The Irishman de Martin Scorsese (enfin) en montage

Posté par vincy, le 14 mars 2019

Thierry Frémaux était le week-end dernier à Los Angeles. S'il parlait restauration, on imagine qu'il en a profité pour faire le tour des studios. Et peut-être pour négocier avec Netflix la présence de quelques uns des gros films qu'il pourrait projeter à Cannes.

Parmi ceux-ci, il y a le nouveau Martin Scorsese, Palme d'or en 1976 et président du jury en 1998. The Irishman est l'un des plus gros budgets de Netflix (140M$). Cependant, même si Netflix et Cannes parviennent à pactiser de nouveau, rien n'est certain sur le présence du film sur la Croisette. Le montage vient à peine de commencer. Et il y aurait plus de 300 scènes entre les mains de la vénérable Thelma Schoonmaker, la monteuse fidèle du cinéaste.

Car cette fois-ci, Scorsese a abandonné sa technique du storyboard pour mettre en scène au jour le jour chaque plan et laisser les comédiens s'emparer de la séquence..

Le film réunit Robert De Niro et Joe Pesci, qui ont partagé l'affiche de Raging Bull, Les Affranchis et Casino, trois des plus grands Scorsese. Anna Paquin, Ray Romano (qui était dans la série Vinyl, produite par le réalisateur) et Harvey Keitel (au générique de Mean Streets et Taxi Driver) sont aussi du casting. Mais le bonus c'est Al Pacino dans le rôle de Jimmy Hoffa (déjà incarné par Jack Nicholson dans Hoffa en 1992). Pour lui, c'est une première avec Scorsese. Il a déjà été face à De Niro dans Heat de Michael Mann, un événement à l'époque tant les deux acteurs représentaient la nouvelle génération du cinéma américain des années 1970. Pacino sera aussi à l'affiche de Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, promis pour la compétition cannoise.

L'histoire est celle du maffieux Frank "L'irlandais" Sheeran, soupçonné d'avoir assassiné le chef de la mafia Jimmy Hoffa.

Netflix a prévu de diffuser The Irishman au second semestre 2019 en vue de concourir pour les Oscars, si les règles de l'Académie ne changent pas sous la pression du lobbying de Steven Spielberg.

Festival Lumière – Jour 3 : 100% Scorsese-De Niro

Posté par Morgane, le 16 octobre 2015

Troisième jour de festival Lumière, ce sera une journée purement scorsesienne avec Casino en matinée et Les Nerfs à vif en soirée. Deux films des années 90 que tout opposent, hormis la présence magistrale de Robert de Niro.

"Même si ma peau en dépend, je dois te faire confiance."

C'est Laure Marsac qui vient nous présenter Casino. Pour l'actrice césarisée (La Pirate de Jacques Doillon) ,Casino c'est un film démentiel. "1 million de dollars rien que pour les costumes de Robert De Niro et Sharon Stone, une lumière incroyable de Robert Richardson dont c'est la première collaboration avec Scorsese, le superbe montage de l'immense Thelma Schoonmaker, la monteuse fidèle de Scorsese. C'est pour moi le plus beau film de Martin Scorsese, le plus beau rôle de Sharon Stone et un des plus beaux rôles de Joe Pesci. C'est un film sur la circulation de l'argent, le travail mais aussi un film intimiste au départ puisque c'est une véritable histoire d'amour." Une tragédie même, où les flammes de l'enfer, le sang sur le sable et la coke en stock détruisent un à un les "rois" de Vegas et avec eux leurs ambitions démesurées.

Elle explique également en quoi Casino est un film précurseur. "Lorsque l'on regarde Casino aujourd'hui, on voit qu'il est annonciateur de certaines écritures de séries telles que Soprano ou The Wire." Pour résumer, selon elle, c'est "LE film de Scorsese!!!" La quintessence flamboyante de ses films de mafia, comme une prolongation des Affranchis, où les codes amoureux du Temps de l'innocence se fracassent au réel. C'est aussi le premier film "glamour" du maître, celui qui préfigure les Aviator et autres Loup de Wall Street: le strass n'est que le vernis d'une Amérique qui se décompose sous le poids d'un matérialisme/consumérisme destructeur. Et à chaque fois la folie emporte l'homme.

Et en effet quel bonheur de voir cette grande salle comble à 10h du matin pour revoir Casino sur un grand écran, moi qui n'ai eu l'occasion de le voir que sur un écran de télévision. Ce film prend aux tripes et sur les quasi 3h, pas une seule fois on ne décroche. Le scénario est impeccable, la façon qu'a Scorsese de filmer est happante (on se balade avec la caméra au sein du casino dans une scène d'ouverture superbe) et le trio De Niro, Stone et Pesci est absolument sans fausse note. C'est un véritable chef d'oeuvre de Scorsese, qui utilise à la perfection la musique classique comme rock.

"Je suis peut-être le grand méchant loup"

Le soir, on retrouve De Niro, dans un tout autre genre. "Martin Scorsese réalise ce film en 1991 lorsque sa carrière est à son apogée. Il vient de réaliser Les Affranchis un an auparavant avec Robert De Niro qui y joue un gangster qui a des règles. Ici on le retrouve dans la peau de Max Cady, un homme sans foi ni loi."

Les Nerfs à vif est un film de commande pour Scorsese, commande passée par Universal. Il fait donc un remake du Cape Fear de 1962 de Jack Lee Thompson avec Gregory Peck et Robert Mitchum (clin d'oeil au film original, ils ont tous deux un petit rôle dans la nouvelle version). Scorsese remplace Gregory Peck par Nick Nolte et Robert Mitchum par Robert De Niro et modifie quelque peu le Cape Fear original en en faisant un thriller quasi excessif et ultra-violent. Un film de genre outrancier (comme les tatouages de De Niro, dont on peut admirer tous les détails sur une photographie exposée à la Cinémathèque française). La musique d'Elmer Bernstein colle parfaitement au mode thriller avec ces fameuses notes graves et angoissantes qui semblent se répéter à l'infini.

Scorsese arrive à mettre sa griffe sur ce remake mais le côté suspens est quelque peu laissé de côté. Il se focalise principalement sur l'exagération des effets et une violence extrême. Pour Les Nerfs à vif, l'enthousiasme est un peu moins fort. Le film est plus convenu, a vieilli. Les personnages de la famille Bowden sont effleurés et on ne ressent que peu d'empathie à leur égard finalement. En revanche, on sent que Martin Scorsese s'est fortement impliqué dans le personnage de Max Cady pour faire de lui un véritable psychopathe à qui Robert De Niro prête admirablement ses traits. En voyant ces deux films le même jour, on voit bien le rapport fusionnel entre le comédien et le cinéaste, cet effet de miroir troublant entre le maître et son double. C'est aussi une manière de rappeler que leur collaboration ne se limite pas au triptyque Taxi Driver-Raging Bull-Les Affranchis. C'est bien parce que leur filmographie commune est si variée (comédie, boxe, thriller, mélo musical...) qu'ils ont l'un et l'autre construit leur mythologie dans le 7e art. Ils étaient capables de tout, mais l'un sans l'autre, on peut se demander si l'Histoire du cinéma, qu'ils ont marqué fortement durant plus de 20 ans, n'aurait pas été différente.

Impossible aujourd'hui de penser à De Niro sans évoquer ses rôles chez Scorsese.