Harvey Weinstein condamné pour agression sexuelle et pour viol

Posté par vincy, le 24 février 2020

Lundi, en fin d'après midi, le producteur américain Harvey Weinstein a été reconnu coupable de l'agression sexuelle de l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi en 2006, et le viol de l'aspirante actrice Jessica Mann en 2013. Un verdict qu'on attendait depuis la fin de semaine dernière avant que les jurés n'hésitent sur une des accusations.  Cependant, il a échappé à une condamnation pour les accusations les plus lourdes, notamment le viol aggravé (au premier degré) de Jessica Mann et la circonstance aggravante d'un comportement de "prédateur sexuel". Le jury a aussi déclaré Harvey Weinstein non coupable du viol de l'actrice Annabella Sciorra, en 1993.

L'actrice Ellen Barkin a rappelé: "0.7% des criminels sexuels sont condamnés. Weinstein a été condamné."

Car, c'est malgré tout une victoire pour les victimes de cet agresseur sexuel, dont les premières accusations d'actrices et de mannequins fin 2017, avaient lancé l'ère #MeToo. Le mouvement Time's Up, né de ce scandale, a d'ailleurs réagit en parlant d'une "nouvelle ère de justice" pour les victimes. Car pour la jurisprudence de ce genre d'affaires, jusque là, les condamnation étaient très rares. Ce qui change la donne.

Harvey Weistein est donc envoyé en prison, en attendant de connaître sa peine le 11 mars. La journaliste féministe Gretchen Carlson a tweeté: "J'espère que les menottes sont bien serrées".

Ses avocats ont déjà annoncé qu'ils feront appel. Il risque jusqu'à 29 ans de prison. Cependant, il a évité la prison à vie puisque les jurés n'ont retenu que deux des cinq accusations, et ne l'ont pas inculpé en tant que prédateur sexuel.

Ce qui fait dire à certains que le verdict est mitigé, empêchant à un camp ou un autre d'être totalement satisfait.

Lire aussi: Harvey Weinstein : anatomie d’une sale affaire

Mais pour Harvey Weinstein, c'est une défaite. Il a, durant tout le procès, malgré les détails des faits évoqués par trois de ses victimes, nié toute forme d'agressions sexuelles, clamant que les relations étaient consenties. Clairement, après cinq jours de délibération, le jury l'a unanimement reconnu coupable, même partiellement.

Avouons-le, ce procès était sordide. Les témoignages des femmes étaient poignants (certains détails sur l'anatomie et les pratiques sexuelles du producteur ne parvenaient pas à faire rire). La défense n'a pas arrêter de vouloir les discréditer, à plaider le consentement, jusqu'à les humilier. Faisant fi du trauma psychologique ou de l'emprise de leur client, ils les ont présentées comme des profiteuses, cherchant à tenir des dommages et intérêts et même un surplus de gloire.

L'accusation n'a pas flanché, rappelant la peur qu'il inspirait et le pouvoir qu'il détenait. L'actrice Ashley Judd, harcelée sexuellement par Weinstein en 1997, a tweeté: "Pour les femmes qui ont témoigné dans ce dossier et vécu un enfer traumatique, vous avez rendu un service public aux filles et femmes du monde entier."

Ce n'est pas terminé. L'ancien producteur doit affronter un autre procès, pour d'autres agressions sexuelles, à Los Angeles. Le scénariste et réalisateur Judd Apatow lançait de son côté sur Twitter: "Ce n'est que le début pour qu'il soit jugé responsable de ses actes"

#MeToo: Deux réalisateurs poursuivis par la justice

Posté par redaction, le 15 janvier 2020

Eric Bergeron, dit Bibo Bergeron, réalisateur du film d'animation Un monstre à Paris, a été mis en examen le 2 janvier. L'information a été révélée par 3dcf. Il est accusé d'un viol commis en 2007. la victime s'est suicidée en 2017 et travaillait dans son équipe de production. Placé sous contrôle judiciaire, il a été retiré de la réalisation du film Charlotte, d'après le roman graphique de Charlotte Salmon, Vie? ou théâtre?, actuellement en production au Canada. Il a été remplacé depuis octobre par Eric Warin (Ballerina) et Tahir Rana. Il avait décidé de quitter le projet pour "raisons personnelles" indique Le Film Français. Eric Bergeron, 54 ans, conteste tous les faits qu'on lui reproche et espère prouver son innocence lors du procès. L'enquête qui a déclenché la mise en examen d'Eric Bergeron a été menée après un signalement, en août 2017, de l'association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Le procureur indique qu'à ce stade aucune autre personne ne s'est manifestée en tant que victime.

Par ailleurs, Christophe Ruggia, 59 ans, mis en cause il y a deux mois par Adèle Haenel, a été placé en garde à vue hier. Elle a été prolongée après 24 heures. Le cinéaste a été interpellé par les enquêteurs de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) "dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte le 6 novembre 2019 des chefs d’agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité et harcèlement sexuel". Adèle Haenel a finalement porté plainte contre le réalisateur du premier film dans lequel elle a tourné, Les diables, après avoir révélé l'affaire. Après l'ouverture de l'enquête préliminaire de l'OCRVP, la comédienne a été entendue par l'office. le domicile du cinéaste a par ailleurs été perquisitionné. Ces révélations ont entraîné plusieurs réactions dans le milieu du cinéma, jusqu'ici un peu à l'écart du mouvement #MeToo, et tombait en plein débat sur les violences faites aux femmes. Ruggia avait nié toute agression envers l'actrice, tout en regrettant d'avoir jouer les pygmalions.

Voir ou ne pas voir « J’accuse »

Posté par redaction, le 13 novembre 2019

Nous avons vu J’accuse au Festival de Venise, où il a remporté le Grand prix du jury. Ses qualités cinématographiques sont indéniables : Roman Polanski est un des grands talents du cinéma depuis les années 1960, accumulant les prix les plus prestigieux dans le monde. Son destin, du ghetto de Cracovie au meurtre de sa femme Sharon Tate, est un mélange d’ombres et de lumières, de tragédie et de consécration.

Cependant, avec l’affaire Samantha Geimer, du nom d’une jeune fille de 13 ans qu’il a droguée et violée (au total six chefs d’accusation mais une seule retenue pour laquelle Polanski a plaidé coupable), la justice et la morale s’en sont mêlés. On pourra reprocher le silence (complice) de la profession ou arguer d’un débat (perpétuel) distinguant l’œuvre de l’artiste. Mais la personnalité de l’homme, dans sa quarantaine, avant qu’il ne connaisse le bonheur de la paternité, était, pour le moins trouble. L’affaire a été jugée (même si elle n’a pas été clôturée, les procureurs successifs cherchant son scalpe) et la victime a longuement expliqué (y compris dans un documentaire) qu’elle lui pardonnait, jusqu’à le féliciter quand il a reçu le Lion d’argent en septembre.

Cul-de-sac

Polanski est ainsi comme un prisonnier en conditionnelle, libre de ses mouvements, mais de moins en moins apte à sortir de France, sous crainte d’être extradé aux Etats-Unis.

Quelques jours avant la sortie de J’accuse, Le Parisien a révélé le témoignage de la photographe Valentine Monnier, 18 ans en 1975, battue et violée par le réalisateur dans sa résidence de Gstaad en Suisse. Le récit de la photographe est stupéfiant et brutal. Quatre autres femmes, toutes adolescentes dans les années 1975-1983, avaient déjà porté de telles accusations, prescrites par la loi (elles ont toutes attendu les années 2010 pour s’exprimer). Les confidences de Valentine Monnier sont confortées par d’autres témoignages. Cela a entraîné deux réactions : la suspension de la promotion du film par les interprètes de celui-ci, la réaction de l’avocat du cinéaste, qui réfute ces témoignages et menace d’une riposte judiciaire à la clé : « cette accusation concerne des faits vieux de quarante-cinq ans. Que jamais cette accusation n’a été portée à la connaissance de M. Polanski et pas davantage à l’institution judiciaire, si ce n’est un courrier au procureur général californien il y a deux ans. »

Répulsion

Nous ne sommes pas juges. C’est à eux de trouver la vérité et les sanctions qui vont avec. Nous ne sommes pas non plus détenteurs d’un ordre moral, nous ne sommes pas censeurs et l’ostracisme populaire n’a rien à voir avec notre métier. O tempora, o mores comme écrivait Cicéron. Nous ne sommes que des critiques de cinéma. Si l’on juge quelque chose, c’est bien son film. Même si, et cet avant-propos le confirme, les affaires autour de Roman Polanski provoquent en nous un sentiment de malaise profond. On ne peut pas rester indifférent à ces révélations, et il est nécessaire d’écouter ces femmes, qui souvent se sont tues par peur ou pour évacuer le trauma. Zola en lançant son J’accuse défendait une minorité opprimée par un système. Il est sain depuis #MeToo que les femmes (une meurt tous les trois jours en France de violence conjugale, à peine 5% portent plainte pour viol) aient le courage de parler de la brutalité dont elles sont victimes. Adèle Haenel a ouvert la voie dans le cinéma français il y a quelques jours. Mais cela se passe dans tous les milieux, dans toutes les classes sociales.

Mais si l’avocat de Polanski s’émeut (c’est son rôle) des révélations de Valentine Monnier (c’est son droit) à quelques jours de la sortie d’un film à 22M€, il ne peut s’en prendre qu’aux irresponsables qui ne veulent pas voir de problème Polanski. Déjà,  dans le dossier de presse dévoilé à Venise, l’écrivain Pascal Bruckner faisait le lien entre les affaires Polanski et ce film, évoquant même les « féminazies », terme abject et point Godwin de l’année (un comble quand on parle de Polanski dont la mère a terminé à Auschwitz). Dans le même dossier de presse, il est écrit qu’il s’est inspiré de « bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l’œuvre dans ce film ».

Carnage

Dès lors que, dans la promotion même du film, on établit un lien entre l’affaire Dreyfus et ces affaires Polanski, que celui-ci se voit comme persécuté, on perturbe le spectateur, qui voit dans le Colonel Picquart un messager du réalisateur pour revendiquer son innocence à travers une affaire vieille de plus d’un siècle et autrement plus lourde de conséquences. Un tribunal militaire et un complot d’Etat ne sont pas équivalents à un devoir de justice et des plaintes de victimes. Dreyfus était irréprochable. Polanski non (juridiquement). Le combat de Zola et Picquart étaient juste et essentiels pour la Nation. Aussi grands soient ses films, Polanski n’est là qu’un citoyen ordinaire accusé de crimes sexuels.

En accentuant le pont entre Dreyfus et lui, Polanski réduit même son message à une affaire personnelle quand son film veut démontrer le contraire. C’est même insultant de relier les deux, et la production, forcément consciente du problème, assume de mettre au même niveau une affaire d’Etat scandaleuse et des agressions sexuelles illégales. Ce ne peut pas être 50% pour un film sur une erreur judiciaire contre 50% d’un homme jugé coupable de viol sur mineur.

D’après une histoire vraie

Il dilue ainsi les qualités de son film historique, thriller rondement maîtrisé, avec ce message subliminal, avec Zola comme référence, tout en s’exonérant de son passé. Ce n’est pas Jean Valjean. Et c’est ce qui est embarrassant. En fuyant les accusateurs, les procureurs, les journalistes, Polanski s’enferme dans un piège qu’il s’est construit, tout en nous coinçant, nous cinéphiles et critiques, dans un dilemme intime et moral.

Aussi, même si nous aimons les films de Roman Polanski – il serait dommage de ne pas voir quelques uns des chefs d’œuvre du cinéma -, nous ne chercherons pas à vous convaincre d’aller voir J’accuse. Chacun dispose d’un droit le plus élémentaire : le choix. Aller voir J’accuse c’est se souvenir de l’Affaire Dreyfus, comprendre la montée de l’antisémitisme, voir un Etat français aveugle et injuste ; c’est aussi soutenir des centaines de personnes qui ont travaillé sur ce film avec passion. Après tout, le lecteur de Voyage au bout de la nuit peut admirer la langue de Céline tout en étant répugné par les idées de l’écrivain (dont les pamphlets antisémites ne sont pas publiés).

Ne pas y aller est tout aussi compréhensible : difficile de cautionner un réalisateur, qui n’a jamais caché sa préférence pour les jeunes filles à cette époque, un homme dont les mœurs étaient choquantes et les pratiques sexuelles illégales (l’affaire Samantha Geimer, encore une fois, le prouve). La justice ne fera jamais la lumière sur ces cinq accusations, puisque les faits sont prescrits. Mais si le spectateur a l'impression, en allant voir J'accuse, d'être complice du réalisateur, il doit se sentir libre et légitime de ne pas y aller. Pour paraphraser l'article de Zola: "Notre devoir est d'en parler, nous ne voulons pas être complices".

Il n’est pas question d’accuser ici qui que ce soit. Mais il est certain que le témoignage de Valentine Monnier nous interpelle, nous touche et nous trouble. Il nous conduit à une simple conclusion : ne vous sentez pas coupable d’aller voir J’accuse, mais sentez vous libre de ne pas aller le voir. Si la honte ne doit se situer que dans un seul camp, c’est celui de l’accusé.

[Adèle Haenel] Le cinéma apporte son soutien, le parquet réagit et l’accusé Christophe Ruggia nie

Posté par vincy, le 7 novembre 2019

adele haenel

Les révélations d'Adèle Haenel à propos du comportement du réalisateur Christophe Ruggia sur le tournage des Diables - emprise, attouchements et harcèlement sexuel. alors qu'elle était mineure - n'en finissent pas d'ébranler (enfin?) le monde du cinéma français. Deux ans après #MeToo, le courage de la comédienne a permis de remettre en pleine lumière la situation des femmes victimes d'abus psychologiques, tactiles ou sexuels.

Le Parquet de Paris s'est auto-saisi hier et a ouvert hier une enquête préliminaire pour "agressions sexuelles" sur mineure de moins de 15 ans "par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel". L'Office central de la répression de la violence faite aux personnes sera chargé de l'enquête.

Une victime sur dix porte plainte

Cette décision est intervenue quelques heures après la déclaration de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, au micro de France Inter: "Je pense au contraire, surtout avec ce qu'elle a dit, qu'elle devrait saisir la justice, qui me semble être en capacité de prendre en compte ce type de situations". Or, justement, Adèle Haenel n'a pas porté plainte, expliquant à Mediapart que la justice condamne trop peu souvent ce genre d'affaire et reprochant "une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire". "Je crois en la justice mais elle doit se remettre en question pour être représentative de la société" avait-elle ajouté.

Selon la lettre de l'Observatoire des violences faites aux femmes, 94000 femmes, majeures, ont déclaré avoir été victimes de viols et/ou de tentatives de viol sur l'année 2017. Seulement 18 % se sont rendues dans un commissariat et, parmi elles, 12 % ont décidé de porter plainte. Ce qui fait une victime sur dix.

Le bourreau se fait victime

Christophe Ruggia, l'accusé, a réagit lui aussi, et sans passer par ses avocats. Cramé à coup sûr, exclu de la SRF, il a reconnu l'erreur d'avoir joué avec elle "les pygmalions avec les malentendus et les entraves qu'une telle posture suscite". En gros d'avoir été trop présent. Il réfute toujours les violences qui lui sont imputées. "Je n'avais pas vu que mon adulation et les espoirs que je plaçais en elle avaient pu lui apparaître, compte tenu de son jeune âge, comme pénibles à certains moments. Si c'est le cas et si elle le peut, je lui demande de me pardonner", explique-t-il dans son droit de réponse.

Il nie mais il sait qu'il est déjà jugé. "Mon exclusion sociale est en cours et je ne peux rien faire pour y échapper, Le Moyen-Age avait inventé la peine du pilori mais c'était la sanction d'un coupable qui avait été condamné par la justice. Maintenant, on dresse, hors de tout procès, des piloris médiatiques tout autant crucifiants et douloureux" affirme-t-il. Cette réaction est aussi typique dans ce genre de cas: le bourreau se fait passer pour victime, et démonétisant ainsi la parole, forte et courageuse, de celle qui a parlé et qui a souffert.

Le milieu du cinéma en soutien

Du côté du cinéma, les diverses représentations ont décidé de réagir à leur tour. L'ARP (Auteurs, réalisateurs, producteurs) soutient ainsi "Adèle Haenel dans cette démarche courageuse". La CGT Spectacle affirme: "Il ne faut plus que le cinéma, l'audiovisuel, le spectacle soient des espaces tolérant +au nom de l'art+ la destruction des corps et des vies de celles et ceux qui les fabriquent". Unifrance a condamné "sans réserve tout fait de violence ou de comportement inapproprié" et indique "que l’association restera particulièrement vigilante sur ces points et annoncent l’élaboration prochaine d’une charte à l’attention des artistes et professionnels amenés à participer aux manifestions organisées ou initiées par" l'organisme.

Dans son "soutien sans faille à l'actrice", l'AFAA (Actrices Acteurs de France Associés) rappelle qu'une telle charte existe: "Nous disons aussi qu'il est urgent maintenant que nos partenaires, producteurs audiovisuels et du spectacle vivant, directeurs de théâtre, réalisateurs, scénaristes, musiciens, techniciens, bref toutes les organisations représentatives de nos métiers,se saisissent également du moment."

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof condamné

Posté par vincy, le 25 juillet 2019

Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, primé à Cannes en 2017 pour son film Un homme intègre, a été condamné en Iran le 23 juillet à un an de prison ferme suivi de deux ans d'interdiction de sortie de territoire et d'interdiction de se livrer à une activité sociale et politique. Son distributeur français, ARP Sélection, a immédiatement exigé sa libération. Le Festival de Cannes a également demandé qu'il soit libéré, rappelant qu' "À travers son travail il ne cesse de conter la réalité de son pays, affrontant ainsi la censure imposée chez lui par les autorités iraniennes."

Déjà, en 2011, il avait été condamné à un an de prison pour "activités contre la sécurité nationale et propagande" et en 2013, l'Iran lui avait déjà confisqué son passeport.

Depuis septembre 2017, le cinéaste ne pouvait plus circuler librement, travailler et se rendre à l'étranger. Son passeport a été confisqué dès son arrivée à l’aéroport de Téhéran. Il a ensuite été soumis à un long interrogatoire par les Renseignements des Gardiens de la Révolution. Ceux-ci l’empêchent alors d’assurer le reste de la promotion de son film à l’étranger. Les acteurs du film subissent aussi une perquisition à l’issue de laquelle leurs passeports et ordinateurs sont saisis.

Jean-Claude Brisseau (1944-2019) part sans bruit ni fureur

Posté par vincy, le 11 mai 2019

Le cinéaste Jean-Claude Brisseau est décédé samedi à Paris à l'âge de 74 ans, a appris l'AFP par son entourage.

Le réalisateur et scénariste est décédé dans un hôpital des suites d'une longue maladie. Sa filmographie est marquée par trois films: De bruit et de fureur (1988), prix spécial de la jeunesse au Festival de Cannes et prix Perspectives du cinéma français, Noces Blanches (1989) qui révéla l'actrice Vanessa Paradis (qui empocha un césar l'année suivante) et La Fille de nulle part (2012), Léopard d'or au festival de Locarno.

Sa filmographie s'étend sur 40 ans, depuis son premier long en 1976, La croisée des chemins, qui pose une partie des bases d'un cinéma sulfureux où il scrute une jeune fille rebelle partagée entre le désir et la mort. Avec Un jeu brutal, il croise le chemin de Bruno Cremer, qu'il enrôle pour être un biologiste meurtrier. Crémer sera le truand de De bruit et de fureur, l'un des premiers films sur la banlieue, où la dureté et la violence quotidienne croise le rêve naturaliste d'un adolescent dans un environnement de solitude et d'exclusion. Une série de déflagrations qui achève le film dans une tragédie désespérée.

Noce blanche est une confrontation presque sage entre un Cremer prédateur et une Paradis pas vraiment innocente en jeune fille ex-prostituée et toxico, amoureuse de son professeur de philosophie. Derrière son émancipation, et leur histoire d'amour, il y a le vertige des deux à plonger dans un monde inconnu. Dans une interview accordée aujourd'hui au journal Le Monde, Vanessa Paradis évoque un réalisateur très grand, très autoritaire, avec une voix grave.

Il était réputé difficile. Pas vraiment le genre à attirer la sympathie. Mais ce révolté passionné et avide de liberté, avec le soutien des Films du Losange, a pu bâtir une œuvre singulière dans le cinéma français et relativement hétérogène. Avec Céline, portrait d'une jeune femme paumée versant dans le surnaturel, L'ange noir, seul grand rôle de cinéma pour Sylvie Vartan, accompagnée de Michel Piccoli, Tchéky Karyo et Philippe Torreton, dans une sordide manipulation criminelle, ou encore Les savates du bon Dieu, film romantique autour d'une quête amoureuse, à travers une errance et des braquage.

C'est loin d'être parfait. Mais il y a l'influence des grands cinéastes américains - dont John Ford qu'il admirait - qui planent à chaque fois. A partir des années 2000, la difficulté de trouver des vedettes de premier rang ou des noms connus ont compliqué le montage de ses films. Il poursuit sa voie sur le portrait de jeunes femmes marginales, dans des milieux précaires, avec la séduction, la cruauté et la mort qui s'entremêlent: Choses secrètes, A l'aventure, ou son dernier film Que le Diable nous emporte, son ultime film (2018), vaudeville plus mature où la violence masculine et la méditation sont autant d'obstacles ou de leviers vers le bonheur compliqué par le jeu des sentiments.

Jusqu'à cette mise en abyme ratée dans Les anges exterminateurs, inspiré de son propre livre et présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, où il confie ses méthodes particulières de travail, sa manière de sélectionner ses actrices et finalement, comment il s'est retrouvé condamné en justice pour harcèlement et agression sexuelle sur des actrices à qui il avait fait passer des auditions.

Il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris en 2005 pour harcèlement sexuel à un an de prison avec sursis et à 15 000 euros d'amende pour harcèlement sexuel sur deux actrices lors d'auditions pour son film Choses secrètes. En décembre 2006, il est condamné en appel pour agression sexuelle sur une troisième actrice.

Suite à cela, le mouvement #metoo, qui jugeait toute célébration de son œuvre insupportable, avait contraint la Cinémathèque, qui avait essayé de défendre l'artiste en oubliant que l'homme avait été condamné, à annuler fin 2017 la rétrospective qu'elle devait lui consacrer.

Pas étonnant que son film le plus sincère, sacré à Locarno, La fille de nulle part, soit aussi son film miroir. Il y joue le rôle masculin principal, Michel un professeur de mathématique veuf et à la retraite qui vit cloîtré dans son appartement parisien. Sa vie monacale est bouleversée par l'arrivée d'une jeune femme agressée. Se noue une complicité et une entraide, troublée une fois de plus par d'étranges manifestations paranormales. Tout son cinéma est condensé là: la détresse des femmes, la violence de la société, l'amour comme seul rempart, loin des jugements et de la morale.

"C’est précisément l’esprit archaïque du cinéma des origines que convoque le réalisateur dans son propre appartement, où il a tourné avec un caméscope et une poussette (pour les travellings). Impression unique de voir un hybride entre le prosaïsme délicat et articulé d’Éric Rohmer (tendance Lumière) et les noires féeries de John Carpenter (tendance Méliès). Le dispositif paraît évidemment rudimentaire, voire bredouillant, mais cela en fait le charme gracile et discret" pouvait-on lire dans L'Humanité.

Sans doute filmait-il son propre fantôme, lui si mystique. Sans doute son cinéma a-t-il été mal compris à cause de ses agissements et de ses méthodes qui déforment les jugements. Car si on y regarde bien, il sublimait souvent ses actrices, et dénonçait tout aussi souvent la brutalité masculine. Homme d'une autre époque, cela n'excuse pas tout. Il vitupérait le féminisme castrateur d'hommes hétérosexuels et le climat de censure de l'époque. Mais il regrettait surtout de ne plus pouvoir tourner avec les vedettes qui l'intéressaient. Il s'inquiétait de ne plus pouvoir filmer. Il était déphasé.

Dans une de ces dernières interview, à Paris-Match, il expliquait: "Je suis trop émotif (...)  Je vous avoue que l’opinion que les gens de cinéma peuvent avoir de moi me laisse indifférent. Là où je suis triste, c’est pour mes anciens élèves. Avant, quand je les rencontrais dans la rue, ils étaient fiers. Maintenant, j’ai l’image colportée d’un “super-violeur”. Mais quand j’ai eu un procès, je ne me suis pas défendu. J’ai eu tort". Ajoutant: "J’ai vécu des réactions de vengeance… Alors que la jouissance de la femme m’a toujours intéressé au cinéma et que je ne fais que creuser les mêmes thèmes."

Jean-Claude Brisseau, inexcusable, restera entaché par cette affaire (alors que d'autres bien plus vénérés s'en sont sortir indemnes). Mais le cinéaste, lui, aura produit quelques beaux films qui sondaient le mystère des femmes, le plus inexplicable à ses yeux.

Kirill Serebrennikov n’est plus assigné à résidence

Posté par vincy, le 8 avril 2019

La justice russe a levé l'assignation à résidence du réalisateur et metteur en scène Kirill Serebrennikov. Jugé pour des accusations de détournements de fonds, il était en résidence surveillée depuis l'été 2017, sans moyens de communication. Ayant toujours rejeté ces accusations, Kirill Serebrennikov est désormais libre de ses mouvements à condition de ne pas quitter le territoire russe, selon la décision prononcée par un tribunal de Moscou, rapporte l'AFP.

Il a décidé de se remettre au travail rapidement. L'an dernier, son film Leto était en compétition à Cannes. Il sera à l'affiche du prochain Festival d'Avignon avec la pièce Outside, sur le photographe chinois Ren Hang, qui s'est suicidé à 29 ans en 2017, et censuré pour son oeuvre composée exclusivement de nus. Il a aussi mis en scène en mars dernier, avec plusieurs assistants sur place et à distance, Nabucco à Hambourg.

Lire aussi: Russie: Kirill Serebrennikov toujours assigné à résidence, Oleg Sentsov toujours emprisonné

Pour beaucoup, son assignation à résidence n'avait pas grand chose à voir avec les accusations de détournements de fonds. Serebrennikov est un artiste qui ose parler de sexe et de religion, de politique et de liberté, loin des valeurs traditionalistes que voudrait prôner le régime actuel.

Pour ses partisans, il paye avec un procès kafkaïen, en sa liberté de création et ses pièces parfois osées, mêlant politique, sexualité et religion, dans un pays où les autorités poussent pour un retour en force des valeurs traditionnelles et conservatrices

« Grâce à Dieu » pourra sortir le 20 février dans les salles

Posté par vincy, le 18 février 2019

Grâce à Dieu de François Ozon, Grand prix du jury à Berlin samedi, a été autorisé par la justice à sortir en salles mercredi 20 février, selon les avocats de la défense.

Le réalisateur avait été assigné en référé par l’un des avocats du père Preynat, homme d'église suspecté d’avoir abusé d’enfants dans le diocèse de Lyon, pour obtenir un report de la sortie du film. Le prêtre est suspecté d’avoir abusé de dizaines de jeunes scouts dans les années 1980 et 1990 mais il n’a pas encore été jugé pour les faits qui lui sont reprochés (et filmés comme avérés dans Grâce à Dieu). La date du procès n'est pas encore connue et la présence de messages au début et à la fin du film rappelant l'absence de jugement "suffit à garantir" les droits des présumé innocents.

Selon le juge, "la demande de report n’était « pas proportionnée » à l’atteinte à la présomption d’innocence du père Preynat que pouvait représenter le film."

Quand François Ozon a commencé le tournage du film l'an dernier, tout le monde pouvait penser que le verdict tomberait avant sa sortie. Le litige est dans l'usage des vrais noms de trois présumés innocents. En effet, cette fiction basée sur des faits réels n'a pas modifié le nom de trois "accusés" le cardinal Barbarin, dont le jugement pour « non-dénonciation d’atteintes sexuelles » sera rendu le 7 mars par le tribunal correctionnel de Lyon, le père Preynat et Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon. Tous les autres noms ont été changés.

L'accusation avait demandé que le film sorte après le procès du père Preynat, ce qui retardait de plusieurs mois la sortie du film.

Celui-ci met en valeur le rôle de l’association La Parole libérée. C'est la construction des liens entre les victimes, de la constitution de cette communauté d'hommes abusés sexuellement qui est au cœur de Grâce à Dieu.

Le film devrait sortir dans plus 300 salles, distribué par Mars films.

Berlinale 2019 : Grâce à Dieu de François Ozon, reconstitution sensible rattrapée par l’actualité

Posté par MpM, le 8 février 2019

Première entrée française de cette 69e Berlinale, Grâce à Dieu, le nouveau film de François Ozon aborde la question de la pédophilie dans l'Eglise en relatant l'histoire des victimes du prêtre Bernard Preynat accusé d'attouchements sexuels sur de jeunes scouts dans la région de Lyon. Le film, qui s'est fait en secret, arrive au moment-même où le cardinal Barbarin et Régine Maire, psychologue au service du diocèse, attendent le verdict du procès dans lequel ils sont accusés d'avoir couvert les agissements du prêtre, et avant même que le principal accusé n'ait été jugé. Un recours a d'ailleurs été déposé pour reporter la sortie du film, prévue le 20 février, afin qu'il ne soit pas sur les écrans avant la fin de la procédure judiciaire.

Et le film, dans tout ça ? On comprend que les accusés (qui bénéficient jusqu'au verdict de la présomption d'innocence) ne soient pas particulièrement ravis d'y apparaître sous leur véritable nom, sans le voile pudique de la fiction pure (d'autant que les victimes, elles, n'apparaissent pas sous leur véritable identité). La narration est en effet un mélange de reconstitution quasi documentaire et d'enquête minutieuse racontant comment le premier plaignant a porté plainte contre le prêtre Preynat après avoir tenté une conciliation avortée avec l'Eglise, puis comment d'autres victimes se sont jointes à son combat en montant l'association "la parole libérée".

La première partie du film consiste ainsi notamment en un échange épistolaire (lu en voix-off) entre Alexandre Guérin (Melvil Poupaud) et Régine Maire d'une part, et le cardinal Barbarin d'autre part. Les enjeux y sont clairement posés, entre le besoin qu'éprouve la victime de voir le responsable sanctionné et la volonté de la hiérarchie religieuse d'amener l'affaire sur le terrain du pardon et de la repentance. Ces allers et retours entre les deux "camps", par le biais des lettres et des rencontres, se font sans temps mort, dans une forme de sécheresse narrative qui laisse très peu de place pour la fiction. Du personnage principal, on ne saura que ce qui a rapport à l'affaire, toute digression étant bannie, ou laissée hors champ.

François Ozon dresse ainsi en creux le portrait de l'accusé (pas vraiment à son avantage) mais aussi de Barbarin et de son équipe, présentés comme les gardiens d'une énorme machine rigide et froide qui ne pense qu'à sa propre sauvegarde. Le film décortique alors la stratégie d'évitement du cardinal, ainsi que l'incompréhension agacée, dénuée du moindre tact, de ceux qui l'entourent : "Pourquoi toujours remuer ces vieilles histoires ?" s'exclame l'un des responsables du diocèse.

On suit ensuite successivement deux autres personnages (interprétés par Denis Ménochet et Swann Arlaud) ayant été abusés par le prêtre, qui poursuivent le travail commencé par Alexandre Gérin. Le premier se met en quête d'autres victimes, en créant l'association "la parole libérée", et le second s'engage dans le mouvement, y trouvant un moyen de reconstruire sa vie. Le film bascule plus clairement dans le format de l'enquête, sans céder pour autant aux sirènes du sensationnalisme. L'aspect très clinique de la première partie laisse place à une fiction plus classique, avec quelques scènes qui permettent d'en savoir plus sur les personnages, et notamment d'appréhender les traces laissées, dans leur vie d'adulte, par les abus subis dans leur enfance.

François Ozon propose ainsi un récit sensible et pudique (malgré des flashbacks répétitifs qui n'apportent pas grand chose au récit) sur une tragédie humaine qui est celle des victimes de Lyon, mais qui pourrait être plus largement celle de toutes les victimes d'abus sexuels. Toutefois, difficile de nier que le film se fait plus précisément à charge contre l'Eglise en tant qu'institution toute-puissante qui n'a pas été capable de prendre la mesure de ce qui se passait dans ses rangs, et contre tous ceux qui ont été, volontairement ou non, les complices des agissements du prélat.

Quitte, parfois, à flirter avec un certain didactisme dans son propos. D'autant que les témoignages proposés par le film, ainsi que le récit qui est fait des agissements du cardinal Barbarin ou de ses proches, n'amènent pas vraiment le spectateur à douter de leur culpabilité, ce qui pose un vrai problème éthique. Car si on ne peut reprocher au réalisateur d'avoir voulu raconter "sa" vérité, qui est celle des victimes, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la pertinence de laisser le verdict de fiction s'exprimer avant celui de la justice.

La réalisatrice de « Rafiki » porte plainte contre les autorités kenyanes

Posté par vincy, le 12 septembre 2018

Wanuri Kahiu, réalisatrice de Rafiki, premier film kényan sélectionné au Festival de Cannes en mai dernier, a décidé de porter plainte contre le KFBC (organisme de régulation des diffusions mandaté par le gouvernement kényan), et le procureur général du pays, suite à l'interdiction de son film dans son pays.

Rafiki raconte l'histoire de deux jeunes femmes, à Nairobi, qui tombent amoureuses l'une de l'autre, essayant de ne pas se faire surprendre en restant à l'écart des commères, machos et autres dévots.

Lors de l'annonce de sa sélection à Cannes, tout le monde s'était réjoui de cet "honneur" dans le plus grand des festivals, à commencer par la Commission du Film du Kenya (l'équivalent du CNC) et le ministère des Sports et du Patrimoine, qui comprend la Culture dans ses attributions. Mais rapidement, le film a été censuré, avant même sa projection sur la Croisette. Le KFCB y a vu une "claire intention de promouvoir le lesbianisme au Kenya ce qui est contraire à la loi", ajoutant que ce film "heurte la culture et les valeurs morales du peuple Kényan".

Dans un communiqué, Wanuri Kahiu estime que l'empêchement de la diffusion du film viole plusieurs articles de la constitution qui protège la liberté d'expression et de création: "Quand quelqu’un commence à porter atteinte à votre droit d'être créative et d’exercer votre travail cela devient un problème".

Le film sort le 26 septembre en France. Il y a peu de chance qu'il représente le Kenya aux Oscars.