Melancholia, grand vainqueur des European Film Awards

Posté par vincy, le 5 décembre 2011

Les European Film Awards ont été décernés à Berlin samedi soir. Le cinéma du nord de l'Europe a été le grand vainqueur de l'année, et particulièrement le cinéma nordique puisque le meilleur film, la meilleure réalisatrice, la meilleure image, le meilleur décor et le prix de la meilleure carrière européenne dans le cinéma mondial ont été remis à des films ou personnalités danoises. Le cinéma anglais n'est pas en reste avec les deux prix d'interprétation, le prix du meilleur montage, le prix du public et un prix honorifique pour Stephen Frears.

Autant dire que le cinéma français est paradoxalement le grand perdant de l'année. Paradoxalement puisque le cinéma hexagonal ne s'est jamais aussi bien porté : dans les salles, des films d'auteur comme The Artist ou Polisse ont rencontré un large public ; dans les festivals puisque ces mêmes films ont récolté quelques uns des prix les plus convoités ; auprès des critiques internationaux où l'on constate que certains de ces films se retrouvent dans les listes des meilleurs films de l'année.

Les European Film Awards ont toujours du mal à s'installer médiatiquement. Mais en récompensant des films déjà oscarisés (Le discours d'un roi, In a Better World), ils ont un goût de réchauffé. Notons cependant qu'avec des prix pour Melancholia, We Need to Talk about Kevin et Le gamin au vélo, le Festival de Cannes garde encore la main sur le meilleur de la production européenne.

Meilleur film : Melancholia, Lars Von Trier, Danemark

Meilleur réalisateur : Susanne Bier pour In a Better World, Danemark

Meilleure actrice : Tilda Swinton dans We Need to Talk About Kevin, Royaume Uni

Meilleur acteur : Colin Firth dans Le discours d'un Roi, Royaume Uni

Meilleurs scénaristes : Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne pour Le Gamin au vélo, Belgique

Meilleure image : Manuel Alberto Claro pour Melancholia, Danemark

Meilleur montage : Tariq Anwar pour Le discours d'un Roi, Royaume Uni

Meilleur décor : Jette Lehmann pour Melancholia, Danemark

Meilleur compositeur : Ludovic Bource pour The Artist, France

Prix de la découverte : Adem (Oxygène) de Hans Van Nuffel, Belgique

Meilleur documentaire - Prix ARTE : Pina de Wim Wenders, Allemagne

Meilleur film d'animation : Chico & Rita de Tono Errando, Javier Mariscal & Fernando Trueba, Espagne

Meilleur court métrage : The Wholly Family de Terry Gilliam, Italie

Prix Eurimages de la coproduction européenne : Mariela Besuievsky (Balada triste, Tetro, Dans ses yeux), Espagne

Meilleure carrière européenne dans le cinéma mondial : Mads Mikkelsen, Danemark

Prix du public du meilleur film : Le discours d'un Roi, Tom Hooper, Royaume Uni

Prix honorifiques : pour l'ensemble de sa carrière, le cinéaste britannique Stephen Frears ; prix spécial, le comédien français Michel Piccoli

L’Académicien François Weyergans invite Jafar Panahi dans son Comité de l’Epée

Posté par vincy, le 13 juin 2011

L'écrivain et cinéaste franco-belge François Weyergans est devenu immortel, jeudi, en entrant à l'Académie française. Le Prix Goncourt 2005 (Trois jours chez ma mère) a fait coexister ses deux passions, littérature et cinéma, dans son Comité de l'Epée (un comité de parrainage pour les nouveaux académiciens). Il y a invité le réalisateur iranien Jafar Panahi, qui "a tout de suite accepté de figurer dans ce comité" : "Y aura-t-il un fauteuil vide à son nom sous la Coupole le jour de ma réception, comme ce fut le cas lorsqu'il n'a pu être membre du jury du Festival de Cannes ou de celui de Berlin?"

Présidé par Pierre Bergé, le Comité de l'Epée de Weyergans comprend des prix Nobel de littérature, des éditeurs ou de grands écrivains, mais aussi des dissidents chinois comme l'artiste Ai Weiwei. Il a invité tous les représentants de la chaîne du livre, du libraire à l'imprimeur, le directeur de la compagnie Béjart (le chorégraphe fut l'objet de son premier documentaire). C'est d'ailleurs l'épée de son défunt ami Maurice Béjart qui lui a été léguée. On y trouve aussi des personnalités du cinéma telles que Isabelle Huppert, Michel Piccoli, Michael Haneke, Hong sang-soo et Hou Hsiao-hsien.

François Weyergans sera reçu jeudi prochain sous la Coupole et "rêve de monter un jour en habit vert (dessiné par la productrice et styliste Agnès b.) les marches (rouges) du Palais des festivals à Cannes". "Cela lierait mes deux bicornes, d'écrivain et de cinéaste". "Cela rappellerait aussi que l'Académie française a eu des liens étroits avec Cannes. Plusieurs académiciens ont été présidents du jury ou jurés, comme Pagnol ou Cocteau". Weyergans a suivi les cours de l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) dans les années 60.

L'écrivain a réalisé le documentaire Béjart (1962), un moyen métrage consacré à Robert Bresson (1965) et plusieurs films de 1967 à 1978 : Baudelaire is gestorven in de zomer, Aline, Un film sur quelqu'un, maladie mortelle, Je t'aime tu danses, Couleur chair. Il se consacra par la suite à la littérature.

Lui même succède au fauteuil 32 à Maurice Rheims, père de Nathalie Rheims, productrice de cinéma et compagne de Claude Berri, et Alain Robbe-Grillet, cinéaste et romancier comme lui. Un fauteuil académicien qui semble dédié aux deux arts.

Joyeuses Pâques Monsieur le Pape, signé Nanni Moretti

Posté par vincy, le 25 avril 2011

Dès son premier week-end, Habemus Papam, le nouveau film de Nanni Moretti (voir actualité du 20 décembre 2009), est arrivé 2e du box office italien, juste derrière Rio. 1,3 millions de recettes sur 447 écrans (150 de mois que le dessin animé américain et donc une bien meilleure moyenne par copie).

Habemus Papam, en compétition au prochain Festival de Cannes, avec dans le rôle du pape, Michel Piccoli, ne bat pas le précédent record du réalisateur (Le Caïman, 2 millions d'euros sur 370 écrans). A croire qu'une allégorie de Berlusconi est plus "vendeur" qu'un pape fictif. Ceci-dit le Vatican reste de l'ordre de l'intouchable en Italie, le Pape étant souvent considéré comme le chef d'Etat du pays.

L'idéal aurait été une polémique, un boycott, une tentative de censure. Mais le Vatican a été plus malin, feignant l'indifférence ou la distance. Les JMJ auront le droit à leur manga (avec Mon Pape, ce héros). Cela ne veut pas dire qu'un cinéaste de gauche a le droit de toucher à l'icône.

Dans le film de Moretti, le pape est saisi de panique, et se met à fréquenter un psychanalyste. La comédie est satirique et tendre. "Je voulais raconter ce personnage tellement fragile qui se sent inadapté pour remplir ce rôle, mais à l'intérieur d'une comédie", a expliqué Nanni Moretti, lors de sa conférence de presse italienne. "Je voulais raconter ce sentiment de se sentir inadapté qui saisit tous les cardinaux après être élus".

Benoît XVI ne raconte pas autre chose dans son livre, Lumière du monde, évoquant "un choc" lors de son élection.

Le Pape est un roc

Pourtant le Vatican est divisé. Certains trouvent le film génial comme Marco Politi, vaticaniste du journal Il fatto. "C'est une recherche sur le sens du pouvoir, sur la solitude, sur le besoin d'affection" dit-il. "Ce film exprime un très grand respect pour l'Eglise. Je dirais même qu'au fond ce film est le fruit des 27 ans de pontificat de Jean Paul II, qui a réussi à rendre l'Eglise de nouveau intéressante pour des millions de personnes, y compris des non-croyants. "Intéressant" signifie aussi pouvoir discuter, débattre. L'Eglise n'est plus restée à la marge, mais a été ramenée au centre de la scène." Radio Vatican et la revue des Jésuites Civiltà Cattolica ont recommander le film.

Mais dans une lettre publiée par le journal des évêques italiens, Avvenire, Salvatore Izzo appelle les catholiques à boycotter ce film  "Aller le voir revient à récompenser un film qui ennuiera profondément les non-croyants", selon lui. "On ne doit pas toucher au pape, roc sur lequel Jésus a fondé son Eglise", affirme-t-il, tout en s'en prenant aux critiques catholiques, qui absolvent le cinéaste, "au nom de la justification bien étrange que Moretti aurait pu être bien plus méchant". "Pourquoi devrions-nous financer celui qui offense notre religion?" L'obscurantisme n'est pas encore révolu...

Absence de foi

Cependant aucune condamnation officielle n'a été émise. Le boycott est peu suivi. Les voix médianes ont bien compris que la moindre polémique, dénuée de fondements, ferait une publicité incroyable au film. Seule critique religieusement pertinente, celle de Monseigneur Roberto Busti, qui critique "la volonté de Moretti d'introduire au Vatican la psychanalyse, thème qui lui est cher depuis toujours". Il déplore "l'affirmation" du film selon laquelle "la foi ne peut remédier aux faiblesses naturelles". "De la foi, l'histoire ne parle pas", dit-il en regrettant l'opposition entre intimité et foi que postule Moretti.

Le réalisateur s'en amuse en rappelant que son travail repose sur la liberté d'expression. "Si les gens veulent boycotter mon film, qu'ils le fassent, mais seulement après l'avoir vu!" On croirait du Woody Allen...

Alain Resnais l’affirme : Vous n’avez encore rien vu

Posté par vincy, le 14 février 2011

Alain Resnais est de nouveau sur les plateaux, à 88 ans. Depuis deux semaines il tourne Vous n'avez encore rien vu, inspiré d'Eurydice, la pièce de Jean Anouilh.

Elle fut jouée la première fois en 1942, en pleine occupation, puis reprise, notamment, en 1991, mise en scène par Georges Wilson, avec Lambert Wilson et Sophie Marceau.

Le scénario de Alex Réval et Laurent Herbiet, déjà auteurs de l'adaptation des Herbes Folles, le précédent film de Resnais, réinterprète la pièce, mélange de scepticisme et de romance, de passion et de mysticisme. "Ah! que c'est difficile, que c'est difficile de toujours expliquer tout!..." est-il dit dans la pièce. Expliquons quand même :  Orphée revu et corrigé par Resnais qui y voit l'occasion de parler des mythes universels (la vie, l'amour et la mort). Eurydice, dans la mythologie grecque, était l'épouse d'Orphée, poète et musicien. Mordue par un serpent, elle meurt, et son mari va la chercher aux enfers. Ici Orphée est violoniste et Eurydice une comédienne en tournée : ils quittent pour vivre leur amour. Mais la jalousie d'Orphée va tout gâcher.

Sabine Azéma et Anne Consigny incarneront deux Eurydice. Les deux actrices étaient déjà partenaires sur Les herbes folles. Elles seront entourées d'Anny Duperey (la mère), Mathieu Amalric (Monsieur Henri), Pierre Arditi et Lambert Wilson (Orphée et son double). Ce dernier était déjà Orphée dans la pièce de son père. Duperey retrouve Resnais 38 ans après le tournage de Stavisky. Les autres sont des compagnons familiers du Maître.

Le casting est aussi étoffé par des rôles plus furtifs : Hippolyte Girardot, Jean-Noël Brouté, Michel Piccoli, Denis Podalydès, Andrzej Seweryn, et Michel Vuillermoz.

Le tournage s'achevant en avril, le film pourrait être présenté à Venise dès cette année pour une sortie avant les fêtes. À moins que Berlin ne l'optionne... De toute façon Resnais a été honoré dans les trois grands festivals...

Soirée de soutien aux cinéastes iraniens condamnés

Posté par MpM, le 29 janvier 2011

liberté pour jafar panahiAlors qu'on attend d'un jour à l'autre la décision des autorités iraniennes sur la recevabilité de l'appel déposé par Jafar Panahi après avoir été condamné à six ans de prison et vingt années d'interdiction de travailler, une soirée de soutien aux trois cinéastes iraniens condamnés (Jafar Panahi bien sûr, mais aussi Mahamad Rasoulov et Mohammad Nourizad) se tiendra le 1er février au cinéma La Pagode.

De nombreux artistes (Agnès Varda, Amos Gitai, Michel Piccoli, Mohsen Makhmalbaf, Romain Goupil, Rafi Pitts...) viendront s'exprimer sur scène tandis que des messages de soutien seront lus (Vincent Lindon, Jeanne Moreau, Jean-Pierre Mocky...). Le dernier long métrage de Jafar Panahi, Hors jeu, sera également projeté.

En mai 2010, le cinéaste iranien déclarait au New York Times : "Lorsqu’un réalisateur ne fait plus de films, c’est comme s’il demeurait en prison". C'est donc une double peine qui le menace, ainsi que Mahamad Rasoulov, coupable seulement d'avoir participé au dernier projet de Jafar Panahi. Les organisateurs de cette soirée de soutien (La Règle du Jeu et le Cinéma La Pagode) veulent également médiatiser le cas de Mohammad Nourizad,  arrêté en décembre 2009 pour avoir écrit une lettre de contestation à l'Ayatollah Ali Khamenei et qui a entamé une grève de la faim en décembre 2010.

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Contacts et informations
La Pagode - Marie Durand 01 46 34 82 54 -
La Règle du Jeu - Maria De França 01 45 44 98 74 -

Piccoli en pape chez Moretti

Posté par vincy, le 20 décembre 2009

Comme nous vous l'annoncions le 21 mai dernier, Nanni Moretti (Palme d'or en 2001 pour La chambre du fils), s'attaque au Pape dans son prochain film. La comédie Nous avons un pape (9 millions d'euros de budget) se tournera en janvier. Grand habitué des cinéastes italiens (sept films avec Ferreri, mais aussi Bellocchio, Scola, Castellitto, ...), Michel Piccoli incarnera un cardinal qui deviendra fortement angoissé après avoir été élu pape. Pour cela il consultera le psy du pape, joué par Moretti. Le Vatican aurait eu le droit de lire le scénario...

Les ventes du film commenceront à Berlin. Cannes semble difficile à envisager en terme de délais. Mais Venise guette.