Festival 2 Valenciennes 2017 : Sage femme et A voix haute font sensation

Posté par wyzman, le 16 mars 2017

Lancée lundi dernier, la 7ème édition du Festival 2 Valenciennes achevait hier sa compétition Documentaires. Outre les sacres de  L'Opéra de Jean-Stéphane Bron (Prix de la Critique) et de La jeune fille et son Aigle d'Otto Bell (Prix du Public), ce sont le Prix des Etudiants et le Grand Prix que l'on retiendra avant tout. Le premier a été attribué à A voix haute - La Force de la parole, superbe documentaire centré sur des orateurs du 9-3 tandis que le second (Finding Phong) traite brillamment de la transsexualité d'une jeune femme vietnamienne.

Mais outre la remise des prix adressés aux documentaires, la cérémonie d'ouverture de la compétition Fictions a également été l'occasion de rendre un hommage on ne peut plus dynamique et surprenant au cascadeur Michel Carliez (Fanfan la Tulipe, Ne le dis à personne) et à l'acteur François Berléand (Le Transporteur, Les Choristes). Présentée par Nathalie Corré, cette cérémonie d'ouverture s'est terminée sur la présentation et la projection du film Sage femme de Martin Provost.

Comédie dramatique pur jus, le nouveau film du réalisateur de Séraphine et Violette raconte les péripéties d'une sage-femme (Catherine Frot) dont la vie est bouleversée par le retour de Béatrice (Catherine Deneuve), la maîtresse de son défunt père. Film subtil sur la vie, la mort et le deuil, Sage femme donne raison aux bons vivants et encourage tous les autres à profiter de tout ce qu'ils possèdent. En somme, une belle leçon de vie portée par deux actrices dont le talent n'est plus à démontrer mais à l'impressionnante complicité. Et si Catherine Frot est toujours aussi remarquable de justesse, les répliques offertes à Catherine Deneuve font de cette co-production Curiosa Films, France 3 Cinéma et Versus Production un véritable must-see. Parmi les meilleures pépites, on retiendra "Avec le temps, je me dis que les enfants c'est quand même pratique : c'est là, ça remplit un vide" et "Tu sais que t'es belle quand tu t'encanailles toi !"

L’édition 2017 du Festival 2 Valenciennes ouvre ses portes

Posté par wyzman, le 13 mars 2017

Depuis maintenant 7 ans, le Festival 2 Valenciennes vient épicer nos mois de mars. Et cette année encore, les organisateurs ont tout fait pour ravir les cinéphiles de 7 à 77 ans. Après avoir découvert la présidence de Bernard-Henri Lévy et  Patrice Leconte, le public peut désormais faire connaissance avec les différentes sélections de l'édition 2017 qui débute aujourd'hui.

Ainsi, avant la soirée d'ouverture de ce soir et la diffusion de Finding Phong (premier documentaire en compétition), le Festival 2 Val comme l'appellent les intimes rendra hommage à Bernard-Henri Lévy à travers la projection de Peshmerga dès 18 heures. Parmi les 6 films documentaires internationaux sélectionnés, nous garderons un oeil sur L'Opéra de Jean-Stéphane Bron  ainsi que La Jeune fille et son aigle d'Otto Bell. Qui repartira avec le Grand Prix du Documentaire, le Prix de la Critique, le Prix du Public et le Prix des Etudiants ? Réponse ce mercredi 15 mars à 20 heures.

Et comme l'an dernier, la compétition fictions s'annonce exceptionnelle. Le jury composé de Patrice Leconte, Mélanie Bernier, Lolita Chammah, Jean-Marie Dreujou, Zoé Felix, Marc Fitoussi, Bernard Menez, Claire Nebout, Nathalie Richard, Fabrizio Rongione et Brigitte Sy devra départager les 8 longs métrages sélectionnés. Parmi ceux-ci, on trouve notamment Sage Femme de Martin Provost, Les Mauvaises herbes de Louis Belanger, Une Vie ailleurs d'Olivier Peyon et Wilson de Craig Johnson. Bref, tout un programme.

Avec Nathalie Corré à la présentation, Marthe Keller et François Berléand en invités d'honneur et Jean-Carl Feldis, Laurent Lufroy et Michel Carliez pour les animations, cette nouvelle édition s'annonce déjà incontournable. Pour rappel, le palmarès de la compétition côté fictions sera dévoilé ce samedi avant la projection du Chanteur de Gaza de Hany Abu-Asad, le film de clôture. Au passage, trois petits conseils, ne passez pas à côté de Going to Brazil de Patrick Mille (en séance spéciale), Boule et Bill 2 de Pascal Bourdiaux (en séance en famille) et 1:54 de Yan England (en section jeune public). Pour plus d'informations, c'est par ici.

Berlin 2017: Catherine Deneuve et Catherine Frot, des femmes pas si sages

Posté par vincy, le 15 février 2017

deneuve berlinale 2017 © vincy thomasA l'applaudimètre, ça ne fait aucun doute. Les festivaliers berlinois, lors de la projection officielle de Sage Femme (hors-compétition de cette 67e Berlinale, mais avec les honneurs du tapis rouge du Berlinale Palast), la Deneuve l'emporte largement sur la Frot. Au seul nom de Deneuve, avant la projection, le public s'est levé comme un seul homme pour une ovation. Les deux "cathoches" les plus populaires du cinéma français (mais pas dans la même catégorie côté aura internationale et cinéphilique) sont à l'affiche de cette comédie dramatique de Martin Provost.

Vivre libre

Le film a ce qu'il faut de bons moments, de répliques un peu vachardes et d'émotion manipulée pour toucher un public assez large. Bien sûr, c'est la présence de ce deux stars françaises qui a sans doute conduit à une sélection officielle de ce film mineur à la prestigieuse Berlinale, ne nous illusionnons pas. Le scénario suit un parcours attendu mais mal maîtrisé vers la fin. La mise en scène épuise ses audaces au premier tiers du récit.

Si l'histoire est plaisante, malgré ses sujets dramatiques (une maternité qui ferme, un cancer, des solitudes, n'en jetez plus), si certains dialogues sont drôles (le public allemand y réagissait avec joie), et si l'ensemble tend vers un discours anti-libéral économiquement mais ultra-libertaire individuellement, cela ne suffit pas à en faire autre chose qu'une œuvre populaire (ce qui n'est déjà pas si mal) sans réelle personnalité.

Deux comédiennes d'exception

Martin Provost s'essaie à la comédie-sociale-dramatique-réaliste (après des films d'époque) mais reste concentré sur ce qui l'intéresse depuis toujours, les femmes. Là, reconnaissons, qu'il est généreux. Avec deux actrices au tempérament si prononcé, aux personnalités (et au jeu) si différentes, et au charisme indéniable, il en profite largement.

Catherine Frot hérite d'un rôle en creux, très intérieur, presque ingrat si elle n'avait pas un si beau métier, et opère sa mue lentement. Terne, elle devient lumineuse avec talent et sans forcer.

Catherine Deneuve, à l'inverse, sans trop heureuse d'avoir un personnage aussi cyclothymique, des rires aux larmes, s'en donne à cœur joie avec cette Béatrice flambeuse, fumeuse, alcoolique, malade, seule, ayant brûlé la vie à ne vivre que le présent hors du réel.

Un voyage interrompu

Si les deux actrices semblent efficacement incarner ces deux femmes opposées avec une facilité déconcertante, c'est sans aucun doute grâce à leur expérience et leur savoir-faire. Personne ne gagne un match où les deux camps jouent leur très bon niveau, sans aller au-delà.

Ce qu'on retiendra surtout de Sage femme, c'est leur duo. L'alchimie douce qui s'incruste dans cette relation tendue par un passé commun compliqué. Le réalisateur n'a pas résisté à l'idée de les rendre complices et dépendantes l'une de l'autre, s'offrant même un baiser tendre et amical ou un massage apaisant entre "Yolande" et "Belle de jour". Hélas, Martin Provost ne va jamais plus loin et reste en surface dans cette liaison étrange et mystérieuse, comme s'il avait peur de vouloir embarquer deux immenses comédiennes hors des sentiers battus, leur ouvrant de nouveaux horizons.

C'est d'autant plus regrettable qu'on a le sentiment qu'elles étaient prêtent à aller beaucoup plus loin dans ce voyage commun...

Berlin 2017: Les derniers ajouts à la sélection officielle

Posté par vincy, le 20 janvier 2017

Le 67e Festival du film de Berlin a complété sa compétition et ses séances spéciales, après deux séries de révélations le 15 décembre et le 10 janvier.

A la sélection officielle déjà connue s'ajoutent Final Portrait de Stanley Tucci, avec Geoffrey Rush, Armie Hammer, Clémence Poésy, Tony Shalhoub, James Faulkner et Sylvie Testud, Hao ju le (Have a Nice Day), film d'animation chinois de Liu Jian et Sage femme, de Martin Provost, avec Catherine Frot, Catherine Deneuve et Olivier Gourmet.

Les soirées de galas accueilleront aussi Maudie de Aisling Walsh, avec Sally Hawkins et Ethan Hawke et The Lost City of Z de James Gray, avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Robert Pattinson et Tom Holland.

Competition 2017
Ana, mon amour de Calin Peter Netzer
Bamui haebyun-eoseo honja (On the Beach at Night Alone) de Hong Sangsoo
Beuys d'Andres Veiel - documentaire
Colo de Teresa Villaverde
The Dinner d'Oren Moverman (USA)
Django de Etienne Comar - premier film (ouverture)
Félicité d'Alain Gomis
Hao ji le (Have a Nice Day) de Liu Jian - animation
Helle Nächte (Bright Nights) de Thomas Arslan
Joaquim de Marcelo Gomes
Mr. Long de Sabu
The Party de Sally Potter
Pokot (Spoor) d'Agnieszka Holland
Return to Montauk de Volker Schlöndorff
Teströl és lélekröl (On Body and Soul) de Ildiko Enyedi
Toivon tuolla puolen (The Other Side of Hope) de Aki Kaurismäki
Una mujer fantástica (A Fantastic Woman) de Sebastián Lelio
Wilde Maus (Wild Mouse) de Josef Hader - premier film

Hors-compétition 2017
El bar (The Bar) de Álex de la Iglesia
Final Portrait bde Stanley Tucci (United Kingdom / France)
Logan de James Mangold
Sage femme (Midwife) de Martin Provost
T2 Trainspotting de Danny Boyle
Viceroy’s House de Gurinder Chadha

Berlinale Special 2017
Acht Stunden sind kein Tag (Eight Hours Don't Make A Day) dey Rainer Werner Fassbinder (1972) – série TV
the bomb de Kevin Ford, Smriti Keshari, Eric Schlosse - film expérimental
Es war einmal in Deutschland... (Bye Bye Germany) de Sam Garbarski
In Zeiten des abnehmenden Lichts (In Times of Fading Light) de Matti Geschonneck
La libertad del diablo (Devil's Freedom) de Everardo González - Documentaire
La Reina de España (The Queen of Spain) de Fernando Trueba
Le jeune Karl Marx (The Young Karl Marx) de Raoul Peck
The Lost City of Z de James Gray
Masaryk (A Prominent Patient) de Julius Sevcik
Maudie de Aisling Walsh
Nema-ye nazdik (Close Up) de Abbas Kiarostami
The Trial: The State of Russia vs Oleg Sentsov d'Askold Kurov - documentaire
Últimos días en La Habana (Last Days in Havana) de Fernando Pérez

Berlinale Special Series
4 Blocks de Marvin Kren
Below The Surface de Kasper Barfoed
Black Spot de Mathieu Missoffe, Thierry Poiraud, Julien Despaux
Der gleiche Himmel (The Same Sky) - de Paula Milne et Oliver Hirschbiegel
Patriot – de Steve Conrad

Martin Provost s’offre Catherine Deneuve et Catherine Frot

Posté par vincy, le 15 janvier 2016

catherine deneuve catherine frot

C'est un beau coup pour Memento Films International. Selon Le Film Français et Variety, la société d'Alexandre Mallet-Guy va vendre le nouveau film de Martin Provost (Séraphine et ses 7 César, Violette) avec un des castings les plus excitants du moment: Catherine Deneuve, Catherine Frot et Olivier Gourmet. Deneuve et Frot n'ont jamais tourné ensemble, et leur filmographie a peu de cinéastes en commun (De Broca est l'exception). Deux univers cinématographiques, deux styles de jeu, deux générations aussi. L'une brille sur le cinéma d'auteur mondial depuis bientôt 60 ans, l'autre a gagné ses gallons de comédienne populaire depuis 20 ans, et semble l'une des favorites pour le César de la meilleure actrice cette année avec Marguerite. Le genre de face-à-face que de nombreux cinéastes aurait aimé avoir devant sa caméra...

La sage femme (The Midwife) est une coproduction Curiosa Films, France 3 Cinéma et Versus (Belgique).

Le scénario de cette comédie dramatique, écrit par le réalisateur, raconte l'histoire de deux femmes qui vont se retrouver après des décennies de silence. Béatrice (Deneuve) appelle Claire (Frot), sage femme traditionnelle et appréciée, pour lui dire quelque chose d'important. Béatrice est l'ancienne maîtresse du père de Claire qui n'a pas donné de nouvelles à sa fille depuis 30 ans. Elles sont toutes les deux à un moment charnière de leur existence dans un contexte compliqué (Claire doit lutter contre la fermeture de la maternité dans la quelle elle travaille).

Martin Provost a écrit le scénario avec ce trio de comédiens en tête. Pour lui il s'agit d'une histoire de naissance, de renaissance, d'accomplissement de soi et de transmission.

Le tournage de ce film budgété à 7M€ débutera en mars à Paris et Mantes-la-Jolie. Le film devrait sortir au premier trimestre de l'année prochaine, avec une sélection à la Berlinale 2017 en vue.

Party Girl en compétition au Festival de Cabourg

Posté par vincy, le 4 juin 2014

PARTY GIRLLes 28e journées romantiques du Festival du film de Cabourg (11-15 juin) ont révélé les 7 longs métrages de la compétition officielle.

  • Amour fou, de Jessica Hausner (Un Certain Regard 2014)
  • Le beau monde de Julie Lopes-Curval
  • Je te dirai tout de Simo Halinen
  • Kertu de Ilmar Raag
  • Marina de Stijn Coninx
  • Matterhorn de Diederik Ebbinge
  • Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis (Prix d'ensemble à Un certain regard 2014, Caméra d'or du 67e Festival de Cannes)
  • Le jury sera présidé par Catherine Corsini et Martin Provost, qui seront entourés de Gilles Henry, Natacha Régnier et Laura Smet. Ils seront chargés de trouver le successeur de Grand Central, Swann d'or 2013 (lire notre actualité du 17 juin 2013).

    Par ailleurs, Cabourg mettra à l'honneur le cinéma romantique chinois, en présence de Zhang Ziyi (Tigre et Dragon, The Grandmaster).

    Valérie Lemercier et Martin Provost se lancent dans le cinéma d’animation

    Posté par vincy, le 20 décembre 2013

    Deux réalisateurs qu'on n'attendait pas forcément dans l'animation. Après Patrice Leconte et Rémi Bezançon qui se sont lancés dans l'aventure l'an dernier avec, respectivement, Le magasin des suicides et Zarafa, c'est au tour de Valérie Lemercier et Martin Provost de s'essayer au genre.

    Le studio Prima Linea (Zarafa, gros succès en salles, et actuellement à l'affiche, Loulou l'incroyable secret mais aussi U et Peur(s) du noir) ose ainsi le pari du cinéma animé d'auteur.

    Valérie Lemercier, qui vient de subir un échec cuisant avec son film 100% Cachemire, a apporté un scénario clé-en-main, co-écrit avec sa complice Brigitte Buc, intitulé Nini dans les grands magasins. Un projet à 15 millions d'euros, qui sera soutenu par Pathé et Wild Bunch, selon les informations du Film français. L'histoire de cette comédie familiale est celle d'une petite fille de province qui se retrouve enfermée dans un grand magasin parisien. La production sera lancée cet hiver.

    De son côté, Martin Provost, plus connu pour ses biopics sombres comme Séraphine et Violette, a décidé de transposer son roman Bifteck (paru il y a trois ans) en film animé. L'histoire, aussi absurde que drôle, se déroule durant la première guerre mondiale où un jeune boucher comble la solitude de toutes les épouses de sa ville (Quimper, en Bretagne) en l'absence de leurs maris partis au front. Seul petit souci : lorsque la guerre s'achève, il se retrouve père de sept enfants. Ce film rabelaisien sera plutôt destiné aux adultes.

    Séraphine n’est plus un scénario original : rendez à César…

    Posté par vincy, le 28 novembre 2010

    Flash-back. César 2009. Le prix de la meilleure adaptation revient au grand favori de la cérémonie, Entre les murs, Palme d'or 2008. Celui du scénario original est remis à un outsider, Séraphine, nommé neuf fois au total (le film raflera le César du meilleur film, et un total de 7 César ce soir-là). Martin Provost et Marc Abdelnour vont peut-être devoir rendre leur César du meilleur scénario original car jeudi 25 novembre, le Tribunal de grande instance a condamné pour plagiat le scénariste-réalisateur Martin Provost, ainsi que son producteur.

    L'historien Alain Vircondelet, spécialiste de la peintre Séraphine Louis (1864-1942), sujet de sa thèse de doctorat, avait porté plainte, trouvant trop de similitudes avec sa biographie, "Séraphine de Senlis", édité par Albin Michel, qui avait révélé l'existence de cette plasticienne oubliée. Il estimait que le scénario du film étaient "la reproduction servile ou quasi servile" de cet ouvrage publié en 1986, identifiant "35 emprunts".

    Certaines phrases, présentes à l'identique dans le livre de M. Vircondelet et dans le scénario de Martin Provost, laissent en effet songeur. Ainsi de ce moment où Séraphine parle de son processus créatif d'essence divine: "C'est comme vous diriez du miel, des liqueurs chaudes". "Il y a quelques phrases regrettables", avait concédé l'aovcat de TS Productions, Maitre Yves-Henri Nédélec, "mais ce n'est pas une contrefaçon de l'oeuvre, car le traitement n'a rien à voir."

    Neuf cas précis similaires, parfois au mot près

    Mais cela touche aussi des situations : "M. Vircondelet a imaginé Séraphine peignant avec de la terre molle et du sang, une image reprise purement et simplement dans le film: le plagiaire est pris la main dans le sac", donne en exemple Maître Bigot, avocat de l'auteur et de l'éditeur.

    Le Tribunal en a relevé neuf. Le jugement fait état de "neuf cas précis pour lesquels, outre la reprise d'éléments biographiques inventés par M. Vircondelet, on note une similitude dans la formulation employée, parfois au mot près, ce qui permet d'exclure la simple réminiscence derrière laquelle se retranchent les défendeurs". "En reproduisant neuf passages de cette oeuvre dans la première version du scénario du film Séraphine sans autorisation préalable, la société TS Productions et M. Martin Provost ont commis des actes de contrefaçon", a-t-elle jugé.

    La justice les a condamnés à payer des dommages : 25 000 euros à M. Vircondelet "en réparation de l'atteinte portée à son droit moral d'auteur" et 25.000 euros à Albin Michel "en réparation de l'atteinte à ses droits patrimoniaux". L'auteur et l'éditeur recevront aussi 6 000 euros chacun au titre de frais de justice. Enfin, ils devront publier le jugement dans trois médias. C'est toujours moins que les 600 000 euros de dommages et intérêts réclamés par les plaignants, en se basant sur le succès en salles du biopic. Le film avait séduit 850 000 spectateurs.

    Seul le scénario est une contrefaction

    Le pire était évité puisque les plaignants avaient demandé l'interdiction du film. Mais le Tribunal a considéré que "seule une version du scénario est contrefaisante, et non le film". Ce qui était la crainte des producteurs qui avaient lancé au moment de l'audience : "C'est un procès de censure, on veut la mort du film".

    L'audience avait lieu le 14 octobre. Les accusés s'étaient défendus en citant d'autres sources de travail, d'autres livres, et notamment celui de Wilhelm Uhde, le critique d'art qui découvrit Séraphine Louis.

    Pour un "mauvais procès" (ce que dénonçait l'avocat des accusés), ça se termine surtout en sale affaire (pour reprendre une expression chère Yolande Moreau, l'interprète de Séraphine).

    2000-2009 : Les 10 César du meilleur film

    Posté par vincy, le 23 décembre 2009

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    La décennie a été coupée en deux. La première moitié a fait la part belle aux films à dimension populaire (et même à des gros succès français de l'année), divertissant ou spectaculaires. Le César du meilleur film n'apporte alors pas grand chose à Jaoui/Bacri, Jeunet, Polanski ou même Arcand, si ce n'est une reconnaissance, un sacre, après, souvent, une récolte fructueuse de prix dans le monde.

    Puis, après le couronnement d'une production anglophone et d'un film québécois, les professionnels ont changé de styles. En 2005, L'Esquive surprend tout le monde. Les César vont redécouvrir l'intérêt de primer des films d'art et d'essai. Le box office est moindre, mais souvent les récompenses l'aident à vendre des DVD ou à doper sa fréquentation.

    Le palmarès continue de se féminiser mais aussi de s'ouvrir au monde et au métissage. Le drame reste le genre majeur de la catégorie reine. On peut juste remarquer que la moitié des films a une femme comme personnage principal. Mais surtout, on notera qu'un réalisateur a réussi à en obtenir deux César durant ces dix ans : Abdellatif Kechiche. Il rejoint Polanski et Resnais dans les multi-césarisé. En attendant Audiard en 2010?

    2000 : Vénus Beauté (Institut) - 1 240 000 entrées
    2001 : Le goût des autres - 3 859 000 entrées
    2002 : Le fabuleux destin d'Amélie Poulain - 9 290 000 entrées
    2003 : Le Pianiste - 1 400 000 entrées
    2004 : Les invasions barbares - 1 301 000 entrées
    2005 : L'esquive - 477 000 entrées
    2006 : De battre mon coeur s'est arrêté - 931 000 entrées
    2007 : Lady Chatterley - 420 000 entrées
    2008 : La graine et le mulet - 805 000 entrées
    2009 : Séraphine - 770 000 entrées

    Séraphine traînée au Tribunal…?!

    Posté par vincy, le 19 septembre 2009

    820 000 entrées, 7 césar (les plus importants) : Séraphine était le film inattendu de la production française en 2008. Et un an après sa sortie, Alain Vircondelet, historien, accuse les producteurs (TS productions) et les scénaristes (Martin Provost et Marc Abdelnour) d'avoir plagié un de ses ouvrages. Le film ne fait mention d'aucune référence bibliographique (adaptation) dans son générique.

    Regrettant d'avoir été "totalement évincés du succès de ce film, alors même que le scénario reproduit à de nombreuses reprises des parties de l'ouvrage dont ils détiennent les droits", l'écrivain et les éditions Albin Michel réclament 600 000 euros de dommages et intérêts. Ils s'aventurent même à demander que l'exploitation du film soit interdite tant en France qu'à l'étranger. Il est actuellement en salles aux Etats-Unis (où il cumule pour le moment 715 000 $ de recettes).

    Ce docteur en histoire de l'art et universitaire est un spécialiste reconnu de Séraphine Louis (mais aussi d'Antoine Saint-Exupéry). Selon la dépêche de l'AFP, il a soutenu en 1984 une thèse de doctorat sur cette domestique un peu illuminée devenue peintre autodidacte. En 1986, Albin Michel publie une biographie intitulée "Séraphine de Senlis", un ouvrage qui selon son avocat, Me Christophe Bigot, "révélait pour la première fois la vie publique et secrète de Séraphine de Senlis". Le livre ressort en 2008 quelques mois avant l'arrivée du film dans les salles.

    Or cette biographie contient, "outre quelques éléments d'information bien réels, déjà établis par les premiers commentateurs de Séraphine, ceux inédits, recueillis par l'auteur, et enfin des scènes romancées, inventées par l'auteur pour donner corps à l'interprétation de Séraphine, personnage hautement énigmatique". M. Vircondelet et son éditeur estiment que de nombreux passages du long-métrage "sont la reproduction servile" de passages publiés en 1986.

    "Il y a quelques phrases regrettables"

    TS Productions s'indigne : "Nous contestons expressément l'existence d'une contrefaçon", a réagi leur avocat, Me Yves Henri Nédélec, arguant que les passages litigieux trouvent leur origine "dans des ouvrages antérieurs" (ceux de Jean-Pierre Foucher en 1968 et Wilhelm Uhde en 1949). Les auteurs du film avancent également comme source Françoise Cloarec qui a soutenu en 1984, soit la même année que M. Vircondelet, une thèse sur Séraphine, mais sur le terrain de la psychopathologie clinique.

    Certaines phrases, présentes à l'identique dans le livre de M. Vircondelet et dans le scénario de Martin Provost, laissent pourtant songeur. Ainsi de ce moment où Séraphine parle de son processus créatif d'essence divine: "C'est comme vous diriez du miel, des liqueurs chaudes".

    "Il y a quelques phrases regrettables", concède Me Nédélec, "mais ce n'est pas une contrefaçon de l'oeuvre, car le traitement n'a rien à voir", assure-t-il. Selon lui, le film s'intéresse "à la relation de l'artiste avec le collectionneur, et à l'homosexualité de Uhde", ce qui n'est pas la préoccupation majeure d'Alain Vircondelet dans son ouvrage.

    L'affaire pourrait être tranchée d'ici un à deux ans.