Venise 2019 : des films sur le désespoir du monde, portés par des personnages désenchantés

Posté par kristofy, le 8 septembre 2019

Cette 76e édition du Festival de Venise a été brillante du côté de son tapis rouge : Kore-eda Hirokazu, Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Pedro Almodovar, James Gray, Brad Pitt, Liv Tyler, Noah Baumbach, Scarlett Johansson, Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel, Kristen Stewart, Todd Philipps, Joaquin Phoenix, Costa-Gavras, Pablo Larrain, Vincent Lacoste, Meryl Streep, Gary Oldman, Olivier Assayas, Penelope Cruz, Gael Garcia Bernal, Jude Law, John Malkovich, Spike Lee, Nate Parker, David Michôd, Timothée Chalamet, Lily-Rose Deep, Julie Andrews, Luca Marinelli, Roy Anderson, Atom Egoyan, Tsai Ming-liang, Terry Gilliam, Lou Ye, Gong Li, Chiarra Ferragni, Robert Guédiguian, Andrea Riseborough, Dane Dehaan, Johnny Deep, Mark Rylance, Roger Waters... Venise a été glam-rock cette année.

C'est un panel assez éclectique et pailleté du cinéma actuel qui a fait le voyage. Même Brad Pitt a pris le temps de faire des dizaines de selfies avec ses fans. Deux gros films américains étaient très attendus Ad Astra de James Gray avec Brad Pitt et Joker de Todd Philipps avec Joaquin Phoenix, qui s'est imposé parmi les films en compétition jusqu'à recevoir le Lion d'or, succédant à Roma et La forme de l'eau, tous deux oscarisés quelques mois plus tard.

Le palmarès de la 76e Mostra de Venise

Les 21 films de la compétition internationale ont rythmé le Festival. The Perfect Candidate de Haifaa Al-Mansour (le plus féministe), Marriage Story de Noah Baumbach, Ad Astra de James Gray, Waiting For The Barbarians de Ciro Guerra (le plus politique), The Painted Bird de Vaclav Marhoul ont été appréciés et débattus, mais ignorés au palmarès. Avec le triomphe du Joker de Todd Phillips et de J'accuse de Roman Polanski qui faisaient figure de grands favoris de la presse, le jury présidé par Lucrecia Martel a privilégié des films politiques, l'un réalisé par un réalisateur jusque là connu pour ses comédies, l'autre, vétéran archi-primé depuis 50 ans, au cœur d'une bataille médiatique et polémique.

Poker Face

J'accuse rappelle que Roman Polanski est bien encore et toujours un cinéaste important aux yeux de la profession (il a aussi remporté le Prix Fripresci de la critique internationale). Il aurait même pu recevoir la plus haute récompense si il n'y avait pas eu ce noir et scorsesien Joker. La Warner peut s'ennogueillir d'avoir un film prestigieux de plus à son catalogue, tout en montrant qu'il y a une alternative aux productions Marvel du côté des super-héros. En valorisant un personnage de DC Comics, parmi les plus connus et les plus populaires de la BD américaine, à travers une vision plus dramatique que spectaculaire, le studio américain impose sa propre vision de l'exploitation des comics au cinéma. Venise a-t-il consacré avec facilité un film de super-héros, rois du box-office ? Non. Car justement Joker est presque l'antithèse de l'exubérance des super-héros du moment : c'est avant tout l'histoire d'un homme victime de lui-même... Ce Lion d'or attribué à Joker est une première étape qui valide l'objectif des Oscars. Venise a récompensé par le passé Le Secret de Brokeback Mountain de Ang Lee, La Forme de l'eau de Guillermo del Toro et Roma de Alfonso Cuarón. Ses palmarès ont aussi été annonciateurs de statuettes hollywoodiennes avec des films comme La Favorite de Yorgos Lanthimos, Three Billboards de Martin McDonagh, La La Land de Damien Chazelle...

Durant le Festival il était évident que Joaquin Phoenix, trois fois nommé aux Oscars et jamais gagnant, méritait le prix de meilleur acteur. Déjà primé à Venise en 2012 pour The Master de Paul Thomas Anderson, ainsi qu'à Cannes avec A Beautoful Day en 2017, la Coupe Volpi pouvait lui échapper à une seule condition : un Lion d'or pour le film, qui, règlementairement n'est pas compatible avec un autre prix. Samedi soir, c'est donc Todd Phillips accompagné de Joaquin Phoenix qui étaient ensemble sur scène pour recevoir le trophée.

Pour le Lion d'argent attribué à J'accuse, Roman Polanski a appris la nouvelle sur scène au Festival américain de Deauville. C'est sa compagne et actrice dans J'accuse Emmanuelle Seignier qui a reçu en son nom le Lion d'argent. Il est intéressant de constater que les deux films, puissants chacun dans leur style, reposent sur des "victimes" de la société, d'un système, et même sur un malentendu: le Joker est devenu un méchant par la faute d'une société impitoyable pour les faibles et Dreyfus a été emprisonné à cause d'une élite antisémite. La mise à l'écart des deux personnages, au ban de la société, et l'écrasante domination des décideurs, en font deux films sur l'injustice, sociale ou politique.

Surprises

La liste des prix de Venise intègre aussi les deux films de la compétition proposant un genre différent. Soit le documentaire sur la mafia qui reçoit donc un Prix Spécial du jury et  le film d'animation qui obtient le Prix du scénario. Venise a ainsi ouvert un peu plus le 7e art à ces formes narratives souvent oubliées au moment de la remise des prix. Par ailleurs, aucun des deux films de la plateforme Netflix (Marriage Story de Noah Baumbach et The Laundromat de Steven Soderbergh) n'est au palmarès. C'est regrettable pour le Baumbach, qui devrait malgré tout se retrouver aux Oscars.

Un film en particulier était à la fois espéré et redouté pour une récompense : The Painted bird de Vaclav Marhoul. En noir et blanc, cette œuvre est une succession de divers sévices subis ou vus par un enfant durant la seconde guerre mondiale. Trop long avec ses 169 minutes, jusqu'à faire sortir de la salle plusieurs spectateurs rebutés par ce qui se passaient à l'écran, le film est autant une épreuve à voir qu'un tour de force visuel. Vaclav Marhoul semblait désigné pour le Prix de meilleur réalisateur. A la surprise générale, le jury a préféré un contre-pied total en choisissant l'ex-Lion d'or Roy Andersson avec About Endlessness: une suite de courtes scènettes en plan-fixe, sans autre lien entre elles, que des personnages tristement dépressifs ou perdus. Rien de neuf dans l'univers légèrement misanthrope du cinéaste suédois.

Pour l'interprétation, le jury a choisi, côté masculin, Luca Marinelli que les amateurs de cinéma italiens connaissent déjà avec Riccordi? sorti cet été et qui a été révélé dans La solitude des nombres premiers et Chaque jour que Dieu fait, confirmé dans on l'appelle Jeeg robot et Mauvaise graine. En incarnant le héros de Jack London, Martin Eden, il séduit et démontre que le cinéma italien peut compter sur une nouvelle génération de grands comédiens. Le film italien de Pietro Marcello a reçu de nombreux prix parallèles.

L'étonnante surprise du palmarès était du côté féminin. Nous voilà ravis de voir Ariane Ascaride distinguée par un grand prix international Gloria Mundi de Robert Guédiguian. C'est la douzième actrice française à recevoir la Coupe Volpi vénitienne, la première depuis 2008. Césarisée en 1998 (et trois fois nommée depuis), prix de la meilleure actrice à Rome en 2006, la muse-épouse du réalisateur marseillais réussit à décrocher le prix (sans doute pour récompenser indirectement le film et son réalisateur) avec une œuvre chorale de sept personnages. Mariana Di Girolamo, qui porte presque tout le film Ema de Pablo Larrain, a finalement été boudée. La récompense de la révélation semblait promise à un des membres du casting de Babyteeth de Shannon Murphy: ça a été le cas: plutôt que de primer l'actrice Eliza Scanlen, c'est l'acteur Toby Wallace (dix ans de carrière quand même) qui est reparti avec un trophée.

Des histoires vraies remaniées par la fiction

A côté de la compétition officielle, d'autres films hors-compétition ont été marquants comme Seberg de Benedict Andrews avec Kristen Stewart et Adults in the room de Costa-Gavras, tout comme Irreversible - Inversion Intégrale de Gaspar Noé. Les autres sections de Venise ont elles aussi vibré avec quelques titres forts comme American Skin de Nate ParkerNevia de Nunzia De Stefano, Moffie de Oliver Hermanus, Balloon de Pema Tseden, Madre de Rodrigo Sorogoyen.

Le cinéma français s'en sort très bien cette année. Outre le Grand prix pour Polanski, le prix de la meilleure actrice pour Ascaride, le comédien Sami Bouajila (dans Bik Eneich (Un Fils) de Mehdi M. Barsaoui) a été choisi comme meilleur acteur dans la sélection Orizzonti et, dans la même sélection, le trio Jessica Palud, Philippe Lioret, Diastème repart avec le prix du scénario pour Revenir, d'après le roman de Serge Joncour.

Toutes sections confondues, on observe une importance grandissante de films qui s'inspirent d'une histoire vraie  comme autant de variations de biopics : l'actrice Jean Seberg et ses liens avec Hakim Abdullah Jamal des Black Panthers (Seberg avec Kristen Stewart), le colonel Picquart qui veut innocenter Dreyfus (J'accuse de Roman Polanski), le premier ministre Yánis Varoufákis contre les instances européennes à propos de la dette grecque (Adults in the room de Costa-Gavras), des espions cubains aux États-Unis (Wasp Network de Olivier Assayas), le roi Henry V en guerre contre le royaume de France (The King avec Timothée Chalamet), Corinne Sombrun qui découvre les transes chamaniques en Mongolie (Un monde plus grand avec Cécile De France). On pourra s'amuser de cet accroissement de films avec des personnes existantes ou ayant réellement existé, qui nourrissent des œuvres de fiction. Comme si l'histoire authentique avait son importance pour créer un film dramatique. Le nombre de reconstitutions historiques ou de films zoomant sur un morceau d'Histoire est, à ce titre, imposant dans la compétition. En revanche, la diversité des propositions en matière de narration ou d'audaces formelles, a été plutôt rares.

Ce qui explique sans doute pourquoi le Lion d'or a été remis au Joker : de la pure fiction enrobée dans un style qui rend hommage à un cinéma des seventies presque oublié aujourd'hui. Ironiquement, ce factice Joker de BD est devenu, grâce à Todd Phillips, un individu du nom d'Arthur Fleck, presque réhabilité par le cinéma. Il symbolisait finalement tout ce que le jury a aimé dans cette compétition: une vision désespérée du monde, avec des personnages victimes, névrosés, démissionnaires, désenchantés, que ce soit aujourd'hui ou hier. Venise pouvait afficher de grands et beaux sourires sur son tapis rouge: le cinéma ramenait le spectateur à une réalité en lui tendant un miroir qui révèlait l'horreur de la condition humaine.

Venise 2019 : Joker, J’accuse et Marriage Story favoris de la presse

Posté par kristofy, le 7 septembre 2019

Ce 76e Festival de Venise se dirige vers sa clôture avec en point de mire la traditionnelle "cerimonia di premiazione" soit l’annonce du palmarès et du Lion d’or qui succèdera à deux films mexicains, La forme de l'eau en 2017 et Roma en 2018. Les membres du jury présidé par Lucrécia Martel vont devoir défendre leurs films préférés et convaincre les autres, car aucun titre n’est favori pour l'unanimité.

La compétition était riche de 21 films dont un film d’animation, un documentaire, deux longs réalisés par une femme et deux films diffusés uniquement sur Netflix.

On y a vu un mélange de grands noms connus  (Hirokazu Kore-eda, James Gray, Noah Baumbach, Roman Polanski, Pablo Larrain, Todd Philipps, Olivier Assayas, Steven Soderberg, Roy Anderson, Atom Egoyan, Lou Ye, Ciro Guerra...)  et de talents émergeants. Certains films sont handicapés par une durée beaucoup trop longue qui n’était pas assez justifiée par leur histoire comme l’animation No 7 Cherry Lane de Yonfan (125 minutes), A herdade (Le Domaine) de Tiago Guedes (164 minutes), The painted bird de Vaclav Marhoul (169 minutes)… Surtout il va falloir départager un grand nombre de films reconstituant l'Histoire (la seconde guerre mondiale reste inspirante pour les cinéastes).

Chaque jour, à la Mostra, comme à Cannes et à Berlin, une publication fait état d’un tableau des étoiles qui synthétise une moyenne de notes par un panel de la presse italienne et internationale,  avec une notation sur 5.

Pour les journalistes italiens seuls deux films ont été très largement appréciés avec un 4/5: Joker de Todd Philipps et J’accuse de Roman Polanski. Marriage Story de Noah Baumbach suit de près avec 3,5/5.

Pour la presse internationale Marriage Story de Noah Baumbach a séduit aussi avec un 4/5, devançant J’accuse (3,7/5) et Joker (3,4/5). Il en ressort que Wasp Network de Olivier Assayas a été plutôt froidement accueilli (injustement ?) avec une note parmi les plus basses, et que Ad Astra de James Gray ne fait pas consensus (3,3/5 pour l’international, 2,7/5 pour les italiens).

De manière générale seul un tiers des films présenté en compétition ont une note moyenne tirée vers le haut, le tout restant assez disparate. Tout le monde s’accorde pour trouver Joker très réussi (et c’est le cas), et pour apprécier J’accuse sans tenir compte du passé judiciaire de Polanski (et c’est tant mieux). Toutefois tout ceci n’est pas vraiment un indicateur: le palmarès est très ouvert et il y aura donc des surprises, surtout avec un jury aussi éclectique et technique: Lucrétia Martel, cinéaste argentine plutôt radicale, Piers Handling (critique et historien canadien), Mary Harron (réalisatrice), Stacy Martin (actrice franco-britannique), Rodrigo Prieto (directeur de la photographie mexicain), Shinya Tsukamoto (réalisateur japonais), et Paolo Virzi (réalisateur italien).

Quelques films séduisent par leur forme, d’autres plutôt par la portée politique de leur histoire. Et puis il y a ceux qui marquent pour les personnages, leur incarnation et donc les acteurs qui les interprètent. Pour les prix d’interprétation, il y a des noms qui se détachent de manière assez évidente : Mariana Di Girolamo dans Ema de Pablo Larrain, Eliza Scanlen et Toby Wallace dans Babyteeth de Shannon Murphy, Mark Rylance dans Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra et évidemment Joaquin Phoenix dans Joker et Catherine Deneuve dans La vérité, tous deux chouchous de la critique anglo-saxonne.

Joker de Todd Philipps est bel et bien un des grands favoris, et il est aussi probable que le palmarès va compter avec La vérité de Hirokazu Kore-eda,  The Painted bird de Vaclav Marhoul, Martin Eden de Pietro Marcello, et The Perfect candidate de Haifaa Al-Mansour dans cette édition ouverte, mais décevante. Car, pour la plus haute récompense, le Lion d’or, bien malin celui qui devinera le vainqueur.

Venise 2019 : Ad Astra, de James Gray, avec Brad Pitt

Posté par kristofy, le 29 août 2019

Un nouveau film de James Gray, c' est forcément très attendu, et d' ailleurs le Festival de Cannes l' attendait aussi. James Gray est l' un des cinéastes 'abonné' de Cannes : quatre de ses films ont été sélectionnés en compétition (The Yards en 2000, We Own the Night en 2007, Two Lovers en 2008 et The Immigrant en 2013) mais sans jamais y recevoir de prix. Sur la Croisette, il avait aussi été membre du jury en 2009.

Ad Astra, à cause de ses effets spéciaux spectaculaires promis, et de leur post-production  plus longue que prévue, n' avait pu être achevé à temps pour mai. Par ailleurs, la Fox, tout juste rachetée par Disney, voyait son planning de sortie mis en stand-by.

C' est donc le Festival de Venise qui intègre le film en compétition, avec ce qui semblait être un gros blockbuster SF, avec Brad Pitt. Pour l'anecdote, Venise aime la SF depuis quelques années : Gravity et First Man: le premier homme sur la Lune ont tous deux été en compétition, avec ce thème commun d'une odyssée spatiale pour comprendre ce qui est le plus important en soi et sur Terre. Ad Astra, en latin vers les étoiles, se révèle être autant une exploration a travers l'espace qu'une exploration du lien intime entre un fils et son père...

Le pitch: L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

James Gray situe son histoire dans le futur certes mais un futur proche qui ressemble en tout point a notre époque: il n y aura aucun robot ni gadget de science-fiction, seulement l'espace, déjà conquis. On découvre qu' il y a divers bâtiments installés sur la Lune, la planète Mars a été explorée, et c'est plus loin, vers Neptune que l' on envoie des fusées. La recherche d'une éventuelle autre forme de vie ou de conscience est un projet porté par la génération d' avant, comme le héros Clifford McBride (Tommy Lee Jones), officiellement disparu. Désormais on construit des colonies sur la Lune et diverses stations en orbites. C'est là que travaille l' astronaute Roy McBride (Brad Pitt). Mais un étrange phénomène provoque de graves perturbations électriques entraînant une possible réaction en chaine. Roy McBride est choisi pour comprendre le problème, avec une motivation personnelle qui le guide dans cette mission...

Ad Astra débute avec un incident très spectaculaire: une chute vertigineuse depuis une structure spatiale, vers la Terre. Après cette séquence d'ouverture épatante, la base de l'histoire est assez rapidement posée.

James Gray suit le chemin de ces films où notre planète est menacée, et où l'espace est la tranchée de résistance: Armageddon de Michael Bay en 1998 (avec Liv Tyler, que 'l on retrouve dans Ad Astra), Space Cowboys de Clint Eastwood en 2000 (avec Tommy Lee Jones et Donald Sutherland, eux aussi dans Ad Astra !), Sunshine de Danny Boyle en 2007 (chef d'oeuvre à revoir)... soit autant de films où s' envoler dans les étoiles est un acte héroïque, voire un sacrifice de soi.

Une histoire de liens invisibles

Mais Ad Astra se démarque nettement de ce genre démonstratif. S'il y a bien une enquête qui créé le suspens, l'histoire est surtout celle d' une quête intime. Une introspection de ce qui peut relier un homme à sa famille, tout autant qu'une définition de la masculinité. Ce sont ses liens avec son père, son mentor, perdu dans la galaxie, et sa femme, restée sur Terre, qui importent au cinéaste.

Brad Pitt en conférence de presse: "Nous avons tous les deux [James Gray et lui] grandi à une époque où on nous demandait, en tant qu'hommes, d'être forts… et cela a une valeur, mais c'est aussi une barrière, car vous cachez certaines de ces choses dont vous avez honte. Nous cachons et portons tous la douleur et les blessures individuelles."

Bien entendu comme tout film de voyage spatial, Ad Astra contient quelques éléments communs, comme autant de clichés obligés : conflits entre membres d'équipage ou accident imprévisible et fatal. Cependant, il ne faut pas espérer de grosses scènes d'action explosives (ce n'est d'ailleurs pas le style de James Gray).

La narration compte d'ailleurs beaucoup sur la voix off de Roy McBride qui (se) raconte ses observations. Il doit régulièrement auto-évaluer son état psychologique, et il parle toujours avec un minimum d'émotion, à l'instar de ses rapports dictés à la base. Cette voix de Brad Pitt, souvent en analyse, participe beaucoup a rendre le film plus introspectif que démonstratif. Ce qui ne l'empêche pas d'être épique, et de flirter avec 2001 de Kubrick, dès qu'il s'agit de questions existentielles dans une dimension extraordinaire.

L'envie d'aventures

A l'instar de son précédent film The Lost City Of Z (présenté à Berlin), James Gray (produit par Brad Pitt) avait raconté une autre forme d' exploration "avec sa part de mystère et de mystique" comme nous l'écrivions à l'époque, "où l'homme est seul face à lui-même, préférant risquer sa vie à avoir vu l'invisible plutôt que de se laisser vivre dans le confort du vécu", Ad Astra est une sorte de variation des ces mêmes thèmes mais dans une jungle toute aussi inconnue, celle du système solaire. Le réalisateur signe finalement une belle œuvre sur la solitude des êtres, cette solitude qui traverse tous ses films et envahit tous ses personnages principaux depuis 25 ans (Little Odessa).

Les réponses que nous cherchons n'ont jamais été aussi proches... et il faudra les découvrir dans les salles de cinéma françaises le 18 septembre.

Dernière course d’obstacles pour Ad Astra

Posté par vincy, le 19 mars 2019

Brad Pitt deux fois à Cannes? L'acteur devrait monter les marches avec Once Upon A Time in Hollywood de Quentin Tarantino. Cet habitué du Festival de Cannes est déjà venu en compétition avec Babel d'Alejandro G. Inarritu, président du jury cette année, Inglorious Basterds, de Tarantino, The Tree of Life de Terrence Malick, Palme d'or, et Killing Them Softly (Cogan, la mort en douce) d'Andrew Dominik. Hors-compétition, la star a présenté Troy et Ocean's Thirteen.

Plutôt rare sur les écrans depuis Alliés en 2016 - il a été au générique de War Machine, sur Netflix, et s'est offert un caméo dans Deadpool 2 l'an dernier -, il a privilégié ses activités de producteur avec Plan B (Moonlight, Oscar du meilleur film, The Lost City of Z, Okja, My Beautiful Boy, Si Beale Street pouvait parler, Vice...).

Aussi mai 2018 devrait être son grand retour sur les écrans avec le si longtemps attendu Ad Astra de James Gray. Le film est pour l'instant prévu pour une sortie mondiale entre le 22 et le 24 mai, en plein Festival de Cannes. Le réalisateur et l'acteur vont enfin concrétiser leur rencontre puisque Pitt devait, à l'origine, être le héros de The Lost City of Z, sorti en 2017, lui aussi après une longue gestation, et d'un projet inabouti, The Gray Man.

Ad Astra (Vers les étoiles traduit du latin) est l'histoire d'un homme (Brad Pitt) qui traverse le système solaire pour retrouver son père (Tommy Lee Jones). Le cinéaste espère avoir un peu bousculé le genre avec cette histoire père-fils, thème transversal de son œuvre.

James Gray fait partie de ces cinéastes chouchous de la Croisette, avec quatre films en compétition (The Yards en 2000, We Own the Night en 2007, Two Lovers en 2008 et The Immigrant en 2013) sans avoir obtenu un seul prix du jury (ni avoir été nommé une seul fois aux Oscars, ce qui est pire).

Avec ce space-opéra de Science-fiction, qu'il promet spectaculaire, il vise pour la première fois la conquête du grand public avec une sortie calée pour le Memorial Day dans plus de 2500 salles aux Etats-Unis (dans sa carrière, seul We Own the Night a eu le droit à une sortie nationale, dans 2300 salles). Les spectateurs américains auront le choix entre ce Brad Pitt, la version en prises de vues réelles d'Aladdin, une comédie hype d'Olivia Wilde et un film d'horreur d'Elizabeth Banks.

En attendant, James Gray espère toujours présenter son film à Cannes. La Fox, désormais dans le giron de Disney, frapperait un grand coup marketing face à la concurrence. Mais, le studio peut aussi décider de décaler Ad Astra, face à Aladdin, priorité de Disney, et changer le calendrier du film en vue des Oscars. A Hollywood, l'hypothèse est estimée sérieuse tant on ignore comment Disney va digérer le catalogue de la Fox dans son planning des sorties.

Une autre inconnue s'invite dans l'agenda. Les effets spéciaux sont toujours en cours de fabrication et les sociétés qui en ont la charge ont jusqu'à fin avril/début mai pour rendre leur travail. Soit moins de trois semaines pour que James Gray finalise ensuire une copie acceptable à Cannes et aux multiplexes. James Gray révèle quand même dans une récente interview qu'il doit être prêt pour le Festival le 18 mai. Cependant, le réalisateur souligne qu'il souhaite que les effets visuels soient parfaits et que sa présence à Cannes est secondaire par rapport au résultat final du film. Les dernières rumeurs renforcent l'idée que le film ne sera pas prêt à temps. Il faudra peut-être attendre Venise.

Après Ad Astra, James Gray mettra en scène un opéra à Los Angeles, Le mariage de Figaro de Mozart, programmé pour juin 2020. Une toute autre aventure.

Après un film SF, James Gray se lance dans le thriller d’espionnage

Posté par vincy, le 22 avril 2018

Deadline a révélé que la MGM havait engagé le réalisateur James Gray pour réaliser I Am Pilgrim. Je suis Pilgrim en français est l'adaptation du best-seller de Terry Hayes, romans d'espionnage dont le premier tome est paru en France il y a quatre ans. Terry Hayes est aussi connu pour avoir été le scénariste de Mad Max 2, Mad Max 3, Calme blanc, Payback et Vertical Limit. Son deuxième roman, The Year of the Locust, est prévu en octobre 2019 en librairie.

Je suis Pilgrim, une histoire à la James Bond, est l'histoire d'un homme qui prend sa retraite des renseignements américains et écrit un livre de criminologie dans l'anonymat le plus total. Or, dans le même temps, une jeune femme est assassinée à New York, un père est décapité en Arabie saoudite et un homme vit dans un laboratoire secret syrien. Cette succession d'événements forme en fait un terrible complot menaçant l'humanité. Pilgrim est un nom de code pour un homme qui n'existe pas. Le retraité va devoir enquêter pour conjurer l'apocalypse qui menace l'Amérique.

L'acteur Matthew Vaughn, qui était initialement attaché à Pilgrim, n'a pas été confirmé.

James Gray a décidé d'en faire son nouveau projet après Ad Astra, un film SF avec Brad Pitt développé pour la Fox. Ad Astra, en post-production, est calé pour une sortie fin 2018, début 2019. Le dernier film du cinéaste est The Lost City of Z, présenté à Berlin l'an dernier, et produit par Brad Pitt.

Lost City of Z ressort des cartons de Brad Pitt avec une nouvelle tête d’affiche

Posté par vincy, le 10 septembre 2013

benedict cumberbatch5 ans le projet traîne. En mars 2008, Paramount Pictures et Brad Pitt acquièrent les droits de Lost City of Z, le manuscrit de David Grann. Le journaliste avait rédigé un article en septembre 2005 avant de vouloir l'étoffer pour en faire un essai, publié en avril 2008.

Quelques mois plus tard, James Gray est engagé pour réaliser le film, dont Brad Pitt devait être la star en plus d'être le producteur. Le tournage est calé pour la fin 2010.

Puis rien n'est venu. Finalement le projet ressuscite, mais avec une nouvelle star, Benedict Cumberbatch. James Gray est toujours derrière la caméra. Et Brad Pitt toujours producteur.

Cumberbatch vient de laisser tomber un film d'horreur, Crimson Peak. Coïncidence? A l'affiche de trois films potentiellement oscarisables - 12 Years a Slave, August: Osage County (Le temps d'un été en France) et Le cinquième pouvoir (où il incarne Julian Assange) - l'acteur qui monte a déjà un tournage de prévu cet automne, le biopic The Imitation Game, sur le mathématicien Alan Turing. On le verra également dans les deux autres épisodes du Hobbit, où il incarne Smaug. Il est connu pour son rôle de Khan dans Star Trek : Into Darkness. Mais on l'a aussi remarqué dans La Taupe, en assistant de Gary Oldman, et dans Cheval de guerre.

Lost City of Z est l'histoire Percy Harrison Fawcett, le dernier explorateur victorien qui inspira le personnage d'Indiana Jones, disparu mystérieusement en 1925. Il avait envoyé un message faisant part d'une découverte au fond de la forêt amazonienne, d'une cité étrangement baptisée "Z", alors qu'il cherchait la ville de l'Atlantide.

James Gray était en compétition au Festival de Cannes cette année avec The Immigrant (qui sortira le 27 novembre en France).

Cannes 2013 : Où sont les femmes ? – Blood Ties

Posté par vincy, le 20 mai 2013

zoe saldana blood tiesGuillaume Canet ne peut pas être accusé d'être macho, ni son cosécnariste James Gray. Pourtant leur film Blood Ties, hors compétition à Cannes (et c'est déjà un trop grand honneur) électrisé mollement par l'abus de testostérone, offre un portrait affligeant de la femme. Pour ne pas dire révoltant. Certes, le film est la transposition d'un livre ancré dans une époque, mais pourquoi dépeindre ainsi, aujourd'hui, les femmes?

Au choix, elles sont putes, "infirmières" pour les bobos des mâles, même ceux à l'âme, ou dociles épouses. Marion Cotillard hérite du rôle de la prostituée, forcément camée, un peu grossière, et traître par la même occasion. Zoe Saldana est une gentille mère, qui n'hésite pas à lâcher le père de sa fille pour vivre "paisiblement" son rôle de femme au foyer chez un flic. Mila Kunis, qui avait au moins l'avantage de bosser, se marie avec un truand et abandonne toute activité professionnelle, devenant la patiente et passive épouse qui n'a plus rien à faire à part tomber enceinte. Ajoutons Lili Taylor, soeur des frères rivaux, qui ne sert qu'à cuisiner la dinde pour Thanksgiving et soigner leur père, bien traditionnaliste (comprendre : il préfère l'aîné, plus viril).

Une vision aussi "corrézienne" de la femme ("Pour moi, la femme idéale, c'est la femme corrézienne, celle de l'ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s'assied jamais avec eux et ne parle pas" dixit Jacques Chirac) stupéfait à notre époque. D'autant que les deux compères n'y vont pas avec le dos de la cuillère. On connaît l'adage "toutes des putes sauf ma mère" : dans Blood Ties, la mère des deux "héros" (et de la bonniche de soeur) est décrite comme "pute", "violente", "alcoolo", "vicieuse" et on en passe. Bref, elle a été chassée pour le bien commun de la famille. Sympathique vision qui est répétée, et donc appuyée, lorsque le meilleur pote du frère voyou se souvient : le pire souvenir de sa vie est la mort de son père et sa mère "n'était jamais à la maison" car "elle en n'avait rien à foutre". Décidément les mamans s'en prennent plein la gueule.

On peut toujours essayer de coller à un réalisme, souligner un manque de repères, décrire une société qui se désagrège, mais pourquoi en vouloir autant aux femmes? En 2013, cette vision du sexe opposé par deux scénaristes consacrées est tout simplement infecte : ils auraient pu montrer que la femme, même dans les années 70, avait un autre destin que celui de finir en prison, sur le trottoir ou derrière les fourneaux. Manque d'imagination ou, comme le film, reprise nauséeuse de clichés cinématographiques d'un autre temps? Imagine-t-on aujourd'hui un western où un cowboy affirme qu'un bon indien est un indien mort ?

On peut écrire et réaliser un "thriller" reprenant les codes d'un genre sans pour autant reproduire les poncifs idiots et désuets d'il y a 40 ans...

Lumière 2012, Jours 4-5. La jeunesse de Steven Spielberg et James Gray

Posté par Morgane, le 22 octobre 2012

La salle est pleine au Festival Lumière, le noir se fait et dès les premières notes de la musique de John Williams on reconnaît (même si on ne l'a jamais vu) le film qui a fait trembler toute une génération : Les Dents de la mer. C'est un vrai plaisir de se laisser dériver au gré de ce film de 1975, dans la petite station balnéaire d'Amity où le maire a pour seul objectif un 4 juillet réussi et une saison remplie de touristes. Mais c'est bien sûr sans compter sur l'invitation surprise d'un grand requin blanc qui, 37 ans après, nous donne encore des frissons.

Quatre ans après son premier long-métrage Duel, Steven Spielberg, qui a 29 ans à l'époque, s'immerge dans le film d'horreur aquatique. Musique à suspens, hémoglobine, décor aquatique, marins seuls en pleine mer... tout est réuni pour foutre la trouille et faire en sorte que personne n'aille se jeter à l'eau ensuite.

Si ce film (projeté à l'occasion des 100 ans d'Universal), quelque peu cousu de fil blanc, sortait aujourd'hui sur nos écrans, l'accueil serait certainement plus froid : si on apprécie cette séance, n'est-ce pas pour y trouver le plaisir nostalgique que l'on éprouve à revoir ces fameuses Dents de la mer? Quoique : le film reste brillant et efficace.

Le lendemain, je continue dans les pas d'un jeune réalisateur qui a plus d'un film à son arc aujourd'hui, j'ai nommé James Gray. Le Festival Lumière projette Little Odessa, première réalisation du cinéaste qui, du haut de ses 25 ans, nous donne, avec ce film, une énorme claque. Le cinéaste dépeint la mafia russe dans le quarter new-yorkais de Little Odessa à travers le regard de Josh (Tim Roth) qui revient dans son quartier pour exécuter un contrat. Ce drame, très fort et poignant, mêle film noir et véritable tragédie grecque. En dire plus serait presque un crime pour ceux qui ne l'ont jamais vu.
Little Odessa est aussi l'occasion de découvrir un Tim Roth (qui était là mardi soir pour présenter le film à l'Institut Lumière), dur et tendre à la fois, aux facettes multiples. La même force que Mr. Orange dans Reservoir Dogs.

Marion Cotillard embarquerait dans un film de James Gray

Posté par vincy, le 7 juin 2011

Selon le site Deadline, Marion Cotillard rejoindrait le casting du prochain film de James Gray. Le réalisateur américain prépare actuellement Low Life, avec son comédien fétiche, Joaquin Phoenix et vraisemblablement Jeremy Renner. Gray, en tant que scénariste, a travaillé aussi sur un autre projet, le remake des Liens du sang, avec le compagnon de Marion Cotillard, Guillaume Canet (voir actualité du 14 mai 2010).

Low life est l'histoire d'une femme polonaise qui essaie d'émigrer aux USA. Lors du voyage, sa soeur tombe malade, et elle doit se prostituer pour acheter les médicaments. Le cauchemar continuera une fois les douanes d'Ellis Island passées.

Le tournage est prévu en 2012 pour une sortie en 2013.

Le dernier film de James Gray était two Lovers en 2008. L'autre projet de Gray, The Lost City of Z, avec Brad Pitt (voir actualité du 16 juin 2010) est prévu pour 2012.

Brad Pitt se perd chez James Gray

Posté par vincy, le 16 juin 2010

Pour son prochain film, The Lost City of Z, James Gray a enrôlé Brad Pitt, qui co-produira le projet. La cité perdue de Z : une expédition légendaire au coeur de l'Amazonie est un roman de David Grann, publié en France en mars chez Robert Laffont. On doit aussi à Grann un livre sur le mythomane Frédéric Bourdin, personnage porté à l'écran par Jean-Paul Salomé dans Le Caméléon (en salles le 23 juin).

Lost City of Z est l'histoire Percy Harrison Fawcett, le dernier explorateur victorien qui inspira le personnage d'Indiana Jones, disparu mystérieusement en 1925. Il avait envoyé un message faisant part d'une découverte au fond de la forêt amazonienne, d'une cité étrangement baptisée "Z", alors qu'il cherchait la ville de l'Atlantide.

Le tournage est prévu pour la fin de l'année. Pitt doit tourner Moneyball d'ici là et assurer la promotion de The Tree of Life, le film très attendu de Terrence Malick.