« Les misérables » candidat de la France aux Oscars

Posté par vincy, le 20 septembre 2019

Ce ne sera pas une réalisatrice. Céline Sciamma avec Portrait de la jeune fille en feu et Alice Winocour avec Proxima n'ont pas été retenus pas la commission chargée de désigner le film qui représentera la France aux prochains Oscars. Les Misérables de Ladj Ly, produit par SRAB Films, tentera donc sa chance pour être le 9 février prochain à Los Angeles.

Prix du jury à Cannes, vendu dans une vingtaine de territoires dans le monde, le film sortira aux USA le 10 janvier 2020, avec le distributeur Amazon Studios. En France, il est prévu dans les salles le 20 novembre. Il a déjà fait le tour de festivals comme Sydney, Shanghai, Durban et Toronto...

L'objectif réaliste sera d'être finaliste, ce qui n'est pas arrivé depuis 2016 (avec Mustang), à défaut d'être lauréat. Parasite, Palme d'or à Cannes, de Bong Joon-ho part largement favori et devrait offrir le premier Oscar du film international (nouvelle dénomination) à la Corée du sud. Aussi surprenant que cela paraisse aucun film sud-coréen n'a jamais été nommé dans cette catégorie!

Parmi les autres poids lourds attendus, on retrouve Douleur et gloire de Pedro Almodovar, La vie invisible d’Euridice Gusmão de Karim Aïnouz, It Must Be Heaven d'Elia Suleiman, Et puis nous danserons de Levan Akin, Les siffleurs de Corneliu Porumboiu  et le film d'animayion de Makoto Shinkai Weathering with You. Plusieurs pays n'ont pas encore fait leur choix tels le Canada, la Chine, l'Italie, Israël ou la Russie.

Cannes 2019: la Palme d’or pour Parasite de Bong Joon-ho

Posté par vincy, le 25 mai 2019

"Les récompenses d'aujourd'hui ne reflèteront que l'opinion de neuf personnes dans le monde" - Alejandro González Iñárritu

C'était impossible en effet de satisfaire tout le monde. la presse a hué le prix pour les Dardenne, modérément apprécié celui pour Emily Beecham. On peut regretter que Almodovar, Sciamma, et surtout Suleiman (qui hérite d'une nouveauté, la mention spéciale, comme si la Palestine n'avait pas vraiment le droit d'exister au Palmarès) soient sous-estimés dans la hiérarchie. Mais on peut aussi se féliciter que deux premiers films de jeunes cinéastes soient primés, contrastant avec la seule grosse erreur du palmarès, le prix de la mise en scène pour les indéboulonnables Dardenne, plutôt que de le donner à Almodovar, Sciamma, Suleiman, Mendonça Filho, Malick ou Tarantino.

Le cinéma français en tout cas repart flamboyant, contrairement à l'année dernière, tandis que le cinéma nord-américain a été snobé. La diversité aussi a été gagnante. Cela fait plaisir de voir une telle variété de cinéastes aux parcours si différents, du Sénégal à la Palestine en passant par le 9-3 et la Corée du sud. C'est réjouissant de voir le cinéma brésilien, que l'actuel de gouvernement menace par des coupes dans le financement, couronné hier à Un certain regard (A lire ici: Tous les prix remis à Cannes) et ce soir par un prix du jury. A travers le double prix du jury pour Les Misérables et Bacurau, présentés le même jour, ce sont ces deux films de résistance et de chaos social et citoyen qui ont été distingués.

Ce fut un grand moment, aussi, de partager le sacre d'un Antonio Banderas, qui a le droit à une ovation pour son plus grand rôle en 40 ans, dédiant sa récompense à son mentor, Pedro Almodovar, qui manque une fois de plus la Palme d'or, mais peut se consoler avec le succès public de son film et les excellentes critiques reçues.

Le jury d'Alejandro González Iñárritu a du faire des choix dans cette sélection "incroyable", avec une mix de "réalisateurs iconiques, des nouvelles voix du monde entier dans différents genres".

Cette diversité des genres, avec des thrillers, des films fantastiques, et souvent un cinéma engagé qui évoque les luttes de classes, a été récompensée. C'est en cela où Parasite, grand film populaire admirablement maîtrisé, parfaite synthèse de ce que le Festival a montré, en insufflant du politique dans le suspens, de l'intelligence dans le divertissement, mérite sa Palme. A l'unanimité. Il pouvait remporter chacun des prix du jury tant le résultat est magistral. Un an après un drame familial social japonais (Une affaire de famille de Kore-eda), c'est un autre drame familial social, mais coréen, qui l'emporte. Comme deux faces d'une même pièce, chacun dans leur style et leur sensibilité.

C'est enfin la première fois que le cinéma sud-coréen remporte la prestigieuse récompense du Festival de Cannes. Il était temps.

Palme d'or: Parasite de Bong Joon-ho (à l'unanimité)

Grand prix du jury: Atlantique de Mati Diop

Prix du jury ex-aequo: Les Misérables de Ladj Ly et Bacurau de Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho

Prix de la mise en scène: Jean-Pierre et Luc Dardenne (Le jeune Ahmed)

Prix d'interprétation masculine: Antonio Banderas (Douleur et gloire)

Prix d'interprétation féminine: Emily Beecham (Little Joe)

Prix du scénario: Céline Sciamma pour Portrait de la jeune fille en feu

Mention spéciale: It Must Be Heaven d'Elia Suleiman

Caméra d'or: Nuestras madres de César Diaz (Prix Sacd à la Semaine de la Critique)

Palme d'or du court-métrage: La distance entre nous et le ciel de Vasilis Kekatos (Queer Palm du court-métrage)
Mention spéciale: Monstre Dieu de Agustina San Martin

Cannes 2019: Parasite récolte le 1er prix des cinémas art et essai

Posté par vincy, le 25 mai 2019

Un des coups de cœur de la presse cannoise a été distingué par le jury composé d'exploitants de la Confédération internationale des cinémas d'art et essai (Cicae). Ce nouveau prix récompense un des 39 films de la sélection officielle.

Créé par l’Afcae (Association française des cinémas d'art et essai) et la Cicae (Confédération internationale des cinémas d'art et d'essai), ce prix engagera les salles art et essai à programmer le film lauréat. Le jury est composé uniquement d'exploitants.

Parasite (Gisaengchung) de Bong Joon Ho, qui sortira le 5 juin, distribué par The Jokers, a reçu le 1er Prix des cinémas art et essai.

Mais le jury a aussi tenu à donner une Mention spéciale au premier film de Ladj Ly, Les misérables, favori pour la Caméra d'or. Le film sera dans les salles cet automne, distribué par Pyramide.

Cannes 2019 : Qui est Ladj Ly ?

Posté par MpM, le 15 mai 2019

Ce sera pour beaucoup l’une des révélations de ce 72e festival de Cannes. Ladj Ly, 41 ans, entre en compétition avec son premier long métrage, Les Misérables, qui réunit Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djibril Zonga en membres de la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil (Seine Saint-Denis), et suscite une certaine forme de curiosité, quand ce n’est pas d’enthousiasme. Et c’est vrai qu’on se réjouit de découvrir, sur la Croisette qui plus est, le passage au long de celui qui est très loin d’être un inconnu.

Tout commence au milieu des années 90, avec la création du collectif Kourtrajmé dont le but est de tourner clips et courts métrages avec les moyens du bord, l’énergie de la jeunesse et la foi des autodidactes. Aux côtés de Kim Chapiron, Romain Gavras ou encore Toumani Sangaré, Ladj Ly est l’un des membres fondateurs du collectif qui pose notamment ses caméras à la cité des Bosquets à Montfermeil. Kourtrajmé, qui réunit peu à peu jusqu’à 134 membres, autoproduit de nombreux courts métrages et clips imprégnés de culture urbaine.

On retrouve Ladj Ly en 2005 à l’affiche de Sheitan de Kim Chapiron, puis derrière la caméra à nouveau pour le documentaire 365 jours à Clichy-Montfermeil, qui capte les émeutes de 2005. Peu après, il s’adonne à la pratique du "cop watch", c’est-à-dire le fait de suivre des policiers pendant leurs interventions. "Dès que j’arrivais, ça calmait tout le monde, autant les flics que les jeunes", se souvient-il. En 2008, la vidéo d’une bavure policière qu’il met en ligne aboutit même à une enquête suivie d’une condamnation. La force des images, encore. Pas difficile d’imaginer qu’il tire de ces faits réels l’inspiration pour ses films suivants.

Après un autre documentaire, 365 jours au Mali (son pays natal), 2017 est sa grande année, celle qui lui vaudra deux nominations aux César l’année suivante. D'un côté pour le documentaire A voix haute, la force de la parole, qu’il coréalise avec Stéphane de Freitas, et de l’autre pour son propre court métrage Les Misérables, qui constitue en quelque sorte la genèse du long métrage du même nom. Un film tendu, anxiogène, qui décortique les mécanismes d’une bavure policière dans la cité des Bosquets à Montfermeil, tout en captant l’ambiance de la cité.

Le film passe à côté du César, mais il avait reçu le prix Canal + l’année précédente à Clermont)Ferrand, ce qui a suffi pour alerter les professionnels : talent définitivement à suivre. Il n’aura pas fallu attendre longtemps. Immédiatement sous le feu des projecteurs, le réalisateur (qui a entre temps créé une école de cinéma gratuite et ouverte à tous en Seine Saint Denis), investit Cannes avec un long métrage au titre tout aussi hugolien que le précédent (l’écrivain était d’ailleurs nommément cité dans le préambule du court), tourné avec un calendrier et un budget serrés, sans l’aide du CNC. D'où l'impression que cette sélection a un goût de revanche autant que de victoire. Car pour le film, quel que soit le résultat de cette présentation sur la Croisette, le pari est déjà plus que gagné.