A voir à lire menacé, Chaos Reigns s’arrête

Posté par redaction, le 8 juillet 2018

aVoir-aLire.com, webzine culturel, a lancé l'alerte: une menace apocalyptique risque de s'abattre sur les magazines en ligne culturels. Ces "parasites" qui osent défier la critique officielle, éparpiller le lectorat sur d'autres sites que ceux des "grandes marques", et se sont installés comme des références pour leurs lecteurs, las du "dogme" critique de la presse écrite des ancêtres.

Le site a 18 ans d'existence. Il est composé de bénévoles. Il est indépendant.

"Aujourd'hui, nous sommes condamnés en justice pour avoir publié en illustration de notre critique du film A Bout de Souffle, deux photographies que nous pensions issues du film et destinées à la presse mais ce n'était pas le cas et l'auteur des photographies s'est fait connaître et a exigé le retrait immédiat de ses oeuvres. C'est ce que nous avons fait en nous excusant mais malgré cela, le photographe nous a assigné en réparation de son préjudice tiré de la violation de ses droits d'auteur. Malgré nos excuses, notre retrait immédiat des photographies litigieuses, le Tribunal de Grande Instance de Paris nous a condamné à verser 11 000 €, sans compter les sommes que nous avons déjà exposées pour nous défendre. Même si la somme est inférieure à ce que l'auteur des photographies demandait, pour nous le coup est dur et nous n'avons tout simplement pas les réserves financières pour régler cette somme qui est exigible immédiatement" explique aVoir-aLire dans un appel à soutien (et à moyens).

Ce n'est pas le seul. Chaos Reigns, dans un message de soutien, a décidé de tout foutre en l'air: "Les nouvelles ne sont pas bonnes. Tout d'abord, nous exprimons notre soutien le plus total à nos confrères de AVoir ALire. Leur site est clairement menacé, une décision de justice a lourdement sanctionné l'équipe pour l’utilisation de deux clichés issus du film "A bout de souffle". Et ce n'est pas le seul site dans le collimateur, manifestement (d'autres ont reçu des courriers d'avocat il y a peu). Face à cette envie de fouiller et de s'attaquer à tous les sites culturels, nous fermons (pour l'instant) le site, histoire de ne pas être à notre tour menacé d'extinction. Merci de votre compréhension et bisous chaos." L'accès est désormais impossible à ce webzine décoiffant, décapant, impertinent, et là encore indépendant, coécrit par de formidables plumes.

Un pluralisme en danger

Ce sont deux mauvaises nouvelles, qui ne raviront que ceux qui veulent transformer internet en un agglomérat de "marques" industrielles et "officielles". Le web a toujours été un espace de liberté permettant à chacun de créer son espace d'expression. A cause de cette industrialisation des médias et de la dépendance à Facebook et Google, le marché publicitaire s'est réduit pour la plupart des webzines indépendants. Aussi, l'économie n'a jamais été au rendez-vous de ces "petits" sites (qui malgré tout, cumulés, font une sacrée fréquentation), qui se permettent encore de faire de la critique, de choisir librement les films, livres, spectacles dont ils parlent, et qui se produisent avec des moyens associatifs ou coopératifs. Cela donne de la visibilité à des journalistes comme cela permet un débat (virtuel) sur des œuvres culturelles alors même que la culture se réduit dans la presse écrite et à la télévision. Autrefois une référence, Les Cahiers du cinéma ne se vendent plus qu'à 16000 exemplaires en moyenne quand un Sens Critique compte quelques centaines de milliers d'utilisateurs.

aVoir-aLire ne menaçait pas grand monde, Chaos Reigns non plus. Mais ils sont utiles. Comme tous les autres. Leur économie est fragile (moins d'aides d'Etat, beaucoup moins, moins de publicité, largement moins) mais leur visibilité était indéniable et leurs contenus respectés.

Sanctions judiciaires disproportionnées

Bien sûr, un photographe mérite d'être rémunéré. Les photographes aussi deviennent précaires. Eux-mêmes se lancent d'ailleurs dans l'autopublication (sur les réseaux, dans des livres, sur le web). Généralement d'ailleurs ce sont plutôt "les vieux de la vieille" qui portent plainte. Ceux qui avaient des clichés exclusifs d'avant les années Internet. Ceux qui croient encore vivre dans une époque où le photographe était partie prenante des rédactions. L'arrivée de la diffusion numérique a bouleversé leur modèle économique, leur profession, leur statut.

En l'occurrence, ici la justice est-elle juste? Pourquoi tuer un site éditorial et 18 ans d'existence pour deux photos? Une photo, au tarif actuel, ne dépasse pas les 100-200 euros. Pourquoi réclamer à un site de bénévoles une somme astronomique (que même beaucoup de pigistes ne gagnent pas en une année, les obligeant à travailler à côté) ? Pourquoi cette cupidité meurtrière ? D'autant, que ces photos sont propagées sur Google Images. C'est Google qu'il faudrait attaquer pour la diffusion publique de ces images. Ce ne sont que des reprises, dont le copyright n'était pas mentionné. Des agences ont pris l'habitude de bien "marquer" leurs photos pour identifier la provenance et la propriété.

Si le plaignant était un réel amoureux du cinéma, et un artiste défendant la culture pour tous, il aurait du demander une somme normale, hors justice, contractualisée pour la diffusion de ses œuvres, avec mention du droit d'auteur. Là, on a juste l'impression qu'il veut encore toucher "un pognon de dingue" avec un travail effectué il y a près de 60 ans. Au final il aura tué quelques sites culturels par égoïsme. A bout de souffle ne sera connu qu'à travers des extraits et son affiche. Bref, il aurait pu voir et pu lire que ce ne sont pas les petits webzines qui le spolient, puisqu'ils contribuent, au contraire, à la perpétuation de son travail.

On peut le dire: le chaos règne désormais. L'apocalypse c'est now. Un jour plus personne ne saura à quoi ressemblait Jean Seberg faisant la bise à Jean-Paul Belmondo sur les Champs-Elysées. Ni pourquoi ce film en noir et blanc de Godard fascinait encore des jeunes critiques 50 ans après sa sortie.

L'extinction des magazines culturels indépendants a commencé. Google s'en fout. Les grands journaux seront ravis.

Cannes 2018: Kore-eda et Spike Lee sacrés par le jury de Cate Blanchett

Posté par vincy, le 19 mai 2018

Le 71e Festival de Cannes s'achève ce samedi avec son palmarès dont voici les lauréats. Il est forcément différent du notre (lire notre palmarès). Mais on y retrouve quelques films communs pour notre plus grand plaisir... Il y a des évidences (le prix d'interprétation féminine par exemple et dans une certaine mesure le prix du jury), des facilités un peu contestables (prix de la mise en scène, prix d'interprétation masculine), un drôle de partage (prix du scénario), une audace salutaire (une Palme d'or spéciale).

Mais on ne peut que se féliciter le jury pour le grand doublé Spike Lee (Grand prix du jury) / Kore-eda Hirokazu (Palme d'or), deux de nos films favoris à Cannes. C'est la cinquième Palme d'or japonaise (et la première depuis 1997).

Notons que la Caméra d'or a été décernée à Girl, déjà lauréat d'un prix d'interprétation par le jury Un certain regard, du prix Fipresci Un certain regard et de la Queer Palm. Un carré d'as.

Compétition

Palme d'or: Une affaire de famille de Kore-eda Hirokazu
Palme d'or spéciale: Jean-Luc Godard (Le livre d'image)
Grand prix du jury: BlacKkKlansman de Spike Lee
Mise en scène: Pawel Pawlikowski pour Cold War
Interprétation féminine: Samal Yeslyamova (Ayka)
Interprétation masculine: Marcello Fonte (Dogman)
Scénario: Alice Rohrwacher (Heureux comme Lazzaro) et Jafar Panahi & Nader Saeivar (Trois visages)
Prix du jury: Capharnaüm de Nadine Labacki

Court métrage
Palme d'or du court métrage: Toutes ces créatures de Charles William
Mention spéciale Court métrage: On the border de Wei Shujun

Caméra d'or (meilleur premier film toutes sélections confondues)
Girl de Lukas Dhont, "qui a su allier une immense délicatesse et une puissance."

Cannes 2018 : Nos retrouvailles avec Jean-Luc Godard

Posté par MpM, le 10 mai 2018

La 71e édition du Festival de Cannes sera godardienne ou ne sera pas. Cinquante ans après le fameux festival 1968 qu’il contribua à faire arrêter, le doyen des cinéastes de la Nouvelle vague est de retour sur la Croisette, avec à la fois une affiche tirée d’un de ses films (Pierrot le fou) et un long métrage en compétition, Le livre d'image.

Si l’on sait qu’il ne sera pas personnellement présent à Cannes (il s’en était clairement expliqué lors de sa dernière sélection en 2014), son ombre planant sur le tapis rouge a quelque chose de forcément ultra symbolique, surtout en cette année anniversaire des révoltes étudiantes et ouvrières de Mai 68.

D’autant que Jean-Luc Godard et Cannes, c’est une histoire longue et mouvementée qui court elle-aussi sur un demi-siècle. Le Festival est totalement passé à côté des chefs d'œuvre du cinéaste et, c’est difficile à croire, n’avait remarqué ni A bout de souffle (Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin), ni Pierrot le fou (sélectionné à Venise), ni Le mépris, ni Alphaville (Ours d’or à Berlin), ni La Chinoise (sélectionné à Venise)… ni aucun des films de la prolifique période 1960-1968.

Alors, c’est vrai, le réalisateur avait fait sa première incursion dans la course à la palme d’or en 1962, grâce à Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, dans lequel il apparaît. Mais en réalité, il aura fallu attendre 1970, et un film relativement mineur, Vent d’Est, pour que Godard soit sélectionné à Cannes avec l’une de ses œuvres. Et encore : pas en compétition officielle, mais à la Quinzaine. C'est un début.

Les années suivantes, on le retrouve dans la section « Perspectives du cinéma français » (qui n’existe plus aujourd'hui) : en 1976 avec Comment ça va et en 1977 avec Ici et ailleurs. Enfin, Gilles Jacob répare « l’oubli » (le manque absolu de discernement ?) dont il avait été victime en invitant enfin Godard en sélection officielle en 1980 avec Sauve qui peut (la vie). Suivront Lettre à Freddy Buache (Un Certain regard, 1982), Passion (Compétition, 1982), Détective (Compétition, 1985), Aria (Compétition, 1987), Histoires du Cinéma (Séance spéciale, 1988), Nouvelle vague (Compétition, 1990), Histoire(s) du cinéma (Un Certain regard, 1997), Eloge de l’amour (Compétition, 2001) ou encore Notre musique (Hors Compétition, 2004).

Au milieu des années 2000, il devient un habitué de la sélection Cannes Classics, où sont montrés Moments choisis des Histoire(s) du cinéma (2005), Loin du Vietnam (2009), Pierrot le fou (2009), Masculin féminin (2016) et même Paparazzi de Jacques Rozier en 2017, un court métrage qui relate le tournage du Mépris.

Comme pour se rattraper de l’indifférence des premières années, Cannes semble ne plus pouvoir se passer de Godard, et continue en parallèle des classiques à inviter méticuleusement chacun de ses nouveaux films : en 2010, Film socialisme est à Certain Regard, en 2014, Les ponts de Sarajevo est montré en séance spéciale et Adieu au langage en compétition (il rafle un prix du jury ex-aequo avec Xavier Dolan, tout un symbole).

Et même quand il n’a pas de longs métrages à présenter, Godard réussit à s’inviter dans la grand messe cannoise : en 2013, son court métrage The three disasters est en clôture de la Semaine de la Critique dans le cadre du programme 3X3D aux côtés de Peter Greenaway & Edgar Pêra. En 2016, l’affiche de la sélection officielle est tirée du Mépris. En 2017, il est carrément le personnage principal du Redoutable de Michel Hazanavicius.

Certains fustigent d’ailleurs l’image comico-ridicule que donne de lui le film, et s’insurgent de cette pochade qui s’attaque à leur idole. Le livre d'image sera-t-il une forme de droit de réponse ? Un nouveau virage dans la carrière du réalisateur ? La poursuite de ses expérimentations des dix dernières années ? Peu de choses ont transpiré sur le film, mais il figure probablement parmi les plus attendus de ces dix jours. Parce que Cannes s’essouffle, le cinéma s’étiole, la critique se meurt, mais l’effet Godard, lui, n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction.

France Gall débranche (1947-2018)

Posté par vincy, le 7 janvier 2018

France Gall a résisté au cinéma, mais le cinéma a eu du mal à résister aux chansons de France Gall. Malgré les propositions de Chabrol et Pialat, malgré son intérêt pour le 7e art, elle n'aura jamais été à l'écran. La chanteuse, morte ce matin à l'âge de 70 ans, était pourtant l'une des plus populaires des années 1960 aux années 1990. Qui ne connaît pas ses tubes signés Serge Gainsbourg et Michel Berger? Deux albums de diamant, 20 millions d'albums vendus (ils sont dix en France à avoir atteint ce chiffre), un Grand prix de l'Eurovision (pour le Luxembourg), deux Victoires (meilleure interprète, artiste la plus exportée), "Babou" était une figure transgénérationnelle de la culture populaire, au sens noble du terme.

Pour commencer, il faut parler de Godard. Une fois Berger au paradis blanc, elle devient la gardienne du temple de son patrimoine musical et fait revivre à travers des mixages nouveaux les chansons de leur répetroire. Pour lancer cette nouvelle carrière et rendre hommage à Berger, elle chante "Plus haut", une chanson de 1981, et demande à Godard de lui faire le clip. Et c'est une œuvre d'art en soi. Pour des questions de droits, il n'a été diffusé qu'une seule fois à la télévision. Il appartient aux collections du Centre Pompidou.

Gainsbourg avait très bien vu en Gall autre chose qu'une Lolita: "France Gall, c'est Alice au pays des merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas de mal d'Alice. Ceux qui n'aiment pas France Gall se trompent".

Et justement. Sara Forestier l'a incarnée dans Gainsbourg : vie héroïque, de Joann Sfar (2010), époque "Poupée de cire, poupée de son". Joséphine Japy lui a succédé dans Cloclo, de Florent Emilio Siri (2012), où sa relation avec Claude François était racontée jusqu'à la création de "Comme d'habitude" inspiré par leur rupture.

Pour le reste, les chansons de France Gall ont été souvent utilisées dans le cinéma et pas seulement français. La séquence la plus emblématique reste signée Alain Resnais dans On connaît la chanson. "Résiste" clamait Sabine Azéma, comme un slogan, que la chanson est d'ailleurs devenue au fil du temps. Le même morceau a d'ailleurs été repris dans 20 ans d'écart de David Moreau.

Côté période Gainsbourg, les airs des sixties ont illustré des films aussi différents que Vue sur mer (By the Sea) d'Angelina Jolie ("Néfertiti"), Boulevard de la mort (Death Proof) de Quentin Tarantino et le récent Combat de profs de Richie Keen ("Laisse tomber les filles"), ou La fille d'un soldat ne pleure jamais (A Soldier's Daughter Never Cries) de James Ivory ("Teenie Weenie Boppie").

Xavier Dolan est remonté plus loin avec une chanson signée par Robert Gall, son père, auteur de "La Mamma" d'Aznavour, ("Cet air-là") dans Les amours imaginaires. Pascale Ferran dans L'âge des possibles a préféré opter pour un tube de Berger, "Babacar" (on vous défie de ne pas chanter "Où es-tu?" après avoir lu cette ligne).

Dans 40 milligrammes d'amour par jour de Charles Meurisse, on entend le tube de Starmania, "Besoin d'amour", tandis que dans Qui m'aime me suive de Benoît Cohen, c'est la fameuse "La Déclaration d'amour" qui est en bande son.

Plus ancien, on retrouve la voix de France Gall avec "Je me marie blanc" dans la BOF de Au hasard Balthazar de Robert Bresson.

On peut aussi citer la BOF de Sérieux comme le plaisir, film français réalisé par Robert Benayoun, dont Michel Berger a signé la musique et où Gall participe vocalement.

Mais on finira surtout par la chanson du générique de L'écume des jours de Michel Gondry. "Mais aime-là" (1975) y est reprise par Loane.

Johnny Hallyday ne retient plus la nuit (1943-2017)

Posté par vincy, le 6 décembre 2017

Johnny Hallyday n'est plus. Le chanteur était un "monument national". Du rock à la soul, de la variété au blues, de la country à la chanson française, en évitant le disco quand même, il avait vendu plus de 100 millions de disques,  attiré près de 29 millions de spectateurs lors de ses concerts, travaillé avec Michel Berger et Jean-Jacques Goldman. Ses tubes "allumaient le feu" sur scène: Souvenirs, Souvenirs, Retiens la nuit, L'idole des jeunes, Que je t'aime, Noir c'est noir, Gabrielle, Ma gueule, Le pénitencier, Quelque chose de Tennessee, Le chanteur abandonné, L'envie, Je te promets, J'oublierai ton nom, Marie etc... Le blouson noir est mis au vestiaire depuis cette nuit. Né Jean-Philippe Smet le 15 juin 1943, Johnny Hallyday est mort à l'âge de 74 ans le 6 décembre 2017.

Il aimait le cinéma aussi. "Quand j'ai un problème, disait-il, je rentre dans une salle de cinéma pour tout oublier." Et pas seulement en ayant été le compagnon de Nathalie Baye, avec qui il a eu une fille, Laura Smet, qui partagent toutes les deux, pure coïncidence, le grand écran pour la première fois aujourd'hui en salles avec le film Les Gardiennes.

Johnny aimait jouer. Un petit rôle dans Les diaboliques chez Clouzot où il devait espionner Signoret coupé au montage, quelques cours à la rue Blanche, une envie de théâtre. Puis il a eu Catherine Deneuve en partenaire dans Les Parisiennes. Il devient ami de Vadim et chante "Retiens la nuit" le temps d'une scène.

L'Elvis français a pourtant été longtemps ignoré par le 7e art, trop charismatique, trop populaire, ou trop décalé? Il tourne un western minable (Le spécialiste), un film fou de Robert Hossein (Point de chute), un Lelouch (L'aventure c'est l'aventure, où le rôle principal est tenu par Jacques Brel). Lelouch se rattrapera sur le tard avec Salaud, on t'aime en 2014 et Chacun sa vie cette année. Sur RTL, Claude Lelouch rappelait ce matin: "J’ai filmé son dernier concert en solo à Vienne pour le film. Et puis j’ai filmé sa dernière séquence avec Jean Dujardin et Antoine Duléry. Et j’ai filmé son premier scopitone, sa première chanson. J’étais là au début et à la fin." Le projet avec Alain Corneau, lui, tombe à l'eau.

Paradoxalement, Aznavour, Mitchell, Souchon, Bruel, Bashung, Birkin et Montand ont eu davantage d'estime et une meilleure présence aux génériques des films.

Lire aussi notre portrait: Pourquoi pas lui?

En 1985, tandis que son plus bel album sort (Rock n' Roll Attitude, ce qui l'illustre parfaitement), Johnny nait au cinéma. Il l'avoue lui-même : c'est son premier vrai film. Sa compagne et partenaire, Nathalie Baye, est multi-césarisée. Il a suffit que Jean-Luc Godard lui propose ce pari si singulier, ce tournage si original. Il avait refusé Mocky, Pialat l'avait finalement boudé parce qu'il avait tourné avec Godard: il ne sera pas dans Police. C'est Détective. Il enchainera avec Costa Gavras, avec Conseil de famille. Beau doublé même si les films ne sont ni les meilleurs de leurs auteurs, ni des prestations mémorables.

Mais avec les échecs successifs de Terminus, Le Triangle de fer et de La Gamine, la carrière de Johnny avorte dès le début des années 90. La télé le sauve un peu, avec la série David Lansky. "J'en ai eu marre d'enquiller des films qui ne marchaient pas" confiait-il alors.

Après une apparition qui lui redonne le goût de jouer (Paparazzi grâce à l'envie de Vincent Lindon), on lui propose de nouveaux types de scripts. il accepte un second rôle sobre et paternel pour un premier film, Pourquoi pas moi?, du jeune Stéphane Giusti où sa fille est lesbienne. Laetitia Masson pensait réaliser un documentaire sur lui. Elle l'invite dans Love me, un "Que je t'aime" allégorique crié par Sandrine Kiberlain. Il enchaîne avec un caméo chez son pote Stévenin dans l'acclamé Mischka.

Hallyday se laisse aller à des choix audacieux, où son public ne le suit pas, indifférent à ce cinéma si loin de sa personnalité proche des masses. Près de 48 ans après son premier pas sur un plateau, 42 ans après son premier single, 18 ans après son premier bon film, Johnny Hallyday, à quelques mois de ses soixante bougies et d'une nouvelle tournée hexagonale, est enfin considéré comme un comédien, obtenant les faveurs des critiques et trouve son meilleur rôle dans son meilleur film: L'Homme du train de Patrice Leconte, face à Jean Rochefort. Le Festival de Venise l'accueille chaleureusement. Leconte lui a offert un cadeau magnifique en le faisant jouer avec son image de cow boy, de rocker, tout en la mélangeant à celle plus imaginaire du papa, du mec normal et pantouflard. Un western moderne où il rêve d'une autre vie, comme un chanteur espère être acteur.

Voir aussi les films avec Johnny Hallyday

Il s'essaie au polar (Crime Spree avec Harvey Keitel, Gérard Depardieu et Renaud), aimerait jouer avec Ruiz comme Veber. Finalement il s'amuse à être un ermite borgne dans Les Rivières pourpres 2 : les Anges de l'Apocalypse d'Olivier Dahan : l'ermite borgne, incarne un Jean-Philippe Smet qui ne serait pas parvenu à devenir Johnny Hallyday dans Jean-Philippe de Laurent Tuel, fait un petit tour dans
La panthère rose 2 de Harald Zwart.

En 2009, il surprend tout le monde en se frottant à Johnnie To, le prince du film noir de Hong Kong. Vengeance, entre Macao et triades, hommage aux polars d'antan, est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2009. Il monte les marches en demi-dieu vivant. Pourtant, après, entre tournées et maladies, Johnny se raréfie. On le voit jouer son propre rôle dans le Rock'N'Roll de Guillaume Canet, succès de ce début d'année 2017. Il se parodie avec délectation, prisonnier dans son "pénitencier" de banlieue parisienne, où la gardienne, Laetitia Hallyday elle-même, lui interdisait de fumer...

Au cinéma Johnny restait Johnny. Il fascinait. Mais c'est finalement l'histoire d'une passion manquée.

Edito: Smoking, no smoking

Posté par redaction, le 23 novembre 2017

Dans Battle of the Sexes, qui sort cette semaine, la championne Billie Jean King (Emma Stone), va pouvoir créer la future puissante Women Tennis Association (qui gère le circuit féminin) grâce à l'appui d'un sponsor : Virginia Slims (qui a longtemps parrainé des tournois aux Etats-Unis). Les joueuses devaient s'afficher avec un paquet de cigarettes de la marque, avec une cigarette à la main, et même à la bouche. "Vous allez devoir fumer pendant douze mois!" exige l'associée de la joueuse qui s'occupe du "business" de cette nouvelle WTA.

Bien sûr, on peut y voir une ironie tant le tabac et le sport sont incompatibles. D'ailleurs les joueuses ne fument pas. Elles doivent simuler. On peut aussi y voir un symbole de l'époque, le début des années 1970, où la clope était un symbole de la consommation de masse de l'après guerre, comme la voiture.

Il aurait été bizarre de passer cet épisode sous silence dans un film qui retrace l'émancipation des joueuses de tennis de l'époque, et qui ont pu le faire grâce à l'appui d'un fabricant de cigarettes.

Pourtant, une polémique politique récente a ravivé le débat de la présence de la cigarette à l'écran. Montrer un personnage en train de fumer dans une fiction serait une forme de propagande, pardon de publicité, incitant à inhaler de la nicotine. Le gouvernement français cherche tous les moyens pour lutter contre le tabagisme. La ministre de la Santé, Agnès Buzin, réfléchirait ainsi à des mesures autour de la représentation de la cigarette dans les films français (ce qui ne résout rien pour les autres, vus par les deux tiers de spectateurs, by the way).

Dans le cadre de l’examen du budget de la sécurité sociale, une sénatrice socialiste (si si, il en existe encore) Nadine Grelet-Certenais a interpellé la semaine dernière la ministre sur "les incitations culturelles à fumer": le cinéma, selon elle, "valorise la pratique" et la banalise auprès des plus jeunes. "La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70% des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer" explique-t-elle. La cigarette devient aussi subversive qu'un joint...

Et la ministre qui va dans son sens: "Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français." Pour elle, l'augmentation du paquet de cigarette ne suffit pas: il faut un plan qui comprenne le marketing social, les réseaux sociaux, et la "dénormalisation" de l’image du tabac dans la société. Déjà il y a deux ans l'ancienne ministre Michèle Delaunay avait suggéré d'étendre l'interdiction de la promotion du tabac aux films français. C'est donc dans l'air (empoisonné) du temps.

A quand l'alcool? Non, parce qu'on sait aussi les dégâts que causent l'alcool. Mais on sait aussi à quel point le verre de vin est culturellement ancré dans la société française, d'une part, et à quel point le vin, le cognac ou le champagne sont de grosses puissances dans l'économie du pays, d'autre part. Mais passons.

«Ne joue pas. Si tu es en train de fumer une cigarette, fume-la. Ne fais pas semblant de la fumer» - James Dean

Revenons au poison de la tige. On rappellera que la pipe de Tati avait ridiculement disparu pour l'affiche d'une exposition à la Cinémathèque, que l'affiche avec la cigarette de Coco Chanel (Audrey Tautou) avait été censurée. La lutte anti-Tabac et le cinéma, c'est une histoire de censure avant tout. Que va-t-on faire des vieux films restaurés avec Gabin, Belmondo, Moreau, tous clopes au bec? Devra-t-on bannir toutes les images de Gainsbourg, Dutronc ou Deneuve, exhalant des volutes pour le besoin de photos de magazines ? Et que peut-on faire face à un film d'époque où tout le monde fumait comme des pompiers? Enfin, si, déjà, dans les scénarios les auteurs font de moins en moins fumer leurs personnages, on ne peut pas empêcher un cinéaste de créer son plan, sa scène comme il le veut. On touche quand même à la liberté de création.

Frédéric Goldsmith, délégué général de l'Union des producteurs de cinéma (UPC), rappelait cette semaine: "C'est une réalité, beaucoup de gens fument", ajoutant que la lutte contre le tabagisme "ne peut pas passer par une atteinte à la liberté de création". Serge Toubiana, patron d'Unifrance, enfonçait le mégot: "Si on en vient à (...) légiférer sur le fait de fumer ou pas sur des écrans de cinéma, c'est qu'on a échoué sur tout le reste. Le cinéma est un art, un plaisir, un divertissement, pas un outil de propagande pour la cigarette."

Mardi, la ministre a fait demi-tour sur Twitter: la polémique s'enflammait. "Je n'ai jamais envisagé ni évoqué l'interdict(ion) de la cigarette au cinéma ni dans aucune autre œuvre artistique. La liberté de création doit être garantie." Le mensonge ce n'est pas de la propagande? Mais il est bien que la ministre ait conscience que sa potentielle mesure n'est pas possible si on veut justement respecter la liberté de création et si on veut représenter la société telle qu'elle ou telle qu'elle était.

"C'est pas pour dire, mais la première cigarette de la journée, c'est la meilleure. Ah oui, ça vous remet la bouche en forme." - Gérard Depardieu dans Les Valseuses

Car, ne soyons pas hypocrite comme un Lucky Luke qui a troqué sa "roulée" pour un brin d'herbe, dans ce cas il faut interdire beaucoup d'autres choses au cinéma: outre l'alcool, qu'on a déjà mentionné, tout ce qui est illégal ou immoral ne pourrait pas être filmé (les sujets ne manquent pas). Mais dans ce cas, à quoi servirait le cinéma qui doit, comme tous les arts nous confronter à l'inexplicable comme disait Carl Dreyer, à la face obscure de la société et aux noirceurs de l'humain? Godard disait qu'avec " le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.” Alors on arrête de boire? de fumer un bédot? On interdit de diffusion La Gifle (violence sur mineur), Quelques heures de printemps (euthanasie), A bout de souffle (harcèlement sexuel), Le souffle au cœur (inceste), et à peu près tous les films avec une voiture à essence ou diesel (pollution)? Que dire des thrillers avec meurtres ou braquages, surtout quand le "vilain" s'en sort?

On voit bien que la politique déraisonne. Laissons les auteurs filmer le monde comme ils l'entendent, avec les images qu'ils ont dans la tête. La cigarette est un élément représentatif d'un mode de vie, d'une affirmation de soi. Certes dangereux pour la santé. Mais pas illégal ni condamnable. Ce n'est pas juste l'accessoire glamour qu'on utilise après avoir fait l'amour. Comme l'écrivait l'auteur Colum McCann: “Si mauvaises que soient les cigarettes pour la santé, elles offrent une occasion de contact humain sans équivalent !

Le grand départ d’Anne Wiazemsky (1947-2017)

Posté par vincy, le 5 octobre 2017

Elle avait les traits de Stacy Martin dans Le redoutable, en compétition cette année à Cannes. Anne Wiazemsky avait raconté sa rencontre, son mariage et sa séparation avec Jean-Luc Godard, dont elle fut la muse, dans un livre, Un an après (Gallimard), qui a inspiré le film de Michel Hazanavicius.

La romancière (Grand prix du roman de l'Académie française, Prix Goncourt des lycées, Prix Renaudot des lycéens, entre autres), petite-fille de l'écrivain François Mauriac, ex-épouse de Godard, amie de Pasolini, Truffaut, Cohn-Bendit (et on en passe), est morte ce jeudi 5 octobre à l'âge de 70 ans, succombant à son cancer.

Avant d'être écrivain, Anne Wiazemsky a été actrice. Elle a débuté chez Robert Bresson en 1966, avec Au hasard Balthazar. Ensuite elle rencontre Jean-Luc Godard qui fait d'elle la vedette de La chinoise, prix spécial du jury à Venise en 1967. Ils tourneront ensemble plusieurs films: Week-end, Le gai savoir, Sympathy for the Devil, Vent d'est, Vladimir et Rosa, et Tout va bien en 1972, qui marque la fin de leur collaboration. Pour JLG, elle s'amuse à jouer les révolutionnaires, les révoltés, les idéalistes ou les rebelles.

L'actrice a tourné dans des œuvres aussi diverses que La bande à Bonnot de Philippe Fourastié, Raphaël ou le débauché de Michel Deville, Le train de Pierre Granier-Deferre, Le retour d'Afrique d'Alain Tanner, Couleur chair de François Weyergans. Mais ce sont les cinéastes italiens qui lui offrent ses plus belles prestations cinématographiques: Pier Paolo Pasolini dans Théorème en 1968 puis l'année suivante dans Porcherie ; Marco Ferreri dans La semence de l'homme ; L'empreinte des géants de Robert Enrico. Car, à l'écran Waziemsky est l'image d'une jeune intellectuelle au service de cinéastes avant-gardistes, entre insolence et subversion.

A partir des années 1980, elle se fait plus rare. Elle va amorcer sa carrière d'écrivaine. Elle prend quand même le temps de tourner: un documentaire de Delphine Seyrig (Sois belle et tais-toi), deux films de Philippe Garrel (L'enfant secret, Elle a passé tant d'heure sous les sunlights) et même un Téchiné (Rendez-vous).

L'écriture va l'accaparer : elle scénarise US Go Home de Claire Denis et adapte son roman Hymnes à l'amour pour Jean-Paul Civeyrac (le film est intitulé Toutes ces belles promesses). Elle réalise aussi trois documentaires (dont Danielle Darrieux, une vie de cinéma en 2007).

6 événements de la rentrée à ne pas rater: In the Mood of Lumière

Posté par vincy, le 17 août 2017

Festival Lumière 2017.
14-22 octobre 2017.
Institut Lumière et Grand Lyon.

C'est désormais un incontournable. A la mi-octobre, on s'enthousiasme pour des vieux films et des maîtres du cinéma d'auteur. Grâce à Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux, Lumière a pris ses marques. Cette année, le festival assumera ses lunettes noires et ses nuits blanches. Kar-wai, Godard, Melville...

Wong Kar-wai, justement, est le Prix Lumière. Le cinéaste hong-kongais, dont le style et l'esthétisme ont imprimé le 7e art comme peu de filmographies en sont capables, sera la star de cette édition.

Mais il y aura aussi d'autres stars: Tilda Swinton, icône, Guillermo del Toro, culte, Diane Kurys... Il y a également des rétrospectives. Tout Godard, première partie, les Westerns, et surtout le mystère Clouzot. On découvrira huit épisodes inédits du Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier et on célèbrera le centenaire de Jean-Pierre Melville. En musique, ce sont les sons électroniques et discos de Giorgio Moroder qui rythmeront l'événement. Et comme chaque année, le cinéma muet reprendra vie avec Harold Lloyd et Buster Keaton. The Kid Brother, avec Harold Lloyd, sera un des ciné-concerts le mercredi 18 octobre, accompagné par l’Orchestre national de Lyon dirigé par Carl Davis.

Et puisque nous sommes à Lyon, le Roi Lion s'offrira aussi une séance spéciale pour les enfants à la Halle Tony Garnier. A cela s'ajoutent la CinéBrocante et le Marché international du film classique. Hormis Cannes, il n'y a aucun autre Festival qui offre un tel tapis rouge et une telle diversité en France.

Un inédit de Godard face au Redoutable dans les salles le 13 septembre

Posté par vincy, le 16 juillet 2017

Capricci Films et Les Bookmakers vont sortir le 13 septembre un film inédit en salles de Jean-Luc Godard, Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma.

Ce téléfilm avait été diffusé en 1986 en première partie de soirée sur TF1 et n'était disponible qu'en VHS ou dans des événements lors de festivals. Ce 21ème épisode de la Série Noire proposée alors sur la chaîne TV devrait être un thriller, adapté du roman Chantons en chœur de James Hadley Chase. Godard a préféré s'approprier le sujet pour en faire un manifeste sur le cinéma avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle d'un cinéaste préparant un film et Jean-Pierre Mocky incarnant un producteur en faillite, mais aussi des chômeurs et Nathalie Richard.

Le 13 septembre sortira aussi Le Redoutable, de Michel Hazanavicius, film autour de la relation entre Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky. Godard y est incarné par Louis Garrel.

Le réalisateur suisse est toujours occupé par la postproduction de son nouveau film Image et Parole, qu'on pressent aller à Cannes en 2018.

Avec son prochain film, Jean-Luc Godard contera l’Arabie heureuse

Posté par vincy, le 10 janvier 2017

jean luc godardJean-Luc Godard terminerait actuellement son prochain film, Image et parole (Image and Word). Selon Vincent Maraval, patron de Wild Bunch, le film a été tourné dans plusieurs pays arabes, dont la Tunisie. Dans le magazine Screen, Maraval explique que le film ne sera peut-être pas prêt pour Cannes alors qu'il est en production depuis deux ans.

Réflexion sur le monde arabe contemporain, inspiré d'un livre du XIXe siècle (Happy Arabia), Image et parole traitera aussi de la guerre, du voyage, de la Loi, si on en croit le magazine russe Seance auquel il s'est confié et que The Film Stage rapporte sur son site.

"Je fais une introduction très longue" précise le réalisateur. "Avant de voir toute la main, nous devons considérer chaque doigt individuellement. Donc, je donne les cinq premiers éléments: la guerre, le voyage, la loi (comme Montesquieu, l'Esprit des lois) ... et un autre, appelé région centrale, à la mémoire d'un des films souterrains américains" ajoute-t-il. "L'action se déroule dans l'un des pays où il y a du pétrole; Les gens sont satisfaits de cet état de choses, mais leurs dirigeants veulent gouverner d'autres pays arabes" détaille-t-il.

Le mystère est entier. Le synopsis est tout aussi nébuleux: "Rien que le silence, rien qu’un chant révolutionnaire, une histoire en cinq chapitres, comme les cinq doigts de la main.

Aucun casting, juste un conteur pour lire des extraits du livre. "Si on lit des extraits du livre, nous comprenons globalement l'histoire, qui est une sorte de parabole" selon Godard. Un mélange de faits et de fiction avec un langage cinématographique singulier: JLG continue ainsi d'explorer le 7e art tout en s'intéressant au monde qui l'entoure.