Quinzaine 50 – de l’ombre à la lumière pour le cinéma « queer »

Posté par wyzman, le 15 mai 2018

Héritière directe de ceux qui voulaient affranchir le cinéma de ses chaînes en 1968, la Quinzaine célèbre cette année sa 50e édition. L'occasion d'une promenade à son image - en toute liberté, et forcément subjective - dans une histoire chargée de découvertes, d'audaces, d’enthousiasmes, de coups de maîtres et de films devenus incontournables.

En partenariat avec Critique-Film. Retrouvez tout le dossier ici.

"Cinéma en liberté", aux yeux des créateurs de la Quinzaine, n'était pas une simple formule. On s'en apercevra au fil de ce dossier : la plus provocatrice des sections parallèles aime tous les cinémas, et notamment ceux qui sortent de la norme, de l'horreur à l'érotisme, en passant par  l'expérimental et bien sûr le queer.

Petit tour d'horizon des films queer qui ont égayé les 50 premières éditions.

LUMINOUS PROCURESS (1972)

A travers un univers aujourd'hui sobrement qualifié de "fantasmagorique", Steven Arnold met en scène ses propres fantasmes. Son héroïne Pandora, une grande prêtresse, initie deux jeunes hommes à l'hédonisme. Le film, choc à la fois mais oublié depuis, condense tous les thèmes phares de la filmographie de Steven Arnold : les hommes, le glamour, l'androgénéité et le sexe.

TRIPLE ECHO (1972)

Adoré par la télévision britannique depuis qu'il a tourné certains des meilleurs épisodes du soap opera Coronation Street, Michael Apted signe ici son premier long-métrage. Culotté et comique malgré lui, ce drame raconte les péripéties du caporal Barton pendant la Seconde guerre mondiale. Tombé amoureux d'une veuve et refusant de retourner au front, il se déguise en sa "sœur" mais finit par se plaire dans son "nouveau corps". Par la suite, il se laisse séduire par un sergent, ce qui va déclencher sa descente en enfer.

O CASAMENTO (1976)

Le quatrième long-métrage du Brésilien Arnaldo Jabor est un film coup de poing. Il raconte comment un bourgeois spécialisé dans le bâtiment voit sa vie bouleversée par les révélations de sa fille. Cette dernière, après avoir appris que son fiancé a été vu en train d'embrasser un autre homme, raconte ses 18 années de calvaire auprès d'un père incestueux et véreux. Ici, amour morbide, révolte, crime, sexe et mort se croisent pour ne former qu'un long drame à l'humour noir ravageur.

THE GETTING OF WISDOM (1978)

L'adaptation de ce roman d'Henry Handel Richardson par Bruce Beresford, douze ans avant son Oscar du meilleur film pour Miss Daisy et son chauffeur, est un mélange de young adult et de teen movie. Mais le cinéaste rend bien plus explicite la relation lesbienne entre deux étudiantes. Enorme succès en Australie quand il est sorti, ce drame est devenu un classique au même titre que celui de son compatriote Peter Weir, Picnic à Hanging Rock, sorti deux ans plus tôt.

NIGHTHAWKS (1978)

Le documentariste Ron Peck signe ici son premier long métrage de fiction, l'histoire d'un enseignant londonien qui drague d'autres hommes dans des bars ou des boites, et cloisonne sa vie publique et sa vie privée , ses collègues de tous les jours et ses rencontres d'un soir. Il est obligé de se cacher: son travail (avec des enfants), la société (répressive) sont autant de contraintes à son fragile équilibre. Nighthawks (qui rappelle le tableau d'Edward Hopper, qui inspirera plus tard un docu au réalisateur) est le premier film "gay", sans meurtres, sans chantage et sans stéréotypes, sorti dans un large circuit de salles au Royaume Uni. C(est aussi l'un des premiers films à offrir des scènes de nudité masculine frontale, ce qui l'a classé X. On pourrait le revoir aujourd'hui comme un reportage sur le milieu gay des années 1970.

ANGUELOS (1983)

Le réalisateur grec Georges Katakouzinos revendique ce film comme "un choix moral et militant face à l’intolérance et au « fascisme quotidien »." Dans un monde méditerranéen macho et homophobe, filmer l'homosexualité c'est filmer la dimension humaine et le droit à la différence, en puisant dans la mythologie grecque, et sa part de tragédie. Un jeune gay athénien, dans l'armée le jour, cache son homosexualité. Il craque pour un marin. Ce dernier le force à se travestir et à se prostituer. La violence et la fatalité font mauvais ménage dans ce drame qui a reçu les trois plus grands prix du Festival de Thessalonique en 1982.

LE CHANT DES SIRENES (1987)

A travers Polly, la réalisatrice canadienne Patricia Rozema raconte sa volonté de croire en ses rêves. Son héroïne, une secrétaire intérimaire, modeste et innocente est fantasque et parfois absurde mais jamais ridicule. Et c'est sans doute pour cela que Le Chant des sirènes demeure aujourd'hui encore au panthéon des meilleurs films portés par un personnage queer. Prix de la Jeunesse cette année-là, le premier long-métrage de Patricia Rozema a ravi la critique et décroché 11 nominations aux Genie Awards, l'équivalent canadien des César.

MASCARA (1987)

Avec son troisième et dernier long-métrage, le Belge Patrick Conrad fait le pari audacieux de parvenir à mêler milieux de l'opéra, du travestissement et de la police. Plus qu'un film sur la féminité, son Mascara a tout d'une lettre d'amour destinée à Charlotte Rampling. L'actrice y incarne Gaby, une sœur absolument fascinante lorsque son quotidien est bouleversé par les machinations de son policier de frère Bert, complètement jaloux de son ami Chris. Polar outrageusement érotisé, Mascara marque un tournant dans la carrière de Charlotte Rampling.

MA VIE EN ROSE (1997)

Ce fut le feel-good movie de la sélection cette année-là. Alain Berliner avec Michèle Laroque en maman dépassée par son garçon qui se déguise en fille, et Zazie pour la chanson qui clôt le conte de fée (car ça se finit plutôt bien). Le film est un Tomboy avant l'heure, où le désenchantement collectif (famille, voisins, école) se mêle aux rêves d'un enfant qui veut être princesse. Ode à la différence, évidemment, Ma vie en rose a les allures d'une fable tout-public et s'avère en fait une insidieuse critique de la société normative.

BILLY ELLIOT (DANCER, 2000)

Aujourd'hui âgé de 56 ans, Stephen Daldry a le luxe de pouvoir dire qu'il a réalisé peu de films mais que c'était à chaque fois de grands films. Dancer est son premier film. Ici, il met en scène le quotidien d'un garçon de 11 ans, fasciné par la pratique de la danse mais issu d'une petite ville minière du Nord de l'Angleterre où la boxe est le seul sport digne des hommes. Drôle et touchant, le film qui deviendra par la suite Billy Elliot - pour éviter toute confusion avec Dancer in the Dark (autre film présent cette année-là à Cannes) - enterre les autres comédies dramatiques de l'époque en mêlant frustration, homophobie, patriarcat et sens du devoir. Billy Elliot a été sacré meilleur film au British Independent Film Awards.

ODETE (2005)

Diplômé de l'Ecole Supérieure de Cinéma de Lisbonne, le bienveillant Joao Pedro Rodrigues raconte ici les aventures d'Odete, Pedro et Rui. La première travaille dans un hypermarché et rêve d'avoir un enfant (en vain) tandis que les deux autres viennent de se fiancer. Lorsque Pedro meurt soudainement, son fantôme fait appel à Odete pour que son histoire d'amour avec Rui perdure et demeure éternelle. Porté par Ana Critistina de Oliveira, Nuno Gil et Joao Carreira, Odete est un drame moderne  et innovant où la vie et le sexe côtoient en permanence la mort.

J'AI TUE MA MERE (2009)

A tout juste 20 ans, le Québécois Xavier Dolan débarque pour la première fois sur la Croisette. Neuf ans plus tard, on se demande encore comment il est possible que le jeune surdoué n'ait pas encore décroché de Palme d'or. Stylé et fascinant, son premier long-métrage quasi-autobiographique raconte dans en détail la relation compliquée de Hubert Minel avec sa mère. Du haut de ses seize ans, il la jauge avec mépris et tente de vivre à fond sa sexualité ainsi que ses expériences artistiques. J'ai tué ma mère a raflé le prix "Regard Jeune", le prix SACD et l'Art Cinema Award quelques mois avant d'être sacré meilleur film étranger aux César 2010.

LES GARÇONS ET GUILLAUME, A TABLE! (2013)

Pour son premier long-métrage, Guillaume Galienne choisit d'adapter son one-man show. Il y raconte comment, fasciné par sa mère, il a décidé de tout faire pour lui plaire, quitte à sacrifier son orientation sexuelle. Ou du moins, celle que sa mère lui pensait. Pendant 86 minutes, André Marcon, Diane Kruger et Reda Kateb viennent embellir cette comédie déjà bien enflammée par la double performance de son réalisateur. Nommé pour la Queer Palm, le film de Guillaume Galienne n'a pas fait le poids face à L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie.

PRIDE (2014)

A l'été 1984, les mineurs britanniques se mettent en grève face à la politique d'une Margaret Thatcher omniprésente. Lors de la Gay Pride de Londres, un groupe d'activistes gays et lesbiens décide de récolter de l'argent pour aider les familles des mineurs en grève. De cette rencontre entre deux communautés qui se sont longtemps ignorées naît un récit fun et délirant dont seuls les Anglais ont le secret et où se croisent Ben Schnetzer, Dominic West, Russell Tovey ou encore Bill Nighy, le tout devant la caméra de Matthew Marchus. A l'époque, Pride a quitté la Croisette en remportant la Queer Palm.

MA VIE DE COURGETTE (2016)

Lorsque Claude Barras décide de réaliser l'adaptation du livre pour enfants Autobiographie d'une courgette, il n'a sans doute pas l'intention de faire un film queer. Mais l'aventure d'Icare, jeune orphelin recueilli par une communauté d'enfants abandonnés, est pourtant bien peuplée de personnages "étranges" et "bizarres". Avec ses enfants-marionnettes aux visages gender neutral, son récit non-stéréoytpé et ses jeunes victimes de problèmes physiques et d'agressions sexuelles, Ma Vie de courgette est devenu le film d'animation must-see de la jeunesse queer.

CARMEN Y LOLA (2018)

Un an seulement après 7 from Etheria, la réalisatrice espagnole Arantxa Echevarria présente son premier long métrage en solo. Très attendu, son Carmen y Lola raconte l'histoire d'amour que vivent deux jeunes femmes gitanes, dans un milieu où l'homosexualité est tabou. D'après les premières images dévoilées dans la bande annonce espagnole, Carmen y Lola semble lorgner du côté de La Vie d'Adèle pour son dynamisme et de Carol pour sa sensualité.

BAFTAS 2018: The Shape of Water domine les nominations

Posté par vincy, le 9 janvier 2018

Avec 12 nominations, La forme de l'eau de Guillermo Del Toro domine largement les nominations des British Academy Film Awards. Derrière, Les heures sombres et Three Billboards Outside Ebbing, Missouri cumulent chacun 9 nominations tandis que Dunkerque et Blade Runner 2049 en reçoivent 8 (principalement techniques).

Dans la catégorie du meilleur film, La forme de l'eau, Les heures sombres, Three Billboards Outside Ebbing, Missouri et Dunkerque seront aussi face à Call Me By Your Name. Pour le prix du meilleur réalisateur (100% masculine), Denis Villeneuve pour Blade Runner 2049 s'invite dans la compétition, aux côtés de Luca Guadagnino (Call Me By Your Name), Christopher Nolan (Dunkerque), Guillermo del Toro (La forme de l'eau) et Marton McDonagh (Three Billboards...).

Les heures sombres et Three Billboards Outside Ebbing, Missouri seront aussi en concurrence pour le prix du meilleur film britannique, face à La mort de Staline, Seule la terre, The Young Lady et Paddington 2. The Young Lady est aussi nommé dans la catégorie meilleur nouveau scénariste, auteur et producteur (avec The Ghoul, I am not a Witch, Jawbone, Kingdom of Us). Florence Pugh n'a pas été choisie parmi les meilleures actrices (qui ne sont pas toutes britanniques) mais elle est dans les 5 révélations qui seront départagées par le public.

Annette Bening, France McDormand, Margot Robbie, Sally Hawkins et Saoirise Ronan se disputeront le prix de la meilleure comédienne. Côté acteurs, Daniel Day-Lewis, Daniel Kaluuya, Gary Oldman, Jamie Bell et Timothée Chalamet sont nommés. Pour le second-rôle féminin, Kirstin Scott Thomas, Allison Janney, Laurie Metcalf, Lesley Manville et Octavia Spencer ont été retenues. Côté masculin, Christopher Plummer, Hugh Grant, Sam Rockwell, Willem Dafoe et Woody Harrelson ont été choisis.

La catégorie du meilleur scénario original rassemble Get Out, Moi Tonya, Lady Bird, La Forme de l'eau et Three Billboard... Tandis que le scénario adapté réunit Call Me By Your Name, La mort de Staline, Film stars don't die in Liverpool, Le grand jeu et Paddington 2.

Enfin des coproductions françaises sont présentes dans plusieurs catégories à commencer par celle du film en langue étrangère: Elle, Faute d'amour et Le client, qui sont en compagnie de First They Killed my father d'Angelina Jolie et The Handmaiden de Park Chan-wook. Idem côté documentaires avec I am not your Negro qui concourent en compagnie de City of Ghosts, Icarus, Une suite qui dérange et Jane. Ou encore en animationMa vie de Courgette est en course avec Coco et Loving Vincent.

Notons enfin les nominations d'Alexandre Desplats (pour la musique de La forme de l'eau) et de Bruno Delbonnel (pour l'image des Heures sombres) mais aussi les doubles nominations pour le compositeur Hans Zimmer, la costumière Jacqueline Durran.

La cérémonie sera présentée par l'absolument fabuleuse Joanna Lumley, qui remplace Stephen Fry, le 18 février.

Ma vie de Courgette continue sa récolte de prix

Posté par vincy, le 11 mars 2017

Le film d'animation franco-suisse Ma vie de Courgette a reçu deux nouvelles récompenses au Cartoon Movie Tributes. Grand prix et prix du public à Annecy, deux fois césarisé (meilleur film d'animation et meilleure adaptation), primé à Angoulême, San Sebastian, Bratislava, Varsovie, Zurich, aux European film awards, aux prix Lumière, et duo révélations des Trophées du Film Français, le film de Claude Barras continue de récolter les honneurs puisque vendredi 10 mars il a reçu deux prix professionnels au Cartoon Movie, le forum européen du cinéma d'animation, à Bordeaux.

Il a été distingué par le prix du producteur européen de l’année (Rita productions, Blue Spirit Productions et Gebeka Films) et le prix du réalisateur européen de l’année. Et indirectement, même le troisième prix lui a été décerné puisque Angel film, société danoise, a été honoré du prix du distributeur européen de l’année. Le distributeur est spécialisé dans les films d’animation qui sortent dans les pays scandinaves de Ernest et Célestine à... Ma vie de Courgette.

Présenté en avant-première mondiale à la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier, le film, nommé aux Oscars, a attiré plus de 770000 spectateurs en France et environ 80000 entrées dans le reste du monde.

César 2017: Elle, Juste la fin du monde et Divines se partagent les prix

Posté par vincy, le 25 février 2017

La quinzaine des réalisateurs peut s'enorgueillir d'avoir réalisé un carton lors de cette (trop longue et pas très drôle) 42e Cérémonie des César: Divines (3 prix), Ma vie de courgette (deux César pour un film d'animation, du jamais vu), L'effet aquatique (avec un César posthume pour Solveig Anspach) ont raflé de nombreux prix, à chaque fois mérité dans chacune de leurs catégories. La sélection officielle cannoise n'est pas en reste avec notamment le César du meilleur film étranger pour la Palme d'or de Ken Loach. Le cinéaste britannique entre ainsi dans le club fermé des double-césarisés (et seulement la deuxième fois qu'une Palme d'or obtient en plus ce César).

Plus remarquable le doublé de Xavier Dolan - réalisation, montage - en son nom propre. C'est la première fois qu'un cinéaste québécois gagne le César du meilleur réalisateur et cela conforte son Grand prix du jury à Cannes, malgré une critique divisée sur le film. On y ajoute le César du meilleur acteur (enfin!) pour Gaspard Ulliel.

Autre non-surprise venue de Cannes: le deuxième César de la carrière d'Isabelle Huppert (possédant malgré tout un record en nominations), qui a étrangement improvisé son discours (elle ne s'y attendait pas?). Elle a triomphé avec le César du meilleur film.

Sinon, il y a eu des instants inspirés (notamment l'hommage à George Clooney, avec une traduction loufoque de Jean Dujardin et un discours évidemment très politique) et le sauvetage à minuit de Valérie Lemercier (de loin la plus drôle). Il y a eu des remerciements poignants (on pense à l'émotion de Déborah Lukumuena qui cite Annie Girardot) et d'autres plus coup de poing (François Ruffin). La soirée a pourtant été longue à décoller. Les rituels ont été bien respectés (un petit coup de La La Land avec Jérôme Commandeur, le MC, et Marthe Villallonga, un grand hommage à Michèle Morgan en conclusion des disparus de l'année).

Autre hommage attendu, celui pour Belmondo. Un hommage entre copains, pas très bien calibré pour la télévision. Mais au moins ce moment d'émotion, et le montage de ses plus grands films qui l'a précédé, a montré à quel point le comédien est une des plus grandes stars que le cinéma français ait compté.

Après minuit, c'était la fin, un peu accélérée alors que ce sont les plus grands instants attendus. Mais merci à l'Académie d'avoir choisi Pedro Almodovar pour remettre le César du meilleur film (mais pourquoi la musique de La La Land?!). Le cinéma français a montré qu'il ne savait toujours pas organisé une grande cérémonie, mais il a su démontrer qu'il était ouvert et diversifié. C'est déjà ça.

Meilleur film: Elle
Meilleur réalisateur: Xavier Dolan (Juste la fin du monde)

Meilleur film étranger: Moi, Daniel Blake
Meilleur premier film: Divines
Meilleur film d'animation (long métrage): Ma vie de courgette
Meilleur film d'animation (court métrage): Celui qui a deux âmes
Meilleur documentaire: Merci Patron!
Meilleur court-métrage (ex-aequo): Maman(s) ; Vers la tendresse

Meilleure actrice: Isabelle Huppert (Elle)
Meilleur acteur: Gaspard Ulliel (Juste la fin du monde)
Meilleur second-rôle féminin: Déborah Lukumuena (Divines)
Meilleur second-rôle masculin: James Thierrée (Chocolat)
Meilleur espoir féminin: Oulaya Amamra (Divines)
Meilleur espoir masculin: Niels Schneider (Diamant noir)

Meilleur scénario: Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget (L'effet aquatique)
Meilleure adaptation: Céline Sciamma (Ma vie de Courgette), d'après le roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris
Meilleure photo: Pascal Marti (Frantz)
Meilleure musique: Ibrahim Maalouf (Dans les forêts de Sibérie)
Meilleur montage: Xavier Dolan (Juste avant la fin du monde)
Meilleurs décors: Jérémie D. Lignol (Chocolat)
Meilleurs costumes: Anaïs Romand (La Danseuse)
Meilleur son: Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty, Jean-Paul Hurier (L'odyssée)

« Elle » décroche trois Prix Lumières 2017

Posté par vincy, le 30 janvier 2017

La 22ème cérémonie des Lumières de la presse internationale a eu lieu lundi soir au même moment que la soirée du Syndicat français de la critique cinéma. En soi, c'est une drôle d'idée. Imagine-t-on, les Golden Globes en même temps que la soirée du National Board of Review?
En tout cas, les deux cérémonies se sont accordées à choisir Elle comme meilleur film français de l'année.
L'unanimité autour de ce thriller sadomasochiste présenté à Cannes en compétition l'an dernier pourrait conduire à un grand chelem avec les César, où il est nommé 11 fois.

Elle a donc été couronné le titre suprême mais aussi le prix du meilleur réalisateur pour Paul Verhoeven et le prix de la meilleure actrice pour Isabelle Huppert.

Trois autres films ont été à la fête lors de la soirée. Ma Vie de Courgette de Claude Barras a remporté logiquement le prix du meilleur film d'animation, mais il a également été couronné pour le scénario de Céline Sciamma. La mort de Louis XIV repart avec le prix du meilleur acteur pour Jean-Pierre Léaud et le prix de la meilleure image pour Jonathan Ricquebourg. Enfin, Divines a aussi été doublement récompensé avec le prix du premier film et le prix de la Révélation féminine pour ses deux actrices Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena.

Damien Bonnard a, de son côté, été distingué comme meilleure révélation masculine pour son rôle dans Rester vertical. Le film tunisien de Mohamed Ben Attia, Hedi, un vent de liberté, a reçu le prix du meilleur film francophone tandis que celui du meilleur documentaire est revenu Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier. Enfin c'est Ibrahim Maalouf qui a gagné le prix de la musique pour Dans les forêts de Sibérie.

Deux hommages ont été rendus: à Marion Cotillard et à Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes. Il y avait bien un air cannois qui soufflait à Paris puisque six des huit films récompensés lundi 30 janvier étaient sur la Croisette en mai.

César 2017: Elle et Frantz dominent les nominations

Posté par vincy, le 25 janvier 2017

Il y a les (quasi) oubliés, Nocturama, Personal Shopper (Prix de la mise en scène à Cannes), Réparer les vivants, L'avenir (Prix de la mise en scène à Berlin), Rester vertical, Quand on a 17 ans ou encore Une vie (Prix Louis-Delluc). Et puis il y a Elle, Divines, Mal de pierres, Victoria, Ma Loute.... encore une fois les César ont fait la part belle aux films sélectionnés à Cannes. Deux des trois films d'animation, six des sept films étrangers (où on note l'absence de film asiatique) étaient aussi sur la Croisette. Tropisme cannois?

En tout cas, les nominations ont créé quelques surprises. Evidemment, les 11 nominations pour Elle, on s'y attendait, mais pas forcément les 11 nominations pour Frantz. Derrière, Ma Loute (9 nominations, dont la dixième nomination pour Luchini), Mal de Pierres qu'on n'attendait pas si haut et qui offre une douzième et treizième nomination à Nicole Garcia (8), Divines (7), Juste la fin du monde et La danseuse (6), Chocolat et Victoria (5). Sans oublier les trois nominations pour le film d'animation Ma vie de Courgette!
Isabelle Adjani, finalement, n'a pas été retenue (bien la peine d'avoir sorti le téléfilm Carole Matthieu en salles). Mais Huppert s'offre sa 16e nomination aux César (un record) et part évidemment favorite dans la catégorie meilleure actrice. Elle n'a été césarisée qu'une seule fois (pour La Cérémonie).

Si on devait en sortir une tendance, on s'apercevrait qu'hormis Divines, la plupart des multi-nommés sont des films au budget équivalent, faisant le portrait d'une bourgeoisie française, avec des héros et héroïnes post-40 ans, plongée dans ses tourments amoureux. En revanche, tout film traitant de la jeunesse, de l'homosexualité, d'une certaine réalité sociale (à l'exception des films étrangers) sont minorés voire évincés.

La conférence de presse était brouillonne et amateure, en comparaison avec les Oscars hier. Une chose est certaine, les César auront lieu le 24 février. Mais il n'y a pour l'instant aucun président/aucune présidente pour remplacer Roman Polanski, qui a abdiqué hier.

Hommage: Jean-Paul Belmondo
César d'honneur: George Clooney

Meilleur film
Divines, Elle, Frantz, Les Innocentes, Ma Loute, Mal de Pierres, Victoria

Meilleur réalisateur
Bruno Dumont, Paul Verhoeven, Houda Benyamina, François Ozon, Anne Fontaine, Nicole Garcia, Xavier Dolan

Meilleure actrice
Judith Chemla, Marion Cotillard, Soko, Isabelle Huppert, Virginie Efira, Sidse Babett Knudsen, Marina Fois

Meilleur acteur
François Cluzet, Pierre Deladonchamps, Nicolas Duvauchelle, Fabrice Luchini, Pierre Niney, Omar Sy, Gaspard Ulliel

Meilleur second-rôle féminin
Nathalie Baye, Valeria Bruni Tedeschi, Anne Consigny, Déborah Lukumuena, Mélanie Thierry

Meilleur second-rôle masculin
Vincent Lacoste, Melvil Poupaud, Laurent Lafitte, James Thierrée, Gabriel Arcand, Vincent Cassel

Meilleur espoir féminin
Oulaya Amamra, Paula Beer, Lilly-Rose Depp, Noemie Merland, Raph

Meilleur espoir masculin
Damien Bonnard, Niels Schneider, Corentin Fila, Karey Mottet klein, Jonas Bloque

Meilleur film d'animation
La jeune fille sans mains, Ma vie de courgette, La tortue rouge

Meilleur premier film
Cigarette et chocolat chaud, La danseuse, Diamant noir, Divines, Rosalie Blum

Meilleur film étranger
Aquarius, Baccalaureat, La fille inconnue, Juste la fin du monde, Moi Daniel Blake, Toni Erdmann, Manchester by the sea

Meilleur documentaire
Dernières nouvelles du cosmos, Merci patron!, Lampedusa, Swagger, Voyage à travers le cinéma français

Meilleur scénario original
Divines, L'effet aquatique, Les innocentes, Ma loute, Victoria

Meilleure adaptation
Elle, La fille de Brest, Frantz, Ma vie de Courgette, Réparer les vivants, Mal de pierres

Meilleure musique
Chocolat, Dans les forêts de Sibérie, Elle, Frantz, Ma vie de Courgette

Meilleure photo
Elle, Frantz, Les innocentes, Ma loute, Mal de pierre

Meilleur montage
Divines, Elle, Frantz, Juste la fin du monde, Mal de Pierre

Meilleur son
Chocolat, Elle, Frantz, Mal de Pierre, L'odyssée

Meilleurs décors

Chocolat, La danseuse, Frantz, Ma Loute, Planetarium

Meilleurs costumes
Frantz, Mal de Pierres, Ma Loute, La danseuse, Une vie

Meilleur court métrage
Après Suzanne, Au bruit des clochettes, Chasse royale, Maman(s), Vers la tendresse

Meilleur court métrage animé
Café froid, Ce qui a deux âmes, Journal animé, Peripheria

Oscars 2017: 14 nominations pour La La Land!

Posté par vincy, le 24 janvier 2017

Les 89e Oscars ont révélé leurs nominations qui seront décernés le 26 février. Elles ont été annoncées sous forme de clip compilé, une première, avec Demian Bichir, Dustin Lance Black, Glenn Close, Guillermo del Toro, Marcia Gay Harden, Terrence Howard, Jennifer Hudson, Brie Larson, Jason Reitman, Gabourey Sidibe et Ken Watanabe en présentateurs.

On retiendra d'abord le sacre du cinéma du "milieu" américain, aka le cinéma indépendant avec cins grands vainqueurs: La La Land, Moonlight, Arrival, Manchester by the Sea et Tu ne tueras point. La La Land atteint les 14 nominations, soit le record égalé de Titanic et All About Eve. Sinon tous les favoris sont là, même si la compétition semble tuée par le drame musical de Damien Chazelle.

On notera la énième nomination de Meryl Streep (absence de risque) mais l'audace d'avoir cité Isabelle Huppert qui glane ici sa première citation. Deux films d'animation français feront face à deux Disney dans la catégorie du meilleur film animé. Un exploit en soi. Et il ne faudrait pas oublier un court métrage suisse avec Jane Birkin (La femme et le TGV).
On ajoutera la consécration du québécois Denis Villeneuve, avec Arrival (Premier contact) un film de SF (ce qui est assez rare) nommé dans la catégorie meilleur film et lui-même dans celle du meilleur réalisateur. Avec 8 nominations, il est 2e ex-aequo en nombre de citations, égalant le score de Moonlight. Suivent Lion, Tu ne tueras point et Manchester by the Sea, six fois nommés. Notons que la présence de Manchester by the Sea dans la catégorie reine marque l'histoire d'Amazon Studios, pour la première fois cité en meilleur film.

Il y a bien sûr des snobés : Deadpool, Martin Scorsese et son Silence, The Birth of a Nation, grand prix du jury et prix du public à Sundance, Amy Adams, Nocturnal Animals, Grand prix du jury à Venise, Tom Hanks et Sully, Michael Keaton Hugh Grant, Annette Bening, Le monde de Dory, Tous en scène ...
Mais on constate surtout que les votants ont suivi les Golden Globes à peu de chose près (le gagnant du second rôle masculin Aaron Taylor-Johnson n'est même pas nommé mais la catégorie du second rôle féminin est entièrement identique). Il y aussi quelques surprises comme le rattrapage de The Lobster en scénario ou Fuocoammare en documentaire.

Et puis cette année, les Oscars ne sont pas "white" mais bien divers, avec des jeunes, des vétérans, des afro-américains (réalisateur, documentaire, film, acteurs...), un comédien d'origine indienne, etc...

Les Oscars ne feront peut-être pas un carton d'audience (les films nommés totalisent le box office cumulé le plus faible de ces dernières années, avec aucun film au dessus des 100M$) mais ils sacreront La La Land, ce qui en fera une soirée, assurément, fraiche et enchanteresse. Car, en bonus, il y a beaucoup de primo-nommés.

Film
Arrival, Fences, Tu ne tueras point, Comancheria, Les figures de l'ombre, La La Land, Lion, Manchester by the Sea, Moonlight

Réalisateur
Denis Villeneuve (Arrival), Mel Gibson (Tu ne tueras point), Damien Chazelle (La La Land), Kenneth Lonergan (Manchester by the Sea), Barry Jenkins (Moonligtht)

Acteur
Casey Affleck (Manchester by the Sea), Andrew Garfield (Tu ne tueras point), Ryan Gosling (La La Land), Viggo Mortensen (Captain Fantastic), Denzel Washington (Fences)

Actrice
Isabelle Huppert (Elle), Ruth Negga (Loving), Natalie Portman (Jackie), Emma Stone (La La Land), Meryl Streep (Florence Foster Jenkins)

Second-rôle masculin
Mahershala Ali (Moonlight), Jeff Bridges (Comancheria), Lucas Hedge (Manchester by the Sea), Dev Patel (Lion), Michael Shannon (Nocturnal Animals)

Second rôle féminin
Viola Davis (Fences), Naomie Harris (Moonlight), Nicole Kidman (Lion), Octavia Spencer (Les figures de l'ombre), Michelle Williams (Manchester by the Sea)

Film en langue étrangère
Land of mine, A Man called Ove, Le client, Tanna, Toni Erdmann

Film d'animation
Kubo et l'armure magique, Vaiana, Ma vie de courgette, La tortue rouge, Zootopie

Scénario original
Comancheria, La La Land, The Lobster, Manchester by the Sea, 20th Century Women

Scénario adaptation
Arrival, Fences, Les figures de l'ombre, Lion, Moonlight

Photo
Arrival, La La Land, Lion, Moonlight, Silence

Musique
Jackie, La La Land, Lion, Moonlight, Passengers

Montage
Arrival, Tu ne tueras point, La La Land, Moonlight

Chanson
Audition (La La Land), Can't stop the feeling (Les Trolls), City of Stars (La La Land), Empty Chair (Jim: The James Foley Story), How far I Go (Vaiana)

Décors
Arrival, Les animaux fantastiques, Avé! César, La La Land, Passengers

Costumes
Alliés, Les animaux fantastiques, Florence Foster Jenkins, Jackie, La La Land

Maquillage et coiffure
A Man called Ove, Star Trek Beyond, Suicide Squad

Effets visuels
Deepwater Horizons, Doctor Strange, Le livre de la jungle, Kubo et l'armure magique, Rogue One

Montage son
Arrival, Deepwater horizon, La La Land, Tu ne tueras point, Sully

Mixage son
Arrival, Tu ne tueras point, La La Land, Rogue One, 13 Hours

Documentaire
Fuocooammare, I am no your negro, Life animated, OJ: Made in America, 13th

Documentaire - court
Extremist, 4.1 Miles, Joe's violin, Watani My Homeland, The White Helmers

Court métrage
Ennemis intérieurs, la femme et le TGV, Silent Nights, Sing, Timecode

Court métrage animé
Blind Vaysha, Borrowed Time, Pear Cider and Cigarettes, Pearl, Piper

Le Festival Télérama fête ses 20 ans

Posté par vincy, le 18 janvier 2017

Le 20e Festival Cinéma Télérama commence aujourd'hui, pour une semaine. 15 films de 2016, sélectionnés par l'équipe cinéma du magazine, seront "rattrapables" en salles pour ceux qui les ont manqués. L'an dernier, l'opération avait séduit 315000 spectateurs. La séance est à 3€50 dans 322 salles de France.

Les 15 films retenus, avec leur box office (en gras, les 5 films que l'on vous conseille de découvrir absolument). On y retrouve des habitués du festival (et donc chouchous des lecteurs de l'hebdomadaire), Woody Allen, Pedro Almodovar et Xavier Dolan. Mais cette année, ni Coen, ni Fontaine, ni Dumont, ni même Divines, The Assassin, Carol ou Spotlight, ne sont dans la liste qui ne comprend aucun film de genre (hormis peut-être le Nichols), ni aucun documentaire. En tout cas, on remarque que 12 des 16 films (avec le film "jeune public") ont été présentés au Festival de Cannes.

Juste la fin du monde – Xavier Dolan - 1,03 million d'entrées **/****
Café Society – Woody Allen - 0,95 million d'entrées **
Moi, Daniel Blake - Ken Loach - 0,91 million d'entrées **
Julieta – Pedro Almodovar - 0,77 million d'entrées **
Victoria - Justine Triet - 0,64 million d'entrées ***
Frantz - François Ozon - 0,61 million d'entrées ****
Elle - Paul Verhoeven - 0,56 million d'entrées ***
La Tortue rouge – Michael Dudok de Wit - 0,34 million d'entrées ***
Toni Erdmann – Maren Ade - 0,34 million d'entrées ***
Paterson - Jim Jarmusch - 0,29 million d'entrées ***
Midnight Special - Jeff Nichols - 0,26 million d'entrées **
L’économie du couple - Joachim Lafosse - 0,19 million d'entrées ***
Aquarius – Kleber Mendonça Filho - 0,16 million d'entrées ****
Les Ogres - Léa Fehner - 0,1 million d'entrées *
Nocturama – Bertrand Bonello - 0,05 million d'entrées ***

Un film « Jeune public» s'ajoute à la sélection, l'incontournable Ma vie de courgette de Claude Barras (680 000 entrées).

A cela s'ajoute, pour le 20e anniversaire, des séances événements avec 20 films de 20 ans choisis par les lecteurs (dont deux Woody Allen et seulement cinq films français).

1. Mommy, de Xavier Dolan
2. Mulholland Drive, de David Lynch
3. Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valérie Faris
4. Match Point, de Woody Allen
5. De battre mon coeur s’est arrêté, de Jacques Audiard
6. Mustang, de Deniz Gamze Erguven
7. Le Voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki
8. Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois
9. The Big Lebowski, de Joel et Ethan Coen
10. Eternal Sunshine of the spotless mind, de Michel Gondry
11. Drive, de Nicolas Winding Refn
12. Tout sur ma mère, de Pedro Almodovar
13. Blue Jasmine, de Woody Allen
14. Une séparation, d’Asghar Farhadi
15. Ida, de Pawel Pawlikowski
16. Valse avec Bachir, d’Ari Folman
17. Dans ses yeux, de Juan José Campanella
18. Camille redouble, de Noémie Lvovsky
19. The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson
20. L’Exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller

2016: Un cinéma d’animation riche et varié en 14 films

Posté par cynthia, le 3 janvier 2017

L'année 2016 se termine et à l'aube de 2017, il est l'heure du bilan. Mais alors que vous vous faites la liste des personnes avec qui vous n'auriez pas dû coucher, des soirées où vous n'auriez pas dû aller, les séances de sport que vous n'auriez pas dû manquer etc...nous vous proposons avec douceur et pertinence une sélection (sans ordre particulier) de films d'animation qu'il ne fallait pas manquer en 2016 mais que vous pourrez toujours rattraper en 2017 (en dvd, vàd, etc). Hommes seuls, femmes aventureuses, alliances de la carpe et du lapin: les grandes tendances sont montrent que le cinéma d'animation n'est plus une affaire de princesses patientes et de princes charmants.

Ma vie de Courgette de Claude Barras

En tête, le film le plus top. Un film d'animation qui débute par un meurtre non prémédité et qui se poursuit dans un orphelinat pourrait faire peur. Nous préparons les mouchoirs tout en s'attendant à être choqué et pourtant...

Dans Ma vie de Courgette nous passons de rire aux larmes en quelques minutes tout en restant envahi par ce sentiment enfantin offert avec amour par l'animation. Lorsque le film se termine nous avons du mal à quitter le siège tant le film nous a fait traversé toutes les émotions possibles. Si nous rigolons en entendant la description d'un acte sexuel par les enfants ("et puis le zizi explose") Ma vie de Courgette fait autant rire que réfléchir en abhorrant des sujets épineux tels que le viol, la drogue et bien évidemment l'abandon. Le film de Claude Barras est une œuvre qui ne laisse pas de marbre. Tout le monde est séduit... petits et grands. Son palmarès est déjà impressionnant depuis sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs.

Zootopie de Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

Lorsqu'un Disney sort au cinéma c'est un événement, surtout depuis que l'industrie de Mickey a mis les clichés à la poubelle. Avec Zootopie il n'y a pas de princesses ou d'amour mais de l'amitié, un message d'acceptation et un personnage homosexuel, certes pas flagrant mais tout de même! Ce buddy-movie animalier procure un véritable plaisir avec ses prouesses techniques et son scénario original de polar style L'arme fatale. Nous saluons la scène du centre de naturistes mais aussi la morale de l'histoire qui rappelle la peur constante face à la différence dont notre société souffre un peu plus chaque jour. Le film a terminé leader de l'année (même si au final, il se fera dépasser par le Disney de Noël).

Sausage Party de Conrad Vernon et Greg Tiernan

Non ce n'est pas pour les enfants: inutile de faire un procès pour ça non plus. Mais Sausage Party est un délire entre adultes pour les adultes. Même si la fin laisse de marbre, le film se déroule de manière divertissante et drôle (le papier toilette est sans conteste le meilleur personnage du film). Nous rigolons, nous ouvrons les yeux comme des soucoupes puis nous rigolons encore, car Sausage Party ressemble aux soirées entre potes: nous nous éclatons mais plus nous buvons de l'alcool, plus la soirée part en cacahuètes. Du coup restez sobre puis bourrez-vous pour LA scène (plus que) fantasque de Sausage Party.

La tortue rouge de Michael Dudok de Wit

Rescapé d'un naufrage, un homme se retrouve seul sur une île tropicale et tente de survivre. Épié par les crabes, l'homme apprivoise l'endroit et se met à construire un radeau en vain à cause d'une force sous-marine qui s'en prend à son embarcation. L'homme découvre bientôt que l'animal qui a détruit son moyen de fuite est une tortue rouge. Entre Robinson Crusoé et Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway, La tortue Rouge (fable sans dialogue) plonge le spectateur dans un songe marin qui s'enivre de la beauté des éléments avec un scénario qui ne manque pas de poésie et de la magie des studios Ghibli. Après avoir séduit les spectateurs cannois (Un certain regard), l'oeuvre de Michael Dudok de Witt n'attend plus que d'être découverte.

La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach

Conte angoissant des Frères Grimm, La jeune fille sans mains est illustré à la perfection par son dessinateur/réalisateur. Telle une estampe japonaise qui prend vie sous nos yeux, ce film pénètre chaque parcelle de votre corps avec fougue et frappera les esprits les plus innocents. Ajoutons à cela une profondeur psychanalytique et une noirceur propre aux contes tel Peau d'âne qui donnent à ce film une dimension particulière et qui en fait une œuvre singulière. Sans morale gnangnan La jeune fille sans les mains est un cadeau à faire aux petits et aux grands.

Louise en hiver de Jean-François Laguionie

Tout comme avec La tortue rouge, nous suivons l'aventure d'une rescapée mais sur une plage moins exotique cette fois. Autre grosse différence, Louise est une petite vieille attachante qui représente la métaphore de la vieillesse et de l'abandon par les jeunes. "Ah, maintenant je comprends pourquoi tout le monde me fuit...les gens pensent que je suis contagieuse?!" dit-elle devant un miroir abandonné sur la plage. Durant toute cette fresque, Louise va survivre à la vie mais surtout à elle-même, offrant ainsi un hymne existentiel et un hommage au temps qui passe: un portrait de la solitude et une douce claque visuelle qui donne des palpitations au cœur et à l'âme.

Kubo et l'armure magique de Travis Knight

Véritable pépite de l'animation, Kubo et l'armure magique est poétique, fantastique, émouvant. Dans cette histoire aux sonorités japonaises.,Kubo, jeune garçon vif et généreux voit son quotidien doux et tranquille bouleversé lorsqu'il invoque malencontreusement un esprit de son passé. Produisant un chaos extraordinaire, Kubo va devoir survivre face à des forces qui le dépassent. Produit en stop-motion, Kubo et l'armure magique ne laisse guère de doutes: c'est un des meilleurs films américains dans le genre, entre subtilité et pur ludisme.

Comme des bêtes de Chris Renaud et Yarrow Cheney

Comme des bêtes, notre plaisir coupable de l'animation 2016, est un véritable produit du divertissement qui fait agiter autant votre âme d'enfant que votre cœur de cinéphile. Plongeant littéralement dans le quotidien de nos petits poilus, nous suivons avec amour les aventures de ces bêtes drôles et intelligentes. Avec les fêtes entre poilus, les délires de la gamelle et des "va chercher baballe"Comme des bêtes n'est pas seulement un film d'animation pour enfants (d'ailleurs est-il vraiment pour les enfants?), il est aussi une dédicace à nos amis à quatre pattes, à écailles et à carapace. Grand plaisir à voir ce film pour le personnage Pompom incarné avec brio par Kevin Hart (à mourir de rire). Et avant l'arrivée de Tous en scène, la preuve qu'Illumination n'est pas qu'une success-story de "minions".

Vaiana, la légende du bout du monde de John Musker et Ron Clements et Le Monde de Dory d'Andrew Stanton et Angus MacLane

Vaiana, le dernier Disney est un véritable cadeau de Noël pour les enfants et les grands. Fable écologiste et ode à l'audace, il n'y a pas de prince ici (à l'instar de Rebelle) ni d'histoire d'amour mais son récit ne manque pas de piquant ou de chansons ("How Far I'll Go" – "Le bleu lumière" ou le nouveau "Libéré, Délivré"). Vaiana emporte avec douceur les spectateurs tel un raz-de-marée. Ce sera le film le plus vu sorti en 2016 en France. Aux Etats-Unis, la médaille d'or est revenue à un autre Disney (côté Pixar), un autre film "océanique" sans prince charmant (quoique ce poulpe à sept tentacules, on en parle?). La suite du Monde de Nemo, Le Monde de Dory remplit son contrat: drôle, enlevé, coloré. Vaiana et Dory, deux héroïnes pas comme les autres, audacieuses et assumant leurs failles, sont des aventurières des temps modernes prêtes à traverser le Pacifique pour préserver leur culture/liberté et pour sauver leur foyer. Mention à Dory qui assume toutes les formes de familles, recomposées comme adoptées.

Les Trolls de Mike Mitchell et Walt Dohrn

Bien que l'histoire n'ait rien de captivant ou d'innovant (les héros quittent leur monde d'arcs-en-ciel et de cupcakes pour une opération sauvetage) les personnages sont terriblement attachants. Visant clairement les plus jeunes spectateurs, Trolls s’offre une bande-son (nommée aux Golden Globes) explosive et une vision plus simple (et plus droguée) du déroulement du cerveau que le Vice-Versa de Pixar. Le succès du film sauve DreamWorks de son déclin, notamment face à Illumination qui, avec Tous en scène, réussit bien mieux l'animation-musical.

Your Name de Makoto Shinkai

Fresque romantique et surnaturelle, Your name est l'ovni animé de 2016 qui hypnotise et attrape les cœurs jusqu'à l'explosion. Un garçon qui rêve de nature et une fille qui souhaite vivre dans une ville, échange de corps sans crier gare (un souhait inavoué qui se réalise sans doute). Métaphore du genre, fantasmagorie romanesque, distorsion du temps et phénomène fantastique, l'oeuvre de Makoto Shinkai est une fresque contemporaine, romanesque et romantique, intime et spectaculaire, où la vie de chacun est à la croisée du hasard et du déterminisme, de ses rêves et de sa volonté. Un doux songe animé. Et un triomphe au Japon qui cherche son nouveau Myiazaki.

Cigognes et compagnie de Nicholas Stoller et Doug Sweetland

Cigognes et compagnie fut la bonne surprise de 2016, injustement boudée. Conter une histoire sur l'arrivée des bébés dans les familles aurait pu être un énième animé un peu niais et pourtant la Warner Bros. signe un conte des temps modernes où la famille, une fois de plus, s'offre un visage recomposé (il suffit de voir la meute de loups). Papa, maman sont ensemble pour avoir des bébés: non ils peuvent prendre leur temps et il peut même avoir deux papas (prends ça la manif pour tous). Véritable comédie animalière qui ne laisse pas de marbre (la séquence des pingouins est un must), ces cigognes savent séduire et faire rire.

Tout en haut du monde de Rémi Chayé

Voyage glacial et inquiétant, Tout en haut du monde, est un récit plus dur qu'on aurait pu imaginer allant parfois dans la noirceur, parfaitement illustrée par un dessin épuré à l'extrême et sans contours. De plus, tout comme La jeune fille sans mains, le film conte une histoire de femme courage, une héroïne épique et aventureuse (coucou Vaiana) qui séduit par sa prestance et sa liberté.

Il ne reste plus qu'à vous, cinéphiles, à rattraper votre retard et à attendre impatiemment l'arrivée du cru 2017.

Mon film de l’année : Aquarius, œuvre libertaire et anti-libérale

Posté par vincy, le 26 décembre 2016

Parmi la quinzaine de films marquants cette année, c'est Aquarius, la fresque intime et politique de Kleber Mendonça Filho, qui me vient immédiatement à l'esprit. Sans doute parce qu'il allie parfaitement deux états d'esprit qui ne son pas dans l'air du temps. Un personnage principal, Clara, magnifié par une Sonia Braga impériale qu'on avait perdu depuis plusieurs années, revendiquant sa liberté de penser, de vivre, affirmant à la fois sa place conquise en tant que femme, assumant pleinement son indépendance, se désolant du conservatisme ambiant, et constatant que ses victoires du passé (sur le racisme, le sexisme, les droits fondamentaux) sont plus vulnérables qu'elle ne le croyait. Et puis il y a sa lutte, sa résistance même, contre un ordre établi, corrompu et cupide, déshumanisé et cynique. La destruction de son immeuble n'est pas qu'un symbole dans ce conflit. C'est un avertissement.

Ironiquement, l'histoire du film a croisé l'histoire du Brésil cette année avec un "coup d'état" institutionnel et une succession de démissions et de poursuites judiciaires dans le système politique, tous bords confondus. La crise évoquée dans Aquarius n'est qu'une infime représentation des symptômes qui gangrènent le développement du pays. D'ailleurs le pouvoir en place a fait pression pour qu'Aquarius ne représente pas le Brésil aux Oscars. Ces ultra-libéraux n'ont pas supporté la contestation des artistes et l'opposition des équipes du film (jusque sur les marches de Cannes) à leur hold-up sur la présidence et le gouvernement.

Mais ce qui épate avec cette épopée d'une veuve pleine de vigueur contre des promoteurs véreux est ailleurs: dans des séquences hors-limites, dans ce récit ample et multi-dimensionnel, dans cette incarnation chaleureuse d'une famille éclatée. Tel un feuilleton, d'une folle intelligence, on suit le temps qui passe, les rebondissements de cette sale affaire, entre le calme et les tempêtes, le sexe cru et le carpe diem. Mais si les répliques sont franches, si les nus sont frontaux, tout est contourné avec une mise en scène qui maîtrise parfaitement ses limites, n'allant jamais trop loin dans la critique, la satire, le mélo, le drame ou la dénonciation manichéenne. Car au bout de cette bataille, il y a la volonté de croire qu'on peut changer les choses, qu'on peut refuser le fatalisme. Le film est aussi riche dans sa complexité que son personnage est radieux dans l'adversité.

Evidemment, ce ne sera pas forcément le cas, et c'est là toute la beauté de l'immoralité. Après tout Aquarius fait l'éloge du désir, du souvenir, de la conscience, de la transmission. Mais c'est aussi un manifeste qui rappelle les points faibles de cette liberté tant aspirée dans un monde profondément chaotique où la loi du plus fort est aussi celle du plus riche, où l'ignorant, l'inconscient et l'aveugle sont soumis aux règles dictées par les puissants. Et malgré le propos sombre, l'œuvre demeure lumineuse de bout en bout. Pourtant, cet immeuble Aquarius est une utopie qu'on détruit. Mais tant qu'il y aura des Clara pour se tenir debout, danser et baiser comme elle en a envie, alors tout n'est sans doute pas perdu.

Mes autres coups de cœur : Mademoiselle et Carol pour leur esthétisme hypnotisant et le soufre immoral de leurs liaisons dangereuses, Ma vie de Courgette et Quand on a 17 ans car dans les deux cas Céline Sciamma prouve qu'elle traduit les émotions et sentiments de la jeunesse avec une justesse impressionnante, Diamant noir parce qu'il s'agit assurément du meilleur film noir de l'année, genre snobé par le cinéma francophone, Mekong Stories et L'ornithologue pour leurs audaces narratives où spiritualité, sexualité et nature s'entrelacent merveilleusement et Manchester by the Sea car il s'agit de loin du plus beau drame familial de l'année, aussi sobre et pudique que ténu et tragique.