Edito: Netflix, le réveil de la force

Posté par redaction, le 8 juin 2017

Il est évident que Netflix transforme le paysage cinématographique. On peut se désoler de voir que de grands cinéastes et de bons films ne soient jamais diffusés en salles. Mais après tout, cela fait longtemps que la télévision a attiré les Scorsese, Spielberg et autres Soderbergh pour produire/réaliser des séries. Et n'oublions pas le pionnier, Hitchcock. A Cannes, le débat a envahit la Croisette, au point, parfois, d'en oublier la qualité des films sélectionnés.

Est-ce si révolutionnaire que de vouloir produire des films exclusifs pour fidéliser ses abonnés et en attirer de nouveaux? HBO l'a déjà fait. Canal +, de par sa convention avec l'Etat, s'arroge le droit d'être la première fenêtre de diffusion après le passage en salles et en location vidéo. C'est de bonne guerre. Ce qui choquerait avec Netflix, c'est l'impossibilité de voir Okja, War Machine ou The Meyerowitz Stories au cinéma.  Bizarrement, on ne se pose pas la question pour toutes les séries B qui débarquent directement en vidéo à la demande (e-cinéma, c'est plus chic), sans passer par la case salles. Ces films en e-cinéma ont le droit à des projections presse. Netflix fera sans doute de même prochainement, afin d'accentuer la visibilité de ses productions "starisées".

Le débat autour de la diffusion n'est pas que français et l'intérêt pour Netflix n'est pas réservé qu'aux professionnels américains.

Ainsi, hier, Naomi Kawase s'est dite prête à travailler avec Netflix: "Si une firme comme Netflix ou toute autre société de production étrangère a des moyens pour travailler avec une réalisatrice qui a acquis une réputation internationale, ce peut être une façon pour moi d'exprimer librement ce que je veux", ajoutant qu'elle ne regretterait pas "une telle occasion" qui est, selon elle "plutôt comme un défi à relever". Pour les auteurs, les plateformes de SVàD sont une véritable aubaine alors que le marché art et essai se contracte en nombre de spectateurs dans le monde entier et que les financements sont de plus en plus difficiles à trouver pour des scénarios originaux.

La réalisatrice japonaise a commencé à réfléchir à cette possibilité quand son confrère sud-coréen Bong Joon-ho, dont Okja, en compétition à Cannes et financé par Netflix (50M$), s'est réjoui de la liberté créative qu'il a eu. "Il dit que Netflix lui donne tout l'argent dont il a besoin et n'intervient pas", explique Kawase, rappelant que le cinéma d'auteur japonais est plus que fragile et focalisé sur les productions populaires, souvent adaptées de mangas, romans ou séries TV. Hirokazu Kore-eda ne dit pas autre chose: "Plus de réalisateurs vont à l'avenir vouloir travailler avec Netflix ou Amazon. S'il reste comme il est, tout le secteur va couler." Plutôt que de constater le déclin du cinéma d'auteur japonais, les cinéastes se tournent vers l'étranger pour financer leurs œuvres.

De l'autre coté de la mer du Japon, le cinéma est florissant en Corée du sud. Il sait se protéger, se financer, s'exporter. En Corée du sud (mais aussi aux Etats-Unis et au Royaume Uni), Okja bénéficie même d'une exception: le droit d'être sorti en salles. Mais, comme pour la France, les professionnels ont décidé de se rebeller contre Netflix, producteur et diffuseur du film. Une grande chaîne sud-coréenne de salles de cinéma, CGV, premier réseau du pays avec 1000 écrans, a annoncé qu'elle ne diffuserait pas ce film très attendu si Netflix le mettait en ligne simultanément sur sa plateforme. Il y a deux ans, la suite de Tigre et Dragon avait suscité la même réaction de la part des circuits américains, qui avaient boycotté le film.

Le problème Netflix est ailleurs

Dans l'histoire, ce sont les spectateurs qui sont pris en otage: soit ils ne peuvent pas voir le film en salles, soit ils sont contraints de s'abonner à la plateforme. Cela peut faire le beau jeu des pirates. Toujours est-il qu'il va falloir rapidement revoir la chronologie des médias. Après tout, en tant que producteur, Netflix a le droit de choisir sa stratégie de distribution, quitte à exclure définitivement la salle de cinéma dans un premier temps (le cinéma serait alors une sorte de deuxième fenêtre, après le streaming exclusif). Pour le cinéphile comme le cinéaste, le "produit" reste un film de cinéma. Qu'on le voit chez soi, en salle, dans un festival ou à bord d'un avion, ça ne change pas grand chose, hormis la sensation, le plaisir que l'on peut éprouver selon le lieu (sous la couette, avec un public, avec les artistes, ou pour combler l'ennui).

Mais avant de se focaliser sur ce combat multi-supports (que les médias ont depuis longtemps intégré), peut-être faut-il mieux se concentrer sur le vrai problème qu'induit la force des plateformes de type Netflix. Il serait beaucoup plus judicieux d'obliger ces géants américains à payer leurs impôts dans le pays où ils sont diffusés, en fonction du chiffre d'affaires dégagé par leurs abonnements locaux. Car ce n'est pas tant le modèle économique d'un Netflix qui pose problème (en effet, s'ils investissent dans des films, on ne peut être que ravis). Mais c'est bien le contournement des règles fiscales et la distorsion de concurrence par rapport aux producteurs-diffuseurs nationaux qui pénaliseront à terme l'industrie cinématographique de pays comme la France, la Corée du sud ou l'Argentine, dont les éco-systèmes ont permis depuis des années de résister à l'hégémonie culturelle américaine.

Ce n'est pas simplement défendre notre exception culturelle que de réclamer des droits et des devoirs à un géant transnational au-dessus des Lois, mais il s'agit bien de protéger notre modèle culturel, qui passe par une solidarité fiscale. Canal + a l'obligation de financer des productions françaises. Pour toucher des aides du CNC, il faut être installé en France. Il n'y a aucune raison que Netflix profite du marché français sans contreparties bénéficiant à tout le secteur.

Cannes 2017: Naomi Kawase récompensée

Posté par vincy, le 27 mai 2017

Le jury œcuménique a attribué son prix à un film de la compétition officielle. Vers la lumière (Hikari), de Naomi Kawase succède ainsi à Juste la fin du monde de Xavier Dolan.

Le film sortira en France le 20 septembre 2017. Il raconte l'histoire d'une jeune femme hanté par la mort de son père et la maladie de sa mère. Traductrice de films pour les malvoyants et non voyants, elle fait la rencontre d'un photographe renommé qui perd progressivement la vue.

Le prix du jury œcuménique est décernée par un jury indépendant lors du festival de Cannes depuis 1974. Cette année, aucun autre film n'a été distingué, même par une mention.

Le jury œcuménique du festival de Cannes était présidé cette année par Denyse Muller, ancienne pasteure de l’Église réformée, aujourd’hui présidente d’Iinterfilm France et composé de Gaëlle Courtens (Italie), Andreas Engelschalk (Allemagne), Jos Horemans (Belgique), Benjamin Lorenzo Sanchez (Espagne) et Valérie de Marnhac (France).

Cannes 2017 – Télex du marché: Omar Sy, les frères Safdie, Alex Lutz, Naomi Kawase, Sophie Marceau et Pierre Richard

Posté par vincy, le 26 mai 2017

- Omar Sy va être la star du premier film d’Antonin Baudry, coauteur de la bande dessinée Quai d'Orsay et éphémère président de l'Institut français, Champ du loup. A ses côtés, on retrouvera Reda Kateb et Mathieu Kassovitz. Le film se déroule dans le milieu des sous-marins nucléaires français. Le projet est annoncé comme spectaculaire et ambitieux. Il sera soutenu par le Ministère des Armées, qui y voit là un moyen de se promouvoir. Le film, gros budget de 15M€, se tournera à partir de fin juillet à Brest, Toulon et Paris.

- Les frères Safdie viennent à peine de présenter leur dernier film, Good Time, en compétition, qu'ils sont déjà sur leur nouveau projet, un thriller intitulé Uncut Gems. Jonah Hill sera la star de ce film produit par Scott Rudin et Martin Scorsese, entre autres. Le film se déroulera dans le quartier des diamantaires de New York.

- Le procès d’Oscar Wilde se tournera à partir de la fin août en Belgique. Le film sera réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe, connu pour plusieurs films de télévision, qui a coécrit le scénario avec l'écrivain Philippe Besson. Alex Lutz quittera ses habits de Catherine et Liliane pour être le célèbre auteur. Charles Berling interprétera l’avocat de l’accusation, Grégory Gadebois, son avocat, Raphaël Personnaz son meilleur ami, et Mathieu Spinosi (Les Souvenirs) jouera son amant, Bosie. L'histoire reprend le procès d'Oscar Wilde, d'abord accusant le père de son amant, Lord Queensberry, de diffamation, pour finalement devenir l'accusé, pour son homosexualité.

- Naomi Kawase, en compétition avec Vers la lumière, travaille déjà sur son nouveau projet. Sans titre, le film évoquera le problème démographique qui touche le Japon, entre les femmes qui n'arrivent pas à tomber enceintes et la forte croissance des cliniques où l'on propose des cures de fertilité. La cinéaste veut ainsi explorer les racines de l'existence himaine, avec des femmes qui ont des enfants non voulus et celles qui ne peuvent pas en avoir.

- Sophie Marceau est de retour derrière la caméra, pour la troisième fois, dix ans après son dernier film en tant que réalisatrice, La disparue de Deauville. Cette fois-ci, elle veut faire une comédie, avec Mrs Mills. Le titre porte le nom d'une vieille Américaine excentrique qui s'installe en face de chez Hélène, éditrice de romans d'amour, solitaire et trop bosseuse, dont elle va bousculer l'existence. Hélène sera incarnée par Sophie Marceau. Mrs Mills sera interprété par... Pierre Richard! Le tournage débute cette semaine et s'achèvera fin juillet à Shanghai.

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Cannes 2017: Qui est Masatoshi Nagase ?

Posté par vincy, le 23 mai 2017

Il y a un an, Masatoshi Nagase arrivait dans l'un des derniers plans de Paterson, de Jim Jarmusch, comme par surprise. Il jouait le touriste japonais, consolant Adam Driver de la perte de ses poèmes. Ils sont assis sur un banc, devisent sur la vie, la poésie. L'une des plus belles et des plus drôles séquences de l'année. Masatochi Nagase, 51 ans, est un acteur japonais a priori discret. Dix ans après avoir commencé à tourner, les Oscars japonais le voyaient encore comme un "espoir". C'est Jim Jarmusch qui l' a vraiment révélé. En 1989. Il apparaît dans Mystery Train, déjà en sélection à Cannes, dans le premier segment, "Far From Yokohama". Un ado japonais, en couple, qui fait un pèlerinage à Memphis, sur les pas d'Elvis. Clope en bouche, visage grimé par du rouge à lèvre, il est même sur le poster de ce film culte.

Deux ans plus tard, il est consacré avec deux "Oscars" japonais (second-rôle masculin et espoir) pour trois films My sons (Musuko) de Yôji Yamada (récompensé comme meilleur film de l'année au passage dans son pays), Mo no shigoto de Takumi Kimizuka et Asian Beat: I Love Nippon de Daisuke Tengan. A partir de là, après une première décennie calme, les rôles vont s'enchaîner. Autumn Moon de Clara Law reçoit d'ailleurs le Léopard d'or à Locarno. Sa jeunesse, son physique avenant mais pas quelconque, son élégance innée qui s'amuse avec des coupes de cheveux hérissés ou désordonnés, son tempérament punk (il était chanteur rock du groupe MACH 1.67) et son talent indéniable le conduisent à jouer dans des films aussi différents que le mélo Original Sin de Takashi Ishii, le thriller The Most Terrible Time in my life de Kaizô Hayashi, l'étrange et décalé Cold Fever de l'islandais Fridrik Thor Fridriksson, le polar The Stairway to the Distant Past de Kaizô Hayashi...

Il continue ainsi ses voyages singuliers, passant de Hal Hartley (Flirt, 1995) à Yoji Yamada (Gakko II, 1996, 12 fois nommé aux Oscars nippons), de Macoto Tezuka (Hakutchi, l'idiote, 1999) à Isao Yukisada (Tojiru hi, 2000). Comédie ou fresque historique, films indépendants ou grosses séries B, second rôle ou personnage principal, Masatoshi Nagase n'a aucun fil conducteur. Il est juste prolifique. Certains de ses films font le voyage jusqu'en Europe, dans les festivals de San Sebastian, Turin, Thessalonique, ... Mais les années 2000 semblent quand même plus compliquées pour lui: il vieillit, les projets sont moins bons, il accepte beaucoup de films de genre, adaptations de manga ou productions pour teenagers. Ce qui ne l'empêche pas de faire de la photo (le temps qui passe, des portraits, des paysages) et d'être ainsi exposé dans les grandes villes asiatiques. Il y a bien quelques exceptions, comme des fulgurances qui rayonnent sur sa filmo.

Ainsi, Yoji Yamada, toujours, lui permet de revenir au devant de la scène avec La servante et le samouraï (2004), en compétition à Berlin. Pour la première fois, il est nommé comme meilleur acteur aux Oscars japonais. En 2007, Funuke Show Some Love, You Losers!, chronique familiale endeuillée de Daihachi Yoshida est à la Semaine de la Critique. Il remporte aussi le prix du meilleur second rôle masculin au Festival de Yokohama.

C'est l'approche de la cinquantaine qui lui offre de quoi rebondir. En 2014, dans un film taïwanais, Kano, prix de la critique et prix du public aux Golden Horse Awards (et pour lui une nomination comme meilleur acteur). L'an dernier, il était à l'affiche du diptyque Rokuyon de Takahisa Zeze , plusieurs fois nommés aux Oscars japonais, et de Happiness du réalisateur SABU.

Mais c'est en 2015 qu'il s'est rappelé à nous avec Les délices de Tokyo de Naomi Kawase. Le voici fabriquant de beignets de haricots rouges dans le premier film "mainstream" de la cinéaste japonaise. Sélectionné à Un certain regard à Cannes, le film lui permet surtout d'obtenir le prix du meilleur acteur au Festival de Yokohama. Et c'est avec Kawase qu'il arrive en Cannes en compétition cette année. Dans Radiance (Hikari), il apparaît vulnérable et égaré, dans une histoire qui confronte un homme qui passe à côté de la vie à force de l'observer et une jeune femme qui sait profiter du présent. De Jarmusch à Kawase, il semble aimer ces hommes en perdition, où l'absolu leur fait perdre l'esprit... Enfin dans la lumière, Masatoshi Nagase?

Cannes 70 : Caméra d’or, l’avoir… ou pas

Posté par cannes70, le 12 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-67.


En février dernier, la réalisatrice et scénariste hongroise Ildikó Enyedi obtenait l'Ours d'or à Berlin pour son cinquième long-métrage, On Body and Soul. Il y a presque trente ans, en 1989, elle recevait la caméra d'or des mains de Raf Vallone lors du 42e festival de Cannes, pour son premier film  Mon XXe siècle. Entre les deux récompenses, elle a présenté deux films à Venise, un à Locarno, et a notamment été membre du jury au festival de Berlin. Elle a également connu une longue traversée du désert (elle n'avait pas tourné pour le cinéma depuis 1999) avant ce retour triomphal.

Un destin étonnant, dont on a eu envie de se demander s'il est singulier dans l'histoire de la Caméra d'or, ou au contraire plutôt exemplaire. Que deviennent en effet ces cinéastes distingués dès leurs premiers pas dans le long métrage et dont on pourrait dire que les meilleures fées (qui ont pour noms Michel Deville, Abbas Kiarostami, Agnès Varda ou encore Wim Wenders) se sont penchées sur leur berceau ?

Un prix de cinéphiles


C'est Gilles Jacob qui a l'idée, en 1978, de créer un prix pour distinguer le meilleur premier film toutes sélections confondues (y compris Cannes Classic et, jusqu'à sa suppression, la section Perspective du cinéma français). Au départ, ce sont les critiques présents qui votent, puis à partir de 1983, un  jury spécifique est constitué, en majorité de journalistes, de critiques et de "cinéphiles". Il se dote en 1987 d'un président du jury (c'est le compositeur Maurice le Roux qui inaugure la fonction) et se professionnalise peu à peu (la dernière mention d'un juré "cinéphile" remonte à 2005).

Dès le départ, il y a derrière cette récompense symbolique la volonté de rappeler que Cannes ne peut pas seulement être le lieu du couronnement et de la validation, mais doit également chercher à être celui de la découverte et du renouveau. C'est dans cette optique qu'est créée cette même année la section Un Certain regard  (destinée à l'origine à promouvoir des œuvres singulières et des auteurs en devenir), puis en 1998 la Cinéfondation qui invite des films d'école.

Ceux qui l'ont eue... et les autres


Près de 40 ans après la remise de la première Caméra d'or (pour Alambrista ! de Robert Malcom Young), on a largement le recul nécessaire pour constater que les différents jurys ont parfois révélé des cinéastes devenus incontournables, mais aussi que certains lauréats auront été les hommes (ou les femmes - elles ont réalisé ou coréalisé 14 longs métrages récompensés sur les 40) d'un seul film. Sans doute parce qu'une Caméra d'or, comme la plupart des prix couronnant des premières œuvres, est toujours en partie un pari sur l'avenir. Il y a finalement peu de réalisateurs, aujourd'hui habitués cannois, qui aient remporté cette récompense : ni Wong Kar wai sélectionné en 1989 pour As tears go by, ni Jacques Audiard (Regarde les hommes tomber en 1994), ni Quentin Tarantino (Reservoir dogs en 1992), ni Xavier Dolan (J'ai tué ma mère en 2009), ni même Steven Soderbergh (Sexe, mensonges et video en 1989) qui, lui, a eu directement la palme d'or... excusez du peu !

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683 nouveaux électeurs aux Oscars, et pas mal de francophones….

Posté par vincy, le 1 juillet 2016

La polémique #OscarsSoWhite avait amené l'Académie à vouloir faire sa révolution jusqu'en 2020 pour modifier son collège de votants. Trop d'hommes, trop de blancs, trop de vieux. Chaque mois de juin, l'Académie propose donc à de nouveaux talents - de l'attaché de presse au cadre du studio en passant par les comédiens, cinéastes etc...- de pouvoir voter dès la prochaine fournée. Cette année, chose promise, chose due, 46% des nouveaux membres sont des femmes (ce qui fait une progression totale de deux points) et 41% ne sont pas WASP (+3 points au total). On est encore loin d'un panel paritaire et multiethnique mais ça progresse.

Dolan, Paredes, Watson, Kawase, Loach, et de nombreuses réalisatrices françaises...

A total, l'Académie des Oscars a convié 683 nouvelles personnalités. C'est 39 invités de moins qu'en 2015 mais 12 de plus qu'en 2014. Et parmi elles, pas mal de réalisatrices françaises, des comédiennes almodovariennes, des cinéastes asiatiques, etc... : John Boyega, le plus jeune membre désormais, Idris Elba, Brie Larson, Kate Beckinsale, Ryan Coogler, Michael B. Jordan, Emma Watson, Greta Gerwig, Carla Gugino, Rachel McAdams, Tom Hiddleston, Patti LuPone, Marlon Wayans, Alicia Vikander, Mark Rylance, Bruce Greenwood, Dennis Haysbert, Byung-Hun Lee, Eva Mendes, Tatsuya Nakadai, Marisa Paredes, Cecilia Roth (acteurs/actrices) ; Jeanne Lapoirie (image), Marie-Hélène Dozo (montage), Olivier Bériot, Madeline Fontaine, Pierre-Yves Gayraud (costumes) ; Lenny Abrahmson, Ramin Bahrani, Catherine Breillat, Clément Calvet, Nuri Bilge Ceylan, Souleymane Cissé, Isabel Coixet, Xavier Dolan, Denise Gamze Ergüven, Ari Folman, Anne Fontaine, Nicole Garcia, Mia Hansen-Love, Hou Hsiao-hsien, Naomi Kawase, Abdelattif Kechiche, Abbas Kiarostami, Kiyoshi Kurosawa, Ken Loach, Nicolas Marlet, Lucrecia Martel, Adam McKay, Ursula Meier, Cristian Mungiu, Laszlo Nemes, Euzhan Palcy, Park Chan-wook, Lynne Ramsay, Lucia Puenzo, Nicolas Winding Refn, Patricia Rozema, Marjane Satrapi, Margarethe von Trotta, Apitchapong Weerasethakul, les soeurs Wachowski ; Mary J. Blige, Sia Furler, Will.I.Am (musique). Etrangement Jia Zhang-ke entre dans le collège des scénaristes, tout comme Hirokazu Koreeda, Yorgos Lanthimos, Mia Hansen-Love et Naomi Kawase (en plus de la casquette de réalisatrice, tout comme Mungiu, Park Chan-wook côté réalisateur), Miranda July, Tina Fey, Lee Chang-dong, Carlos Reygadas, Phyllis Nagy, Clara Royer et Alice Winocour.

Comme on le voit, ils ont pioché dans le gratin du cinéma mondial, et notamment dans les palmarès des grands festivals: on retrouve pas mal d'habitués du Festival de Cannes dans la liste. 41% des nouveaux votants sont étrangers, provenant de 59 pays.

Désormais le collège d'électeurs va de 24 à 91 ans. Encore, faut-il qu'ils votent pour que les nominations soient plus diversifiées. Mais c'est un pas dans la bonne direction vers une représentativité du cinéma mondial.

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Cannes 2016: les jurys d’Un certain regard, des Courts-métrages et de la Cinéfondation et de la Caméra d’or

Posté par vincy, le 28 avril 2016

marthe keller amnesia

Des femmes au pouvoir au 69e Festival de Cannes. Les trois jurys d'Un Certain regard, de la sélection des Courts-métrages et de la Cinéfondation et de la Caméra d'or (qui concerne les premiers films de toutes les sélections) seront présidés par Marthe Keller, Naomi Kawase (lire notre actualité du 15 mars dernier et Catherine Corsini.

Un Certain Regard
Présidente Marthe KELLER, actrice (Suisse)
Céline SALLETTE, actrice (France)
Ruben ÖSTLUND, réalisateur (Suède)
Diego LUNA, acteur, réalisateur, producteur (Mexique)

Le Jury Un Certain Regard décernera ses prix parmi les 18 films en compétition lors de la cérémonie de Clôture le samedi 21 mai.

Courts métrages et Cinéfondation
Présidente Naomi KAWASE, réalisatrice & écrivain (Japon)
Marie-Josée CROZE, actrice (Canada, France)
Jean-Marie LARRIEU, réalisateur & scénariste (France)
Radu MUNTEAN, réalisateur & scénariste (Roumanie)
Santiago LOZA, réalisateur & auteur dramatique & écrivain (Argentine)

Le Jury aura à décerner trois prix parmi les 18 films d’étudiants d’écoles de cinéma présentés dans la Sélection Cinéfondation. Les Prix de la Cinéfondation seront annoncés par le Jury, vendredi 20 mai, lors d’une cérémonie Salle Buñuel qui sera suivie de la projection des films primés. Ce même jury devra également désigner la Palme d’or du Court métrage parmi les 10 films sélectionnés en Compétition. La Palme du Court sera remise lors de la cérémonie de Clôture du Festival de Cannes le dimanche 22 mai.

Caméra d’or
PrésidenteCatherine CORSINI (réalisatrice, Société des Réalisateurs de Films - SRF)
Jean-Christophe BERJON (Syndicat Français de la Critique de Cinéma - SFCC)
Alexander RODNYANSKY (personnalité invitée – Producteur, Russie)
Isabelle FRILLEY (Fédération des Industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia - FICAM)
Jean-Marie DREUJOU (Association Française des directeurs de la photographie Cinématographique - AFC)

La Caméra d’or rassemble les premiers films issus de la Sélection officielle, de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des réalisateurs. Elle sera remise lors de la soirée de Clôture du Festival de Cannes le dimanche 22 mai.

Cannes 2016 : 10 courts métrages et 18 films d’école en compétition

Posté par MpM, le 13 avril 2016

cinefondation et courts métrages 2016

Courts métrages

Comme chaque année, c'est la compétition officielle de courts métrages qui lance la grande semaine d'annonce des sélections cannoises. Tandis que l'on attend la conférence de presse qui dévoilera ce jeudi les noms des concurrents 2016 pour la Palme d'or et les films sélectionnés en section Un certain regard, avant l'annonce de la Semaine de la Critique lundi 18 et celle de la Quinzaine des Réalisateurs mardi 19, on connaît désormais les dix films qui concourront pour la palme d'or du court métrage.

Choisis parmi les 5008 œuvres reçues par le comité de sélection (ce qui représente 458 films de plus qu'en 2015), ceux-ci viennent majoritairement d’Europe et d'Amérique centrale et du Sud, avec un représentant pour l’Asie et un pour l’Afrique. C'est la réalisatrice japonaise Naomi Kawase qui présidera le jury chargé de les départager. On connaîtra le 22 mai prochain le nom de celui qui succédera à Waves'98 de Ely Dagher.

La laine sur le dos de Lofti Achour (Tunisie)
Dreamlands de Sara Dunlop (Royaume-Uni)
Timecode de Juanjo Gimenez (Espagne)
Imago de Raymund Gutierrez (Philippines)
Madre de Simon Mesa Soto (Colombie)
A moça que dançou com o diablo de João Paulo Miranda Maria (Brésil)
Après Suzanne de Félix Moati (France)
4:15 P.M. Sfarsitul Lumii de Catalin Rotaru et Gabi Virginia Sarga (Roumanie)
Il silenzio de Farnoosh Samadi Frooshan et Ali Asgari (Italie)
Fight on a swedish beach de Simon Vahlne (Suède)

Cinéfondation

La Cinéfondation a de son côté retenu dix-huit films (14 fictions et 4 animations) parmi les 2300 proposés par les écoles de cinéma. Quinze pays venus de trois continents y sont représentés, et sept films sont issus d’écoles qui participent pour la toute première fois. C'est également la première fois que des écoles de Bosnie-Herzégovine et du Venezuela voient l'un de leurs films retenu en Sélection. A noter par ailleurs que dix parmi les 18 ont été réalisés par des femmes.

Les trois Prix de la Cinéfondation seront remis par le jury présidé par Naomi Kawase lors d'une cérémonie précédant la projection des films primés le vendredi 20 mai.

In the hills de Hamid Ahmadi (Royaume-Uni)
Submarine de Mounia Akl (États-Unis)
A nyalintas nesze de Nadja Andrasev (Hongrie)
Toate Fluviile curg în mare d'Alexandru Badea (Roumanie)
Ailleurs de Mélody Boulissière (France)
Gabber lover d'Anna Cazenave Cambet (France)
The Alan dimension de Jac Clinch (Royaume-Uni)
Poubelle d'Alexandre Gilmet (Belgique)
Dobro de Marta Hernaiz Pidal (Bosnie-Herzégovine)
La culpa, probablemente de Michael Labarca (Venezuela)
Las razones del mundo d'Ernesto Martinez Bucio (Mexique)
1 kilogram de Park Young-ju (Corée du Sud)
Aram de Fereshteh Parnian (France)
Gudh de Saurav Rai (Inde)
La santa che dorme de Laura Samani (Italie)
Bei Wind und Wetter de Remo Scherrer (Suisse)
Anna de Or Sinai (Israël)
Business de Malena Vain (Argentine)

Cannes 2016: Naomi Kawase, Présidente du jury de la Cinéfondation et des Courts métrages

Posté par vincy, le 15 mars 2016

naomi kawase

La cinéaste japonaise Naomi Kawase, habituée de la Croisette, présidera cette année le jury de la Cinéfondation et des Courts métrages de la 69e édition du Festival de Cannes.

Naomi Kawase a été révélée à Cannes en 1997, à l'âge de 27 ans, en devenant la plus jeune lauréate à recevoir la Caméra d’or pour son film Suzaku (Moe No Suzaku). Shara (Sharasojyu) en 2003, La Forêt de Mogari (Mogari no Mori) en 2007 (Grand prix du jury), Hanezu l’esprit des montagnes (Hanezu no tsuki) en 2011 et le superbe Still the Water (Futatsume no mado) en 2014 ont tous été en compétition. L'an dernier, Les délice de Tokyo (AN) a été sélectionné à Un Certain Regard. Sorti en France en janvier sous la bannière Haut et Court, le film est devenu son plus grand succès en France avec 270 000 entrées. En 2013, elle avait aussi été membre du Jury des longs métrages que Naomi Kawase. En 2009, la SRF lui avait décerné un Carrosse d'or à la Quinzaine des réalisateurs.

La réalisatrice a également fondé en 2010 le Festival International du Film de Nara, dédié à la promotion de la jeune création cinématographique.

Selon le communiqué du Festival de Cannes, Naomi Kawase a déclaré : "Les films enrichissent la vie, leurs univers ouvrent des perspectives. Voilà un peu plus de 100 ans que le cinéma existe et son potentiel ne cesse de grandir. C’est un média exceptionnel pour incarner la diversité culturelle du monde et chaque histoire est une vie parallèle qui enchante le public. Les courts métrages sont des exercices particulièrement difficiles car comment transmettre une histoire en si peu de temps ? En même temps, ils offrent une myriade de possibilités inédites. Parmi les films d’étudiants que nous verrons, il y aura la découverte de pépites, et c’est ce qui me rend impatiente de prendre part à ce jury. Cela va être une belle aventure."

De son côté, Gilles Jacob, président de la Cinéfondation, a rappelé : "De ses racines nippones, Naomi Kawase a tiré son extrême délicatesse, sa courtoisie raffinée, une élégance morale. Son talent pointilliste a su diffuser une intelligence du cinéma, un art subtil fait de mystérieuse poésie et d'une grâce de la simplicité au travers des grandes émotions de la vie et des petits gestes du quotidien. Elle rejoint cette année les grands présidents du jury de la Cinéfondation et des courts, les Martin Scorsese, Abbas Kiarostami, Jane Campion, Hou Hsiao Hsien, John Boorman ou les Dardenne…"

Cannes 2015 : lettre à Naomi Kawase

Posté par MpM, le 14 mai 2015

Chère Naomi Kawase,

Vous voilà à nouveau de retour à Cannes. Après le très beau Still the water, vous nous proposez AN, une œuvre presque grand public, qui raconte l'amitié entre trois êtres solitaires : un cuisinier malheureux, une vieille dame au lourd passé et une jeune fille mal dans sa peau. Cette fois, et c'est la première, vous adaptez (à sa demande) un roman de Tetsuya Akikawa. Pourtant, ce sont bien vos thèmes et votre style que l'on retrouve à l'écran.

Avec le savoir-faire qu'on vous connaît, vous nous faites d'abord partager le quotidien de vos personnages. Image délavée, gestes banals, plans précis et quasi documentaires. Puis, peu à peu, vous laissez entrer des émotions, des couleurs et des sensations. Aux côtés de Tokue, charmante mammy de 76 ans, nous apprenons à admirer la nature et à apprécier tout ce qui est beau : la jeunesse, la liberté, l'amitié. Comme le personnage central Sentaro, nous nous laissons apprivoiser par cette femme étonnante qui parle aux haricots et se réjouit d'un rien.

Et puis, juste quand on commençait à trouver An un peu trop gentillet et simpliste, vous introduisez le sujet fort du film, celui des lois d'exclusion des lépreux votées en 1907 et seulement abrogées en 1996. A votre manière, bien sûr,  comme en passant. Et l'on est saisi par votre constance à vous intéresser presque en filigrane aux laissés pour compte du Japon.

Alors, avec un beau mélange de subtilité et d'intransigeance, vous racontez l'exclusion forcée de la société, le confinement, l'interdiction d'avoir des enfants, le rejet systématique... Pourtant votre film n'est ni un documentaire, ni un réquisitoire. Il demeure avant tout l'histoire de trois solitudes aux causes bien distinctes mais aux conséquences identiques, et non un prétexte pour faire de la pédagogie. On sent vos trois personnages exister solidement sous nos yeux, avec leurs failles et leurs faiblesses. Non seulement ils donnent corps au pan d'Histoire qu'ils incarnent, mais en plus ils sont comme un hommage aux véritables malades de la lèpre ayant subi injustices et ostracisme presque toute leur vie, ainsi qu'à toutes les victimes de discrimination, quelles qu'elles soient. En toute modestie, et à son niveau, votre film restaure ainsi une partie de leur dignité bafouée.