3 raisons d’aller voir Le mystère des pingouins

Posté par MpM, le 13 août 2019

Le pitch : Quand des pingouins apparaissent partout dans sa petite ville, semant au passage une joyeuse pagaille, le jeune Aoyama se dit qu’il y a là une enquête à mener. Ce studieux élève de CM1, accompagné de son meilleur ami, enrôle également sa rivale aux échecs et une énigmatique assistante dentaire pour percer le secret des pingouins. Mais ces petites bêtes ne sont que le premier signe d’une série d’événements extraordinaires. Commence alors pour le jeune garçon une aventure pleine de surprises… et de pingouins !

Un auteur plein de fougue Il ne faut pas s'arrêter au résumé du film ni à son esthétique gentillette : Le Mystère des Pingouins est à l'origine tiré du roman Penguin Highway de Tomihiko Morimi, lauréat du Grand Prix Nihon SF 2010 au Japon. Or on doit notamment à cet auteur l'excellent Night is Short, Walk on Girl qui a donné lieu à une adaptation fougueuse et survitaminée par Masaaki Yuasa. L'histoire ? Celle notamment d'une jeune fille qui écume les bars... Si le livre Penguin Highway était lui-aussi plutôt destiné à un public adolescent et jeune adulte, le choix du réalisateur Hiroyasu Ishida et de son studio Colorido est d'en avoir fait une oeuvre tout public. Sans pour autant gommer certains détails savoureux comme l'obsession du jeune héros pour... les poitrines généreuses.

Humour et étrangeté On est durablement séduit par l'intrigue singulière du film, de même que par sa tonalité pétillante, qui ménagent son étrangeté jusqu'au bout. Des monologues totalement décalés du jeune héros, qui ne cesse de se projeter dans l'avenir, avec un sérieux qui pourrait passer pour de la prétention s'il n'était au fond aussi candide, aux péripéties inattendues qui émaillent le récit, on ne cesse d'être surpris et amusé. Là où d'autres auteurs auraient à tout prix cherché à mettre du "fond" et à dramatiser les enjeux, Hiroyasu Ishida joue systématiquement la carte de la légèreté et d'un humour burlesque qui évacue les passages trop ouvertement "mignons" ou au contraire tragiques. Les aspects les plus fantastiques de l'intrigue s'imbriquent assez naturellement dans le reste de l'intrigue, et lui trouvent même un développement logique au symbolisme discret.

Des personnages ambivalents Cela fait du bien de découvrir, dans un film destiné au jeune public, des protagonistes qui ne sont ni des boy-scouts en puissance, ni des stéréotypes. Si le jeune Aoyama paraît au départ trop parfait pour ne pas être ennuyeux, il se révèle au fil de l'intrigue plus ambivalent et profond qu'on ne l'aurait pensé, à travers notamment sa relation ambigüe avec la jeune assistante dentaire, et sa candeur égale face à la fois à ceux qui le harcèlent et à celle qui le courtise. Les deux rôles féminins tranchent eux-aussi avec ceux que l'on voit traditionnellement dans ce genre de films, avec une pré-ado championne d'échecs et passionnée par la théorie de la relativité, et une adulte légèrement immature qui a bien du mal à prendre la vie au sérieux. Deux personnages singuliers qui font également chavirer le coeur du héros, et lui feraient presque perdre sa rigueur scientifique, participant pour beaucoup à l'équilibre tendre et léger du film.

Kyoto Animation: 35 morts, 34 blessés, un film et un serveur sauvés

Posté par redaction, le 29 juillet 2019

Le 18 juillet dernier, le studio Kyoto Animation a été victime d'un incendie criminel. Le bilan est de 35 personnes sont mortes (dont 21 femmes) et 34 blessées (dont une dizaine dans un état sérieux), parmi lesquels l'auteur de l'incendie. Un carnage humain qui a ému le monde de l'animation. Créé en 1981, le studio a notamment travaillé avec les studios Ghibli (Porco Rosso) et OLM (Pokémon). Depuis qu'il n'est plus un sous-traitant mais un studio à part entière, Kyoto Animation a sorti de nombreuses séries TV, dont La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, Sound Euphonium ou encore Violet Evergarden. Il a aussi produit des films déclinés de ces séries et surtout le splendide anime Silent Voice et le récent Liz & l'oiseau bleu.

KyoAni était un studio singulier, fondé par un couple, embauchant majoritairement des femmes, et réputé pour ses bonnes conditions de travail, en plus de persévérer à employer des animateurs qui lui sont propres. Aujourd'hui il est en cendres. On ne sait pas ce qui a motivé le pyromane, Shinji Aoba, 41 ans, qui a déjà été emprisonné pour vol et qui souffre apparrement de désordres mentaux. Il semblerait que le studio lui aurait "plagié" un de ses romans, sans qu'il n'y ait aucune preuve. L'enquête vient de confirmer qu'il était obsédé par le studio, dont ils possédait quasiment tous les mangas et les dvd.

C'est le pire meurtre de masse au Japon depuis la seconde guerre mondiale. Un fonds d'aide japonais pour les victimes et un autre, initié par le distributeur américain Sentai Filmworks sur la collecte GoFundMe ont déjà récolté 7 millions d'euros. Le gouvernement, en réaction à l'émotion suscitée, a décidé d'apporter son aide pour la réouverture du studio et pour faciliter les donations reçues par KyoAni.  Techniquement, il y a au moins une bonne nouvelle: un des serveurs où une partie des créations et des données sont stockées, aurait survécu à l'incendie. Tout le reste a disparu en fumée.

Cette tragédie n'affectera pas la sortie du spin-off de Violet Evergarden, Violet Evergarden Side-Story: Eternity and the Auto Memories Doll, programmée au Japon pour septembre et qui doit être présenté au festival Animagic Convention à Mannheim en Allemagne samedi prochain. En revanche, on ignore toujours si Violet Evergarden the Movie pourra sortir au Japon en 2020 comme prévu. Netflix gère la diffusion internationale .

Annecy 2019 : une édition centrée sur l’animation japonaise

Posté par MpM, le 9 juin 2019

Après avoir découvert l'éclectisme de l'animation brésilienne en 2018, retour en terrain plus connu avec cette édition 2019 du Festival d'Annecy centrée sur le Japon. Les organisateurs de la manifestation ne pouvaient guère se tromper en mettant à l'honneur l'une des animations les plus riches mais aussi les plus populaires au monde, qui n'avait pas fait l'objet d'une rétrospective à Annecy depuis exactement vingt ans.

Au programme, des nouveautés, comme Ride your wave de Masaaki Yuasa (Lou et l'île aux sirènes, Night is short, walk on girl), The Wonderland de Keiichi Hara (Colorful, Miss Hokusai) et The relative worlds de Yuhei Sakuragi en compétition longs métrages ; Les Enfants de la mer de Ayumu Watanabe en compétition Contrechamp ou encore Modest heroes, un programme de 3 courts métrages du studio Ponoc, en séance spéciale.

Mais aussi des hommages à l'animation japonaise du début du XXe siècle, la projection du premier long métrage d'animation japonaise en couleurs, Le Serpent blanc de Taiji Yabushita, et un panorama de la nouvelle vague du cinéma japonais contemporain. Enfin, plusieurs courts métrages venus du Japon sont sélectionnés dans les différentes compétitions, tels que The Dawn of ape de Mirai Mizue, Leaking life de Shunsaku Hayashi, Keep forgetting de Takahiro Shabata ou encore Somewhere soft de Satoe Yoshinari.

L'occasion de vérifier si la "perte de savoir-faire" et l' "uniformisation esthétique" déplorées par Libération dans son édition du 7 juin sont perceptibles dans les productions récentes, et si la crise plus profonde également mentionnée par Libération, touchant les animateurs, las de travailler dans des conditions déplorables, vient faire parler d'elle jusqu'à Annecy.

En parallèle, les regards se tourneront probablement avec autant d'attention vers l'animation européenne, et plus particulièrement française, qui propose cette année un large choix de films attendus, et pour certains précédés d'excellents retours du Festival de Cannes où ils étaient présentés. On pense évidemment à J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, Grand Prix à la Semaine de la critique, mais aussi à La fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti et aux Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, tous deux sélectionnés à Un Certain Regard. A leurs côtés en compétition, on découvrira en avant-première Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo et surtout notre coup de coeur L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian.

En compétition Contrechamp, nouveauté de cette année 2019, on pourra notamment découvrir Away de Gints Zilbalodis (Lettonie), Kung food de Haipeng Sun, et surtout Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière, autre grand choc cinématographique de ce festival, et de ce premier semestre.

Côté courts, on reverra avec plaisir Je sors acheter des cigarettes de Osman Cerfon, Nuit chérie de Lia Bertels, Movements de Dahee Jeong ou encore The Little soul de Barbara Rupik, fraîchement récompensé à Cannes, et on découvrira avec curiosité les nouveaux films de Michael Frei (Kids), Franck Dion (Per aspera ad astra), Bastien Dupriez (Sous la canopée), Regina Pessoa (Oncle Tomas), Chintis Lundgren (Toomas dans la vallée des loups sauvages), Vincent Patar et Stéphane Aubier (Panique au village : la foire agricole) ainsi que le premier film d'animation de Clémence Madeleine-Perdrillat, co-réalisé avec Nathaniel H'limi, La vie de château.

Comme toujours, le festival s'agrémentera également de pitchs, work in progress et autres séances exceptionnelles, sans oublier la compétition de films en réalité virtuelle, qui permettront d'avoir un panorama complet de l'animation contemporaine et à venir. De quoi passer une semaine évidemment animée, le jeu de mots est facile, mais surtout captivante, au coeur du plus grand festival du monde consacré exclusivement à l'une des formes de cinéma les plus innovantes et singulières du moment.
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Festival international du film d'Annecy 2019
Du 10 au 15 juin
Informations et programme sur le site du Festival

Naomi Kawase en tournage

Posté par vincy, le 31 mai 2019

La réalisatrice japonaise Naomi Kawase tourne actuellement son nouveau long métrage, Comes Morning (Asa ga kuru), adapté du livre de Mizuki Tsujimura (inédit en français). Le livre a été publié en 2015 et a déjà été adapté au Japon en 2016 sous la forme d'une mini-série télévisée.

Le Film français indique que le film sera coproduit par le français Playtime (Sunset, Doubles vies, Joueurs) et Kino international.

Naomi Kawase suivra un jeune couple, qui décide d'adopter après plusieurs traitements contre l'infertilité. La femme accepte en effet de ne pas avoir d'enfant à cause de l'infertilité de son mari. Au lycée, une jeune femme a eu de son côté une grossesse non désirée et accouche d'un enfant. Six ans plus tard le couple reçoit un appel de la jeune femme, qui prétend être la mère biologique de l'enfant. Et va menacer l'équilibre de la famille.

"Tout le monde est" l’enfant "de quelqu'un et a été mis au monde par "la mère"" affirme la réalisatrice. Son dernier film, Voyage à Yoshino, est sorti en novembre dernier.

Les funérailles des roses, un inédit intrigant, queer, drôle et cruel

Posté par vincy, le 25 février 2019

Carlotta a sorti cette semaine dans quelques salles françaises un film japonais du regretté Toshio Matsumoto (vidéaste, théoricien, artiste et réalisateur), Les funérailles des roses (en japonais Bara no soretsu). Le film a 40 ans et il est inédit. Ce premier long métrage, récit d'un Oedipe gay tragique dans Tokyo, explore le monde souterrain des travestis japonais, officiant dans des bars chics et bien tenus, et notamment le si bien nommé Genet (en hommage à l'écrivain français). Mais Toshio Matsumoto, avec un cinéma héritier de Bunuel, Godard et Marker, va beaucoup plus loin sur la forme comme sur le fond. Si le fil conducteur suit Peter, jeune garçon qui fuit le domicile matriarcal pour s'émanciper en fille, amoureuse de son employeur, le film est une succession d'audaces narratives, profitant sans aucune limite de sa non-linéarité. Les funérailles des roses mélange ainsi allègrement la chronologie des événements, avec certains enchaînements proches du surréalisme, et s'amuse de manière très libre à flirter avec le documentaire (des portraits sous forme de micro-trottoir face caméra de jeunes tokyoïtes gays) et le cinéma expérimental.

Hybride jusqu'au bout, le film se travestit comme ses personnages. Il est à la fois une étude anthropologique de la culture queer et underground du Japon des années 1960, pas très loin du swinging London côté mode, et fortement influencé par la Nouvelle vague, le situationnisme et l'existentialisme français. Tout en respectant les contraintes de la censure, il y a un côté punk, c'est à dire un aspect de contre-culture dans le film, qui passe aussi bien par la distanciation (on nous montre parfois le tournage même de la scène que nous venons de voir), la dérision (des gags comme du pastiche), l'angoisse psychologique (tous ont peur d'être abandonnés et sont en quête d'affection), le sous-entendu (sexuel), l'horreur (finale, tragique) et surtout, la surprise.

Car le cinéaste ne ménage pas le spectateur en s'offrant des virages inattendus, passant d'un genre à l'autre, de scènes parodiques et rythmées (les rivalités façon western ou kung-fu sont hilarantes) à des séquences plus oniriques où le temps se distord (sous l'effet d'un joint ou de la peur). On est alors fasciné par ce délire maîtrisé, où se croisent bulles de bande dessinée et art contemporain, plans surexposés ou références détournées, qui brouille les codes du cinéma, pour accentuer la folie du personnage principal, et ce réalisme passionnant d'une communauté loin des stéréotypes filmés par le cinéma japonais parvenu jusqu'à nous à cette époque.

Il y a ainsi le film dans le film (y compris l'insertion de courts métrages du cinéastes), le film d'un Tokyo gay, le film d'un duel entre deux concubines, le film d'un jeune gay paumé, le film d'une jeunesse alternative, le film politique, le film comique, le film romantique, le film dramatique et le film psychologique. Les témoignages sont aussi intéressants que cette histoire est intrigante.

Ces funérailles sont parfois bricolées, mais elles gagnent leur dignité: l'œuvre est assurément majeure dans le cinéma LGBT, le cinéma japonais et le cinéma des années 1960. C'est un film engagé, et même activiste, où se mêlent les avant-gardes de l'époque, entre sentiment de révolte et aspiration au changement. Qu'il soit flamboyant, moqueur, érotique, théâtral ou bordélique, le film est transgressif cinématographiquement (il y a longtemps que le queer ne l'est plus tant que ça dans la société). Toshio Matsumoto a finalement réalisé un film dont les héros revendiquent leur place dans la société comme Les funérailles des roses réclament sa place singulière dans le septième art.

Berlinale 2019 : trio amoureux à Fukuoka avec Zhang Lu

Posté par MpM, le 11 février 2019

Petit plaisir particulier de cette 69e édition berlinoise, avoir des nouvelles de Zhang Lu, réalisateur chinois que nous avions eu la chance de rencontrer au FICA de Vesoul en 2006. Il y avait d’ailleurs remporté le Cyclo d’or avec son deuxième long métrage, Grain in ear. On le retrouvait un an plus tard en compétition à Berlin avec Désert dream, puis en 2011 avec Dooman river. Ses films suivants ont ensuite eu les honneurs de Locarno (Gyeongju en 2014) et de Busan (A quiet dream en ouverture en 2016).

Le voilà donc de retour Pozdamer platz cette année avec Fukuoka, sélectionné au Forum, qui s’avère plus intéressant que la plupart des longs métrages présentés en compétition jusque-là. Même si ça n’est pas tellement difficile, vu la platitude de certains titres en course pour l'Ours d'or, il faut avouer que Zhang Lu nous surprend avec une sorte de conte allégorique qui oscille entre comédie, romance et fantastique.

Une version allégorique du cinéma d'Hong Sang-soo

Au cœur de l’intrigue, Jea-Moon, un libraire dont la vie est au point mort, qui décide sur un coup de tête de partir au Japon avec sa très jeune voisine qu’il connaît à peine. Là-bas, l’insolite duo retrouve son ancien ami et rival de collège, Hae-hyo, qui tient un bar. Tous les trois boivent, marchent dans les rues de Fukuoka, se disputent et tentent, tant bien que mal, de remettre de l’ordre dans leurs vies et leurs pensées.

Le film nous fait penser par moments à une version allégorique du cinéma d'Hong Sang-soo, avec son trio contemporain qui fait écho à l’ancien trio amoureux, et ses scènes de beuverie pleines d’humour qui n’en dévoilent pas moins la complexité des sentiments. À tout cela, Zhang Lu ajoute la tentation du fantastique, jouant avec ambiguïté sur le caractère fantomatique de certains de ses personnages, et sur l’irréalité fantasque de certaines scènes.

Emancipation

La jeune femme, So-dam, sert ainsi de médiateur énigmatique entre les deux protagonistes masculins, son plus grand pouvoir étant de permettre, par sa seule présence, aux êtres humains de se comprendre entre eux. Non seulement en aplanissant la barrière de la langue, mais aussi en rendant possible la communication en général. Cela se manifeste de manière sérieuse et profonde, lorsqu'elle incite Jea-moon et Hae-hyo à renouer le contact, mais aussi de manière plus fantaisiste, avec l'exemple du sourd muet qui met brutalement fin à un voeu de silence qui durait depuis dix années.

Le film est parsemé de jolies idées de scénario (comme celle de cette tour que l'on voit de partout, et qui disparaît pourtant, ou de cette bougie qui refuse de s'éteindre) et de plans simples (souvent fixes) mais élégants, et aux cadres recherchés. Ce n'est par exemple par un hasard si les deux personnages masculins apparaissent tous deux pour la première fois à l'écran comme engoncés dans l'image, prisonniers d'un cadre dans le cadre. Pas de hasard non plus dans l'élévation finale qui est la leur, réelle comme symbolique, et qui, en élargissant leur horizon, les libère d'une forme bien particulière de maléfice.

Zhang Lu réalise ainsi une oeuvre joyeuse, dont la légèreté apparente n'empêche nullement une profondeur plus symbolique, aux questions sans réponses. On ne sait si l'on a envie de (re)tomber amoureux après avoir vu le film, mais il est évident que l'on ne regrettera pas ce détour enchanté par Fukuoka.

Vesoul 2019 : Le président du jury Eric Khoo ramène ses Saveurs (asiatiques)

Posté par kristofy, le 9 février 2019

Cette année du 25ème anniversaire Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul, le président du jury international est le réalisateur de Singapour Eric Khoo. Il est entouré de trois autres cinéastes: le sud-coréen Bae Chang-ho (wem>Jeong), le palestinien Rashid Masharawi (L'Anniversaire de Leila) et le kazakh Darezhan Omirbaev (Kairat).

Le cinéma de Singapour n'a pas de meilleur ambassadeur à l'international que Eric Khoo. Dès son premier film en 1995, il a étét le premier réalisateur singapourien a être sélectionné dans différents festivals. Au Festival de Cannes il a ouvert en 2005 La Quinzaine des Réalisateurs avec Be with me, puis en compétition dans la sélection officielle en 2008 avec My Magic, et enfin, toujours en sélection officiel dans la section Un Certain Regard en 2011 avec Tatsumi, film d'animation.

Son dernier film La saveur des ramen est sorti en octobre dernier en France. A Vesoul, Eric Khoo a accompagné une nouvelle projection du film. En précisant cette info pour les gourmets : le DVD à venir devrait être accompagné d'un petit livre de recettes !

Pardon et réconciliation

«Quand on mange un plat particulier son goût ramène des souvenirs, j’ai voulu transmettre ça. La nourriture rassemble les gens en France comme dans plusieurs pays d’Asie, le repas du dimanche est souvent un plat particulier. Ici le personnage principal renoue avec ses origines, avec le souvenirs de ses parents disparus et sa grand-mère qu'il ne le connaissait pas. La nourriture c’est aussi parfois un moyen de guérison, et dans ce film il s'agit d'un moyen vers une réconciliation avec sa grand-mère. Elle est de Singapour et n'a pas pu supporté que sa fille épouse un japonais» explique-t-il.

Il précise que «La saveur des ramen est sorti dans une trentaine de pays et en dernier sorti au Japon. Le film est particulièrement sensible pour le public japonais car, si tout le monde sait qu'à un moment de l’Histoire le Japon a occupé la Chine, beaucoup de la génération actuelle ne savent pas vraiment que durant la seconde guerre mondiale le Japon avait occupé Singapour avec autant d'atrocités. Certains japonais se sont excusés pour leurs ainés. Dans le scénario le personnage allait dans le musée consacré à la guerre, l’acteur lui-même a été très touché et ému par ce qu’il y a découvert. La saveur des ramen est un message d'amour, de pardon, et de réconciliation entre les deux peuples du Singapour et du Japon»

Erza Miller pleurera les morts dans The Mourner

Posté par vincy, le 6 février 2019

Ezra Miller sera la star du thriller The Mourner. D'après un scénario de Robin Sushan, le film sera réalisé par Kazuaki "Casper" Kiriya (Casshern, Last Knights). Il s'agit de l'adaptation du roman japonais d'Arata Tendo. Le tournage devrait commencer cet été.

The Mourner a été traduit en France sous le titre L'homme qui pleurait les morts, publié il y a 5 ans. C'est l'histoire de Shizuto, un jeune homme mystérieux qui parcourt le Japon pour pleurer les morts, la fin de vie de sa mère, Junko, atteinte d'un cancer en phase terminale, et l'errance de Yukiyo, qui a assassiné son mari. Il fuit le monde pour aider les autres. Sur son chemin, il croise une détective blasée et aigrie qui traque des trafiquants sexuels meurtriers. Elle découvre une nouveau sens à sa vie quand elle rencontre ce jeune homme mystique...

Le polar a reçu plusieurs prix littéraires au Japon, dont le Grand prix des libraires et le Prix Naoki.

Vedette des franchises DC Comics (Suicide Squad, Justice League), Erza Miller sera prochainement la star de The Flash, spin-off autour de son personnage, prévu pour 2020. Il a été récemment vu dans Les Animaux fantastiques: les crimes de Grindelwal, dont la suite est annoncée pour 2020, et est annoncé dans le biopic Dali Land, où il incarnera Salvador Dali jeune.

Makoto Shinkai (Your Name) dévoile son nouveau film

Posté par vincy, le 12 janvier 2019

On cherche toujours l'héritier d'Hayao Miyazaki. Avec son récent Miraï, ma petite sœur, Mamoru Hosoda fait partie des cinéastes devenus incontournables dans l'anime japonais. Mais il faut aussi compter sur Makoto Shinkai, dont Your Name (2016) avait explosé le box office japonais (235M$ de recettes) en plus de convaincre la critique et les fans d'animation.

Mamoru Hosoda avait eu les honneurs de la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier avec Mirai. le film a réussi à être le 19e plus gros succès de l'année au Japon en 2018. Il est actuellement en salles en France et il approche des 100000 entrées depuis sa sortie durant les fêtes.

Makoto Shinkai aura-t-il le même privilège, voire une sélection officielle à Cannes cette année? C'est possible puisqu'il termine actuellement son nouveau film, Weathering With You, qui sortira au Japon le 19 juillet.

Le film suit un jeune homme, Hodaka, qui se lie d'amitié avec une fille capable de manipuler le climat. Provincial dans une région déclassée, ce jeune marin va à Tokyo pour se faire par embaucher par un magazine douteux, spécialisé dans les sciences occultes. Il pleut continuellement sur la capitale japonaise, comme si son avenir était condamné à ce temps plombant. Ce qui l'intrigue. Quand il rencontre Hina, brillante et vivante, qui assure savoir arrêter cette pluie et fait redécouvrir la lumière à la ville.

C'est "une histoire dans laquelle garçons et filles, renversés par le destin, "choisissent" leur mode de vie à l'ère de l'harmonie climatique. L'histoire de deux amours est peinte comme un message adressé au monde entier, belle et indolore" mentionne le réalisateur dans sa note d'intention.

Naomi Kawase: « j’ai pris une caméra pour savoir d’où je viens et qui je suis »

Posté par vincy, le 29 novembre 2018

Du 23 novembre 2018 au 6 janvier 2019, le Centre Pompidou programme une rétrospective de l'œuvre de Naomi Kawase, soit 45 films, courts, longs, fictions ou documentaires. Caméra d'or (Suzaku, 1997) et Grand prix du jury (La forêt de Mogari, 2007) à Cannes, la cinéaste japonaise est invitée dans le cadre de Japonismes 2018, mise en lumière des artistes japonais en France. Elle sort cette semaine son dernier long métrage Voyage à Yoshino, sélectionné à San Sebastian.

Pour l’occasion, Naomi Kawase a créé ses deux premières installations, et réalisé un autoportrait commandé pour la collection du Centre Pompidou, Où en êtes-vous ?. Les Quatre saisons à Nara de Kawase sont exposées  en accès libre au Forum -1, à côté d’une nouvelle installation du cinéaste espagnol Isaki Lacuesta et de la correspondance filmée qu’il a entretenue avec Naomi Kawase en 2008 et 2009.

Samedi 24 novembre, la cinéaste et productrice était l'invitée d'une Masterclasse, animée par Olivier Père.

Elle y a évidemment évoqué Nara, cette province près de Kyoto, dont elle ne cesse de filmer sa nature et ses paysages: "Je suis née à Nara. J'y vis encore. Il est très difficile d'avoir accès au cinéma. Il n'y avait pas beaucoup de salles quand j'étais jeune. Il n'y en a plus aujourd'hui." C'est aussi une région fortement spirituelle, avec un Shintoïsme omniprésent, ce qui a fortement influencé sa vision et sa façon de vivre. Elle avoue: "Tout ça a été accentué par Nara. il y a une forte spiritualité dans ma région. J'avais l'impression de vivre ce que les gens vivaient il y a 1000 ans." De même pour son esthétique et sa manière de filmer les paysages et la nature: "Je tourne mes films en fonction de mon instinct. Et mon instinct s'est construit avec Nara."

Naomi Kawase s'est laissée embarquer par le 7e art un peu par hasard: "Je voulais faire quelque chose qui laisse une trace. Je n'ai pas pu être architecte car je dessinai très mal. Alors j'ai pensé être cinéaste, car les films restent après nous." Progressivement, après quelques années de photographie et d'enseignement, elle découvre les vertus d'une caméra: "Dans mon cinéma, il y a autant la présence que l'absence. En me comparant aux autres, j'ai remarqué en effet qu'il me manquait des parents biologiques. Je n'avais pas de famille. C'est assez rare au Japon. C'est pour ça que j'ai pris une caméra: pour savoir d'où je viens et qui je suis."

Aussi fait-elle de son cinéma, un mélange de cinéma introspectif, de documentaire de témoignage  et de fiction métaphysique. "Avant Suzaku, mes courts métrages parlaient de moi-même de ma mère adoptive. J'ai découvert un rapport étrange entre le moi objectif et le moi introspectif, entre la réalité et la fiction. Je n'étais plus tout à fait sa fille et je me voyais la filmer. C'est là que j'ai compris que je pouvais passer à la fiction." Elle confie qu'à l'époque ses relations avec sa mère étaient difficiles et tendues:  "A travers la caméra, j'ai amélioré ma relation avec [elle]. J'ai naturellement peur des gens . Je me repliais sur moi-même. la caméra m'a permis d'améliorer ma relation avec les autres et de m'ouvrir au monde dans lequel je vis."

Femme cinéaste, Naomi Kawase assume sa singularité. "Il y a une pression sociale dans la vingtaine avec le mariage, les enfants. Il faut résister, ne pas avoir peur d'être traitée d'égoïste, ce qui nécessite d'avoir une grosse force mentale." Être une femme n'est pas forcément facile surtout dans un milieu d'hommes. Pourtant, elle fait de cette faiblesse une force: "Du fait que j'étais une femme, ça a aussi eu des avantages. J'étais la seule réalisatrice japonaise, alors mes films étaient vite et mieux repérés, y compris à l'étranger..."

"Il y a toujours un scénario, qui est même très solide. Je réécris et je les corrige souvent, et ils sont en fait très précis" rappelle-t-elle pour lutter contre des idées reçues.

"Plus que de la mise en scène, je reconstitue la vie" nuance la réalisatrice pour définir son style, expliquant que sa vie personnelle et son entourage s'invitaient dans son cinéma à l'instar de ce libraire d'occasion qui incarne le vieux sénile dans La forêt de Mogari. Elle s'est toujours inspirée des sentiments qu'elle traversait. Ainsi quand sa mère est décédée, son monde de Nara a disparu. elle est allée retrouver une partie de ses origines sur l'île d'Amami, ce qui a donné Still the Water, où la grand mère décède dans un rite presque chamanique: "Pendant le tournage et le montage, j'ai pleuré. J'ai eu besoin de transmettre un message: le monde est beau, au-delà des changements."

On constate une évolution dans son cinéma depuis ce film, une ouverture vers des films plus populaires. Naomi Kawase revendique l'idée de ne pas changer tant que cela: "J'ai envie de choisir des films en fonction des rencontres. Il faut qu'il y ait une part de réalisme", donne-t-elle comme seul critère.