Gros clash pour beaucoup de cash autour du film de Terry Gilliam

Posté par vincy, le 3 mai 2018

Après le soutient virulent apporté par le Festival de Cannes à Terry Gilliam, dont le dernier film L'homme qui tua Don Quichotte doit faire la clôture de la manifestation, Paulo Branco a réagi rapidement, rappelant que "Trois décisions judiciaires ont confirmé les droits exclusifs de Paulo Branco et d’Alfama Films Production sur le film de Terry Gilliam, The man who killed Don Quixote. Ces décisions ont l’autorité de la chose jugée et empêchent toute projection ou exploitation du film sans l’accord de son producteur."

Le producteur, qui avait déjà reproché le passage en force du Festival, explique que "L’exploitation du film est impossible en l’absence de visa d’exploitation que le CNC, pour sa part respectueux du droit, ne peut délivrer. Le Festival de Cannes a décidé de passer outre ces décisions de justice qui avaient été portées à sa connaissance et c’est la raison pour laquelle c’est lui qui a été assigné en justice", ajoutant qu'il est "indécent" de comparer la situation de Terry Gilliam, "qui se refuse à respecter les décisions judiciaires dans un Etat de droit, à celle de réalisateurs victimes de la répression et de la censure dans leurs pays." Il ajoute: "Le Festival de Cannes n’est pas au-dessus de la loi et la virulence et l’agressivité de son ton n’y changeront rien", et dément avoir utilisé "des méthodes d’intimidation en saisissant la justice pour faire respecter ses droits."

Branco, qui risque de finir persona non grata à Cannes, se donne ainsi le beau rôle dans cette histoire: "pendant seize ans de 2000 à 2016, Terry Gilliam n’a trouvé aucun producteur acceptant de reprendre son projet." "Si ce film existe aujourd’hui, c’est grâce au travail et aux investissements réalisés par Alfama Films Production et Paulo Branco, quand personne ne croyait plus à ce film".

Aparté: On attendra sereinement le référé du 7 mai, demandé par le producteur, qui veut interdire la projection cannoise ET la sortie française du film. Et surtout la décision du tribunal attendue le 15 juin: Durant la préproduction du film, de nombreux désaccords, liés au budget, au casting, au calendrier de tournage ont opposés Paulo Branco à Terry Gilliam, qui a finalement renoncé au tournage avant de se tourner vers la société espagnole de production Tornasol, qui faisait partie de la structure de coproduction constituée par Alfama Films. Il a relancé la production une fois qu'Amazon, après s'être désisté de la coproduction d'origine, s'est investie aux côtés de Tornasol. Entre-temps, le réalisateur a ouvert une procédure auprès de la justice française pour faire résilier le contrat de cession de ses droits au profit de Paulo Branco. Mais il y a un an la justice française s'est prononcée en première instance en faveur de Paulo Branco, tout en rejetant la demande du producteur portugais de stopper le tournage alors en cours pour contrefaçon. Saisie par le réalisateur, la cour d'appel de Paris a examiné à son tour l'affaire début avril et rendra sa décision le 15 juin. Deux autres procédures sont en cours. En Angleterre, la Haute Cour de Londres a donné raison à Alfama Films aux dépens de RPC, pour les droits sur le scénario. En Espagne, la procédure qui oppose Alfama Films à Tornasol pour les droits du film est en cours.

Les producteurs du film et Océan films, distributeur français, ont à leur tour décidé de se défendre médiatiquement par communiqué.

"Afin d’éclairer le public qui suivrait cette affaire et tous les amoureux du cinéma de Terry Gilliam, nous voudrions porter une information aussi objective que possible sur le dernier volet rocambolesque de cette incroyable histoire de cinéma et expliquer pourquoi M. Branco n’est pas et ne sera jamais ce qu’il prétend être, à savoir le producteur de ce film. Parce qu’il ne détient pas les droits d’auteur sur le scénario du film : s’il a bénéficié d’une option pour acquérir ces droits auprès de leur titulaire, la société anglaise RPC, il ne l’a jamais levée car il était dans l’incapacité d’en payer le prix de 250000€.
Parce qu’il n’a jamais payé le prix des droits d’auteur-réalisateur du film, il n’a pas même versé 1€ à Terry Gilliam à ce titre.
Et parce qu’il n’a pas produit le film sélectionné par le Festival de Cannes
". Dont acte?

Le communiqué révèle quelques pièces (croustillantes) du dossier. Paulo Branco se serait livré à un véritable chantage, menaçant Terry Gilliam, à qui il écrit: "Soit tu fais ce film à ma façon, soit tu compromets irrémédiablement la faisabilité du projet et ton film est condamné, il ne verra jamais le jour". Sous le choc, Terry Gilliam refuse de céder. M. Branco lui répond: "Notre collaboration est impossible. Bonne chance avec un autre producteur".

"Terry Gilliam décide donc de résilier son contrat. (...) A cet instant précis, la préparation du film n’a pas commencé et M. Branco n’a pas versé un centime à Terry Gilliam. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. En danger d’être à jamais enseveli, le film est alors sauvé par quatre producteurs : la britannique Amy Gilliam, l’espagnole Mariela Besuievsky, avec le soutien du belge "Entre Chien et Loup" et du français Kinology. Elles et ils sont les producteurs du film : ils ont réuni 16M€ de financement et convaincu les distributeurs. Ils sont les propriétaires du film dont la chaîne des droits est enregistrée dans quatre pays. Il leur faut neuf mois pour préparer et démarrer le tournage, le temps de rebâtir sur les décombres laissés par M.Branco qui, en moins de cinq mois de "collaboration", aura été incapable de redonner vie au projet tel qu’il était conçu par son auteur, et aura démontré sa volonté destructrice et autoritaire, dont la séquence que nous vivons en ce moment est une nouvelle illustration" détaillent-ils.

En fait les producteurs décident de ne pas reconnaitre Alfama comme détenteur de droits exclusifs et donc "l'autorité de trois procès gagnés" par Paulo Branco. Ils nuancent: "Le refrain "3 procès gagnés" repose sur l’interprétation spécieuse par M. Branco d’une décision rendue par un juge français et de deux décisions anglaises. " Pour eux c'est un problème d'interprétation: "Le juge du fond a écarté la prétention d’ALFAMA de détenir des droits d’auteur-réalisateur. La "victoire" que M. Branco s’attribue, c’est que le juge a également estimé que M. Gilliam n’aurait pas dû résilier ainsi son contrat. Pour autant, le juge a considéré que cela était sans incidence sur le processus de production du film en cours par les véritables producteurs." Côté anglais, selon eux, "les juges prorogent l’option sur le scénario dont bénéficiait M. Branco. Or, cette option ne peut plus être levée, puisque les droits ont été cédés légalement aux nouveaux producteurs. Et bien cédés, ajoutent les juges anglais qui considèrent que cette cession est valide et opposable à M.Branco, qui ne pourra donc jamais être cessionnaire des droits du scénario."

"Les déclarations de son fils sur les réseaux sociaux y ajoutent une dose de grotesque, qui pourrait faire sourire si cela ne cherchait à mettre à nouveau en péril un film qui s’apprête à voir le jour". De fait, ça se déchaine sur les réseaux entre les déclarations du fils et avocat Juan Branco et les autres. On apprend d'ailleurs au fil des commentaires le nombre d'ardoises incalculables du producteur dans la profession, ses méthodes de paiement un peu folkloriques et la raison pour laquelle de nombreux professionnels ne veulent plus travailler avec lui, attachés de presse inclus.

"Quel en est l’enjeu ? De savoir si oui ou non, en résiliant son contrat, Terry Gilliam a eu raison de chercher à sauver son film, ou s’il aurait dû l’abandonner aux mains d’un producteur dont il savait qu’il était prêt à le sacrifier. Paulo Branco, rappelons-le, n’a pas payé, rien investi, ni n’a respecté ses engagement envers le réalisateur. Il n’a pas acquis et ne pourra jamais acquérir les droits du scénario n’ayant jamais levé l’option, ce qui l’empêchera à jamais revendiquer la qualité de producteur d’un film dont il s’est écarté de lui-même (voir courrier plus haut), neuf mois avant le début de tournage.
M. Branco soutient que la projection du film à Cannes porterait atteinte à ses droits. Mais à quels droits ? En quoi consisterait son préjudice si le film était projeté à Cannes ? Selon lui, il ne serait alors pas consacré comme celui qui a permis au projet d’être remis sur les rails. Voilà ce qui justifie sa demande d’enterrer The Man Who Killed Don Quixote et qui justifie selon lui une mesure de censure, qui ne lui apporterait rien à lui, mais détruirait la distribution de l’œuvre de Terry Gilliam et la réputation de son auteur avec elle. Pourquoi en est-on arrivé là ? Parce que, le 15 Mars 2018, les producteurs ont refusé l’ultimatum non négociable de M.Branco transmis en présence de tiers : cet ultimatum, c’est 3,5M€ pour lui, qui se répartiraient en 2M€ cash immédiatement et 1,5M€ sur les recettes à venir.
"

Voilà. Une banale histoire de cash qui se transforme en big clash. Peu importe finalement ces débats juridico-financiers. Si M. Branco était un passionné de cinéma, il n'interdirait pas la projection cannoise du film de Terry Gilliam. Rien n'empêche non plus la distribution du film: s'il gagnait, il recevrait sa part des recettes et ses dommages & intérêts. Non vraiment, Paulo Branco en fait une histoire d'orgueil. On ne préjugera rien. Mais pour le coup, les sentiments n'ont plus de raison.

Cannes 2018: le Festival soutient Terry Gilliam face aux menaces de Paulo Branco

Posté par vincy, le 30 avril 2018

Dans un premier temps, la semaine dernière, Paulo Branco, via sa société Alfama Films Production, avait "obtenu l'autorisation d'assigner en référé le Festival de Cannes", après la sélection de L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam. Le producteur veut demander au président du tribunal de grande instance de Paris de prononcer l’interdiction de la projection du film "en violation de ses droits, droits réaffirmés par trois décisions judiciaires". L’audience se tiendra le 7 mai, la veille de l'ouverture du Festival.

Le film de Terry Gilliam, distribué par Océan Films, doit sortir en France le 19 mai, soit le même jour que sa projection cannoise.

Rappelons quand même que le producteur Paulo Branco (Alfama Films) a déjà engagé plusieurs procédures en Europe contre les producteurs du film de Terry Gilliam (Tornasol, Kinology, Entre Chien et Loup et Ukbarfilmes) ainsi que distributeur français (Océan Films Distribution Int.), estimant qu’il détient toujours les droits du film. Un des jugements doit être rendu le 15 juin par la cour d’appel de Paris.

Branco braque Cannes

Bon. Avec un peu d'humour noir, on se dit que ce n'est qu'un obstacle de plus pour cette production démarrée il y a vingt ans....

Et puis, le Festival de Cannes, à travers un communiqué signé de son Président Pierre Lescure et de son Délégué général Thierry Frémaux, ont décidé de réagir: "M. Branco ayant jusque-là beaucoup occupé le terrain médiatique et juridique, il nous semble important de faire valoir les raisons qui nous ont conduits à sélectionner le film et à encourir l’attaque d’un producteur dont l’avocat, M. Juan Branco, aime rappeler que son image et sa crédibilité se sont essentiellement bâties sur ses innombrables présences à Cannes, et par sa proximité avec de grands auteurs consacrés par le Festival. "Ce qui est vrai, et ajoute à notre perplexité."

Car oui, Paulo Branco a profité largement du Festival : La Forêt de Quinconces de Grégoire Leprince-Ringuet, La Chambre bleue de Mathieu Amalric, Cosmopolis de David Cronenberg, Les Chansons d'amour de Christophe Honoré, pour ne citer que quelques uns des films récents qu'il a produit ont été en sélection officielle.

Soutien officiel aux artistes

Le Festival de Cannes "respectera la décision de justice à intervenir, quelle qu’elle soit, mais nous tenons à redire qu’il se tient du côté des cinéastes et en l’espèce du côté de Terry Gilliam dont on sait l’importance qu’a pour lui un projet qui a connu tant de vicissitudes. Provoquées une dernière fois par les agissements d’un producteur dont l’épisode fait définitivement tomber le masque et qui nous promet désormais, par la voix de son avocat, une « déshonorante défaite »".

Avec justesse, le Festival rappelle alors que "La défaite serait de céder à la menace". "Au moment où deux cinéastes invités en Sélection officielle sont assignés à résidence dans leurs propres pays (Jafar Panahi et Kirill Serebrennikov, ndlr), au moment où le film de Wanuri Kahiu, Rafiki, qui figure en Sélection officielle, vient de subir les foudres de la censure du Kenya, son pays de production, il est plus que jamais important de rappeler que les artistes ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on les attaque. Cela a toujours été la tradition du Festival de Cannes, et cela le restera" affirme le communiqué.

Risques connus

Cannes avait conscience du litige entre Gilliam et Branco. Le film a été présenté au comité de sélection par le réalisateur, le vendeur du film et le distributeur, durant l'hiver. "Les contentieux tels que celui qui oppose M. Branco à Terry Gilliam ne sont pas rares, le Festival en est régulièrement informé, mais il ne lui appartient pas de prendre position sur un sujet de cet ordre. Ainsi, après vision, et alors qu’une sortie simultanée du film semblait possible, nous avons décidé de faire figurer cette œuvre en Sélection officielle" précisent Lescure et Frémaux.

Les deux patrons du Festival indiquent que "Le Festival de Cannes a pour mission de choisir les œuvres sur des critères purement artistiques et une sélection doit se faire avant tout en accord avec le réalisateur d’un film. C’est le cas. Nous étions prévenus des recours possibles et des risques encourus, dans une situation déjà rencontrée dans le passé mais en l’occurrence, lorsque notre décision a été prise, rien ne s’opposait à la projection du film au Festival."

Si le Festival de Cannes attendra la décision du Tribunal avec "sérénité", la manifestation confirme que la projection en clôture reste soumise à la décision du juge des référés le 7 mai. Mais, le Festival se défend d'avoir "agi à la légère" ou "opéré le moindre « passage en force », comme M. Juan Branco le dit à la presse".

Diffamation(s)

Car à la fin du communiqué, Cannes touche le talon d'Achille du producteur. "Le « passage en force », chacun sait dans notre métier que cela a toujours été la méthode favorite de M. Branco dont il faut rappeler qu’il organisa il y a quelques années une conférence de presse pour dénoncer le Festival de Cannes qui n’aurait pas tenu une « promesse de sélection » sur un de ses films. Accusation qui fit long feu, le Festival ne faisant pas des promesses de sélection : il sélectionne ou non. Aujourd’hui, M. Branco laisse son avocat procéder à des intimidations ainsi qu’à des affirmations diffamatoires aussi dérisoires que grotesques, dont l’une vise l’ancien Président d’une manifestation dont il s’est servi toute sa carrière pour établir sa propre réputation."

Dans son livre Voir Cannes et survivre, Les dessous du festival (2017), Carlos Gomez écrivait dans son livre: "Matthieu Amalric qui riait en me racontant que son producteur Paulo Branco était allé au casino pour tenter de regagner l'argent qu'il avait réuni pour un film de Wim Wenders, perdu la veille sur la même table de jeu." Si Paulo Branco risque de ne pas être le bienvenu à Cannes, il pourra toujours se consoler au casino.

Cannes 2018: Après les célébrations, la censure frappe le film kényan « Rafiki »

Posté par vincy, le 28 avril 2018

C'était une joie quand Thierry Frémaux a annoncé le premier film kenyan en sélection officielle (Un Certain regard). Rafiki de Wanuri Kahiu promet d'être l'un des films les plus attendus du prochain festival de Cannes. Mais hier, vendredi 27 avril, la fête a pris fin. Les autorités kényanes ont décidé d'interdire le film.

Ce film qui raconte une histoire d'amour entre deux jeunes filles n'est pas du goût du président du Kénya, qui comme dans beaucoup de pays d'Afrique, a fait de l'homosexualité un bouc-émissaire fédérateur. Dans une interview à la chaîne américaine CNN donnée le 20 avril, Uhuru Kenyatta dénonçait l'homosexualité comme une valeur contraire aux croyances culturelles de la majorité des Kényans.

"Promotion du lesbianisme"

Cela ne va pas arranger la situation des droits de l'Homme et des droits LGBT dans le pays. Rafiki ("ami" en langue locale swahili) a été jugé par le Comité national kényan de classification des films (KFCB) comme ayant la "claire intention de promouvoir le lesbianisme au Kenya ce qui est contraire à la loi."

L'homosexualité est illégale au Kénya et peut entraîner une peine de 14 ans de prison. Le film, qui sera sous les feux des projecteurs grâce au Festival de Cannes, avait conduit une association en faveur des droits des personnes homosexuelles à demander à la justice kényane d'abolir ces lois anti-gay, imposées sous la colonisation anglaise et jugées discriminante. Or le 18 avril, Theresa May, Première ministre du Royaume Uni a justement fait son mea culpa.

"En tant que famille de nations, nous devons respecter les cultures et les traditions des autres, mais nous devons le faire de manière à protéger notre valeur commune d’égalité, une valeur qui est clairement inscrite dans la Charte du Commonwealth." "Ils avaient tort à l’époque et ils ont tort aujourd’hui. Personne ne devrait subir une quelconque persécution ou discrimination à cause de qui il est ou de qui il aime, et le Royaume-Uni se tient prêt à aider tout pays membre du Commonwealth qui voudrait réformer une législation d’un ancien temps, qui rend possible ce type de discrimination, parce que le monde a changé" a-t-elle ajouté, reconnaissant la part de responsabilité du Royaume-Uni en déclarant ne savoir "que trop bien que ces lois ont souvent été mises en place par [s]on propre pays"

Contradictions au sommet de l'Etat

Mais le plus ironique est ailleurs. Le jour de l'annonce de la sélection de Rafiki à Cannes, le ministère des Sports et du Patrimoine, qui comprend la Culture dans son portefeuille, s'était félicité sur les réseaux sociaux de cette invitation cannoise. Un grand nombre de kényans avaient aussi exprimé leur fierté sur les réseaux, dont l'actrice oscarisée Lupita Nyong'o (Black Panther). Le CNC du Kenya n'avait pas hésité à propager son soutien à ce film.

Rafiki suit l'histoire de Kena et Ziki, deux jeunes femmes de Nairobi qui deviennent amies et tombent amoureuses l’une de l’autre, contre leurs parents et leurs voisins homophobes. Ces deux héroïnes devront choisir entre le bonheur et la sécurité, entre leurs sentiments et la pression sociale. Est-il plus sûr d’être invisible ou mieux vaut-il défier les règles conservatrices, pour découvrir votre identité et votre destin à travers l’amour ?

Le récit est adapté d'un roman, Jambula Tree, inédit en France qui racontait la même histoire d'amour mais en Ouganda (tout aussi homophobe). Ecrit par Monica Arac de Nyeko, le livre avait reçu le prix Caine 2007, le Goncourt de la littérature africaine.

Il a fallu sept ans pour faire ce film. La réalisatrice a confié qu'elle avait été poussée par "l’urgence et la nécessité" de faire Rafiki dans un climat anti-LGBT terrifiant en Afrique. Dans sa note d'intention, elle avoue qu'il a fallu "bousculer le cynisme profondément ancré dans la société concernant l’homosexualité à la fois auprès des acteurs, de l’équipe, de mes amis et de ma famille."

Wanuri Kahiu, la réalisatrice du film, a réagit sur twitter dès qu'elle a su son film banni dans son pays: "Nous pensons que les adultes kényans sont suffisamment mûrs et perspicaces pour regarder [ce film] mais on leur en a retiré le droit." Dans un tweet daté de ce samedi 28 avril, elle décide de citer pour seul commentaire la déclaration des Droits de l'Homme sur la liberté d'expression.

Tunisie: Call me By Your Name censuré

Posté par vincy, le 3 mars 2018

Call me by your name est interdit de cinéma en Tunisie. Le film, quatre fois nommé aux Oscars et qui vient de sortir en France, a vu son visa d'exploitation refusé par le ministère tunisien de la Culture, a annoncé mercredi l'un des principaux distributeurs du pays, Goubantini Groupement, habitué à diffuser des films aux sujets parfois tabous dans le pays.

Selon l'AFP, le long-métrage devait être projeté mercredi soir au Colisée, une grande salle de Tunis qui a annoncé sur Facebook que l'évènement avait été "annulé" faute de visa d'exploitation.

Le film "a été interdit", a affirmé à l'AFP le distributeur Lassaad Goubantini, en dénonçant "une atteinte aux libertés" et en jugeant que l'interdiction était "sûrement due au sujet du film", une histoire d'amour entre deux hommes.

Une telle interdiction est "en contradiction avec la Constitution tunisienne", a-t-il ajouté. Bien sûr ce n'est pas le seul film à être confronté à une censure toujours présente. On se souvient aussi que Wonder Woman, avec Gal Gadot avait été interdit suite à une plainte du parti nationaliste Al-Chaab sous prétexte que l'actrice principale était israélienne,

L'Homosexualité toujours un délit pénal

Mais en Tunisie, l'homosexualité reste une problème soumis à plusieurs contradictions. Elle est devenue depuis quelques années, grâce à l'action de plusieurs ONG, un sujet de société régulièrement abordé dans les médias, même si les pratiques homosexuelles restent punies de trois ans de prison ferme par l'article 230 du code pénal. Sans compter l'hostilité sociale toujours très présente. Plusieurs crimes homophobes ont lieu chaque année. Des dizaines de citoyens LGBT fuient le pays pour fuir ces persécutions.

Quelques films tunisiens récents ont mis en scène l'homosexualité ou la bisexualité comme Le Fil de Mehdi Ben Attia (2008) ou Histoires tunisiennes de Nada Mezni Hafaiedh (2012). Le Fil n'a d'ailleurs pas été diffusé en Tunisie.

Des résistances, des éclaircies

Pourtant, en novembre dernier, lors des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), un documentaire tunisien sur la situation des LGBT dans le pays, Au-delà de l'ombre, avait connu un immense succès, faisant salle comble. La réalisatrice Nada Mezni Hafaiedh avait été surprise qu'il y ait eu aussi peu de protestations. Lors de la projection, elle rappelait: "Jamais je n'aurais imaginé que mon film serait en sélection et que les Tunisiens pourraient le voir, parce que je sais que malheureusement en Tunisie être homosexuel c'est une abomination, c'est être criminalisé."

Et mi-janvier s'est déroulé à Tunis le premier festival pour défendre les droits des LGBT : le Mawjoudin Queer Film Festival (Tunis), organisé par Mawjoudin, une association tunisienne qui défend les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBTQ+), a présenté quinze longs et courts métrages du monde arabe et d'Afrique, parlant de sexualité, d’identité et de l’expression du genre.

Si le festival a commencé à l’Institut français pour des raisons de sécurité, la suite a eu lieu dans un espace culturel public (El Teatro). La bonne nouvelle est qu'il n'y a pas eu d'incidents.

L'autre éclaircie est venue début février de la justice tunisienne. Celle-ci a prononcé un non-lieu pour 3 hommes arrêtés pour homosexualité, en décembre dernier, à Hammam-Sousse. Le procureur de la république les avait libérés, après leurs refus de se soumettre au test anal (pratique contraire aux Droits de l'Homme mais encore utilisée en Tunisie), censé prouver leur homosexualité. Ils ont finalement été acquittés pour absence de preuves. C’est une première en Tunisie.

500M$ pour la reprise de The Weinstein Company

Posté par vincy, le 2 mars 2018

En début de semaine, The Weinstein Company était menacée de banqueroute. Finalement en quelques jours, le studio d'Harvey Weinstein a réussi à trouver un repreneur: le milliardaire Ron Burkle et l'ancienne ministre de Barack Obama (en charge des PME) Maria Contreras-Sweet.

Le montant des actifs était initialement évalué à 500M$ soit 225M$ de dettes, 100M$ dévolus à la création de la nouvelle structure et le reste pour la reprise des actifs, dont le catalogue de 277 films (y compris ceux de Dimension films).

Maria Contreras-Sweet souhaite surtout "lancer une nouvelle société, avec un nouveau conseil d'administration et une nouvelle vision incarnant les principes que nous défendons depuis le début du processus à l'automne". "Ces principes n'ont jamais varié et consistent à bâtir un studio de cinéma mené par un conseil composé d'une majorité de femmes indépendantes", à "sauver 150 emplois" et "créer un fonds de compensation des victimes".

Un coup de pression du procureur qui a menacé 150 emplois

Le feuilleton semble se terminer pour cette entreprise devenue à elle seule toxique à Hollywood. Début février, le procureur de l'Etat de New York avait bloqué un premier projet de reprise car, selon lui, les fonds prévus pour dédommager les victimes des abus sexuels d'Harvey Weinstein étaient insuffisants et que la direction de la nouvelle société incluait des cadres ayant couvert ses agissements. Cette décision avait conduit le week-end dernier à l'annonce d'un probable dépôt de bilan de The Weinstein Company.

En effet, Ron Burkle hésitait à fournir un montant viable pour faire fonctionner l'entreprise et n'avait pas apporté les garanties nécessaires sur le renvoi de certains dirigeants, soupçonnés de complicité sur les agissements de leur patron. Le milliardaire a finalement accepté de mettre 7M$ au pot, assuré que les dirigeants poursuivis ne seraient plus en poste (y compris Bob Weinstein) et, selon la presse financière, augmenté le fond pour l'indemnisation des victimes à 90M$. Du côté de TWC, la menace du dépôt de bilan a activé en urgence la procédure de sauvetage, alors que le conseil d'administration paraissait prêt à trouver une autre solution, tout en craignant que Harvey Weinstein casse une quelconque transaction en les poursuivant en justice.

Cette fois-ci, après un nouvel accord, le procureur semble approuver cette reprise, tout en continuer d'enquêter sur les différentes accusation et de poursuivre la société "pour n'avoir pas protégé ses employés face au comportement du producteur."

Reste la signature définitive, qui dépend de son bon vouloir. Il reste quelques détails à finaliser semble-t-il.

Nouveau nom et expansion

13 ans après la création de la société par Harvey et Robert Weinstein, un nouveau chapitre semble s'ouvrir. Elle changera de nom (on évoque la marque Wonder Hill) tant le patronyme est devenu imprononçable à Hollywood depuis les révélations sur le comportement d'Harvey Weinstein, accusé d'agressions sexuelles, d'harcèlement moral et sexuel et de viols par plus d'une centaine de femmes. L'intégralité des emplois devrait être préservée et les bureaux de Los Angeles et Londres certainement agrandis. Les premières dates de sortie de films déjà en boîte, dont The Current War avec Benedict Cumberbatch, Hotel Mumbai avec Dev Patel, HHhH avec Rosamund Pike et le remake d'Intouchables, The Upside.

Depuis octobre, aucun film produit par The Weinstein Company n'est sorti en salles. Tous les projets sont suspendus et certains ont été cédés (Paddington 2) ou revendus. Le réalisateur emblématique de la compagnie, Quentin Tarantino, a quitté TWC pour Sony. Bob Weinstein restera propriétaire de la marque Dimensions Films et du film prêt à sortir Polaroid, de Lars Klevberg, avec Tyler Young.

Le Musée Art Ludique proche de la fermeture

Posté par vincy, le 3 décembre 2017

Cruel. Alors que le Salon des formations artistiques (le START) se déroule avec succès ce week-end à Paris, aux Docks - Cité de la mode et du design, le Musée Art Ludique, installé au même endroit, risque l'expulsion.

Après 4 ans d'expos consacrées à l'animation et à la bande dessinée/mangas/comics, la fermeture de cet espace de 1200m2 risque d'être effective en janvier 2018. Le Tribunal de grande instance de Paris a validé l'expulsion la semaine dernière. Cela mettrait 13 salariés sur le carreau.

La fréquentation est en chute (580000 pendant les 18 premiers mois, 350000 visites durant les deux années et demi suivantes) et les recettes ont diminué d'autant. Les restaurants aux alentours ont fermé. La Cité ressemble à un navire fantôme où les parisiens ne vont pas, préférant les péniches sur les quais d'en face ou plus en aval près de la Bibliothèque nationale. Le musée accuse aussi l'arrivée d'un camp de migrants qui aurait découragé les visiteurs et on peut y ajouter la désertification touristique liée aux attentats entre 2015 et début 2017.

Le musée voulait réviser son bail (34000€ de loyer). La suspension des loyers avait d'ailleurs été actée dans un premier temps, en attendant un nouvel accord. Mais depuis le début de l'été, le bailleur, la très riche Caisse des dépôts et consignations a réclamé ses arriérés de loyers (soit 600000€), rejeté toute discussion et finalement porté la décision en justice. Pour Jean-Jacques Launier, le créateur du musée, "la suspension du paiement est liée au non-respect du contrat par leur propriétaire". Il a assigné le propriétaire des murs.

L'art de DC: l'aube des superhéros, prolongée jusqu'au 7 mai, sera sans doute la dernière exposition. On vous conseille d'aller la voir tant elle est riche et passionnante. Le Musée Art Ludique avait mis en lumière Pixar, Marvel, Ghibli, le jeu vidéo français et Walt Disney. Si les expositions étaient de très bonne qualité, l'entrée restait très chère (16,5€).

Une Cité boudée par les Parisiens

Tout n'est pas perdu même si le calendrier est serré. Si la prochaine exposition est stoppée, les fondateurs du musée espère un redressement des comptes grâce aux développements de ses tournées internationales. Mais il est nécessaire que les pouvoirs publics interviennent aussi. Pour l'instant c'est un musée complètement privé, ne bénéficiant d'aucune aide publique. Le couple Launier a investit 2M€ dans leur passion.

Là où le bailleur a une part de responsabilité c'est dans le concept même de cette Cité de la mode et du design qui ne séduit pas les parisiens. Mal desservie, mal indiquée, elle n'a jamais trouvé sa place dans les lieux "hype" de la Capitale alors que son architecture est assez marquante. Les boutiques ont fermé. les animations sont inexistantes.

Dans Le Parisien, le maire socialiste de l'arrondissement, a salué "le travail formidable de ce musée qui fait des expos géniales et ne demande de subventions à personne." L’élu a interpellé le nouveau PDG de la Caisse des dépôts, Eric Lombard, pour trouver un médiateur et faire en sorte que ce musée continue.

Lire aussi: Le musée de l’Art ludique ouvre samedi en célébrant la magie Pixar

La chute et le déshonneur d’Harvey Weinstein

Posté par vincy, le 7 octobre 2017

Harvey Weinstein, autrefois faiseur d'Oscars, roi d'Hollywood accueilli comme un chef d'état dans les grands festivals, cofondateur de Miramax puis de The Weinstein Company, est à terre.
Généreux donateur pour l'AmFar (recherche contre le Sida) et pour le Parti Démocrate, le producteur et distributeur (Sexe, mensonges et vidéos, Shakespeare in Love, Le discours d'un Roi, The Artist) a tout perdu en 48 heures. Son aura évidemment. Mais aussi son pouvoir. Alors qu'il a du recruter en urgence des sociétés de relations publiques spécialisées dans les situations de crise et un ancien conseiller spécial de Bill Clinton, Weinstein a officiellement quitté son entreprise hier.

Le New York Times a publié une enquête jeudi dernier où le pacha du cinéma art et essai, producteur de Quentin Tarantino et de Michael Moore, était accusé de plusieurs cas d'harcèlement sexuel sur des actrices (Ashley Judd, Rose McGowan) et plusieurs employées. On apprend dans cette longue investigation qu'il a voulu les masser, les a forcées à le regarder nu ou leur a promis des aides à leur carrière contre des faveurs sexuelles.

Une défense en forme de confession

"Je réalise que la façon dont je me suis comporté avec des collègues par le passé a causé beaucoup de douleur, et je m’en excuse sincèrement". Sa défense est surréaliste quand il ajoute : "Mon chemin sera maintenant d’apprendre à me connaître et maîtriser mes démons". Et de se justifier: "J’ai grandi dans les années 60 et 70, quand toutes les règles sur le comportement et les lieux de travail étaient différentes".

Dans son communiqué, il tente de distinguer ses bonnes de ses mauvaises actions, en confessant à demi-mots qu'il a bien été un prédateur et que les accusations ne sont pas fausses. "Je respecte toutes les femmes et je regrette ce qui s'est passé. J'espère que mes actions auront plus de portée que les mots (...). Jay Z a écrit dans 4:44 "Je ne suis pas l'homme que je pensais être, et je ferais mieux d'être cet homme pour mes enfants". Il en va de même pour moi. Je veux avoir une deuxième chance dans la communauté, mais je sais que j'ai du travail à faire pour la gagner. J'ai des objectifs qui sont maintenant prioritaires. Croyez-moi, ce n'est pas un processus qui se fait en une nuit. J'ai essayé de faire cela pendant 10 ans, et ce qui arrive est comme un réveil. Je ne peux pas avoir plus de remords que j'en ai actuellement à propos des gens que j'ai blessés, et j'ai l'intention de réparer le mal causé tout de suite. "

Près de trente ans de silences et de rumeurs

Autant dire qu'en voulant procéder ainsi, avant que des avocats hors-de-prix ne s'en mêlent, il se met en coma professionnel. Le plus surprenant est peut-être que ça ait mis si longtemps à être révélé. Les rumeurs étaient répandues. Des journalistes avaient déjà enquêté, sans preuves réelles ou en faisant fausse route sur leur angle d'attaque. Des affaires avaient été étouffées avec de gros chèques (8 cas auraient été réglés par des accords à l'amiable entre les années 1990 et 2015). Bref, tout le monde savait mais personne ne disait rien. La bombe du quotidien new yorkais est bien de mettre tout ce comportement inacceptable au grand jour, avec des témoignages enregistrés. La parole s'est libérée.

On imagine la pression sur ces jeunes femmes, assistantes, actrices ou mannequins. Ashley Judd le résume très bien, racontant qu’il y a vingt ans, elle avait du le rejoindre dans sa chambre d’hôtel alors qu'elle devait prendre un petit-déjeuner de travail. Il l'a reçue en peignoir et lui aurait alors demandé s’il pouvait la masser ou si elle pouvait le regarder prendre une douche. La comédienne explique son dilemme : "Comment puis-je sortir de la chambre le plus vite possible sans m’aliéner Harvey Weinstein ?".

Nul ne doute que tout ça se soldera avec un procès. Il aura peut-être moins d'écho que ceux d'animateurs TV (Bill O’Reilly) ou de comédiens (Bill Cosby), davantage connus du grand public. On peut même anticiper que la fin de cette affaire s'achèvera avec d'énormes dédommagements sans pour autant passer par la case prison. Ne sous-estimons Harvey Weinstein, qui a souvent été comparé à un taureau entouré de pitbulls, qui a un paquet d'argent pour se payer les meilleurs avocats et qui peut compter sur son clan. Son frère Bob Weinstein continue de le soutenir et fait confiance au suivi thérapeutique et à l'enquête "indépendante" commandée par TWC pour l'absoudre. Ce n'est que de la communication économique.

Des avocats qui ne savent pas sur quel pied danser

Car, dans le fond, le mal est fait. Et Harvey Weinstein est cloué au pilori. Ses premières réactions contredisent celles de ses avocats, ce qui n'aide pas à avoir une stratégie claire. Lui fait son mea culpa, sous-entendant que les faits sont avérés. Eux, d'abord dans le déni, ont qualifié les affirmations du journal comme fausses et diffamatoires. Et dans le même temps, ils avouent aussi que "ce vieux dinosaure" "apprend de nouvelles manières" et qu'il "lit des livres et suit une psychothérapie". Bien sûr, ils porteront plainte contre le New York Times.

L'affaire Weinstein éclabousse pourtant tout Hollywood et au-delà. Les temps ont changé, et même les "dinosaures" doivent s'adapter avant d'être menacés d'extinction. Rose McGowan a d'ailleurs réagi sur Twitter : "Les femmes se battent. Et à tous les hommes : faites face. Nous avons besoin que vous soyez nos alliées."

Péril en la demeure pour The Weinstein Company

Désormais le nom de Weinstein est aussi toxique que son attitude l'était au sein de sa société. Il a du abandonner ses fonctions dès hier. Le conseil d'administration de The Weinstein Company a signifié qu'il était désormais "absent pour une durée indéfinie à compter du vendredi 6 octobre". Bob Weinstein, son frère et associé, et David Glasser le remplaceront. Harvey Weinstein a pourtant l'intention de revenir. S'il le peut, car il laisse sa société dans un état très fragile.

Il est terminé le temps où il avait la main mise sur les Oscars et le portefeuille assez garni pour acheter les films d'auteurs ou étrangers les plus "hype". Désormais, Netflix, Amazon ou des distributeurs comme The Orchard, A24, ou IFC sont beaucoup mieux armés pour faire la loi dans les marchés de films et dans les palmarès. Surtout, ces nouveaux venus dans la production et la distribution sont respectés des cinéastes qui se sentent accompagnés et chouchoutés là où Harvey Weinstein a la réputation d'être autoritaire et tyrannique, coupant les films selon son bon vouloir (Snowpiercer et Grace de Monaco par exemple), n'hésitant pas à être dans la salle de montage pour les versions américaines.

Pourtant ça ne lui rapporte plus autant qu'avant. Rien que depuis 12 mois, il a accumulé plusieurs fiascos pour seulement deux succès (Lion, Wind River). Financièrement TWC est même mal en point. Licenciements, dépenses faramineuses, orientations stratégiques remises en question (il a diversifié sa société avec des livres, des séries TV... qui n'ont pas été très rentables), incapacité à acheter les films qui comptent face à ses nouveaux concurrents: depuis deux ans, on suppute sur la cession de l'entreprise, suivant ainsi le destin de sa pépite Miramax il y a quelques années. Depuis plusieurs mois, les agents, conscients du manque d'argent (des factures restaient impayées) hésitaient à monter des "deals" avec lui.

Il n'est pas le seul coupable

Son départ était inévitable: quels réalisateurs, diffuseurs ou investisseurs auraient voulu mêler leur projet à un homme dont l'image est désormais ternie par une tâche indélébile? Harvey Weinstein est désormais comme un poison qui infuse lentement dans le corps de The Weinstein Company.

Peu importe la suite: procès retentissant ou affaire négociée dans les coulisses. Peu importe si les victimes parviennent à se battre contre lui ou lâchent l'affaire, par peur, par pression. Hollywood a vu cette semaine un de ses enfants terribles passer du sommet à l'enfer. C'est un simple épisode dans l'histoire de l'industrie, mais il révèle malgré tout des comportements inacceptables et pourtant tolérés. Il n'est pas le seul coupable dans cette histoire. Tous ceux qui savaient ont leur part de complicité et donc de responsabilité.

Il avait du pouvoir, il en a abusé, il savait l'utiliser, sans se soucier de la moralité de l'histoire. Harvey Weinstein devra en tout cas se choisir une autre manière de se défendre s'il veut revenir à Hollywood (qui sait pardonner les offenses de ses mauvais garçons).

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Lire aussi: Miramax: les derniers nababs

Iran: le cinéaste Mohammad Rasoulof privé de passeport et convoqué par la justice

Posté par vincy, le 20 septembre 2017

Grand prix Un certain à Regard à Cannes en mai dernier avec Lerd (Un homme intègre), le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a reçu une invitation à se présenter devant la justice de son pays après s'être vu confisquer son passeport à l'aéroport de Téhéran, selon une dépêche de l'AFP publiée dans la soirée du mardi 19 septembre.

Depuis ce prix, Mohammad Rasoulof était rentré par deux fois en Iran sans rencontrer de difficultés. Cette fois-ci, il revenait des Etats-Unis.

Vendredi 15 septembre, le réalisateur "a été retenu pendant deux heures à l'aéroport et on lui a confisqué son passeport sans lui fournir la moindre explication", a déclaré à l'AFP Kaveh Farnam, coproducteur d'Un homme intègre. Le film doit sortir le 6 décembre en France, distribué par ARP Sélection. Il vient d'être présenté au festival de Telluride. "On lui a donné une lettre l'invitant à se présenter en personne au parquet chargé des médias et de la culture. Il s'y rendra probablement la semaine prochaine" a ajouté le producteur.

Jamais deux sans trois

On ignore pour l'instant les griefs retenus contre le cinéaste. Déjà, en 2011, il n'avait pas pu quitter le pays pour aller chercher son prix de la mise en scène Un certain Regard pour son film Au revoir, présenté au Festival de Cannes. Quelques mois plus tard, il avait été condamné à un an de prison pour "activités contre la sécurité nationale et propagande", simultanément à la condamnation de Jafar Panahi (six ans de réclusion pour le même motif).

Deux ans plus tard, en 2013, l'Iran avait de nouveau confisqué son passeport alors qu'il devait se rendre dans un festival allemand.

Cette fois-ci, on voit bien ce qui a pu gêner les autorités iraniennes.

Un homme intègre est une histoire dénonçant la corruption et l'injustice dans le pays. Mohammad Rasoulof avait bien reçu l'autorisation de tournage, mais il avait du signer une lettre l'engageant à ne pas faire un film sans espoir. Comme son héros, le cinéaste ne semble pas porter sur le compromis.

Primé à Venise, Ziad Doueiri sous la menace d’une condamnation au Liban

Posté par vincy, le 11 septembre 2017

Le réalisateur franco-libanais Ziad Doueiri, ancien assistant de Quentin Tarantino, vit sans doute son plus étrange week-end. Samedi soir, son dernier film, L'insulte, coproduit par Julie Gayet, a été distingué à Venise avec le prix d'interprétation masculine pour l'acteur palestinien Kamel El Basha. Il revient au Liban dimanche, auréolé de ce prix prestigieux pour le cinéma de son pays. Et en fait il est arrêté à l'aéroport...

Durant deux heures et demi, il est interrogé. On lui confisque ses passeports français et libanais. Ziad Doueiri apprend alors qu'il doit "comparaître [lundi] à neuf heures du matin devant un tribunal militaire pour une investigation concernant un chef d'accusation" qu'il ignore.

Selon le quotidien libanais L’Orient le jour, le réalisateur, après trois heures au tribunal militaire de Beyrouth ce lundi, a bénéficié d’un non-lieu: le juge en charge de l’affaire ayant estimé que les faits étaient prescrits.

Le réalisateur "était accusé d'avoir violé l'article 285 du code pénal libanais qui interdit toute visite en territoire ennemi sans autorisation préalable" des autorités libanaises, a précisé son avocat Najib Lyan au quotidien. Cela concernait son film L'attentat, récompensé à San Sebastian, Marrakech et Istanbul.

En effet, pendant qu'il était en Italie, des journalistes et militants libanais ont lancé une polémique, en réclamant de sa part des excuses pour avoir tourné en Israël une partie de L'attentat, son avant-dernier film. Pour certains, il s'agissait de trahison, d'autres l'accusaient d'acter une "normalisation" des relations avec le territoire voisin ennemi (les frontières entre les deux pays sont fermées). Le film avait d'ailleurs été interdit au Liban en 2013 à sa sortie, parce que le cinéaste avait tourné partiellement en Israël avec quelques acteurs israéliens.

"Les gens qui me combattent essaient d'empêcher la diffusion de mon nouveau film L'insulte. Mais j'ai été longuement interrogé et la justice a constaté que je n'avais aucune intention criminelle vis-à-vis de la cause palestinienne" a expliqué le réalisateur après sa matinée au Tribunal. Profondément blessé, il a ajouté: "Des membres de ma famille sont morts en défendant la cause palestinienne".

Délit d'entrée sur le territoire d'un pays ennemi

Cependant tout n'est pas terminé puisque le juge a expliqué qu'il était "possible que l'affaire soit déférée devant un tribunal militaire, pour un délit d'entrée sur le territoire d'un pays ennemi sans autorisation préalable". Un délit passible d'une peine d'emprisonnement d'au moins un an au regard du droit libanais.

La coproductrice Julie Gayet a réagit dans les colonnes du Figaro: "Nous sommes tous choqués et dénonçons cette absurdité, qui n'est qu'une intimidation. C'est un prétexte absurde et moyenâgeux qui fait surface la veille de la sortie de son film à Beyrouth. Tout ceci est complètement fou, surtout quand on sait que L'insulte est un film qui prône la discussion, la paix et l'importance de s'ouvrir." L'Union nationale des critiques de films (SNCCI), et la Semaine de la critique de Venise, apportant leur soutien au réalisateur, ont aussi évoqué un "inacceptable acte d’intimidation" et un "intolérable abus de pouvoir".

L'insulte doit être présenté en avant-première nationale mardi. Il doit être aussi présenté aux festivals de Telluride et Toronto. Il était jusqu'à présent le candidat officiel pour les Oscars 2018.

Le cinéaste russe Kirill Serebrennikov (Le disciple) assigné à résidence

Posté par redaction, le 4 septembre 2017

La justice russe a rejeté aujourd'hui l'appel du réalisateur et metteur en scène russe Kirill Serebrennikov. Cette décision confirme l'assignation à résidence décidée le 23 août. Elle doit durer jusqu'au 19 octobre dans le cadre de son inculpation dans une affaire de détournement présumé de fonds publics. Cette assignation à résidence peut aussi être prolongée tant que le procès n'a pas eu lieu.

Le tribunal a "généreusement" autorisé Kirill Serebrennikov à sortir de chez lui pour deux heures de promenade quotidienne dans son quartier, selon l'agence de presse Interfax reprise par l'AFP. Par ailleurs, il n'a pas été autorisé à se rendre sur son lieu de travail

Directeur artistique du théâtre contemporain moscovite Centre Gogol, Serebrennikov, 47 ans, a signé plusieurs films comme Raguine, Jouer les victimes, Un jour sans fin à Youriev (trois fois primé à Locarno), Izmena (L'adultère, en compétition à Venise) et Le disciple, sélectionné à Un certain regard à Cannes en 2016. Le film avait reçu le Prix François Chalais et plusieurs prix dans différentes cérémonies en Russie. Il avait aussi présenté "Les Idiots" au Festival d'Avignon en 2015.

Après trois mois d'enquête, le metteur en scène avait été interpellé dans la nuit du 21 au 22 août alors qu'il se trouvait en plein tournage d'un film à Saint-Pétersbourg et qu'il devait monter prochainement un opéra à Stuttgart, en Allemagne. Selon les enquêteurs, le réalisateur est soupçonné d'avoir, par un système de devis et factures gonflés, détourné 68 millions de roubles (un peu plus d'un million d'euros au taux actuel) entre 2011 et 2014 sur des subventions publiques de 214 millions de roubles (3 millions d'euros) accordées au projet "Plateforme" réalisé par son précédent théâtre, le Studio-7.

"Ces accusations sont impossibles et absurdes", avait estimé le 23 août le metteur en scène devant le tribunal.

Un artiste qui ne plaît pas au Kremlin

On sait surtout que Kirill Serebrennikov a plusieurs fois critiqué les pressions croissantes exercées par le régime russe sur la création artistique sous prétexte de promotion des valeurs conservatrices. Ses œuvres étaient également critiquées par les militants orthodoxes ou les autorités.

L'affaire s'étant propagée à l'extérieur des frontières du pays, le pore-parole du Kremlin s'est senti obligé de défendre une contre-attaque: ce n'est pas de la "censure" mais une affaire "purement financière", a déclaré mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

En juillet, le célèbre théâtre moscovite du Bolchoï a annulé quelques jours avant la première un ballet mis en scène par Serebrennikov consacré à Rudolf Noureev, danseur soviétique réfugié en France en 1961 et mort du sida en 1993, assurant que le spectacle n'était pas prêt. Pourtant les répétitions générales avaient bien eu lieu, avec succès, début juillet. L’agence d’information TASS a ensuite annoncé que la décision avait été prise par le ministre de la Culture Vladimir Medinski en personne, qui aurait estimé que le spectacle faisait “la propagande des relations sexuelles non traditionnelles” (rappelons que Noureev comme Serebrennikov sont homosexuels). Mais le ministre s'est empressé de démentir l’information et a juste qualifié de "mauvais" ce ballet. Sans l'avoir vu.