Edito: Black is the new Gold

Posté par redaction, le 8 février 2018

Le nouveau Marvel va débarquer sur les écrans. Black Panther est déjà au panthéon des adaptations de comics du côté de la critique américaine. Les louanges qui auréolent le film de Ryan Coogler s'accompagnent d'une prévision flatteuse au box office: on prévoit un démarrage à 150M$ pour ce film dont toutes les têtes d'affiche, à l'exception d'Andy Serkis et Martin Freeman, sont noires, d'Isaach de Bakolé à Forest Whitaker, d'Angela Bassett à Danuel Kaluuya, de Lupita Nyong'o à Michael B. Jordan, sans oublier la star du film, Chadwick Boseman.

C'est en soi un événement. Dans l'univers Marvel et DC Comics, les acteurs afro-américains sont secondaires. Il a fallu attendre le 7e Star Wars pour qu'un acteur noir soit parmi les héros. Et si on regarde parmi les 20 plus grosses recettes historiques d'Hollywood, hors animation, on ne compte que ces deux derniers Star Wars avec un rôle principal tenu par un(e) afro-américain(e).

Mais à Hollywood, on sent que le public est prêt à aller voir un film où les blancs ne seraient plus les stars. Pendant plus d'un demi-siècle, les spectateurs non-blancs ont du s'identifier à des stars caucasiennes. Puis, Sidney Poitier, Harry Belafonte, Sammy Davis Jr. Richard Pryor, Eddie Murphy, Danny Glover, Denzel Washington, Will Smith, Morgan Freeman, Samuel L. Jackson et Forest Whitaker ont prouvé qu'on pouvait être noir, reconnu et populaire, au-delà d'une segmentation ethnique absurde (mais très marketing). Le chemin a été long mais l'avènement d'un blockbuster comme Black panther sera historique dans un système où seul le dollar compte.

Après l'Oscar du meilleur film pour Moonlight l'an dernier, le carton critique et public de Get Out au printemps, la boucle est bouclée. Pourquoi tout cela arrive en même temps? Les Etats-Unis sont fracturés socialement, économiquement et politiquement. Les tensions raciales, malgré l'élection et la réélection de Barack Obama, ont perduré. Les afro-américains se sentent toujours victimes, discriminés. Il suffit de se rappeler du mouvement Oscars So White il y a trois ans. Depuis, l'Académie s'ouvre aux minorités ethniques. Et des Emmy Awards aux Oscars, désormais, les noirs valent de l'or.

De la même manière s'ouvre un autre cycle depuis cet été: la place de la femme à Hollywood. Le carton de Wonder Woman a prouvé qu'une réalisatrice et une actrice pouvaient rapporter gros avec une histoire d'héroïne. Là encore, Kathryn Bigelow, Nora Ephron, Mimi Leder, Nancy Meyers, Phyllida Lloyd, Catherine Hardwicke avaient montré que c'était possible. Mais Patty Jenkins a explosé tous les records et, surtout, a réussi avec un film dont le héros était une femme, qui n'a pas besoin d'un homme à ses côtés pour terrasser les ennemis. Avec le phénomène #MeToo, le triomphe des femmes sur le petit écran (Top of the Lake, réalisé par Jane Campion, Big Little Lies, produit par Reese Witherspoon), les résultats phénoménaux de films comme La belle et la bête, Hunger Games, Rogue One où les actrices sont en première ligne, ainsi que l'affirmation d'une égalité des sexes, on peut prédire que l'ambition des femmes va être récompensée dans les prochaines années, que ce soit au box office ou aux Oscars.

Noire et femme, Ava DuVernay pourrait être le miracle "intersectionnel" attendu avec la sortie de son film Un raccourci dans le temps, blockbuster fantasy familial à 100M$ de budget, en salles le 14 mars.

Pendant ce temps en France, hormis Omar Sy, on reste blanc. Une seule comédienne (Eye Haidara, catégorie espoir féminin) est non blanche parmi tous les acteurs et toutes les actrices nommé(e)s. Trois comédiens (Lucien Jean-Baptiste, Aissa Maiga, Ahmed Sylla) ont été en têtes d'affiche de films ayant dépassé le million d'entrées l'année dernière. Régulièrement, pourtant, que ce soit pour le petit comme pour le grand écran, les études montrent que les œuvres ne reflètent pas la société française: pas assez de jeunes ou de vieux, pas assez de femmes, trop de CSP+, à peine 15% de comédiens "perçus" comme non-blancs. La mixité n'existe que dans le métro?

Rassurez-vous, le cinéma hollywoodien remédie au problème. Et Black Panther sera aussi un succès en France.

Les liaisons dangereuses entre Uma Thurman, Quentin Tarantino et Harvey Weinstein

Posté par wyzman, le 6 février 2018

En octobre dernier, Uma Thurman était interrogée par la presse sur l'affaire Weinstein, le soir de la première de sa pièce, The Parisian Woman. Ayant collaboré à de multiples reprises avec le producteur tout-puissant Harvey Weinstein, sa réaction était attendue. Mais ce soir-là, il n'y eut aucune déclaration choc, un simple "J'attends de me sentir moins en colère. Quand je serai prête, je dirai ce que j'ai à dire."

Suite d'agressions

Depuis, les accusations de harcèlement et d'agressions sexuelles se sont multipliées à l'encontre de l'homme qui a financé True Romance, Pulp Fiction, les sagas Scream et Kill Bill. Fin novembre, Uma Thurman postait alors sur Instagram un cliché extrait de Kill Bill, accompagné d'une légende dans laquelle elle laissait entendre qu'elle est également l'une des victimes de Harvey Weinstein. Fière de celles qui ont eu le courage de s'élever contre l'homme le plus détesté d'Amérique, elle teasait en outre ses propres révélations. Et ça n'a pas loupé !

Dans un long papier publié sur le site du New York Times samedi soir, l'actrice nommé aux Oscars pour son rôle dans Pulp Fiction évoque les multiples incidents qui l'ont menée à ce moment. Elle revient ainsi brièvement sur une agression sexuelle subie à l'âge de 16 ans par "un acteur, près de 20 ans plus vieux" avant d'en venir à la "première attaque" de Harvey Weinstein.

On apprend ainsi que l'actrice de 47 ans a longtemps entretenu d'excellents rapports avec le mogul et qu'au moment de la sortie de Pulp Fiction, le producteur se serait déshabillé devant elle, tentant de l'emmener avec lui dans le hamman de sa chambre d'hôtel à Paris. Visiblement resté sur sa faim, Harvey Weinstein aurait alors agressé sexuellement Uma Thurman, quelques semaines plus tard, à Londres, dans sa suite du Savoy Hotel. Le lendemain, l'actrice aurait reçu un énorme bouquet de roses jaunes, accompagnées d'une note : "Tu as de bons instincts."

Menaces

L'interprète de Mia Wallace raconte alors comme elle s'est de nouveau rendue à l'hôtel Savoy mais cette fois avec son amie la maquilleuse Ilona Herman pour confronter Weinstein. Seule avec ce dernier, elle l'aurait alors prévenu : "Si tu fais ce que tu m'as fait à d'autres personnes tu perdras ta carrière, ta réputation et ta famille, je te le promets." Le producteur l'aurait alors simplement menacée d'enterrer sa carrière. Ce qui ne fut pas loin d'être le cas... Car après quelques beaux succès durant la décennie 1994-2005, l'actrice n'a plus été à l'affiche de projets porteurs. Un comble pour celle qui a tourné avec John Boorman, Philip Kaufman, Gus Van Sant, Terry Gilliam et Stephen Frears dès ses débuts.

Accident et complot

Dans le même article du New York Times, Uma Thurman revient également sur un incident lié à Kill Bill, un film réalisé par Quentin Tarantino et produit et distribué par Harvey Weinstein. Sur le tournage, celle qui incarne La Mariée a été victime d'un grave accident de voiture qui l'a laissé "avec un coup abîmé pour de bon et des genoux foutus". Apeurée à l'idée de tourner cette scène à la place d'une doublure, Uma Thurman aurait rapidement fait part de son inquiétude à Quentin Tarantino qui lui aurait répondu : "Atteins les 64 kilomètres par heure ou tes cheveux ne voleront pas comme il faut et je te ferai refaire la scène."

"Cela a affecté notre relation pendant les deux/trois ans qui ont suivi. Ce n’est pas comme si on ne se parlait plus, mais la confiance s’était brisée entre nous. Après une année de tournage durant laquelle on avait filmé des choses bien plus dangereuses que ça. De vraies cascades. Je lui demandais de se dépasser, d’en faire elle-même le plus possible et je lui disais qu’on la protégerait. C’était le cas, elle n’était jamais blessée. Jusqu’à cet accident, 4 jours avant la fin du tournage. C’était un simple plan de conduite, on ne l’envisageait même pas comme une cascade. Et ça a failli la tuer" a-t-il déclaré cette nuit. Elle-même ne disait pas autre chose dans son texte de samedi: "Les circonstances de cet accident sont liées à des négligences qui auraient  pu être criminelles, mais je ne pense pas que c'était intentionné. Quentin Tarantino a profondément regretté cet événement, et il a encore des remords."

Conscient des dommages causés au corps et à la carrière d'Uma Thurman, le réalisateur de Django Unchained et des Huit Salopards aurait tenté de se rattraper en l'aidant à remettre la main sur la vidéo de l'accident, sur laquelle on voit clairement qu'Uma Thurman était en danger à l'intérieur du véhicule. Toujours proche de l'actrice, celui qui a été son compagnon pendant plusieurs mois confiait récemment à Deadline : "Je savais que l'article [du New York Times, NDLR] allait sortir. Uma et moi en avions parlé pendant un long moment, et décidé comment elle voulait que cela se fasse. Elle voulait de la clarté sur ce qui s'était passé au moment de cet accident, après toutes ces années. Elle a demandé si je pouvais trouver la vidéo pour elle. Je devais la trouver, 15 ans plus tard (…) Shonnan McIntosh l'a trouvée. Je n'en revenais pas."

Hier, sur Instagram, Uma Thurman a partagé la vidéo avec ses 750 000 abonnés. L'occasion pour elle de clarifier la situation : elle n'en veut pas à Quentin Tarantino - qui a publiquement présenté ses excuses pour son manque de jugement - mais à tous ceux qui ont couvert l'accident, enterré la vidéo et ont entravé la suite de sa carrière. Elle nomme ainsi  l'agence CAA qui n'a pas su protéger ses intérêts et les producteurs Lawrence Bender, E. Bennett Walsh et Harvey Weinstein. Les deux premiers auraient détruit le véhicule en question, sur ordre du troisième qui a refusé à Uma Thurman le droit de voir la vidéo en premier lieu.

Le double jeu de Tarantino

Cette nuit, Quentin Tarantino confessait qu'il se sentait coupable de l'avoir mise dans cette voiture. Il reproche au journaliste du New York Times un certain sensationnalisme déformant les faits et affirme qu'il ne connaissait rien au complot de Weinstein sur sa muse: "Je ne peux qu'imaginer que c'est ce que Harvey avait en tête" en lui interdisant d'avoir accès à l'extrait et "je ne savais pas qu'elle croyait que je faisais partie de cette tentative de dissimulation, elle m'avait juste dit qu'elle n'y avait pas accès".

Le cinéaste tombe de plus en plus haut chaque mois qui passe. La chute de Weinstein, la manière dont il a traité son égérie et sa réputation de directeur d'acteurs un peu sadique sont autant de coups qui le rendent vulnérable. Il avait déjà du se justifier, avec un peu de retard à l'allumage sur son producteur historique, obligé de prendre ses distances: "Ces dernières semaines, j'ai été abasourdi et j'ai eu le cœur brisé par les révélations faites sur mon ami de 25 ans, Harvey Weinstein. J'ai besoin de quelque jours de plus pour gérer ma peine, mes émotions, ma colère et mes souvenirs, et ensuite, je prendrai publiquement la parole." Or, ce communiqué est désormais caduque: il avoue clairement qu'il était au courant de ce que son producteur historique avait fait à Mira Sorvino (une autre de ses ex) et à Uma Thurman.

"Quand on préparait Kill Bill, Uma m’a dit qu’il avait tenté la même chose avec elle des années auparavant et j’ai compris qu’il avait un problème, qu’Harvey ‘attaquait’ ses victimes de façon systématique. Je lui ai demandé de s’excuser auprès d’Uma, sans quoi on ne pourrait pas travailler tous ensemble sur Kill Bill. Et c’est ce qu’il a fait. Je n’étais pas présent, mais je sais qu’il l’a fait. J’ai insisté, car à ce moment-là, je savais qu’Uma disait la vérité, que c’était Harvey le menteur, celui qui se cherchait des excuses, qui tentait de relativiser les faits. Il me répondait : ‘Mais tu sais, elle a dit ceci, elle a fait cela…’, mais ça ne marchait plus sur moi, je savais qu’elle ne mentait pas. Quand on ne connaît pas bien les personnes concernées, on peut avoir le bénéfice du doute, mais dans le cas d’Uma et de Harvey, il n’y avait aucun doute. Je savais qu’il mentait et qu’elle disait la vérité" a-t-il expliqué.

Ce qui ne l'a pas empêché de garder Harvey Weinstein comme producteur jusqu'à l'an dernier. Et encore, il a fallu l'Affaire Weinstein pour que Tarantino cherche un autre studio.

Et maintenant ?

Canonisée après ses performances dans Pulp Fiction et Kill Bill, Uma Thurman peine aujourd'hui encore à trouver des rôles à la hauteur de son talent, se contentant de navets (Ma Super ex, Un mari de trop, Bel ami) et d'apparitions dans des films où elle est loin de marquer les esprits (Savages, A vif !). Il n'y a bien que Lars von Trier qui lui offre encore un peu de lustre dans sa filmographie et le Festival de cannes qui lui permet de rester dans la lumière. Comme de nombreuses actrices jugées trop âgées par des producteurs de cinéma, c'est désormais à la télévision qu'elle s'épanouit. En 2012, elle faisait des ravages dans le drama musical Smash, avant de voler la vedette à ses co-stars dans The Slap et Imposters.

Edito: « Je suis une femme, tu sais… »

Posté par redaction, le 11 janvier 2018

Depuis quelques années, les femmes récompensées par le Cecil B. DeMille Award, prix qui récompense l'ensemble d'une carrière remis aux Golden Globes, font le buzz. On se souvient de Jodie Foster qui y a fait son coming-out et exposé une famille homoparentale, ou de Meryl Streep qui a fait vibrer le public avec son discours anti-Trump et pro-immigration. Oprah Winfrey, icône télévisuelle, productrice engagée, actrice trop rare, n'a pas manqué l'occasion dimanche soir à Los Angeles.

Elle a frappé fort. Pas seulement sur le fond, avec une speech fortement politisé, avec un point de vue féminin et afro-américain, invoquant l'assistance à ne pas lâcher l'affaire #MeToo et à rejoindre l'initiative #TimesUp. C'est la forme qui est à retenir aussi. 3 des 10 minutes de sa prise de parole sont devenues virales dès le lundi, dans le monde entier, fédérant progressistes, féministes et cinéphiles. Alors que France Gall venait de mourir, elle criait un énorme Résiste! Oprah libre dans sa tête.

Il n'en fallait pas moins pour que les médias et la politique s'en mêlent. Jusqu'à Donald Trump. Et pour cause, tout le monde s'est emballé: Oprah Présidente! entendait-on. Après tout la Maison Blanche a accueilli un acteur de série B et loge actuellement un animateur de télé-réalité. Alors pourquoi pas la papesse de la télévision américaine? Peu importe l'expérience politique aux Etats-Unis. Une campagne américaine se fait sur trois éléments: le fric (elle en a), la notoriété médiatique (elle est championne) et une histoire (côté storytelling on peut difficilement faire mieux). De là à la voir gagner des primaires puis le vote national, il y a quand même pas mal d'étapes. Mais l'emballement est là. D'une part les progressistes, de New York à Hollywood, sont traumatisés par la défaite d'Hillary Clinton, et ressentent un vide gigantesque qu'aucun candidat démocrate ne semble combler aujourd'hui. En l'absence de leader politique de du centre et de gauche, la politique ayant horreur du vide, Oprah est une idole idéale. D'autre part, ils sont toujours stupéfaits par l'incompétence et les délires du président actuel, renforcés par la sortie cette semaine du livre de Michael Wolff, Fire and Fury, qui dépeint un Trump immature, obsédé sexuel, anti-minorités, misogyne, et décliniste.

Là vous vous dîtes: il est temps de parler de la polémique qui déchire la France, avec en guest-star Deneuve (signataire d'une tribune très contestée, renommée "Tribune Deneuve" alors qu'elle a été écrite par cinq écrivaines et journalistes au QI plutôt élevé). Non, on ne va retenir qu'une phrase de cette tribune, qui n'a rien à voir avec le sexe mais avec la politique: "[La femme] peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme".

Depuis plusieurs années, Jennifer Lawrence, Jessica Chastain, Meryl Streep et cie se battent pour un salaire égal à Hollywood. Une femme en Occident gagne 15% de moins en moyenne selon une récente étude de l'OCDE. 10% en France, 19% aux Etats-Unis et au Canada, 20% au Royaume Uni, 22% en Allemagne: les écarts sont toujours présents et méritent un combat inlassable pour une véritable égalité des sexes face aux salaires. Oprah ou un(e) autre aux USA, Macron ou Merkel ou May ou Trudeau devraient en faire leur fer de lance et corriger cette injustice.

Selon USA Today, Mark Wahlberg aurait touché 1,5 million de dollars pour la reprise du tournage de Tout l'argent du monde début décembre, quand Ridley Scott a décidé d'effacer Kevin Spacey en le remplaçant par Christopher Plummer. Ce" refilmage" de toutes les scènes en dix jours a nécessité aussi la présence de l'actrice quatre fois nommé aux Oscars (et nommée aux Golden Globes pour son rôle dans ce film) Michelle Williams. Sauf que Williams n'a touché que le minimum syndical soit 1000$, pour la même durée et avec les mêmes contraintes. Dans le genre grand écart salarial et inégalité entre sexe, on peut difficilement faire pire. Wahlberg a touché 1500 fois plus que Williams, ou, autrement dit il a coûté 15% du budget de ces nouvelles prises quand elle n'a pris que 0,01% du devis final. Même si on rapportait ça à la valeur marchande des deux comédiens (Wahlberg a rapporté en moyenne 71M$ par films, Williams 27,5M$), l'écart serait d'environ trois dollars rapportés pour un dollar, certainement pas 1500 dollars encaissés pour un dollar.

Comme le dit Oprah, Time's up! Il serait temps d'en finir avec cette insupportable minoration du rôle des femmes et cette survalorisation des hommes. Comme le chantait France Gall: "Et je suis sûr quand je me bats, je me bats autant que toi, Je ne baisse pas les bras, Pour les choses auxquelles je crois..."

2017 dans le rétro: #MeToo, le hashtag qui a fait vaciller Hollywood

Posté par wyzman, le 29 décembre 2017

Souvent critiqué pour la lenteur de son processus, le journalisme d'investigation a prouvé en 2017 qu'il avait encore de beaux jours devant lui. En effet, il a suffi de trois articles pour dévoiler au monde entier les travers de Hollywood. Ces articles, ce sont bien évidemment ceux de Jodi Kantor et Megan Twohey pour le New York Times, celui de Ronan Farrow pour le New Yorker et enfin celui d'Adam B. Vary pour BuzzFeed.

Le pouvoir des témoignages

Si les deux premiers s'intéressent à Harvey Weinstein et donnent la parole à des victimes présumées de harcèlement sexuel, d'agressions sexuelles et de viol, le troisième évoque le cas d'Anthony Rapp. L'acteur de Star Trek Discovery y raconte la nuit où Kevin Spacey a tenté de l'agresser sexuellement. Ces articles auraient pu faire le buzz et disparaître tout aussi vite s'ils ne comportaient pas autant de témoignages de personnalités. Parmi les victimes de Harvey Weinstein, on trouve ainsi Asia Argento, Rosanna Arquette, Kate Beckinsale, Emma de Caunes, Cara Delevingne, Judith Godrèche, Romola Garai, Heather Graham, Claire Forlani, Eva Green, Jessica Hynes, Florence Darel, Mira Sorvino, Ashley Judd, Angelina Jolie, Minka Kelly, Gwyneth Paltrow, Sarah Polley, Mia Kirshner, Léa Seydoux.

Et ceci n'est qu'un aperçu des victimes les plus célèbres du producteur de Pulp Fiction et Sin City. Aujourd'hui, qui sait combien de jeunes actrices pleines de rêves ont été agressées par l'homme de 65 ans. Du côté de Kevin Spacey, son tweet d'excuses adressées à Kevin Rapp et dans lequel il fait son coming out n'a fait que confirmer ce que beaucoup dans l'usine à rêves redoutaient : l'acteur principal de House of Cards a énormément de choses à se reprocher…

L'explosion de #MeToo

A l'origine issu de l'esprit de l'activiste Tarana Burke, l'expression avait pour ambition de dénoncer les violences sexuelles vécues par les femmes noires. Nous sommes alors en 2006 et l'expression n'est qu'une phrase. Mais dans la foulée des multiples accusations portées à l'encontre de Harvey Weinstein, l'actrice de Charmed Alyssa Milano décide de transformer la phrase en hashtag et veut, par son utilisation, inciter toutes les victimes de violences à caractère sexuel à parler. Nous sommes le 15 octobre et personne n'est en mesure de prévoir ce qui va se passer par la suite.

Car ce ne sont pas quelques réponses que l'actrice de 45 ans va recevoir mais bien des milliers. Son tweet est partagé 25.000 fois et plus de 68.000 internautes lui déclarent avoir également été victimes de violences sexuelles. Mais ça ne s'arrête pas là. Le groupe d'internautes déclarant avoir été agressés comporte aussi des personnalités publiques et des figures majeures de Hollywood.

C'est ainsi le cas de Reese Witherspoon, America Ferrera, Jennifer Lawrence, Lady Gaga, Gabrielle Union, Evan Rachel Wood, Björk, Hilarie Burton, Jenny Slate, Rosario Dawson, Debra Massing, Anna Paquin, Viola Davis, LauraDern, Anna Faris, Ellen Degeneres, Pauley Perrette, Busy Philipps, etc. Quelques hommes auront également le courage d'évoquer le harcèlement et les attouchements qu'ils ont subis. On peut notamment citer Terry Crews, James Van Der Beek et Javier Munoz.

Des accusés de plus en plus célèbres

La viralité de l'hashtag est si impressionnante que très vite, ce sont d'autres noms qui commencent à faire surface. Si Harvey Weinstein a très vite été renvoyé de The Weinstein Company et Kevin Spacey a perdu son rôle dans House of Cards et sa place dans la course aux Oscars avec Tout l'argent du monde, ils sont rejoints dans la tourmente par des célébrités auxquelles on n'aurait sans doute jamais pensé.

Parmi celles-ci, on peut citer Ben Affleck, Oliver Stone, Lars Von Trier, Terry Richardson, George H.W Bush, Jeremy Piven, Brett Ratner, Dustin Hoffman, Ed Westwick, Charlie Sheen, Jeffrey Tambor, Steven Seagal, Louis C.K., Matthew Weiner, Russell Simmons, Andrew Kreisberg, George Takei, Mark Schawhn, Nick Carter, Matt Lauer, Bruce Weber, Bryan Singer, Larry King, L.A. Reid et la liste est encore longue !

A l'heure actuelle, la plus grande action collective entamée par les victimes présumées est d'appeler à modifier la législation sur le délai de prescription des viols. A côté, de multiples associations tentent de capitaliser sur l'essor de l'hashtag #MeToo pour modifier la vision que l'on a des victimes d'agressions sexuelles. Exporté dans des dizaines de pays, #MeToo a trouvé une résonance toute particulière en France où il a été transformé en #BalanceTonPorc par Sandra Muller.

Pour rendre hommage aux victimes de ces agressions, de nombreux acteurs et actrices porteront du noir à la prochaine cérémonie des Golden Globes qui se tiendra le 7 janvier prochain à Beverly Hills.

Harvey Weinstein : anatomie d’une sale affaire

Posté par wyzman, le 17 octobre 2017


C'est le scandale qui agite Hollywood (et donc la planète entière) depuis près de deux semaines. L'autrefois intouchable producteur Harvey Weinstein est accusé de harcèlement et d'agression sexuels. Comme nous, les médias américains sont d'avis que cette affaire est synonyme de clap de fin pour le nabab, co-fondateur de Miramax et de The Weinstein Company - avant un retour.

La magie d'Hollywood et des avocats surpayés aidant, le producteur de Pulp Fiction, Sin City ou encore Happiness Therapy pourrait en effet réatterrir sur ses pattes sans même passer par la case prison. Mais tout cela sera pour un autre épisode, tout aussi tumultueux.

Pour l'instant, concentrons-nous sur l'un des plus grands scandales qui ait jamais touché l'industrie du cinéma (ce n'est pas le premier).

Les victimes

Le 5 octobre dernier, Jodi Kantor et Megan Twohey publient un article dans le New York Times dans lequel elles accusent Harvey Weinstein de faits de harcèlement sexuel sur des actrices. L'article est porté par les témoignages d'Ashley Judd et Rose McGowan, ainsi que par les commentaires de victimes dont l'identité n'est pas révélée. Quelques jours plus tard, The New Yorker donne le coup de grâce au producteur : Lucia Evans, Asia Argento, Rose McGowan, Lysette Anthony et une cinquième femme (dont l'identité n'est pas révélée) l'accusent de viol.

Plus les jours passent, plus The New York Times, The New Yorker et même The Guardian dévoilent des témoignages de femmes qui ont eu le malheur de croiser la route d'un Harvey Weinstein en rut, avec ou sans peignoir. Parmi ces femmes, on trouve ainsi les actrices Rosanna Arquette, Kate Beckinsale, Emma de Caunes, Cara Delevingne, Judith Godrèche, Romola Garai, Heather Graham, Claire Forlani, Eva Green, Jessica Hynes, Florence Darel, Mira Sorvino, Ashley Judd, Angelina Jolie, Minka Kelly, Gwyneth Paltrow, Sarah Polley, Mia Kirshner, Léa Seydoux. Et la liste ne s'arrête pas là ! Asia Argento s'est ouverte au public en racontant son triste passé de femme violée, harcelée et abusée.

Ceux qui l'avaient dit

Les récents articles des médias cités plus haut l'attestent tous : le petit monde hollywoodien était au courant des pratiques de Harvey Weinstein. Mais entre ceux qui l'ont aidé à payer, soudoyer, faire taire ses victimes, ceux qui avaient peur de lui et ceux qui assurent n'avoir eu vent que de "rumeurs", il est possible de comprendre comment un tel monstre a pu récidiver sur plusieurs décennies. Courtney Love avait déjà laissé entendre que le comportement d'Harvey Weinstein laissait à désirer avec les jeunes actrices dès 2005. Des blagues irrévérencieuses, notamment celle de Seth McFarlane lors de la cérémonie des Oscars 2013 trouvent aujourd'hui un drôle d'écho, sans oublier le personnage de Harvey Weingard dans Entourage, décrit comme agressif, harceleur et vulgaire.

Dans 30 Rock, le personnage de Jenna Maroney (Jane Krakowski) balance quand même: "Oh arrête, je n’ai peur de personne dans le show-business. J’ai refusé des rapports sexuels avec Harvey Weinstein à trois occasions différentes… sur cinq."

Cependant, Gwyneth Paltrow assure s'être confiée à Brad Pitt, son petit ami de l'époque qui aurait exigé de Harvey Weinstein qu'il ne touche plus l'actrice. Par la suite, le producteur aurait demandé à Paltrow de ne plus jamais évoquer le sujet avec qui que ce soit. De son côté, Angelina Jolie aurait été harcelée pendant la promotion de La Carte du cœur. Le film était distribué par Miramax et Harvey Weinstein l'aurait approchée dangereusement dans une chambre d'hôtel. Résultat : l'actrice a fait de son mieux pour ne plus croiser sa route et aurait "prévenu les autres d'en faire de même".

Au micro de la BBC, la partenaire de Bob Weinstein, Kathy DeClesis, a reconnu que ce que faisait Harvey "n'était pas un secret pour le cercle fermé". Quand le prédateur n'agressait pas ses employées, il faisait appel à elles pour qu'elles organisent des rendez-vous dans des chambres d'hôtel avec de jeunes actrices. De temps à autre, les employées l'accompagnaient comme l'assure Léa Seydoux, avant de disparaître et de laisser les actrices livrées à elle-même.

Autrefois employée par TWC, Lauren O'Connor aurait envoyé une note à ses cadres pour décrire ce que les femmes devaient supporter au sein de l'entreprise, elle y compris. Tout cela après avoir découvert que sa collègue Emily Nestor avait été contrainte de masser Harvey Weinstein. Et Harvey Weinstein avait jusque-là de si grandes connexions qu'il se murmure même qu'une chaîne comme NBC a préféré fermer les yeux sur les accusations portées par plus d'une trentaine de femmes.

Au cours de l'émission "Hardtalk" de BBC World, la grande amie de Harvey Weinstein, Jane Fonda a avoué avoir eu vent des accusations de harcèlement sexuel l'an dernier mais ne pas l'avoir dénoncé pour ne pas avoir à révéler l'identité de celles qui l'accusaient. "J'aurais dû être plus courageuse et je pense qu'à partir de maintenant je le serai quand j'entendrai de telles histoires", a-t-elle déclaré.

Les conséquences pour la société

The Weinstein Company a beau employer 180 personnes, ce ne sera pas le cas encore longtemps. En effet, si Robert "Bob" Weinstein assurait le week-end dernier qu'il souhaitait sauver la société, cela passera nécessairement par de nouveaux investisseurs (via le fonds d'investissement Colony Capital, en négociations depuis hier pour acquérir une grande partie du capital, et donc du catalogue, de la société), un changement de nom, une restructuration et donc des licenciements. Déjà Hachette Books US a fermé jeudi dernier la filiale Weinstein Books. Une fois n'est pas coutume, le scandale sexuel entourant un seul homme pourrait mener à la perte de leur emploi pour des dizaines d'autres.

Si les films produits et distribués par The Weinstein Company et Miramax ont récolté plus de 300 nominations aux Oscars, cette page de l'histoire devra bientôt être tournée. A l'origine prévu pour une sortie le 24 novembre prochain, The Current War pourrait être décalé à 2018 afin d'éviter de faire un bide au box-office. Le film est en effet un drame historique avec Benedict Cumberbatch, Michael Shannon, Nicholas Hoult, Katherine Waterston et Tom Holland dont l'exploitation collait parfaitement à l'Awards season mais qui est malheureusement distribué par TWC.

Les réactions

Depuis les révélations du New York Times et du New Yorker, plus personne ne tient en place. Les 54 membres du conseil de direction de l'Académie des Oscars ont ainsi exclu Harvey Weinstein. Cette décision aurait d'ailleurs été votée "bien au-delà de la majorité requise des deux tiers" précise le communiqué de presse.

Et parce que les langues se sont largement déliées ces derniers jours, politiques et organisateurs de festivals prennent petit à petit conscience de l'ampleur du scandale. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé qu'il souhaitait retirer la Légion d'honneur à Weinstein, une décision saluée (en français) par Rose McGowan.  Et pendant que Deauville efface le nom de Harvey Weinstein des Planches, le Festival de Cannes, par les voix de Pierre Lescure et Thierry Fremeaux dénoncent "un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu'une condamnation". Dans Quotidien (TMC), hier soir, les producteurs Marc Missionnier et Charles Gillibert, ont appelé à cessé ces pratiques et encouragé la libération de la parole.

Quentin Tarantino, qui lui doit beaucoup, a été obligé de prendre ses distances: "Ces dernières semaines, j'ai été abasourdi et j'ai eu le cœur brisé par les révélations faites sur mon ami de 25 ans, Harvey Weinstein. J'ai besoin de quelque jours de plus pour gérer ma peine, mes émotions, ma colère et mes souvenirs, et ensuite, je prendrai publiquement la parole."

Du du côté des réseaux sociaux, la fermeture temporaire du compte Twitter de Rose McGowan a suscité la colère des internautes. Certaines femmes ont décidé de boycotter la plateforme, rappelant au passage que le compte de Donald Trump est toujours opérationnel et qu'il menace quotidiennement de déclencher une guerre nucléaire. D'autres femmes (et quelques hommes) ont décidé de donner de la voix en lançant #BalanceTonPorc, un hashtag sous lequel ils racontent leurs expériences de harcèlement sexuel.

Aux Etats-Unis c'est l'actrice de Charmed Alyssa Milano qui s'est emparée du réseau social à l'oiseau bleu pour #MeToo, le pendant anglophone de #BalanceTonPorc. Le hashtag a d'ores et déjà été relayé par les actrices Debra Messing (Will & Grace), Anna Paquin (True Blood), Pauley Perrette (NCIS), Rosario Dawson (Daredevil), Evan Rachel Wood (Westworld) ou encore Gabrielle Union (Being Mary Jane).

C'est un feuilleton qui n'est pas terminé. Mais une chose est certaine: dans le marché sans foi ni loi hollywoodien, machine à broyer par excellence, l'industrie a décidé de se réguler et de jouer la transparence. La sale affaire pourrait amener d'autres cas. Les hommes et des femmes de pouvoir, qui ont harcelé actrices, acteurs, mannequins, employé(e)s, peuvent désormais craindre pour leur avenir. Le patron d'Amazon Studios, Roy Price, accusé de harcèlement en fin de semaine dernière, a d'ailleurs été évincé.

Game Over?