César 2017: Elle, Juste la fin du monde et Divines se partagent les prix

Posté par vincy, le 25 février 2017

La quinzaine des réalisateurs peut s'enorgueillir d'avoir réalisé un carton lors de cette (trop longue et pas très drôle) 42e Cérémonie des César: Divines (3 prix), Ma vie de courgette (deux César pour un film d'animation, du jamais vu), L'effet aquatique (avec un César posthume pour Solveig Anspach) ont raflé de nombreux prix, à chaque fois mérité dans chacune de leurs catégories. La sélection officielle cannoise n'est pas en reste avec notamment le César du meilleur film étranger pour la Palme d'or de Ken Loach. Le cinéaste britannique entre ainsi dans le club fermé des double-césarisés (et seulement la deuxième fois qu'une Palme d'or obtient en plus ce César).

Plus remarquable le doublé de Xavier Dolan - réalisation, montage - en son nom propre. C'est la première fois qu'un cinéaste québécois gagne le César du meilleur réalisateur et cela conforte son Grand prix du jury à Cannes, malgré une critique divisée sur le film. On y ajoute le César du meilleur acteur (enfin!) pour Gaspard Ulliel.

Autre non-surprise venue de Cannes: le deuxième César de la carrière d'Isabelle Huppert (possédant malgré tout un record en nominations), qui a étrangement improvisé son discours (elle ne s'y attendait pas?). Elle a triomphé avec le César du meilleur film.

Sinon, il y a eu des instants inspirés (notamment l'hommage à George Clooney, avec une traduction loufoque de Jean Dujardin et un discours évidemment très politique) et le sauvetage à minuit de Valérie Lemercier (de loin la plus drôle). Il y a eu des remerciements poignants (on pense à l'émotion de Déborah Lukumuena qui cite Annie Girardot) et d'autres plus coup de poing (François Ruffin). La soirée a pourtant été longue à décoller. Les rituels ont été bien respectés (un petit coup de La La Land avec Jérôme Commandeur, le MC, et Marthe Villallonga, un grand hommage à Michèle Morgan en conclusion des disparus de l'année).

Autre hommage attendu, celui pour Belmondo. Un hommage entre copains, pas très bien calibré pour la télévision. Mais au moins ce moment d'émotion, et le montage de ses plus grands films qui l'a précédé, a montré à quel point le comédien est une des plus grandes stars que le cinéma français ait compté.

Après minuit, c'était la fin, un peu accélérée alors que ce sont les plus grands instants attendus. Mais merci à l'Académie d'avoir choisi Pedro Almodovar pour remettre le César du meilleur film (mais pourquoi la musique de La La Land?!). Le cinéma français a montré qu'il ne savait toujours pas organisé une grande cérémonie, mais il a su démontrer qu'il était ouvert et diversifié. C'est déjà ça.

Meilleur film: Elle
Meilleur réalisateur: Xavier Dolan (Juste la fin du monde)

Meilleur film étranger: Moi, Daniel Blake
Meilleur premier film: Divines
Meilleur film d'animation (long métrage): Ma vie de courgette
Meilleur film d'animation (court métrage): Celui qui a deux âmes
Meilleur documentaire: Merci Patron!
Meilleur court-métrage (ex-aequo): Maman(s) ; Vers la tendresse

Meilleure actrice: Isabelle Huppert (Elle)
Meilleur acteur: Gaspard Ulliel (Juste la fin du monde)
Meilleur second-rôle féminin: Déborah Lukumuena (Divines)
Meilleur second-rôle masculin: James Thierrée (Chocolat)
Meilleur espoir féminin: Oulaya Amamra (Divines)
Meilleur espoir masculin: Niels Schneider (Diamant noir)

Meilleur scénario: Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget (L'effet aquatique)
Meilleure adaptation: Céline Sciamma (Ma vie de Courgette), d'après le roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris
Meilleure photo: Pascal Marti (Frantz)
Meilleure musique: Ibrahim Maalouf (Dans les forêts de Sibérie)
Meilleur montage: Xavier Dolan (Juste avant la fin du monde)
Meilleurs décors: Jérémie D. Lignol (Chocolat)
Meilleurs costumes: Anaïs Romand (La Danseuse)
Meilleur son: Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty, Jean-Paul Hurier (L'odyssée)

Emmanuelle Riva (1927-2017): une flamme s’éteint

Posté par vincy, le 28 janvier 2017

César de la meilleure actrice en 2013, Emmanuelle Riva est morte vendredi 27 janvier à l'âge de 89 ans, succombant à son cancer. D'Hiroshima mon amour d'Alain Resnais en 1959 à Amour de Michael Haneke en 2012, Emmanuelle Riva avait été sans doute trop rare au cinéma. On la verra une dernière fois sur grand écran dans Paris Pieds nus de Fiona Gordon et Dominique Abel, qui sortira le 8 mars.

Artiste exigeante, actrice bouleversante, elle a voulu travailler jusqu'au bout, comme le suligne son entourage, tournant en Islande ou faisant une lecture à la Villa Médicis à Rome. Son courage, sa dignité, son audace sont d'ailleurs les traits de la personnalité de ses deux personnages emblématiques, jeune chez Resnais et au crépuscule de sa vie chez Haneke. Avec Amour, où elle choisit sa mort, la reconnaissance sera mondiale : un BAFTA de la meilleure actrice et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice, en plus du César tardif.

Mais il ne faudrait pas résumer sa carrière à ces deux films.

hiroshima mon amour emmanuelle rivaUne flamme entre deux amours

Née le 24 février 1927 dans les Vosges, dans une famille d'origine italienne, elle s'est éprise de théâtre très jeune, en lisant des pièces et rejoignant une troupe amateur. A 26 ans, elle entre à l'école de la rue Blanche avant de se lancer sur scène. C'est d'ailleurs sur une affiche de théâtre que Resnais la repère et la choisit pour son film, scénarisé par Marguerite Duras. Durant le tournage d'Hiroshima mon amour, avec son appareil photo, elle capte des instantanés de cette ville en reconstruction, seulement treize ans après avoir été dévastée par la bombe (on retrouve ces photos dans le livre Tu n'as rien vu à Hiroshima, réédité en 2009). Elle incarne la part d'humanité dans ce monde post-traumatique, tout en étant errante et distante de l'horreur qui la submerge. L'amour promis, espéré, face à la mort, inévitable. C'est là que la Palme d'or Amour boucle la boucle en la filmant au seuil de sa disparition, affrontant décemment sa mort, après avoir vécu une vie d'amour... Elle était incandescente chez Resnais. La flamme s'éteint chez Haneke.

Après avoir tourné Recours en grâce de László Benedek, Adua et ses compagnes d'Antonio Pietrangeli et Kapò de Gillo Pontecorvo, elle retrouve un grand rôle assez rapidement avec celui d'une jeune femme agnostique, passionnément amoureuse d'un prêtre (incarné par Belmondo) dans Léon Morin, prêtre de Jean-Pierre Melville. On est en 1961. L'année suivante elle reçoit une Coupe Volpi de la meilleure actrice à Venise pour son interprétation dans Thérèse Desqueyroux de Georges Franju.

Son visage, suave, gracieux et lumineux, est une page blanche où l'on peut écrire toutes sortes de secrets, de douleurs, de passions, de douceurs. Pourtant, son itinéraire la détournera de films populaires. Elle a tourné une cinquantaine de films dont Thomas l’imposteur (1965), toujours de Georges Franju, sur un scénario posthume de Jean Cocteau, Les Risques du métier d'André Cayatte, Les Yeux et La bouche de Marco Bellocchio, Liberté, la nuit de Philippe Garrel, Y a-t-il un Français dans la salle ? de Jean-Pierre Mocky, Trois Couleurs : Bleu de Krzysztof Kie?lowski, où elle incarnait la mère, Vénus beauté (institut) de Tonie Marshall, Tu honoreras ta mère et ta mère de Brigitte Roüan, Le Skylab de Julie Delpy et Un homme et son chien de Francis Huster, où elle recroise Belmondo. L'an dernier elle était à l'affiche de Marie et les Naufragés de Sébastien Betbeder. Insaisissable, touchant à tout, du cinéma d'Arcady à celui de Bonitzer, de Jean-Pierre Améris à Emmanuel Bourdieu, elle disait souvent non et préférait sa liberté, et le théâtre.

Retour d'amour

Euripide, Molière, Shakespeare, Marivaux, George Bernard Shaw, Harold Pinter, Luigi Pirandello, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras... elle n'avait aucune barrière, aucune frontières. La jeune fille humble, modeste, issue d'un milieu prolétaire, plus fantaisiste et moins sage qu'il n'y apparaissait, était discrète, a pu être oubliée. Dans l'ombre de son personnage mythique et encombrant du film de Resnais, elle continuait à jouer. Vive et insolente, drôle et toujours jeune, presque punk malgré ses 80 balais, Riva mordait sa vie à pleine dents, et semblait n'avoir aucun regret. Elle touchait à tout, dévorait les textes. Sa curiosité et son affranchissement ont fait le reste.

Dans Amour, il y avait d'ailleurs ce dialogue qui aurait pu être une de ses propres insolences: ""Qu’est-ce que tu dirais si personne ne venait à ton enterrement? - Rien, probablement.".

Hors-système, Emmanuelle Riva laisse une jolie trace dans nos mémoires. Elle a écrit Juste derrière le sifflet des trains, Le Feu des miroirs et L'Otage du désir. Son livre d'entretien, paru il y a trois ans, s'intitulait C'est délit-cieux !. Jeu de mot qui résumait bien sa personnalité. Dans ce livre, elle expliquait: "Très petite, j’aimais dire des poèmes. J’aimais les dire devant les autres. Je ne pouvais pas les garder pour moi seule. Il me fallait donner à entendre la parole de l’auteur, comme une jouissance à ce partage." Un partage généreux qui aura duré 60 ans.

Voyage à travers le cinéma français, une épopée cinéphilique envoûtante

Posté par vincy, le 12 octobre 2016

A priori un documentaire de trois heures et dix minutes, cela peut faire peur. Pourtant ce Voyage à travers le cinéma français que propose Bertrand Tavernier est époustouflant et mérite qu'on s'y attarde.

Leçons érudites

En tout premier lieu parce qu'il s'agit de véritables leçons de cinéma. Un décryptage érudit de la mise en scène (il faut voir comment on nous explique la manière dont Melville faisait ses champs contre-champs), de l'écriture, du jeu d'acteur (Gabin, sa lenteur et sa maîtrise) mais aussi de la manière dont se fabrique ce 7e art si collectif et si égomaniaque. Et ce jusqu'au défuntes salles de cinéma de quartier qui ressuscitent en citant Luc Moullet. Tavernier nous explique pourquoi telle scène est réussie et comment telle séquence a été concoctée. Le réalisateur joue le rôle d'un professeur qui veut divertir son auditoire, avec des anecdotes (comment est née la gueule d'atmosphère d'Arletty, comment un décorateur transforme Un jour se lève) ou des courriers lus en voix off (Aragon louant l'esthétique de Godard).

Le tout est illustré par des dizaines d'extraits plus ou moins longs, de films classiques ou méconnus. Une odyssée inestimable ponctuée d'interviews et d'archives (dont cette engueulade mémorable entre Belmondo et Melville). "Imaginez que vous êtes au cinéma" annonce Bertrand Tavernier en préambule. Et en effet c'est un film sur le cinéma qui se déroule devant nos yeux. Mais pas seulement.

Les souvenirs personnels de Tavernier et ses choix sélectifs

Et c'est là tout le risque de ce documentaire, présenté en avant-première mondiale au dernier festival de Cannes. Car il faut expliquer sur quel axe le film, presque trop riche, tient en équilibre: d'un côté les souvenirs personnels de Tavernier, qui servent de fil conducteur. L'enfance au sanatorium (dépucelage cinématographique), l'adolescence au pensionnat (frénésie cinématographique), jeunesse active, d'attaché de presse à assistant réalisateur en passant par la défense de Henri Langlois (prise de conscience où cinéma et politique s'entremêlent). De ce point de vue, on pourrait être frustrés. Tavernier ne se dévoile pas tant que ça, et à quelques exceptions, il ne partage que des faits assez neutres qui ne sont que les étapes de sa vie.

De l'autre côté, ce voyage dans le temps n'a rien d'exhaustif, ce qui peut également être frustrant. Si la liste des cinéastes cités est longue, le film se concentre sur quelques personnalités et un certain style de cinéma. On peut imaginer plusieurs "voyages", similairement thématiques. Il le faudrait tant on reste parfois sur sa faim quand il fait d'abondantes références à Bresson, quand il flirte avec Autant-Lara, quand il éclipse des Clouzot, Verneuil ou Clément.

Fantômes et légendes

Une fois le cadre et le scénario posés, et le parti-pris assumé, le documentaire enchaîne les chapitres. Chacun est suffisamment long pour ne pas être superficiels: Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin, la musique de film (Jaubert, Kosma), Eddie Constantine, les productions de Beauregard, la bande Truffaut-Chabrol-Godard-Varda, Edmond Gréville, Jean-Pierre Melville, et Claude Sautet. Tavernier ne masque pas ses émotions: il admire sans pudeur et avec sincérité. Il est tombé dedans quand il était petit. Le cinéma qu'il fait renaître a un air de famille, avec Belmondo, Ventura, Piccoli... Il y a quelques femmes: Bardot, Moreau, Schneider, qui achève ce marathon cinéphile en s'en allant vers un hiver incertain.

Il réunit ainsi les fantômes et les légendes. Convoque les génies (qui peuvent aussi être indignes). Car il ne cache pas les zones d'ombres, ceux qui ont eut des comportements dégueulasses, les sales caractères d'êtres jamais mythiques, égratigne le scénariste Melville et le lâche Renoir. Voyage à travers le cinéma français est une aventure aussi humaine qu'humaniste. Tavernier propose un panorama d'un certain cinéma français, classique, même si toujours moderne, et assez masculin, mais il s'agit avant tout d'une série de portraits de ceux qui ont marqué le 7e art mondial, ces ambassadeurs de l'exception française.

Point de vue et images d'un monde

Car, finalement, ce que l'on retient est ailleurs. A l'image, par les films et les cinéastes/comédiens choisis, Bertrand Tavernier nous "enferme" dans une période, des années 1930 aux années 1970. Le noir et blanc domine. C'est Hôtel du nord, La grande illusion, Casque d'or, Le doulos, La bête humaine, Le jour se lève, Les 400 coups, Cléo de 5 à 7, Classe tous risques... Ça n'est ni une compilation, ni une anthologie, c'est un point de vue subjectif, amoureux, enthousiasmant d'un passionné de l'art cinématographique dans toute sa "variété", que ce soit des combats à mains nues de Constantine ou du regard de Signoret.

Or, ce voyage étourdissant est avant tout un voyage dans le temps. Un tableau de la France, celle du Front populaire, de l'Occupation, de l'après-guerre, des trente glorieuses. On voit évoluer, de Becker à Sautet, un pays, sa société, son peuple et ses métiers. Pas surprenant alors de constater que ce sont des films éminemment français qui ont été sélectionnés dans ce portfolio de prestige. On y parle de camembert, on y chante la Marseillaise, les putes sont belles et romantiques, ... Un voyage romanesque, plus balzacien que flaubertien. On y plonge comme dans un feuilleton social mais jamais vraiment dramatique..

Finalement, à l'instar des films de Melville, tout semble irréel et atemporel. Une déclaration d'amour teintée de nostalgie. Un cinéma français qui est capable de mettre "les larmes aux yeux".

Belmondo et Skolimowski recevront un Lion d’or d’honneur à Venise

Posté par vincy, le 14 juillet 2016

Jean-Paul Belmondo et le cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, deux grands talents cinématographiques qui ont été des symboles de la Nouvelle vague, recevront un Lion d'or pour l'ensemble de leur carrière au 73e Festival de Venise (31 août-10 septembre).

Le conseil de direction a décidé de remettre à partir de cette année pour chaque édition du Festival deux Lion d'or, l'un à un acteur ou une actrice, l'autre à un réalisateur ou producteur.

Jean-Paul Belmondo, déjà récompensé à Cannes avec une Palme d'or d'honneur, a commencé sa carrière avec Claude Chabrol (A double tour) et Jean-Luc Godard (A bout de souffle) à la fin des années 1950. Pierrot le fou (photo) sera d'ailleurs présenté à Venise, où le film recevra le Prix de la critique. Il a joué dans quelques uns des plus grands succès populaires français (très exportés) mais aussi pour des cinéastes aussi divers que Truffaut, Resnais, Melville, De Broca, Verneuil, Lelouch, Sautet ou encore Zidi, Oury, Giovanni, Malle ou De Sica. "Grâce à son visage fascinant, son charme irrésistible et sa versatilité extraordinaire, il a joué dans des drames, des films d'aventures et des comédies, faisant de lui une star universellement respectée aussi bien par des cinéastes engagés que dans du cinéma d'évasion" explique le communiqué du festival.

Deux fois cité aux BAFTAs comme meilleur acteur dans les années 1960, Bébel, l'homme au 130 millions de spectateurs, a reçu un César pour son rôle dans Itinéraire d'un enfant gâté.

Le directeur du festival Alberto Barbera explique que “Jerzy Skolimowski est l'un des représentants les plus évidents du cinéma moderne nés durant les nouvelles vagues des sixties. Lui et Roman Polanski ont contribué au renouveau du cinéma polonais à cette époque." Il avait d'ailleurs écrit le scénario du premier film de Polanski, Le couteau dans l'eau. Peintre, acteur (Eastern Promises de David Cronenberg, Before Night Falls de Julian Schnabel, Mars Attacks! de Tim Burton, The Avengers de Joss Wheldon), il a réalisé une vingtaine de films dont Le Départ (Ours d'or), Le cri du sorcier (Grand prix du jury à Cannes), Travail au noir (prix du scénario à Cannes), Le bateau phare (Prix spécial du jury à Cannes), Quatre nuits avec Anna (Prix spécial du jury à Tokyo) et Essential killing (Prix spécial du jury à Venise).

Roger Dumas (1932-2016), de L’Homme de Rio à Capitaine Flam en passant par Johnny et Gabin

Posté par vincy, le 3 juillet 2016

Difficile de faire plus "variété" que Roger Dumas, éternel second-rôle du cinéma français, saltimbanque assumé, troubadour méconnu et finalement artiste intégral. Né le 9 mai 1932 au fin fond de l'Ardèche, département sans train, il est décédé à Paris à l'âge de 84 ans samedi 2 juillet.

Difficile de résumer sa carrière prolifique. Au théâtre, il a été sur les planches durant 60 ans, interprétant du Sam Shepard, le Monte Cristo d'Alexandre Dumas, du Harold Pinter, du Samuel Benchetrit (empochant un Molière au passage), et même "Hysteria" mise en scène par John Malkovich, et écrivant même une pièce en 2010," A propos de Martin". Sa dernière apparition fut dans L'Etudiante et Monsieur Henri il y a quatre ans.

Au cinéma, après quelques figurations, notamment dans un Arsène Lupin, chez Hossein et chez Cayatte, il se fait remarquer dans Rue des prairies, en 1959, aux côtés de Jean Gabin. Les années 1960 lui seront profitables. Avec son bagout de chansonnier, sa sensibilité perceptible et son physique passe-partout, on le retrouve dans le délirant Pouic-Pouic, avec Louis De Funès et Jacqueline Maillan, en copain de régiment de Belmondo dans L'homme de Rio (avec la réplique finale fabuleuse, "Quelle aventure!"), dans quelques Chabrol mineurs (Le tigre aime la chair fraiche et Le tigre se parfume à la dynamite), le culte Caroline chérie.

Acteur éclectique

Il reste dans la comédie dans les années 1970 avec Tendre poulet de Philippe de Broca (Girardot, Noiret), en inspecteur sérieux mais drôle. Retrouve Bébel dans Le Marginal de Jacques Deray. Se glisse dans le casting prestigieux de Fort Saganne d'Alain Corneau (Depardieu, Deneuve, Marceau). Reviens à la comédie avec Edouard Molinaro, Claude Zidi, retourne chez De Broca (Chouans!) et chez Chabrol (Masques). Bizarrement, c'est à la fin des années 1980 que Dumas change de registre avec Enki Bilal (Bunker Palace Hotel, Tykho Moon), Olivier Assayas (Une nouvelle vie, Les destinées sentimentales), Roger Hanin (Soleil), Claude Berri (Ensemble, c'est tout), Yasmina Benguigui (Inch'Allah dimanche), Samuel Benchetrit (J'ai toujours rêvé d'être un gangster), Rémi Bezançon (le grand père dans Le premier jour du reste de ta vie), Radu Mihaileanu (Le concert) ou encore Safy Nebbou (L'autre Dumas). Le grand public l'aura surtout vu en Maître Valoche dans le deuxième opus des Visiteurs.

Il n'appartenait à aucune église, aucune chapelle. Solide, il a donné la réplique à toutes les stars françaises à travers les époques, de Sophia Loren à Jean-Louis Trintignant, de Huppert à Tautou en passant par Béart ou Mélanie Laurent. Cet homme réputé sympathique  et gentil, discret et éclectique, aimait jouer. Pour le petit écran, il a été invité dans différentes séries ("Un village français", "Les cinq dernières minutes", "Navarro", "Commissaire Moulin", "Vénus et Apollon",...) et  joué dans Les Misérables et Le Comte de Monte-Cristo de Josée Dayan, qui l'a régulièrement enrôlé dans ses téléfilms.

Parolier prolifique


Il avait également joué régulièrement à la télévision, notamment dans des séries ("Les Cinq dernières minutes", "Navarro", "Julie Lescaut", "Un village français") ou des téléfilms de Josée Dayan ("Les Misérables", "Le Clan des Lanzac").

Mais c'est peut-être sa carrière de paroliers qu'il faut souligner. Il a écrit des chansons pour Dani, Richard Anthony, Patachou, Carlos, Marie Laforêt, mais surtout Johnny Hallyday ("Deux amis pour un amour"), Sylvie Vartan ("Comme un garçon" entre autres) et Chantal Goya. Oui, c'est à ce grand monsieur de la scène, ce comédien capable d'être généreux, inquiétant, empathique, que l'on doit des dizaines de chansons pour enfant. Et surtout c'est à cause de lui qu'on connaît tous ces paroles...

Festival Lumière – Jour 1 : Alice n’est plus ici mais Martin Scorsese est dans toutes les têtes

Posté par Morgane, le 13 octobre 2015

Octobre est arrivé et avec lui, comme chaque année depuis 7 ans maintenant, le Festival Lumière et son lot de films, de rencontres, de master class, de dédicaces… Lyon va battre au rythme du 7e Art pendant toute une semaine (du 12 au 18 octobre).

Cette année, Le Prix Lumière sera remis vendredi soir au grandiose Martin Scorsese! La semaine sera alors ponctuée de 15 de ses films et de 5 de ses documentaires. Mais ce n'est pas tout, il y a aussi la Carte blanche à Martin Scorsese, de nombreux hommages à Akira Kurosawa, Julien Duvivier, Larissa Chepitko, l'anniversaire des 30 ans de Pixar avec John Lasseter en invité, des invitations à Sophia Loren, Nicolas Winding Refn, Géraldine Chaplin, Mads Mikkelsen et Alexandre Desplat et de nombreux autres cycles (les ressorties, les grandes projections, la nuit de la peur, les curiosités des années 1980, les trésors des archives, les nouvelles restaurations etc.)

Environ 150 Films projetés en une semaine, c'est certain, il faut faire des choix! Pour ma part, Prix Lumière à Martin Scorsese je commence donc par un de ses films, son troisième plus exactement, qu'il réalise après Mean Streets et juste avant Taxi Driver: Alice n'est plus ici (1974). Cette oeuvre est un peu à part dans sa filmographie puisqu'il s'agit de son premier film hollywoodien et, plus ou moins, d' une commande de l'actrice principale, Ellen Burstyn. On n'y retrouve pas forcément ses thèmes de prédilection mais il porte tout de même sa griffe à travers la bande-son rock et un rythme assez rapide. Jodie Foster tient également le rôle d'Audrey, jeune ado laissée à la dérive par sa mère. on la recroisera chez Scorsese dans le rôle qui fera décoller sa carrière, avec le Scorsese suivant, Taxi Driver.

Avec Alice n'est plus ici, Martin Scorsese nous entraîne dans un road-movie entre une mère et son fils. Liaison atypique que Scorsese filme crument mais avec beaucoup de bienveillance et qui donne à cette relation un aspect très attendrissant. Malgré le caractère quelque peu soumis d'Alice aux hommes, c'est une femme forte qui prend la route, avec son fils sous le bras, à la mort de son mari. Au fur et à mesure que la route défile, son caractère se modifie et on sent une pointe de féminisme qui transparaît dans ce film. C'est d'ailleurs le seul film de Scorsese où le héros est en réalité une héroïne!

Ici, ni mafia, ni vengeance. C'est presque un électron libre, très scorsesien, mais à des années lumières de ce qui suivra durant plus de 40 ans.

Clap d'ouverture

Cette première journée de Festival est également marquée par la soirée d'ouverture qui, comme chaque année, se déroule dans l'immense Halle Tony Garnier. Jean-Paul Belmondo, qui revient deux ans après nous avoir fait partager un moment très émouvant aux côtés de Quentin Tarantino, est ovationné. Se succèdent John Lasseter (qui vient souffler les 30 bougies de la petite lampe de chevet), Nicolas Winding Refn (qui présentera deux de ses films, donnera une master class et présentera sa collection d'affiches de films), Mélanie Thierry, Raphaël, Jean Becker, Laurent Gerra, Vincent Elbaz, Louise Bourgoin, Rolf de Heer (qui est là pour la ressortie de son film Bad Boy Bubby), Alex Lutz, Bernard Pivot, Paul Belmondo (qui présentera en compagnie de son père le documentaire qu'il a réalisé sur ce dernier), Dario Argento (pour son film Les Frissons de l'angoisse récemment restauré) et sa fille Asia Argento, Jacques Audiard, Daniel Auteuil et bien d'autres encore…

Discours de Thierry Frémaux (sans Bertrand Tavernier cette fois, qui se remet d'une opération mais qui devrait être présent en fin de festival), petit film en forme de bande annonce alléchante de cette nouvelle édition, montage "tribute to Lasseter", projection de La sortie d'usine avec le cinématographe original des Frères Lumière... Chaque spectateur a également reçu son traditionnel morceau de pellicule qui cette année appartenait au film Jeux Interdits de René Clément.

Lindon parmi les monstres sacrés

On a ensuite eu droit à un hommage en images à Vincent Lindon, qui est ensuite monté sur scène pour présenter le film surprise de cette soirée d'ouverture. Film surprise qui ne l'est pas resté longtemps puisque le nom lui a échappé dès ses premières phrases. C'est donc La fin du jour de Julien Duvivier qui sera projeté en ce premier soir. Film pour les acteurs puisqu'il se passe dans une maison de retraite pour anciens comédiens! Discours émouvant et drôle à la fois de la part du Prix d'interprétation masculine cannois de l'année. Il remercie Thierry Frémaux d'avoir sélectionné La loi du marché à Cannes, remercie également Jean-Paul Belmondo qu'il admire, puis nous raconte sa passion pour le cinéma de Carné, Renoir, Duvivier et plus généralement de cette époque-là et de ce cinéma populaire. Véritable admirateur de Julien Duvivier qu'il considère malheureusement comme un cinéaste sous-estimé, il présentera également La Bandera et Pépé le Moko du même réalisateur durant la semaine. Il avoue tout de même : "je vais être franc, La fin du jour n'est pas mon préféré, mais je l'aime beaucoup quand même".

La suite se passe en images aux côtés de Louis Jouvet, Michel Simon, François Périer, Victor Francen, Madeleine Ozeray... Il y a pire compagnie pour se mettre en appétit avant l'orgie cinéphile qui s'annonce.

Fin du conte cruel de Laura Antonelli (1941-2015)

Posté par vincy, le 22 juin 2015

laura antonelliAinsi la tragédie s'achève. Laura Antonelli a été retrouvée morte, sans qu'on ne connaisse les causes de son décès, à son domicile près de Rome, à l'âge de 73 ans. Née le 28 novembre 1941 à Pula (alors en Italie et désormais en Croatie); l'ancienne compagne de Jean-Paul Belmondo (de 1972 à 1980), Laura Antonelli ne tournait plus depuis 25 ans.

Professeur d'éducation physique, elle commence sa carrière à la télé et dans des romans photos avant d'être enrôlée par le cinéma au milieu des années 60. La très belle jeune femme est vite repérée. Dès son deuxième film, elle tourne avec Vincent Price dans une parodie de James Bond, L'espion qui venait du surgelé. Mais avec la Laura, le froid n'existe pas: tout se réchauffe. Sa dimension érotique n'échappe pas aux producteurs. Elle sera souvent la fille sexy de comédies ou drames érotiques comme La révolution sexuelle de Riccardo Ghione (1968), Vénus en fourrure de Massimo Dallamano (d'après le roman de Leopold von Sacher-Masoch, 1969), Gradiva de Giorgio Albertazzi (1970).

Bébel

En 1971, elle vient tourner en France pour Philippe Labro. Sans mobile apparent, co-scénarisé avec Jacques Lanzmann, réunit Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda et Jean-Pierre Marielle. Elle enchaîne avec Les Mariés de l'An II, de Jean-Paul Rappeneau, avec Belmondo, Marlène Jobert, Pierre Brasseur et Sami Frey. Le film est en compétition à Cannes et connaît un gros succès en salles. Antonelli incarne le rôle d'une jeune aristocrate dont s'éprend Belmondo, ce qui réveille une jalousie féroce chez Jobert. Le personnage devait être interprété par Claude Jade.

Dès lors, Antonelli et Bébel seront fiancés à la ville et à l'écran. On les retrouve dans Docteur Popaul, le plus grand succès de Claude Chabrol. Elle y est la soeur de Mia Farrow. "C'est avec une profonde tristesse que je viens d'apprendre le décès de Laura Antonelli. Laura fut pour moi avant tout une compagne adorable, au charme exceptionnel", a réagi Jean-Paul Belmondo dans une déclaration écrite à l'AFP. "Elle fut également une partenaire de grande qualité que tout le monde appréciait sur les plateaux. Je ne veux garder d'elle que ces merveilleux souvenirs" a-t-il ajouté.

Risi, Visconti, Comencini, Scola...

En 1973, avec la comédie érotique Malicia de Salvatore Samperi, elle connaît à la fois un immense succès commercial et le respect des critiques. Elle obtient le Ruban d'argent (récompense du Syndicat des critiques de cinéma italiens) de la meilleure actrice et s'affirme comme une égérie de ce genre de films, où elle est l'objet de rivalité entre deux frères chauds bouillants. Le film connaîtra une suite ridicule en 1991, Malicia 2000.

belmondo antonelliGrâce à ce rôle, les cinéastes les plus respectés en Italie la font tourner: Dino Risi dans Sexe fou (1973) où elle interprète les 8 personnages des sketches, Mon Dieu, comment suis-je tombé si bas? de Luigi Comencini (1974), L'Innocent de Luchino Visconti (1976), en épouse trompée qui va elle-même succomber aux charmes d'un autre homme. Le film fut en compétition à Cannes. Et surtout le mélo Passion d'amour d'Ettore Scola (1981), lui aussi présenté à Cannes, et qui lui valu un prix David di Donatello de la meilleure actrice dans un second rôle.

Pourtant, après ce film, sa filmographie va s'appauvrir. Absente des écrans durant trois ans, elle ne revient que pour des comédies, des films à sketches et des séries TV. Seule exception, La Vénitienne de Mauro Bolognini en 1986 où elle endosse son dernier grand rôle dramatique en veuve séduite par un jeune homme. C'est surtout une autre tragédie qui va s'annoncer pour elle.

Cocaïne, collagène et déchéance

En 1991, l'échec retentissant de Malicia 2000 coïncide avec son arrestation pour détention de 36 grammes de cocaïne. Elle est assignée à résidence, condamnée à la prison dans un premier temps, et après 9 ans de procédure enfin acquittée. Mais cette année-là, sa carrière s'arrête brutalement. C'est aussi cette année-là qu'elle commence à se faire injecter du collagène dans le visage pour cacher ses premières rides. Malheureusement, elle est victime d'une allergie effroyable qui la défigure. L'actrice porte plainte conte le chirurgien esthétique et, 13 ans plus tard, perd son procès. Toutes ces longues procédures judiciaires l'ont fragilisée au point d'être internée dans un asile. Ce sera le seul procès qu'elle gagnera: celui contre le ministère de la Justice italien, accusé de lenteur abusive.

Cette souffrance et cette destruction l'ont conduite à s'isoler depuis 12 ans, mise sous tutelle, en pleine dévotion religieuse, vivant dans la pauvreté extrême. Depuis plusieurs années, Laura Antonelli vivait recluse chez elle, sans téléviseur, ni livre, passa,t ses journées à écouter une radio religieuse. Dans une rare interview à un hebdomadaire local, l'Ortica, elle expliquait: "Je n'étais pas heureuse. Cela peut sembler paradoxal, mais un jour tu te regardes dans le miroir, tu vois que tu es belle, riche et célèbre, mais tu te rends compte qu'il y a un vide à l'intérieur". "C'est comme ça qu'arrivent les erreurs. Tu tombes dans le précipice, et ce n'est que grâce à la foi que j'ai surmonté toutes les adversités", ajoutait-elle. "Mon amour pour Dieu m'a aidée, je répète à tout le monde que je ne suis pas folle."

Elle fut l'une des créatures divines du 7e art italien. Et comme dans les Contes cruels, elle fut métamorphosée. On gardera d'elle le souvenir de sa beauté.

Acteur, scénariste et dialoguiste de génie, Daniel Boulanger nous quitte

Posté par vincy, le 28 octobre 2014

daniel boulanger à bout de souffle godardL'écrivain et scénariste Daniel Boulanger est décédé hier soir à 92 ans. Prix Goncourt de la nouvelle pour "Fouette Cocher!", Prix de l'Académie française pour "Vessies et lanternes", juré Goncourt de 1983 à 2008, il était l'auteur d'une soixantaine de romans.

À partir des années 1960, cet homme trapu, le crâne rasé, et le regard bleu acier, a fait l'acteur. Inspecteur Vital dans À bout de souffle, truand dans Tirez sur le pianiste, il a prêté sa gueule à Godard, de Broca, Truffaut, Chabrol, Lelouch et même Zidi, en directeur de banque, dans La zizanie.

C'est surtout en tant que scénariste que l'écrivain a gagné ses lettres de noblesses dans le 7ème art. Et sa filmographie à ce titre est palpitante. Pour de Broca, il écrit quelques unes des meilleures comédies françaises parmi lesquelles Cartouche, L'homme de Rio, Les tribulations d'un chinois en Chine, Le Diable par la queue, Les caprices de Marie, Chouans!. Pour Chabrol, il s'amuse avec Les sept pêchés capitaux, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La route de Corinthe et Le cheval d'orgueil. Parmi ses autres films, passant de la comédie au polar, on retient La vie de château de Jean-Paul Rappeneau, Les pétroleuses de Christian-Jacques, Le plus vieux métier du monde de Claude Autant-Lara, L'affaire Dominici de Claude Bernard-Aubert, Police Python 357 d'Alain Corneau.

Boulanger a également signé les dialogues de films cultes comme Peau de banane de Marcel Ophuls, Angélique marquise des anges, Le voleur de Louis Malle, Monnaie de singe d'Yves Robert et Les mariés de l'an II de Rappeneau.

Le jeu comique de Belmondo lui doit beaucoup. De Montand à Noiret, de Deneuve à Marielle, les plus grands ont incarné ses personnages et ses mots à l'écran.

Avec L'homme de Rio, il avait été nommé en 1965 à l'Oscar du meilleur scénario, aux côtés de Jean-Paul Rappeneau, Ariane Mnouchkine et Philippe de Broca. Il avait reçu le prix du meilleur scénario au Festival de Locarno en 1960 pour Le farceur, comédie de de Broca avec Anouk Aimée et Jean-Pierre Cassel.

Georges Lautner (1926-2013) : les tontons, Monocle, Guignolo et autres barbouzes orphelins

Posté par MpM, le 23 novembre 2013

Georges Lautner 1966Georges Lautner semblait destiné au cinéma. A l'âge de sept ans, il déménage à Paris pour suivre sa mère qui s'apprête à commencer une carrière cinématographique. Marie-Louise Vittore, plus connue sous le pseudonyme Renée Saint-Cyr (elle apparaîtra sous ce nom dans une dizaine de films de son fils), connaît un succès certain avec Les deux orphelines de Maurice Tourneur et enchaîne les tournages avec René Clair, Jean Grémillon, Christian-Jacques... ce qui amène le jeune Georges à fréquenter assidument les milieux cinématographiques et les salles obscures.

Son bac en poche, après la libération de Paris, il commence une série de petits boulot liés au cinéma, dont décorateur sur La Route du Bagne de Léon Mathot. Il fait ensuite son service militaire, ce qui lui vaut un stage de projectionniste 16 mm puis un passage au service cinématographique des armées de Paris. Fort de ces expériences, il devient second assistant-réalisateur (notamment auprès de Sacha Guitry pour Le Trésor de Cantenac en 1949) et s'oriente peu à peu vers une carrière de cinéaste, après quelques apparitions devant la caméra qui lui confirment qu'il est trop timide pour être acteur.

C'est en 1958 qu'il trouve l'occasion de réaliser son premier long métrage, La Môme aux boutons, un échec commercial cuisant. Georges Lautner considérera toujours le suivant, Marche ou crève, comme son véritable premier film. Tout en faisant ses armes derrière la caméra, Georges Lautner rencontre peu à peu ceux qui l'accompagneront pendant une partie de sa carrière : l'acteur Bernard Blier, le scénariste et journaliste Pierre Laroche (avec lequel il collabore à cinq reprises) et surtout le directeur de la photographie Maurice Fellous.

Son premier succès commercial a lieu en 1961 avec Le monocle noir, une parodie d'espionnage qui met en scène Paul Meurisse dans le rôle du Monocle. Deux autres volets suivront : L'oeil du monocle en 1962 et surtout Le monocle rit jaune en 1964. Summum de la parodie des films d'espionnage, situé à Hong Kong, le film est un régal d'aphorismes ("Il est toujours bon, jeune homme, d'être en guerre avec les Anglais", "Voyez-vous, Major, plus je vois ces Chinois, plus je me dis : Mon Dieu, qu'ils sont Français...", "Mon nom de baptême est Théobald, je vous autorise à m'appeler... Mon Commandant", etc.), de situations décalées et de fusillades excentriques. Il doit sans doute beaucoup aux dialogues de Michel Audiard qui collabore pour la deuxième fois à un film de Lautner.

Leur première collaboration est restée à tout jamais dans les annales : Les tontons flingueurs, film noir hilarant où les gangsters ont de belles manières et le sens de la formule (la moitié des répliques sont restées dans les mémoires aujourd'hui encore alors qu'on fête son 50e anniversaire), restera probablement le film le plus connu de Georges Lautner (à son grand dam). En plus de réunir un casting 5 étoiles : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche..., il condense tout ce qui fait le sel du cinéma de Lautner : personnages charismatiques, sens de la formule, intrigue centrale prétexte à de nombreux rebondissements décalés, gros plans qui mettent en valeur le jeu des acteurs, découpage serré qui dynamise l'action...

Dans le genre, le cinéaste signera un autre film culte, Les barbouzes, qui réunit à nouveau les acteurs des Tontons, et leur adjoint la blonde Mireille Darc, véritable égérie de Lautner (on la retrouve dans Ne nous fâchons pas, Galia, Les pissenlits par la racine, La grande sauterelle...).

Le succès de Lautner se confirme dans les années 70 avec Il était une fois un flic, La valise, Quelques messieurs trop tranquilles... Après avoir offert un rôle à Jean Gabin dans Le Pacha, le réalisateur continue de tourner avec les plus grands : Jean-Pierre Marielle, Jean Yanne, Pierre Richard, Alain Delon et même Jean-Paul Belmondo avec lequel il se lie d'amitié. Les deux hommes tourneront ensemble Flic ou voyou, Le professionnel, Le Guignolo, Joyeuses Pâques...

Le succès de Lautner se dément un peu dans les années 80 où il alterne échecs commerciaux et succès relatifs. Fidèle à lui-même, il tourne avec Aldo Maccione (Le cow-boy), Michel Serrault (La cage aux folles 3), Patrick Bruel (La maison assassinée), Jean Carmet (L'invité surprise), Michel Galabru (Room service), et même Robert Mitchum (Présumé dangereux). En 1992, il met un terme à sa carrière (une quarantaine de films en 60 ans) avec L'inconnu dans la maison, librement adapté du roman de Georges Simenon, et qui sera une déception d'un point de vue commercial. Depuis, il s'était retiré à Grasse, dans un moulin appartenant à sa famille.

Malmené par la critique tout au long de sa carrière, Georges Lautner avait pourtant offert ses lettres de noblesse à un genre, la série B, qui a depuis inspiré plusieurs générations de cinéphiles et de réalisateurs. Aussi, peut-être serait-il légèrement ironique devant le torrent d'éloges qui accompagnent l'annonce de son décès : Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, voit en lui un "inoubliable scénariste et réalisateur de grands films rassembleurs" ; "Il a fait tourner les plus grands et rire tout le monde. C'était un homme délicieux, d'une modestie charmante et d'un métier sûr. Merci, Georges", souligne Gilles Jacob ; Philippe Labro, journaliste, romancier et cinéaste, salue le "formidable professionnel qui est allé au plus grand public" ; le Premier ministre Jean-Marc Ayrault fait quant à lui part de sa "grande tristesse" face à la mort de celui dont le "cinéma fut le modèle du cinéma populaire, que des générations de Français connaissent en le redécouvrant toujours avec bonheur car il est profondément ancré dans notre patrimoine cinématographique".

Ceux qui l'ont bien connu ne sont pas en reste : Claude Rich se souvient avec émotion de celui qui le fit tourner dans Les tontons flingueurs : "Georges Lautner était un metteur en scène du rire de qualité, avec à son actif des films comiques et amusants mais jamais vulgaires" et rappelle que personne "ne s'imaginait décrocher un tel succès. On pensait que ça resterait un film de série B. On s'est rendu compte très vite que ça devenait un film important". "Merci Georges, le cinéma est bien triste ce soir" a de son côté déclaré Patrick Bruel qui avait joué dans La maison assassinée en 1987.

Mais la meilleure oraison funèbre figurait déjà en filigrane dans Le monocle rit jaune en 1964. Aussi, paraphrasant à la fois Bossuet et Audiard,  conclurons-nous par ces mots : "Ô nuit désastreuse, Ô nuit effroyable où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre cette étonnante nouvelle, Georges Lautner se meurt, Georges Lautner est mort. Aujourd'hui, le panthéon cinématographique, par les milliers de témoignages qui affluent, l'accueille pour l'éternité."

Lumière 2013, Jour 1 : Jacques Demy, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo « again »

Posté par Morgane, le 16 octobre 2013

dominique sanda une chambre en ville

En cette première journée de festival, je passe de Jacques Demy et son film chanté à Jean-Paul Belmondo et son Itinéraire d'un enfant gâté en faisant une pause par la case Jean Seberg avec le documentaire que lui a consacré Anne Andreu, spécialiste ès grandes dames du cinéma.

La journée commence donc sous le ciel gris de Nantes aux côtés des métallos grévistes, en 1955. Dans Une chambre en ville , film de 1982, Jacques Demy dépeint admirablement la rencontre entre ces ouvriers en grève et la petite bourgeoisie nantaise qui se croisent tout d'abord par la petite fenêtre sociale (François loge chez la "baronne" Madame de Langlois incarnée par la sublime Danielle Darrieux) puis par la grande porte de l'amour sous les traits d'un véritable coup de foudre entre François (Richard Berry) et Edith (Dominique Sanda). Jacques Demy rend hommage à l'amour, à la lutte, à la classe prolétarienne à travers ce film unique par sa forme, entièrement chanté, à mi-chemin entre le cinéma et l'opéra populaire. Le film est actuellement en salles dans toute la France.

Pour le présenter, Dominique Sanda, Mathieu Demy, Richard Berry et Jean-François Stévenin étaient présents. Mathieu Demy, fils du réalisateur, nous parle de la restauration des films de son père à laquelle il a activement participé. La restauration d'Une chambre en ville a été rendue possible grâce aux soins de Ciné-Tamaris. Pour Mathieu Demy, il s'agit de l'un des plus beaux de son père.
Dominique Sanda, quant à elle, remercie l'action du Festival Lumière et termine par cette phrase : "J'étais la muse de Jacques Demy sur ce film et j'en suis très fière". Elle présentera quelques heures plus tard le film qui l'a révélée, Une femme douce de Robert Bresson. C'est au tour de Richard Berry et de Jean-François Stévenin de prendre le micro et, tour à tour, de nous raconter diverses anecdotes du tournage. Richard Berry commence par nous parler de ses polos. En effet, pour ce film, Jacques Demy voulait absolument qu'il porte des polos de couleurs très vives mais Rosalie Varda, la costumière, n'en trouvait aucun dans le commerce. Elle a donc dû les tricoter elle-même. Il est ravi par ailleurs de la restauration qui fait ressortir toutes ces belles couleurs. Jean-François Stévenin revient sur la scène de l'affrontement entre les CRS et les grévistes. Les figurants qui jouaient les CRS prenaient leur rôle tellement à coeur qu'il en est ressorti avec six points de suture. Et en effet, dans le film, dans les scènes qui ont été tournées après celle-ci, on aperçoit ces quelques points de suture sur son front! Richard Berry revient également sur la difficulté d'être complètement synchrone car, toutes les chansons étant enregistrées en amont, les acteurs intervenaient en playback.

Dernière  anecdote, très bien reçu par la critique, le film, sortant en même temps que l'As des as avec Belmondo, fut un échec commercial. Les critiques se sont alors cotisés pour offrir une page dans Le Monde regroupant toutes les bonnes critiques du film. Toujours est-il qu'aujourd'hui la salle était comble et le succès au rendez-vous.

anne andreuÀ l'Institut Lumière, là où le cinéma a vu le jour, partons découvrir Éternelle Jean Seberg, documentaire consacré à l'actrice d'À bout de souffle et réalisé par Anne Andreu (photo). En 50 minutes, la réalisatrice retrace la vie mouvementée de cette actrice engagée sans tomber dans le voyeurisme. Tout en justesse et en retenue, le film évoque les débuts de la très jeune Jean (tout juste 18 ans) aux côtés d'Otto Preminger, qui ne sera pas très tendre avec elle. Révélée ensuite aux côtés de Jean-Paul Belmondo face à la caméra de Jean-Luc Godard dans À bout de souffle, sa vie tourne de plateaux en plateaux, de mariages (celui avec Romain Gary dont naîtra Diego Gary) en amants (dont Clint Eastwood entre autres), d'engagement politique très fort auprès du mouvement des Blacks Panthers pour finalement sombrer dans la tourmente, pousser dans ses retranchements par le FBI qui souhaitait la "neutraliser". Elle se donne la mort le 30 août 1979 alors que sa vie croise le chemin de la folie de son personnage Lilith qu'elle avait incarnée en 1964.

Plus personne pour crier sur les Champs-Elysées "International Herald Tribune", qui d'ailleurs vient de changer de nom cette semaine. Double peine.

Enfin, mes pas me guident à la projection d'Itinéraire d'un enfant gâté. Sans doute l'un des meilleurs films de Claude Lelouch, hanté par cette ritournelle "qui me dira les mots d'amour qui font si bien du mal". Elle me trotte encore dans la tête. Lelouch suit Sam, Bébel magnifique (et césarisé pour ce rôle), durant près de 50 ans. Ses blessures, ses fêlures, sa force, ses amours, ses enfants puis tout à coup cette lassitude qui l'assomme, cette envie forte et profonde de tout plaquer pour un ailleurs. Lequel? Il ne sait pas et s'en fout, juste ce désir fou de repartir à zéro, de se reconstruire seul avec soi, puis avec d'autres qui deviennent peu à peu sa nouvelle famille. Claude Lelouch, présent pour l'occasion, revient sur cette idée de choix et de famille. "On a tous deux familles. Celle que nous donne la biologie et celle que l'on choisit". Sam Lion décide donc de quitter sa famille et va en quelque sorte en choisir une autre en la personne de Richard Anconina, superbe dans son rôle de jeune homme peu sûr de lui, un peu maladroit mais des rêves plein la tête. Claude Lelouch qui fait ses films selon ses humeurs dit-il, ajoute qu'il y a un vécu derrière l'histoire de ce film, lui qui à cette époque se considérait comme un véritable enfant gâté. Richard Anconina prend alors la parole et avoue que "c'est toujours très impressionnant de venir présenter un film 25 ans après sa sortie". Il ajoute que ce film est un de ceux qui vous suit toute votre vie...

Tout cela ensoleille une journée qui se termine sous la pluie, un temps qui donne envie de se réfugier dans les salles obscures... A demain.