Enfin en DVD : La villa de Robert Guédiguian

Posté par MpM, le 10 avril 2018

Sorti le 29 novembre 2017, La villa est le 20e long métrage de Robert Guédiguian, un conte familial doux amer, en forme de bilan intime, qui réunit une fois encore les acteurs fétiches du réalisateur : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, mais aussi Jacques Boudet, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin et Yann Trégouët. Auprès de leur père gravement malade, qui ne les reconnait plus, deux frères et une sœur, entourés de leurs proches, se retrouvent et se redécouvrent. C'est l'occasion d'un bilan, celui des utopies et des idéaux qui les ont portés. Chez Robert Guédiguian, on ne se dispute pas pour l'héritage (culturel comme sonnant et trébuchant) : on se bat, ensemble, pour l'empêcher de disparaître.

Malgré quelques facilités de scénario, et des acteurs parfois un peu faux, on est bouleversé par cette famille si ancrée dans la réalité du monde et de son époque, dont elle raconte en filigrane l'histoire. Peut-être que c'était mieux avant, suggère Robert Guédiguian, preuves à l'appui, et pourtant il reste de belles choses à accomplir aujourd'hui. L'un des plus jolis moments du film est celui du flash-back au temps de l'insouciance, sur fond de Bob Dylan. On y retrouve Ascaride, Darroussin et Meylan jeunes et joyeux, tout droit sortis d'un autre film du réalisateur : Ki lo sa ?, datant de 1985. Bien sûr, on est ému du parallèle, de ce petit paradis perdu (celui de la jeunesse, celui du cinéma, celui de l’insouciance) et par la pensée de ce temps qui a passé si inexorablement.

Mais Robert Guédiguian est fidèle à lui-même, et c'est vers l'avant que ses personnages finiront par regarder, à travers la situation si actuelle et si brûlante des réfugiés échoués sur nos plages. Lorsque la petite bande trouve trois enfants abandonnés à eux-mêmes (deux frères et une sœur, l'histoire se répète), le film prend un tour de fable quasi allégorique qui pourrait être facile, mais apparaît en réalité comme nécessaire.

Tout comme le film, à (re)voir dès maintenant en DVD et BRD (édités par Diaphana), agrémenté de plusieurs bonus : un reportage sur le tournage (avec des témoignages de Robert Guédiguian et de ses acteurs) et des scènes perdues (notamment un bel échange théâtral en pleine mer) ainsi qu'un making-of de 23 minutes (Impressions de tournage) et le film Ki lo sa ? dans une édition spéciale FNAC.

3 raisons d’aller voir La Villa de Robert Guédiguian

Posté par kristofy, le 29 novembre 2017

Un vieil homme fatigué est victime d’un grave malaise. Tellement inquiétant que ses derniers jours vont arriver. Alors ses proches vont se retrouver autour de lui au seuil de la mort, et surtout entre eux pour un constat nostalgique de leurs vies… « Tous ces hommes et toutes ces femmes ont un sentiment commun. Ils sont à un moment de leur vie où ils ont une conscience aiguë du temps qui passe, du monde qui change... Ils savent que leur monde disparaîtra avec eux... Ils savent aussi que le monde continuera sans eux... Sera-t-il meilleur, pire ? Grâce à eux, à cause d’eux ?... »

La Villa est le 20ème film réalisé par Robert Guédiguian, et une nouvelle fois, le décor est une calanque près de Marseille, où ses comédiens fétiches Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan et Jacques Boudet sont rassemblés et entourés de la génération suivante d’acteurs de la troupe comme Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin ou Yann Trégouët. Les frères et la sœur, les parents, les amis, les amants, les voisins se retrouvent donc presque dans un huis-clos en bord de mer. C’est le moment de se faire des reproches, de confronter des convictions, peut-être de prendre un nouveau départ… Bref il faut faire le bilan.

Le temps qui passe : comme toujours chez Robert Guédiguian, le film est imprégné de nostalgie. Le capitalisme et l’individualisme, valeurs régnantes du présent, gagnent sur l’idéal de fraternité et de solidarité du passé. Les personnages s’en souviennent, et ils essaient de sauver les meubles et les apparences. Il se dégage un certain sentiment d’impuissance, mais faut-il s’en résigner ? Un court flashback sur l’insouciance de la jeunesse des personnages est en fait un extrait du film Ki lo sa ? tourné ensemble il y a déjà une trentaine d’année. Une petite audace narrative qui met en miroir deux époques et deux intentions de cinéma.

L’utopie : il y a toujours cet idéal du "vivre-ensemble", et de s’ouvrir aux autres. C’était mieux avant, mais on peut essayer que ça ne devienne pas trop pire demain. La Villa est avant tout un mélodrame familial, délicat et humble, mais le film s’ouvre aussi à l’actualité du monde avec la crise des migrants. La noirceur n'est jamais loin de la lumière provençale. Il y aurait quelques réfugiés arrivés dans les environs dont des enfants, alors que faire ? C'est le prétexte au débat, aux enjeux, aux questionnements. Entre la mort et l'art, l'amour et la vie, le film est une tragédie intime et délicate. Guédiguian veut encore croire au pouvoir des fleurs. Plutôt que d'acheter une couronne mortuaire pour ses rêves.

Le fil d’Ariane : ce n’est pas seulement le titre d’un autre film de Guédiguian, sa muse Ariane Ascaride est le moteur principal de cette histoire : elle revient pour quelques jours se reconnecter à ses racines et un douloureux secret. Dans le film c’est une actrice de théâtre renommée et son charisme sur scène avait fait forte impression. Robinson Stévenin, jeune pêcheur à la vie simple, se passionne lui aussi pour le théâtre et malgré la différence d'âge, il s’imagine lui déclarer sa flamme… Une romance ("macronienne") inattendue serait possible, et c’est d’ailleurs un souffle d’air frais dans ce film lourd de mélancolie.

Marius et Fanny : la passion de Pagnol selon Auteuil

Posté par cynthia, le 9 juillet 2013

Raphaël Personnaz Victoire Belezy mairus fanny

Sous le soleil du vieux port de Marseille, Marius est fou amoureux de Fanny et Fanny est folle amoureuse de Marius. Dit comme ça on pourrait penser que tout va bien dans le meilleur des mondes et pourtant... l'amour n'est pas si simple, surtout chez Pagnol

Deux ans après La fille du Puisatier, Daniel Auteuil récidive avec les deux premiers films de sa trilogie, dont César sera l'aboutissement, en 2014.

Véritable Roméo et Juliette provençal, les nouvelles générations découvriront sans doute l'histoire de Marius qui met du temps à prendre conscience de ses sentiments pour son amie d'enfance. Crise de jalousie, regard caché, le jeune homme ne sait même plus ce qu'il ressent pour la belle marseillaise. Du côté de cette dernière, c'est l'amour fou pour le jeune homme. Un amour qu'elle n'arrive pas à exprimer mais qui hante ses pensées toute la journée. Pudiquement. Lorsque Marius finit enfin par admettre ses sentiments pour Fanny, leur amour éclate et se fracasse contre le mur de la dure réalité. Sa dulcinée rêve d'appartement, de mariage et de bébé (ce qui semble un peu désuet) alors qu'il ne rêve que de bateau, de découverte et de mer lointaine. S'ajoute à cela le vieux Panisse, «Monsieur Panisse», qui est prêt à tout pour se marier avec la jeune et jolie Fanny et voilà que l'on nage en plein amour impossible.

En salles simultanément le même jour, Marius et Fanny se suivent à la scène près, permettant au spectateur de vivre en continue cette aventure portée par des acteurs beaux et talentueux (Victoire Belezy et Raphaël Personnaz), avé l'assent. Evidemment il manque Raimu. Et aussi doué soit-il Auteuil n'est pas le monstre sacré. Pêché d'orgueil?

Loin de pouvoir et même vouloir comparer le Marius d'Alexandre Korda (1931) ou le Fanny de Marc Allégret (1932), il est évident qu'Auteuil ne cherchait pas à rivaliser avec eux. Peu importe : des spectateurs qui iront le voir, combien ont en tête les films originels? Les dialogues cultes, l'époque, authentique, et pas reconstituée, sont un sommet du cinéma de l'entre deux-guerres.

Mais voilà : il faut rafraîchir, rajeunir, reprendre le patrimoine, ce qui donne des remakes en pagaille depuis la nuit des temps. Une oeuvre doit se transmettre quitte à la reproduire, ici en couleurs et avec la nostalgie d'un monde disparu. mais toujours avec les phrases, immortelles.

Auteuil se laisse donc guider par quelques fulgurances : un désir refoulé dans le regard, une danse langoureuse mais timide dans une salle, un éclat de rire dans un bar. L'amour se ressent partout dans le film. Dans chaque scène, chaque réplique, nos héros le respirent pour que notre cœur batte la chamade. Comme dans les séries TV contemporaines, Marius et Fanny sont en quelque sorte l'illustration de cette jeunesse apeurée par l'amour. On préfère se chamailler plutôt que de s'aimer. On s'enivre d'amour même si une dague plane au dessus de notre tête.

On est donc déchiré par cette passion. Elle est identique ou presque à celle d'il y a 80 ans. Car Auteuil n'a pas cherché à faire un autre film, à porter un autre regard. Marseille est un décor (de carton), la partition musicale s'accorde aux thèmes du moment, et finalement, Auteuil ne filme pas plus mal qu'Allégret, ce qui rend service à la postérité de Korda, seul cinéaste à avoir su capter l'essence même de Pagnol. Même l'immense Claude Berri s'était heurté au mythe en écrasant les paysages par des personnages envahissants.

Le pari sera réussi si les jeunes redécouvrent Pagnol grâce à Auteuil. Mais on ne peut s'empêcher de songer à un cinéma français qui ne sait plus raconter des histoires d'amour aussi tragiques et belles que celles-ci. En "feuilletonnant" la trilogie César, les spectateurs auront peut-être l'impression de voir un de ces feuilletons romanesques à gros budgets diffusés à la télévision. C'est ultraclassique, c'est mélo. Mais au moins, Auteuil, après l'écueil de son premier film, parvient à être un formidable directeur d'acteurs. Sa sincérité vaut au moins qu'on s'attarde, sans cynisme, à son projet, aussi conservateur soit-il. Et puis il y a le texte, jamais trahi. Et ça, c'est beau, peuchère, et ça continue de nous fendre le coeur.

Arras 2012 : rencontre avec Anna Novion et Jean-Pierre Darroussin

Posté par MpM, le 14 novembre 2012

Après Les grandes personnes, Anna Novion retrouve Jean-Pierre Darroussin pour son deuxième long métrage au 13e Arras Film Festival, Rendez-vous à Kiruna, un road-movie burlesque et touchant qui nous emmène des portes de Paris au nord de la Suède. Ernest, architecte trop sérieux, y croise la route de plusieurs personnages hauts en couleurs, dont un biker agressif et un auto-stoppeur sensible.

Ecran Noir : On trouve beaucoup de poins communs entre vos deux longs métrages, à commencer par les personnages et le thème des rencontres de hasard...
Anna Novion : Le point commun entre les deux personnages interprétés par Jean-Pierre [Darroussin] dans Les grandes personnes et Bienvenue à Kiruna, c'est que ce sont deux hommes très sérieux, pleins de certitude, et qui ne veulent pas montrer leur vulnérabilité. Qui pensent que leur vulnérabilité est une faiblesse. L'un comme l'autre vont faire un cheminement en rencontrant des personnes qu'ils n'auraient pas dû rencontrer. A travers ces rencontres, ils vont découvrir une partie d'eux-même qui était cachée et faire une force de leur vulnérabilité. Il y a quelque chose qui m'intéresse à parler de vulnérabilité. Je trouve qu'on est dans une société où il faut toujours être le plus fort, être dans la performance. Moi j'aime bien dire que c'est bien de faire ce qu'on peut, qu'on n'est pas des surhommes.

EN : Et vous, Jean-Pierre, comment voyez-vous votre personnage ?
Jean-Pierre Darroussin : C'est un type qui a essayé de se réaliser, qui a pris de l'importance. Cette importance est la clef de voûte de son existence. C'est un architecte très connu qui dirige des gens, il a l'attitude permanente de quelqu'un qui doit faire des choix. C'est quelqu'un d'assez odieux. Fortuitement on va le placer dans une situation où il va être déstabilisé. Déjà il va être à l'étranger, plus personne ne va le reconnaître. Il va ouvrir des portes, des portes vont s'ouvrir devant lui, il va rencontrer des gens par épisodes, avec quand même cet auto-stoppeur qu"il va prendre au début un peu comme un objet, comme un GPS dont il va avoir besoin. Il a l'habitude d'utiliser les gens mais ça se retourne contre lui. parce que finalement il va sentir quelque chose qu'il n'avait jamais senti, c'est la possibilité d'être abandonné. Au moment où il ressent ça, il comprend ce que ça veut dire que d'avoir des relations affectives avec les autres.

EN : Comment s'est passée l'écriture du film ?
AN : Assez  étrangement, j'ai écrit toute seule au début, puis j'ai commencé à écrire avec mon père [NDLR : Pierre Novion, également chef opérateur] car l'histoire l'intéressait. On a écrit tous les deux pendant quelques mois et ensuite il est parti sur un tournage donc j'ai continué avec un scénariste qui s'appelle Olivier Massart. Il m'a apporté beaucoup de choses. Notamment, avant son arrivée, le personnage d'Ernest allait reconnaître un enfant qu'il avait connu un petit peu. Et Olivier m'a dit : "c'est impossible qu'il ait connu cet enfant si tu veux qu'il y ait aussi de la légéreté parfois, et puis le personnage ne serait pas capable de prendre un jeune homme en stop tout en allant reconnaître un enfant qu'il a connu. " Il m'a apporté cette idée assez évidente. Puis, petit à petit, on a écrit un traitement. Avec Jean-Pierre, on est parti en voiture jusque dans le Nord pour voir si les paysages correspondaient à ce qu'on écrivait. Et comme on avait juste écrit une vingtaine de pages, j'avais encore la liberté d'écrire quelques scènes. Et par exemple, le groupe de folk-rock, c'est un groupe qu'on a vraiment vu en Laponie. Je les ai trouvés tellement formidables que j'ai eu l'idée d'écrire cette scène. Ensuite, pendant le tournage, on les a recontactés.

Crédit photo : Marie-Pauline Mollaret

Arras 2012 : retour en vidéo sur le jour 4 avec Anna Novion, Jean-Pierre Darroussin, Justine Lévy…

Posté par MpM, le 14 novembre 2012

Invités : Anna Novion et Jean-Pierre Darroussin pour Rendez-vous à Kiruna ; Patrick Mille et Justine Lévy pour Mauvaise fille ; RIchard Rericha pour Don't stop...

L'équipe du quotidien vidéo du Arras Film Festival : Jessica Aveline, Nina Debail, Vincent Escriva, Pearl Hart, Olympe Le Touze et Alain Pétoux.
Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret et Jovani Vasseur.
Merci à David Lesage.

Lumière 2012, Jour 3. Voyage d’Angleterre en Italie en passant par Paris

Posté par Morgane, le 19 octobre 2012

Aujourd'hui au programme du Festival Lumière à Lyon, Cléo de 5 à 7, Kes et Sciuscia. France, Angleterre et Italie. 1962, 1969, 1946. Voyages dans le temps autour de l'Europe. On peut tout de même trouver un point commun à ses trois films : ils font partie des premières réalisations de trois grands cinéastes : Vittorio De Sica, Agnès Varda ou bien encore Kenneth (qui ne signe pas encore Ken) Loach.

Sciuscia (1946) de Vittorio De Sica est un film poignant contant la vie de deux jeunes garçons, dans la Rome de la seconde guerre mondiale, injustement envoyés en prison. À travers ce film, Vittorio De Sica dénonce les conditions de détention affreuses, la justice arbitraire, l'instrumentalisation des enfants et les difficultés lourdes de cette époque qui pèsent sur chaque famille. À travers ce prisme, le cinéaste pointe tout de même le doigt et l'attention du spectateur vers l'amitié entre deux jeunes garçons (cireurs de chaussures) qui, pour s'en sortir, doivent se serrer les coudes, mais...

Vittorio De Sica et ce film appartiennent au mouvement cinématographique du néoréalisme italien (dont Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini est l'un des plus connus) qui nait après la seconde guerre mondiale. "L’expérience de la guerre fut déterminante pour nous, raconte De Sica. Nous ressentions le besoin de planter la caméra au milieu de la vie réelle, au milieu de tout ce qui frappait nos yeux atterrés. Nous cherchions à nous libérer du poids de nos fautes, nous voulions nous regarder en face, et nous dire la vérité, découvrir ce que nous étions réellement, et chercher le salut." Mais De Sica ne veut pas uniquement dresser un portrait, un constat terrible, il cherche à faire réagir les Italiens en leur tendant un miroir en face duquel ils ne pourront se dérober, celui de leur conscience. Car au-delà du constat, le cinéaste accuse l'Italie d'injustices et de traitements quasi inhumains que le pays a infligé à une grande partie de la population et principalement aux enfants.

Grande oeuvre de Vittorio De Sica, Sciuscia annonce déjà le grand chef d'oeuvre du réalisateur deux ans plus tard, Le voleur de bicyclette.

Restons dans le monde de l'enfance avec Kes (1969) de Ken Loach. Le film est présenté par Jean-Pierre Darroussin (photo) avec flegme et nonchalance. Pour lui, c'est un film d'après mai. "En France, on a vécu mai 68, en Angleterre beaucoup moins, mais ils ont vécu une révolution culturelle. Mai 68 n'a pas eu lieu en Angleterre mais c'est une époque de mouvement. 1989, chute du Mur de Berlin et 1969, dissolution des Beattles". Kes est le troisième long-métrage de Ken Loach et c'est "une source fondatrice. C'est dans ce film que son talent se révèle. Film très sensoriel, on le ressent au niveau de l'inconscient. Dans ce film, Ken Loach parle de lui. En tant que fils d'ouvrier, il sent que le monde ne lui appartient pas, qu'il faut le conquérir." Ici, c'est la famille qui est oppressante, voire aliénante. Plus tard dans sa filmographie, c'est la société qui tiendra ce rôle.

Kes est l'histoire d'un jeune garçon, Billy Casper, souffre-douleur de son frère, délaissé par sa mère et peu entouré à l'école. Dans un monde qui ne lui correspond pas, Billy trouve un échappatoire en apprenant à dresser un jeune faucon. Comme l'a dit à juste titre Jean-Pierre Darroussin, Kes est un film qui relève énormément du ressenti. L'histoire parmi tant d'autres d'un gamin malmené par la vie dans l'Angleterre de cette époque. Pourtant, Ken Loach nous touche profondément avec cette figure de gosse paumé qui ne demande qu'à se sentir un peu aimé et soutenu. Billy et son faucon c'est un grand cri de désespoir d'une jeunesse délaissée au bord du chemin. David Bradley (l'interprète de Billy que l'on ne verra malheureusement plus sur grand écran ensuite) est impressionnant par sa justesse mêlant à merveille cette timidité de l'enfant qui ne veut pas déranger mais cherche une petite place pour lui et ce petit côté voyou qu'il a endossé pour pouvoir survivre. Une interprétation sans fausse note aucune et un film majeur de la filmographie de Ken Loach.

Un pas de géant nous transporte dans l'univers de Cléo de 5 à 7 (1962) d'Agnès Varda, à deux pas de la Nouvelle Vague. C'est Thierry Frémaux qui prend le micro pour nous présenter ce film restauré cette année même par le CNC et Agnès Varda. Il en profite pour nous rappeler qu'Agnès Varda n'appartient pas officiellement à la Nouvelle Vague mais qu'elle a beaucoup travaillé autour de la bande de Truffaut, Godard, Rohmer, Chabrol et Rivette... et ça se voit à travers ses images.

Corinne Marchand endosse le rôle d'une jeune chanteuse qui attend des résultats d'analyse et s'angoisse, persuadée d'avoir une maladie grave et d'en mourir bientôt. On suit littéralement (90 minutes de film pour 90 minutes dans la vie de Cléo, de 5 à 6h30 et non de 5 à 7) Cléo pas à pas déambulant dans les rues de Paris, torturée par cette attente. C'est tour à tour auprès de sa gouvernante, de son amant, de son musicien, de son amie puis d'un soldat rencontré au hasard d'un chemin qu'elle s'épanche, ouvre son coeur et laisse sortir sa peur. Tous tentent de la rassurer, de lui ouvrir les yeux.

Mais Cléo de 5 à 7, c'est avant tout une fable sur le temps qui passe, l'histoire d'une femme admirée pour sa beauté qui réalise petit à petit que celle-ci s'envole avec les années et ouvre alors les yeux sur le monde qui l'entoure, réalisant ainsi que la vie peut être toute autre. Film d'une femme (peu nombreuses à être réalisatrices à cette époque, pas beaucoup plus nombreuses aujourd'hui non plus malheureusement) sur une femme. Film qui sent étrangement bon les années 60 et nous transporte dans un Paris d'un autre temps.

Daniel Auteuil retrouve Pagnol pour sa première réalisation

Posté par vincy, le 2 mai 2010

Pour ses 60 ans, Daniel Auteuil se lance lui aussi dans la réalisation. Son premier long métrage, actuellement en tournage, est le remake de La Fille du puisatier, tragédie mélodramatique de 1940 d'un auteur à qui il doit beaucoup : Marcel Pagnol. Il y a 24 ans, Auteuil crevait l'écran en inoubliable Ugolin dans Jean de Florette et Manon des Sources. Il avait obtenu un César du meilleur acteur pour sa prestation et sa carrière 'était alors orientée vers des rôles plus dramatiques et des films d'auteurs prestigieux.

Il a réunit des acteurs avec lesquels il n'a pas souvent tourné en tant que comédien : Kad Merad, Sabine Azéma (son épouse dans Peindre ou faire l'amour), Jean-Pierre Darroussin (avec qui il partageait l'affiche de Dialogue avec mon jardinier), Nicolas Duvauchelle (tous deux dans Le deuxième souffle) et la jeune Astrid Bergès-Frisbey. Cette dernière, remarquée dans Un barrage contre le Pacifique et La première étoile sera aussi à l'affiche du quatrième Pirates des Caraïbes.

la fille du puisatier affiche 1940Auteuil sera lui-même devant la caméra, reprenant le rôle du puisatier que tenait Raimu dans la version originale. Bergès-Frisbey incarnera la fille qui tombe amoureuse de l'aviateur (Duvauchelle). Mais quand celui-ci part à la guerre, il laisse le champ libre à un autre courtisan : l'assistant du puisatier, joué par Kad Merad, qui reprend ici le rôle de Fernandel. Il ignore que la jeune fille est enceinte. Darroussin et Azéma interpréteront les parents, pas forcément sympathiques, de l'aviateur.

Le tournage a lieu dans les environs de Saint-Rémy de Provence et se déroulera jusqu'au 12 juin. La sortie est prévue pour les fêtes.

Outre ses propres films,Pagnol a toujours été une source inépuisable du cinéma et de la télévision. Les gros succès populaires de Jean de Florette et Manon des Sources (de Claude Berri) puis de La Gloire de mon père et du Château de ma mère (d'Yves Robert) avaient relancé l'auteur dans les années 1986-1990. Puis Gérard Oury avait refait Le Schpountz en 1999, qui fut un lourd fiasco financier.

Cannes : Rien de personnel et Adieu Gary sélectionnés à la Semaine de la Critique

Posté par vincy, le 20 avril 2009

Trois jours avant la révélation de la Sélection officielle du Festival de Cannes et quatre jours avant celle de la Semaine de la critique, cette dernière a déjà révélé ses deux longs métrages français.

Le premier est Rien de personnel, premier film de Mathias Gokalp, remarqué pour son court-métrage Mi-temps en 2002. Il réunit Jean-Pierre Darroussin, déjà vedette de la Semaine 208 avec Les grandes personnes, Denis Podalydès, Zabou Breitman, Pascal Gréggory, Mélanie Doutey et Bouli Lanners. Concourrant pour la Caméra d'or, il fera l’ouverture de la 48e édition de la Semaine de la Critique.

Adieu Gary de Nassim Amaouche sera également candidat à la Caméra d’Or. C e film interprété par Jean-Pierre Bacri, Dominique Reymond, Yasmine Belmadi, Sabrina Ouazani et Mahmed Arezki, sera projeté en compétition pour le Grand Prix de la Semaine de la Critique.

Erreur de la banque en votre faveur : une erreur gentillette

Posté par Morgane, le 6 avril 2009

darroussin lanvin erreur de la banque« - Il paraît qu’à New York il y a des mecs qui se jettent par la fenêtre.

- Et alors, qu’est-ce que t’en as à foutre toi, tu habites au rez-de-chaussée .»

L’Histoire : Lorsque Julien Foucault, maître d’hôtel de la très vénérable banque d’affaires Berthin-Schwartz, apprend son licenciement, il y voit l’occasion de réaliser son rêve de toujours : ouvrir un restaurant avec son meilleur ami Etienne.Pourtant, après 17 ans de bons et loyaux services, la banque lui refuse tout appui financier. Julien décide alors de tirer profit des informations confidentielles dont usent ses employeurs, mais ces derniers le prennent en flagrant délit d’initié et décident de lui jouer un tour machiavélique…

Notre avis : Sortant en salles en pleine crise économique mondiale, Erreur de la banque en votre faveur, pourtant produit bien avant celle-ci, se révèle un très bon remède anti-crise. En effet, les petites gens (ici Gérard Lanvin et Jean-Pierre Darroussin), que les grandes banques ne veulent en aucun cas aider, deviennent des Robin des bois des temps modernes, volant aux plus riches en écoutant aux portes et redistribuant aux gens de leur quartier.

Gérard Bitton et Michel Munz, scénaristes des deux volets de La vérité si je mens ! et réalisateurs de Ah ! si j’étais riche (dans lequel Jean-Pierre Darroussin jouait déjà) repassent derrière la caméra avec un nouveau film touchant, une fois encore, à l’argent.

Comédie dans laquelle les acteurs sonnent juste, Erreur de la banque en votre faveur joue néanmoins un peu trop avec les stéréotypes et la subtilité ne répond pas toujours présente. Les gros méchants sont bien ceux auxquels on pense (les riches) tandis que les pauvres, enfin les classes moyennes, sont les gentils de l’histoire. La générosité et l’entraide sont mis en avant ainsi que l’amitié qui unit les deux compères, Julien et Etienne. Cependant, il faut avouer que dans le contexte actuel, Erreur de la banque est un film ancré dans son époque, qui fait sourire et qui redonne quelques couleurs à la comédie française d’aujourd’hui. Le grand film est loin d’être au rendez-vous mais le bon moment, lui, oui.

L’autre émoi : portraits intimes de comédiens

Posté par MpM, le 14 mars 2009

l’autre émoiPour obtenir de ses interlocuteurs des propos vraiment personnels et intimes, la réalisatrice Raphaëlle Catteau a imaginé en 2006, pour la première série de l’Autre émoi, un dispositif original et novateur d’auto-interview. Concrètement, elle met l’acteur face à lui-même en lui demandant tout d’abord de répondre, en tant que comédien, à une série de questions sur sa vie et son travail, puis d’interpréter un personnage de journaliste qui poserait ces questions. Au montage, cela donne un fascinant dialogue entre deux facettes bien distinctes (par le biais notamment de costumes, voire de voix ou d’accent différents) d’une seule et même personne.

Diffusée depuis le début de l’année sur TPS star, la 2e saison de cette excellente série propose des rencontres avec treize comédiens aussi variés que Jean-Pierre Darroussin, Florence Foresti ou encore Arié Elmaleh, qui abordent tous sensiblement les mêmes thèmes : méthode de travail, distance avec le personnage, influence de son vécu personnel pour expliquer son choix de carrière, doutes et joies du métier de comédien… C’est tour à tour drôle et émouvant, farfelu et profond, léger et complexe, témoignant de la belle relation de confiance que Raphaëlle Catteau a su tisser avec ses interlocuteurs.

Et même si le dispositif du dédoublement de personnalité pourrait paraître artificiel, surtout quand certains comédiens s’inventent des personnages de journalistes Autre émoiparticulièrement hauts en couleurs (mais peut-être y-a-t-il du vécu derrière tout ça…), qu’il s’agisse du fan compulsif imaginé par Thierry Frémont ou de l’anglo-saxonne ultra-stressée composée par Sara Forestier, il n’en est rien. Les deux points de vue que cela donne sur chaque comédien se complètent et se répondent en effet avec une certaine justesse. Le choix de l’interviewer (un professeur pour Bernard Campan, une réincarnation d’Henry Chapier pour Antoine Duléry, une sorte de Johnny Depp rocker pour Stéphane Rousseau…) n’est d'ailleurs jamais innocent, en disant parfois presque aussi long sur le comédien que ses propres paroles.

Chaque épisode vaut la peine d’être vu indépendamment des autres, mais il est également passionnant de dresser des parallèles entre les réactions des différents protagonistes. Ainsi ne faut-il pas manquer le best-of (programmé le dernier week-end de mars) permettant de revivre les meilleurs moments, fous rires, répliques inopinées et propos enflammés de ces treize rencontres. Sara Forestier qui vante le métier de comédien comme "expression dans sa forme la plus entière", Antoine Duléry avouant que son premier public a été composé d’arbres, Aïssa Maïga qui peut tout jouer ("Si on me demande de jouer une pute, je peux la trouver… en moi"), Bernard Campan racontant sa première tentative de suicide, Thierry Frémont qui au début de sa carrière voulait "être extraordinaire tout le temps", Mathias Mlekuz et ses exercices de diction loufoques pour combattre le trac, Bruno Lochet qui a besoin de croire en son personnage pour l’interpréter, Hafsia Herzi en pleine démonstration de danse orientale, Mélanie Laurent qui déclare s’effacer totalement derrière le personnage au moment où elle joue… Autant de sensations, de vécu et de convictions qui constituent une plongée fascinante et souvent instructive dans l’univers mystérieux du jeu et de la création.
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Les derniers épisodes de la saison 2 sont diffusés chaque dimanche soir sur TPS star jusqu’au 29 mars.
Extraits et informations sur le site de Canal+.