Césars 2012 : la guerre est déclarée

Posté par vincy, le 27 janvier 2012

Toutes les nominations aux Césars 2012
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6 films sur 7 dans la catégorie reine : les sélections du festival de Cannes ont fournit l'essentiel des nominations pour les Césars 2012. Polisse, prix du jury, arrive en tête avec 13 nominations (dont 7 pour les interprètes!), devant L'exercice de l'Etat (11), The Artist (10) et Intouchables (9). Car le film le plus populaire de l'année, et le 2e film le plus populaire du cinéma français, n'a pas été oublié, y compris dans des catégories souvent oubliées pour les comédies.

C'est l'autre enseignement de cette liste : les films nommés ont été des films à succès. Est-ce parce que les spectateurs n'ont pas si mauvais goût? Professionnels et publics se rejoignent cette année. Cela veut aussi dire que des oeuvres plus radicales n'ont pas trouvé grâce aux yeux des votants : Hors Satan par exemple, ou encore le magnifique Tomboy ; ou encore L'apollonide, qui n'est dans aucune grande catégorie ; même Guédiguian et Hansen-Love ont semblé avoir été oubliés. Pater pourrait être l'exception (meilleur film et meilleur réalisateur) et on pourrait regretter l'absence de Lindon dans les nominations. Mais Polisse, The Artist, Intouchables ont ont trouvé un large public, Le Havre et L'exercice de l'Etat ont séduit au delà des espérances. On retrouve le même phénomène dans la catégorie du meilleur film étranger.

Ce qu'on retiendra surtout c'est évidemment la touche féminine de cette édition 2012. Deux films réalisées par des femmes, Polisse et La guerre est déclarée, squattent les catégories artistiques et techniques. Idem pour les nominations au César du meilleur premier film. Même si elles restent minoritaires, les réalisatrices ont montré que le vent frais qui souffle sur le cinéma français venait d'elle. Les deux films ont des sujets très différents : mais ils sont tournés avec une vraie liberté, une envie d'aller au plus près de la vérité, et sans ennuyer. Au contraire, elles cherchent l'émotion, à travers des visages ou des images. Mais dans les deux cas c'est un cinéma vif, réalisé un peu en marge du système, et surtout très personnel qui est reconnu.

Les 37e Césars rendront hommage à Annie Girardot, honoreront Kate Winslet et seront présidés par Guillaume Canet.

2011, dernier coup d’oeil dans le rétroviseur

Posté par redaction, le 31 décembre 2011

Pas de Top 10. Pas de Palmarès. Mais plutôt une liste de films qui nous semblent incontournables, ou essentiels, entre coups de coeur fédérateurs et passions individuelles.

Le cheval de Turin , Le Havre, Drive et Une séparation sont symboliques du cinéma que l'on a aimé et même adoré. Un cinéma d'auteurs qui marquent leur empreinte par un style, une envie de contourner les codes habituels, ou un désir de les maîtriser. Nous étions immergés dans les univers en noir et blanc ou aux couleurs vives, contemplatifs ou frénétiques, poétiques ou tragiques, humanistes ou ultra-violents. Le plaisir était sans limite.

Incendies, The Murderer, The Tree of Life, La piel que habito, Black Swan, J'ai rencontré le diable, Hors-Satan, Hanna, Pater, L'exercice de l'Etat, Le discours d'un roi, Attenberg, Insidious, We need to talk about Kevin, et dans un registre de blockbuster, La Planète des singes : les origines, nous ont séduits, divisés, réconciliés, captivés. La variété des styles rassure : le 7e art a encore cette force de nous surprendre, d'où qu'il vienne, quelque soit sa forme.

Et puis il y a les visages et les corps, les images et et les acteurs : Michael Fassbender mis à nu dans Shame ou tourmenté dans X-Men, Ryan Gosling dans tous ses films, Vincent Lindon dans tous ses films également, Jessica Chastain, révélation de l'année qui peut passer de Terrence Malick à La couleur des sentiments (sans doute le plus beau personnage du film), Joey Starr et un enfant qui pleure dans ses bras, Tintin rajeunit et jouant les Indiana Jones, Fabrice Luchini et ses espagnolades, Valérie Donzelli qui court dans les couloirs d'un hôpital, Philippe Torreton amaigri sur son lit d'hôpital, Deneuve et sa fille qui chantent sur un quai de gare, Owen Wilson se transformant en un Woody Allen amélioré physiquement, Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg attendant la fin du monde dans un jardin danois, toutes les filles magnifiques de L'apollonide, Jafar Panahi regardant son miroir sur un petit écran, Sean Penn en Robert Smith, les femmes de Nadine Labaki qui dansent en allant au cimetière, l'enfant de Michael qui défie son agresseur, les ombres chinoises des Contes de la nuit, Cécile de France sur son vélo au bord d'une rivière, Angèle qui se perd dans les bras rassurants de Tony, Omar Sy qui danse sur du Kool & the Gang, James Franco, sans bras ou exhibant ses fesses, Jennifer Lawrence ramassant un bras dans un marais, Mel Gibson se sciant le bras, Rango jouant dans son aquarium, Kim Ki Duk le revenant,  les danseurs de Pina faisant la farandole sur une crête de colline, Miranda July s'essayant lamentablement à youtuber une chorégraphie, Nicole Kidman lisant une BD de celui qui a causé son malheur, l'ambigüe et attachant Tomboy, le grand père et son petit fils dans un cabane de Sibérie, Monamour, la famille d'Animal Kingdom, Micheline Presle et Maria de Medeiros se faisant leur cinéma, Hermione et Ron préférant s'embrasser que de combattre dans le final d'Harry PotterChristopher Plummer en vieil homo glissant vers la mort, le clown du cirque d'Iglesia, l'amour de jeunesse de deux adolescents chez Mia Hansen-Love, les sensuels Chico & Rita, les ados de Super 8 face à une catastrophe ferroviaire spectaculaire, les peintures préhistoriques en 3D par Herzog, le monologue d'un Kanak dans l'Ordre et la morale, le final de Poulet aux prunes, la troupe de Guédiguian autour d'une bonne table pour se réconcilier, Brad Pitt au volent de sa voiture écoutant le match à la radio, la beauté de Colorful, les jeunes femmes en petite tenue pour envoyer les vieux messieurs sur la lune de Méliès, incarné chez Scorsese par Ben Kingsley s'émerveillant de redécouvrir son joyau  ... et on en oublie.

Mais le cinéma a de la mémoire. Nos esprits n'oublient jamais les émotions qu'il procure. Espérons que 2012 sera aussi riche.

Prix Lumière 2012 : un parfum de Cannes (et de classe)

Posté par vincy, le 19 décembre 2011

Les films cannois se taillent la part du lion dans la liste des nominations des 17e prix Lumière (correspondants de la presse étrangères). Seulement 11 citations, sur 40, ne sont pas reliées à un film présenté au festival de Cannes.  Les vainqueurs seront connus le 13 janvier. Notons la mention spéciale au chien de The Artist, fantaisie bienvenue dans ce long calvaire de remises de prix qui s'annonce.

Meilleur film

L’Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello
The Artist de Michel Hazanavicius
L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller
Le Havre d'Aki Kaurismäki
Intouchables d'Eric Toledano et Olivier Nakache

Meilleur réalisateur

Bertrand Bonello pour L’Apollonide…
Michel Hazanavicius pour The Artist
Aki Kaurismäki pour Le Havre
Maïwenn pour Polisse
Pierre Schoeller pour L’exercice de l’Etat

Meilleur scénario

Bertrand Bonello pour L’Apollonide…
Robert Guediguian et Jean-Louis Milesi pour Les neiges du Kilimandjaro
Michel Hazanavicius pour The Artist
Maïwenn et Emmanuelle Bercot pour Polisse
Pierre Schoeller pour L’exercice de l’Etat

Meilleure actrice

Bérénice Bejo dans The Artist
Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni dans Les bien-aimés
Valérie Donzelli dans La guerre est déclarée
Marina Fois et Karin Viard dans Polisse
Clothilde Hesme dans Angèle et Tony

Meilleur acteur

Jean Dujardin dans The Artist
Olivier Gourmet dans L’exercice de l’Etat
JoeyStarr dans Polisse
Omar Sy dans Intouchables
André Wilms dans Le Havre

Meilleur espoir féminin

Alice Barnolle dans L’Apollonide…
Adèle Haenel dans L’Apollonide…
Zoé Heran dans Tomboy
Céline Sallette dans L’Apollonide…
Anamaria Valtoromei dans My Little Princess

Meilleur espoir masculin

Grégory Gadebois dans Angèle et Tony
Guillaume Gouix dans Jimmy Rivière
Raphaël Ferret dans Présumé coupable
Denis Menochet dans Les adoptés
Mahmoud Shalaby dans Les hommes libres

Meilleur film francophone (hors France)

Curling de Denis Cote (Canada)
Et maintenant, on va où ? de Nadine Labaki (France, Liban, Italie)
Incendies de Denis Villeneuve (Canada)
Le gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique, France, Italie)
Les géants de Bouli Lanners (Belgique, Luxembourg, France)

Le Havre, Prix Louis-Delluc 2011 bien mérité

Posté par vincy, le 16 décembre 2011

Injustement oublié au Palmarès du dernier festival de Cannes, Le Havre, film "français" du finlandais Aki Kaurismäki, a reçu le prix Louis-Delluc 2011. L'un des coups de coeur de l'année de la rédaction a reçu l'un des plus prestigieux prix du 7e art.

Un an après Raoul Ruiz, c'est le sacre d'un autre grand cinéaste étranger qui est ainsi couronné. Les étrangers sont rares au palmarès de cette vénérable institution. Avant eux, seuls Abdellatif Kechiche, Lucas Belvaux, Otar Iosseliani et Costa Gavras avaient été primés.

A Cannes, Le Havre avait reçu le prix œcuménique et celui de la Critique internationale. Le film sortira dans les salles françaises le 21 décembre. Le Havre, qui se déroule dans la ville portuaire normande, n'est pas le premier film "français" du cinéaste puisque Kaurismäki avait reconstitué son Paris idéal dans La vie de bohème, en 1992, avec, déjà, André Wilms et Jean-Pierre Léaud au générique.

Le prix Louis-Delluc du premier film a été, quant à lui, décerné à Donoma de Djinn Carrenard. Avec son budget "officiel" de 150 €, il avait séduit les médias lors de sa sortie il y a un mois.

Le Prix Louis-Delluc sélectionne 8 films cannois parmi ses 9 nominés

Posté par vincy, le 21 novembre 2011

Le prestigieux prix Louis-Delluc a remis sa première sélection. il sera décerné le 16 décembre, au Fouquet's à Paris.

On notera la présence de 8 films en sélection au dernier festival de Cannes sur les 9 longs métrages retenus (Tomboy est l'exception). La présence d'un réalisateur finlandais , de deux réalisatrices considérées comme des nouveaux talents du cinéma français, et de deux cinéastes déjà primés par le Louis-Delluc (Robert Guédiguian et Alain Cavalier).

Ces dernières années, le Louis-Delluc a récompensé des cinéastes comme Kechiche, Ferran, Audiard, Desplechin ou des plus anciens comme Garrel, Depardon et l'an dernier Ruiz.

En lice pour le prix Louis-Delluc

- L'Apollonide (Souvenirs de maison close) de Bertrand Bonello

- L'Exercice de l'Etat de Pierre Schoeller

- La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli

- Le Havre de Aki Kaurismäki

- Hors Satan de Bruno Dumont

- Les Neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian

- Pater de Alain Cavalier

- The Artist de Michel Hazanavicius

- Tomboy de Céline Sciamma

En lice pour le Prix Louis-Delluc du premier film

- 17 filles de Muriel Coulin et Delphine Coulin

- Donoma de Djinn Carrenard

- Jimmy Rivière de Teddy Lussi-Modeste

- Mafrouza (5 films) de Emmanuelle Demoris

- Nous, Princesse de Clèves de Régis Sauder

Les films cannois squattent les nominations des European Film Awards

Posté par vincy, le 13 novembre 2011

Les 24e European Film Awards ont rendu leur verdict : les nominations. 2500 votants vont désormais choisir le gagnant de chaque catégorie en vue de la remise de prix qui aura lieu à Berlin le 3 décembre.

On est étonné de la prépondérance des films cannois dans la sélection, qui cumulent 26 citations!. Géographiquement, le cinéma nordique sort grand vainqueur de cette sélection grâce à Lars von Trier, Aki Kaurismäki et Susanne Bier.

Nous vous livrons les nominations par films plutôt que par catégories.

8 nominations

Melancholia : film, réalisateur (Lars von Trier), actrices (Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg), scénario, image, montage, décor

4 nominations

The Artist : film, acteur (Jean Dujardin), image, musique

Le gamin au vélo : film, réalisateur (Jean-Pierre et Luc Dardenne), actrice (Cécile de France), scénario

In a better World : film, réalisateur (Susanne Bier), acteur (Mikael Persbrandt), scénario

Le discours d'un Roi : film, acteur (Colin Firth), montage, musique

Le Havre : film, réalisateur (Aki Kaurismäki), acteur (André Wilms), scénario

3 nominations

Le cheval de Turin : réalisateur (Bela Tarr), image, musique

2 nominations

Habemus Papam : acteur (Michel Piccoli), décor

La piel que habito : décor, musique

1 nomination

Elena : actrice (Nadezhda Markina)

We need to talk about Kevin : actrice (Tilda Swinton)

Essential Killing : image

Drei (Trois) : montage

La guerre est déclarée, candidat aux Oscars 2012

Posté par vincy, le 16 septembre 2011

Proche des 500 000 spectateurs, primé à Cabourg et Paris Cinéma, carton de la semaine de la critique à Cannes, le film de Valérie Donzelli, La Guerre est déclarée, représentera la France aux Oscars dans la catégorie meilleur film en langue étrangère.

Le choix est audacieux tant les votants préfèrent les films plus académiques. Dis autrement, Elle s'appelait Sarah, qui a déjà cumulé 6 millions de $ au box office nord américain et qui est porté par une actrice déjà nommée aux Oscars, avait plus de chance... Le film pourrait d'ailleurs se retrouver dans d'autres catégories.

Les sept membres de la commission chargée de la sélection - le président de l’Avance sur recettes Paul Otchakowsky-Laurens, le délégué général du Festival de Cannes  Thierry Frémaux  et Alain Terzian (Président de l’Académie des César), Jeanne Moreau, Bertrand Blier, Luc Jacquet, Philippe Pollet-Villard - ont fait un choix courageux. cela donnera une véritable visibilité au film durant la période de pré-selection.

La France compte aussi sur The Artist. Le distributeur américain espère bien en faire le film surprise de la saison. Il ne pouvait pas, de toute façon, prétendre à la sélection puisqu'il sort dans les salles françaises le 12 octobre. Les critères sont strictes : seuls sont sélectionnables les films sortis entre le 1er octobre 2010 et le 30 septembre 2011 . The Artist sort le 12 octobre.

La Finlande a choisi Le Havre, le Portugal José et Pilar, l'Iran Une séparation, l'Allemagne Pina, le Japon Post Card, la Suède Beyond, le Maroc Omar m'a tuer, le Liban Et maintenant on va où?, la Hongrie Le cheval de Turin, la Serbie Montevideo - Taste of a Dream, la Roumanie Morgen, la Norvège Happy Happy, la Corée du sud The Frontline, l'Autriche Breathing... L'Espagne hésite encore entre trois films.

La France n'a pas gagné cet Oscar depuis 1992 (Indochine). le cinéma français a cependant le record de nominations (36, contre 27 pour l'Italie) et arrive 2e en nombre de statuettes (12, contre 13 pour l'Italie)

Le guide de la rentrée (2) : 15 films français qui vont marquer l’automne

Posté par MpM, le 9 septembre 2011

On continue notre exploration d'un automne qui sera résolument cinématographique (voir 15 films incontournables venus du monde entier), avec ce focus (une fois encore subjectif) sur 15 films français qui vont marquer les derniers mois de 2011. Pas de doute, le cinéma français réserve lui aussi de beaux moments, avec pas mal d'auteurs confirmés, et, on l'espère, quelques jolies surprises !

La fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
Sortie le 14/09
Le trio franco-belge a choisi la ville du Havre (comme Aki Kaurismaki, voir ci-dessous) pour imaginer un conte de fées ultra-moderne, poétique et hilarant, où les solitudes les plus universelles (des immigrés clandestins, un veilleur de nuit...) finissent par se rejoindre. Comme toujours, l'humour visuel des trois complices fait mouche, tandis que leur propos inhabituellement engagé justifie la mélancolie douce-amère sous-jacente.

L'Apollonide - souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello
Sortie le 21/09
Un film qui risque de partager les spectateurs, entre chronique de la fin d'une époque et étude étonnante d'un microcosme pas banal. La maison close selon Bonello est un lieu hors du monde, oppressant et fugacement sordide, mais surtout sensuel et voluptueux. Il en tire une œuvre ultra-esthétique qui déjoue les conventions narratives et plonge le spectateur dans un onirisme fascinant.

Un été brûlant de Philippe Garrel
Sortie le 28/09
La frontière de l'aube ne nous avait pas convaincus : trop esthétisant, pas assez sincère. Raison de plus pour attendre avec impatience le nouveau film, sélectionné à venise, de Philippe Garrel, cinéaste incandescent et sensible. En l'occurrence, cette nouvelle variation sur le sentiment amoureux et ses enchevêtrements sentimentaux, à défaut de nous séduire, nous envoûtera par son duo Louis Garrel et Monica Bellucci.

Notre paradis de Gaël Morel
Sortie le 28/09
Il y a de quoi être intrigué par le nouveau film de Gaël Morel, situé dans le milieu de la prostitution masculine, et suivant la cavale de deux amants criminels. L'acteur-réalisateur assume d'emblée la violence et la radicalité du film, pour lequel il ne s'est posé aucune limite. On est prévenu.

The Artist de Michel Hazanavicius
Sortie le 12/10
Le duo gagnant de la série OSS117 parviendra-t-il à convaincre son public de se déplacer en masse pour un film muet et en noir et blanc ? Bien que The artist ait fait sensation au dernier festival de Cannes, où jJan Dujardin a reçu le prix d'interprétation, pas sûr que l'aspect "premier degré" du scénario, et son absence presque totale de recul par rapport au genre auquel il veut rendre hommage, ne soit pas un handicap auprès des fans habituels d'Hazanavicius.

Polisse de Maïwen
Sortie le 19/10
Cette plongée fascinante dans le quotidien d'une brigade de protection des mineurs aborde de façon quasi documentaire les crimes les plus graves (inceste, pédophilie, exploitation...), et donne un aperçu glaçant des réalités crues d'un pays à la dérive. Misère sociale et culturelle, perte de repères, injustice... Un instantané édifiant de la France en 2011.

Hors Satan De Bruno Dumont
Sortie le 19/10
Dérangeant et brutal, le cinéma de Bruno Dumont creuse film après film la question de l'humanité. Ce nouvel opus, âpre mais plus lumineux que d'ordinaire, observe avec distance et minimalisme la relation étrange qui lie une jeune fille et celui qui devient peu à peu son ange gardien. Non sans un certain humour, le cinéaste livre une parabole radicale parfaitement ancrée dans son époque.

Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Sortie le 26/10
Pour leur deuxième long métrage (en compétition à Venise) réalisé en commun, Marjane Satapi et Vincent Paronnaud passent au cinéma "live", avec acteurs (entre autres Mathieu Amalric, Jamel Debbouze, Chiara Mastroianni...) et caméra, mais tout de même parsemé de séquences d'animation. Même si le propos est résolument moins politique que dans Persépolis, on est impatient de découvrir cette nouvelle évocation d'un Iran méconnu.

L'Exercice de l'Etat de Pierre Schoeller
Sortie le 26/10
Dans la veine des films "politiques" sortis au premier semestre, L'exercice de l'état décortique les mécanismes du pouvoir, et son exercice rendu si difficile par le clientélisme. En ne s'inspirant ouvertement d'aucun personnage réel, Pierre Schoeller donne à son propos une portée universelle qui l'élève de la simple dénonciation à la réflexion de société. Et rend le parcours de ce ministre coincé entre ses ambitions et ses idéaux à la fois édifiant et passionnant. LE film politique de l'année.

Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine
Sortie le 09/11
Anne Fontaine réunit un homme et une femme aussi opposés que les personnages de cinéma savent l'être. D'un côté Isabelle Huppert en bourgeoise à la tête d'une fondation d'art contemporain, de l'autre Benoît Poelvoorde en paumé alcoolique. On peut ajouter André Dussollier et Virginie Efira au générique. Au-delà des stéréotypes, ces deux-là avaient peut-être une vraie raison de se rencontrer...

Toutes nos envies de Philippe Lioret
Sortie le 09/11/
Forcément, deux ans après Welcome, on attend beaucoup du retour au cinéma de Philippe Lioret. D'autant qu'après s'être intéressé à la situation des immigrés clandestins, et aux poursuites pénales contre ceux qui les aident, le réalisateur se tourne cette fois vers le drame du surendettement. S'inspirant librement du roman d'Emmanuel Carrère D'autres vies que la mienne, il semble une fois encore toucher du doigt un sujet violemment d'actualité.

L'Ordre et la morale de Mathieu Kassovitz
Sortie le 16/11
Pour son retour derrière la caméra, Mathieu Kassovitz s'empare du drame d'Ouvéa. On est en 1988, en Nouvelle Calédonie, et à quelque semaines de l'élection présidentielle, un groupe d'indépendantistes kanak prend en otage 30 gendarmes. Entre documentaire politique et film de guerre, Kasso, en grande forme, sans doute très inspiré, réalise un film où l'humanisme est broyé par un système : les sauvages ne sont pas ceux que l'on croit.

Les Neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian
Sortie le 16/11
Nouveau conte social pour Robert Guédiguian, qui fait un bilan des consciences et des idéaux sociaux de sa jeunesse. Si le ton est désenchanté (le combat n'est pas près d'être fini), il reste malgré tout une étincelle d'optimisme qui réaffirme la solidarité et l'entraide comme valeurs inconditionnelles et non négociables. Un film qui préfigure certains débats à l'élection présidentielle, avec sa touche de poésie romanesque qui en fait son film le plus intéressant depuis des lustres.

Les Adoptés de Mélanie Laurent
Sortie le 23/11
Après plusieurs courts métrages, Mélanie Laurent passe au long, avec cette histoire de femmes et de famille. Certains n'y verront qu'une raison de relancer la polémique stérile autour de "l'hyperactivité" de la jeune femme, très exposée depuis début 2011 (plusieurs films à l'affiche, un album de chanson, un rôle prestigieux de maîtresse de cérémonie à Cannes...), mais à Ecran Noir, on se réjouit surtout de découvrir l'univers personnel de l'une des comédiennes les plus passionnantes de sa génération. Il sera présenté en avant-première à Saint-Jean-de-Luz.

L'Art d'aimer d'Emmanuel Mouret
Sortie le 23/11
De film en film, on a appris à apprécier l'univers décalé, romanesque et léger d'Emmanuel Mouret, entre marivaudages et comédie romantique. Avec ce 6e long métrage au titre évocateur, il poursuit une oeuvre atypique qui se nourrit d'un humour burlesque et d'une rigueur formelle délicieusement surannée.

Le havre d'Aki Kaurismaki
Sortie le 21/12
Le cinéaste finlandais est venu tourner en France un film chaleureux, engagé et optimiste qui croque avec justesse les contradictions (universelles) de notre pays. Avec son style inimitable, très théâtral, il offre une leçon de solidarité en même temps qu'un savoureux moment de cinéma.

Locarno 2011 : Le Havre, Super 8 et Cowboys & Aliens sur la Piazza Grande

Posté par vincy, le 3 août 2011

Le 64e Festival de Locarno ouvre aujourd'hui. Grand rendez-vous cinéphile de l'été en Europe, avant le lancement de la saison des festivals (Montréal, Telluride, Venise, Toronto, San Sebastian, Londres, New York...), il a un atout que beaucoup n'ont pas : ses projections nocturnes sur la Piazza Grande, en plein coeur de la vieille ville. Un sacré programme a été concoté cette année avec, en ouverture, Super 8 de J.J. Abrams. Les productions hollywoodiennes ne manquent pas à l'appel : ainsi Sexe entre amis, Cowboys & Aliens (leader du box office nord américain ce week-end), Drive (prix de la mise en scène à Cannes) et Red State (le nouveau Kevin Smith) seront projetés.

Pour les autres soirées, Locarno a dosé un savant cocktail de films divertissants, d'auteurs reconnus, et de curiosités.

On retrouve ainsi un film allemand (4 jours en mai, d'Achim von Borries), une comédie d'horreur britannique (Attack the Block, de Joe Cornish), un auteur culte canadien (Philippe Falardeau pour Bachir Lazhar, avec Fellag), un thriller norvégien (Headhunters, de Morten Tyldum), un film de science fiction allemand (Hell, de Tim Fehlbaum) et même des samouraïs japonais (Saya-Zamurai, de Hitoshi Matsumoto).

Les films français ne sont pas oubliés avec le nouveau Patricia Mazuy, Sport de filles, où Marina Hands, Bruno Ganz et Josiane Balasko partagent l'affiche (voir actualité du 3 mars). Emmanuel Mouret reviendra avec L'Art d'aimer, où Ariane Ascaride, Frédérique Bel, François Cluzet, Julie Depardieu, Judith Godrèche, Gaspard Ulliel et Elodie Navarre entrecroiseront leurs intrigues romanesques (voir actualité du 7 octobre 2010). Stéphane Robelin pourra frimer en clôture avec Et si on vivait tous ensemble? qui signe le retour de Jane Fonda dans le cinéma européen. Elle joue aux côtés de Géraldine Chaplin, Pierre Richard, Daniel Brühl et Guy Bedos (voir actualité du 9 juillet 2010).

Rétrospective Vincente Minelli oblige, Un Américain à Paris, avec gene Kelly et Leslie Caron, aura le droit à une projection publique sous les étoiles.

Mais l'événement sera sans aucun doute le film qui aurait du avoir la Palme d'or à Cannes : Le Havre, d'Aki Kaurismäki, émerveillera les festivaliers le 10 août.

Conte de fées au Havre : le retour du trio burlesque Abel, Gordon, Romy

Posté par MpM, le 25 juin 2010

A leur manière, les deux premiers films de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy étaient déjà des contes. L’iceberg sous forme de quête initiatique décalée, Rumba sur un mode plus doux-amer. Mais pour cette troisième collaboration cinématographique, le trio franco-belge-canadien spécialiste du burlesque s’attaque carrément au conte de fées en imaginant la rencontre entre Dom, veilleur de nuit, et Fiona, jolie fée qui voyage pieds nus et sans bagages. Le tout dans la ville du Havre.

"Nos tournées théâtrales nous ont souvent mené au Havre, expliquent les réalisateurs. Ville détruite et reconstruite, ville portuaire, ouvrière, hôte de l'omniprésent complexe pétrochimique, Le Havre a marqué notre imaginaire et alimenté, au fil des ans, notre désir d'y implanter un film. Et il s'avère que c'est un conte de fées. Fiona débarque dans la vie terne de Dom. Elle lui ouvre les portes d'un monde nouveau, nourri de mystère, de fantaisie, d'amour. Il en sera ainsi pour tous les personnages fragiles et démunis que Fiona croisera en cours de route."

Le tournage commencera le 2 août prochain et La fée (produit par Courage Mon Amour et MK2) devrait sortir au cours du deuxième semestre 2011. Probablement après avoir fait la tournée des festivals, à l'image de ses deux prédécesseurs, acclamés pour leur poésie burlesque et mélancolique.