Aurélie Filippetti remet les insignes de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres à Nanni Moretti

Posté par vincy, le 21 mai 2012

Ministre depuis quelques jours, Aurélie Filippetti, en charge de la Culture et de la communication, réalise une opération de charme sur la Croisette. Parmi les temps forts de sa visite de 48 heures, la remise des insignes de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres à 65e édition du festival de Cannes.

Au Café des Palmes, dans le Palais des Festivals, en cette fin d'après midi, on côtoie Gilles Jacob, Thierry Frémaux, le jury du festival au grand complet, Eric Garandeau, Président du CNC, David Kessler, tout juste nommé conseille culture et médias du président de la République, les responsables communication des différentes institutions... La Ministre arrive, serre les mains. Elle va commencer son discours, avec à ses côtés le cinéaste de La chambre du fils, Palme d'or en 2001.

Elle commence avec l'histoire qui relie le réalisateur au Festival. Six de ses films ont été sélectionnés. "En 1978, il réalise Ecce Bombo qui raconte les rapports difficiles d’un étudiant avec son entourage. Gilles Jacob qui vient de prendre ses fonctions de Délégué général du Festival de Cannes, décide de le programmer en sélection officielle car il pressent déjà le devenir du réalisateur Nanni Moretti." Elle n'oublie pas les autres sélections : "En 2004, la Quinzaine des Réalisateurs lui rend hommage en lui décernant le Carrosse d’or en hommage à « Un italien qui a su rendre l’honneur à son pays par la qualité d’œuvres singulières de ses films, ses prises de positions publiques et son courage politique » déclare à cette occasion Pascal Thomas, alors délégué Général de la Quinzaine."

Rappelant sa polyvalence (producteur, acteur, exploitant, distributeur...), elle loue ses initiatives, notamment celle d'avoir "donner aux jeunes cinéastes qui débutaient la chance que vous-même aviez eue".

Dans un bel hommage, Aurélie Filippetti évoque son travail : "Dans vos œuvres, vous avez souvent semblé parler de vous, au premier abord. C’est votre présence qui donne à votre cinéma sa cohérence. Mais c’est en fait pour mieux parler des autres, et de ce qui vous entoure. (...) Pour interroger, souvent, cette Italie que vous aimez, que nous aimons ; pour évoquer les crises qui ébranlaient « il bel Paese »."

Les origines italiennes de la Ministre, ainsi que son engagement politique, donnent une tournure particulière à cette remise de médaille. "Vous n’avez pas hésité à vous engager publiquement au tournant des années 2001/2002. Comment oublier ces rondes citoyennes, ces « girotondi » impulsées notamment par vous, face au pouvoir de l'époque?"

"Comme l’a écrit Serge Toubiana, à travers votre cinéma, tel un sismographe, vous avez raconté l’histoire de l’Italie de ces trente dernières années" poursuit-elle. Saluant "l'immense créateur formel", remémorant "ce long travelling vous filmant en Vespa à travers les rues de Rome déserte en plein mois d’août, jusqu’à la plage d’Ostie" avec  "en fond sonore, une composition de Keith Jarrett", s'arrêtant su cette plage d'Ostie pour prendre "dans nos bras tremblants le corps martyrisé de Pier Paolo Pasolini, immense cinéaste, poète, romancier, dramaturge : la quintessence de l’artiste total", elle rend hommage aux artistes engagés, aux artistes du monde.

Elle conclura en italien, bien qu'elle ait hésité à le faire, son discours. "Vous êtes, pour toujours, une page vibrante de notre «  journal intime »".

Une fois la médaille autour du cou, Nanni Moretti parle à son tour. "Je suis un spectateur heureux a Cannes." commence-t-il. "Ma Vespa que vous avez cité, je l'ai encore et malheureusement pour mon dos, je n'arrive pas à m'en passer." Il remercie chaleureusement la France, où son "cinéma n'a toujours pas été recalé" à l'examen. Comme il l'avait dit lors de la conférence de presse du jury, mercredi 16 mai, il "remercie la Ministre pour l'attention" qu'elle "porte, pas seulement aux films, mais au cinéma en tant que fait artistique et  culturel". "Les Français sont généreux avec mes films et c'est une histoire d'amour qui continue", a-t-il ajouté. Il termine son discours en remerciant tout le monde et notamment "Jacob et Frémaux". Moretti est désormais El Commandor, comme l'avait surnommé Alexander Payne, membre du jury, la veille de l'ouverture du Festival.

Culture : Filippetti, Benguigui, Pellerin au gouvernement ; Kessler, Hubac à l’Elysée

Posté par vincy, le 16 mai 2012

Aurélie Filippetti, députée de Lorraine, 38 ans, a été nommée Ministre de plein exercice en charge de la culture et de la communication du nouveau gouvernement français, formé et conduit par Jean-Marc Ayrault, premier ministre du président François Hollande.

Sa nomination ne surprend guère. Elle était déjà en charge de la culture et des médias dans l'équipe du candidat Hollande, qu’elle a soutenu dès le début de la campagne des primaires socialistes. A ce titre, elle a déjà rencontré la plupart des organisations professionnelles du secteur du cinéma et de l’audiovisuel lors de différents forums et manifestations ces derniers mois. Elle est par ailleurs romancière et avait durement combattu la loi Hadopi à l'Assemblée nationale. Elle devra d'ailleurs être en charge de son abrogation et de la mise en place d'un système de substitution. L'Association des auteurs, réalisateurs et producteurs de cinéma (ARP) a réclamé dès ce soir une réunion de concertation avec la nouvelle Ministre sur la régulation numérique et la fiscalité culturelle en Europe. L'association a rappelé les engagements du Président de la République lors de sa campagne électorale : "Madame la Ministre, le Président de la République avait annoncé lors de la campagne, l'Acte II de l'Exception culturelle et la mise en place d'une grande concertation professionnelle afin de le consacrer. (...) Nous souhaitons naturellement y être associés dès sa genèse".

La passation de pouvoir avec Frédéric Mitterrand, qu'elle a souvent croisé ces derniers mois, s'effectuera ce jeudi 17 mai à 10h.

Elle sera certainement aidée de la Ministre déléguée aux PME, innovation et numérique, Fleur Pellerin, 39 ans.

Enfin, notons que la cinéaste (Inch'Allah Dimanche) et documentariste Yamina Benguigui, 55 ans, conseillère de Paris, a été nommée Ministre déléguée aux Français de l'étranger et à la francophonie auprès du ministre des affaires étrangères.

A l'Elysée, François Hollande a choisi deux spécialistes issus de la Culture. Sylvie Hubac est devenue la directrice du cabinet du nouveau Président de la République. A 56 ans, elle s'est faite connaître dans le secteur de la culture et de la communication comme conseillère technique de Jack Lang lorsqu'il était Ministre de la Culture avant de devenir présidente de la Commission de classification des oeuvres cinématographiques et présidente du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique. Elle a récemment remis un rapport sur les moyens de développer la vidéo à la demande en matière de vidéo à la demande.

Hollande se fera conseiller sur les questions médias et culture par David Kessler, qui abandonne immédiatement ses fonctions au magazine Les Inrocks et à la version française du Huffington Post. A 53 ans, il a été conseiller dans le même domaine auprès du Premier ministre Lionel Jospin, avant d'être directeur général du CNC, conseiller à France Télévisions, directeur de France Culture, président du Forum des Images et conseiller spécial auprès du Maire de Paris. David Kessler était un membre actif de la campagne de François Hollande, concernant la Culture et l'Audiovisuel.

Deux bonnes nouvelles pour la numérisation du patrimoine cinématographique

Posté par vincy, le 21 mars 2012

Gros enjeu de ces prochaines années, la numérisation du patrimoine cinématographique vient de recevoir deux bonnes nouvelles.

Tout d'abord, la Commission européenne a donné son feu vert aujourd'hui au projet français d'aide à la numérisation des oeuvres du patrimoine cinématographique car ce projet contribue à la promotion de la culture tout en limitant les distorsions de concurrence.

Les oeuvres, courts et longs métrages produits jusqu'en 1999, ainsi que le cinéma muet de patrimoine, sont ainsi éligibles pour bénéficier du plan. Les longs métrages postérieurs à 1929 comptent parmi les 2 500 premières oeuvres concernées par ce plan de numérisation.

Le ministre français de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, avait annoncé en mai dernier, que le Grand Emprunt réservait un budget de 100 millions d'euros afin de numériser près de 10 000 films.

Incitation à la délocalisation

Selon la Commission, le plan français de numérisation des films du patrimoine devrait au total disposer, sur six ans, d'un budget global de 400 millions d'euros. La Commission précise que "l'aide vise essentiellement des œuvres qui ont des perspectives d’exploitation commerciales très aléatoires et sur de très longues périodes" même si cette aide peut-être "modulée au cas par cas en tenant compte des perspectives de recettes de l'œuvre soutenue".

Seul bémol : la Commission n'a pas réservé d'exclusivité européenne au processus de numérisation. A croire qu'ils sont autistes. En effet, "le demandeur de l’aide pourra choisir librement les prestataires techniques auxquels il confiera le travail de numérisation et, le cas échéant, de restauration, que ces prestataires soient ou non établis dans un État membre de l’Union européenne". Autrement dit, si les prestataires sont moins chers en Inde, en Chine, ou ailleurs, ce n'est pas un problème. Le ailleurs peut concerner une multinationale américaine, qui voudra forcément en échange quelques contreparties...

270 films de Gaumont numérisés

La deuxième bonne nouvelle, qui a été annoncée hier, est liée à la première : Gaumont a signé avec la commission du Grand emprunt un accord pour pouvoir numériser en très haute définition (2K) et restaurer 270 films de son catalogue sur quatre ans.

270 films des années 1920 à 1990 seront ainsi concernés parmi lesquels L'assassin habite au 21 d'Henri-Georges Clouzot (affiche), La passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer, L'atalante de Jean Vigo, Mon oncle Benjamin d'Édouard Molinaro, F comme Fairbanks de Maurice Dugowson, La gifle de Claude Pinoteau et Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, Palme d'or en 1987.

Eclair pourrait être le prestataire choisi. Les laboratoires ont déjà numérisé 150 films de la Gaumont. Il sont aussi été retenus pour bénéficier du Grand Emprunt, en décembre dernier.

Pour Gaumont, c'est une bonne affaire : l'État investira 10 millions d'euros (Gaumont seulement la moitié),  en contrepartie d'une part des recettes à venir sur les films restaurés, sur une durée de 15 ans pour chaque titre.

CNC : un budget en baisse mais des soutiens financiers en hausse

Posté par vincy, le 16 octobre 2011

Pendant que la Primaire citoyenne du Parti Socialiste et du Parti Radical de Gauche ont occupé les médias, le gouvernement préparait son projet de loi de finances pour 2012. Le Centre National du Cinéma et de l'Image Animée (CNC) devrait ainsi bénéficier d'un fond de soutien de 700 millions d'euros contre 750 millions l'an dernier. C'est confortable, mais en baisse, dans un budget global du Ministère en stagnation.

Le projet de loi de finances prévoit aussi 539 millions d'euros de recettes fiscales générées par la TST (77% des revenus du CNC). Cette taxe sur les services de télévision doit justement être réformée prochainement. Le budget du CNC a fortement augmenté ces dernières années grâce à la taxe sur les services de télévision (TST) payée par les opérateurs télécom. Les parlementaires aimeraient pouvoir piquer dans ce "trésor". Le gouvernement aimerait bien récupérer 70 millions d'euros. mais pour ne pas fragiliser les aides du CNC, il faut augmenter certaines taxes. Pour ça, le Ministère de la Culture et de la Communication et le Ministère de l'Economie et des finances doivent présenter leur projet au parlement lors du vote du budget. La réforme consiste à faire payer ceux qui contournent cette taxe par des astuces commerciales, comme le fournisseur d'accès Free. L'assiette de cet impôt porterait sur l'ensemble du chiffre d'affaires des opérateurs télécoms, avec un abattement de 55%, et non plus seulement la partie consacrée aux services de TV. Selon les premières estimations, cela pourrait rapporter 180 millions d'euros supplémentaires.

Des taxes, des aides

D'autres ressources sont prises en compte dans le budget du CNC.

La taxe sur le prix des places de cinéma devrait rapporter 130 millions d'euros au CNC (+ 2,1 millions d'euros)si les prévisions de fréquentation sont conformes à la tendance actuelle, soit 190 millions d'entrées d'ici la fin de l'année.

A cela il faut ajouter la taxe vidéo et vidéo à la demande, qui doit rapport 32,5 millions d'euros, dont 31,8 millions pour le CNC.

Le CNC devrait répartir ces sommes de la manière suivante.

Hors frais de gestion de l'institution, il reste 661,5 millions d'euros.

Le soutien automatique est de 399,2 millions d'euros (+ 6% par rapport à 2011) : 210 millions d'euros seront répartis entre les producteurs audiovisuels, 85,9 millions iront aux producteurs de cinéma, 65,5 millions seront versés aux exploitants, 30,7 millions seront dévolus aux distributeurs, 7,1 millions partiront chez les éditeurs vidéos.

Les soutiens sélectifs sont budgétés à hauteur de 255,9 millions d'euros (+ 7% comparé à 2011). 6,4 millions d'euros concerneront le plan sur la numérisation du patrimoine en plus des 125 millions d'euros pour le plan de numérisation des salles.

Cannes 2011 (bilan) : ils veulent tous la place de Gilles Jacob

Posté par redaction, le 31 mai 2011

Lors de ce 64e Festival de Cannes, le Palais a bruissé de rumeurs, de commentaires sur les rapports de forces, soulignant une emprise toujours plus grande de Thierry Frémeaux, ou s'inquiétant de l'éventuel départ de Gilles Jacob. L'affaire Lars Von Trier a d'ailleurs (d)étonné puisque le cinéaste danois est ami avec les deux hommes.

Mais en France, tout est politique. Maintenant que le Palais se transforme (en blanc, c'est plus beau), que la gare de Cannes va se métamorphoser (enfin), que le virage du numérique est bien engagé (le site du Festival est un modèle), que la sélection officielle a été bien accueillie (et même mieux que ça), que le Marché du film est en forme, certains sous-entendent qu'il faudrait remplacer le Pape.

Quelle drôle d'idée. Gilles Jacob, délégué général depuis 1977, président du Festival depuis 10 ans, est indissociable du Festival. Surtout, il n'y a pas grand chose à lui reprocher. Il assure le "job" quand Jafar Panahi est arrêté et interdit de filmer, quand il faut expliquer la révolution technologique actuelle, quand il faut se faire l'ambassadeur d'un Festival plus que jamais "pays des cinémas du monde". Il est un fervent cinéphile, un passionné habité, un symbole atemporel dans ce monde qui va (inconsciemment) trop vite.

Grâce à lui, le Festival de Cannes est resté le plus grand festival de cinéma du monde durant 25 ans. C'est sans doute pour cela que le poste de Gilles Jacob attise les convoitises. Nombreux sont ceux qui veulent cette place si prestigieuse. Cumulard (Alain Terzian, président des César), ex-Ministre qui se croit toujours Ministre (Jack Lang) ou Ministre qui voudrait être ex-Ministre (Frédéric Mitterrand), personnalité politico-cinématographique (Marin Karmitz), anciens patrons de Canal + (Pierre Lescure, Marc Tessier) ou d'Arte (Jérôme Clément, qui se croyait encore le boss de la chaîne culturelle cette année sur la Croisette)... les candidats ne manquent pas. N'est-ce pas prématuré? Image-t-on le séisme que sa non réélection provoquerait dans le milieu?

Pourtant rien ne dit que Gilles Jacob ne sera pas candidat à sa propre succession en novembre. Nous le souhaitons, nous l'espérons. Et dans le cas contraire, le plus légitime des candidats ne serait-il pas Thierry Frémaux lui-même? Ce sera au conseil d'administration de choisir, voire de voter une modification des statuts. Dans le conseil, on retrouve, entre autres, le directeur du CNC, un représentant du Ministère de la Culture, le contrôleur d'Etat, un représentant de la ville de Cannes, un représentant du Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

A la veille du 65e anniversaire du Festival, on imagine mal Gilles Jacob éconduit. Selon lui, le poste peut être occupé par des talents très divers : "tout le monde peut être directeur du Festival de Cannes, à condition bien sûr d'être très cinéphile, de travailler beaucoup et d'avoir un peu de chance. J'ajouterais la patience comme qualité essentielle. Mais alors, une énorme dose de patience !" Les prétendants vont devoir encore patienter 3 nouvelles années (durée d'un mandat).

Dans une interview de 2009, il évoquait avec humour cette succession : "je sais qu'un jour ma femme me dira : “Sais-tu que tu es en train de devenir gâteux ?” Je lui fais entièrement confiance pour ne pas me laisser faire l'année de trop."

Cannes 2011 : Lars Von Trier déclaré « non grata » au Festival

Posté par redaction, le 19 mai 2011

Fait exceptionnel, le Conseil d'administration du Festival de Cannes s'est réuni en séance extraordinaire ce jeudi et a condamné "très fermement" les propos tenus hier par Lars Von Trier lors de sa conférence de presse. Le Conseil "déclare Lars Von Trier persona non grata au Festival de Cannes, et ce, à effet immédiat." Une première dans l'histoire du Festival.

Le communiqué du Festival indique que la manifestation "offre aux artistes du monde entier une tribune exceptionnelle pour présenter leurs œuvres et défendre la liberté d’expression et de création". Il "regrette profondément que cette tribune ait été utilisée par Lars Von Trier pour exprimer des propos inacceptables, intolérables, contraires aux idéaux d’humanité et de générosité qui président à l’existence même du Festival". Déjà lors de son intervention, il semblait embarrassé par sa propre opinion lançant "Comment vais-je pouvoir me sortir de là ?" avant de conclure gêné et riant malgré lui : "Ok, I'm a nazi" (voir notre actualité). Dans son communiqué d'excuses (voir notre actualité), il avait remis les choses en place : "Si j'ai pu blesser quelqu'un […], je tiens sincèrement à m'en excuser. Je ne suis ni antisémite, ni raciste, ni nazi." Thierry Frémaux le défend malgré tout : "Ces propos sont d'autant plus incompréhensibles que la femme de Lars Von Trier est de confession juive et ses enfants sont de confession juive". "C'est une de ces provocations auxquelles il nous a habitués" ajoute-t-il. Gilles Jacob parle d'une "bêtise".

Mais Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication a vivement réagit, peut-être un peu trop : j'ai "pris
connaissance avec effarement et indignation des propos tenus par le réalisateur Lars Von Trier lors de la conférence de presse suivant la projection de son film Melancholia en sélection officielle.
" Dans son communiqué, il "condamne fermement les propos tenus par le réalisateur et prend acte de la convocation en séance extraordinaire du conseil d'administration du festival de Cannes par son président Gilles Jacob."

Il qualifie les propos de "provocation insupportable". Il y a du coup un double malaise qui se créé : d'une part, Cannes est l'une des plus belles vitrines pour la liberté d'expression - on l'a encore vu aujourd'hui avec la projection presse du dernier film de Jafar Panahi ; d'autre part, le Ministre ne demande pas de sanctions pour les propos tout aussi insupportables de collègues issus de sa majorité politique ou de chroniqueur officiant sur la télévision publique, dans les deux cas condamnés par la justice.

Le problème, et en cela on comprend la position du Festival, est que Lars Von Trier n'a pas tenu ses propos lors d'une interview mais dans le cadre officiel et public d'une conférence de presse, profitant ainsi d'une tribune qui lui était offerte pour dénigrer un Etat et être indulgent avec un régime responsable d'un des pires génocides de l'Histoire. On a le droit de tout dire, mais à condition que ce soit intelligemment.

Son film Melancholia reste en compétition. Mais, avec cette polémique et cette sanction, il semble exclu du palmarès de facto.

Cannes 2011 – le chiffre du jour : 20 000 000 d’euros

Posté par vincy, le 11 mai 2011

Environ 20 millions d'euros, c'est le budget du festival, assez stable depuis quelques années, malgré la crise. La moitié provient des 14 partenaires officiels (Canal +, L'Oréal, Air France, Chopard, Europcar, Hewlett-Packard, LG, Nestlé, Orange, Renault, Société Générale, Continental Media Assurances, Jacques Dessange et Electrolux). On peut aussi rajouter Kodak pour la Caméra d'or. Beaucoup ont quand même réduit leur train de vie : annulation de fêtes, réduction du nombre d'invités, diminution de la publicité....

L'autre moitié vient des pouvoirs publics : 30% pour la ville de Cannes, 15% du ministère de la Culture, 2,5% de la région et 2,5% du département. La ville répartit ses aides entre une subvention coquette (2,1 millions d'euros) et des aides directes : sécurité, achats d'espace, mise à disposition de la Villa Domergue, ornements publics ... Il faut dire que la ville triple sa population durant le festival. Au total, 250 millions d'euros de chiffre d'affaires sont générés par le Festival (soit près d'un tiers des recettes annuelles de la ville de Cannes dans le secteur Tourisme d'affaires). C'est aussi 2 600 emplois créés durant cette période et 15% du chiffre d'affaires annuels des Hôtels. Cannes rapporte...

Et pourtant le Ministère des Affaires étrangères a cessé son apport régulier.

Déçus par le gouvernement français, les Auteurs-réalisateurs-producteurs (Arp) se tournent vers l’Europe

Posté par vincy, le 28 octobre 2010

En clôture de ses 20è Rencontres cinématographiques le 23 octobre dernier (à Dijon), la société civile des Auteurs-réalisateurs-producteurs (Arp) a émis un cri d'alarme auprès d'un gouvernement qui ne clarifie pas certaines de ses positions. Ils souhaitent ainsi obtenir un débat public (et forcément politique) pour réfléchir aux nouveaux modes de diffusion des films (VOD, ...) et sur l'impact de ceux-ci (exploitation, distribution, ...). Ils souhaitent aussi qu'une TVA à taux réduit pour les biens culturels soit mise en place.

Leur appel (dont vous pourrez lire ci-après le texte complet) révèle une forte attente, mais aussi une déception. Le gouvernement n'appliquant pas les décrets et tergiversant autour de certaines décisions, l'Arp préfère porter ses espoirs sur l'Europe, même si la nouvelle commissaire européenne était absente.

Le texte insiste bien sur les défaillances de l'Etat et le combat que les professionnels s'apprêtent à mener. "Nous ne pouvons imaginer, alors que le financement de la culture par les collectivités territoriales est largement remis en cause, que la prochaine élection présidentielle française fasse l’impasse sur les enjeux culturels. Nous serons extrêmement vigilants et combatifs sur ce point." Notons que les collectivités locales, de droite comme de gauche, diminuent leurs financements à cause d'un Etat qui délègue de plus en plus  de compétences sans reverser les financements équivalents.

A l'heure où la part de marché des films français dépasse péniblement les 30% cette année, et tandis que des chaînes comme Canal + investissent de plus en plus dans le format des séries télévisées, l'inquiétude ne se nourrit pas seulement des nouvelles technologies "menaçantes", mais bien du contexte économique qui fragilise de plus en plus le secteur.

L'Arp est représenté par Radu Mihaileanu, Président, Claude Lelouch, Président d'Honneur, Pierre Jolivet, Jean-Paul Salomé, Dante Desarthe, Michel Ferry, tous Vice Présidents et les autres membres du Conseil d'Administration, Jean-Jacques Beineix, Costa Gavras, Cécile Telerman, Evelyne Dress, Patrick Braoudé, Christian Carion, Dominique Crèvecœur, Lionel Delplanque, Michel Hazanavicius, Gérard Krawczyk, Jeanne Labrune, Philipe Muyl, Raoul Peck, Artus de Penguern, Coline Serreau, Abderrahmane Sissako.

Le communiqué final

"Nous, Cinéastes, Auteurs Réalisateurs Producteurs de L’ARP réunis à Dijon, constatons que 20 ans après leur naissance, ces Rencontres Cinématographiques n’ont jamais été aussi nécessaires. En effet, les dernières avancées technologiques risquent de bouleverser les régulations pertinemment mises en place pour protéger et développer la création cinématographique.
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Cannes 2010 : enfin une lettre de Jafar Panahi !

Posté par Sabrina, le 18 mai 2010

Dès mercredi 12 mai 2010, lors de la cérémonie d'ouverture de ce 63e Festival de Cannes, Tim Burton rendait hommage à Jafar Panahi, lui consacrant un fauteuil vide parmi ceux des membre du Jury.

Emprisonné dans son pays à la prison d'Evin (Téhéran) pour avoir préparé un film sur la réélection contestée du Président Mahmoud Ahmadinejad, le cinéaste iranien Jafar Panahi a réussi à faire parvenir un message à l'attention, notamment, du Festival de Cannes, de Gilles Jacob, de Bernard Kouchner ainsi que de notre ministère de la Culture et de la Communication. Message que l'on pouvait entendre du haut des marches, dès le samedi 15 mai, minutieusement lu par Frédéric Mittérand entouré, entre autres, d'Armin Arefi, journaliste et auteur franco-iranien ainsi que d'Abbas Bakhtiari, directeur du centre culturel Pouya, à Paris.

L'idée même de cette missive a été instiguée par Agnès Varda et Bertrand Tavernier. Bernard Henry-Levy, appuyé par toute la famille Panahi a, quant à lui, aidé à faire sortir le message du réalisateur de la prison d'Evin.

Rappelons que Jafar Panahi est l'un des cinéaste iraniens les plus éminents et connus à l'étranger. Il appartient à ce qu'on appelle désormais la "nouvelle vague iranienne". Ancien assistant d'Abbas Kiarostami (lequel montera bientôt les marches avec Copie conforme, en lice pour cette Palme d'Or 2010, ndlr), on lui doit, entre autres, Le ballon blanc(Caméra d'Or, Cannes 1995), Le Cercle (Lion d'Or, Mostra de Venise 2000), L'or pourpre (Prix du Jury - Sélection Un certain Regard, Cannes 2003) ou encore, plus récemment, Hors-jeu (Ours d'argent, Berlin 2006).

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Lettre du cinéaste iranien

" Mes chers amis, veuillez accepter mes chaleureuses salutations depuis la cellule étroite et sombre de la prison d’Evin. C’est à l’occasion de la visite des membres de ma famille, que j’ai été informé de vos précieux efforts lors de la première journée d’inauguration du 63ème festival mondial de Cannes. C’est depuis cette prison, que je salue votre honneur et votre humanité. Je remercie tout particulièrement M. Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, M. Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et M. Gilles Jacob pour tous les efforts qu’ils fournissent en vue de ma libération.


Votre voix est à l’unisson avec celles de ma femme, de mes enfants et de tous mes compatriotes qui me parviennent de l’extérieur des murs de la prison et qui œuvrent pour ma liberté. Mais n’oublions pas qu’ici des milliers de prisonniers sans défense n’ont pas même une seule personne pour relayer leur détresse. Ils n’ont, tout comme moi, commis le moindre crime. Et mon sang n’est pas plus important que le leur. Je peux vous assurer que je ne signerai aucune confession forcée malgré les menaces. Je suis innocent. Je n’ai réalisé aucun film contre le Régime iranien.

C’est avec amour que je vis ces instants, en pensant à tous mes amis membres du Jury, les réalisateurs et tous les participants au festival de Cannes qui aperçoivent mon nom sur un siège vide. Avec l’espoir d’un meilleur lendemain,"

Jafar Panahi

Dans un entretien, Frédéric Mitterrand évoque les difficultés de financement de certains films français

Posté par vincy, le 6 février 2010

Lors d'un grand entretien avec le Film Français paru la semaine dernière, le Ministre de la culture et de la communication Frédéric Mitterrand, évoque évidemment les problèmes conjoncturels et structurels du secteur cinéma, et notamment la faiblesse financière des petits expliotations et la mutation numérique. De manière moins tapageuse, mais toute aussi essentielle, le Ministre évoque quelques dossiers concrets concernant des problèmes de financement autour de productions ou co-productions françaises.

Il prend l'exemple du prochain film de Bertrand Tavernier. "La première chose que j'ai faite en août a été de sauver le financement du film de Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier..." Il estime qu'il était "impossible de ne pas sauver Bertrand Tavernier d'un accident industriel" au nom de son image dans le cinéma français, de ce qu'il représente, quelque soit l'avis qu'on porte sur ses films. "De la même manière je me battrais pour que Milos Forman puisse faire en France son films sur Daladier et Munich. Tout comme je souhaite permettre à Werner Herzog de réaliser son rêve de filmer la grotte Chauvet". Remarquons que ses exemples ne sont pas très "rajeunissant".

Herzog, Président du jury de la Berlinale qui s'ouvre jeudi, prendra d'ailleurs son petit-déjeuner avec le Ministre mardi matin. On se doute que le dénouement sera heureux et le rendez-vous convivial. En revanche, plus tard dans la journée, le Ministre s'entretiendra avec Jacques Audiard et Pascale Ferran, réalisateurs césarisés et respectés, membres du Club 13. Et là, concernant l'aide aux premiers et deuxièmes films ainsi qu'aux oeuvres à budget moyen, on attend toujours qu'un Ministre suive les préconisation du rapport de ce Club, pourtant rédigé il y a bientôt deux ans.