Parasite: Song Kang-ho et Bong Joon-ho à Locarno

Posté par vincy, le 21 juin 2019

L’acteur sud-coréen Song Kang-ho recevra un Excellence Award au prochain Festival de Locarno (7-17 août),  et il sera convié à une conversation avec le public au Spazio Cinema, en compagnie du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho, Palme d’or avec Parasite. Le Directeur général d’Arte France Cinéma et ancien Directeur artistique du Locarno Film Festival, Olivier Père, animera les débats.

Fidèle du cinéaste, Song Kang-ho, le père de la famille pauvre dans Parasite, a été le malheureux détective provincial de Memories of Murder (2003), le restaurateur qui doit affronter un monstre dans The Host (2006), et a fait partie de l'aventure de Snowpiercer - Le Transperceneige, au milieu d'un casting international

L’hommage à l’acteur sud-coréen sera également accompagné de la projection de Banchikwang (The Foul King, 2000) de Kim Jee-woon, Boksuneun naui geot (Sympathy for Mr. Vengeance, 2002), premier volet de la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook et Memories of Murder, qui sera présenté sur la Piazza Grande pour la Crazy Midnight du 12 août.

Song Kang-ho a été un acteur loyal à Lee Chang-dong (Green fish, Secret Sunshine), Kim Jee-woon (The Quiet Family, Le Bon la brute et le cinglé, The Age of Shadows) et Park Chan-woo (JSA, Lady Vengeance, Thirst ceci est mon sang). Il a reçu deux prix d'interprétation au Festival de Busan et trois prix du meilleur acteur aux Grand Bell Awards (les Oscars sud-coréens).

Parasite a déjà attiré 608000 spectateurs en France depuis sa sortie, ce qui va en faire le plus gros succès pour un film sud-coréen, détrônant Snowpiercer du même réalisateur (678000 entrées en 2013). Le film est toujours en tête du box office en Corée du sud, avec un cumul de 51M$ de recettes après 2 semaines d'exploitation.

La cinéaste portugaise Teresa Villaverde à l’honneur au Centre Pompidou

Posté par vincy, le 13 juin 2019

Du Portugal on connaît le regretté et vénéré Manoel de Oliveira, le transgressif Joao Pedro Rodrigues, le poétique Joao César Monteiro, le réaliste Pedro Costa et l'audacieux Miguel Gomes. Entre les vétérans et la jeune garde montant, une femme s'est imposée, devenant par ailleurs l'une des réalisatrices les plus respectées en Europe: Teresa Villaverde.

En 7 longs métrages et trois documentaires depuis 2011, elle a brillé dans les festivals, dès le début de sa carrière: A Idade Maior, son premier film, sélectionné à la Berlinale, Três Irmaos, son deuxième long, qui a valu un prix d'interprétation féminine à Maria de Medeiros à Venise, le suivant, Os Mutantes, sélectionné à Un certain regard à Cannes, Transe présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes... Venise, c'est un peu son festival d'ailleurs, puisqu'elle y a présenté Eau et sel et Cisne, en plus de lui consacrer un documentaire. Son dernier film, Contre ton cœur, qui sortira le 19 juin en France, était en compétition à Berlin en 2017 et a été présenté à l'Acid à Cannes.

Du 14 au 30 juin, le Centre Pompidou va présenter l'ensemble de son œuvre. A 53 ans, la cinéaste continue d'explorer la difficulté du vivre ensemble et la précarité des peuples. "Autodidacte de formation, ses premières œuvres content des personnages, des lieux et des thèmes sociaux présentant des affinités avec le travail développés au même moment par d’autres cinéastes de sa génération comme Pedro Costa ou João Canijo – la mélancolie et la révolte, le sentiment d’être orphelin, l’interrogation sur la jeunesse inadaptée, l’hostilité de l’espace urbain" explique Pompidou, qui rappelle que son cinéma est "rageur, engagé et irrémédiablement féminin."

Teresa Villaverde aime filmer des survivants à un monde naturellement hostile. La notion de solidarité traverse son œuvre, énergique et combattive. "En Europe on ressent de plus en plus l’imposition d’un cinéma narratif. L’auteur écrit un scénario qu’il envoie aux bureaucrates de la télévision. Avant de naître il est déjà chez le médecin ! Mais le cinéma est bien plus qu’un fil narratif. C’est le temps, le silence, l’image, le son, le cinéma est plus proche de la poésie, du moins il devrait" explique-t-elle. Sa masterclass aura lieu le 22 juin à 17h.

La rétrospective, qui comprend 8 longs et 5 formats courts, montrera aussi Le Thermomètre de Galilée, son documentaire inédit réalisé l'an dernier, où pendant tout un été, la réalisatrice est restée avec le cinéaste  culte italien Tonino De Bernardi.

Cannes 2019 – Zhang Ziyi: « Je suis quelqu’un qui ne fait pas de plans »

Posté par kristofy, le 23 mai 2019

Zhang Ziyi connaît déjà bien le Festival de Cannes : elle avait été membre du jury de la compétition en 2006 avec comme président Wong Kar-wai, puis de nouveau jurée de la section Un Certain Regard en 2013. Cette année elle y est de retour pour un "rendez-vous avec Zhang Ziyi", soit l'une des rencontres en forme de masterclass comme il y en a eu avec Alain Delon. En attendant celle de Sylvester Stallone demain.

Elle est apparue sur nos écrans devant la caméra des plus grands cinéastes pour des gros succès autant en Asie que à l'international: The Road Home de Zhang Yimou en 1999, Tigre et Dragon d'Ang Lee en 2000 (hors-compétition à Cannes, 4 Oscars l'année suivante), Rush Hour 2 de Brett Ratner et La Légende de Zu de Tsui Hark en 2001, Hero toujours de Zhang Yimou en 200, et Le secret des poignards volants (présenté à Cannes en 2004), 2046 (compétition à Cannes) et The Grandmaster de Wong Kar-wai, Mémoires d'une geisha de Rob Marshall, The Crossing de John Woo, The Cloverfield Paradox de Julius Onah, et bientôt dans les salles Godzilla 2 : Roi des monstres.

Zhang Ziyi est revenue sur plusieurs films emblématiques de sa carrière tout en parlant à la fois d'elle et de ses envies :

Tigre et Dragon
J'avais 19 ans lors du tournage, j'étais débutante. A l'époque j'étais étudiante au Centre d'Art Dramatique de Chine, et j'avais déjà tourné un premier film. Un de mes professeurs avait envoyé ma photo pour le casting de Tigre et Dragons mais je crois qu'elle a été rejetée. Le réalisateur avec qui je venais de tourner à été en contact avec Ang Lee et il lui a parlé de moi. J'ai dû suivre un entrainement de 2 mois aux arts-martiaux, sans savoir quel rôle j'allais vraiment avoir au final. Je me suis entrainée à fond. Quand on a un grand succès très jeune, les gens ne remarquent pas les efforts qui ont été faits.

The Grandmaster
C'est le second film fait avec Wong Kar-Wai, après 2046. J'avais un peu peur de ce nouveau tournage car c'était en cantonais alors que je parle mandarin. J'étais dans l'insécurité totale et en même temps je me concentre sur le moment présent. Parmi les différents réalisateurs avec qui j'ai travaillé c'est peut-être Wong Kar-Wai qui me connaît le mieux. C'est une chance d'être devenue amie avec lui.

les tournages à l'étranger
Pour Rush Hour 2 ce qui les intéressait, c'est que je savais faire du kung-fu pour des combats. Je ne veux pas faire le même type de rôles à Hollywood. Pour Mémoires d'une geisha de Rob Marshall, c'est un rôle à part, car c'est très rare qu'une femme asiatique soit le rôle principal dans un film de studio hollywoodien. Dans Godzilla 2 : Roi des monstres , c'est un rôle où il y avait des choses à exprimer, et pas seulement un rôle destiné à une asiatique. Je fais attention à ça. J'ai refusé plusieurs rôles car je me suis demandé pour quelle raison les accepter. 

L'avenir
De nature, je suis quelqu'un qui ne fait pas de plans, qui laisse couler les choses. Je me concentre sur le film lui-même, que ce soit avec un projet de premier film ou un film sans promesse de succès. La patience paie pour attendre des rôles meilleurs. A 40 ans, le plus important est la valeur des rôles, c'est-à-dire quoi transmettre à travers les films.

Champs-Elysées Film Festival: trois acteurs cultes en hommage (et en masterclass)

Posté par redaction, le 3 mai 2019

Le 8e Champs-Elysées Film Festival (18-25 juin) rendra hommage à trois comédiens cultes américains, qui ont su alterner série ou théâtre avec des blockbusters ou des films de genre et des films d'auteurs qui ont parcouru les festivals.

Des talents qui symbolisent le meilleur du 7e art américain. A travers eux, ce sont tous les styles du cinéma américain contemporain qui seront célébrés, de Wes Anderson à David Lynch, d’Abel Ferrara à Robert Altman, de Woody Allen à Tim Burton.

- Jeff Goldblum donnera une masterclass le mardi 18 juin à 17h au cinéma le Balzac. Sa venue se fait à l’occasion de la sortie du film The Mountain de Rick Alverson (le 10 juillet 2019 en salles) qui sera présenté en avant première le mercredi 19 juin à 20h30 au PublicisCinémas.

Depuis Les Flambeurs de Robert Altman en 1974, Jeff Goldblum a tourné plusieurs fois avec Philip Kaufman (L’invasion des profanateurs, L’étoffe des héros), Lawrence Kasdan (Les copains d’abord, Silverado), Wes Anderson (La vie aquatique, The Grand Budapest Hotel, L’île aux chiens) ou encore Roger Michell (Morning Glory, Un week-end à Paris). On l'a évidemment vu dans Annie Hall de Woody Allen, La Mouche de David Cronenberg, ou chez Steven Spielberg (Jurassic Park) et Roland Emmerich (Independence Day), et même l’univers de Marvel en tant que Grand Maître. Rappelons qu'il a aussi réalisé un court métrage nommé pour l'Oscar du Meilleur court métrage de fiction, Little Surprises.

- Kyle MacLachlan donnera une masterclass le jeudi 20 juin à 20h au PublicisCinémas. À l’occasion de sa venue, les épisodes 1,2 et 8 de la saison 3 de la série Twin Peaks de David Lynch seront projetés gratuitement en sa présence. Les films de sa rétrospective seront annoncés prochainement.

Le parcours de Kyle MacLachlan est intrinsèquement lié à l’œuvre intrigante de David Lynch. Le cinéaste le révèle avec Dune il y a 35 ans. Le comédien y joue trois rôles. S’ensuivent Blue Velvet et surtout Twin Peaks avec le personnage de l’agent Dale Cooper, qui lui vaut un Golden Globe : il tourne trois saisons et un film, Twin Peaks : Fire Walk with Me. On l'a aussi remarqué chez Oliver Stone (The Doors), Bruce Beresford (Rich in Love, Peace Love and Misunderstanding), John Frankenheimer (Against the Wall), Paul Verhoeven (Showgirls), Mike Figgis (Time Code), Eli Roth (La prophétie de l’horloge). Il sera bientôt chez Steven Soderbergh (High Flying Bird).

N'oublions pas sa riche carrière télévisuelle avec Sex and the City, Desperate Housewives, How I Met Tour Mother, The Good Wife et bientôt Atlantic Crossing. Kyle MacLachlan sera présent à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes avec le moyen-métrage de Luca Guadagnino, The Staggering Girl puis dans Fonzo, aux cotés de Tom Hardy, et Tesla, dans le rôle d’Edison face à Ethan Hawke.

- Christopher Walken donnera une masterclass le vendredi 21 juin à 19h30 au cinéma Gaumont Champs-Élysées. Une rétrospective de ses films sera annoncée prochainement.

L'acteur est arrivé tardivement au cinéma, après une belle carrière au théâtre ou dans des comédies musicales. Cet acteur, danseur et chanteur, a fait ses premiers pas au cinéma avec Paul Mazursky (Next Stop Greenwich Village), Woody Allen (Annie Hall) et James Ivory (Roseland) avant de rencontrer Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer, Oscar du meilleur second-rôle masculin, La porte du Paradis). Il est à l'affiche de Dead zone de David Cronenberg, un James Bond (Dangereusement vôtre), Comme un chien enragé de James Foley, Milagro de Robert Redford ou Biloxi Blues de Mike Nichols. Mais il gagne en popularité avec Tim Burton (Batman le défi, Sleepy Hollow), Steven Spielberg (Arrête-moi si tu peux), Tony Scott (True Romance, Man on Fire, Domino), et Quentin Tarantino (Pulp Fiction).

Christopher Walken a tourné quatre films avec Abel Ferrara, mais il a aussi navigué dans des univers aussi différents que ceux de Clint Eastwood (Jersey Boys), Todd Solondz (Dark Horse), John Turturro (Romance and Cigarettes), et dans des succès comme Serial noceurs, Hairspray et Eddie the Eagle. On peut le voir depuis février sur Netflix dans le mélodrame Mon âme sœur. Son prochain film est War with Grandpa, avec Robert de Niro et Uma Thurman.

Naomi Kawase: « j’ai pris une caméra pour savoir d’où je viens et qui je suis »

Posté par vincy, le 29 novembre 2018

Du 23 novembre 2018 au 6 janvier 2019, le Centre Pompidou programme une rétrospective de l'œuvre de Naomi Kawase, soit 45 films, courts, longs, fictions ou documentaires. Caméra d'or (Suzaku, 1997) et Grand prix du jury (La forêt de Mogari, 2007) à Cannes, la cinéaste japonaise est invitée dans le cadre de Japonismes 2018, mise en lumière des artistes japonais en France. Elle sort cette semaine son dernier long métrage Voyage à Yoshino, sélectionné à San Sebastian.

Pour l’occasion, Naomi Kawase a créé ses deux premières installations, et réalisé un autoportrait commandé pour la collection du Centre Pompidou, Où en êtes-vous ?. Les Quatre saisons à Nara de Kawase sont exposées  en accès libre au Forum -1, à côté d’une nouvelle installation du cinéaste espagnol Isaki Lacuesta et de la correspondance filmée qu’il a entretenue avec Naomi Kawase en 2008 et 2009.

Samedi 24 novembre, la cinéaste et productrice était l'invitée d'une Masterclasse, animée par Olivier Père.

Elle y a évidemment évoqué Nara, cette province près de Kyoto, dont elle ne cesse de filmer sa nature et ses paysages: "Je suis née à Nara. J'y vis encore. Il est très difficile d'avoir accès au cinéma. Il n'y avait pas beaucoup de salles quand j'étais jeune. Il n'y en a plus aujourd'hui." C'est aussi une région fortement spirituelle, avec un Shintoïsme omniprésent, ce qui a fortement influencé sa vision et sa façon de vivre. Elle avoue: "Tout ça a été accentué par Nara. il y a une forte spiritualité dans ma région. J'avais l'impression de vivre ce que les gens vivaient il y a 1000 ans." De même pour son esthétique et sa manière de filmer les paysages et la nature: "Je tourne mes films en fonction de mon instinct. Et mon instinct s'est construit avec Nara."

Naomi Kawase s'est laissée embarquer par le 7e art un peu par hasard: "Je voulais faire quelque chose qui laisse une trace. Je n'ai pas pu être architecte car je dessinai très mal. Alors j'ai pensé être cinéaste, car les films restent après nous." Progressivement, après quelques années de photographie et d'enseignement, elle découvre les vertus d'une caméra: "Dans mon cinéma, il y a autant la présence que l'absence. En me comparant aux autres, j'ai remarqué en effet qu'il me manquait des parents biologiques. Je n'avais pas de famille. C'est assez rare au Japon. C'est pour ça que j'ai pris une caméra: pour savoir d'où je viens et qui je suis."

Aussi fait-elle de son cinéma, un mélange de cinéma introspectif, de documentaire de témoignage  et de fiction métaphysique. "Avant Suzaku, mes courts métrages parlaient de moi-même de ma mère adoptive. J'ai découvert un rapport étrange entre le moi objectif et le moi introspectif, entre la réalité et la fiction. Je n'étais plus tout à fait sa fille et je me voyais la filmer. C'est là que j'ai compris que je pouvais passer à la fiction." Elle confie qu'à l'époque ses relations avec sa mère étaient difficiles et tendues:  "A travers la caméra, j'ai amélioré ma relation avec [elle]. J'ai naturellement peur des gens . Je me repliais sur moi-même. la caméra m'a permis d'améliorer ma relation avec les autres et de m'ouvrir au monde dans lequel je vis."

Femme cinéaste, Naomi Kawase assume sa singularité. "Il y a une pression sociale dans la vingtaine avec le mariage, les enfants. Il faut résister, ne pas avoir peur d'être traitée d'égoïste, ce qui nécessite d'avoir une grosse force mentale." Être une femme n'est pas forcément facile surtout dans un milieu d'hommes. Pourtant, elle fait de cette faiblesse une force: "Du fait que j'étais une femme, ça a aussi eu des avantages. J'étais la seule réalisatrice japonaise, alors mes films étaient vite et mieux repérés, y compris à l'étranger..."

"Il y a toujours un scénario, qui est même très solide. Je réécris et je les corrige souvent, et ils sont en fait très précis" rappelle-t-elle pour lutter contre des idées reçues.

"Plus que de la mise en scène, je reconstitue la vie" nuance la réalisatrice pour définir son style, expliquant que sa vie personnelle et son entourage s'invitaient dans son cinéma à l'instar de ce libraire d'occasion qui incarne le vieux sénile dans La forêt de Mogari. Elle s'est toujours inspirée des sentiments qu'elle traversait. Ainsi quand sa mère est décédée, son monde de Nara a disparu. elle est allée retrouver une partie de ses origines sur l'île d'Amami, ce qui a donné Still the Water, où la grand mère décède dans un rite presque chamanique: "Pendant le tournage et le montage, j'ai pleuré. J'ai eu besoin de transmettre un message: le monde est beau, au-delà des changements."

On constate une évolution dans son cinéma depuis ce film, une ouverture vers des films plus populaires. Naomi Kawase revendique l'idée de ne pas changer tant que cela: "J'ai envie de choisir des films en fonction des rencontres. Il faut qu'il y ait une part de réalisme", donne-t-elle comme seul critère.

Lumière 2018 – Jane Fonda: « On n’a pas ça aux Etats-Unis! »

Posté par Morgane, le 21 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, 15h, le très beau théâtre des Célestins prête sa salle, comme chaque année, pour LA masterclass du Prix Lumière.
Jane Fonda arrive, sourire aux lèvres, habillée de vert des pieds à la tête, rayonnante et pétillante et s'adresse à son auditoire dans un français quasi sans faute au léger accent si charmant... "Je n'étais pas venue à Lyon depuis 50 ans. Je suis très fière et très heureuse d'être ici!"

L'idée d'être une star
"Je suis stupide mais pas folle! Des gens dehors me demandent des autographes. Mais qu'est-ce que c'est être une star? Je ne sais pas... Pour moi c'est être une antenne au somment d'une montagne pour amplifier les voix des gens qui ne sont pas des stars."

"Je ne voulais pas être actrice. Mon père était un grand acteur mais quand il rentrait le soir il n'était jamais en joie, toujours de mauvaise humeur. Donc je n'étais pas attirée par ce métier. J'ai essayé d'être secrétaire mais on m'a mise à la porte!" Mais alors pourquoi cette carrière d'actrice? "Car je devais gagner de l'argent, c'est aussi simple que ça. Ma belle-mère ne m'aimait pas beaucoup et elle m'a dit que dans cinq mois je devais quitter la maison de mon père. J'ai donc fait un essai pour un cours d'art dramatique et c'est comme si on m'avait ouvert la tête et que des milliers d'oiseaux s'étaient envolés. C'était magnifique! J'avais juste besoin de l'approbation de quelqu'un non employé par ma famille."

Une femme aux deux Oscars
Jane Fonda a reçu deux Oscars. Le premier pour Klute de Alan J. Pakula en 1972 et le second pour Le Retour de Hal Ashby en 1978.
"J'ai pleuré car j'avais gagné un Oscar avant mon père, ça ne me semblait pas juste."

Fonda et le cinéma français
En 1964, Jane Fonda arrive en France pour tourner Les Félins de René Clément. Elle tournera ensuite trois films avec Roger Vadim (La Ronde, La Curée et le fameux Barbarella) qui deviendra également son mari et le père de leur fille, Vanessa. "J'ai rencontré Roger Vadim quand je tournais Les Félins. J'ai dit 'jamais je ne ferai un film avec Vadim!' Mais il était cosy, like an oldshoe, tellement charmant, je suis tombée amoureuse quoi!" Difficile de travailler avec son mari? "Non, c'est sexy! Vadim adorait mettre sa femme nue dans les bras d'acteurs très beaux. Il aimait tenter le diable."

"En mai 68 j'étais en France. On croyait qu'il était possible qu'ouvriers et étudiants puissent se rassembler pour changer le gouvernement. Mais ce n'était pas possible. Ce fut même pire après. Mais à l'époque on trouvait cela formidable!"
C'est aussi à cette période que Jane Fonda rencontre Simone Signoret, Yves Montand, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre... C'est en France, dit-elle, qu'elle a vraiment compris la guerre du Vietnam. "Même Vadim qui se foutait de tout était contre cette guerre. Simone Signoret m'a expliqué la guerre. C'est alors que j'ai compris et que je suis rentrée aux Etats-Unis. C'est plus facile au final d'être ignorant car c'est pardonnable." Une fois que l'on sait...

Un nouveau cinéma avec Sydney Pollack
De retour aux Etats-Unis, Jane Fonda tourne On achève bien les chevaux réalisé par Sydney Pollack. C'est pour elle un tournant dans sa carrière d'actrice car elle aborde ici un tout autre type de personnage. Tournant qu'elle entérinera par la suite avec Klute. On achève bien les chevaux met en avant "les gens consumés par le consumérisme. Sydney Pollack était extraordinaire. Il avait un don pour raconter des histoires qui prennent les gens. Les acteurs adoraient travailler avec lui."

Convictions politiques au devant de la scène
"Ma carrière n'était jamais en première place. Quand on est une actrice militante c'est important d'avoir des films ou des séries qui marchent car on vous entend, ça permet d'être plus efficace dans son militantisme." Le cinéma était alors un moyen, non une fin en soi. Thierry Frémaux lui dit alors qu'elle est allée très loin dans ces années-là. "Je suis allée au Vietnam au printemps 1972. On recevait des informations des diplomates disant que les bombardiers américains bombardaient les digues juste avant la saison des moussons ce qui tuerait des milliers de gens. On ne savait pas quoi faire. Alors je me suis dit si moi j'y vais peut-être que ça va faire du bruit. Je suis très fière de cela. En revanche une photo a été prise de moi avec des nords-coréens assise sur un canon anti-aérien. Ça a été très mal pris et je le regrette énormément."
"Je pense que je suis devenue meilleure actrice grâce à mon militantisme. Apprendre à écouter est le plus important. Il faut haïr le comportement et non la personne, sinon on est consumé par la haine."

Jane et l'aérobic
"Une fois la guerre du Vietnam terminée, on a voulu, avec mon mari Tom Hayden, créer une Campagne de Démocratie Economique. Mais nous n'avions pas l'argent. Je connaissais bien le workout (le fitness d'aujourd'hui) alors je me suis dit que j'allais faire un business de la gym pour financer cette Campagne." Tout l'argent récolté grâce aux cassettes, aux livres etc. revenait à la Campagne. Cela lui a aussi permis de reprendre possession de son corps (anorexie, boulimie...) "Au bout de plusieurs années, j'ai réalisé que la gym en soi était importante. Je recevais des lettres du monde entier de femmes disant que ça les avait transformées..."

Jane in five acts
Le documentaire de Susan Lacy aborde la vie de Jane Fonda selon cinq actes. Quatre hommes: son père, Roger Vadim, Tom Hayden et Ted Turner. "Ted Turner est mon ex préféré. Il vit encore, enfin presque." Et le cinquième acte c'est Jane elle-même.
Dans ce documentaire on la voit encore aujourd'hui dans de nombreuses manifestations. "Avant Trump je pensais pouvoir apprendre le jardinage ou écrire un livre. Mais le jour après son élection, ce n'était plus possible! C'est la première fois aux Etats-Unis que les gens réalisent que notre démocratie est en danger."

Une belle discussion, des rires, des anecdotes cinématographiques, une vie engagée...  Pour moi qui connaissait assez peu Jane Fonda et son cinéma, cette semaine de festival m'a permis d'en découvrir beaucoup plus sur sa carrière (Julia, Stanley et Iris, Le syndrome chinois, Le cavalier électrique, La maison du lac -unique film où elle joue avec son père dans une comédie dramatique qui semble quasi autobiographique et pour lequel Henry Fonda recevra le seul Oscar de sa carrière) et sur sa vie (grâce au documentaire Jane in five acts). Une belle découverte qui  donne envie de continuer à découvrir le reste de sa filmographie... Thanks Jane pour cette masterclass!

Lumière 2018 – Alfonso Cuaron: « Je ne fais des films que pour apprendre à faire le prochain. »

Posté par Morgane, le 17 octobre 2018

Festival Lumière. Mardi 16 octobre. 10h. Le soleil brille encore à Lyon et les gens son déjà dans la file d'attente pour la masterclass d'Alfonso Cuaron qui débutera à 11h.

Une heure plus tard, la salle est comble et Alfonso Cuaron, précédé de Thierry Frémaux, fait son entrée sous les applaudissements!

Alfonso Cuaron et Thierry Frémaux reviennent sur une longue discussion qu'ils avaient eu à Morelia quelques années auparavant. Après Gravity et ses nombreux Oscars, Thierry Frémaux voulait savoir si Alfonso Cuaron était toujours un enfant du Mexique? Au moment de cette discussion Cuaron était sur un tout autre projet, celui d'une histoire intimiste mais qui se passerait il y a 50000 ans. "Je faisais des recherches très poussées en anthropologie et archéologie. J'en ai parlé à Thierry Frémaux mais lui m'a juste dit que c'était le moment de retourner au Mexique (ndlr: il n'y avait pas tourné depuis Y tu mama tambien). J'étais très en colère contre Thierry de ne pas partager mon enthousiasme. Mais cette conversation est repassée en boucle dans mon esprit et j'ai décidé de retourner là-bas et de me poser la question si en effet j'étais encore mexicain. C'était le bon moment!" Aussi, il est retourné au Mexique. Et il s'est lancé dans Roma, un film très personnel, très intime, avec les outils dédiés en général aux grosses productions, qu'il avait appris à manier lors de ses précédents tournages et qui sont pour lui "très appropriés pour un film d'auteur".

Intimité

Concernant la question de l'intime dans chacun de ses films, selon lui, "un cinéaste ne peut pas faire un film sans qu'il soit personnel. Il faut trouver une veine personnelle dans chaque projet, c'est l'enjeu. Dans Y tu mama tambien c'est un récit du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Pour moi, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban était une manière de filmer le passage de l'enfance à l'adolescence. Tout comme Gravity. On le voit comme une grosse production mais c'est mon film le plus personnel. J'étais dans le besoin de le faire. La conception même de Gravity a été une succession d'épreuves et d'adversité."

Hollywood

Quant à son rapport à l'Amérique, à cette Californie, à ce Hollywood envahissant comme lui demande Thierry Frémaux, c'est une "période d'évolution du cinéma. C'est passionnant à observer". "Je vois Hollywood comme une industrie et non comme un lieu d'expression des cinéastes du monde entier. Le danger serait de voir Hollywood comme le Saint-Graal avec le risque de lisser et d'homogénéiser ce langage pour rentrer dans le moule d'Hollywood. Je porte cette culpabilité-là car moi-même j'ai recherché cette chimère, j'ai perdu ma voix. Je l'ai retrouvée avec Y tu mama tambien. J'ai aussi par la suite changé ma relation à Hollywood."

Mexique

Et maintenant son rapport au cinéma mexicain. "Ma relation au cinéma mexicain est très complexe. Je suis né dans le Mexique du XXe siècle, sous le joug du nationalisme révolutionnaire qui provoquait chez moi un grand rejet de la culture nationale. Et en même temps c'est une époque où, au cinéma, il y avait une très grande diversité des films projetés et cela a aussi marqué mon enfance. Cette diversité a été ma formation. Mais je me demande si je fais plus un cinéma d'auteur ou un cinéma de cinéphile."

Il revient aussi sur l'admiration qu'il a pour le film Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000 d'Alain Tanner, la situation actuelle du Mexique où il ne vit plus mais où il retourne souvent et replonge dans sa filmographie lorsque Thierry Frémaux lui demande si il a certains regrets à propos de ses films. "Je ne fais des films que pour apprendre à faire le prochain."

Roma/amoR

Une fois qu'il les a tournés il ne les revoit jamais mais il a un excellent souvenir de tournage de La petite princesse. Mais si on parle de films de maturité alors pour lui ce serait le trio Y tu mama tambien, Les fils de l'homme et Roma. "Ce qui pèse au-dessus de ma tête c'est l'ombre des grands hommes. Quand je pense à eux je me dis alors que je serai ravi de faire un jour un bon film."

Et de conclure ces 2h de masterclass avec le film Roma. "Je suis frustré de me dire que le public français ne verra pas Roma dans une salle de cinéma, ce film ayant été pensé avec une ambition visuelle et sonore destinée au grand écran" explique-t-il en justifiant le choix de Netflix comme partenaire évident.

Lion d'or à Venise, le film devrait quand même concourir aux Oscars en étant projeté dans quelques salles américaines. Le cinéaste préfère parler de son tournage plutôt que de cette polémique entre Netflix, les festivals et les exploitants.

"Je donnais des indications contradictoires à chacun des acteurs. Chaque matin je donnais leur texte à certains mais pas à d'autres et je m'entretenais longuement avec chacun. Une fois sur le plateau c'était un vrai chaos! C'était génial car c'était comme la vraie vie!" D'ailleurs il nous révèle que pour une des scènes de Roma (n'ayez crainte je ne spoilerai/divulgâcherai rien) l'actrice principale n'était pas au courant de l'issue de cette scène, ce qui la rend encore plus émouvante. Et pour les seconds rôles, ils ont le métier qu'ils ont dans la vie et pour ainsi dire "ne jouent donc pas"...

Quant au titre du film Roma, c'est le nom du quartier dans lequel il a grandi et dans lequel se situe le film. C'est également le titre provisoire qui avait été inscrit pour lever des fonds etc. "J'avais dit 'ok mettez Roma comme titre provisoire mais on le changera, je n'aime pas du tout'. Et puis finalement on ne l'a pas changé." Puis il continue: "je pourrai également dire que c'est un lien qui m'unit avec Fellini et Rossellini. (il réfléchit) Mais surtout, Roma est l'anagramme de Amor!"

Lumière 2018 – Vincent Lindon « crève d’envie de mettre en scène un film »

Posté par Morgane, le 16 octobre 2018

© ecran noir

Festival Lumière, Lyon. Lundi 15 octobre, 10h, le soleil brille et la file d'attente est déjà longue devant les portes de la Comédie Odéon. Tous attendent impatiemment l'arrivée de Vincent Lindon pour cette "masterclass part 3". En effet il avait déjà fait une masterclass lors d'une précédente édition du festival, puis l'avait prolongée en revenant à l'Institut Lumière quelques mois plus tard pour la continuer aujourd'hui même lors de cette 10e édition. Car Vincent Lindon a pu être classé comme un acteur timide et peu loquace mais c'est en réalité tout l'inverse. Il ne s'arrête plus, a des tonnes d'anecdotes à raconter et semble pouvoir parler de son métier d'acteur des heures durant. La preuve en est encore aujourd'hui avec ces 2h30 de masterclass qui, selon Thierry Frémaux, devraient se poursuivre avec une nouvelle rencontre à l'institut Lumière dans les mois à venir.

10h30, les portes s'ouvrent, le public s'installe. 10h45 Thierry Frémaux et Vincent Lindon prennent place sur la scène, éclairage rouge et très en forme à la sortie d'un mâchon matinal, tradition lyonnaise consistant à remplacer le petit déjeuner classique par de la cochonnaille, des tripes et du vin rouge principalement. Comme le dit Thierry Frémaux, "on en sort en léger état d'ébriété avec un grand sentiment de supériorité".

Les sujets sont nombreux et très éclectiques. Vincent Lindon passe de la question du numérique à son métier d'acteur. Concernant le numérique, les portables, les selfies etc. il dit qu'avec tout cela on a le sentiment de vivre les choses par procuration et non en direct. "Il faut arrêter avec ces machines, c'est comme si vous n'aviez plus de cœur ni de tête." (notons quand même que le comédien "facetime" de temps en temps place Saint-Sulpice à Paris).

Il bascule alors sur le Cinéma: "je ne dis pas que c'était mieux avant internet, mais je dis qu'il faut quand même connaître les metteurs en scène qui nous ont précédé pour pouvoir faire des films magnifiques!" Et il trouve alors formidable ce festival car les salles sont pleines pour voir des films restaurés de 1930, des Chaplin, des Keaton etc. "c'est incroyable!"

Il revient ensuite sur la violence de sa profession, sur sa vie quotidienne "d'un banal déconcertant" et sur le métier d'acteur qui ne peut être bien fait que si l'on "parle avec les gens, que si l'on échange. Il ne faut pas s'enfermer. Moins on vit, moins on va dans la rue, moins on parle aux autres, plus on a de filtres et plus on se perd et moins on a de talent."

"J'aimerais que des jeunes se battent pour être à ma table!"

Il parle du milieu bourgeois dans lequel il a grandi, de ce monde où "quand y'a plus y'a encore". Il raconte cette fausse solitude qu'il chérit c'est-à-dire "être seul avec plein de gens au bout du fil". Cette envie étant acteur depuis 30 ans que son nom reste un tout petit peu. "Je voudrais passer deux ans de ma vie avant de mourir à ce qu'on ne me fasse que des honneurs. Comme ce que vit actuellement Belmondo au festival! J'aimerais que des jeunes se battent pour être à ma table!" Ce besoin d'être regardé tout en étant conscient que "c'est le regard sur l'homme qui me plait plus que le regard sur l'acteur". Souhaitant cette reconnaissance il dit en même temps ne pas avoir conscience de la place qu'il pourrait occuper dans le Cinéma français. "Je n'en reviens pas à chaque fois qu'on prononce mon nom. Je pense que c'est ma force à moi de penser que je suis indispensable et en même temps un encombrement. Je ne peux pas imaginer un jour qu'il y ait un hommage pour moi ou que je me retrouve dans un livre sur l'histoire du cinéma."

Il en est ensuite venu sur sa façon de préparer ses rôles. "Je fais un travail inconscient énorme. Je sais mon texte à la perfection, c'est le stade après le par cœur. Et pour moi le naturel passe par un excès de travail."

"Je pense qu'au cinéma l'habit fait le moine." Très intéressé par le rendu, il précise: "quand je joue un rôle j'ai besoin d'être au plus près du fantasme que je me fais de moi dans ce personnage." C'est pourquoi dans le film Casanova (qui sortira en salles au mois de mars 2019) il a beaucoup de grosses bagues mais sur ses mains bien à lui, c'est-à-dire avec les ongles rongés et ses mains de "pseudo-paysan".

Il avoue qu'il "crève d'envie de mettre en scène un film" mais qu'il aurait trop peur que des acteurs lui piquent des rôles pendant qu'il le préparera. "Alors quand je serai vraiment chauve j'attaque ma première mise en scène!"

Belmondo et Delon

Concernant le théâtre il dit que ce n'est pas pour lui car on joue le soir, pile à l'heure de l'apéro et du dîner. Non plus sérieusement pour le théâtre: "J'ai peur d'aimer le théâtre à en mourir! Du coup si j'aime trop j'ai peur de ne vouloir faire que du théâtre et du coup de lâcher le cinéma. Je suis comme un gamin qui aurait peur de lâcher une rive pour aller sur une autre. Du coup je ne vais pas y aller comme ça je suis peinard." En tout cas la pièce qu'il rêverait de jouer est celle du Misanthrope avec le rôle d'Alceste.

Il revient sur ses quelques films clef (37,2° le matin, L'étudiante, La crise, Fred, Welcome et La loi du marché), insiste sur le fait qu'il aime ceux qui travaillent dur et déteste les flemmards, ceux qui font les choses à moitié. Et de conclure avec en vrac son amour pour Gabin, son admiration pour Delon. "Belmondo c'est joyeux, c'est le soleil, tout est gai. Je ne crois pas avoir jamais entendu quelqu'un dire de Belmondo, aujourd'hui ça ne va pas très fort. Delon c'est le contraire, c'est l'ombre. Et je ne crois pas que quelqu'un ait dit de Delon, aujourd'hui il est très en forme. Mais les deux me fascinent."

Anecdotes, humour, histoires de cinéma, histoires d'acteur, moments de l'enfance... C'était un beau moment de partage que nous a proposé Vincent Lindon. Mais maintenant il est temps de quitter les lieux, Javier Bardem va venir prendre sa suite dans la salle. C'est ça la magie du Festival Lumière!

Sergio Leone en tête d’affiche à la Cinémathèque, en librairie et au Festival Lumière

Posté par vincy, le 11 octobre 2018

"Il était une fois Sergio Leone" est la nouvelle exposition de la Cinémathèque française, débutée mardi et qui fermera ses portes le 27 janvier.  L'occasion de découvrir un maître du cinéma italien, longtemps réduit au "western spaghetti", écrasé par la musique de son ami d'enfance Ennio Morricone, méprisé par une grande partie de la critique.

La grande expo de la rentrée à la Cinémathèque s’offre à « bon conte » ce monstre du cinéma Sergio Leone. Enfant de la balle – au temps du muet, sa mère était comédienne, son père, après voir été acteur, fut cinéaste et même chef du syndicat des réalisateurs – le petit Sergio est tombé dans le cinéma quand il était petit. Et il est resté longtemps le fils de Vincenzo Leone. « Au fond de moi, il y a un enfant, il y aura toujours un enfant » avait-il confié lors de sa Master class en 1986 à la Cinémathèque.

De ses origines à son projet inachevé, Leningrad, en passant par ses influences et ses méthodes de travail, le parcours réhabilite fondamentalement celui qui a inspiré Scorsese ou Tarantino. Ce brouilleur de pistes méritait bien qu'on le suive à la trace.

La Cinémathèque propose plusieurs événements pour compléter cette exposition. D'abord une visite guidée tous les samedis et dimanches à 15h30. Mais l'événement sera bien entendu la Masterclasse d'Ennio Morricone le 22 novembre à 20h, avec une rétrospective des films mis en musique par le compositeur du 22 au 26 novembre.

A cela s'ajouteront des conférences : "Il était une fois en Italie, les westerns de Sergio Leone" par Christopher Frayling le 14 octobre à 14h30, et "Sergio Leone: à la recherche du temps rêvé" par Jean-François Rauger le 18 octobre à 19h.

Il y aura aussi un documentaire sur Arte, Sergio Leone, une Amérique de légende, réalisé par Jean-François Giré et diffusé le 9 décembre (et à la Cinémathèque le 20 octobre), ainsi qu'un mois dédié à Ennio Morricone sur France Musique chaque samedi de novembre à 13h.

Sans oublier le catalogue, sous la forme d'un essai compilant entretiens (Scorsese, Cardinale, Bertolucci, Wallach...), analyses, texte de la masterclasse du réalisateur à la Cinémathèque en 1986, documents et images divers. Le livre, La révolution Sergio Leone, de Gian Luca Farinelli et Christopher Frayling, vient de paraître aux éditions de la Table ronde. Frayling a aussi écrit une biographie, Sergio Leone: quelque chose à voir avec la mort que l'Institut Lumière publie avec Actes Sud fin octobre.

Le Festival Lumière, par ailleurs, projettera la semaine prochaine une nuit Sergio Leone avec Il était une fois dans l'Ouest, Il était une fois... la révolution et Le Bon, la brute et le truand.

Mais l'intégrale de Leone sera à la Cinémathèque, avec une séance bonus: Claudia Cardinale présentera Il était une fois dans l'Ouest le 10 novembre à 20h15. Toous les films, qu'il en soit le réalisateur, le réalisateur non crédité, le réalisateur de la seconde équipe, ou le producteur, seront projetés.

Venise 2018 – David Cronenberg: « En voyant La Strada, j’ai compris que le cinéma pouvait être un art »

Posté par kristofy, le 6 septembre 2018

cronenberg ©ecran noir

Chaque année la Mostra de Venise décerne un Lion d'or d'honneur pour l'ensemble de leur carrière à différents talents du 7e art. Les derniers récipiendiaires ont été Jean-Paul Belmondo et Jerzy Skolimowski en 2016, Jane Fonda et Robert Redford l'année dernière. Cette année c'est l'actrice britannique Vanessa Redgrave (en ouverture du fesstival) et le réalisateur canadien David Cronenberg.

"Même si Cronenberg est resté confiné au début aux territoires marginaux des films d'horreur, dès son premier film scandaleusement subversif, le réalisateur a monté qu'il voulait séduire un public au-delà des limites de son genre, et il a a su construire, un film après l'autre, un édifice original et très personnel. En évoluant autour de la relation indissociable entre le corps, le sexe et la mort, son univers est peuplé de difformités et d'accouplements terrifiants, une horreur qui reflète la peur devant les mutations produites dans le corps par la science et la technologie, la maladie et la décadence physique. Tous ses thèmes - la violence, la transgression sexuelle, la confusion entre la réalité et le virtuel, le rôle déformant de l'image dans nos sociétés contemporaines - ont contribué à faire de lui l'un des plus audacieux et stimulants cinéastes de l'Histoire, un innovateur de formes et de langages qui n'est jamais lassé.", a déclaré Alberto Barbera, le directeur du Festival.

Parmi tous ses films et ses multiples prix, David Cronenberg a reçu un Ours d'argent à Berlin pour eXistenZ, un prix spécial du jury à Cannes pour Crash, Cannes où il a présenté cinq films en compétition, un Carrosse d'Or pour son œuvre et deux nominations au César du meilleur film étranger (Eastern Promises, A History of Violence). Il a reçu cinq fois "l'Oscar" du meilleur réalisateur au Canada. A Venise il a présenté son film A Dangerous Method en compétition en 2011. David Cronenberg n'a rien tourné depuis Maps to the Stars en 2014, mais il a écrit le roman Consumed (qui sera adapté en série) et il travaille sur un projet de série dont il devrait réaliser les deux premiers épisodes...

cronenberg ©ecran noirDavid Cronenberg reçoit ce Lion d'or d'honneur ce soir en préambule d'une projection spéciale de son film M. Butterfly. Avant cette soirée de gala, il s'est livré lors d'une masterclass en forme de réponses aux questions de spectateurs :

Lion d'or :
Réaliser un film c'est quelque chose de très dur physiquement et émotionellement, c'est un engagement de plusieurs longs mois voir de plusieurs années. Le festival de Venise m'a demandé quel film je souhaitais pour la projection de la séance spéciale de remise de leur récompense. J'ai choisi M. Butterfly parce que tout le monde ne l'a pas vu. Ce tournage a eu lieu en Chine à Pékin, à Budapest, à Paris; ça à été une expérience fabuleuse pour moi de le faire. La plupart de mes films parle d'identité, surtout de création d'identité.

Crash :
N'importe quel artiste qui repousse des frontières dans son art risque de faire face à une certaine censure. Crash a été censuré dans certains endroits, la Norvège par exemple. Il y a eu aussi deux versions avec 10 minutes de moins pour certains DVD, c'est regrettable. Le grand moment pour moi avec ce film a été la projection de Crash au festival de Cannes. Gilles Jacob avait proposé une projection en milieu de festival pour que ça explose comme une bombe, et ça a été le cas avec beaucoup de haine et beaucoup de passion pour ce film.

Enfance :
Quand j'étais gamin, le moyen d'accès à des fictions c'était la radio, il y a eu des grandes séries radiophoniques, Orson Welles en a fait quelques unes. En écoutant ça à la radio, il était possible d'être terrifié. Ce type de séries a disparu remplacé par les séries à la télévision et maintenant celles en streaming via internet. Petit, j'allais au cinéma voir des dessins-animés ou des films d'aventures avec des pirates, je pensais que le cinéma était un divertissement pour les enfants. J'habitais dans un quartier de Toronto qui était devenu italien, avec assez d'italiens pour que le cinéma proche de chez moi passe des films italiens. Un jour j'ai vu des gens sortir du cinéma avec des larmes aux yeux, je me suis demandé quel film pouvait bien avoir ce pouvoir sur des adultes : c'était La Strada de Fellini. C'était la première fois que je comprenais que le cinéma pouvait être un art.

Nouvelles technologies :
Avant notre époque du tout digital, vous savez que la fabrication du film était analogique avec différents procédés de développement de la pellicule. On travaillait à obtenir des couleurs parfaites pour le négatif qui servait d'étalon, mais ça arrivait que la copie projetée en salles de cinéma montre une définition de couleurs un peu différente. Chaque génération de duplication est une dégénération de l'original, un peu comme les enfants (sourire). Le numérique a apporté cette même qualité parfaite pour chaque copie. Les films en Réalité Virtuelle doivent trouver leur propre grammaire, le procédé est fascinant mais quoi en faire ? Moi au bout d'une dizaine de minutes ça me donne envie de vomir, ce n'est pas agréable sur une longue durée. Les drones aujourd'hui deviennent un nouvel outil de cinéma d'ailleurs très utilisé dans des séries, j'en ai acheté un moi-même. Avec, on peut faire des plans qui étaient très coûteux auparavant car il fallait une grue ou un hélicoptère. La technologie est une extension de notre cerveau.