Albi 2017 : Les oeillades prennent le large avec Gaël Morel

Posté par MpM, le 22 novembre 2017

Pour sa première soirée, le festival Les oeillades d'Albi avait invité le réalisateur Gaël Morel pour Prendre le large, sorti sur les écrans le 8 novembre dernier. Le film raconte l'histoire d'Edith, une ouvrière textile dont l'usine s'apprête à délocaliser et qui, au lieu de prendre ses indemnités de licenciement, accepte d'être reclassée dans un atelier marocain. Commence alors pour elle une nouvelle vie partagée entre la dureté des conditions de travail et la douceur de belles rencontres.

C'est un très joli portrait de femme que brosse Gaël Morel, qui ne cache pas ce que le film doit à son actrice Sandrine Bonnaire. "Nous n'avons pas écrit le film pour elle, mais grâce à elle" a-t-il expliqué lors du débat suivant la projection. Son envie de travailler avec la comédienne est d'ailleurs l'un des moteurs du film, au même titre que son désir de rendre hommage à la classe ouvrière dont il est issu. Il souhaitait également collaborer avec l'écrivain Rachid O. qui co-scénarise le film.

Ce faisceau d'envies et de désirs de cinéma donne une oeuvre forte et puissante qui, suivant une trame classique, enchevêtre habilement le destin personnel de son héroïne aux réalités sociales d'un monde en souffrance. En plongeant son personnage dans un atelier marocain, le réalisateur joue sur l'inversion des situations (c'est elle l'étrangère, celle qui est mal vue et doit s'adapter à des règles qu'elle ne connaît pas) et parle ainsi à la fois de notre rapport aux autres et des méfaits d'une mondialisation déshumanisée.

"Le scénario c'est le croquis"

Pour autant, Gaël Morel ne voulait tomber dans aucun extrême en filmant le Maroc, pays où il a passé une partie de sa vie : ni la facilité de l'exotisme, ni la paresse du misérabilisme. Mais comment y arriver concrètement, lui a-t-on demandé lors d'un bref entretien. "Par exemple, c'était vraiment en évitant de filmer le Tanger orientaliste, la Medina, tous les lieux qui sont attachés à l'orientalisme tangérois", explique-t-il. "Comme je connaissais ce Tanger, j'ai voulu filmer en dehors de ça, et surtout je voulais filmer une ville verticale. On oublie que Tanger est construite sur des montagnes. Et donc on change de format. Quand on arrive au Maroc, d'un seul coup, le son s'ouvre, l'image s'agrandit, on est dans la verticalité. Ca m'intéressait de jouer l'idée de la verticalité tangéroise contre l'horizontalité en France."

Concernant la réalité sociale marocaine, minutieusement décrite dans ce mélange d'autoritarisme et d'esclavage moderne, certaines choses se sont décidées au moment du repérage. "Une fois que je repère le lieu et que je me dis : ça va se passer là, j'enquête sur le lieu où je vais tourner. Et donc là j'ai des réponses. Ca oxygène le scénario. A la base, il y a des choses que j'ai envie de filmer, donc je regarde si elles existent ou pas. Si elles existent, après, je vais aller dans les détails, pour que ça élève le scénario à un niveau de réalité. Vous voyez, c'est comme un croquis : vous faites un croquis et après vous trouvez le matériel pour construire. Ben disons que le scénario c'est le croquis, et après, quand vous trouvez un lieu, vous amenez des choses. Comme la scène de fouille ! Cette fouille, elle était là. C'était pas un truc de décor. "

Même chose pour la terrible séquence dans les champs de fraises "hors sol" qui a été filmée dans une véritable exploitation, avec les vraies ouvrières qui y travaillent dans des conditions souvent terribles, logeant le soir dans un petit dortoir où elles sont enfermées.

Le réalisateur n'a pas hésité à confronter sa comédienne à ces réalités-là, en faisant suivre à son personnage une trajectoire évidemment initiatique non seulement d'un point de vue intérieur, mais également physique. "On a beaucoup travaillé sur son apparence, ses vêtements, alors c'est presque invisible, mais ça apporte quelque chose. Et Sandrine a un truc avec son visage : quand il est fermé, il dégage une gravité et une sévérité rares. Et dès qu'elle sourit, c'est un autre personnage. Donc il y avait ça. Après, il y a une chose qui s'appelle la confiance. Elle m'a fait confiance et de mon côté, la confiance était déjà là dès l'écriture du scénario. C'était vraiment une confiance réciproque, un abandon de l'un à l'autre, qui fait qu'on s'est trouvé. On s'est vraiment trouvé."

Pas de festival de Marrakech en 2017

Posté par vincy, le 8 juillet 2017

Selon un communiqué de la Fondation du Festival International du Film de Marrakech, daté du 30 juin, la 17e édition du FIFM n'aura pas lieu en décembre prochain.

"Pour permettre au Festival d’aller encore plus de l’avant dans sa mission, non seulement de promotion de l’industrie cinématographique marocaine, mais aussi d’ouverture vers les autres cultures, réalité incontournable de l’universalité du Septième Art, la décision a été prise de surseoir à la tenue de l’édition 2017 du Festival International du Film de Marrakech pour reprendre en 2018" est-il énoncé. "Cette période sera mise à profit pour définir et impulser une dynamique de changement destinée à mettre en œuvre une nouvelle organisation et de nouveaux outils qui prennent en compte l'évolution effrénée du monde digital, pour mieux servir la vision et les objectifs du Festival" ajoute le communiqué.

Trop glamour? Trop occidental? En tout cas pas assez connecté et pas assez valorisant pour le cinéma marocain, complètement absent de la dernière compétition (un incident qui a sans doute accélérer la situation de blocage actuel).

Sarim Fassi-Fihri, vice-président délégué de la Fondation, s'interroge sur la manière d'innover, de diversifier l'offre, en films comme en évènements, tout en touchant un public plus large, y compris hors de Marrakech. Il confirme aussi que le contrat triennal de l'agence co-organisatrice, Le Public Système Cinéma, n'a pas été renouvelé. Le partenariat datait de 2004. Bruno Barde, DG du groupe Le Public Système, quitte donc la direction artistique du festival. Officiellement, à cause de cette suspension de l'édition 2017.

Mais en creux, dans une interview accordée à un site marocain, le VP souligne que le Maroc dispose désormais de compétences nationales pour être seul maître à bord. En revanche, il nuance le départ de Mélita Toscan du Plantier, directrice du festival. Elle avait affirmé en mars qu'elle ne serait plus directrice du festival. Mais selon Sarim Fassi-Fihri, elle serait toujours en poste, au sein du comité de direction chargé de réfléchir à l'avenir de la manifestation.

Un photographe globe-trotter archive et expose les salles de cinémas de l’âge d’or du 7e art

Posté par vincy, le 3 janvier 2017

Stephan Zaubitzer a eu un coup de blues. A l'heure des smartphones et de Netflix, il a subitement pris conscience que le cinéma pouvait disparaître. La salle de cinéma en tout cas. Le photographe allemand, par nostalgie et par envie, a donc eu l'idée de garder les images de ces vieux cinémas qui brillaient dans leurs villes dans les années 1930, 40, 50... L'âge d'or du "silver screen".

De ce tour du monde commencé en 2003 au Maroc, il a rapporté des images de cinémas fermés ou toujours debout, parfois transformés. Brésil, Burkina-Faso, Cuba, Californie, Egypte, France, Inde, Liban, République Tchèque, Royaume Uni... ce tour du monde étonnant et insolite se prolonge en livres comme CinéMaroc sur les salles de cinéma du pays (Ed. de l'œil, 2015) ou en expositions (au prochain festival Travelling en février, qui est dédié à la ville de Tanger).

Vous pouvez admirer ses clichés sur son site (en français): www.stephanzaubitzer.com

Sandrine Bonnaire prend le large avec Gaël Morel

Posté par vincy, le 30 avril 2016

Cinq ans après Notre paradis, le réalisateur Gaël Morel a repris le chemin des plateaux de cinéma. Prendre le large se tourne depuis dix jours à Tanger (Maroc), avant de migrer à Villefranche-sur-Saône et Lyon en mai puis Paris.

Pour son sixième film, le cinéaste a choisi Sandrine Bonnaire pour le rôle principal. L'actrice incarne Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, qui voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que le chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine qui a été délocalisée au Maroc…

Outre Bonnaire, on retrouvera Lubna Azabal (Incendies), Mouna Fettou (J'ai vu tuer Ben Barka) et Ilian Bergala (La Famille Bélier). Bonnaire succède ainsi à Elodie Bouchez, Amira Casar, Catherine Deneuve et Béatrice Dalle dans la liste qui ont tourné sur le regard de Morel.

Le film a obtenu l'avance sur recettes l'an dernier. Produit par TS Productions et Rhône-Alpes Cinéma, Prendre le large sera distribué par Les films du losange.

Gaël Morel, découvert comme acteur dans Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, a réalisé son premier film il y a 20 ans (À toute vitesse). Son téléfilm New Wave (2008) vient d'être adapté librement par Téchiné et Céline Sciamma (Quand on a 17 ans).

Nommée aux César, menacée de mort, réfugiée en France, Loubna Abidar est « sans papiers »

Posté par vincy, le 23 février 2016

loubna abidar much loved

Loubna Abidar sera vendredi sur le tapis rouge des 41e César. Sans papiers, menacée de mort et exilée. L'actrice de Much Loved (Quinzaine des réalisateurs à Cannes, 275 000 spectateurs en France, des prix en pagaille à Namur, Gijon, Angoulême) se console sans doute d'être nommée au César de la meilleure actrice dans le film de Nabil Ayouch. Elle y incarne une prostituée marocaine, à la fois chef de bande et fille rejetée, business woman et femme émancipée.

Une plainte rejetée

Depuis la présentation du film à Cannes, elle n'est plus tranquille. Le film a soulevé une polémique nationale au Maroc, avant même d'avoir été vu. La comédienne a été agressée physiquement en novembre, à Casablanca par trois fêtards qui la séquestrent dans leur voiture pour la frapper plusieurs fois. Elle est même poursuivie par une association, Défense du citoyen, pour "attentat à la pudeur", "pornographie" et "incitation de mineurs à la débauche". On croit rêver. Elle risque, avec le cinéaste Nabil Ayouch, une peine de cinq ans de prison et 100 000 euros d’amende. Le procès a eu lieu il y a douze jours et la plainte a été rejetée pour vice de forme.

Une presse aux ordres

Dans un entretien à Télé Obs, Loubna Abidar explique que "Le problème, aujourd’hui, n’est même plus la nature soi-disant pornographique de Much Loved, mais ma réussite personnelle." Son rôle a attisé les passions, suscitant le mépris des uns, la haine des autres. Pourquoi une telle folie? Elle n'est que l'interprète d'un personnage dans un film qui dénonce les hypocrisies d'une société schizophrène.

Aujourd'hui, elle est réfugiée en France. Suite à son agression, menacée de mort, persécutée par une presse devenue hystérique à son encontre ("la plupart des sites internet marocains reprennent les articles de la presse d’Etat, qui se montre à la fois très hostile et très inventive à mon égard"), elle est partie du Maroc, avec un simple visa touristique de trois mois. Le visa a expiré. "Aujourd’hui, je suis en situation illégale en France. Je n’ai pas de papiers" explique-t-elle.

Un visa expiré

Elle ne peut plus retourner au Maroc. Ses projets sont en France: "Je veux vivre ici, continuer à défendre la femme et l’enfant arabes, tourner des films engagés. Je vais monter une association qui vient en aide aux prostituées. J’ai quelques économies, des projets de tournage, un contrat de travail avec les éditions Stock pour un livre. Je loue un appartement... La procédure normale m’impose de me rendre au Maroc pour y faire une demande de visa long séjour. Mais si je retourne là-bas, je crains qu’on ne me laisse plus repartir. J’ai demandé l’aide de Fleur Pellerin" (à l'époque ministre de la Culture et de la Communication). "Elle est la première Française à m’avoir téléphoné à la suite de mon agression. Mais, pour l’instant, je n’ai pas de réponse. J’ai laissé ma fille de 6 ans au Maroc avec mon mari. Je ne peux pas la ramener" poursuit la comédienne. Mais elle précise: "Ma fille a déjà des problèmes. Elle ne joue plus avec les enfants des voisins, qui lui disent que sa mère est une prostituée. Sa maîtresse d’école lui a fait la même réflexion."

Le dossier est entre les mains de la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, Audrey Azoulay, franco-marocaine, et fille de fille du journaliste, banquier et homme politique André Azoulay, conseiller du roi du Maroc Hassan II puis de Mohammed VI. Epineux.

Michael Nyqvist vient au secours d’Audrey Fleurot dans un premier film

Posté par vincy, le 30 mai 2015

Michael Nyqvist (le méchant de Mission: Impossible Ghost protocol et surtout la star de la trilogie Millenium), Audrey Fleurot (Intouchables, Sous les jupes des filles), Eriq Ebouaney (Case départ), Pascal Elbé et François-Xavier Demaison formeront le drôle d'attelage du premier film de Nathalie Marchak, L'amour qu'il nous faut.

Selon Cineuropa, le film est inspiré de faits réels vécus par la cinéaste. L'histoire est celle d'une avocate française en voyage d'affaire à Tanger. A 40 ans, l'envie d'être maman se fait pressante. Aussi, quand une clandestine nigériane lui dépose son bébé à la peau blanche durant son sommeil, l'avocate décidera de partir, avec l'aide d'un médecin humanitaire, pour rechercher la mère.

Nathalie Marchak a été comédienne, au théâtre et au cinéma (Les Parisiens de Claude Lelouch), avant de partir à New-York suivre la formation en mise en scène et réalisation de l’Université de New-York. Elle est lauréate d’une bourse du mérite "C.V. Starr" attribué par l’Université de Harvard récompensant l’écriture du scénario de son film. Elle a également travaillé en tant qu'assistante de production et directrice artistique sur des moyens et long-métrages.

Le tournage, entre la France et le Maroc, commencera à la fin de l'année. Le film sera distribué par Sophie Dulac Distribution.

Le Maroc censure Much Loved sans avoir vu le film: appel à soutien et pétition pour défendre la liberté d’expression

Posté par vincy, le 30 mai 2015

Comme nous vous l'annoncions plus tôt cette semaine, le film Much Loved de Nabil Ayouch, présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs, a été interdit d'exploitation au Maroc, suite à un climat de violence et d'agressivité sur les réseaux sociaux autour du réalisateur et de son actrice principale au Maroc. Cette décision a soulevé un vent de contestation du côté de la profession.

Much Loved raconte l'histoire de Noha, Randa, Soukaina, Hlima et d'autres femmes qui vivent d’amours tarifés dans le Marrakech aujourd'hui. Ce sont des prostituées, des objets de désir. Joyeuses et complices, dignes et émancipées dans leur royaume de femmes, elles surmontent la violence d’une société marocaine qui les utilise tout en les condamnant.

Le gouvernement marocain a annoncé lundi que le film serait interdit de projection au Maroc. Pour le gouvernement marocain, il comporte un "outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine". "Cette interdiction encourage les pires attaques des courants conservateurs marocains envers le film, Nabil Ayouch et Loubna Abidar faisant l’objet de menaces de mort sur les réseaux sociaux", souligne l'appel à soutien diffusé sur le site de la SRF.

Près de 80 cinéastes et producteurs ont dénoncé cette censure: Stéphane Brizé, Claire Burger, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Arnaud Desplechin, Pascale Ferran, Costa-Gavras, Yann Gonzalez, Mahamat-Saleh Haroun, Michel Hazanavicius, Agnès Jaoui, Laurent Cantet, Pascale Ferran, Costa-Gavras, Michel Hazanavicius, Rithy Panh, Pierre Salvadori, Riad Sattouf, Volker Schlöndorff, Céline Sciamma, Bertrand Tavernier et Rebecca Zlotowski figurent parmi les "premiers signataires" de ce texte.

"De tous temps, le cinéma a eu vocation à montrer la réalité sous tous ses aspects. De toute évidence, ce film sur le milieu de la prostitution à Marrakech montre une réalité que les autorités marocaines refusent de regarder en face. Pourtant cette réalité niée ne sera modifiée en rien par cet acte de censure délibérée.
Alors que le Maroc accueille de très nombreux tournages français et internationaux et que se tient à Marrakech annuellement un grand festival de cinéma, nous condamnons cette interdiction avec la plus grande fermeté.
Nous nous associons à l’Union des Réalisateurs Auteurs Marocains et au large courant de solidarité qui s’est levé autour du cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch et de son film, pour dénoncer l’obscurantisme et les violentes atteintes à la liberté que cette interdiction constitue : atteinte à la liberté d’expression, atteinte à la liberté du metteur en scène d’exposer son travail, atteinte à la liberté des spectateurs qui ne peuvent avoir accès au film dans les salles de cinémas marocaines.
"

Par ailleurs déjà plus de 400 personnes ont signé la pétition initiée par l'actrice principale du film Loubna Abidar sur Avaaz.org.

"Nous, artistes, intellectuels, créateurs, journalistes et acteurs dans différents secteurs de la société, déclarons notre attachement à la liberté de pensée, d’expression et de création en tant que droit garanti par la constitution marocaine et les conventions internationales. Nous appelons les spécialistes et l’ensemble des amateurs à se ranger du côté de la critique constructive et élever le niveau du débat loin de la diffamation et l'incitation à la haine qui s’appuient sur de prétendus arguments moraux sans considération aucune ni à la liberté d’expression ni de création dans les domaines de la production intellectuelle et esthétique" explique la pétition, qui ajoute : "Aucune tutelle sur la création, aucune prohibition de la créativité! Par la même occasion, nous désavouons la décision illégale impartiale et apriori prise par le Ministre de la communication d’interdire la diffusion du film dans les salles de cinéma au Maroc."

Stupéfait, Edouard Waintrop, directeur de la Quinzaine des réalisateurs, s'est exprimé en rappelant, qu'à l'évidence, "ce film sur la prostitution à Marrakech montre une réalité que les autorités marocaines refusent de voir. Cependant ce déni de réalité ne devrait pas amené à un acte délibéré de censure."

Le plus ironique dans cette histoire est que le réalisateur du film a expliqué à Variety qu'aucun des cinq membres de la Commission de censure n'avait vu le film et que lui-même n'avait pas encore demandé un visa de sortie au ministère. La décision a été prise suite à la diffusion de deux extraits sur Internet, qui ont entraîné un flot de commentaires et de critiques sur les réseaux sociaux.

Un Français, le film de Diastème, entre menaces, peur et censure cachée

Posté par vincy, le 26 mai 2015

Il y a des sujets qui continuent de fâcher. La liberté d'expression, on l'a vu en début d'année, peut-être meurtrière. La liberté de création continue de déranger. Par exemple, le Maroc a décidé d'interdire la projection du dernier film de Nabil Ayouch, Much loved, présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes: pour le gouvernement du Royaume, il comporte un « outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine ». Ce film traite du problème de la prostitution au Maroc à travers le portrait de plusieurs femmes. La diffusion d'extraits a entraîné de vives réactions à l’encontre du réalisateur marocain et de son actrice principal, Loubna Abidar.

C'était hier. C'était au Maroc.

En France, hormis quelques films critiquant les religions, qui ont subit une censure avant tout économique (refus des exploitants), on ne pouvait pas penser, croire, qu'un film puisse faire peur. Pourtant on a eu des exemples récents avec Timbuktu (lire notre article du 16 janvier), Au nom du fils (lire notre article du 22 avril 2014), sans oublier les affiches de L'inconnu du lac (lire notre article du 10 juin 2013). Et pourtant c'est bien le cas.

Hier, en France, le réalisateur, dramaturge, scénariste et écrivain Diastème a reçu un coup de batte de baseball sur le crâne. Son dernier film, Un Français, qui doit sortir le 10 juin prochain, suscite trop de réactions violentes, semble-t-il.

"Ils ont peur"

Sur son blog, Diastème écrit que le distributeur [Mars films] vient d'annoncer à sa coproductrice "que les 50 avant-premières du film qui devaient avoir lieu dans 50 villes de France le mardi 2 juin sont annulées. Certains exploitants ne veulent pas le film, lui a-t-on dit, ils ont peur. — Peur de quoi ? je lui demande. — Je ne sais pas, elle répond. — Les 50 !? — Ben faut croire…"

"Comme si cela ne suffisait pas, elle m’annonce également que les « plus de 100 salles » prévues par Mars pour la sortie du film se transforment en « moins de 50, et encore, pas sûr… »" ajoute-t-il.

Dans son blog, Diastème raconte qu'un exploitant l'invite à la date qui l'arrange pour présenter son film et en débattre. Mais il n'oublie pas que "deux exploitants, de Toulon et de Lille, quoi qu’aimant beaucoup [son] film, avaient « peur » de le prendre."

De deux craintifs on passe donc à cinquante couards, en une semaine. Diastème entame donc un marathon médiatique: message Facebook aux amis, texte sur son blog, communiqués aux journalistes, passage au Grand Journal. Il explique son film, justifie le titre, mais reste stupéfait que des exploitants refusent un film par "peur". Syndrome Dernière tentation du Christ?

Un film nécessaire

En passant de 100 à 50 ou 60 copies, le film a peu de chances d'être rentable. "Le film est quasiment mort-né, il ne fera pas d’entrées dans les salles, alors qu’on n’arrête pas de me dire, depuis que les premières projections ont eu lieu, que c’est un film « important », un film « nécessaire », un film « que les gens doivent aller voir », « surtout ici et maintenant », un film avec « un sujet que personne n’a jamais traité », un film avec une « actualité » et un « engagement » – grandes valeurs cinématographiques ne dit-on pas depuis hier soir ?"

Jusqu'au dernier moment, il avait été pressenti pour être sélectionné à Cannes. Il aurait été intéressant, en contrepoint à la vision Fox News du Audiard, d'avoir un film comme celui de Diastème, à la Quinzaine par exemple, où il avait toute sa place.

Un film de paix sur un repenti

"J’ai raconté l’histoire d’un homme qui se débarrasse de la violence et de la haine en lui. C’est un film de paix. Un film de cinéma. Et ce que je reçois, depuis quelques semaines, n’est que violence et haine, guerre, et ce n’est pas du cinéma…" C'est un film anti-FN, certes, mais c'est avant tout le parcours sur près de trois décennies et des poussières de Marco, qui cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Mais, malgré lui, toute cette haine va l'abandonner. Il va devoir se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi. C'est le destin d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.

Et donc ce pitch fait peur. Mais pas seulement, le film a été interdit aux moins de 12 ans. Cette censure a forcément un impact économique et limite le nombre de salles. Pourquoi un tel film subit une telle censure? Parce qu'il fait le lien entre les deux France, "celles qui se crachent à la gueule, “Travail Famille Patrie” d’un côté, “Liberté Égalité Fraternité” de l’autre." Dérangeant, vraiment?

Diastème rappelle que "c’est un film de fiction, avec des personnages fictifs, c’est un film de cinéma, pas un film de skinheads – le côté “skinheads”, ce ne sont que les 25 premières minutes, et le film fait 1h40, se déroule sur vingt-huit ans ; non, ça n’a rien à voir avec American History X, mais alors rien du tout, le contraire, à la limite Alan Clarke, Shane Meadows – mais personne ne connait Alan Clarke, Shane Meadows."

Une campagne de haine

Mars, le distributeur de film, vient d'envoyer un communiqué de presse, et confirme le climat agressif autour du film: "Depuis plusieurs semaines, le film de Diastème, Un Français, fait l'objet, sur les réseaux sociaux, d'une spectaculaire campagne de haine attisée par des commentaires violents, agressifs, menaçants autour de sa bande-annonce." Selon Mars, le film n'a pas été déprogrammé avant sa sortie et aucune avant-première n'a été annulée.

Pour le distributeur, la sortie prévue initialement sur une centaine de copies (un minimum aujourd'hui pour exister) a été ramené à 60 "afin d'optimiser au mieux chaque copie et de valoriser chaque salle diffusant le film."

Mars explique également que les cinémas contactés pour organiser des avant-premières et débats "n'ont pas donné suite à cette proposition". La raison officielle: complexité de mettre en place un événement aussi particulier, nécessitant des précautions (sécurité etc...)". Donc il y a bien une peu diffuse ...

Et en effet, le distributeur ne dément pas le climat créé autour du film par "certaines personnes aussi anonymes que mal intentionnées".

Une société menacée

Remerciant les nombreux exploitants courageux qui soutiennent Un Français, Mars persiste à vendre le film comme une oeuvre "nécessaire dans toute son authenticité". "Que cette chronique d'un extrémiste repenti puisse donner des boutons à certains qui y voient un signe de lâcheté en dit long sur les menaces pesant sur notre société." On ne dirait pas mieux.

"La diffusion de ce film constitue un acte militant fort dans la simple liberté de l'expression artistique et citoyenne".

Alors, n'y aura-t-il que seulement soixante salles qui défende cette liberté d'expression et qui auront le courage de diffuser Un Français?

Maroc: record de tournages étrangers, fréquentation des salles en baisse

Posté par vincy, le 10 mars 2015

Année faste pour le Maroc, qui est redevenu une destination très en vogue auprès des producteurs internationaux. En 2014, le Royaume est resté le lieu de tournage préféré dans le monde arabe pour les studios hollywoodiens, devant les Emirats Arabes Unis (qui ont pourtant attiré Star Wars et Fast & Furious 7).

Selon le Centre cinématographique marocain, les productions étrangères ont dépensé 120 millions de $ en 2014, un record. C'est davantage que les sommes dépensées par les tournages internationaux pour les cinq dernières années cumulées. Au total, 38 productions étrangères ont été accueillies dans le royaume dont 27 longs métrages et 11 séries. A cela il faut ajouter 104 documentaires étrangers.

Tom Cruise, Bradley Cooper, Daniel Craig...

Le Maroc a été choisi pour Mission: Impossible 5 (avec l'autoroute Marrakech-Agadir fermée pendant deux semaines), des scènes d'American Sniper, d'Exodus, d'Hercule, de Sage & Milo (de Zack Snyder), d'Un hologramme pour le Roi (de Tom Tykwer), de Rock The Kasbah (de Barry Levinson), de Queen of the Desert (de Werner Herzog) et du prochain James Bond, Spectre. A la fin du printemps 007 reviendra à Tanger pour une durée de tournage beaucoup plus longue. Côté français, Les chevaliers de Joachim Lafosse, Bang Bang d'Eva Husson, de Le front du wakhan de Clément Cogitore et Eden de Mia Hansen-Love font partie des tournages sur le sol marocain.

Deux films français dans le Top 10

Malgré cela, la fréquentation des cinéma américains est en baisse avec 1,64 million d'entrées en 2014, soit un million de moins qu'en 2009. Trois films marocains - Derrière les portes fermées, Road to Kaboul, Sara - dominent le Top 10 qui comprend deux films français (Lucy, Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?), trois films américains, une coprod franco-américaine (Non-stop) et un film indien (Dhoom 3). 45 films marocains sont sortis en salles et représentent 29% de parts de marché (contre 40% pour les USA, 10% pour l'Inde et 6% pour la France). 12 films marocains ont été primés dans les Festivals étrangers.

Le Maroc compte 32 complexes cinématographiques. les plus importants sont à Casablanca, Marrakech, Fès et Rabat. Le groupe français Megarama possède trois des quatre multiplexes les plus fréquentés et attire 66% des recettes dans le pays.

Toutes les statistiques

Des propositions pour promouvoir le cinéma en Afrique francophone

Posté par vincy, le 2 juillet 2014

Lundi 30 juin, Unifrance a publié un rapport passionnant, qu'on aimerait lire pour d'autres secteurs culturels comme la musique ou le livre. Pour l'instant, il s'agit de cinéma.

Le groupe de travail Francophonie, présidé par le producteur Eric Névé, constate, d'après les chiffres de l'Organisation Internationale de la Francophonie que 50% des 220 millions de francophones dans le monde résident sur le continent africain. Ce chiffre devrait grimper à 85% à l'horizon 2050 avec 750-800 millions d'habitants. La croissance économique suivra la croissance démographique avec un PIB multiplié par 15 entre 2020 et 2040 (selon la Banque mondiale).

Autant dire que les opportunités sont énormes pour l'industrie culturelle française, surtout avec le numérique qui permet d'abolir les frontières géographiques au profit de territoires linguistiques. Les Anglais ont toujours profité de leur langue pour s'exporter, certes, aidés par la puissance américaine, mais aussi en profitant du Commonwealth. Les Espagnols ne sont pas en reste en ayant vampirisé le continent latino-américain (à l'exception du Brésil). Face à la concurrence américaine, turque, indienne et chinoise, le cinéma français doit s'engager auprès de la filière naissante d'un cinéma en Afrique francophone pour bénéficier d'un relais de croissance à fort potentiel.

Mais l'Afrique francophone souffre de multiples carences que n'ont pas l'Amérique latine ou les puissances émergentes asiatiques. En Afrique francophone, il n'y a pas de distribution et peu de production de films, des salles de cinéma très rares et finalement un public à "former". Il faudrait donc investir dans un réseau complet, des films à l'exploitation en passant par la promotion.

Le rapport d'Unifrance montre cependant que tout évolue très vite.

L'insuffisance des salles de cinéma

Les pays se ressaisissent : il faut bien divertir les nouvelles classes moyennes. Au Maroc, la fréquentation n'a jamais retrouvé ses scores des années 80 (45 millions de spectateurs, 241 salles dans le pays. Alors on reconstruit. En 2012, il n'y avait que 61 salles dans le pays et deux millions de spectateurs. Mais Megarama et ses deux nouveaux multiplexes (Casablanca et Marrakech) a contribué à la construction de 23 de ces 61 écrans et capte la moitié des entrées du pays. En Tuinisie, le CinéVog vient d'être inauguré près de Kram et d'autres salles comme le CinéMadart à Carthage ont récemment émergé.  A Kigali (Rwanda), un multiplexe de 8 salles s'est également ouvert.

Dakar, Abidjan, N'Djamena, Bamako... autant de villes où des salles équipées en numérique ont éclos. A Dakar, le Sea Néma (3 salles) s'est installé dans le centre commercial le plus moderne de la capitale sénégalaise. A Abidjan, on a restauré l'antique salle Ivoire qui est ainsi passée à l'ère numérique. A Bamako (Mali), les deux salles du Ciné Magic sont flambant neuves. L'Institut français numérise aussi ses écrans d'Abidjan, Libreville (Gabon) et Yaoundé (Cameroun). Le Cameroun justement va réouvrir et contruire des salles dans les principales villes du pays. Le Burkina Faso veut réhabiliter 50 salles.

Le petit écran peut-être une solution

La Vidéo à la Demande reste balbutiante mais elle peut aider à la diffusion de films francophones dans un si vaste territoire. Un hit en VàD c'est 1400 téléchargements. Le rapport constate qu'Orange Sénégal a 7,5 millions de clients, mais seulement 1000 en IPTV et 100000 en ADSL. Africafilm.tv est passé à une formule d'abonnement avec un objecif de 10000 abonnés cette année. Une chaîne très populaire comme TV5 Monde est un relais inestimable. Et Canal + Afrique peut aussi servir de tremplin à la promotion et la diffusion de films francophones.

Reste le plus gros problème du continent : la nocivité du piratage. Comme en Asie, les DVD piratés se vendent au grand jour. Cela condamne un segment déjà très fragile de la chaîne du cinéma : la vidéo physique.

La distribution condamnée à être innovante

Pas facile de diffuser des films quand le marché de la distribution est inexistant. Tandis que le belge Cinéart et le suisse Xenix tentent l'expérience, aucun gros distributeur français ne s'aventure sur ce terrain. Certes, la rentabilité est faible. Mais on peut aussi remarquer le manque d'entrain des distributeurs français à aller vers les marchés étrangers, même européens.

Le box office incite à la prudence. La pirogue, pourtant acclamé dans les Festivals, n'a séduit que 932 spectateurs au Sénégal et 949 au Burkina Faso. C'est grâce au cinéma itinérant, le système MobiCiné, qu'il a pu être vu par 8128 spectateurs au Sénégal.

Pour la sortie d'Aya de Yopougon, il a fallu inventer un système de distribution. L'agence Onyx s'est improvisée distributeur : elle a facturée des séances en extérieur (parfois jointes à d'autres événements comme un défilé de mode à Kinshasa) à des sociétés, institutions, etc... qui redistribuaient les tickets à leurs clients, partenaires ou sous forme de jeux concours. 21 273 spectateurs à Abidjan, 8200 dans le reste de la Cote d'Ivoire, 3898 à Dakar, 3350 à Kinshasa, 900 à Ouagadougou. Et le film va encore voyager : Libreville, N'djamena, Douala et Yaoundé.

La production très dépendante de la France

Les choses bougent mais lentement. On le voit chaque année dans les grands festivals, l'Afrique francophone propose deux à trois films par an quand il y a un bon cru. Le Maroc a cependant  augmenté sa production de 70% entre 2004 et 2012. Le Sénegal a annoncé une dotation de 1,5M€ pour le fonds de promotion de l'industrie cinématographique. Idem pour le Mali. Le Gabon vient de mettre en place un fonds d'aide à la production audiovisuelle. Et le Tchad a mis en place une taxe sur la téléphonie mobile pour financer le cinéma.

Mais plus généralement, ce sont les aides européennes et surtout françaises qui, par l'intermédiaire de coproductions, contribue à la surive d'un cinéma africain francophone, qu'il soit magrhébin ou sub-saharien. Les Emirats (Qatar, Emirats Arabes Unis) montent également en puissance avec l'objectif de favoriser un cinéma arabophone et surtout diffusable dans le monde musulman.

Pour l'instant, les grands succès africains de ces dernières années - Les chevaux de dieu, La pirogue, Timbuktu, Grigris - restent dépendants des fonds d'aides français. Au final, c'est loins d'une dizaine de films qui sont produits chaque année.

Deux propositions pour faire bouger le cinéma en Afrique francophone

Le rapport d'Unifrance affirme qu'il ne fait pas se contenter d'être un cinéma simplement exportateur, et de ne pas se contenter des films français. Il faut aussi inclure le cinéma belge, suisse et québécois dans la réflexion. d'etre français

Première proposition : un festival du film francophone itinérant (Dakar, Bamako, N'djamena, Abidjan) avec 2 films majoritairement français, 2 films africains, 2-3 films francophones, un film d'animation et un film de patrimoine. Un festival annuel et transnational destiné au public.

Seconde proposition : les rencontres du cinéma francophone, qui auraient lieu à Dakar en novembre prochain, afin de travailler "à la structuration d'un écosystème favorable à la cinématographie francophone". "Le Sénégal par exemple a fait un travail de titan en un an. Ils ont créé un fonds de production, lancé des rénovations de salles, ils sont en train de créer un centre national sénégalais (sur le modèle du CNC) et une cité du cinéma dans les nouvelles zones industrielles de Dakar!" explique Eric Névé. Dakar accueille un sommet de la Francophonie tous les ans : idéal pour des rencontres professionnelles. Dakar se veut le carrefour du cinéma francophone en Afrique de l'Ouest, comme le Nigéria a su bâtir un Nollywood.

L'objectif est évidemment de créer une Soft Power francophone à l'instar de la Chine, du Japon, de la Corée du sud. La culture est un parfait vecteur pour soutenir l'économie et étendre sa zone d'influence politique et diplomatique. Lire le reste de cet article »