France Gall débranche (1947-2018)

Posté par vincy, le 7 janvier 2018

France Gall a résisté au cinéma, mais le cinéma a eu du mal à résister aux chansons de France Gall. Malgré les propositions de Chabrol et Pialat, malgré son intérêt pour le 7e art, elle n'aura jamais été à l'écran. La chanteuse, morte ce matin à l'âge de 70 ans, était pourtant l'une des plus populaires des années 1960 aux années 1990. Qui ne connaît pas ses tubes signés Serge Gainsbourg et Michel Berger? Deux albums de diamant, 20 millions d'albums vendus (ils sont dix en France à avoir atteint ce chiffre), un Grand prix de l'Eurovision (pour le Luxembourg), deux Victoires (meilleure interprète, artiste la plus exportée), "Babou" était une figure transgénérationnelle de la culture populaire, au sens noble du terme.

Pour commencer, il faut parler de Godard. Une fois Berger au paradis blanc, elle devient la gardienne du temple de son patrimoine musical et fait revivre à travers des mixages nouveaux les chansons de leur répetroire. Pour lancer cette nouvelle carrière et rendre hommage à Berger, elle chante "Plus haut", une chanson de 1981, et demande à Godard de lui faire le clip. Et c'est une œuvre d'art en soi. Pour des questions de droits, il n'a été diffusé qu'une seule fois à la télévision. Il appartient aux collections du Centre Pompidou.

Gainsbourg avait très bien vu en Gall autre chose qu'une Lolita: "France Gall, c'est Alice au pays des merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas de mal d'Alice. Ceux qui n'aiment pas France Gall se trompent".

Et justement. Sara Forestier l'a incarnée dans Gainsbourg : vie héroïque, de Joann Sfar (2010), époque "Poupée de cire, poupée de son". Joséphine Japy lui a succédé dans Cloclo, de Florent Emilio Siri (2012), où sa relation avec Claude François était racontée jusqu'à la création de "Comme d'habitude" inspiré par leur rupture.

Pour le reste, les chansons de France Gall ont été souvent utilisées dans le cinéma et pas seulement français. La séquence la plus emblématique reste signée Alain Resnais dans On connaît la chanson. "Résiste" clamait Sabine Azéma, comme un slogan, que la chanson est d'ailleurs devenue au fil du temps. Le même morceau a d'ailleurs été repris dans 20 ans d'écart de David Moreau.

Côté période Gainsbourg, les airs des sixties ont illustré des films aussi différents que Vue sur mer (By the Sea) d'Angelina Jolie ("Néfertiti"), Boulevard de la mort (Death Proof) de Quentin Tarantino et le récent Combat de profs de Richie Keen ("Laisse tomber les filles"), ou La fille d'un soldat ne pleure jamais (A Soldier's Daughter Never Cries) de James Ivory ("Teenie Weenie Boppie").

Xavier Dolan est remonté plus loin avec une chanson signée par Robert Gall, son père, auteur de "La Mamma" d'Aznavour, ("Cet air-là") dans Les amours imaginaires. Pascale Ferran dans L'âge des possibles a préféré opter pour un tube de Berger, "Babacar" (on vous défie de ne pas chanter "Où es-tu?" après avoir lu cette ligne).

Dans 40 milligrammes d'amour par jour de Charles Meurisse, on entend le tube de Starmania, "Besoin d'amour", tandis que dans Qui m'aime me suive de Benoît Cohen, c'est la fameuse "La Déclaration d'amour" qui est en bande son.

Plus ancien, on retrouve la voix de France Gall avec "Je me marie blanc" dans la BOF de Au hasard Balthazar de Robert Bresson.

On peut aussi citer la BOF de Sérieux comme le plaisir, film français réalisé par Robert Benayoun, dont Michel Berger a signé la musique et où Gall participe vocalement.

Mais on finira surtout par la chanson du générique de L'écume des jours de Michel Gondry. "Mais aime-là" (1975) y est reprise par Loane.

Palmarès d’Annecy 2015: le Cristal pour Avril et le monde truqué

Posté par vincy, le 20 juin 2015

Fréquentation record – 8 250 accrédités sur l’ensemble de l’événement –, 500 films projetés et 83 pays représentés, annonce d'un nouveau centre de congrès au bord du lac pour le Marché du film: le 39e Festival international du film d’animation d’Annecy a décerné ses prix depuis hier jusqu'à la consécration ce soir avec la remise des prix Cristal.

Le Cristal du long métrage, qui pourrait presque être la Palme d'or de l'animation, a été décerné à un film franco-belge, Avril et le monde truqué, de Franck Ekinci et Christian Desmares, d'après l'oeuvre de Jacques Tardi. Le film sortira le 11 novembre prochain en France.

Le Musée des arts et métiers à Paris et Studiocanal présentent actuellement et jusqu'au 6 mars 2016, une exposition autour de l'univers du film « Avril et le monde truqué : Enquête au musée» d’après l’œuvre graphique deTardi.

L'histoire se déroule en 1941. Napoléon V règne sur la France où disparaissent mystérieusement les savants. Privé de technologie moderne, le monde est gouverné par le charbon et la vapeur. Une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, avec Darwin, son chat parlant, et Julius, jeune gredin. Ce trio doit affronter dangers et mystères afin de découvrir qui enlève les savants et pourquoi...

affiche festival annecy 2015Tous les prix décernés à Annecy

Cristal du long métrage: Avril et le monde truqué de Franck Ekinci et Christian Desmares
Cristal du court métrage: We can't live without Cosmos (Mi ne mozhem zhit bez kosmosa) de Konstantin Bronzit
Cristal pour un film de commande: Rotary "Fateline" de Suresh Eriyat
Cristal du film de fin d'études: My Dad de Marcus Armitage

Prix du jury: Sarusuberi, Miss Hokusai de Keiichi Hara
Mention du jury: World of Tomorrow de Don Hertzfeld
Prix du public: Tout en haut du monde de Rémi Chayé et World of Tomorrow de Don Hertzfeld

Prix du film "Off-limits": Mynarski chute mortelle de Matthew Rankin

Prix du jury court métrage: Isand (The Master) de Riho Unt

Prix Jean-Luc Xiberras de la première oeuvre: Guida de Rosana Urbes

Prix Festivals Connexion - Région Rhône-Alpes: Dans les eaux profondes de Sarah Van Den Boom
Prix du jury junior pour un film de fin d'études: Roadtrip de Xavier Xylophon
Prix du jury junior pour un court métrage: We can't live without Cosmos (Mi ne mozhem zhit bez kosmosa) de Konstantin Bronzit

Prix du jury Films de fin d'études: Edmond de Nina Gantz
Mention du jury Films de fin d'études: Brume, cailloux et métaphysique de Lisa Matuszak

Prix Fipresci de la critique internationale: Teeth de Daniel Gray et Tom Brown
Prix Fipresci - Mention spéciale: Guida de Rosana Urbes

Prix André Martin pour un long métrage français: Conversation animée avec Noam Chomsky de Michel Gondry
Prix André Martin pour un court métrage français: Rhizome de Boris Labbé
Prix André Martin- mention spéciale pour un court métrage français: Yùl et le serpent de Gabriel Harel

Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage: Edmond de Nina Gantz

"Aide Fondation Gan à la Diffusion" pour un Work in Progress: Ma vie de courgette de Claude Barras

Prix de la meilleure musique originale - court métrage: Dissonance de Till Nowak (Musique : Olaf Taranczewski, Frank Zerban)

La fin du rêve de Michel Gondry ?

Posté par vincy, le 17 juillet 2014

michel gondry à aubervilliers l'usine à rêves

Dans un premier temps, début juillet, la ville d'Aubervilliers (en Seine-Saint-Denis) a annoncé  l'abandon du projet d'"usine des films amateurs" imaginé par Michel Gondry, "pour des questions budgétaires". Il s'agissait d'un espace gratuit et ouvert à tous qui devait voir le jour en 2016.

Porté depuis trois ans, et annoncé au mois de janvier par l'ancienne municipalité socialiste, le projet devait financer la réhabilitation de l'ancienne manufacture des allumettes - bâtiment industriel de 1000 m2 à la cheminée classée aux monuments historiques - pour que "l'usine de films" puisse permettre de créer une histoire et de la tourner en trois heures dans des décors de cinéma créés grâce à des objets de récupération.

Pas d'argent selon la nouvelle équipe municipale

La nouvelle municipalité argue qu'aucun financement n'avait été acté au moment des annonces. A la surprise générale, elle s’est opposée au projet. Evalué à 1,8 millions d'euros, l'usine coûterait en fait 2,7 millions d'euros, hors budget de fonctionnement, selon la ville désormais communiste. Aubervilliers ne s'était engagée qu'à hauteur de 500 000 euros. « .D'autres financements sont plus importants pour la commune. L'idée était superbe, mais ce n'est pas faisable, pas viable, et le maire a simplement pris ses responsabilités » se défend la mairie.

Une fois l'information publiée sur le site du Parisien, et confirmée par l'AFP, l'emballement médiatique "local" a suivi.

La Fondation du patrimoine, qui a soutenu le projet, s'est dite consternée. Son porte-parole rappelait que « cette usine des films amateurs proposait d'ouvrir la culture à des gens qui n'y ont pas forcément accès, tout en réhabilitant un bâtiment industriel extraordinaire pour lui offrir une seconde vie. »

Un projet parmi les moins coûteux selon la région

Mais la Fondation a été incapable de récolter plus de 515 euros par le biais de la souscription lancée sur son site web. Mais Safia Lebdi, élue Europe Ecologie-Les Verts au Conseil Régional, confirme que « c'est un des projets de réhabilitation les moins coûteux en Ile-de-France. Et il y a plein de moyens de financement, divers fonds, c'est seulement une question de volonté politique. » En charge de la commission culture en Ile-de-France, elle rappelle, au journal Le Monde, qu'une « convention de mécénat a été signée à la mi-janvier pour la restauration, avec le département et la région, et des acteurs privés : la fondation du patrimoine et la Fondation du Crédit coopératif »

Aubervilliers  avait acquis le site en 2011 pour 8 millions d'euros. En manque de terrains, elle en avait besoiin pour construire une nouvelle école élémentaire avant de revendre le reste à un promoteur de locaux d'entreprises, Sirius. Pour 8 millions d'euros. Sirius voulait faire du projet de Gondry une tête de gondole pour attirer des sociétés culturelles et audiovisuelles.

Des chiffres farfelus selon l'ancienne équipe municipale

Vendredi 11 juillet, Michel Gondry a rencontré le maire, Pascal Beaudet. Il a obtenu un délai, selon l’AFP, avant un abandon définitif afin que la ville puisse trouver le financement. Une prochaine rencontre aura lieu à l’automne. Une nouvelle hypothèse serait de trouver un autre lieu, moins coûteux. « J'étais très touché de pouvoir investir ce lieu, qui est super. Mais ça peut être ailleurs, l'important c'est que ça existe », a déclaré Michel Gondry, lors d'une rencontre avec la presse. Il ne veut pas que son usine soit dans une banlieue chic, mais bien dans un endroit populaire, ouvert aux jeunes et aux scolaires : « L'usine de films amateurs doit être l'endroit de la mixité, des rencontres, de l'amusement. »

Mais la polémique a déjà enflé et dérape dans des querelles de clochers rancunières entre l’ancienne et la nouvelle équipe municipale. Au journal Le Monde, Anaïs Bouhloul, membre du cabinet de l’ancien maire, conteste les affirmations financières de la société. « L'étude de programmation financée par le conseil régional du tourisme proposait deux options, l'une à 2 millions avec une salle de projection et un aménagement des espaces extérieurs, une autre à 1,5 million. Je ne sais pas sur quoi se base ce nouveau chiffre. » Quant au budget de fonctionnement, il incombe aux équipes de Gondry qui doivent juste engager « un directeur, un administrateur et une personne chargée du public, et embaucher des étudiants en cinéma pour guider les tournages, comme c'était le cas à Beaubourg ».

En effet, l’usine à rêves a déjà existé de manière itinérante au Centre Pompidou, à Paris mais aussi à New York ou au Brésil. Désormais Lille, Maubeuge, Créteil, Tokyo l’attendent pour une durée toujours déterminée.

Quant à Gondry, il se fait fataliste : « nous serons également très heureux d'être accueillis dans une autre commune qui pourrait être intéressée ». Avis aux communes intéressées.

Berlin 2014 : Tsai Ming-liang, Jalil Lespert, Michel Gondry en sélection Panorama

Posté par vincy, le 6 février 2014

poster 64e festival de berlin 2014La sélection Panorama à Berlin c'est un peu l'équivalent d'Un certain regard à Cannes. Moins de stars, et même cette année très très peu, moins de cinéastes connus - Fruit Chan, Michel Gondry, Tsai Ming-liang, Robert Lepage : autant d'exceptions à la règle. Panorama est une sélection où l'on découvre autant que l'on peut se laisser séduire par la diversité. De l'Afrique à l'Amérique latine, la sélection est bien mondiale. Mais cette année, elle a, comme la compétition, un fort accent asiatique avec 14 films!

- Stereo - Allemagne - Maximilian Erlenwein
- Über-Ich und Du (Superegos) - Allemagne - Benjamin Heisenberg
- Risse im Beton (Cracks in Concrete) - Autriche - Umut Dag
- Fieber (Fever) – Autriche - Elfi Mikesch
- O Homem das Multidões (The Man of the Crowd) - Brésil - Marcelo Gomes, Cao Guimarães
- Hoje Eu Quero Voltar Sozinho (The Way He Looks) - Brésil - Daniel Ribeiro
- Triptyque (Triptych) - Canada - Robert Lepage, Pedro Pires
- YE (The Night) – Chine - Hao Zhou
- Night Flight – Corée du Sud - LeeSong Hee-il
- Difret - Ethopie - Zeresenay Berhane Mehari
- Arrête ou je continue (If You Don't, I Will) - France - Sophie Fillières
- Is the Man Who Is Tall Happy? - France - Michel Gondry
- Yves Saint Laurent - France - Jalil Lespert
- Patardzlebi (Brides) – Géorgie - Tinatin Kajrishvili
- Na kathese ke na kitas (Standing Aside, Watching) - Grèce - Yorgos Servetas
- The Midnight After – Hong Kong - Fruit Chan
- Mo Jing (That Demon Within) – Hong Kong - Dante Lam
- Viharsarok (Land of Storms) - Hongrie - Adam Császi
- Highway - Inde - Imtiaz Ali
- Papilio Buddha - Inde - Jayan Cherian
- Asabani Nistam! (I'm Not Angry!) - Iran - Reza Dormishian
- Calvary - Irlande - John Michael McDonagh
- In Grazia di Dio - Italie - Edoardo Winspeare
- Ieji (Homeland) - Japon - Nao Kubota
- Güeros - Mexique - Alonso Ruízpalacios
- Blind – Norvège - Eskil Vogt
- Unfriend - Philippines - Joselito Altarejos
- Quick Change - Philippines - Eduardo Roy Jr.
- Xi You (Journey to the West) - Taiwan - Tsai Ming-liang
- Bai Mi Zha Dan Ke (The Rice Bomber) - Taiwan - Cho Li
- Bing Du (Ice Poison) - Taiwan - Midi Z
- Kuzu (The Lamb) - Turquie - Kutlug Ataman
- The Better Angels - USA - A. J Edwards
- Test - USA - Chris Mason Johnson
- Things People Do - USA - Saar Klein
- Love Is Strange - USA - Ira Sachs
- Nuoc (2030) - Vietnam - Nguyen-Vo Nghiem-Minh

Berlin 2014 : un jury trans-genres

Posté par vincy, le 14 janvier 2014

john schamusLe Festival de Berlin a mis du temps pour révéler son jury. La 64e Berlinale (6-16 février) sera présidée par l'américain James Schamus, producteur de nombreux films d'Ang Lee, patron récemment évincé de Focus Features à qui l'on doit des Loin du paradis, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Lost in Translation, Harvey Milk, Moonrise Kingdom et Dallas Buyers Club et qui distribua 8 femmes, le pianiste ou Carnets de voyage aux Etats-Unis. Notons aussi que Schamus a scénarisé ou coécrit la plupart des films d'Ang Lee : Hôtel Woodstock, Lust, Caution, Hulk, Tigre et dragon, Chevauchée avec le diable, The Ice Storm, primé pour son scénario à Cannes, Salé, sucré et Garçon d'honneur, Ours d'or à Berlin.

Il sera entouré de personnalités venant de cinémas très différents. Un mélange trans-genres réjouissant :

l'Américaine Barbara Broccoli, fille du producteur Albert R. Broccoli, la patronne des James Bond mais aussi une productrice de théâtre à succès ;

la chanteuse danoise Trine Dyrholm, l'une des comédiennes les plus primées dans son pays, repérée dans des films comme A Royal Affair, In Your Hands, Little Soldier, et plusieurs films de Susanne Bier ;

l'Iranienne Mitra Farahani, cinéaste, documentariste et peintre, récipiendaire d'un Teddy Award en 2001 pour son court métrage Just a Woman ;

l'Américaine Greta Gerwig, inoubliable Frances Ha, qu'elle a coécrit et interprétée, révélée à Berlin en 2010 avec Greenberg, remarquée dans Damsels in Distress et To Rome With Love (de Woody Allen), en attendant Eden de Mia Hansen-Love ;

le cinéaste, scénariste, producteur et vidéaste français Michel Gondry (Human Nature, La science des rêves, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, L'écume des jours, The We and the I, The Green Horne, Soyez sympas, rembobinez ... ) qui fut aussi un révolutionnaire de l'image dans les vidéo-clips ;

le comédien chinois Tony Leung, star des films de Wong Kar-wai, prix d'interprétation masculine à Cannes pour In the Mood for Love, célébré aussi par les plus grands cinéastes asiatiques comme Ang Lee, John Woo, Zhang Yimou, Andrew Lau, Hou Hsiao-hsien ;

le comédien autrichien deux fois oscarisé grâce à Tarantino, Christoph Waltz, qui n'arrête plus de tourner, que ce soit chez Polanski (Carnage), Gilliam (The Zero Theorem) ou Burton (Big Eyes).

L’Ecume des jours et Le Transperceneige caviardés à l’étranger

Posté par vincy, le 25 août 2013

Snowpiercer Le transperceneigeLes films voyagent parfois assez mal. Non pas en termes de box office, mais en arrivant dans un pays avec des versions tronquées. Le phénomène n'est pas nouveau. Étrangement, cela a touché deux films ces derniers mois.

L'Ecume des jours, de Michel Gondry, a ainsi été amputée de 36 minutes dans sa version internationale. Le film fonctionne médiocrement dans les territoires où il est sorti (hormis la Russie). L'écume des jours (Mood Indigo en anglais) est déjà sorti en Belgique, aux Pays-bas, en Turquie, en Hongrie, au Brésil, en Israël, en Pologne, à Hong Kong et dans les pays Baltes. Pour l'instant il cumule à peine 200 000 spectateurs. Il lui reste cependant quelques pays majeurs à conquérir (Australie, Italie, Espagne en septembre, Allemagne, Japon en octobre). Dark Horizons explique que c'est le distributeur australien Vendetta qui s'en est aperçu. Or, il semble que ce soit cette version "coupée" qui sera montrée à l'étranger. L'écume des jours "light" a été monté par Tariq Anwar (Le discours d'un roi).

Harvey aux ciseaux d'argent

Pour l'instant, personne ne sait qui a ordonné ce saccage cinématographique. En revanche, pour Snowpiercer, le Transperceneige, le nouveau Bong Joo-ho qui fera la clôture du Festival de Deauville, on connait le responsable du remontage pour une des versions internationales du film. Harvey Weinstein, qui distribuera le films aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Australie/Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud, n'a pas hésité à demander qu'on coupe 20 minutes du films et qu'on y ajoute une voix-off explicative (tout ce qu'on aime) en prologue et en épilogue. Le film dure ainsi 1h46 au lieu de 2h06.
Explication selon Tony Rayns, programmateur dans des Festivals, rapportée par Inside Films : "The Weinstein Company veut être sûr que le film sera compréhensible par un public dans l'Iowa et l'Oklahoma." Il est plus bête qu'ailleurs? Apparemment, le réalisateur a coupé des scènes d'ordre psychologique pour en faire un pur thriller d'action. L'acteur principal, Chris Evans, n'a pas manqué lors d'un entretien à Collider, de juger la "folie" de Weisntein comme "délicate".

Car Weinstein n'en est pas à sa première fois, ayant coupé Shaolin Soccer, Hero et même Princesse Mononoke pour leur sortie US.

En France, le film sortira dans sa version intégrale le 30 octobre.

Cannes 2013 / Un film, une ville : Tokyo

Posté par vincy, le 18 mai 2013

Tokyo Tel père tel fils kore-eda

La plus grande ville du monde n'a jamais cessé d'être un lieu de cinéma : ses différents quartiers, son aspect futuriste ou encore son statut de mégapole mondiale ont évidemment servi de décor à de nombreux films japonais, y compris des mangas, des Godzilla et le dernier Kore-eda, Tel père tel fils (en compétition cette année à Cannes). Le cinéaste filme l'aspect moderne de la ville : ses tours glaçées, son métro bondé, la tour Skytree (la plus haute du monde) au loin, ou encore ses quartiers plus résidentiels, presque tranquilles. Il rejoint ainsi les films dOzu qui aimait filmer les mutations post-guerre de cette tentaculaire urbanité.

Les cinéastes étrangers ne sont pas en reste : James Bond y a posé les pieds dans On ne vit que deux fois. Hollywood y a tourné un épisode de Fast and Furious (Tokyo Drift) et Cars 2 faisait aussi des tours de piste là bas. les films d'action, tels Jumper, Inception, ou plus loin dans le temps Black Rain de Ridley Scott se sont déroulés sur les toits ou dans les ruelles de la ville. Hou Hsiao-hsien (Café lumière) et Abbas Kiarostami (Like Someone in Love) ont exilé leur cinéma durant le temps d'un film. Les Français sont tout autant fascinés : Michel Gondry et Leos Carax (en compagnie du sud coréen Bong Joon-ho) ont réalisé un film en trois segments, Tokyo! ; Jean Reno y goûtait l'action sauce Wasabi. Gaspard Noe nous hypnotisait dans Enter the Void, qui fut en compétition à Cannes. Tout comme Babel d'Inarritu, qui y passait une partie de son film puzzle mondialisé.

Quintessence du monde moderne, et dépaysante pour les occidentaux, Tokyo aura surtout été magnifiée par Sofia Coppola. Avec Lost in Translation, la cinéaste se baladait dans Shinjuki, le quartier qui ne dort jamais, et transformé le Park Hyatt, qui occupe les étages les plus hauts d'un immense complexe de gratte-ciels, en attraction touristique. Avec Tokyo sous nos yeux, étendue à l'infini, et à jamais entrée dans l'histoire du 7e art.

L’instant Court : La souris coiffeur, réalisé par Michel Gondry

Posté par kristofy, le 12 janvier 2013

Comme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après le best-of 2012, voici l’instant Court n° 97.

En ce début d’année honneur à un réalisateur qui s’amuse autant avec ses projets de long-métrage que de courts-métrages : Michel Gondry. On attend avec impatience sa version de L’écume des jours prévue pour ce printemps. Il était l'un des parrains du Jour le plus court et il a même élaboré un guide pour réaliser des courts-métrages (You'll Like This Film Because You're in It: The Be Kind Rewind Protocol) mis en pratique avec son Usine de films amateurs, comme celui-ci.

Voici donc La souris coiffeur, le court-métrage réalisé par Michel Gondry spécialement pour vous souhaiter une bonne année 2013 :

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film La souris coiffeur.

Deauville 2012 : jurys, hommages et films en compétition

Posté par vincy, le 25 juillet 2012

La 38e édition du festival du cinéma américain de Deauville se tiendra du 31 août au 9 septembre. La manifestation a annoncé son programme et ses jurys. Parmi les avant-premières attendues : Mud (en compétition à Cannes) de Jeff Nichols, Savages d'Oliver Stone, Take this Waltz de Sarah Polley, Taken 2 d'Olivier Megaton, Ted, succès surprise de l'été aux US et Elle s'appelle Ruby des réalisateurs de Little Miss Sunshine.

Le jury de la compétition

Sandrine Bonnaire, présidente, Sami Bouajila, Clotilde Courau, Philippe Découflé, Anaïs Demoustier, Christophe Honoré, Joann Sfar, Florent Emilio Siri et Alice Taglioni.

Le jury révélation Cartier

Frédéric Beigbeder, président, Astrid Bergès-Frisbey, Mélanie Bernier et Ana Girardot.

Le film d'ouverture

Jason Bourne : L'héritage de Tony Gilroy

Les hommages

William Friedkin, Paula Wagner et Melvin Van Peebles

La compétition

  • Les bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin
  • Booster de Matt Ruskin
  • California Solo de Marshall Lewy
  • Compliance de Craig Zobel
  • Electrick Children de Rebecca Thomas
  • For Ellen de So Yong Kim
  • Francine de Brian M. Cassidy et Melanie Shatzky
  • Gimme The Loot d’Adam Leon
  • God Bless America de Bobcat Goldthwait
  • Robot and Frank de Jake Schreier
  • Smashed de James Ponsoldt
  • Una Noche de Lucy Mulloy
  • The We and the I de Michel Gondry
  • Your Sister's Sister de Lynn Shelton

Peugeot quitte Aulnay mais s’amuse avec Gondry

Posté par vincy, le 18 juillet 2012

Sur le blog de Thomas Cantaloube (Mediapart), on découvre de merveilleux clichés pas volés de drôles de machines.

Michel Gondry tourne la version cinématographique de L'Ecume des Jours (voir actualité du 3 mars), roman culte de Boris Vian sur un amour absolu qui rétrécit au lavage de la routine. Thomas Cantaloube a profité de sa virée dans les hauts de Belleville à Paris pour photographier les voitures étranges imaginées par le cinéaste et son équipe. Des modèles bricolés comme cette Peugeot 205 fusionnée avec un autre modèle de la même couleur. On peut aussi y voir des 4L, R16, Ami 6, Fiat Panda transformées (et colorées) en machines à la fois futuristes et nostalgiques.

Gondry avait déjà expliqué dans Le Monde magazine son intention artistique : “On n'est ni en 1947 ni en 2012, ni entre les deux. C'est aussi cela qui rend une histoire éternelle. Pour gommer les années, des ingénieurs de Peugeot ont participé à la conception d'une quinzaine de véhicules, en réassemblant différents modèles. Des voitures qui n'existent pas, indatables.

En pleine crise du secteur automobile, de voir ces "ovnis" sur roues réjouit l'imagination. Ceci dit, si les ingénieurs de Peugeot ont du beaucoup s'amuser à concevoir ces véhicules hybrides, on désespère du sort de l'usine d'Aulnay que ces fantaisies ne sauveront pas...