Masterclasse du cinéaste iranien Amir Naderi au Centre Pompidou

Posté par vincy, le 13 avril 2018

Le cinéma iranien est en fête ce printemps en France. Alors qu'Asghar Farhadi fera l'ouverture, en compétition, du prochain festival de Cannes, et que le nouveau film de Jafar Panahi, Three Places, sera lui aussi en compétition sur la Croisette, le Centre Pompidou, depuis le 5 avril propose une rétrospective du cinéaste Amir Naderi, en plus d'une sélection de films illustrant le cinéma moderne iranien.

Amir Naderi, pour la première fois en France, fera une masterclasse samedi 14 avril à 17h à Beaubourg. Entrée libre pour info. Elle sera animée par notre confrère Jean-Michel Fredon, ancien red'chef des Cahiers du cinéma. La masterclasse sera diffusée en direct sur le site web et sur la chaîne YouTube du Centre Pompidou.

Pour prolonger cette "leçon de cinéma", les cinéphiles peuvent voir demain La Montagne, son dernier film, qu'il présentera en compagnie de l'acteur principal du film Andrea Sartotetti (vu dans la série "Romanzo Criminale"). Le film avait été présenté à Venise en 2016. Entre la masterclasse et la projection, les fans du réalisateur pourront voir le film commandé par Pompidou dans le cadre d'une collection spécifique, "Où en êtes-vous?". Naderi a réalisé un court métrage à Los Angeles où il vient de terminer son dernier film, Magic Lantern.

Amir Naderi a ouvert son cycle avec Le coureur jeudi 5 avril, sans aucun doute son chef d'oeuvre datant de 1985, en compagnie de son acteur principal Madjid Niroumand. Ce dernier n'a tourné qu'un seul autre film, L'eau, le vent, la terre, réalisé par Amir Naderi en 1988.

Le coureur, qui sera de nouveau projeté les 6 et 16 juin, est emblématique de son œuvre. Le réalisateur y suit l'existence d'un gamin, sans attaches, errant dans une ville portuaire du Golfe persique, qui, entre débrouilles et volonté de s'affranchir de sa condition, repousse ses limites physiques en courant, pour rattraper un voleur, un train ou pour le plaisir. L'acmé du film  est un final où le montage (visuel) et le mixage (sonore) mélangent une course pour atteindre le premier un gros bloc de glaçe, à proximité des flammes d'une raffinerie et la récitation de l'alphabet au milieu d'éléments naturels déchaînés. le feu, la glace, l'eau, le vent: derrière ce naturalisme, il y a ce qui dessine toute l'œuvre de Naderi, un formalisme qui mue selon les lieux et les périodes. Le coureur, par son aspect autobiographique, film sensoriel où l'on ressent la canicule poussiéreuse comme le rafraîchissement des glaçons, a cette vertu d'être une ode au rêve (celui de l'envol, de l'exil) et de ne jamais se complaire dans le misérabilisme. La libération du garçon est accompagnée par l'élévation du film vers ce final "eisensteinien".

C'est là la beauté du cinéma iranien, et de celui de Naderi en particulier: des allégories symphoniques où une action simple, une situation banale sont transcendées par la magie du cinéma et de toutes ses possibilités, sans effets spéciaux.

BIFFF 2018 : Masterclass et mariachis pour Guillermo del Toro

Posté par kristofy, le 13 avril 2018

C'est l'année Guillermo del Toro. Depuis septembre 2017 quand La forme de l'eau remporte le Lion d'or au Festival de Venise puis durant les mois suivant en recevant des récompenses partout - Goya en Espagne, Bafta en Angleterre, Golden Globe (meilleur réalisateur) puis 4 Oscars (dont meilleur film et meilleur réalisateur) aux Etats-Unis. Il a désormais plein de projets en production et il parraine différentes structures qui aident au développement du cinéma mexicain et le rendez-vous est pris pour présider le jury du Festival de Venise 2018 dans quelques mois. Cette consécration mondiale est en fait moins celle de son dernier film que celle de l'ensemble de sa filmographie : quelques courts-métrages puis Cronos, Mimic, L'échine du Diable, Blade 2, Hellboy, Le labyrinthe de Pan, Hellboy 2: Les légions d'or maudites, Pacific Rim, Crimson Peak, et enfin le sacre avec le plus classique La forme de l'eau.

Cette constance dans le fantastique fait qu'il était naturel que Guillermo del Toro soit l'invité d'honneur du BIFFF (le contact avait d'ailleurs été pris en septembre durant Venise, donc bien avant les Oscars) d'autant plus que son premier film Cronos y avait été en compétition et avait reçu un Corbeau d'argent. Au programme donc cette année : Guillermo del Toro est fait Chevalier de l'Ordre du Corbeau (l'hommage du BIFFF), présente une séance spéciale de Cronos, et surtout offre une masterclasse.

Pour accueillir Guillermo del Toro la salle pleine d'environ 2000 spectateurs lui a fait une standing-ovation, et lui s'est amusé avec le rituel du BIFFF qui est d'entonner une chanson sur scène : il a chanté accompagné d'une formation de mariachis. La préparation semblait classique avec diverses questions à propos de chacun de ses films accompagnés d'un extrait mais c'était sans doute trop sage : la rencontre est devenue un dialogue plein de digressions d'un film à un autre sans ordre particulier et plein d'anecdotes sur sa jeunesse et les tournages.

Le saviez-vous ? Guillermo apparait dans chacun de ses films dans le montage sonore, pour le bruit d'un insecte ou le souffle de la respiration d'une créature : c'est en fait sa voix. Cette masterclasse s'est prolongée au-delà des 2 heures prévues puisque Guillermo était particulièrement bavard : en parlant de ses films on sent qu'il veut avant tout parler de sa passion pour le cinéma.

Extraits.

Cronos, le premier film :
Pour ma génération, quand j'étais jeune, le gouvernement au Mexique ne faisait pas grand chose pour soutenir le cinéma, il n'y avait pas d'aide pour monter des films ni de festival de cinéma. Quand on veut quelque chose, on peut concevoir les règles pour que ça arrive : j'ai participé à la création du festival international de Guadalajara, j'ai monté une société de production pour le tournage de Cronos. C'était mon premier long-métrage, des gens m'ont dit que ce n'était pas très bon et que ça n'irait nulle part. En fait La Semaine de la Critique à Cannes l'a aimé et l'a sélectionné, et on y a gagné le Prix. C'était formidable, le film voyageait en dehors du Mexique et il était vu dans plein de pays. Mais après Cronos je n'ai eu aucun travail pendant longtemps, j'ai écrit différents scénarios qu'aucun producteurs ne voulaient financer.

Mimic, second film et premier film américain :
Avec les frères Weinstein j'ai travaillé sur le scénario de ce qui devait être au début un court-métrage, mais il y avait selon moi matière à un film entier. Ça a pris beaucoup de temps pour le financement. Ce film a failli tuer mon désir de faire des films. Je vais vous donner ce conseil : quand on débute un tournage, on a l'instinct de commencer par une scène facile, en fait il faut directement commencer par une séquence complexe. Il faut dès le tout début directement impressionner les producteurs avec les premières images tournées dans l'objectif de garder le plus de contrôle possible pour la suite du tournage.

L'échine du Diable, troisième film et premier film en Espagne :
Encore une fois je me suis dit que ça allait être mon dernier film. Alors j'ai voulu réussir à un peu tout y mettre dedans : la guerre civile, les fantômes, un orphelinat avec des secrets et une bombe. Avec dans l'histoire de la peur, du deuil, des regrets.

Blade, Hellboy, Pacific Rim; ses blockbusters américains :
Dans Blade comme dans Hellboy le personnage a le choix: soit il peut être plus une créature soit il peut être plus humain, il y a un dilemme intérieur. Là je veux dire à chaque fois quelque chose. Pour les gens qui n'aiment pas ce genre de films, voici un film qui vous fera aimer, j'espère, ce genre de film. J'ai appris à filmer des scènes d'action en regardant beaucoup de films d'action, et à chercher comment faire autrement.

Crimson Peak et La forme de l'eau :
Je parle enfin plus de romance et de sexualité, il m'a fallu du temps. On voit un rapport sexuel physique de La forme de l'eau, mais revoyez Crimson Peak et vous verrez qu'il y a beaucoup de choses sur la sexualité avec notamment la séduction et le sentiment de rejet. Avoir des Oscars pour La forme de l'eau c'est venu symboliser l'amour de différentes communautés de spectateurs touchées par ce film. C'est ça qui est important, cet amour des spectateurs, que les gens aient été touchés à différents niveaux par le film. De quelqu'un qui dit 'je ne crois pas en l'amour', on dit que c'est un homme sage et de quelqu'un qui dit 'je crois en l'amour', on dit que c'est un homme fou, alors je suis fou. J'ai cette folie que je veux partager.

Le labyrinthe de Pan, le chef d'oeuvre :
J'ai pitché l'histoire à plusieurs studios et on m'a dit non pour le produire, parce que, à la fin, la petite fille meurt. J'ai utilisé les conventions des contes en général, comme avoir à choisir entre 3 portes et comme une mise à l'épreuve du personnage principal. Le film était en compétition à Cannes, on n'y a pas eu de récompense, le président du jury c'était Wong Kar-wai qui regarde les films avec ses lunettes de soleil... Le film a été montré en fin de festival et le public lui a fait une standing ovation de 23 minutes, un record je crois. Puis Le labyrinthe de Pan a eu des Oscars. J'ai voulu un fort contraste entre la beauté et la violence, il fallait être sincère avec ces deux aspects. La beauté rend la violence plus dure à supporter, la violence fait que la beauté est plus émouvante ou larmoyante.

Cannes 2018: 2001 l’Odyssée de l’espace en 70mm et Christopher Nolan en master-class

Posté par vincy, le 28 mars 2018

Cannes Classics célèbrera le 50e anniversaire de 2001 : L’Odyssée de l’espace, le chef d'œuvre SF de Stanley Kubrick. Avec en guest-star Christopher Nolan pour présenter en avant-première mondiale "une copie neuve 70mm conforme à l’originale du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sorti en 1968" annonce le festival de Cannes.

La projection aura lieu le samedi 12 mai 2018. "Des membres de la famille de Stanley Kubrick assisteront également à la projection": sa fille, Katharina Kubrick et son coproducteur de longue date et beau-frère, Jan Harlan.

Pour sa première présence sur la Croisette, Christopher Nolan participera également à une master-class le dimanche 13 mai 2018, au cours de laquelle il évoquera sa filmographie et partagera sa passion pour l’œuvre singulière de Stanley Kubrick. "Un de mes premiers souvenirs de cinéma est d’être allé avec mon père voir 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, en 70mm, au cinéma de Leicester Square à Londres. L’opportunité de participer à la recréation de cette expérience pour une nouvelle génération de spectateurs et de présenter au Festival de Cannes notre nouvelle copie 70mm non restaurée du chef-d’œuvre de Kubrick, dans toute sa splendeur analogique, est un honneur et un privilège" a confié le réalisateur de Interception et Dunkerque.

Le Festival indique que "pour la première fois depuis sa sortie initiale, une copie 70mm neuve a été tirée à partir d’éléments du négatif original. Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle, sans retouche numérique, effet remasterisé ou modification de montage."

C’est donc bien la version originale qui sera projetée, "afin de recréer l’expérience cinématographique qu’ont vécue les premiers spectateurs du film il y a 50 ans."  Admirateur de tout temps du génie cinématographique de Kubrick, Christopher Nolan a travaillé en étroite collaboration avec les équipes de Warner Bros. sur le processus de re-masterisation.

Œuvre culte, 2001 : L’Odyssée de l’espace ressortira en salles aux États-Unis, en 70mm également, le 18 mai 2018.

Christiane Kubrick s'est déclarée "très heureuse que Cannes ait choisi de célébrer" le film. "Si Stanley était toujours parmi nous aujourd’hui, il est certain qu’il serait très admiratif des films de Christopher Nolan. C’est pourquoi, au nom de toute la famille de Stanley, je voudrais remercier personnellement Christopher d’avoir accepté de présenter cette projection très spéciale" ajoute-t-elle.

Pour Thierry Frémaux, directeur du festival, "Stanley Kubrick en Sélection officielle, c'est une grande fierté pour le Festival de Cannes". La présence de Nolan "crée un lien précieux entre le passé et le présent sans lequel le cinéma n'aurait pas d'histoire. Nous nous réjouissons d'avance de cette projection unique en 70mm qui prouvera, s'il en était besoin, que le cinéma a bel et bien été inventé pour le GRAND écran" affirme-t-il dans le communiqué. Stanley Kubrick n'a jamais été en compétition ou hors-compétition au Festival. En 2011, toujours à Cannes Classics, Orange Mécanique avait été sélectionné pour ses 40 ans.

En France, 2001 avait remporté un beau succès avec 3,4 millions de spectateurs lors de sa sortir. Le film avait remporté l'Oscar des meilleurs effets spéciaux et valu à Kubrick deux nominations (réalisation, scénario original).

Une rétrospective Christian Petzold aux Cinémas du Centre Pompidou

Posté par vincy, le 23 novembre 2017

Du 23 novembre au 14 janvier prochain, les Cinémas du Centre Pompidou organisent une rétrospective du cinéaste allemand Christian Petzold. Alors que l'Allemagne traverse l'une de ses plus graves crises politiques depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il est particulièrement pertinent de voir ou revoir les films de ce cinéaste du présent qui a tant su filmer l'Allemagne contemporaine, en lui donnant un visage: celui de la sublime Nina Hoss, égérie indissociable de son cinéma.

Regarder l'Allemagne. Connu en France pour ses deux derniers films, Barbara et Phoenix, il est l'un des réalisateurs allemands à avoir émerger après la réunification. Son premier long date de 1995 (Pilotes). 14 films plus tard, collaborant pour tous ses scénarios avec le documentariste et essayiste de cinéma Harun Farocki, disparu en 2014 et laissant le réalisateur orphelin, Christian Petzold cherche une nouvelle voix. Depuis Phoenix, il n'a réalisé que deux épisodes pour une série policière (qui seront diffusés le 28 novembre et le 12 décembre au Goethe Institut). Mais il revient sur les plateaux de tournage cette année avec Transit, qui porte bien son nom. Un film de transition ou même de renaissance, tourné loin de son pays, à Marseille, sans Harun et sans Nina. Transit, avec Paula Beer (Frantz) et Franz Rogowski (Victoria), devrait sortir l'année prochaine dans les salles.

Le cinéma de Petzold, plutôt dramatique, a d'abord été un cinéma d'observation: capitalisme, terrorisme, consumérisme, ... il aime filmer les codes et les règles de gens réunis par un même objectif, que ce soit l'extrême gauche (Contrôle d'identité), les financiers (Yella, Dangereuses rencontres), la voiture comme symbole existentiel (Wolfsburg). Ce regard social sur une Allemagne où la culture de l'argent l'emporte souvent sur les relations humaines n'est pas absent de ses deux films qui l'ont fait connaître en France. Barbara et Phoenix sont pourtant différents car ils portent en eux une dimension romanesque dans un cadre historique et fictif.  Il y a toujours ce lien entre les deux Allemagnes, celle d'avant et celle d'après, celle de l'Est et celle de l'Ouest. Mais peut-être que le vrai fil conducteur de son œuvre est ailleurs: ses personnages aspirent souvent à changer de vie, à trouver une certaine liberté dans un monde qui les oppresse le plus souvent.

Les cinémas du Centre Pompidou présenteront Dangereuses rencontres, film inédit de 2001, en ouverture de cette rétrospective, qui est accompagnée d'une exposition sur Harun Farocki. Christian Petzold fera une masterclass dimanche après midi (qui sera diffusée en direct sur YouTube). 8 films seront présentés avec le réalisateur du 24 au 27 novembre, dont Barbara le vendredi soir.

Et il ne faudra surtout pas manquer la séance de Phoenix le mercredi 29 novembre, où il sera accompagné de Nina Hoss.

Festival Lumiere 2017 : la solaire Tilda Swinton donne une masterclass rayonnante

Posté par Morgane, le 19 octobre 2017

Il est 11h30, la salle rouge de la Comédie Odéon (ancienne salle du circuit des CNP aujourd'hui transformée en salle de théâtre) est comble et Tilda Swinton, toute en blanc et noir, fait son apparition sous un tonnerre d’applaudissements.

L’ambiance est détendue et la conversation commence, animée par Yves Montmayeur… Une conversation dans laquelle Tilda Swinton se livre sans détours sur sa carrière, sa vision du cinéma, sa vision du métier d’actrice, son rapport à l’univers du cinéma…

Quand Yves Montmayeur lui parle de ses nombreuses facettes (actrice, scénariste, productrice, proche du milieu de l’art contemporain, mannequin…) et de son côté mystérieux en lui demandant si c’est une volonté de brouiller les pistes, elle répond du tac au tac qu’elle n’est aucune de ces choses-là. « Il n’y a aucune différence entre moi et chacun dans cette salle. Je ne suis professionnelle dans aucun de ces domaines. Si on est tous là c’est pour l’amour du cinéma. J’ai été élevée dans un monde où l’art nous appartient, où c’est quelque chose que l’ont fait. »

Tilda Swinton revient alors sur son désir d’écrivain, ses années théâtre à Cambridge et la rencontre dans les années 80 qui a changé sa vie, celle avec Derek Jarman, réalisateur anglais qui travaillait avec le BFI (British Film Institute) et deviendra son mentor. C’est son film, Caravaggio en 1986, qui révèle Tilda Swinton. Dans cet univers, cette "factory", « chacun se sentait à sa place car ce que l’on nous demandait avant tout c’est d’être nous-mêmes. »

Puis grâce à Derek Jarman qui l’a emmenée au Festival de Berlin, Tilda Swinton rencontre d’autres réalisateurs avec qui elle travaillera souvent par la suite. « Ce qui est fascinant c’est de rentrer réellement dans des univers particuliers », chose qu’elle a faite notamment avec Jim Jarmusch, Bong Joon-ho, Wes Anderson…

Elle a traversé de nombreuses frontières, travaillé avec des réalisateurs anglais, américains, coréen, mais pour elle cette classification n’a pas de sens, « il ne faut pas découper le monde en pays, en nationalités, mais en sensibilités. » Quand elle travaille avec quelqu’un c’est uniquement parce qu'elle en a envie. On sent qu’elle va vers un réalisateur, un rôle lorsque l’univers lui parle, lorsque la rencontre se fait. « Je suis très intéressée par les histoires de personnages qui atteignent un précipice », citant Orlando, Julia, Deep Water. Et par précipice Tilda Swinton entend ce moment-clé qui fait basculer la vie de quelqu’un, ce moment où l’on est obligé de sauter, où l’on n’a plus le choix. « Quand je suis le personnage principal, je deviens l’avatar du public pour vivre cette histoire. Pour vous entraîner vous public vers ce précipice. C’est très intéressant et c’est ce que j’aime faire. »

Pressés que nous sommes alors de retrouver ce sublime avatar dans le remake de Suspiria de Dario Argento (1977) dans lequel elle tient le rôle d’une musicienne muette et dont la bande-son (la musique étant extrêmement importante pour elle), nous révèle-t-elle, sera signée Thom Yorke.

Mais le temps file et même si on aurait aimé que cette discussion se poursuive encore, il faut laisser la place… c’est désormais au tour de Guillermo del Toro de venir donner sa masterclass. Bye bye à la « BFI’s baby » devenue grande dame d'un cinéma éclectique et ic^ne d'une pop culture parfois avant-gardiste. Bref, une actrice culte qui venait pour la première fois au Festival Lumière.

Dinard 2017 : un Hitchcock d’honneur (mérité) pour Jim Broadbent

Posté par kristofy, le 1 octobre 2017

Le jury du 28ème Festival du film britannique de Dinard s'est achevé avec un Hitchcock d'or pour le film Seule la terre de Francis Lee. Le Festival a également choisi également cette année de remettre un Hitchcock d'honneur à une grande personnalité du cinéma lors de la cérémonie de clôture. Ce (beau) prix surprise a été décerné à un "trésor national britannique" : Jim Broadbent.

Outre sa fidélité à Mike Leigh, il tourne autant pour ses compatriotes Neil Jordan ou Mike Newell que pour les américains comme Martin Scorsese ou Steven Spielberg. L'acteur a aussi reçu quelques grands prix: un Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2001 dans Iris, un prix d'interprétation à Venise pour Topsy-Turvy deux ans avant, deux Golden Globes, deux Baftas, un prix d'interprétation à San Sebastian pour Le Week-End en 2013. Il a aussi des effectué quelques participations dans des séries télé comme Games of Thrones ou Docteur Who...

Cette année Dinard avait prévu de lui rendre un hommage avec plusieurs de ses films comme Another year de Mike Leigh et Un week-end à Paris de Roger Michell. Il s'était déplacé avant tout pour l'avant-première A l'heure des souvenirs de Ritesh Batra (avec Charlotte Rampling et Freya Mavor...) dont la sortie est attendue en 2018. La séance était suivie d'une rencontre entre l'acteur et le public qui a pu le questionner à loisir.

Jim Broadbent a ainsi évoqué avec simplicité son parcours.

La variété
"On me pose souvent une question à propos de l’état actuel du cinéma britannique, en fait presque chaque année depuis longtemps. Tout ce que je peux en dire c’est que à l’époque où j’ai commencé le cinéma il y avait peut-être une douzaine de films par an et surtout beaucoup de téléfilms, et aujourd’hui il y a plus de films en salles et aussi plus de bons films. Je me réjouis d’avoir participé à certains. J’adore faire des rôles très différents comme être très extravagant et bruyant dans Moulin Rouge, le professeur de Harry Potter, le papa de Bridget Jones, m’être amusé avec l’ours Paddington, et à l’opposé un personnage plus délicat dans Iris ou comme dans ce film A l’heure des souvenirs. Savoir que j’allais jouer avec Charlotte Rampling m’a rendu un peu nerveux, c’est une actrice au talent très spécial et inhabituel."

L'éclectisme
"J’ai joué des rôles plus sombres aussi comme mes prochains films à venir Black 47 durant une famine en Irlande, et un film de cambriolage avec Michael Caine Night in Hatton Garden, sans compter le court-métrage A Sense of History de Mike Leigh dont j’ai écrit le scénario et où je tue ma femme. Je me souviens particulièrement du tournage de Cloud Atlas des Wachowski et Tom Tykwer où j’ai eu la chance de joué plusieurs rôles dans un même film. Cette possibilité de se transformer à l‘envie est ce qui m’a donné envie de faire ce métier. Avec l’âge et au fil de mes films je sais que je touche différentes générations, tant mieux. A chaque cheveu que je perd c’est peut-être une autre opportunité pour un nouveau rôle..."

Dans A l'heure des souvenirs, Jim Broadbent essaie de renouer des liens plus forts avec sa fille enceinte qui fait un bébé toute seule et son ex-femme qui lui reproche toujours son caractère grognon. Arrive un courrier de notaire qui fait de lui l’héritier d’un journal intime de quelqu’un qu’il avait connu il y a longtemps durant ses années de lycée. Dès lors le film alterne entre présent et flashbacks du passé à l’époque de sa jeunesse entouré d’un groupe d’amis au moment où il vouait un amour platonique à une jeune fille. Une lettre va faire remonter différents souvenirs qui révéleront un dramatique secret...

Damien Chazelle: « Je voulais que La La Land soit comme une musique romantique! »

Posté par cynthia, le 26 janvier 2017

Peu connu il y a un an, mais déjà aimé par les cinéphiles, Damien Chazelle, qui vient de fêter ses 32 ans, a grimpé les échelons aussi vite qu'il est possible de le faire à Hollywood. D'abord un film documentaire qui lui vaudra de se faire remarquer (Guy and Madeline on a Park Bench) avant de retourner au Festival de Deauville en 2014 avec son ballet sanglant, Whiplash. Deux ans, 7 Golden Globes et 14 nominations aux Oscars plus tard, le cinéaste s'offre une courte masterclass parisienne, avec sa timidité et sa modestie (déjà palpable lors de notre tête à tête avec lui en 2014), pour le génial La La Land, Damien Chazelle s'est confié à son auditoire.

L'ombre d'Hitchcock

"Quand j'étais très petit j'ai voulu faire du cinéma. Je n'ai jamais voulu faire autre chose. Petit, je dessinais, j'adorais Disney et je voulais être Walt Disney (rires). Après ça, j'ai commencé à regarder des films et mes héros sont devenus Hitchcock, Spielberg ou Godard. Mais ça a toujours été le cinéma peu importe le genre. Je n'ai pas de souvenir d'avant ma passion le cinéma. C'est une passion qui a augmenté chaque année. Par contre ce qui est drôle avec La La Land c'est que je n'aimais pas trop les comédies musicales. Je n'aimais pas le moment où les gens commencent à chanter, je trouvais ça assez pénible (rires). Moi ce que j'aimais c'était les polars, les thrillers, les films d'Alfred Hitchcock surtout. Hitchcock était mon héros !! J'aimais les choses assez noires, assez macabres. J'ai commencé à lire sur le cinéma. J'avais 10 ans lorsque je lisais l'échange entre Truffaut et Hitchcock. À l'époque je pensais que Truffaut était un journaliste comme ça qui avait des bonnes questions (rires) mais j'étais déjà fasciné par Hitchcock."

Le déclic avec Demy

"Je faisais des petits films avec la caméra de mon père où je filmais mes amis, ma sœur, dans des trucs de meurtres et d'ailleurs c'était toujours ma sœur qui jouait les victimes (rires). C'était des films comme ça que je voulais faire. Simultanément, je faisais de la musique : d'abord le piano mais ça n'était pas ça, puis la batterie et c'était mieux. Les comédies musicales sont arrivées après. J'aimais beaucoup les comédies musicales françaises : Jacques Demy avec Les Parapluies de Cherbourg que j'ai découvert grâce à mon colocataire. Avant Les parapluies de Cherbourg, je ne savais pas qu'une comédie musicale pouvait dégager autant d'émotion et de mélancolie. Comme j'aime les choses noires, je trouvais les comédies trop joyeuses et avec Jacques Demy cela a changé. Du coup j'ai regardé tous les chef-d’œuvres des années 30, 40 et 50."

La catharsis Whiplash

"Le film Whiplash vient d'une expérience que j'ai vécu au lycée où j'avais un professeur un peu comme le personnage de Fletcher [incarné par J.K. Simmons dans le film, ndlr], cela me donne encore des cauchemars. C'était un moment très important tout de même dans ma vie. Je me posais la question de savoir s'il y a un équilibre entre la vie et l'art et ce qu'il faut pour devenir un artiste. Je fais des films pour trouver la réponse, Whiplash était surtout porté là dessus. D'ailleurs, l'écriture de ce film a été facile pour moi car c'était presque autobiographique. J'étais comme Andrew à son âge et j'ai écris des anecdotes très personnelles dans le scénario."

6 ans pour La La Land

"Cela nous a pris 6 ans pour faire le film et on a souvent entendu le mot NON plusieurs fois. C'était un projet très personnel pour moi, un projet de rêve et je ne savais pas si on n'allait pouvoir le faire vraiment. À partir du moment où on a tourné, où on a monté La La Land, c'était ça qui devenait surréaliste. Pour tout ce qui s'est passé après, je ne peux dire que merci.
Je me souviens que je n'étais vraiment pas bien avant le Festival de Venise. On avait juste terminé le film avant le festival et comme je savais qu'on allait faire l'ouverture , toute la nuit j'avais des crises d'angoisse. Moi, j'aimais bien le film, mais je ne savais pas si le public ou les critiques allaient bien répondre au film. Finalement, c'était un grand moment pour moi à Venise car je me sentais enfin léger.
Je voulais que La La Land soit comme un morceau de musique romantique. Que cela bouge comme de l'eau, que la caméra danse alors que pour Whiplash il fallait être dans la tête du ce batteur, il fallait que ce soit carré, claustrophobe. Whiplash était le sujet sur le prix à payer pour devenir ce que l'on veut, La La Land je voulais y ajouter de la joie."

Une ouverture d'anthologie

"C'était pour moi important de trouver une vraie autoroute et ne pas faire ce long plan séquence musical avec l'appui d'un ordinateur, car je voulais mêler la magie au réel. La ville nous a laissés utiliser une partie de cette autoroute de Los Angeles durant un week-end. On a fait beaucoup de répétition au préalable en studio mais il fallait l'adapter sur la vraie autoroute par la suite. Le soleil brûlait, il faisait chaud car c'était la canicule. D'un côté tant mieux (rires). Je voulais que ce soit comme un plan continue car je savais que le spectacle était tellement absurde et je voulais donner cette sensation de vrai. Comme si la caméra était une personne, coincée sur l'autoroute, qui s'échappe comme ça et qui commence à danser. D’où le fait que certaines chorégraphies sortent de l'écran. Pour faire ça j'avais un chef opérateur vraiment merveilleux avec qui, la chorégraphe Mandy Moore et moi-même, on échangeait énormément. Moi, je prenais mon I-phone et je courais comme un malade autour des voitures afin de montrer ce que je voulais. D'ailleurs, tout ce qui était bien sur l'i-phone ne rendait pas bien en cinémascope (rires). Mais cela nous a appris plein de choses sur la manière de filmer. On était tous nerveux, angoissés mais joyeux car il n'y a pas beaucoup de choses dansant à Hollywood. Il n'y avait que du positif. On a donc fait les prises samedi et le final avec Ryan Gosling et Emma Stone le dimanche."

Les étoiles: Emma Stone/Ryan Gosling

"J'ai commencé à écrire le scénario de La La Land fin 2010 et j'imaginais déjà à ce moment-là Ryan et Emma. Mais c'était un rêve... Je ne pensais pas que cela était possible. J'imaginais quelqu'un comme Emma Stone et comme Ryan Gosling. Et puis les années passaient, on avait de l'argent puis on n'en avait plus, on avait un acteur puis finalement on ne l'avait plus, on avait une actrice puis elle se désistait ou elle n'était plus disponible. Ça changeait chaque année. Après Whiplash, on a trouvé l'argent qu'il fallait pour faire le film. Puis j'ai rencontré les acteurs séparément. Le premier ça a été Ryan que j'ai rencontré au sujet du biopic d'Armstrong que l'on doit faire. Mais il a commencé à me parler de son fanatisme des comédies musicales des années 30 et de pleins de choses et c'est là que je me suis dit que c'était peut-être possible. C'était un coup de chance! Tout a fait que ça a fonctionné pour que ce soit Ryan et Emma : l'univers était avec moi. Ryan a même appris le piano pour l'occasion, il pratiquait tous le jours au point qu'on n'a pas eu besoin d'une doublure. Pour Emma je suis fasciné par son visage et en particulier ses grands yeux. Elle me rappelle les vedettes des années muets, elle est classique et moderne. Avec elle, on sent que la caméra l'adore et c'est très important pour un film d'amour.
Emma et Ryan dégagent cette amour avec la caméra. Ils sont non seulement des acteurs mais ils sont aussi des stars."

Les Œillades 2016: un week-end avec Jean-Louis Trintignant

Posté par cynthia, le 21 novembre 2016

Annonciateur de belles rencontres, le soleil a alimenté avec douceur ce weekend à Albi. Le festival des Œillades a accueilli, à une journée de faire sa révérence, une pléiade de vedettes dont une légende vivante du cinéma français, Jean-Louis Trintignant. Autant vous dire que la journée a été riche en émotions.

À l'heure du petit-déjeuner, nous avons eu le plaisir de rencontrer l'équipe de Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste, et même si nous n'avons pas été transportés par cette comédie, nous sommes forcés de constater que son réalisateur et son actrice sont adorables, drôles et qu'il fût terriblement plaisant d'échanger quelques mots avec eux.

La bonne humeur de Lucien Jean-Baptiste et Aïssa Maïga

Un jour Ryan Gosling a confié qu'il ne voudrait pas jouer dans un film qu'il réalise afin de se concentrer uniquement sur ses acteurs. Nous avons donc posé la question à Lucien Jean-Baptiste qui lui s'en est donné à cœur joie (ou presque). «C'est difficile de gérer les autres et soi-même, mais si j'ai un conseil à donner à Ryan Gosling, c'est de bien préparer son personnage au préalable et de s'entourer d'une équipe capable de se donner à 150% ...mais aussi de se reposer (rires) !» En interview, Aïssa Maïga et Lucien Jean-Baptiste sont aussi complices qu'à l'écran. D'ailleurs que l'actrice (prochainement sur France 2 dans une saga policière) a qualifié le tournage de «meilleur tournage de» sa vie. «Je rentrais chez moi, toute heureuse de ce tournage, c'était comme si j'étais dans une colonie de vacances!»

Après avoir communiqué leur enthousiasme et leur bonne humeur, le pas léger mais un peu stressé nous a mené à la conférence de presse de Jean-Louis Trintignant.

Trintignant, le sage conteur

Lorsqu'un monstre sacré comme Trintignant arrive à Albi, on ne peut que s'incliner et applaudir. C'est ce que toute l'assemblée a fait avant que l'acteur ne se mette à nous applaudir aussi. Modeste (un peu trop vu son talent), drôle, sage et lumineux, l'acteur de Un homme et une femme et de Z s'est livré avec passion à nous, à nos confrères et à quelques chanceux présents durant sa Masterclass que l'on n'oubliera pas.

L'acteur confie qu'il est devenu franc avec l'âge et, qu'à présent, il dit ce qu'il pense, ce qui permet un entretien magistral à graver dans la roche. Pour son film coup de cœur au festival francophone d'Albi , il a choisit Asphalte de Samuel Bencherit car pour lui "nous sommes sur terre pour essayer de construire quelque chose ensemble" et c'est ce que ce film semble montrer avec fougue et son casting 5 étoiles. Il ajoute qu'il avait le goût du drame auparavant mais que dorénavant, "il faut raconter les choses avec légèreté." "On ne va pas au cinéma pour voir les erreurs de la vie." Réalisateurs, réalisatrices, prenez notes!

Comme à Écran Noir on aime la poésie, on lui a parlé de l'une de ses passions, ce qui lui a donné l'envie de réciter un poème. C'est ainsi que de sa voix rauque, il illumina la salle d'Albi de quelques vers du poète du XIXe siècle, Jules Laforgue.

Trintignant, le monstre sacré

Nous lui avons demandé ce qu'était un bon acteur... Il a rit : "C'est quelqu'un qui a de la chance parce qu'il y en a beau coup qui pourrait être bien mais, on ne sait pas pourquoi, ils sont bien mais ça ne marche pas. Franchement le cinéma c'est un truc vraiment à part. On a une présence au cinéma ou pas. Il y a des très bons acteurs comme un vieux de mon âge, Robert Hirsch. Il a fait un ou deux films mais ça n'accroche pas alors qu'il est très bien au théâtre. Mais alors pourquoi ça n'accroche pas au cinéma ? Moi c'est un peu le contraire. Je crois que je suis meilleur au théâtre parce que je ne me suis jamais vu alors qu'au cinéma on se voit et pourtant je ne sais pas...ça marche bien au cinéma. Moi je préfère faire du théâtre."

Alors on lui pose la question: "dans les années 70, en haut de l'affiche il y avait vous, Delon et Belmondo, qu'est-ce qui vous différenciait de ces deux autres acteurs?" Et il répond humblement: "Enfin il y avait surtout eux, moi je n'ai jamais été une vedette. Mais pour répondre et bien je ne sais pas... tout d'abord j'étais assoiffé de notoriété. Pour être une vedette il faut se penser vedette, il faut penser que ce que l'on fait est supérieur aux autres moi je n'ai jamais pensé ça. Je trouvais Alain Delon plus beau que moi et je trouvais Belmondo meilleur comédien...maintenant...moins (rires)."<

Trintignant à Cannes l'an prochain

Malgré sa modestie, Jean-Louis Trintignant a eu des succès à la pelle. Il affectionne évidemment Un homme et une femme, qui célèbre ses 50 ans cette années: "Parce que ça a été le film français qui a fait le plus de recette dans le monde. Cela a été formidable surtout que c'est un petit film: au départ on était 5 en tous techniciens compris. Et puis il y a eu Ma nuit chez Maud et Le Conformiste".

Non l'acteur n'arrêtera pas malgré ce qu'il veut bien laisser croire. Il veut revenir sur les planches très bientôt et vient de terminer le nouveau film de Michael Haneke. "Je ne fais pas grand chose mais j'ai fait un autre film avec Haneke l'été dernier qui va sortir en octobre et qui va à Cannes au mois de mai je crois. Cela se passe à Calais, on a tout tourné à Calais et c'est l'hisoire d'une famille bourgeoise qui a construit le tunnel sous la manche. Cela se passe à Calais maintenant avec les migrants et le rapport avec cette famille bourgeoise c'est que leurs problèmes stupides de fric ou d'adultère sont en même temps que ceux des migrants qui tentent de survivre. Je joue le patriarche. C'est très beau mais peut-être que ça ne sera pas bien, je ne sais pas."

A jamais et Orpheline

Après cet entretien partagé, nous nous sommes dirigés vers les salles obscures pour le prochain film de Benoît Jacquot, À jamais. Le film, inspiré du roman de Don DeLillo, raconte la traversée schizophrène de son héroïne (Julia Roy, magistrale et un brin Natalie Portman dans Black Swan) qui tente de faire le deuil de l'homme de sa vie. Nous aurions pu être séduits (en particulier grâce à l'actrice) mais les scènes qui s'enchaînent et l'atmosphère pesante ont eu raison de notre dévotion. Dommage.

Nous avons enchaîné avec Orpheline d'Arnaud Des Paillières, un film dérangeant, déceva,t et à la limite du porno/pédophile qui file la nausée. Malgré le casting , on se sent vite mal à l'aise devant ces scènes de sexe crues et glauques qui jaillissent à tout va et sans aucune raison: on a envie de s'arracher les yeux devant les gros plans sur les fesses et les tétons de ces quatre actrices principales (oui, il les a mis à poil les quatre, comme quoi il fallait être réalisateur messieurs) et on a envie de se jeter sous un train devant une intrigue en puzzle qui se veut étonnante mais qui est incompréhensible.

La prostate de Trintignant

Dieu merci Trintignant et sa bonne humeur nous ont exorcisé de ces deux films. Venu présenté le film Z de Costa Gavras, ce grand monsieur s'est installé dans la salle au milieu de tous afin de revoir le film qu'il n'a pas vu depuis 1970. Puis il s'est prêté au jeu des questions-réponses, avec le public cette fois, avant de faire une pause: "je veux faire pipi, je reviens, permettez-moi".
Quelques photos et puis s'en va. La présence de Trintignant aura été l'événement de cette 20ème année du festival des Œillades. Un beau cadeau mutuel (le festival le mérite) dont nous avons pleinement profité. Nous n'oublierons pas et nous y penserons jusqu'à l'année prochaine.

Brady Corbet: « Je porte un intérêt aux gens en marge, ceux qui sont déclassés »

Posté par cynthia, le 13 juin 2016

Brady Corbet arrive timidement dans la salle du célèbre cinéma Le Lincoln. Habillé en mode "soirée pizza entre potes devant l'intégrale de The Walking Dead", l'acteur/réalisateur nous a offert son plus beau sourire avant de s'installer sur sa chaise d'invité d'honneur du Chaps-Elysées Film Festival.

Aussi mignon qu'un bisounours et charismatique qu'un Californien en plein été, Brady Corbet nous a fait craquer en toute simplicité. Après une longue présentation de sa carrière (que l'on peut trouver sur Wikipédia aussi), l'acteur a explosé de rire  lorsque l'on a annoncé qu'il a déjà joué aux côtés de Vanessa Hudgens. Oui l'acteur n'a pas commencé par des films d'auteurs mais plutôt par des films dits "gagne-pain". Alors que la présentation (très détaillée) se poursuit, le rire de l'acteur s’amplifie: "Je vais bientôt devoir raconter comment j'ai perdu ma virginité...". En même temps, ça on ne le trouve pas sur Wikipédia...

Mysterious Skin

Oui il n'a que 27 ans et pourtant il a déjà une longue carrière derrière lui. Il passe son enfance dans une petite ville du Colorado aux côtés de sa mère qui remarque très tôt que Brady ne pense qu'au septième art. Elle l'inscrit à l'âge de 7 ans dans un casting qu'il loupe. Mais comme le hasard n'existe pas, il y trouve un agent qui, malgré son très jeune âge, va l'envoyer à de nombreux castings. Après de nombreuses participations remarquées, l'acteur joue dans le sulfureux Thirteen de Catherine Hardwick (oui elle a eu une vie avant Twilight) avant de jouer dans le film qui va le révéler aux grands publics: Mysterious Skin de Gregg Araki. "Avant Mysterious Skin, on me choisissait sans que je choisisse moi-même les rôles. À partir de ce film, j'ai décidé avec qui je voulais travailler. L'histoire de Mysterious Skin je la connaissais puisque j'ai longtemps travaillé dans une librairie et que j'ai lu le livre dont le film a été adapté. Ce bouquin m'a beaucoup parlé, il m'a même hanté! Lorsque j'ai appris que Gregg Araki voulait en faire un film je l'ai tout de suite contacté."

Haneke et 24h chrono

L'acteur est plus que fier d'avoir participé à ce projet car ce n'est pas les rôles qui l'attirent mais plutôt les projets. "Je me fiche de savoir où sont mes parents fictifs ou d'où vient mon personnage du moment que ça marche. Je le fais tant que ça marche!" déclare-t-il avec une certaine passion dans sa voix. Pour Funny Games de Michael Haneke (la version américaine, évidemment), Brady Corbet s'est dit plus qu'enjoué par cette chance. "J'aurais pu laver le sol, j'aurais été content de faire partie de l'aventure. "

Nous le voyons souvent incarner des rôles complexes à la limite du psychotique alors, qu'a priori, son visage et sa blondeur évoquent plutôt l'inverse.

"Je porte un intérêt aux gens en marge, ceux qui sont déclassés!" Tout est dit! L'acteur aime se surpasser et aller à l'opposé de ce qu'il connaît. Il pousse d'ailleurs les acteurs qu'il dirige à faire de même. Toujours plus loin physiquement, psychologiquement. Brady Corbet  n'est pas un actor studio, modelé par la machine aux Oscars et happé par l'engrenage Marvel/DC, mais un acteur en ébullition et en quête perpétuelle du projet qui sera lui parler. Pourtant... l'acteur a changé de registre en apparaissant dans la saison 5 de 24 h chrono. "La série 24? Je l'ai fait pour l'argent! (rires) J'avais une année assez difficile (rires)! Ce n'est pas mon style même si ce fut une excellente expérience et que les gens avec qui j'ai travaillé ont été adorables..." ajoute-t-il.

Une influence française

D'ailleurs, Brady n'est pas du genre à se poser dans sa maison avec sa femme et son gosse devant une série: il déteste! S'il n'aime pas trop les séries, c'est à cause des obligations données: être méchant mais devenir gentil, cliffhanger, etc..."ça ne me parle pas du tout et je sais que je suis bizarre car je dois être le seul à dire ça!" Non, nous te comprenons Brady. Attendre 7 épisodes pour voir que Georges a couché avec Brenda pendant qu'il recherchait sa sœur disparue en mer, très peu pour nous. Et même lorsqu'il s'agit de réalisation, il a joué les marginaux. Il aime traiter des sujets sombres et il sait que les gens seront moins enthousiastes ou prompts à financer ses projets. "On ne peut pas toujours faire du Game of Thrones dit-il avec un sourire...ma blague est ratée!"

Rassure-toi Brady, nous avons compris ce que tu voulais dire. On ne peut pas faire une recette qui marche partout et chez tout le monde en somme. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait avec son premier film (bien psychédélique) L'enfance d'un chef (The Childhood of a leader, avec Robert Pattinson) adapté d'une nouvelle de Sartre. Parce que ce prodigue préfère les films de réalisateurs Français et/ou Européens. "Ma mère a vécu en France et m'a fait regarder beaucoup de films français. Je pense qu'elle voulait que je tombe amoureux de la langue et que je l'apprenne... Au lieu de ça je suis tombé amoureux du mélange des langues." Il n'est pas étonnant donc de voir que pour son premier film Bérénice Béjo tient le rôle principal et que certaines séquences (si ce n'est pas tout le film) sont tournées en français/anglais.

Ovni et passionné, il confesse pour conclure: "mon cœur appartient au cinéma et c'est vraiment à lui que je me dévoue en premier!"

Champs-Elysées Film Festival 2015: la leçon de cinéma de Jeremy Irons

Posté par cynthia, le 16 juin 2015

jeremy rionsLa quatrième édition du Champs-Elysées Films Festival a offert aux cinéphiles une rencontre de renom avec la masterclass de Jeremy Irons. L'acteur caméléon s'est prêté au jeu des questions-réponses tout en nous donnant une leçon de cinéma: chapeau bas!

Une file d'attente interminable, le vent, des gens qui tentent de doubler les moins attentifs, autant vous dire que cette masterclass a eu un air Cannois. Une fois à l'intérieur (et non sans des coups de griffes et de crocs) l'événement a commencé par la présentation détaillée de Jeremy Irons (merci Wikipédia) "passionné de théâtre depuis l'enfance", "Oscar du meilleur acteur pour Le mystère Von Bülow", ..."Les Borgias", "enchaîne blockbusters et films d'auteurs", "deux garçons", etc... puis le grand comédien arrive. Plus forts que pour une Danette, nous nous sommes tous levés afin de l'applaudir.

"On essaye en français sinon vous pouvez traduire la question" dit l'acteur avec un accent british à croquer! Mr Irons ne cessera de répéter durant sa prestation que son Français est exécrable, par modestie sans doute. Il parle à la perfection et nous fait autant rire dans la langue de Molière que dans la langue de Shakespeare. Écouter Jeremy Irons c'est comme écouter Père Castor... on est happé par ses histoires et autres anecdotes sans être rassasié.

Sa magnifique femme

Jeremy Irons a pris son rôle de président du jury du Festival très au sérieux. Là où de nombreux privilégiés auraient profité des hôtels et des soirées, l'acteur lui a préféré les salles obscures. "C'est une grande chance pour moi car en temps normal je ne vois pas les films. C'est un peu les vacances pour moi et ma femme!" Ah sa femme il en parle avec les yeux d'un adolescent qui vient de tomber amoureux. Lorsqu'il évoque son film Mirad dont il a été le metteur en scène, l'acteur n'oublie pas sa tendre moitié: "J'ai tourné un film pour la télévision britannique sur les réfugiés de Bosnie. J'étais très confortable bien plus que quand je suis comédien. J'ai d'ailleurs joué dedans aussi et ma performance était exécrable. Ma femme y était également, elle était magnifique!"

Son premier frisson

Magnifique, c'est aussi ce qu'il pense du cinéma. Son premier frisson il le doit au film Lawrence d'Arabie et aux yeux de Peter O'Toole "comment il fait ça? C'est vraiment magique avec ses yeux bleus...moi je suis brown, marron!" Nous ne savons pas si la version 2016 avec Robert Pattinson va lui plaire mais en tout cas il est fou de celle de David Lean. "Dans mes rêves jamais je n'aurai pensé être comédien...d'ailleurs je n'ai pas eu une passion pour le théâtre quand j'étais petit comme vous l'avez dit Sophie, pas du tout (théorie Wikipédia réfutée! Il ne fallait pas faire comme Marion Cotillard aux César)!"

Bohémien mais pas trop

"D'accord, reprend Jeremy Irons, j'ai fait du théâtre parce que c'est mieux que de travailler!" L'acteur nous a expliqué ensuite avec humour pourquoi il a choisi cette voie: "Quand j'étais à l'école...j'étais avec des gens ennuyants! Des gens qui veulent être militaires ou banquiers.. .le business ça m'emmerde! L'idée d'une carrière avec une promotion, puis une promotion et on retire et après on meurt... non pas pour moi, je veux être un Bohémien. Faire des voyages être en dehors de la vie... en dehors du monde." L'acteur nous explique ensuite qu'être entouré d'amis au coin d'un feu c'est la vie, que plus jeune, il voyageait avec sa guitare mais ne chantait pas bien, et qu'il s'est donc tourné vers le théâtre. "Avant le théâtre je pensais au cirque ou au carnaval mais quand j'ai vu qu'ils dormaient dans des petites caravanes... ouh je me suis dis non!"

Le cinéma rajeunit

"Le cinéma est difficile à "comparer" au théâtre. Pour le théâtre il faut jouer de la voix, pour le cinéma on pense, on écoute et lorsque l'on pense et on écoute, on sent. Les émotions se montrent avec les yeux car la caméra est très proche." Concernant ses connaissances du cinéma français, l'acteur affirme qu'il aime toutes sortes de cinéma car seul le langage corporel compte. "C'est naturel de jouer, ajoute-t-il, les enfants font ça et moi je suis un peu enfant! D'ailleurs quand je revois mes copains d'école je sens qu'ils sont beaucoup plus vieux que moi!"

Jeremy Irons semble attirer par les personnages les moins simples possible: un amant obnubilé par un homosexuel dans M.Butterfly, un père qui veut piquer la petite amie de son fils (Damage) et puis les blockbusters (Die Hard 3, Eragon, Sublimes créatures). Rien de simple, rien de parfait! "Je suis attiré par les personnages compliqués, confie l'acteur aux cinéphiles et journalistes hier durant sa masterclass. Tout le monde semble comme ça en réalité. Beaucoup de scénario montre le méchant d'un côté, le gentil de l'autre alors que je crois que nous avons tous une part de bon et de méchant. La vie c'est un effort dans la balance où il faut pencher davantage du côté gentil, je crois." Ensuite, il ajoute que "le rôle d'un film est d'introduire une situation aux spectateurs qui reste dans un environnement sécurisé: un cinéma, dans le noir, un voyage dans un autre endroit mais tout de même sécurisé." Il explique ainsi avec une philosophie déroutante que lorsqu'il joue un rôle il est en sécurité: "quand je joue un rôle, ce n'est pas la vie, car dans la vie il n'y a pas de règles. Au cinéma il y a le scénario qui me protège lorsque je joue."

Pas semblant

S'en suit pour nous un véritable cours de théâtre lorsque nous évoquons Faux semblants de David Cronenberg. Jeremy Irons nous montre comment il a incarné avec brio les rôles complexes de Eliott et Beverly, ses deux vrais jumeaux. "Je suis un peu masculin, je suis un peu féminin et j'adore les deux! (il se lève) Pour Eliott je mettais mon énergie ici (il désigne son front), alors que pour Beverly là (il désigne sa gorge). C'est très simple, les yeux changent uniquement." C'est ainsi qu'il nous rejoue presque une scène avec un jumeau invisible expliquant comment la caméra se déplace: une vraie leçon de cinéma! "Pour ce film, j'ai détruit tout un dressing room afin de trouver la force d'incarner les deux personnages".

Qu'importe le flacon...

Deuxième partie de cette masterclass, les questions des spectateurs "s'il vous plaît des questions intéressantes" dit Mr Irons en riant. C'est alors qu'une spectatrice se lève, prend le micro et pose sa question en hurlant dans l'engin (il faut l'éloigné de la gorge madame, ceci est un micro pas... je vais m’abstenir du reste, il y a peut-être des enfants qui nous lisent) "Vous seriez intéressé de passer derrière la caméra?" Bon visiblement cette dame ne sait pas que l'ignorance tue! "Merci pour cette question!" lui répond Jeremy Irons. C'est là qu'il explique qu'il a tourné un film pour la télévision (avec sa femme dedans) qu'il a adoré y être derrière mais qu'il y a tout de même des inconvénients. "Pour être metteur en scène parfois on met deux ans à faire un film...alors qu'en tant qu'acteur je peux tourner quatre films par jour...euh par an...par an et une fois, j'en ai fait sept dans l'année!" Mais il ajoute, comme pur briser nos rêves:  "Le tournage pour un comédien, c'est éprouvant et c'est pour ça que les comédiens boivent tout le temps! Moi je fais des mots croisés!"

N'oublions pas tout de même que Jeremy Irons a joué dans la série Les Borgias produite par Showtime...pour quelle raison ce passage au petit écran? "Et bien à cause de l'écriture! Les chaînes câblées américaines sont excellentes pour ça!" L'acteur évoque par exemple Mad Men produit par AMC. "Il y a 30 ans je m'étais dit non pas de télévision car tout le monde regarde le football sur l'autre chaîne, mais là les gens ont le choix!" Aujourd'hui "l'écriture télévisuelle est devenue bien meilleure. Les grands scénaristes y bossent tous maintenant. L'intérêt de travailler pour le petit écran, c'est que l'audience est grande et que les budgets sont conséquents".

DiCaprio

L'acteur termine cette masterclass avec une anecdote de tournage de L'homme au masque de fer à la demande d'un spectateur. "Sur le tournage Dicaprio (rire) je me souviens que c'était la fashion week (encore plus de rire) et il y avait plein de mannequins GORGEOUS. Le premier matin nous devions ouvrir la porte de la loge de Dicaprio car on avait besoin de lui sur le plateau. Il dort... il était détruit par la nuit!"