3 raisons d’aller voir « L’étincelle, une histoire des luttes LGBT+ »

Posté par vincy, le 24 juillet 2019

Le pitch: Une histoire de la lutte LGBT des années soixante à nos jours, après que l’étincelle des émeutes de Stonewall a embrasé l’action militante qui, de New York, devait se répandre partout dans le monde. De San Francisco à Paris en passant par Amsterdam, entre les premières Gay Pride, l’élection d’Harvey Milk, la « dépénalisation » française, l’épidémie du Sida et les premiers mariages homosexuels, ces quelques décennies de lutte s’incarnent au travers de nombreux témoignages d’acteurs et actrices de cette révolution arc-en-ciel.

Des témoignages forts. Avec ce documentaire initialement prévu pour la TV, Benoît Masocco a capté la parole des décideurs et des activistes ou des artistes qui ne secachent pas, de ceux qui ont vécu le combat pour l'affirmation comme ceux qui ont traversé l'apocalypse des années Sida, qu'ils soient américains, français, néerlandais... A chaque fois, c'est bouleversant. Qu'il s'agisse d'une confession intime ou d'un engagement politique, les écouter est une épreuve émotionnelle: ils partagent leur souffrance, leur désespérances ou leur combattivité avec une belle pudeur, une dignité respectable ou une flamme vivace. On voit ainsi défiler Robert Badinter et Didier Lestrade, Bertrand Delanoë et Gérard Lefort, Dustin Lance Black (When We Rise, scénariste de Harvey Milk et J. Edgar) et l'écrivain Edmund White, John Cameron Mitchell (Shortbus) et Cleve Jones... Tous, femmes ou hommes, rappellent le parcours semé d'embûches des homosexuels, des années 1960 à aujourd'hui... Ils se sont battus politiquement, médiatiquement, collectivement. Ils revendiquent une culture queer alternative face à ceux qui se sentent bien dans une société "normalisante". Ils se souviennent avec amusement des rébellions contre les forces policières, avec douleur des morts du sale virus, avec joie des avancées pas à pas pour la cause, avec regrets des années folles, avec bonheur des victoires, amères ou triomphales.

50 ans de luttes nécessaires. Car ce combat n'est pas fini. Et les débats changent de forme. L'histoire commence avec la révolte de Stonewall à New York et l'année suivante, la naissance des marches de la fierté. La fameuse étincelle. L'émancipation sexuelle, l'égalité civique des noirs américains, la progression du féminisme: tout conduit la communauté LGBT à revendiquer ses droits, sortir du placard et casser les lois discriminatoires. Le documentaire montre l'horreur de certaines lois anti-homosexuels à l'époque. L'avènement d'Harvey Milk et son assassinat, la loi Badinter de 1982 dépénalisant l'homosexualité et les horreurs des anti-Pacs ou anti-Mariage pour tous, la liberté folk des années 1970 et l'enfer pop des années 1980: tout contribue à la libération des mœurs et leur concrétisation politique. Le Sida va siffler la fin de la fête. Un autre combat va commencer. Puis ce sera celui de l'égalité des droits. Aujourd'hui commence un travail de mémoire avec la réhabilitation des grandes personnalités LGBT, la création de centres d'archives ou de chaires universitaires, les droits des transsexuels ... Aujourd'hui, on parle d'homoparentalité dans les pays où le mariage est déjà acquis. Mais il ne faut pas oublier que l'homosexualité reste interdite dans des dizaines de pays (voire passible de peine de mort), qu'en Europe des gouvernements agitent une homophobie populiste qui peut s'avérer meurtrière, que les crimes homophobes augmentent un peu partout.

Nous vieillirons ensemble. L'un des mérites du film est avant tout de déterrer les racines d'un combat qui est devenu public il y a cinquante ans. Et, par conséquent, de montrer des femmes et des hommes homosexuels qui étaient adolescents sous Woodstock et qui sont de beaux seniors aujourd'hui. Pour la première fois, une génération née après la guerre peut être ouvertement et publiquement gay et toujours en vie. Et la génération LGBT post-SIDA peut apprendre de son passé commun, et comprendre qu'après 30 ans, on n'est pas forcément condamné à être obsolète (sauf sur Grindr). Car c'est, en creux, l'un des aspects les plus intéressants de ce documentaire. Avec ses archives, son voyage dans le temps, ses souvenirs qu'on aurait pu croire révolus voire éteints, il dévoile une histoire qui n'est plus si jeune et qui aurait pu disparaître avec la propagation du HIV ou l'obligation de vivre caché. Grâce à ses anciens combattants, la communauté LGBT d'aujourd'hui, peut s'engager dans les combats de demain. L'étincelle devient alors un film qui sert de relais entre ceux qui ont vécu toutes ces batailles et ceux qui aujourd'hui profitent de cette liberté chèrement acquise. Or, on le sait, la liberté est une valeur fragile. Comme une flamme est facile à éteindre. Les luttes continuent.

Cannes 2019 : La diversité se taille une place de choix

Posté par wyzman, le 2 juin 2019

Cette année plus que jamais, le Festival de Cannes semble s’être entièrement réconcilié avec la diversité. Qu’il s’agisse de diversité raciale, sexuelle ou religieuse, les différentes sections et sélections n’ont jamais été aussi ouvertes et représentatives du monde qui nous entoure.

Des films arc-en-ciel

Après les succès de 120 battements par minute et Plaire, aimer et courir vite, la communauté LGBT était dans les starting-blocks. Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma nous a offert une jolie leçon d’amour lesbien tandis que Roubaix, une lumière d'Arnaud Desplechin a brillé par son couple de femmes en tête d’affiche (Léa Seydoux et Sara Forestier). Malgré les polémiques liées au nombre de fesses visibles et à son cunnilingus non-simulé de 13 minutes, Mektoub, my love : intermezzo a brillé par son jeu sur la sensualité de ses héroïnes.

Présenté dans la section Un Certain regard, Nina Wu de Midi Z s’est offert une héroïne lesbienne comme on en voit peu. Port Authority de Danielle Lessovitz s’est fait remarquer par la présence de sa toute première femme transsexuelle et de couleur en tête d’affiche à Cannes (Leyna Bloom). Le film, centré sur l’histoire d’amour compliquée entre un homme cisgenre et une femme transsexuelle, fait la part belles aux personnes transgenres ainsi qu’aux homosexuels.

Et les homosexuels étaient loin des placards cette année à Cannes. Du Rocketman de Dexter Fletcher à Douleur et Gloire de Pedro Almodovar en passant par Matthias et Maxime de Xavier Dolan, la sélection officielle nous a offert une belle galerie d’hommes gays ou bisexuels aux sensibilités et attitudes différentes. Du côté de la Quinzaine des Réalisateurs, ce sont les héros de And then We Danced de Levan Akin et Tlamess d’Ala Eddine Slim qui nous ont émus.

Des sélections métisses

Trop longtemps perçu comme « blanc », Cannes s’est paré de mille couleurs continuer à être le plus grand festival de cinéma au monde. Si personne n’a été surpris par les personnages asiatiques de Parasite de Bong Joon-ho et Le Lac aux oies sauvages de Diao Yi’nan, les distributions de Bacurau de Juliano Dornelles et Keleber Mendonça Filho et Atlantique de Mati Diop ont été remarqués. Le premier, une fable futuriste mais réaliste, s’est illustré par sa grande représentativité et diversité ethniques quand le second, hommage aux Sénégalais qui rêvent d’un avenir meilleur mais continuent de se noyer dans l’océan Atlantique, s’est démarqué par son panel de femmes fortes.

Bien visibles dans Port Authority, les Noirs n'ont pas souffert d'une représentation erronée voire honteuse avec Les Misérables de Ladj Ly — à l’instar des Maghrébins et des musulmans de France. Malgré un résultat vain, Le Jeune Ahmed des frères Dardenne avait au moins le mérite de proposer une plongée inédite (à leur niveau) dans l'Islam radical, à quelques mètres des clichés. Même son de cloche dans Mektoub, my love : intermezzo où les protagonistes d’origine tunisienne n’ont jamais souffert de leur couleur de peau. Il en va de même pour Frankie d’Ira Sachs : la couleur de peau de la belle-fille fictive d’Isabelle Huppert, de son époux et de leur fille n’a jamais été mentionnée !

A la Quinzaine des Réalisateurs, Alice et le Maire de Nicolas Pariser et Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky ont amené avec eux des personnages féminins forts, joués par des actrices de couleur (Léonie Simaga et Lauren ‘Lolo’ Spencer). La trame autour du vaudou haïtien a permis à des acteurs noirs (Juan Paiva, Wislanda Louimat) de se greffer au casting de Sick, Sick, Sick d’Alice Furtado et Zombi Child de Bertrand Bonello. Impossible de ne pas mentionner les deux femmes d’origine maghrébine qui ont revitalisé la Quinzaine, j’ai nommé Zahia Dehar et Mina Farid, sublimes héroïnes d’Une Fille facile de Rebecca Zlotowski. Enfin, une mention spéciale mérite d’être attribuée à Kiki Layne pour sa belle interprétation de fantôme en Valentino dans The Staggering Girl de Luca Guadagnino !

Les funérailles des roses, un inédit intrigant, queer, drôle et cruel

Posté par vincy, le 25 février 2019

Carlotta a sorti cette semaine dans quelques salles françaises un film japonais du regretté Toshio Matsumoto (vidéaste, théoricien, artiste et réalisateur), Les funérailles des roses (en japonais Bara no soretsu). Le film a 40 ans et il est inédit. Ce premier long métrage, récit d'un Oedipe gay tragique dans Tokyo, explore le monde souterrain des travestis japonais, officiant dans des bars chics et bien tenus, et notamment le si bien nommé Genet (en hommage à l'écrivain français). Mais Toshio Matsumoto, avec un cinéma héritier de Bunuel, Godard et Marker, va beaucoup plus loin sur la forme comme sur le fond. Si le fil conducteur suit Peter, jeune garçon qui fuit le domicile matriarcal pour s'émanciper en fille, amoureuse de son employeur, le film est une succession d'audaces narratives, profitant sans aucune limite de sa non-linéarité. Les funérailles des roses mélange ainsi allègrement la chronologie des événements, avec certains enchaînements proches du surréalisme, et s'amuse de manière très libre à flirter avec le documentaire (des portraits sous forme de micro-trottoir face caméra de jeunes tokyoïtes gays) et le cinéma expérimental.

Hybride jusqu'au bout, le film se travestit comme ses personnages. Il est à la fois une étude anthropologique de la culture queer et underground du Japon des années 1960, pas très loin du swinging London côté mode, et fortement influencé par la Nouvelle vague, le situationnisme et l'existentialisme français. Tout en respectant les contraintes de la censure, il y a un côté punk, c'est à dire un aspect de contre-culture dans le film, qui passe aussi bien par la distanciation (on nous montre parfois le tournage même de la scène que nous venons de voir), la dérision (des gags comme du pastiche), l'angoisse psychologique (tous ont peur d'être abandonnés et sont en quête d'affection), le sous-entendu (sexuel), l'horreur (finale, tragique) et surtout, la surprise.

Car le cinéaste ne ménage pas le spectateur en s'offrant des virages inattendus, passant d'un genre à l'autre, de scènes parodiques et rythmées (les rivalités façon western ou kung-fu sont hilarantes) à des séquences plus oniriques où le temps se distord (sous l'effet d'un joint ou de la peur). On est alors fasciné par ce délire maîtrisé, où se croisent bulles de bande dessinée et art contemporain, plans surexposés ou références détournées, qui brouille les codes du cinéma, pour accentuer la folie du personnage principal, et ce réalisme passionnant d'une communauté loin des stéréotypes filmés par le cinéma japonais parvenu jusqu'à nous à cette époque.

Il y a ainsi le film dans le film (y compris l'insertion de courts métrages du cinéastes), le film d'un Tokyo gay, le film d'un duel entre deux concubines, le film d'un jeune gay paumé, le film d'une jeunesse alternative, le film politique, le film comique, le film romantique, le film dramatique et le film psychologique. Les témoignages sont aussi intéressants que cette histoire est intrigante.

Ces funérailles sont parfois bricolées, mais elles gagnent leur dignité: l'œuvre est assurément majeure dans le cinéma LGBT, le cinéma japonais et le cinéma des années 1960. C'est un film engagé, et même activiste, où se mêlent les avant-gardes de l'époque, entre sentiment de révolte et aspiration au changement. Qu'il soit flamboyant, moqueur, érotique, théâtral ou bordélique, le film est transgressif cinématographiquement (il y a longtemps que le queer ne l'est plus tant que ça dans la société). Toshio Matsumoto a finalement réalisé un film dont les héros revendiquent leur place dans la société comme Les funérailles des roses réclament sa place singulière dans le septième art.

2018 dans le rétro: des films LGBT plus ou moins marquants

Posté par wyzman, le 31 décembre 2018

Malgré de multiples polémiques (Scarlett Johansson renonce à incarner un personnage trans dans Rub & Tug, Jack Whitewall jouera un personnage gay dans le Jungle Cruise de Disney), 2018 aura été une grande année pour le cinéma LGBT.

Explicitement ou implicitement queer, les films qui suivent sont autant de preuves que la diversité sexuelle des personnages peut être synonyme de succès commercial. A moins qu’il ne soit encore et toujours question de personnages gays — et blancs ?

Des films importants

Sans surprise, Call Me By Your Name est le film queer qui aura le plus marqué les esprits cette année. Portée par Timothée Chalamet et Armie Hammer, adapté pour le grand écran par Luca Guadagnino, cette histoire d’amour et d’éveil sexuel était le Moonlight de 2018. Pour rappel, le film est reparti de la dernière cérémonie des Oscars avec le prix du meilleur scénario adapté pour James Ivory.

De son côté, Love, Simon aura marqué les esprits et les livres d’histoire en étant le premier teen movie d’un grand studio américain centré sur un personnage homosexuel. Sa bande originale nous a autant enthousiasmé que l’interprétation tout en finesse de l’acteur principal, Nick Robinson.

Mario de Marcel Gisler était peut-être le film LGBT le plus important de cette année. En mettant en scène une histoire d’amour gay entre deux joueurs de football professionnel, le réalisateur suisse a réussi son pari : nous émouvoir. A l’instar du Bohemian Rhapsody de Bryan Singer. Malgré des perturbations survenues sur le tournage entre le réalisateur et l’acteur phare de ce biopic du groupe Queen, Rami Malek s’y donne corps et âme. Une nomination aux Oscars semble de plus en plus évidente !

L’influence des sélections cannoises

En dépit d’une édition 2018 encore marquée par « l’affaire Netflix », le festival de Cannes a su ravir ses fidèles par la diversité des histoires racontées au travers de ses multiples sélections. En sélection officielle, Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré aurait pu faire des ravages s’il n’avait pas été présenté un an seulement après l’implacable 120 battements par minute. Côté séances de minuit, c’est Whitney de Kevin MacDonald qui aura ravi la critique. Cet excellent biopic nous aura permis de découvrir la face cachée de la plus grande diva du 20e siècle, une femme agressée sexuellement dans sa jeunesse et qui a passé toute sa vie d’adulte à cacher son penchant pour les femmes…

Mais c’est sans doute de Girl de Lukas Dont que l’on se souviendra le plus longtemps. Lauréat de la Caméra d’or, du Prix FIPRESCI et de la Queen Palm, ce drame belgo-hollandais raconte l’histoire d’une adolescente et danseuse classique de de 15 ans née malgré elle dans un corps de garçon. Plus prévisible, Rafiki de Wanuri Kahiu aura eu le mérite de mettre en lumière l’hypocrisie teintée d’homophobie des autorités kenyanes.

De son côté, la Quinzaine des réalisateurs n’a pas démérité. Gaspar Noé était de retour avec Climax. Lauréat de l’Art Cinema Award, son nouveau bébé raconte comment une soirée entre vogueurs tourne au massacre à l’overdose. Bourré de personnages queer, Climax aura surpris, choqué, ravi, impressionné la Croisette. Au choix. Enfin, impossible de ne pas mentionner le drame romantique de Arantxa Echevarria, Carmen et Lola. Cette histoire d’amour entre deux gitanes était un must-see.

Si le psychédélique Diamantino nous a fait mourir de rire, force est de reconnaître que Sauvage de Camille Vidal-Naquet nous aura mis dans tous nos états. Son interprétation pleine de vigueur et d’honnêteté le place déjà parmi les meilleurs de sa génération. C’est peu dire !

Netflix, héros de la contre-programmation

N’en déplaise à certains producteurs et distributeurs, le géant du streaming est aujourd’hui un acteur majeur dans la diffusion de films LGBT. Netflix s’est ainsi démarqué ce printemps en proposant à ses abonnés Les Bums de plage et Alex Strangelove. Le premier, réalisé par Eliza Hittman et récompensé à Sundance 2017, s’intéresse à un adolescent de Brooklyn (Harris Dickinson) qui tente de compartimenter son temps entre ses amis paumés, sa petite amie suspicieuse et les hommes qu’il rencontre via Internet et avec lesquels il aime avoir des rapports sexuels.

Le second, beaucoup plus léger, s’est retrouvé sur le service de streaming quelques semaines avant la sortie de Love, Simon et raconte une histoire similaire. Persuadé qu’il va finir sa vie avec une femme, Alex se met à questionner sa sexualité après avoir rencontré Elliot, un jeune homme ouvertement homosexuel.

Les grands oubliés

Par chance, cette année, seuls trois films pourtant fort intéressants n’ont pas su trouver leur public. Il y a d’abord eu Désobéissance de Sebastian Lelio et qui raconte les péripéties d’une jeune femme juive-orthodoxe qui avoue à sa meilleure amie la nature de ses sentiments à son égard. Puis vient Come As You Are de Desiree Akhavan. Bien que porté par Chloë Grace Moretz, Sasha Lane et Forrest Goodluck, le drame américain centré sur un établissement spécialisé dans les thérapies de conversion n’a fait qu’accentuer l’attente mondiale autour de Boy Erased, le nouveau film de Joel Edgerton avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe, Xavier Dolan et Troye Sivan au casting.

Enfin, nous refermons cette liste quasi exhaustive des films LGBT qui ont fait 2018 avec The Happy Prince de Rupert Everett. Le biopic qui présente les dernières heures de l’écrivain Oscar Wilde (incarné Rupert Everett) est passé complètement inaperçu mais pourrait se rattraper lors des prochaines grandes cérémonies de remises de prix.

Cannes 2018: A Queer Eye

Posté par vincy, le 11 mai 2018

Une Palme d'or pour La vie d'Adèle, deux Grands prix du jury pour Juste la fin du monde et 120 battements par minute, un prix de la mise en scène Un certain regard pour L'inconnu du lac, sans oublier Carol, Les vies de Thérèse, Kaboom... le festival de Cannes depuis quelques années a suivi le mouvement sociétal et cinématographique (les Oscars ont récompensés Moonlight l'an dernier, Une femme fantastique et Call Me By Your Name cette année): l'homosexualité et plus globalement la culture Queer se sont invités dans les sélections comme dans les palmarès. Les cinéastes, hétéros ou LGBTQI, y trouvent des sujets forts pour des genres variés et des films engagés.

2018 ne fait pas exception. Le queer sera à la mode. Il sera même banalisé, ce qui ne peut que nous satisfaire. Il sera aussi "transgenre".

Yann Gonzalez nous plongera ainsi dans le milieu porno gay de la fin des années 1970 avec Un couteau dans le cœur (compétition), tandis que Christophe Honoré nous conviera à une romance dramatique gay (et homoparental) du début des années 1990 avec Plaire, Aimer et courir vite (aussi en compétition). Les amours (de jeunesse) tourneront aussi dans L'amour debout de Michaël Dacheux (Acid). A bas les étiquettes!

Côté beaux mecs (et tendance marginal) on sera séduit par les plastiques Felix Maritaud et Eric Bernard dans Sauvage de Camille Vidal-Naquet (Semaine de la critique). Dans un registre plus homoérotique qu'homosexuel, Diamantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt se concentrera sur le culte du corps masculin d'un sportif (en l'occurrence celui de Carloto Cotta). Le sport et le corps sont aussi à l'honneur du documentaire de Marie Losier, Cassandro, The Exotico (Acid). Ici on plonge dans l'univers des catcheurs gays.

Mais peut-être que l'histoire qui nous touchera le plus est celle des deux frères, dont l'un est homosexuel, dans Euphoria de Valeria Golino (Un certain regard), avec Riccardo Scamarcio et Valerio Mastandrea...

C'est d'ailleurs toujours à Un certain regard que l'un des films les plus attendus sera projeté: Rafiki de Wanuri Kahiu. Parce que c'est le premier film kényan en sélection officielle. Parce qu'il a été censuré dans son pays après l'annonce de sa sélection. Parce que c'est une histoire d'amour entre deux femmes qui ne peuvent pas étaler leurs sentiments en plein jour. Et dans la même sélection, avec Girl de Lukas Dhont, on évoquera le genre grâce à une adolescente qui veut devenir danseuse étoile, mais qui est née dans le corps d'un garçon.

Les amours saphiques seront aussi projetés à la Quinzaine des réalisateurs avec Carmen y Lola d’Arantxa Echevarria, une histoire d'amour entre deux jeunes gitanes dans un milieu où là aussi l'homosexualité est un tabou. Et qu'attendre de Climax de Gaspar Noé, qui met le plaisir au centre de tout, cet hédonisme revendiqué et sans limites?

On le voit: le genre, la sexualité, l'homophobie, l'homoparentalité, la pornographie, et bien entendu l'amour sont présents dans des films venus de partout et formellement différents. Et on peut aller plus loin avec le frontal A genoux les gars (Antoine Desrosières, Un certain regard) qui s'affirme le film le plus féministe de la saison, L'ange (Luis Ortega, Un certain regard), dont le personnage de tueur est pour le moins ambivalent ou encore Manto (Nandita Das, Un certain regard), biopic sur un écrivain célèbre accusé plusieurs fois de pornographie...

Mais assurément le film le plus queer du 71e festival de Cannes (en séance spéciale) est un documentaire de Kevin Macdonald (Le Dernier Roi d'Écosse), qui six ans après Marley (sur Bob Marley), s'intéresse à Whitney (sur la diva Whitney Houston). Rien de gai mais cette icône gay (et pop) devrait être l'une des vedettes des dancefloors cannois. Une Queen pour célébrer la culture queer, pour aimer, sans préjugés.

Cannes 2018: Après les célébrations, la censure frappe le film kényan « Rafiki »

Posté par vincy, le 28 avril 2018

C'était une joie quand Thierry Frémaux a annoncé le premier film kenyan en sélection officielle (Un Certain regard). Rafiki de Wanuri Kahiu promet d'être l'un des films les plus attendus du prochain festival de Cannes. Mais hier, vendredi 27 avril, la fête a pris fin. Les autorités kényanes ont décidé d'interdire le film.

Ce film qui raconte une histoire d'amour entre deux jeunes filles n'est pas du goût du président du Kénya, qui comme dans beaucoup de pays d'Afrique, a fait de l'homosexualité un bouc-émissaire fédérateur. Dans une interview à la chaîne américaine CNN donnée le 20 avril, Uhuru Kenyatta dénonçait l'homosexualité comme une valeur contraire aux croyances culturelles de la majorité des Kényans.

"Promotion du lesbianisme"

Cela ne va pas arranger la situation des droits de l'Homme et des droits LGBT dans le pays. Rafiki ("ami" en langue locale swahili) a été jugé par le Comité national kényan de classification des films (KFCB) comme ayant la "claire intention de promouvoir le lesbianisme au Kenya ce qui est contraire à la loi."

L'homosexualité est illégale au Kénya et peut entraîner une peine de 14 ans de prison. Le film, qui sera sous les feux des projecteurs grâce au Festival de Cannes, avait conduit une association en faveur des droits des personnes homosexuelles à demander à la justice kényane d'abolir ces lois anti-gay, imposées sous la colonisation anglaise et jugées discriminante. Or le 18 avril, Theresa May, Première ministre du Royaume Uni a justement fait son mea culpa.

"En tant que famille de nations, nous devons respecter les cultures et les traditions des autres, mais nous devons le faire de manière à protéger notre valeur commune d’égalité, une valeur qui est clairement inscrite dans la Charte du Commonwealth." "Ils avaient tort à l’époque et ils ont tort aujourd’hui. Personne ne devrait subir une quelconque persécution ou discrimination à cause de qui il est ou de qui il aime, et le Royaume-Uni se tient prêt à aider tout pays membre du Commonwealth qui voudrait réformer une législation d’un ancien temps, qui rend possible ce type de discrimination, parce que le monde a changé" a-t-elle ajouté, reconnaissant la part de responsabilité du Royaume-Uni en déclarant ne savoir "que trop bien que ces lois ont souvent été mises en place par [s]on propre pays"

Contradictions au sommet de l'Etat

Mais le plus ironique est ailleurs. Le jour de l'annonce de la sélection de Rafiki à Cannes, le ministère des Sports et du Patrimoine, qui comprend la Culture dans son portefeuille, s'était félicité sur les réseaux sociaux de cette invitation cannoise. Un grand nombre de kényans avaient aussi exprimé leur fierté sur les réseaux, dont l'actrice oscarisée Lupita Nyong'o (Black Panther). Le CNC du Kenya n'avait pas hésité à propager son soutien à ce film.

Rafiki suit l'histoire de Kena et Ziki, deux jeunes femmes de Nairobi qui deviennent amies et tombent amoureuses l’une de l’autre, contre leurs parents et leurs voisins homophobes. Ces deux héroïnes devront choisir entre le bonheur et la sécurité, entre leurs sentiments et la pression sociale. Est-il plus sûr d’être invisible ou mieux vaut-il défier les règles conservatrices, pour découvrir votre identité et votre destin à travers l’amour ?

Le récit est adapté d'un roman, Jambula Tree, inédit en France qui racontait la même histoire d'amour mais en Ouganda (tout aussi homophobe). Ecrit par Monica Arac de Nyeko, le livre avait reçu le prix Caine 2007, le Goncourt de la littérature africaine.

Il a fallu sept ans pour faire ce film. La réalisatrice a confié qu'elle avait été poussée par "l’urgence et la nécessité" de faire Rafiki dans un climat anti-LGBT terrifiant en Afrique. Dans sa note d'intention, elle avoue qu'il a fallu "bousculer le cynisme profondément ancré dans la société concernant l’homosexualité à la fois auprès des acteurs, de l’équipe, de mes amis et de ma famille."

Wanuri Kahiu, la réalisatrice du film, a réagit sur twitter dès qu'elle a su son film banni dans son pays: "Nous pensons que les adultes kényans sont suffisamment mûrs et perspicaces pour regarder [ce film] mais on leur en a retiré le droit." Dans un tweet daté de ce samedi 28 avril, elle décide de citer pour seul commentaire la déclaration des Droits de l'Homme sur la liberté d'expression.

Tunisie: Call me By Your Name censuré

Posté par vincy, le 3 mars 2018

Call me by your name est interdit de cinéma en Tunisie. Le film, quatre fois nommé aux Oscars et qui vient de sortir en France, a vu son visa d'exploitation refusé par le ministère tunisien de la Culture, a annoncé mercredi l'un des principaux distributeurs du pays, Goubantini Groupement, habitué à diffuser des films aux sujets parfois tabous dans le pays.

Selon l'AFP, le long-métrage devait être projeté mercredi soir au Colisée, une grande salle de Tunis qui a annoncé sur Facebook que l'évènement avait été "annulé" faute de visa d'exploitation.

Le film "a été interdit", a affirmé à l'AFP le distributeur Lassaad Goubantini, en dénonçant "une atteinte aux libertés" et en jugeant que l'interdiction était "sûrement due au sujet du film", une histoire d'amour entre deux hommes.

Une telle interdiction est "en contradiction avec la Constitution tunisienne", a-t-il ajouté. Bien sûr ce n'est pas le seul film à être confronté à une censure toujours présente. On se souvient aussi que Wonder Woman, avec Gal Gadot avait été interdit suite à une plainte du parti nationaliste Al-Chaab sous prétexte que l'actrice principale était israélienne,

L'Homosexualité toujours un délit pénal

Mais en Tunisie, l'homosexualité reste une problème soumis à plusieurs contradictions. Elle est devenue depuis quelques années, grâce à l'action de plusieurs ONG, un sujet de société régulièrement abordé dans les médias, même si les pratiques homosexuelles restent punies de trois ans de prison ferme par l'article 230 du code pénal. Sans compter l'hostilité sociale toujours très présente. Plusieurs crimes homophobes ont lieu chaque année. Des dizaines de citoyens LGBT fuient le pays pour fuir ces persécutions.

Quelques films tunisiens récents ont mis en scène l'homosexualité ou la bisexualité comme Le Fil de Mehdi Ben Attia (2008) ou Histoires tunisiennes de Nada Mezni Hafaiedh (2012). Le Fil n'a d'ailleurs pas été diffusé en Tunisie.

Des résistances, des éclaircies

Pourtant, en novembre dernier, lors des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), un documentaire tunisien sur la situation des LGBT dans le pays, Au-delà de l'ombre, avait connu un immense succès, faisant salle comble. La réalisatrice Nada Mezni Hafaiedh avait été surprise qu'il y ait eu aussi peu de protestations. Lors de la projection, elle rappelait: "Jamais je n'aurais imaginé que mon film serait en sélection et que les Tunisiens pourraient le voir, parce que je sais que malheureusement en Tunisie être homosexuel c'est une abomination, c'est être criminalisé."

Et mi-janvier s'est déroulé à Tunis le premier festival pour défendre les droits des LGBT : le Mawjoudin Queer Film Festival (Tunis), organisé par Mawjoudin, une association tunisienne qui défend les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBTQ+), a présenté quinze longs et courts métrages du monde arabe et d'Afrique, parlant de sexualité, d’identité et de l’expression du genre.

Si le festival a commencé à l’Institut français pour des raisons de sécurité, la suite a eu lieu dans un espace culturel public (El Teatro). La bonne nouvelle est qu'il n'y a pas eu d'incidents.

L'autre éclaircie est venue début février de la justice tunisienne. Celle-ci a prononcé un non-lieu pour 3 hommes arrêtés pour homosexualité, en décembre dernier, à Hammam-Sousse. Le procureur de la république les avait libérés, après leurs refus de se soumettre au test anal (pratique contraire aux Droits de l'Homme mais encore utilisée en Tunisie), censé prouver leur homosexualité. Ils ont finalement été acquittés pour absence de preuves. C’est une première en Tunisie.

Le box-office estival oublie les LGBTQ

Posté par wyzman, le 23 septembre 2017

Une fois n'est pas coutume, la GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) vient de mettre en ligne un nouveau rapport concernant la visibilité et le traitement de la communauté LGBTQ à travers des œuvres de la pop culture. Cette fois, il est question des films de grands studios sortis cet été, c'est-à-dire entre le 1er juin et le 1er septembre. Et comme vous pouvez vous en douter, le constat est sans appel : les LGBTQ ont encore une fois été oubliés des "gros films".

Le rapport se base donc sur 25 films sortis entre ces dates et les analyse sous le spectre du test Vito Russo. Nommé après l'un des fondateurs de la GLAAD, le test s'intéresse à la présence de personnages LGBTQ, à l'importance donnée à la sexualité du ou des personnages dans chaque film ainsi qu'au poids du personnage LGBTQ au sein de l'intrigue principale. Malgré les sorties de (bons) films tels que Moonlight, Get Out et Les Figures de l'ombre qui ont été des succès critiques et publics, la GLAAD regrette que l'été soit encore un véritable désert pour les projets portés par des personnages issus de la diversité ou de la communauté LGBTQ.

Ainsi, seuls deux films ont réussi le test Vito Russo. Il y a tout d'abord Pire Soirée, une comédie dans laquelle Scarlett Johansson et quatre amies de fac se retrouvent pour une soirée entre célibataires (un flop au box office). Puis vient Do It Like An Hombre, une autre comédie mais cette fois sur un trio d'amis légèrement homophobes qui implose le jour où l'un d'entre eux fait son coming out et tente de changer la mentalité de ses compères. Bien que maladroits et parfois juste offensants, Pire Soirée et Do It Like An Hombre comptent chacun 4 personnages LGBTQ.

Mais le rapport pointe également l'absence cruciale de diversité dans les autres films sortis cet été. De Spider-Man : Homecoming à Dunkirk en passant par Wonder Woman, Baby Driver, La Momie ou encore Hitman & Bodyguard, tous ont échoué au test Vito Russo. Néanmoins, cet échec peut s'expliquer pour certains et en partie par l'intrigue même du film.

5 raisons d’aller voir 120 battements par minute

Posté par wyzman, le 23 août 2017

En salle à partir d'aujourd'hui, 120 battements par minute est sans l'ombre d'un doute l'incontournable de la semaine. Mais pourquoi faut-il le voir ?

1. C'est un film important et nécessaire - dont voici le pitch : au début des années 1990, alors que le sida tue, les militants d'Act Up-Paris tentent de contrer l'indifférence générale. Parce qu'en 2017 on pourrait penser que l'épidémie de sida est derrière nous, le film de Robin Campillo s'avère d'autant plus important. Comme l'a prouvé la série When We Rise, l'histoire des luttes LGBT+ est encore trop méconnue - et cela même par les membres de la communauté "concernée". Et à défaut de vous sentir concerné par les combats d'Act Up-Paris, il convient de rappeler que 120 BPM (comme l'appellent les initiés) est une vraie leçon d'histoire et de lutte sociale.

2. C'était l'événement de Cannes 2017. Comme nous, vous adorez aller au cinéma et vous jetez forcément un coup d'œil aux films présents (et récompensés) au Festival de Cannes. Grand prix du jury, 120 BPM méritait la Palme d'or pour notre rédaction tant l'histoire des membres d'Act Up-Paris a passionné et touché le public et la critique. Si l'on zappe la polémique Netflix et le revival de Twin Peaks, 120 BPM est l'œuvre dont on a le plus entendu parler sur la Croisette. Ce serait dommage de passer à côté !

3. Le casting est on point. Commençons avec Arnaud Valois, puisque c'est l'acteur sur lequel les yeux des spectateurs (et des journalistes) ne peuvent s'empêcher de se poser. Personnage principal de 120 BPM, il incarne Nathan, un jeune militant séronégatif qui tombe amoureux de Sean. Ce dernier est interprété par l'Argentin Nahuel Pérez Biscayart, déjà vu dans Je suis à toi et Grand Central. Autour d'eux gravitent petits nouveaux, visages familiers et acteurs bankables : Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Mehdi Touré, Simon Bourgade, Aloïse Sauvage et j'en passe. Ensemble, ils forment une distribution de rêve, jeune et impressionnante.

4. La bande originale est géniale. Omniprésente, la musique (et en particulier la house) permet de faire vivre les corps des personnages de 120 BPM qui, bien qu'ils luttent, sont nombreux à se diriger vers une mort certaine. Composée par Arnaud Rebotini, celle-ci est moderne, entraînante et aide à oublier la maladie et ses symptômes. Je valide personnellement et plus particulièrement les infrabasses et l'usage du piano. (Ne jamais sous-estimer l'effet du piano dans une bande originale !)

5. Les dialogues sont aussi bons que les scènes de sexe. De "Des molécules pour qu'on s'encule" à "On n'a pas envie de crever, darling !", 120 BPM est truffé de répliques bien senties et qui font un bien fou. A l'instar de ces scènes de baise qui, en plus d'être ultra réalistes, dénotent de l'envie du réalisateur d'Eastern Boys de montrer comme il se doit le quotidien de ces militants passionnants et passionnés.

Le court gayromantique « In a Heartbeat » passe le cap des 20 millions de vues sur Youtube

Posté par vincy, le 7 août 2017

C'est assez rare pour être souligné: un court métrage d'animation a dépassé les 20 millions de vues hier sur Youtube. Et c'est réjouissant de voir qu'il s'agit, en plus, d'une histoire romantique entre deux personnes de même sexe.

Esteban Bravo et Beth David ont réussi en quelques jours un joli coup avec la rencontre amoureuse de Sherwin et Jonathan dans In a Heartbeat.

Dans un style assez proche de Pixar (y compris avec la métaphore du cœur qui jaillit de celui qui a le coup de foudre), l'histoire de 4 minutes réalisée par ces deux étudiants américains montre à la fois la difficulté d'aimer, et celle d'afficher un amour homosexuel au grand jour. A partir de ces risques, le conte romantique se déroule avec ses petits rebondissements et gags. Pour eux il s'agissait de répondre au manque de représentation des homosexuels dans la culture populaire. "Il est très rare qu'un personnage LGBT soit mis en avant", a expliqué récemment Esteban Bravo à à NBC News, ajoutant: "Spécialement dans les films d'animation majoritairement destinés aux familles et aux enfants."

Le film est aussi décliné sur un compte Tumblr et une page Facebook.

Mais le plus simple, c'est de le voir...

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