[2019 dans le rétro] Le triomphe ambivalent de l’animation adulte

Posté par MpM, le 10 janvier 2020

Un regard rapide sur l'année écoulée suffit pour se réjouir de la vitalité du cinéma d'animation en France. Avec 50 longs métrages et 20 programmes de courts, il représente en effet en moyenne plus d'une sortie par semaine, sans compter les ressorties, ce qui témoigne d'une offre riche et diversifiée.

L'animation française s'en sort bien, avec 9 longs métrages, contre 16 pour les Etats-Unis, et 8 pour le Japon. Côté box-office, cette année encore ce sont les blockbusters américains qui dominent : Le Roi lion est en tête avec 10 millions d'entrées, suivi de La Reine des neiges 2 et de Toy Story 4. Le premier film français est loin derrière avec 750 000 entrées (Minuscule 2), tandis que le premier film d'auteur et à destination d'un public adulte, Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, affiche 320 000 entrées. Evidemment, on préférerait que ce soit le contraire, et que l'animation exigeante (et de manière générale le cinéma d'auteur) triomphe dans les salles, au nez et à la barbe des blockbusters et autres sequels en série.

Pourtant, on peut aussi voir le verre à moitié plein et se dire que si l'adaptation du roman de Yasmina Khadra pouvait sans doute prétendre à mieux (n'est-ce pas toujours le cas ?), surtout avec Zabou Breitman, personnalité connue et appréciée du grand public à la co-réalisation, son résultat au-dessus des 300 000 entrées prouve malgré tout qu'il existe un public art et essai susceptible de se mobiliser pour aller voir un long métrage d'animation qui aborde un sujet complexe et difficile (en l'occurence, l'Afghanistan des Talibans). Ce qui signifie qu'un "transfert" de spectateurs amateurs d'art et essai est bel et bien possible entre prise de vue continue et animation.

La question est plutôt de savoir pourquoi le transfert marche dans certains cas, et pas dans d'autres. On pense notamment à Funan de Denis Do, premier long métrage sensible et bouleversant sur la période terrible de la dictature des khmers rouges au Cambodge. Inspiré de l'histoire vraie de la mère et du frère du réalisateur, le film nous plonge sans fard dans le quotidien des camps de travail khmers, et expose toute la complexité d'une situation dans laquelle chacun joue sa vie à chaque instant. Malgré sa force, malgré son sujet, malgré le Cristal du meilleur long métrage à Annecy en 2018, le film n'a pas trouvé son public. Hélas, il est loin d'être le seul.

Et s'il fallait une démonstration plus cruelle encore du fait que la qualité est parfois inversement proportionnelle au nombre d'entrées, il faudrait citer ce qui demeure comme l'un des plus beaux films (tout court) de l'année 2019, Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière, malheureusement sorti sur très peu d'écrans, et donc vu par un nombre limité de spectateurs. Ville neuve démontre pourtant autre chose que les injustices grossières du box-office.

Il est l'exemple parfait de ce que les amateurs de cinéma d'animation attendaient depuis longtemps : un long métrage qui bouscule les habitudes, tente des choses d'ordinaire bannies en animation (un long plan fixe sur deux personnages à la fenêtre, des passages abstraits au milieu du récit, un plan-séquence virtuose sur deux personnages qui marchent dans la rue...) et affirme à chaque image que l'animation n'est pas du sous-cinéma. Son histoire de couple qui tente de renouer avec le passé nous touche autant que sa variante en prise de vue continue chez Christophe Honoré dans Chambre 212, l'autre grand film sur le couple de 2019. De la même manière, son aspiration à rapprocher les espaces du rêve, de l’imaginaire, du souvenir, de l’intime et du collectif, nous interpelle et nous interroge. Ville neuve est non seulement un film destiné à un public adulte, mais aussi un film doté d'une incontestable maturité formelle et narrative.

L'autre exemple criant en la matière est bien entendu J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, qui fait lui aussi la démonstration d'une maîtrise formelle peu fréquente. Attention, il ne s'agit pas ici de technique, mais bien de mise en scène, avec un sens du cadre et du point de vue qui dénotent une connaissance millimétrée du langage cinématographique. Une virtuosité qui ne doit pas faire oublier les autres qualités de ce premier long métrage singulier, à commencer par sa mélancolie douce-amère et son émotion sous-jacente. Là encore, Jérémy Clapin déjoue les attentes en proposant, entre deux scènes d'action qui flirtent avec le cinéma de genre, une longue séquence presque statique de dialogue entre les deux personnages principaux, par interphone interposé. Cerise sur le gâteau, même s'il n'a pas battu de record, J'ai perdu mon corps est loin d'avoir démérité au Box-Office, surtout en comparaison avec nos précédents exemples...

Il faut encore mentionner Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simó et Another day of life de Raul de la Fuente et Damian Nenow qui, s'ils nous ont moins enthousiasmés, participent également à ce mouvement général de longs métrages d'animation résolument tournés vers un public plus adulte. De la même manière que le documentaire Zero impunity de Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies et Denis Lambert (grand succès de festival encore inédit en salles), qui dénonce l'impunité des violences sexuelles dans les conflits armés actuels.

Quelques films, enfin, prennent le parti de s'adresser à un public certes familial, mais tout en offrant un niveau de lecture particulièrement développé aux spectateurs adultes. C'est le cas dans une moindre mesure de La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, et surtout du formidable Voyage du Prince de Jean-François Laguionie, qui aborde sans fard la question des réfugiés et de l'accueil que leur réservent nos sociétés contemporaines bien pensantes.

Et puis, bien sûr, il y a L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian, qui vient tout juste de sortir en salles, mais qui dès sa première projection au festival d'Annecy, montrait lui-aussi les facilités qu'a le cinéma (qu'il soit d'animation ou non) pour s'adresser simultanément à tous les publics. Brillant, splendide et d'une grande intelligence, le film est ainsi à la fois une fresque colorée qui retrace la vie douce amère d'une petite chienne et une réflexion profonde sur le bonheur, et notre incapacité à le saisir, ou même à le reconnaître.

A noter enfin qu'il serait impossible de prétendre à un quelconque tour d'horizon du cinéma d'animation en omettant sa part la plus foisonnante, celle du court et du moyen métrage. Cette année encore, on a vu des films superbes, comme en témoignent nos deux focus sur les meilleurs courts métrages de 2019, qui comptent une dizaine de films d'animation sur les 25 titres cités. Afin de ne pas se répéter, on ne citera donc que deux d'entre eux, qui ont d'ores et déjà marqué durablement les esprits : L'Heure de l'ours d'Agnès Patron et Physique de la Tristesse de Théodore Ushev.

[2019 dans le rétro] 40 talents au top

Posté par vincy, le 31 décembre 2019

Le cinéma serait une grande famille. Mais alors façon Downton Abbey. Bien recomposée. Cette année, nombreux sont ceux qui ont su s'imposer dans nos mémoires de cinéphiles, au box office, et surtout à l'écran. Sur les écrans devrait-on dire. Le grand et celui chez soi. Il n'y a plus vraiment de distinction avec la déferlante Netflix, la hausse de la VàD et le succès de masse de certaines fictions télévisuelles. Sans oublier l'écran web, où Adèle Haenel a révélé la première grande affaire #MeToo du cinéma français. Son courage et sa clairvoyance en ont fait un événement marquant de l'année, rebattant les cartes des rapports hommes/femmes dans la profession. Adèle Haenel a été un symbole, pas seulement parce qu'elle a été la jeune fille en feu mais bien parce qu'elle (nous) a mis le feu. Ouvrant les portes anti-incendie à une nécessaire mise à plat. Elle n'a pas joué, cette fois-ci, ni misé pour voir. Elle a abattu ses cartes et déjoué les bluffs de certains.

Trois mondes

Ce sont les patronnes de l'année. Des impératrices dans leur genre. Olivia Colman, avec un Oscar en février pour La favorite, a incarné une reine au bord de la folie, avant de nous éblouir dans les habits d'une autre reine dans la troisième saison de The Crown. Régnante indétrônable sur le cinéma français, Catherine Deneuve continue inlassablement de tourner. Et pour ceux qui doutent encore de sa maestria, il suffit de la voir dans La vérité, où elle déploie tout son talent, sans se soucier de son image, dans une fausse mise en abime d'elle-même. Quant à Scarlett Johansson, elle a brillé (tragiquement) dans le dernier Avengers, plus gros hit de l'année, mais c'est bien son éclectisme qui la rend si spécifique par rapport au reste du cast de Marvel, tournant un second-rôle dans la comédie décalée Jojo Rabbit et poussant son niveau de jeu vers les plus grandes dans Marriage Story.

Les combattants

Ils sont à la fois au sommet du côté du box office, dans leur genre, et engagés, par leurs choix cinématographiques comme par leur parole en promo. Ainsi Adèle Haenel n'a plus sa langue dans sa poche, et fait preuve d'une franchise salutaire, tout en étant sublimée en amoureuse énigmatique dans Portrait de la jeune fille en feu, plus beau film LGBT de l'année. Corinne Masiero affirme ses idées de gauche, cartonne avec son Capitaine Marleau sur France 3 et dans Les Invisibles au cinéma, film sur les exclus. Ladj Ly prend sa caméra pour nous tendre un miroir sur notre société en décomposition avec Les Misérables, sans juger. François Ozon, auréolé d'un grand prix à Berlin avec Grâce à Dieu, a aussi livré un film qui ouvre les yeux, cette fois-ci sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique, et leurs conséquences sur l'existence des victimes. En s'aventurant chez les Juifs ultra-orthodoxes de Tel Aviv, Yolande Zauberman, avec M, ne montre pas autre chose: abus sexuels, dévastation psychique, rejet des victimes... De la même région, avec sa fable burlesque et absurde, It must be Heaven, Elia Suleiman poursuit son inlassable lutte pour la paix des peuples dans un monde de plus en plus aliéné et sécuritaire. Avec courage, Waad al-Kateab a filmé Alep sous les bombes dans Pour Sama, exposant l'horreur de la guerre en Syrie.

Naissance des pieuvres

De nombreux nouveaux talents ont émergé, soit autant de promesses cinématographiques. Côté réalisateurs, Levan Akin et Kirill Mikhanovsky, révélés à la Quinzaine des réalisateurs avec respectivement Et puis nous danserons et Give Me Liberty,  ont justement soufflé un vent de liberté autour de "marginaux" avec une vitalité jouissive, que ce soit pour aborder l'homosexualité dans un pays homophobe ou l'exclusion du rêve américain. Côté animation, deux coups de maîtres très loin des standards hollywoodiens ont emballé la critique et fait preuve d'un renouveau esthétique et narratif:  Jérémy Clapin avec J'ai perdu mon corps et Ayumu Watanabe avec Les enfants de la mer. Côté acteurs, on retiendra, la beauté et le charisme de Luca Marinelli dans Martin Eden et Maud Wyler, actrice touche-à-tout et sensible vue dans Alice et le maire, la série Mytho et surtout Perdrix. Sans oublier Mati Diop, qui, avec Atlantique, est l'incarnation de cette promesse de cinéma tant souhaitée, en mariant la fable fantastique, l'épopée romantique et le drame socio-politique avec audace. C'est d'ailleurs le mot qui leur conviendrait le mieux, à chacun.

En liberté !

Ils sont déjà bien installés en haut de l'affiche, et pourtant, ils parviennent encore à nous surprendre. Ils ont tous ce grain de folie nécessaire pour accepter des projets divers ou des films sans barrières. Ils ont tous excellés à des niveaux différents. Qui aurait pu deviner il y a quelques mois qu'Eva Green en astronaute dans Proxima trouverait son plus beau rôle ou que Chiara Mastroianni dans Chambre 212 serait étincelante comme jamais avec un personnage pas très moralement correct? De la même manière, le futur Batman, Robert Pattinson, avec le radical et barré The Lighthouse, et l'éternel OSS 117, Jean Dujardin, hors des sentiers battus dans Le Daim et parfait en contre-emploi dans J'accuse, ont démontré que leur statut ne les bridait pas dans leurs envies de cinéma. Car c'est bien à cela qu'on reconnaît les grands: passer d'une famille à l'autre, sans se soucier des étiquettes. A l'instar d'Anaïs Demoustier (Alice et le maire, Gloria Mundi) et d'Elisabeth Moss (La servante écarlate, Us, Les Baronnes, Her Smell) qui sont à chaque fois justes et convaincantes, peu importe le genre. C'est ce qu'a fait durant toute sa carrière Fanny Ardant, rare césarisée pour un rôle de comédie, dont on perçoit le bonheur de jouer dans La belle époque, elle qu'on ne considère plus comme "bankable". Cette liberté que chacun s'autorise a permis d'ailleurs à la réalisatrice Rebecca Zlotowski de signer à la fois Une fille facile, véritable œuvre personnelle sur le féminin contemporain, et Les sauvages, l'une des meilleures séries françaises, qui plus est politique, de ces dernières années.

120 battements par minute

Ils nous ont fait vibrer avec leur "cinéma". Evidemment, Bong Joon-ho, Palme d'or avec Parasite, est le premier d'entre eux. Son thriller social, dosé parfaitement avec un zest d'horreur et un soupçon de comédie, a été le film palpitant de l'année. Dans le mélange des genres, entre western et drame social, Kleber Mendonça Filho n'est pas en reste avec Bacurau, où le spectacle et le culot sont toujours au service du récit. Tout comme Diao Yinan qui n'hésite pas à revisiter le film noir pour en faire une œuvre d'art avec Le lac aux oies sauvages. Ces films, sous leurs aspects politiques, démontrent qu'il y a encore du grand cinéma possible. C'est d'ailleurs ce que rappelle Martin Scorsese avec son ambitieux The Irishman, coûteux, long, surdimensionné, et presque grandiose, et avec ses prises de paroles coup de poing qui ont créé un débat passionnant sur le 7e art, entre industrie et vision d'auteur. Cette vision intime et personnelle, on la retrouve chez Nadav Lapid qui nous a enthousiasmé avec son film puzzle, Synonymes (Ours d'or), où chaque scène, chaque plan étonne par son imprévisibilité. Et puis, on aurait pu citer Pedro Almodovar, mais c'est son double, Antonio Banderas qui reste dans nos rétines. Douleur et Gloire lui offre une variation infinie sur le même thème, renouant ainsi avec la quintessence de son métier, tout en se révélant sans pudeur, et avec maturité.

Les ogres

Chacun à leur manière, ils ont dévoré l'écran, à chacune de leurs apparitions. Joaquin Phoenix est littéralement le Joker. Le perfectionnisme de l'acteur et la folie de son personnage sont d'ailleurs palpables chez Lupita Nyong'o (Us, Little Monsters) ou chez Christian Bale (Vice, Le Mans 66). Leur exigence n'a rien à envier à ceux qui suivent, mais ils captent la lumière, envahissent l'image et contribuent beaucoup à la réussite de leurs films. On pourrait donc en dire autant, dans des registres un peu moins flamboyants de Mahershala Ali (Green Book, True Detective, Alita : Battle Angel) et de Adam Driver (Marriage Story, The Dead don't die, Star Wars IX). Tous s'imposent par leur prestance physique et leur précision de jeu, peu importe le style de films ou la nature de leurs personnages. Mais en dehors des acteurs, il y a aussi d'autres métiers qui exigent gourmandise, leadership et puissance. On ne peut pas ignorer parmi cette famille Kevin Feige, patron des films Marvel, qui en trois films a rapporté 5 milliards de dollars dans le monde, affirmé son emprise sur le line-up de Disney (y compris Star Wars) et semblé avoir trouvé la martingale pour transformer les super-héros en machines à cash.

Confession d'un enfant du siècle

Guillaume Canet aura réussi un brelan d'as avec Nous finirons ensemble (2,8M d'entrées, 3e plus gros succès de sa carrière), Au nom de la terre (2M d'entrées), et La belle époque (1,3M d'éntrées). Réalisateur ou acteur, cette année fut la sienne, sans qu'il se compromette dans des comédies aux affiches bleutées et criardes. En incarnant un agriculteur dépressif, il a su toucher un large public provincial qui va rarement au cinéma. Après le carton du Grand bain, l'an dernier, il s'est imposé comme l'un des rares talents bankables du cinéma français devant et derrière la caméra. On lui a depuis confié les manettes du prochain Astérix.

Les héros ne meurent jamais

Qu'il soit astronaute au premier plan dans le crépusculaire Ad Astra de James Gray ou doublure cascade d'une vedette sur le déclin dans le jubilatoire Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, Brad Pitt, 56 ans, est toujours aussi magnétique, beau et cool. Une star de catégorie A, qui remplit un peu toutes les cases précédentes, à la fois ogre et libre, combattant et enfant du siècle (précédent). Il a son style. Capable de s'exhiber torse-poil comme au temps de Thelma et Louise ou de rivaliser avec "Bruce Lee" dans une séquence de combat culte. Il ne semble pas vieillir. Mais il choisit ses films (il se fait rare, a refusé toutes les productions avec super-héros) et surtout ses cinéastes (sa filmographie devient un panthéon assez admirable). De la même manière, comme producteur avec sa société Plan B, il sélectionne des projets engagés, politiques ou sociétaux à l'instar du beau Si Beale Street pouvait parler de Barry Jenkins, du percutant Vice d'Adam McKay et du touchant Beautiful Boy de Felix Van Groeningen.

Annie Awards: « J’ai perdu mon corps » séduit Hollywood

Posté par vincy, le 2 décembre 2019

La Reine des Neiges 2 et Monsieur Link ont récolté 8 nominations chacun aux nominations pour les 47e Annie Awards, les Oscars de l'animation, qui seront décernés le 25 janvier.

Le plébiscite pour le Disney n'est pas une surprise. Pour Monsieur Link, c'est en revanche un très beau coup pour le studio Laika, qui avait déjà brillé il y a trois ans avec Kubo et l'Armure magique. Les nominations ont d'ailleurs révélé un bel éclectisme avec Dragons 3 : Le monde caché (DreamWorks), Toy Story 4 (Disney-Pixar) et Klaus (Netflix) qui sont aussi dans la course du meilleur film.

Par studio, Netflix domine tout le monde avec 39 citations, devant DreamWorks Animation (18) et Disney (16). Car Netflix dispose, aux USA, d'un autre film qui pourrait finir parmi les finalistes aux Oscars: J'ai perdu mon corps, Grand prix à la Semaine de la critique au Festival de Cannes (déjà 130000 spectateurs en France). Le film a été acquis pour les USA par la plateforme. Avec Klaus et ses sept nominations, Netflix s'ajoute ainsi 6 nominations pour le premier long de Jérémy Clapin. Netflix cartonne aussi avec Love, Death & Robots (5 nominations) et Carmen Sandiego (4 nominations).

J'ai perdu mon corps est en lice pour le prix du meilleur film indépendant face à Buñuel après l'âge d'or de Salvador Simo, Okko et les fantômes de Kitarô Kôsaka, Promare de Hiroyuki Imaishi et Les enfants du temps de Makoto Shinkai.

Notons aussi que Jérémy Clapin et Makoto Shinkai sont en concurrence dans la catégorie du meilleur réalisateur face à Jennifer Lee et Chris Buck (La Reine des neiges 2), Sergio Pablos (Klaus) et Chris Butler (Monsieur Link). J'ai perdu mon corps est aussi nommé pour la meilleure musique (Dan Levy), le meilleur storyboarding (Julien Bisaro et Jérémy Clapin) et le meilleur scénario (Jérémy Clapin, Guillaume Laurant).

On retrouve également deux films français, Je sors acheter des cigarettes, d'Osman Cerfon (Miyu Productions) et Oncle Thomas : La Comptabilité des jours de Regina Pessoa, dans la catégorie du court métrage. Miyu productions est aussi cité parmi les meilleurs films étudiants avec Un diable dans la poche d'Antoine Bonnet et Mathilde Loubes (Gobelins).

Abominable, The Addams Family et Comme des bêtes 2 sont les rares productions de studios à recevoir quelques nominations.

Cannes 2019: un film d’animation couronné à la Semaine de la Critique

Posté par vincy, le 22 mai 2019

La 58e Semaine de la Critique s'est achevée ce soir avec son palmarès. Pour la première fois, le jury de la sélection, présidé par le cinéaste colombien Ciro Guerra a distingué un film d'animation pour le Grand Prix Nespresso. J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin a été la sensation de la Semaine. Le film, distribué par Rezo Films et qui sortira le 6 novembre dans les salles, est l'adaptation d'un livre de Guillaume Laurent: Naoufel y tombe amoureux de Gabrielle tandis que, plus loin, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. Une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident, va se terminée d’une façon poétique et inattendue.

Les autres prix de la Semaine ont récompensé l'acteur Ingvar E. Sigurðsson vu dans A White White Day de l'islandais Hlynur Pálmason (Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation Masculine), César Diaz, auteur de Nuestras Madres (Prix SACD), She Runs de Qiu Yang (Prix Découverte Leitz Cine du court métrage), Sans mauvaise intention d'Andrias Høgenni (Prix Canal + du court métrage).

Le distributeur français The Jokers, a obtenu le Prix Fondation Gan à la Diffusion pour Vivarium de Lorcan Finnegan.

Cannes 2019 : Qui est Jérémy Clapin ?

Posté par MpM, le 17 mai 2019

Voilà déjà quinze ans que Jérémy Clapin construit sur grand écran une œuvre singulière et atypique dont les récits mettent souvent en scène des êtres à part, des personnages "différents". Cet ancien étudiant aux Arts décos a lui-même un profil inhabituel, ne serait-ce que parce qu’il a été professeur de tennis à mi-temps pendant et à l’issue de ses études, pour s’assurer une certaine liberté. Il a aussi choisi de ne pas compléter sa formation par une école spécialisée en animation, et de ne pas non plus réaliser de film de fin d’études.

C’est grâce au festival d’Annecy, et plus précisément de ses différentes sélections de courts métrages qu’il découvre la richesse et la diversité du cinéma d’animation, mais aussi les multiples manières de raconter une histoire. "Ça m’a marqué", expliquait-il en 2009 au magazine Format Court. "J’aimais beaucoup le dessin, j’avais aussi envie de raconter des histoires, tout seul."

C’est pourquoi il n’hésite pas lorsqu'on lui propose de réaliser son premier court métrage trois ans après avoir fini les Arts décos. Ce sera Une histoire vertébrale, l’histoire d’un homme qui a la tête basculée vers l’avant, le regard rivé au sol, et qui cherche l’amour. Un récit simple, muet, aux teintes plutôt ternes et sombres, qui mélange avec brio une forme d’humour décalé et une profonde mélancolie.

Quatre ans plus tard, il réalise Skhizein, qui est sélectionné à la Semaine de la Critique. Cette fois, le personnage central est Henri, un homme frappé de plein fouet par une météorite de 150 tonnes. Il raconte en voix off comment ce choc l’a décalé d'exactement 91 centimètres par rapport à là où il devrait être. Là encore, on est face à un récit singulier qui hésite entre le rire et le malaise, la légèreté et la chape de plomb de la maladie mentale. Esthétiquement, la palette graphique reste extrêmement désaturée, dans des camaïeux de noir, de gris et de beige. Le film est nommé au César du meilleur court métrage et reçoit de nombreux prix internationaux.

En parallèle, le réalisateur continue de travailler dans l’illustration, et signe quelques films publicitaires, dont l’amusant Good vibration pour les assurances Liberty Mutual en 2009, dans lequel des employés de bureau s’amusent des différentes chutes provoquées par les vibrations d’un marteau-piqueur sur un chantier.

En 2012, il propose un nouveau court métrage, Palmipedarium, qui connaît lui aussi un beau succès en festival. On y voit un petit garçon qui accompagne son père à la chasse aux canards, avant de faire la rencontre d’une étrange créature déplumée qui semble aspirer à l’envol. Un film à la fois touchant et glaçant, qui crée une atmosphère presque anxiogène avec seulement quelques plans muets et elliptiques.

On ne peut donc pas dire que l’on ait été franchement surpris de découvrir que J'ai perdu mon corps, son premier long métrage, s’intéresse à une main séparée de son corps, qui entreprend tout un périple pour le retrouver. Cette adaptation du roman Happy Hand de Guillaume Laurant s’annonce comme une œuvre mélancolique à l’esthétique assez réaliste, alliée à une tonalité tour à tour onirique, romantique et épique.

Comme un retour aux sources, c’est à la Semaine de la Critique que ce film ambitieux et atypique connaîtra sa première mondiale, apportant sur la Croisette une vision de l’animation qui n’y a pas souvent sa place, car à la fois intimiste et épurée, déconnectée de tout "grand" sujet historique ou d’actualité, et clairement à destination d’un public adolescent et adulte. Triplement immanquable, donc.

Cannes 2019 : une 58e Semaine de la critique riche en promesses

Posté par MpM, le 22 avril 2019

Pour cette 58e Semaine de la Critique, les deux comités de sélection, sous la houlette du délégué général Charles Tesson, ont retenu 11 longs métrages (parmi 1050 films visionnés) dont 7 en compétition et 4 en séances spéciales, et 15 courts métrages (parmi 1605 films) dont 10 en compétition et 5 en séances spéciales.

On remarque la présence en ouverture du deuxième long métrage de Franco Lolli (Litigante), réalisateur qui avait déjà été sélectionné à la Semaine avec Gente de bien en 2014 et à la Quinzaine en 2012 avec le court métrage Rodri. Autres séances spéciales, le premier long métrage de la comédienne Hafsia Herzi (Tu mérites un amour) et celui d'Aude Léa Rapin (Les héros ne meurent jamais), dont on avait remarqué les courts Ton coeur au hasard et Que vive l'Empereur.

La compétition réunit cinq premiers longs métrages et les deuxièmes de Lorcan Finnegan (Without name, jamais sorti en France) et Hlynur Pálmason (Winter Brothers, sorti en 2018). Certains réalisateurs en lice sont pourtant loin d'être des inconnus, puisque l'on retrouve Sofía Quirós Ubeda (Ceniza negra, issu du programme "Next Step" de la Semaine de la Critique) qui était en compétition courts métrages en 2017 avec le magnifique Selva et Jérémy Clapin et son fameux J'ai perdu mon corps dont nous vous avons déjà parlé à plusieurs reprises. Il avait lui aussi été sélectionné en compétition courts métrages en 2008 avec Skhizein. Il permet d'ailleurs d'apporter un peu d'animation dans une sélection qui, côté courts métrages, en manque singulièrement.

Dans la compétition courts métrages, justement, figurent notamment les nouveaux films de Valentina Maurel, révélée par la Cinéfondation en 2017 avec Paul est là, où elle avait d'ailleurs remporté le premier prix, Camille Degeye (Journey through a body) dont on avait vu Burûq et L'esseulé, Sofia Bost (Swallows) avec Dia de festa ou encore Cecilia de Arce (Une sur trois, Les nouveaux mondes) avec Mardi de 8 à 18.

Hors compétition, c'est le retour de Moin Hussain (Naphta), sélectionné en 2017 avec Real Gods require blood et de Cristèle Alves Meira (Semaine 2016 avec Champ de vipères) pour Invisible Hero, mais aussi de Pia Borg (Demonic), qui était à la Cinéfondation en 2014 avec Footnote. Enfin, le réalisateur japonais Katsuya Tomita, dont on a notamment vu Bangkok nites et Saudade, est présent avec le moyen métrage Tenzo tandis que Brandon Cronenberg (Antiviral) signe un très court de 9 minutes : Please Speak Continuously and Describe Your Experiences as They Come to You.

Compétition longs métrages
Abou Leila de Amin Sidi-Boumédiène
Ceniza Negra (Cendre Noire) de Sofía Quirós Ubeda
Hvítur, Hvítur Dagur (A White, White Day) de Hlynur Pálmason
J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin
Nuestras Madres (Our Mothers) de Cesar Diaz
The Unknown Saint (Le Miracle du Saint Inconnu) de Alaa Eddine Aljem
Vivarium de Lorcan Finnegan

Compétition courts métrages
Dia de festa (Jour de fête) de Sofia Bost
Fakh (The Trap) de Nada Riyadh
Ikki illa meint de Andrias Høgenni
Journey Through a Body de Camille Degeye
Kolektyvinai sodai (Community Gardens) de Vytautas Katkus
Lucía en el limbo de Valentina Maurel
The Manila Lover de Johanna Pyykkö
Mardi de 8 à 18 de Cecilia de Arce
She Runs de Qiu Yang
Ultimul Drum Spre Mare (Le dernier Voyage à la mer) de Adi Voicu

Film d'ouverture
Litigante de Franco Lolli

Film de clôture
Chun jiang shui nuan (Dwelling in the Fuchun Mountains) de Gu Xiaogang

Séances spéciales longs métrages
Les héros ne meurent jamais d'Aude Léa Rapin
Tu mérites un amour de Hafsia Herzi

Séances spéciales courts métrages
Demonic de Pia Borg
Naptha de Moin Hussain
Please Speak Continuously and Describe Your Experiences as They Come to You de Brandon Cronenberg
Invisible Hero de Cristèle Alves Meira
Tenzo de Katsuya Tomita

Cartoon movie 2019 : trois longs métrages attendus en 2019

Posté par MpM, le 18 mars 2019

Heureusement, le Cartoon Movie n'est pas seulement ce lieu de frustration où sont présentés des projets prometteurs qu'il faudra ensuite attendre pendant des années. C'est aussi l'occasion d'avoir un avant-goût de films terminés, que l’on découvrira dans les semaines ou les mois à venir, en festivals ou même en salles. En montrer quelques minutes permet à la fois de faire naître (ou de confirmer) les attentes et de « prendre la température » des spectateurs constitués exclusivement de professionnels. Le cri de désappointement collectif lorsque s’est brutalement interrompue la projection du début de Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo en dit par exemple assez long sur la frustration ressentie par le public. Ça tombe bien, puisque le film arrive sur nos écrans le 19 juin.

Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo


Nous vous avions déjà parlé l’an passé lors du précédent Cartoon Movie de ce projet qui mêle animation et images d’archives pour raconter la genèse du film Terre sans pain de Luis Bunuel. Il s'agit du seul documentaire du cinéaste, tourné dans la région très pauvre des Hurdes au printemps 1932, grâce à l'argent gagné à la loterie nationale par son ami Ramon Acin. Le projet de Bunuel est de montrer sans fard ni surenchère la misère endémique de la région. Le film sera censuré en Espagne (accusé de donner une vision misérabiliste du pays) puis diffusé dans une version intégrale en 1965.

Bunuel après l'âge d'or, adapté d'un livre de Fermin Solis, commence après le scandale créé par la projection du chef d'oeuvre du surréalisme à Paris. Bunuel, rejeté de toute part, se lance alors dans un projet radicalement différent qu'il nommera "essai cinématographique de géographie humaine". Ce que l'on a vu du long métrage de Salvador Simo privilégie une forme de légèreté et d'humour, notamment dans le personnage haut en couleurs de Bunuel. Les rêves fantastiques du cinéaste s'incarnent également dans des séquences oniriques prometteuses. De quoi trancher avec la noirceur de la réalité qui apparaît à la fois dans la partie fictionnelle, et dans les images d'époque.

Le film explore ainsi cette période charnière dans l'oeuvre de Bunuel et notamment sa confrontation avec les réalités sociales les plus cruelles de son pays au moment même où il cherche à comprendre qui il est vraiment, et dans quelle direction il souhaite aller.

Le voyage fantastique de Marona d'Anca Damian


Autre film dont nous avions découvert les premières images en 2018, L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (Le voyage de M. CrulicLa montagne magique) est attendu dans les salles à l'automne prochain. Nous avons déjà eu l'occasion de vous dire la fresque virtuose et intense qu'il devrait être, portée par l’incroyable inventivité de sa réalisatrice et le talent graphique de l'illustrateur Brecht Evens, créateur des personnages et consultant sur la création graphique. Raconté à la première personne par son héroïne, une petite chienne qui a connu plusieurs foyers, il mêle différentes techniques (2D, 3D, papiers découpés) et propose une profusion d'idées visuelles et poétiques.

Les larges extraits que nous a montrés la réalisatrice cette année viennent confirmer la beauté et l'ambition formelles du film. Dans la première partie, la petite chienne (noire et blanche, avec un nez en forme de cœur) est adoptée par un acrobate. L'occasion de créer un personnage virevoltant dont le costume jaune est constitué de fils rouges qui ne cessent de se mouvoir et de se transformer au gré des situations. Une autre séquence montre Marona flottant au milieu des crêpes en apesanteur, puis des planètes, en hommage à 2001. Dans la dernière partie, elle rencontre une petite fille elle-aussi rouge et jaune, dans un parc à la végétation luxuriante, puis dans une maison aux murs roses. Dans cet univers ultra coloré, rien n'est acidulé ou mièvre, mais c'est au contraire comme une explosion de teintes vives et chatoyantes qui illuminent le récit.

Avec son histoire simple et touchante (l'amour inconditionnel de la petite chienne pour ses maîtres successifs), Le voyage fantastique de Marona s'annonce à la fois comme une fable sensible à destination de tous les publics, et comme une oeuvre de cinéma ambitieuse et maîtrisée, qui met la barre très haut en terme d'expérimentation formelle.

J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin


Adapté du roman Happy Hand de Guillaume Laurant, J'ai perdu mon corps est le (très attendu) premier long métrage de Jérémy Clapin, découvert avec ses courts métrages Une histoire cérébrale, Skhizein (sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes) ou encore Palmipedarium. Son résumé, l'histoire d'une main droite prénommée Rosalie, et à la recherche du reste de son corps, intrigue. Les extraits vus à Bordeaux aussi, qui révèlent une esthétique assez réaliste alliée à une tonalité tour à tour onirique, romantique et épique.

Le récit suit le parcours de Rosalie, en alternance avec des flash-backs qui dévoilent peu à peu la vie de Naoufel, à qui elle appartenait autrefois. S'il se dégage (dans ce que l'on a vu) une certaine douceur des séquences passées, celles qui mettent en scène Rosalie séparée de Naoufel sont beaucoup plus froides, dans une gamme chromatique de bleus et de gris, et avec des épisodes glaçants comme celui où la main isolée est attaquée par des rats.

Inutile de préciser qu'il s'agit d'un long métrage ambitieux, plutôt à destination des adultes et des adolescents, qui s'inscrit dans un mouvement plus large de décloisonnement du cinéma d'animation. Malgré notre incompétence crasse en matière de pronostics, on veut croire qu'il pourrait célébrer sa première mondiale à Cannes.

Le meilleur du long métrage d’animation européen se retrouve au Cartoon Movie de Bordeaux

Posté par MpM, le 5 mars 2019

Rendez-vous européen des professionnels du film d'animation depuis 1999, le Cartoon Movie voit passer chaque année les projets de longs métrages les plus divers, qu'ils soient attendus ou confidentiels, classiques ou complètement fous, modestes ou extrêmement ambitieux. Si tous ne voient malheureusement pas le jour, chacun d'eux a la possibilité d'être présenté devant les producteurs, investisseurs, distributeurs, agents de vente, sociétés de jeux vidéos ou encore new media players présents, en tout 900 professionnels en quête de contenus, de coopérations ou de coproductions.

Cette année, ce sont 66 projets en provenance de 22 pays, dont 22 films français, qui ont été sélectionnés pour participer à cette 21e édition du Cartoon Movie. Si les deux tiers sont seulement à l’état de concept ou en développement, 7 sont en production et 7 seront présentés en sneak preview, ce qui signifie qu'ils sont pratiquement terminés. Parmi ceux-là, on retrouve notamment L’Extraordinaire Voyage de Marona d'Anca Damian (qui présente aussi un projet à un stade moins avancé, intitulé The Island) et Bunuel dans le labyrinthe des tortues de Salvador Simo, que l'on avait tous deux eu la chance de découvrir lors de l'édition 2018.

La répartition des projets entre comédies familiales (67%) et films à destination d'un public jeunes adultes / adultes (20%) est assez représentative de l'image que l'on se fait du cinéma d'animation, et reste constante. C'est pourtant parmi ces films pour adultes et adolescents que l'on trouve certains des projets d'ores et déjà les plus attendus, tels que Saules Aveugles, Femme Endormie de Pierre Földes, adapté de Murakami, La Traversée de Florence Miailhe, dont il s'agit du premier long métrage après une très belle carrière dans le format court, Interdit aux Chiens et aux Italiens d'Alain Ughetto, à qui l'on doit notamment Jasmine, J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (adapté de Happy Hand de Guillaume Laurant), Trois enfances de Simone Massi, l'animateur derrière les plus belles séquences de Samouni road, ou encore Kiki de Peter Dodd, sur la vie d'Alice Prin, plus connue sous le nom de Kiki de Montparnasse.

Mais on suivra également de près certains projets plus "familiaux" comme Linda veut du poulet ! de Chiara Malta & Sébastien Laudenbach (La Jeune Fille sans Mains), Terra Willy d'Eric Tosti (Les as de la jungle) qui sort le 3 avril, ou Where is Anne Frank d'Ari Folman (Valse avec Bachir).

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Cartoon Movie 2019
Du 5 au 7 mars
Informations sur le site de la manifestation

César 2009 : 12 courts métrages en lice

Posté par MpM, le 29 octobre 2008

Tony ZoreilLe Comité court métrage de l’Académie des arts et techniques du cinéma vient de présélectionner les douze films parmi lesquels sera désigné le César du meilleur court-métrage lors de la 34e cérémonie qui aura lieu le 27 février prochain. Dans un premier temps, les 3 800 membres de l'Académie choisiront cinq films par les douze retenus. La liste des cinq candidats définitifs sera annoncée le 23 janvier 2009. Dans un second temps, une nouvelle consultation sera effectuée pour désigner le lauréat du César. La plupart des films choisis se sont illustrés dans divers festivals au cours de l’année 2008, dont 5 présentés à Cannes.

Outre les films bardés de prix prestigieux (comme Une leçon particulière de Raphaël Chevènement, Grand Prix Unifrance à Cannes, Tony Zoreil de Valentin Potier, distingué à Rome, Prague et Clermont-Ferrand, ou encore 200 000 Fantômes de Jean Gabriel Periot, primé à Bristol et Barcelone et lutin du meilleur montage 2008), on a un faible pour le très réussi Shkizein de Jeremy Clapin (Prix découverte Kodak à la Semaine de la critique), réalisé en animation 3D, et contant les états d’âme doux amers d’un homme se retrouvant à exactement 91 cm de là où il devrait être. Une réflexion intense et métaphorique sur les troubles psychiques tels que la schizophrénie.

Pour permettre au public de visionner les films, et de se faire une idée avant la proclamation du palmarès, deux séances seront organisées au cinéma Le Balzac les 6 et 13 décembre prochains, ainsi que pendant le salon du cinéma du 15 au 18 janvier 2009. Enfin, comme chaque année, un DVD proposant les 12 œuvres sera commercialisé dans le courant du mois de décembre. L’occasion de découvrir tout un pan de la jeune production française, destinée, on l’espère, à reprendre le flambeau. Parmi les réalisateurs ayant reçu ce César par le passé, on compte en effet entre autres François Dupeyron (1985), Eric Rochant (1988), Bruno Podalydes (1993), Xavier Giannoli (1999), Delphine Gleize (2000)… Et parmi les nombreux nommés "déçus", des gens tels qu’Alain Guiraudie, Emmanuel Bourdieu (2003) ou encore Cédric Klapish (1990). Preuve que faire partie de la liste des 12 est loin d’être anodin.

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 La liste des sélectionnés

200 000 Fantômes de Jean Gabriel Periot (Envie de Tempête Productions)

La copie de Coralie de Nicolas Engel (Crescendo Films)

La main sur la gueule d'Arthur Harari (Les Films du Dimanche)

La neige au village de Martin Rit (Blue Monday Productions)

La vie lointaine de Sébastien Betbeder (Les Films du Worso)

Les miettes de Pierre Pinaud (Société Libre et Indépendante de Production)

Les paradis perdus de Hélier Cisterne (Les Films du Bélier)

Lisa de Lorenzo Recio (Local Films)

Shkizein de Jeremy Clapin (Dark Prince Productions)

Taxi Wala de Lola Frederich (Château-Rouge Production)

Tony Zoreil de Valentin Potier (Sacre Productions)

Une leçon particulière de Raphaël Chevènement (Les Films du Requin)

Fête de l’animation : soirée Skhizein

Posté par Morgane, le 21 octobre 2008

skhizeinLundi 20 octobre, la Fête de l’Animation et le Cinéma Denfert offrent une soirée spéciale Jérémy Clapin en projetant deux de ses courts métrages, Une histoire vertébrale et Skhizein (Prix du Public au Festival d’Annecy 2008), suivis d’un débat entre l’équipe du film et le public.

Une histoire vertébrale est une histoire douce et amère de solitude mêlée d’amour bercée par le savoureux son de la clarinette. Quant à Skhizein, il s’agit d’une histoire métaphorique de la schizophrénie dans laquelle Henri se retrouve, après l’impact d’une météorite, à très exactement 91cm de là où il devrait être et se terminant par ces mots : « on ne précise jamais aux gens de combien ils sont fous ».

Après la projection des deux courts métrages, le réalisateur et son équipe interviennent, expliquent le choix de la 3D, leur volonté de rester très graphique et l’importance de l’espace dans les deux films. Jérémy Clapin revient également sur la naissance de ces deux films. Le personnage central d’Une histoire vertébrale est né d’une erreur, d’un dessin « raté ». La nature fait tout de même bien les choses. L’histoire est venue par la suite. Pour Skhizein, l’idée de départ est venue d’un écho sismique ressenti sur Paris. L’idée du tremblement de terre induisait alors une réalité qui bouge et le fait qu’il est impossible de capturer une image fixe de cette réalité, de la figer.

Puis l’équipe nous a expliqué la façon de travailler en 3D, la cohérence de l’espace, l’animatique, la caméramap… bref tout l’envers du décor qui crée la magie de l’animation pour nous spectateurs.