès tant ce 5e opus est très en dessous des scores habituels de la franchise. A l'inverse des très petits budgets, sortis avant mai, comme Get Out et Split ont décroché le jackpot.

De toutes ces grosses machines, Les Pirates, xXx et The Great Wall s'en tireront sans trop de bobos avec des recettes mondiales qui les rendent rentables. Mais pour les autres, la facture est salée. Preuve qu'un Tom Cruise (qui s'est mêlé de toute la production, a refait le scénario pour son égo et a choisi ses équipes) n'a plus le poids en spectateurs qui correspond à son pourcentage sur les recettes. Preuve aussi qu'une marque (monstres ou adaptation) ne suffit plus dans un environnement où, pour l'instant, seuls les super-héros, les Disney (de Star Wars à Pixar) et les films d'animation tirent leur épingle du jeu.

Formatage tueur de désir

Certes l'été n'est pas fini. Il y a encore de grosses munitions. Et on attend toujours le film "art et essai" (autre secteur qui souffre) et la comédie "sleeper" qui surprendront le public et s'intégreront dans le tableau d'honneur.

Mais si on regarde bien les derniers véritables cartons au box office mondial, hors films familiaux, on constate que c'est un virus plus profond qui atteint le système immunitaire hollywoodien. A ne pas investir dans les histoires, à ne pas croire à l'émotion, à tout déshumaniser avec des effets spéciaux, à tout investir sur des récits plagiés les uns sur les autres, avec les mêmes enjeux, on ressent une forme de lassitude. Il faut des moyens énormes pour maintenir l'excitation. Finalement on attend davantage le dramatique Dunkirk de Christopher Nolan que le prochain Transformers. Rappelons que La La Land (443M$ dans le monde), Miss Peregrine (300M$), Sully (240M$), ou Premier contact (200M$) ont été d'immenses succès et des films très rentables alors qu'il s'agissait de drames à la narration plus classique. Le dernier Logan, davantage un drame crépusculaire qu'un simple film de héros, a prouvé qu'on pouvait tordre l'aventure stéréotypé du super-héros et séduire les spectateurs (620M$).

Les "univers" sont la nouvelle martingale des gros studios depuis la stratégie payante du groupe Disney, avec l'avènement de Marvel, la relance de Star Wars et le lifting en live-action des dessins animés de Walt Disney. Mais c'est aussi ailleurs qu'il faut investir pour fait revenir le spectateur. Les Cameron, Spielberg et autres Nolan n'hésitent pas à produire des histoires fédératrices, dramatiques, aux allures spectaculaires certes, dans la grande filiation du cinéma américain populaire, loin des "péplums" et "westerns" formatés des temps modernes (Comics).

Netflix et Amazon prêts à combler le vide

Pas sûr qu'Hollywood comprenne tout de suite la leçon de ces dernières années. Tant que les recettes mondiales sont au rendez-vous pour deux ou trois de leurs films par an, ils parviennent à compenser les autres échecs, même les plus cinglants. Ainsi Patty Jenkins a déjà annoncé qu'elle planchait sur un deuxième Wonder Woman. Tom Cruise reste maître à bord de la franchise Mission:Impossible. L'été prochain, en 2018, déjà 15 suites, prequels ou spin-off sont programmés.

Ce serait une grave erreur stratégique. Ce qu'ont très bien compris les Netflix, Amazon et autres nouveaux entrants dans le secteur. Car plus les investissements sont énormes afin de produire du spectacle sans intérêt, moins les studios veulent prendre de risques. Par conséquent les auteurs se tournent vers les nouveaux nababs. Okja (Netflix) a bénéficié d'un budget confortable de 50M$. Manchester by the Sea a obtenu deux Oscars. Les deux avaient des films en compétition à Cannes tandis que les "majors" brillaient par leur absence. Amazon a produit et distribué les derniers Jarmusch, Allen ou Winding Refn. Désormais les auteurs sont capables de zapper la salle ou de se vendre à ces plateformes parce que, outre le cash qu'ils fournissent, ils leur donnent une véritable liberté. l'été dernier des films comme Florence Foster Jenkins ou Hell or High Water ont récolté plus de 20M$ de recettes avec des budgets très modestes (et des nominations aux Oscars au final).

Exactement l'inverse des majors, capables de virer les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller en pleine production du film sur Han Solo, pour "divergences artistiques" avec les producteurs. Hollywood refuse la singularité. Et c'est ce qui tue actuellement les blockbusters estivaux. Comme si les studios avaient oublié pourquoi ces blockbusters fonctionnaient si bien auparavant: du fun, de la surprise, un ton et même le style d'un cinéaste, et des sensations. Un jeu-vidéo fait aussi bien l'affaire aujourd'hui. Or, on l'oublie mais des films comme Qui veut la peau de Roger Rabbit, Il fait sauver le Soldat Ryan, Ghost, Top Gun ou E.T. ont été les champions de leurs étés respectifs. On est loin du "blockbuster" pop-corn.

Edito: Netflix, le réveil de la force

Posté par redaction, le 8 juin 2017

Il est évident que Netflix transforme le paysage cinématographique. On peut se désoler de voir que de grands cinéastes et de bons films ne soient jamais diffusés en salles. Mais après tout, cela fait longtemps que la télévision a attiré les Scorsese, Spielberg et autres Soderbergh pour produire/réaliser des séries. Et n'oublions pas le pionnier, Hitchcock. A Cannes, le débat a envahit la Croisette, au point, parfois, d'en oublier la qualité des films sélectionnés.

Est-ce si révolutionnaire que de vouloir produire des films exclusifs pour fidéliser ses abonnés et en attirer de nouveaux? HBO l'a déjà fait. Canal +, de par sa convention avec l'Etat, s'arroge le droit d'être la première fenêtre de diffusion après le passage en salles et en location vidéo. C'est de bonne guerre. Ce qui choquerait avec Netflix, c'est l'impossibilité de voir Okja, War Machine ou The Meyerowitz Stories au cinéma.  Bizarrement, on ne se pose pas la question pour toutes les séries B qui débarquent directement en vidéo à la demande (e-cinéma, c'est plus chic), sans passer par la case salles. Ces films en e-cinéma ont le droit à des projections presse. Netflix fera sans doute de même prochainement, afin d'accentuer la visibilité de ses productions "starisées".

Le débat autour de la diffusion n'est pas que français et l'intérêt pour Netflix n'est pas réservé qu'aux professionnels américains.

Ainsi, hier, Naomi Kawase s'est dite prête à travailler avec Netflix: "Si une firme comme Netflix ou toute autre société de production étrangère a des moyens pour travailler avec une réalisatrice qui a acquis une réputation internationale, ce peut être une façon pour moi d'exprimer librement ce que je veux", ajoutant qu'elle ne regretterait pas "une telle occasion" qui est, selon elle "plutôt comme un défi à relever". Pour les auteurs, les plateformes de SVàD sont une véritable aubaine alors que le marché art et essai se contracte en nombre de spectateurs dans le monde entier et que les financements sont de plus en plus difficiles à trouver pour des scénarios originaux.

La réalisatrice japonaise a commencé à réfléchir à cette possibilité quand son confrère sud-coréen Bong Joon-ho, dont Okja, en compétition à Cannes et financé par Netflix (50M$), s'est réjoui de la liberté créative qu'il a eu. "Il dit que Netflix lui donne tout l'argent dont il a besoin et n'intervient pas", explique Kawase, rappelant que le cinéma d'auteur japonais est plus que fragile et focalisé sur les productions populaires, souvent adaptées de mangas, romans ou séries TV. Hirokazu Kore-eda ne dit pas autre chose: "Plus de réalisateurs vont à l'avenir vouloir travailler avec Netflix ou Amazon. S'il reste comme il est, tout le secteur va couler." Plutôt que de constater le déclin du cinéma d'auteur japonais, les cinéastes se tournent vers l'étranger pour financer leurs œuvres.

De l'autre coté de la mer du Japon, le cinéma est florissant en Corée du sud. Il sait se protéger, se financer, s'exporter. En Corée du sud (mais aussi aux Etats-Unis et au Royaume Uni), Okja bénéficie même d'une exception: le droit d'être sorti en salles. Mais, comme pour la France, les professionnels ont décidé de se rebeller contre Netflix, producteur et diffuseur du film. Une grande chaîne sud-coréenne de salles de cinéma, CGV, premier réseau du pays avec 1000 écrans, a annoncé qu'elle ne diffuserait pas ce film très attendu si Netflix le mettait en ligne simultanément sur sa plateforme. Il y a deux ans, la suite de Tigre et Dragon avait suscité la même réaction de la part des circuits américains, qui avaient boycotté le film.

Le problème Netflix est ailleurs

Dans l'histoire, ce sont les spectateurs qui sont pris en otage: soit ils ne peuvent pas voir le film en salles, soit ils sont contraints de s'abonner à la plateforme. Cela peut faire le beau jeu des pirates. Toujours est-il qu'il va falloir rapidement revoir la chronologie des médias. Après tout, en tant que producteur, Netflix a le droit de choisir sa stratégie de distribution, quitte à exclure définitivement la salle de cinéma dans un premier temps (le cinéma serait alors une sorte de deuxième fenêtre, après le streaming exclusif). Pour le cinéphile comme le cinéaste, le "produit" reste un film de cinéma. Qu'on le voit chez soi, en salle, dans un festival ou à bord d'un avion, ça ne change pas grand chose, hormis la sensation, le plaisir que l'on peut éprouver selon le lieu (sous la couette, avec un public, avec les artistes, ou pour combler l'ennui).

Mais avant de se focaliser sur ce combat multi-supports (que les médias ont depuis longtemps intégré), peut-être faut-il mieux se concentrer sur le vrai problème qu'induit la force des plateformes de type Netflix. Il serait beaucoup plus judicieux d'obliger ces géants américains à payer leurs impôts dans le pays où ils sont diffusés, en fonction du chiffre d'affaires dégagé par leurs abonnements locaux. Car ce n'est pas tant le modèle économique d'un Netflix qui pose problème (en effet, s'ils investissent dans des films, on ne peut être que ravis). Mais c'est bien le contournement des règles fiscales et la distorsion de concurrence par rapport aux producteurs-diffuseurs nationaux qui pénaliseront à terme l'industrie cinématographique de pays comme la France, la Corée du sud ou l'Argentine, dont les éco-systèmes ont permis depuis des années de résister à l'hégémonie culturelle américaine.

Ce n'est pas simplement défendre notre exception culturelle que de réclamer des droits et des devoirs à un géant transnational au-dessus des Lois, mais il s'agit bien de protéger notre modèle culturel, qui passe par une solidarité fiscale. Canal + a l'obligation de financer des productions françaises. Pour toucher des aides du CNC, il faut être installé en France. Il n'y a aucune raison que Netflix profite du marché français sans contreparties bénéficiant à tout le secteur.

Netflix arrête Sense8 après deux saisons

Posté par wyzman, le 1 juin 2017

Alors que la saison 2 est disponible depuis le 5 mai dernier, le géant du streaming Netflix a décidé de mettre fin à l'épopée Sense8. Dans un communiqué officiel, la vice-présidente Cindy Holland déclare ainsi : "Après 23 épisodes, 16 villes et 13 pays, l'histoire du cluster Sense8 prend fin. C'est tout ce que nous et les fans avions rêvé que ce serait: audacieux, émotif, étonnant, kick ass et absolument inoubliable" avant d'ajouter "Jamais il n'y a eu un programme aussi mondial, avec un casting et une équipe aussi diversifiés et internationaux, qui ne sont que le reflet de la communauté connectée de fans profondément passionnés partout dans le monde. Nous remercions Lana, Lily, Joe et Grant pour leur vision, et l'ensemble du casting et de l'équipe pour leur artisanat et leur engagement."

Lancée le 5 juin 2015, Sense8 raconte les péripéties de 8 êtres répartis sur le globe mais connectés les uns aux autres par la pensée. Série résolument moderne et queer, Sense8 est l'oeuvre des sœurs Wachowski et de J. Michael Straczynski, le scénariste de Thor et World War Z. Après l'annulation de The Get Down, celle de Sense8 soulève de multiples questions. La première étant bien évidemment de savoir vers quel modèle tend désormais Netflix. Car l'arrêt de ses deux séries les plus ambitieuses ne peut signifier qu'une chose : l'entreprise américaine veut désormais être la plus rentable possible. Une logique qui n'est pas sans rappeler celle des grands networks, moqués depuis des années pour leur manque d'originalité dans les nouveaux projets développés...

Le mois dernier, le producteur Roberto Malerba avait laissé entendre que si saison 3 de Sense8 il y avait, ce serait la dernière. Chaque épisode de la saison 1 coûtant 4,5 millions de dollars et 9 millions pour la saison 2, Netflix doutait de ses capacités à produire une troisième fournée de qualité. Sans parler du fait que les acteurs principaux n'étaient plus tous sous contrat et que leur cote de popularité ayant explosé avec Sense8, tout était désormais à renégocier.

Adulée par les Internets, l'annulation de Sense8 a fait naître l'hashtag #BringBackSense8 !

Cannes 2017 : 10 questions (im)pertinentes pour faire le bilan

Posté par kristofy, le 31 mai 2017

Le 70ème Festival de Cannes est terminé officiellement, mais en réalité il va continuer durant quelques mois encore sous une autre forme au rythme des sorties de films en salles de cinéma. Pourquoi la Palme d'or à The Square et pas à 120 battements pas minute ? Que s'est-il est passé avec Okja et Netflix ? Et du côté des films de Lynne Ramsay et de Sofia Coppola ? On s'est déjà posé 10 questions (im)pertinentes, avec des réponses possibles. Avec des si on referait le monde... alors refaisons Cannes.

1 - Pourquoi Okja de Bong Joon-ho ne figure pas au palmarès ?

En ouverture de festival, Pedro Almodovar a été questionné en tant que président du jury à propos d'une éventuelle Palme d'or à un film distribué par Netflix. Il a fait une déclaration qui a été comprise comme une exclusion de deux films en compétition (Okja et The Meyerowitz Stories) pour la récompense suprême : « Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d'or ou un autre prix à un film ne puisse pas être vu en salles, il ne faut pas que cette nouvelle plate-forme se substitue au fait d'aller voir des films en salles... » (il ne faut pas découvrir un film sur un écran plus petit que sa chaise... lire aussi notre actualité du 19 mai). A savoir qu'il y aurait eu recadrage pour une correction diplomatique dès le lendemain : «Ni moi ni aucun des membres de mon jury ne ferons de distinction entre les deux films Netflix et les autres en compétition. Nous sommes ici pour juger les dix-neuf longs métrages sélectionnés sur le plan artistique... ». Reste que Bong Joon-ho est l'un des plus grands réalisateurs de sa génération et que son film Okja était l'un des meilleurs de la sélection cette année. Alors l'ignorer en dit long sur la capacité à juger un film populaire et divertissant, tout en étant porté par un message politique (coucou les jurés du festival de Cannes 2006 qui ont oublié dans leur palmarès Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro).

2 - Quel est le vrai problème avec Netflix ?

En France il y a diverses règlementations liées à la chronologie des médias, avec un délais pour un film entre son exploitation en salles de cinéma et sa diffusion en VàD sur internet. Le système est plutôt vertueux en France. Le cinéma français est en partie financé via le CNC avec un pourcentage prélevé sur chaque ticket de cinéma vendu. Les plateformes de VàD sont soumises à un impôt sur leurs revenus (comme toute entreprise). Netflix diffuse des films en France sans vraiment être taxé - le problème de l'évasion fiscale est d'ailleurs un macro-problème européen puisque des sociétés géantes de par leurs bénéfices minimisent leur imposition au maximum (dont Amazon qui distribue aussi des films, dont L'Oréal partenaire du festival de Cannes, dont Renault, autre partenaire, qui a installé son siège au Pays-Bas...).
Pedro Almodovar (et son frère producteur Agustin Almodovar) connait bien le sujet pour avoir été impliqué en avril 2016 dans le scandale des 'Panama papers' avec un compte offshore, au point d'arrêter la promotion de son film Julieta en Espagne (lire notre actualité du 12 avril 2016). Cela ne l'a pas empêché d'ailleurs de venir présenter Julieta ensuite en mai à Cannes.
Netflix, dont on ne conteste absolument pas la qualité des productions, loin de là, c'est avant tout un problème d'argent : les impôts d'une part, le financement du cinéma d'autre part. Ce n'est donc pas simplement un souci de chronologie des médias.

3 - Un film Netflix peut-il sortir en salles de cinéma ?

Netflix est, selon certains films et certaines séries, co-producteur et/ou diffuseur. Quand Netflix achète un titre pour le diffuser dans le monde via sa plateforme on dit alors qu'il s'agit d'un "film Netflix". Ainsi le film Message from the King réalisé aux Etats-Unis par le belge Fabrice Du Welz est un film Netflix qui est donc diffusé via Netflix, mais un accord a été trouvé avec la société de distribution The Jokers pour la France qui aura été l'un des rares pays à sortir ce film en salles de cinéma, c'était le 10 mai bien avant le débat à Cannes... Okja sortira en salles le 28 juin en Corée du Sud. Quant à The Meyerowitz Stories, s'il veut concourir aux Oscars, il devra au moins être diffusé à Los Angeles sur grand écran. Preuve que quand Netflix veut, Netflix peut. En France, il semblerait qu'aucun accord n'ait été trouvé avec des distributeurs. Mais il s'agirait plutôt d'un manque de volonté de la part de la plateforme. Dans cette histoire, c'est le spectateur qui est perdant. Il va falloir revoir la Loi. Pour l'instant, seul Arte a réussi à contourner le problème avec des films comme Carole Matthieu ou I am not your Negro, les diffusant en exclusivité durant 7 jours sur sa chaîne en "replay" après une diffusion en prime-time, avant de les rendre disponible pour une sortie en salles. D'un côté un million de téléspectateurs ont vu le documentaire de Raoul Peck. De l'autre, il n'a été vu que par 31000 spectateurs en salles.

4 - Quel est l'enjeu pour Okja?

Pour Okja de Bong Joon-ho, c'est bien plus compliqué que pour un (télé)film avec Isabelle Adjani. Ce film est considéré comme une poule aux œufs d'or par Netflix, qui attend un retour sur investissement après l'avoir financé à hauteur de 50 millions de dollars ! Il faut savoir que le film précédent du réalisateur Snowpiercer, le Transperceneige avait été exploité aux Etats-Unis par the Weinstein Company en VàD avec succès, c'était même un record de bénéfices de l'année en vidéo à la demande. Snowpiercer, le Transperceneige est devenu un 'gamechanger' pour l'industry : distribuer ce film en VàD a coûté moins cher et a rapporté plus d'argent que via un circuit de salles de cinéma (nuançons: les Weinstein avait massacré au montage la version cinéma aux USA)...
Il faut se souvenir que en France cette expérience de produire un film et de maximiser les recettes sans passer par les salles avait déjà eu lieu. Wild Bunch l'avait expérimenté en 2014 avec Welcome to New-York de Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, tout en profitant de Cannes pour son lancement (mais lors de projections hors sélections cannoises, lire aussi notre actualité du 4 mai 2014).

Okja est produit et diffusé par Netflix, mais ce film est aussi coproduit par Plan B, la société de production de Brad Pitt, dont le dernier film, War Machine n'est visible que sur Netflix. Plan B produit donc des films dans lesquels Brad Pitt est acteur bien entendu mais aussi quantité de films d'auteur qui ont été récompensés aux Oscars, comme il y a quelques mois Moonlight, mais aussi The big short: Le casse du siècle ou 12 years a slave... Plan B a eu aussi des films sélectionnés en compétition au Festival de Cannes comme en 2012 Cogan: killing them softly, et avant en 2011 The Tree of life de Terrence Malick qui a obtenu la Palme d'or. En dehors du débat Netflix, Okja de Bong Joon-ho avait bien évidement toute sa place en compétition à Cannes.

5 - Comment juger de la qualité de la sélection des films en compétition ?

Environ 1500 longs métrages ont été vus par le comité de la sélection officielle, et 19 films ont été retenus en compétition, le tout sous la responsabilité de Thierry Frémaux. Il a d'ailleurs publié un livre à ce sujet (Sélection officielle, journal) où il indique notamment avoir refusé le dernier film de Emir Kusturica pourtant déjà double-palmé d'or et avoir avertit Sean Penn qu'il fallait mieux revoir le montage de son The last face (hué l'année dernière)... Certains films ne sont pas achevés lors de leur sélection, d'autres revoient leur montage après les projections cannoises.

Cannes se doit d'être dans une certaine mesure fidèle à "ses" auteurs, les fameux "abonnés" comme Michael Haneke, Naomi Kawase, Andreï Zviaguintsev, Sergei Loznitsa, Hong Sang-soo... (et bien entendu Pedro Almodovar, au détriment de tout autre réalisateur espagnol), tout en étant une vitrine du meilleur du cinéma international. Difficile donc de figurer en compétition pour un premier film (même si ça a été le cas). Généralement, il y a une sorte de parcours fléché, qui va d'un premier film en section parallèle, à une sélection à Un certain regard puis un passage en compétition. Il arrive aussi que des fidèles et même des palmés, à l'instar de Kawase ou Cantet ou même Van Sant, soient retenus à Un certain regard et pas en compétition.

Si la sélection ressemble parfois à du name-dropping Thierry Frémaux le premier sait bien que les films choisis sont de qualité inégale. Certains décèlent un indice de faiblesse quand le film "monte les marches" en pleine après midi (cette année ce fut le cas avec Wonderstruck de Todd Haynes, Le jour d'après de Hong Sang-soo, Rodin de Jacques Doillon, Une femme douce de Sergei Loznitsa, tous ignorés du palmarès). Chaque année on se dit rétrospectivement que tel film ne méritait pas la compétition et aurait été mieux dans la sélection Un Certain Regard, et inversement. Ainsi Jeune Femme le premier film français de Leonor Seraille était à découvrir à Un Certain Regard et a d'ailleurs remporté le prix de la Caméra d'or. Mais comme on le constate dans les tableaux d'étoiles des divers critiques de la presse écrite mondiale, tous les goûts sont dans la nature. Et une chose est sûre: la moitié de la compétition, comme chaque année, fera l'événement lors des palmarès de fin d'année et des sorties en salles (il suffit de voir tous les prix récoltés par Toni Erdmann alors que le film n'a pas reçu un seul prix au palmarès cannois).

6 - Quelle place pour les femmes réalisatrices ?

La question revient chaque année: il faudrait plus de femmes en compétition. Mais doit-on se soucier qui est derrière la caméra quand on doit sélectionner la crème du cinéma? Michel Ciment nous confiait lors de cette 70e édition qu'il s'agissait d'un faux procès: combien de chefs d'œuvre réalisés par une femme ont été oubliés sur la Croisette ? Le problème est en amont: dans l'accès à la réalisation pour les cinéastes femmes. Pas dans une sélection qui choisi en fonction des films qu'on lui propose. L'actrice Jessica Chastain membre du jury a déclaré après le palmarès: « Il y a des exceptions, mais pour la majeure partie j'ai été surprise par la représentation des personnages féminins à l'écran, cette vision des femmes à l'écran est assez perturbante pour être honnête ». Névrosée, soumise, battue, violée, trompée, victime, absente, abusée: on ne peut pas dire que les personnages féminins étaient radieux cette année. La réalisatrice allemande Maren Ade a ajouté: « Nous n’avons pas primé des femmes parce que ce sont des femmes, mais il est vrai que c’est la première fois que le prix de la mise en scène est remis à une femme » (en fait c'est la deuxième fois: en 1961, la russe Ioulia Solntseva était entrée dans l'Histoire en étant la première réalisatrice primée) et par l’actrice chinoise Fan Bing Bing « très heureuse d’avoir remis le prix à Sofia Coppola qui a fait un travail remarquable ».

On aime vraiment beaucoup les films de Sofia Coppola, mais son dernier Les Proies n'est pas son film le plus fort : ce remake de Don Siegel d'après un roman écrit par un homme ((lire notre décryptage sur le sujet) et où les personnages féminins se perdent dans la jalousie jusqu'à préméditer torture et meurtre est même un peu le contraire de l'intention féministe affichée. Donner un prix de mise en scène à Sofia Coppola parce que ce serait une femme, si c'est le cas, c'est aussi troublant que si Naomi Kawase avait été palmée pour Vers la lumière, moins convaincant que le sublime Still the Water (ignoré par le jury à l'époque). Et quitte à faire du féminisme, alors Lynne Ramsey méritait une Palme d'or pour You Were Never really Here, l'un des rares chocs du Festival. La britannique est repartie avec un prix du scénario ex-aequo. Dommage que Jessica Chastain, Maren Ade et Fan Bing Bing n'aient pas vu Jeune Femme de Leonor Seraille (où d'ailleurs dans l'équipe technique il y avait quasiment que des femmes cheffe de poste à l'image, au montage, au son...)...

7) Pourquoi la réalisatrice Lynne Ramsay n'a pas eu le prix de mise en scène ou la Palme d'or ?

Le prix de mise en scène au remake Les Proies de Sofia Coppola est une hérésie, surtout que plus de la moitié des cinéastes en compétition méritait davantage ce prix (de Hong Sang-soo aux frères Safdie). Au fait, et pourquoi ce prix de mise en scène n'a pas été à Lynne Ramsay qui, avec son You were never really her, était largement plus justifié ? Il y a une explication : le règlement actuel du festival n'autorise plus que ce prix de la mise en scène puisse être cumulé avec un autre prix. Et comme le jury voulait pour ce film remettre le prix du meilleur acteur à Joaquin Phoenix, alors il a cité Lynne Ramsay ailleurs dans le palmarès avec un prix ex-aequo du scénario. Ce qui d'ailleurs est assez cocasse vu le scénario minimaliste du film : "un tueur à gages au grand-coeur sensible va protéger une jeune fille victime d'une élite pourrie" (soit la même trame dont se sert Luc Besson pour produire Léon, Le baiser mortel du dragon, Le Transporteur, Hitman, Taken...). Ici, évidemment, c'est brillant, percutant, audacieux. C'est bien grâce à sa direction d'acteur, sa réalisation, son jeu avec le hors-champs, son sens du montage, que le film se distingue des autres.

8 - Pourquoi les marches avaient un air de déjà-vu ?

On constate depuis quelques années un autre groupe de fidèles: les acteurs et actrices. Quand il y a au générique Isabelle Huppert, Marion Cotillard, Juliette Binoche, Vincent Lindon, Nicole Kidman, Robert Pattinson, Kirsten Stewart, Tilda Swinton ou encore Jessica Chastain, la probabilité d'être à Cannes augmente. Il y a un "casting" Cannes. Des acteurs qui choisissent les bons auteurs ou des auteurs qui préfèrent la sécurité d'un comédien ou d'une comédienne renomé(e) dans le circuit art et essai? Reste que cette concentration ne favorise pas l'excitation. Voir quatre fois Kidman, aussi bonne soit-elle et aussi judicieux soient ses choix, ou Huppert (l'an dernier) en douze jours, ça frôle l'overdose. Retrouver Cotillard tous les ans sur les marches depuis quelques festivals, ça lasse un peu. Il manque de la fraîcheur, de la nouveauté, du jamais vu à Cannes. D'où le "hot buzz" autour de Will Smith cette année ou de Julia Roberts l'année dernière. En compétition au 70e Festival, ce sont finalement les jeunes qui ont apporté cet oxygène (Okja, 120 BPM, Wonderstruck, ...) et ce sont deux acteurs plus rares à Cannes qui ont emporté le prix d'interprétation: Diane Kruger (pour la deuxième fois en compétition sur 6 films en sélection officielle) et Joaquin Phoenix, qui n'avait pas eu de films en compétition depuis quatre ans (et qui l'a toujours été avec James Gray jusque là).

9 - C'est quoi un bon film de minuit ?

L'année dernière on a été gâtés avec la Corée du Sud et Dernier train pour Busan, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut considérer le polar coréen comme un réservoir où trouver des films de minuit. Pourtant ce fut encore le cas en 2017 avec The Villainess et The Merciless, certes plaisants, parfois jouissifs, mais sans plus. Quitte à mettre un film d'action coréen en séance de minuit il aurait mieux valu choisir par exemple The Battleship Island de Ryoo Seung-wan en avant-première (sortie en juillet en Corée). Si d'autres années les séances de minuit ont été inoubliables avec L'armée des morts de Zack Snyder ou Jusqu'en enfer de Sam Raimi, ce n'est pas seulement parce que il y avait des zombies ou des démons : c'est parce que c'était avant tout des bons films, qui nous font revivre un genre de cinéma qu'on a découvert bien plus jeune (et différent de certains films trop longs de 2h20 avec des plans fixes...). Le mot-clé pour une séance de minuit c'est 'divertissement', une séance de minuit ça doit être un peu festif comme par exemple avec la venue l'année dernière de Mel Gibson pour Blood Father ou carrément sulfureux comme Love de Gaspar Noé. On aurait bien voulu une séance de minuit idéale avec le film Baby Driver réalisé par Edgar Wright en sa présence avec sa bande d'acteurs (Ansel Elgort, Lily James, Jamie Foxx, Kevin Spacey, Jon Hamm...) qui va sortir en juillet. Malheureusement, cette année, les films hors-compétition ou séances spéciales étaient avant tout des (bons) documentaires, trois films d'auteurs grand public plutôt ratés (Miike, Cameron Mitchell, Polanski) et des formats singuliers (série TV, Réalité virtuelle). Pas l'ombre d'un blockbuster hollywoodien, pour la première fois depuis très longtemps.

10 - Et si le festival de Cannes interdisait qu'un film en compétition sorte en salles durant le festival ?

Rodin de Jacques Doillon est sorti en salles le 24 mai, L'amant double de François Ozon est sorti en salles le 26 mai : ces films qui étaient en compétition officielle furent donc visibles dans n'importe quel cinéma en même temps (voir même avant) que la projection officielle de Cannes. C'est le cas chaque année pour certains titres. Le règlement actuel impose que le film en compétition ne soit pas sorti avant dans un autre pays que le sien (ainsi les Almodovar sortent souvent en avril, même s'ils sont à Cannes en mai).

Pour le cinéma français, depuis Cyrano, en salles deux mois avant sa sélection cannoise, les films peuvent, au mieux, sortir le même jour que sa montée des marches. Ce qui est surprenant c'est que la plupart des distributeurs ont cessé de sortir un film cannois pendant Cannes. A une époque, durant le Festival, plusieurs films essayaient de profiter du buzz de la Croisette et de son exposition médiatique maximale pour séduire les spectateurs. Il s'avère que c'était assez contre-productif. D'une part, le distributeur et l'attaché de presse frôlaient le burn-out entre la présence cannoise et la sortie du film. Ensuite, pour peu que le film ait été mal reçu par la presse à Cannes, cela le plombait.

Généralement, désormais, les films cannois sortent entre la mi-août et le début de l'hiver. Il y a plusieurs avantages. La presse peut revoir à la hausse son évaluation du film avec le temps. En sortant plus tard, il revient à la mémoire des professionnels quand il s'agit de voter pour les césar, Oscars & co. Cela permet aussi d'installer une attente sur certains films, notamment quand ils figurent au palmarès. Enfin, il y a plus de spectateurs adeptes de films art et essai en octobre et décembre dans les cinémas qu'entre mai et juillet, où les productions hollywoodiennes dominent les écrans.

La moindre des choses seraient au moins d'attendre la fin du festival et un éventuel prix au palmarès. On sent bien que Cannes ne sert que de vitrine promotionnelle. Le Festival a déjà pris des mesures en 2018 pour qu'un film Netflix ne soit pas en compétition sans la possibilité d'une sortie en salles en France (ce qui laisse une porte ouverte à une sélection de prestige hors-compétition...). Il faudrait aussi contraindre les films en compétition à ne pas sortir durant le Festival. Chiche ?

Cannes 2017 : The Meyerowitz Stories rafle la Palm Dog

Posté par wyzman, le 26 mai 2017

A quelques heures de la fin de ce 70e festival de Cannes, le jury de la Palm Dog vient de décerner le premier prix à Bruno, le grand caniche blanc de The Meyerowitz Stories, la comédie dramatique de Noah Baumbach achetée par Netflix.

Reconnaissons cette année, que le choix canin n'était pas facile: il y avait peu de films avec des chiens.

Pour rappel, la Palme Dog est un prix d'interprétation parodique remise au meilleur des films présents en sélection officielle (en compétition, hors compétition et Un certain regard). Le chien récompensé peut être animé ou en live-action. L'an dernier, c'est Nellie de Paterson de Jim Jarmusch qui avait raflé la mise.

Daily Cannes: Netflix, Tilda, incident technique et polémiques

Posté par cynthia, le 19 mai 2017

Troisième jour sur la croisette, et alors que le week-end pointe son nez et que le soleil s'installe, Cannes continue de briller.

Le film événement de la journée est Okja de Bong Joon-Ho avec Tilda Swinton, Paul Dano, Lily Collins, Shirley Henderson et Jake Gyllenhaal entre autres. Produit par Netflix, le film du réalisateur de Snowpiercer a fait couler beaucoup d'encre sur la croisette. Tout d'abord, le film s'est fait huer tel un boucher sur un marché végétarien, non pas à cause de son contenu (le film est juste magnifique) mais à cause d'un gros souci technique pendant la projection de presse! Le Festival a du s'excuser. C'était la deuxième fois en deux jours que la séance du matin commençait avec beaucoup de retard (la veille, la lenteur de la sécurité avait contraint les organisateurs à projeter le film avec 15 minutes de retard). Pour rappel, le géant Netflix refuse de sortir le film en salle et prévoit de le mettre à la disposition des abonnés dès le 28 juin. ce qui provoque depuis un mois une polémique à la française.

La Conférence de presse du jour: Okja de Bong Joon-ho

"Nous ne sommes pas là pour remporter des prix!" s'est écriée Tilda Swinton lors de la conférence de presse. L'actrice et coproductrice du film s'est empressée de défendre la politique de Netflix, suivie par le reste de l'équipe.
"À Cannes, il y a de la place pour tout le monde!": Tilda Swinton annonce la couleur. Face à la polémique autour de Netflix, la conférence de presse était tournée sur le fait que vous verrez ce film sur vos petits écrans et pas sur les grands.

Un journaliste a démarré sur les chapeaux de roues en demandant quelles liberté la plateforme américaine avait laissé au réalisateur sud-coréen (et bim, let's go!). "Ils m'ont soutenu, c'était un budget très important et j'ai eu une liberté totale […] je pouvais mettre autant de sang que je voulais!"

Concernant le discours du président du jury, aka Almodovar, le réalisateur du controversé (malgré lui) Okja explique sa joie de savoir que Pedro Almodovar voit son film: "Je suis un très grand fan de son œuvre. Alors le fait qu'il parle de Okja, que ce soit en bien ou en mal, je suis très honoré!" Bong Joon-Ho a ajouté sur cette fameuse polémique que "Netflix a ses propres règles et que dès le début dans les négociations [...]" le réalisateur "a voulu qu'il soit présenté sur grand écran en Corée du Sud et également dans quelques pays et je remercie cette flexibilité de Netflix ainsi que le festival de Cannes d'accepter de montrer ce long-métrage."

La grande Tilda a ajouté qu'il 'y a "plein de films très beaux, très réussis qui ne sont jamais vus en salle, des milliers de productions projetées à Cannes, qui ne sont jamais vues sur un grand écran." Elle a ajouté que "Netflix a donné à Bong Joon-Ho la possibilité de faire en sorte que sa vision devienne réalité!".

Le focus du jour : Tilda Swinton

Du haut de son 1m79, cette actrice, productrice, artiste et ex-mannequin britannique a fait chavirer la croisette une nouvelle fois (elle faisait même partie du jury en 2015) ce vendredi soir. Elle a enflammé la Croisette. Loin des bimbos hollywoodiennes, Swinton a cette capacité qu'ont les grandes du septième art (Cate Blanchett ou Glenn Close) à se métamorphoser mentalement et physiquement pour un rôle. Véritable caméléon, Tilda excelle dans les rôles de bad woman, qu'on adore détester!! C'est en Cruella, dans un double-rôle, qu'elle épate dans Okja.

Le tweet du jour

Nous le devons à Films de lover qui nous rassure avec les supers films (sarcasme) qui nous attendent en salles le jour où les abonnés Netflix découvriront Okja. #OnRigole

Daily Cannes: des enfants, pas de snap, du langage des signes et Michelle

Posté par cynthia, le 18 mai 2017

Comme chaque jour petit tour d'horizon cannois avec la conférence de presse du jour, le focus célébrité et le tweet qui fallait voir.

En ce 18 mai c'est une spéciale Wonderstruck de Todd Haynes. Au vu du standing ovation de fin de séance, ce film sur l'enfance et la surdité n'a pas fini de faire parler de lui. Décrit comme une douce rêverie, Todd Haynes a plongé le spectateur dans un songe sonore puissant et prenant, selon certains avis, ou a ennuyé selon d'autres.

La Conférence de presse du jour: Wonderstruck de Todd Haynes.

La conférence s'est déroulée en plusieurs langues, dont celle des signes, grâce à la toute jeune actrice Millicent Simmonds, malentendante. La beauté du moment a été la réponse en anglais et signée de son camarade le jeune Jaden Michael (qui incarne l'ami du jeune héros Ben) afin que la jeune fille comprenne: on a adoré. Autre love moment, lorsque nous avons aperçu Brian Selznick, le scénariste et écrivain de Wonderstruck e( de Hugo Cabret): classe et sexy, il a prouvé en quelques battements de cils que l'on peut être fondu d'écriture et être un sex appeal sur pattes (il n'y a qu'à nous voir, nous à écran noir, on est tous sexy et accro à l'écriture).

Adapté de son propre bouquin, Wonderstuck a été directement proposé à Todd Haynes qui n'a pas hésité à faire fonctionner son âme d'enfant car "tout à avoir avec l'imagination, la complexité des enfants...on a tout à apprendre des enfants!"
Oui le réalisateur de Carol a précisé que Wonderstruck était bien un hymne à nos jolis morveux qui méritent d'être observés et côtoyés plus souvent, comme aime le dire également l'actrice Michelle Williams: "J'aime travailler avec les enfants et pour les enfants."
Le jeune héros (à croquer) Jaden Michael confie qu'il ne fait pas partie de la génération actuelle, celle des fondues de snapchat ("je n'ai pas Snapchat"), des écrans et autres machines briseuses d'imagination: "plus jeune, je jouais avec des boîtes de conserve vides, j'espère que ce film va donner envie aux enfants de jouer avec des boîtes de conserve vides ou des Lego plutôt que faire des choses trop compliquées et sophistiquées" (petit clin d’œil à la génération 2.0).

Le film est produit par Amazon, et qui dit plateforme internet, dit Netflix, torchon brûlant du moment. Forcément la polémique est tombée et la réponse du réalisateur a fusé: "Amazon n'a rien à voir avec ce débat. Ils cherchent à donner des nouvelles opportunités aux réalisateurs de films d'art et d'essai, ce sont des gens qui aiment vraiment le cinéma. Après c'est toujours mieux de voir quelque chose sur grand écran et nous nous orientons dans cette direction."

Du coup, je lance un appel personnel à Netflix. Oh plateforme tentatrice et diffuseur de séries merveilleuses et de films grandioses, ne déconnez pas et sortez vos films en salles!

Focus du jour : Michelle Williams

Ex-blondinette de Dawson, interprète de Marilyn Monroe (rien que ça), nommée aux Oscars et j'en passe, Michelle Williams a honoré la croisette de ses douces mirettes et gambettes, alors qu'elle n'a qu'un rôle furtif dans le film de Haynes.
Ce n'est pas la première fois que la belle monte les marches, puisque, déjà, en 2010, elle était aux côtés de Ryan Gosling pour Blue Valentine de Derek Cianfrance. Et si Michelle Williams n'est pas une grande habituée du Palais, il n'empêche que nous n'avions d'yeux que pour elle lors de la présentation de Wonderstruck. Quelque chose nous dit qu'elle reviendra...peut-être dans le jury comme Jessica Chastain?

Le tweet du jour

Ce tweet nous le devons à mon confrère Wyzman, qui a entendu la chose la plus what the fuck qui soit!

Comme quoi au festival il faut savoir garder les yeux mais surtout les oreilles grandes ouvertes!

Daily Cannes: Sécurité, Marion, Monica, Pedro et un tweet

Posté par cynthia, le 17 mai 2017

Des caméras partout, un système de sécurité renforcé, Cannes est non seulement sous le signe du soleil mais aussi sous le signe de la protection cette année. 10 mois après les attentats de Nice, la ville aux mille étoiles a fortement investi dans sa protection afin d’accueillir comme il se doit les célébrités et autres fans présents tous les ans sur la croisette.

Cette 70e édition du festival démarre sous surveillance et sous le signe du glamour avec Monica Bellucci qui préside les festivités en tant que maîtresse de cérémonie et l'équipe du nouvel Arnaud Desplechin qui illumine le premier tapis rouge.

La conférence de presse du jour: Les fantômes d' Ismaël d'Arnaud Desplechin.

L'équipe du film a illuminé le photocall et la conférence de presse. Si Marion brille, Charlotte Gainsbourg nous a scotchés dans sa tenue sublime mais "casual" ou comment l'actrice/chanteuse a su allier le naturel à la croisette. La star, c'est évidemment Marion Cotillard, qui, bonne joueuse est également admirative de Charlotte Gainsbourg. "Les actrices de ma génération sont toutes sous le charme de Charlotte Gainsbourg".
Côté boulot, l'ancienne Môme affirme ne pas avoir de méthode de travail et qu'elle a su interpréter son personnage en ayant appris sa respiration. Un peu psychédélique comme réponse. Connaître le corps pour pénétrer l'âme, jolie formule.
Lors de cette conférence, la question "femme" a été abordée: "J'ai rencontré plus d'hommes que de femmes dans ma carrière... J'aimerais bien que ça change d'ailleurs (rires) même si j'ai tourné avec des acteurs merveilleux, j'aimerais beaucoup tourner avec plus de femmes".

Focus: Marion Cotillard et Monica Bellucci

L'une est italienne, l'autre est française, chacune n'est plus à présenter et connaît Cannes par cœur. Ces deux brunettes arpentent la Croisette avec glamour depuis longtemps: Monica huit fois, Marion sept. Les deux actrices font limite parties du décor.
Maîtresse de cérémonie pour la seconde fois, Monica Bellucci confie à la télévision française que cette année nous allons beaucoup parler de femmes grâce aux 12 réalisatrices en sélection officielle en ajoutant que le réalisateur Almodovar, président du jury est "un amoureux des femmes". Vous l'aurez compris, la femme est à l'honneur cette année (et tant mieux).
L'actrice italienne confie même son attachement en tant que professionnelle à Cannes: "Mon parcours cinématographique ne serait pas le même sans Cannes."
Côté Cotillard: elle confie la pression qu'elle ressent à chaque fois qu'elle monte les marches: "J'ai trouvé mes marques dans l'exercice du red carpet comme on l'appelle, mais à Cannes c'est particulier...à chaque fois j'ai le trac."

Deux films en moins pour la Palme d'or?

"Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d'or ou un autre prix à un film ne puisse pas être vu en salles" a déclaré Pedro Almodovar lors de la conférence de presse du jury, pointant du doigt The Meyerowitz Stories de l'Américain Noah Baumbach et Okja du Sud-Coréen Bong Joon-Ho, tous deux en compétition et qui ne sont prévus que pour une diffusion sur Netflix. Le cinéaste a ajouté: "Tout ça ne signifie pas que je ne suis pas ouvert aux nouvelles technologies ou à tout ce que ces technologies nous apportent". "A mon sens, ce qui est déterminant lorsqu'on voit un film pour la première fois, c'est la taille de l'écran: la taille ne devrait pas être plus petite que la chaise sur laquelle vous êtes assis. Il faut vraiment avoir le sentiment d'être humble et petit par rapport au grand écran". Il épaissit la couche en précisant:"La seule solution est que les nouvelles plateformes acceptent les règles en place (...) et notamment aussi toutes les règles financières ou fiscales".

L'instant tweet

Parce que sur Twitter on trouve des perles rares, on a décidé en ce 70e festival de Cannes de vous faire partager un tweet pertinent, drôle (ou les deux) par jour.

Aujourd'hui c'est @CliveTwo qui mélange politique et cinéma en taclant Manuel Walls et son extrême dévotion à vouloir être partout.

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