Et si on regardait… le Festival national d’animation BIS

Posté par MpM, le 8 avril 2020

Alors que Festival d'Annecy, carrefour mondial du cinéma d'animation, vient d'officialiser l'annulation de son édition 2020, qui sera remplacée par une édition en ligne du 15 au 20 juin prochain, le cinéma d'animation n'a pas tout à fait dit son dernier mot. Le Festival national de Rennes, qui avait dû lui aussi renoncer à organiser sa 26e édition, propose en effet dès ce mercredi 8 avril à 10 h une version BIS entièrement dématérialisée !

Grâce au soutien de la plateforme de vidéo à la demande UniversCiné et du média breton de culture en ligne KuB, plusieurs programmes de la sélection officielle 2020, représentant environ 90 films, seront en effet disponibles en ligne jusqu'au 12 avril. Outre les sept programmes de courts métrages en compétition, les internautes pourront découvrir six longs métrages dont J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti ou encore L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian et Sam-Sam de Tanguy de Kermel en exclusivité VOD.

Seront également accessibles gratuitement les clips - écrans rythmiques, les films bricolés et les films faits maison. Par ailleurs, des interviews exclusives de réalisateurs en compétition seront diffusées sur le site du Festival.

La grande fête annuelle de l'animation française aura ainsi bien lieu, en attendant celle de l'animation mondiale courant juin. L'occasion de vous recommander quelques courts métrages qui valent le déplacement (virtuel), tels que Ruunpe de Boris Labbé, Moutons, loup et tasse de thé de Marion Lacourt, Les songes de Lhomme de Florent Morin, L'heure de l'ours d'Agnès Patron, et des films étudiants, à l'image de L'échappée de Benoit Michelet, Le chant des poissons-anges de Louison Wary ou encore Chat de Rui Chang.

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Festival national d'animation de Rennes BIS
Du 8 au 12 avril
Plus d'informations sur le site de la manifestation

Cartoon Movie récompense le studio Xilam et les réalisatrices des Hirondelles de Kaboul

Posté par redaction, le 5 mars 2020

les hirondelles de kaboulLes Cartoon Movie Tributes récompensent chaque année une personnalité ou une société "ayant eu une influence dynamique et positive sur l’industrie européenne du long métrage d’animation."

La 22e édition se déroule à Bordeaux jusqu'à ce soir.

Zabou Breitman & Éléa Gobbé-Mévellec, pour Les Hirondelles de Kaboul, ont reçu le prix du Réalisateur européen de l'année. Le film, qui avait fait son avant-première à Un certain regard à Cannes et qui était en lice pour le César du long métrage d'animation, avait déjà gagné le prix de la Fondation Gan pour la distribution à Annecy et le Valois de Diamant du Festival du film francophone d'Angoulême.

Marjane Satrapi, Peter Lord ou encore Claude Barras ont reçu ce prix les années précédentes.

Le prix du Producteur européen de l’année est également revenu à l'animation française en récompensant Xilam, distingué en 2019 à Cannes (Grand prix de la Semaine de la critique) et aux César (meilleur long métrage d'animation, en plus d'une nomination aux Oscars, grâce à J'ai perdu mon corps.

Le prix du Distributeur européen de l’année a été décerné à la société belge Lumière, qui d'ailleurs distribué en Belgique J'ai perdu mon corps, mais aussi Funan.

César 2020: « Les Misérables » triomphe

Posté par vincy, le 28 février 2020

Florence Foresti a ouvert cette cérémonie pas comme les autres, avec Tchéky Karyo, qui ne s'est pas "rasé depuis Nikita". La 45e cérémonie des "connards, euh des César" a commencé avec un film court où elle parodie le Joker, personnage qui, rappelons-le, tente de faire rire en se croyant fait pour le stand-up.

Comme quoi le cinéma américain est toujours plus inspirant pour les ouvertures de cette soirée annuelle. Mais il fallait bien chauffer la salle depuis que ces César étaient menacés de gel. "Ça va la diversité? Vous vous êtes crus à la MJC de Bobigny. ici, c'est l'élite, on dégage".  Une polémique de moins. "Je suis très heureuse d'être là... enfin non... je suis très courageuse. Elle a bien choisi son année pour revenir la Foresti", balance-t-elle. "On est sur du rire bio".

Brillante, évidemment, elle s'est moquée de l'époque avec son autodérision habituelle (blackface et salut nazi): "Il semblerait que je sois blanche, hétéro, d'héritage chrétien. C'est pas grave!" Mais évidemment on l'attendait sur J'accuse -" douze moments où on va avoir un souci". Et elle s'en est bien sortie, avouons-le. Piquant avec humour Céline Sciamma et son équipe à 80% féminine, loin des objectifs du collectif 50/50. Du coronavirus à la bite de Benjamin Griveaux, toute l'actu y est passée pendant la cérémonie. Jusqu'à se payer l'Académie: "Y a plus de patron, c'est pas une intérim qui va m'arrêter". Jusqu'à rencontrer Isabelle Adjani dans un sketch filmé. Rappelons que Foresti avait fait il y a 5 ans une parodie de la star qui est devenue culte. Et Adjani de jouer les fausses folles, reprenant ainsi le sketch télévisuel de Foresti.

Sandrine Kiberlain a alors ouvert la soirée en tant que présidente. "Heureuse et touchée" d'être présidente de cette cérémonie, "la dernière d'une époque, la première d'une nouvelle", elle a pesé chacun de ses mots et clamé un discours résolument féministe. Un discours très social aussi  "Je crois profondément aux vertus de la crise" affirme-t-elle, citant Victor Hugo, mai 68, mais aussi des films oubliés par les nominations comme Les invisibles, C'est ça l'amour et Tu mérites un amour. Classe.

Moins convaincants, les discours des remettants, trop insistants, maladroits, parfois lourds ou plombants (on ne le dira jamais assez: l'écriture est le parent pauvre du cinéma), ou alors complètement insipides. Dommage parce que ça allait dans le bon sens de l'inclusion et de la diversité. Au final, beaucoup d'intermèdes étaient trop longs et assez vains. Il a fallu attendre deux heures et demi pour passer aux catégories reines. Imaginez notre supplice. Heureusement, il y a eu le bel hommage à Agnès Varda, en chanson, en voix et en images.

La diversité, l'égalité et la mixité étaient pourtant sur scène, notamment avec beaucoup de femmes lauréates (y compris dans les métiers techniques). Les remettants, bien sûr, mais aussi du côté des lauréats avec la belle double victoire Papicha. Ce n'est pas la seule réalisatrice couronnée puisque Yolande Zauberman a été primée côté documentaires, succédant à Agnès Varda et Mélanie Laurent dans cette catégorie essentiellement masculine. Et le court métrage a récompensé une co-réalisatrice (Lauriane Escaffre).
Avec sa nouvelle règle, le César du public a échappé à Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?, champion du box office, au profit des Misérables de Ladj Ly.

C'est une fois de plus le festival de Cannes qui cartonne avec J'ai perdu mon corps, La belle époque, Roubaix une lumière, Portrait de la jeune fille en feu, Parasite, Alice et le maire, Les Misérables et Papicha parmi les vainqueurs. Il n'y a pas eu de vrais perdants parmi les multi-nommés. C'est même plutôt un palmarès plutôt équilibré. Et de Roschdy Zem à Anaïs Demoustier en passant par Fanny Ardant et Swann Arlaud, les remerciements étaient beaux, les prix mérités.

Mais c'est bien Roman Polanski, récompensé personnellement par deux César dont celui de la réalisation, qui aura fait un bras d'honneur à tous.  On aurait tellement aimé, pour le symbole, que Céline Sciamma, soit distinguée. Les professionnels ont finalement fait de la résistance en séparant l'homme de l'artiste. Mais c'est quand même une provocation ce César pour Polanski (certes pas le premier). Un "symbole mauvais" comme anticipait le ministre de la Cuture. Adèle Haenel en a quitté la salle. Elle qui a tout bousculé, ouvert la voie, donner de la voix aux femmes, aura finalement été humiliée par les votants de l'Académie. D'autres personnes, dont Céline Sciamma, la suivent en criant "Quelle honte !". Un silence glacial paralyse la salle. Florence Foresti balance un "écoeurée" sur Instagram.

Heureusement, le seul vainqueur est un premier film venue de la banlieue, métissé et certes très masculin. Les Misérables, et son petit budget, a été récompensé quatre fois et sacré par le prix meilleur film. Le cinéma français, terre de contrastes et de contradictions...

Palmarès

César du meilleur film : Les Misérables
César de la meilleure réalisation : Roman Polanski pour J'accuse
César du meilleur premier film : Papicha de Mounia Meddour
César du film d'animation (long métrage) : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin
César du film d'animation (court métrage) : La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel
César du meilleur film documentaire : M de Yolande Zauberman
César du meilleur court métrage : Pile poil de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller
César du public : Les Misérables
César du meilleur film étranger : Parasite de Bong Joon-ho

César de la meilleure actrice : Anaïs Demoustier dans Alice et le maire
César du meilleur acteur : Roschdy Zem dans Roubaix, une lumière
César du meilleur second-rôle féminin : Fanny Ardant dans La belle époque
César du meilleur second-rôle masculin : Swann Arlaud dans Grâce à Dieu
César du meilleur espoir féminin: Lyna Khoudri dans Papicha
César du meilleur espoir masculin: Alexis Manenti dans Les Misérables

César du meilleur scénario original : Nicolas Bedos pour La belle époque
César de la meilleure adaptation: Roman Polanski et Robert Harris pour J'accuse, d'après le roman D. de Robert Harris
César de la meilleure musique : Dan Levy pour J'ai perdu mon corps
César de la meilleure photo : Claire Mathon pour Portrait de la jeune fille en feu
César du meilleur montage : Flora Volpelière pour Les Misérables
César des meilleurs décors: Stéphane Rozenbaum pour La belle époque
César des meilleurs costumes: Pascaline Chavanne pour J'accuse
César du meilleur son : Nicolas Cantin, Thomas Desjonquières, Raphaël Mouterde, Olivier Goinard et Randy Thom pour Le Chant du loup

Triplé gagnant pour Les Misérables aux prix Lumières 2020

Posté par vincy, le 28 janvier 2020

La 25e Cérémonie des prix Lumières de la presse internationale, diffusée pour la première fois sur Canal+, était présidée par Isabelle Huppert. C'était surtout un festival cannois avec trois prix pour Les Misérables, deux autres pour Portrait de la jeune fille en feu, un prix chacun pour Roubaix, une lumière, J'ai perdu mon corps et It Must be Heaven. Les Misérables, nommé aux Oscars, prix du jury à Cannes et Grand prix de la critique, part favori pour les César.

Les journalistes étrangers basés à Paris ont osé sacrer Roman Polanski, malgré les polémiques dans la catégorie réalisateur.

L’Académie des Lumières, composée de 130 correspondants représentant plus de quarante pays, a tenu à rendre un hommage spécial au réalisateur Costa-Gavras pour sa contribution au rayonnement mondial du cinéma français et à Roberto Benigni, lauréat d’un Lumière du meilleur film étranger lors de la 4e cérémonie pour La vie est belle.

Meilleur Film
LES MISÉRABLES de Ladj Ly

Meilleure Mise en scène
ROMAN POLANSKI - J’accuse

Meilleure Actrice
NOÉMIE MERLANT Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Meilleur Acteur
ROSCHDY ZEMRoubaix, une lumière de Arnaud Depleschin

Meilleur Scénario
LADJ LY, GIORDANO GEDERLINI et ALEXIS MANENTILes Misérables

Meilleure Image
CLAIRE MATHONPortrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Révélation féminine
NINA MEURISSE - Camille de Boris Lojkine

Révélation masculine
ALEXIS MANENTILes Misérables de Ladj Ly

Meilleur Premier film
NEVADA de Laure de Clermont-Tonnerre

Meilleure Coproduction internationale
IT MUST BE HEAVEN de Elia Suleiman

Meilleur Film d'animation
J’AI PERDU MON CORPS de Jérémy Clapin

Meilleur Documentaire
M de Yolande Zauberman

Meilleure Musique
ALEXANDRE DESPLATAdults in the Room de Costa-Gavras

Klaus et J’ai perdu mon corps triomphent aux Annie Awards

Posté par vincy, le 26 janvier 2020

Netflix ne dominera pas les Oscars mais la plateforme s'est octroyée le droit de surclasser les studios historiques aux 47e Annie Awards, les récompenses annuelles du film d'animation. Netflix a récolté 19 trophées dont celui du meilleur film d'animation avec Klaus et en tant que distributeur américain celui du meilleur film d'animation indépendant avec J'ai perdu mon corps, premier film de Jérémy Clapin, Grand prix à la Semaine de la critique à Cannes en mai dernier. A eux deux ils ont reçu 10 Annie Awards.

Klaus a remporté sept Annies, sur sept nominations: de la réalisation de Sergio Pablos au montage, en passant par l'animation de personnage, de dessin de personnage, les décors et le storyboarding.

Trois prix pour J'ai perdu mon corps

J'ai perdu mon corps a non seulement triomphé dans la catégorie reine du meilleur film indépendant, mais il est reparti avec l'Annie Award de la meilleure musique pour le compositeur Dan Levy et celui du meilleur scénario pour Jérémy Clapin et Guillaume Laurant.

C'est un triomphe pour le cinéma d'animation européen puisque Klaus est hispano-britannique et J'ai perdu mon corps français.

Notons aussi, parmi les triomphes de Netflix, le succès de la série Love, Death & Robots (4 Annies).

Un Oscar très ouvert

Derrière Disney traîne avec 5 Annies, dont celui de la meilleure performance vocale (Josh Gad pour Olaf dans La Reine des Neiges 2) et celui de l'animation de personnages dans un film en prises de vues réelles (Avengers:Endgame).

Oncle Thomas: la comptabilité des jours, coproduction franco-canadienne, a été distingué par le prix du meilleur court métrage animé (que vous pouvez voir ici, sur Arte).

Avec ce palmarès, les Annie Awards relancent le suspens pour l'Oscar du meilleur film d'animation. Les Golden Globes ont voté pour Monsieur Link, la Guilde des producteurs a choisi Toy Story 4 et désormais Klaus et J'ai perdu mon corps ont regagné des points. Les quatre sont en lice pour les Oscars, aux côtés de Dragons 3 (un seul Annie).

Tribune : Vers un label “Animation” ?

Posté par redaction, le 22 janvier 2020

Voici une chronique en forme de tribune, diffusée samedi dernier lors de l’émission Longtemps je me suis couché de bonne heuresur les ondes de Radio libertaire. Ce texte fort et précis de Francis Gavelle rejoint nos préoccupations concernant les films d’animation exigeants, qu’ils soient destinés à un public adulte tel que Ville neuve de Félix Dufour-Laperriere, ou à un public plus familial comme c’est le cas de L’Extraordinaire voyage de Marona, et qui dans les deux cas semblent sacrifiés sur l’autel du marché dès lors qu’ils atteignent les salles (d’autres moins chanceux encore n’y ont eux jamais accès). Nous partageons donc, au sens le plus fort du terme, cet appel vibrant à une action claire et définie en faveur de l’animation d’art et d’essai.

Pour évoquer ce film magnifique qu’est L’extraordinaire voyage de Marona, ce récit touchant de la vie d’une petite chienne, au doux pelage noir et blanc, et de ses trois maîtres successifs, je ne reviendrai pas sur l’élégance graphique du design “personnages” de Brecht Evens, auteur-phare de la bande dessinée contemporaine ; je ne reviendrai pas non plus sur cette virtuosité visuelle inspirée, et bien loin des habituelles performances démonstratives d’un certain cinéma d’animation mainstream qui confond salle de cinéma et parc d’attractions ; de la même manière, je ne reviendrai pas sur le message humaniste sincère, dénué d’opportunisme, qui précise que “le bonheur est une petite chose, presque rien” et que, loin de constituer là une attitude de résignation, il finit par interroger le spectateur, petit ou grand, sur la tendance de sa propre espèce – l’espèce humaine – à vouloir toujours plus, dans une angoissante “course contre soi-même”, ainsi que le biologiste Konrad Lorenz nommait, en 1973, dans son essai Les huit péchés capitaux de notre civilisation, cette “incapacité manifeste des hommes modernes à rester seuls en face d’eux-mêmes, ne serait-ce qu’un moment” et à “(n’accorder) plus d’importance qu’à la réussite (…) qui permet de vaincre les autres dans une contrainte impitoyable du dépassement.” Non, je ne reviendrai pas sur tout cela, ni sur la délicate partition de Pablo Pico, dont le titre Les souvenirs, avec reprise du thème principal et citation des thèmes secondaires, peut se lire comme un résumé musical du film.

Non, mais je m’interrogerai… Je m’interrogerai sur l’échec que va subir, en salles, ce long métrage, artistiquement ambitieux, émotionnellement sensible, et bénéficiant d’une presse assez unanimement élogieuse. Est-il ainsi suffisant, à longueur de colonnes, de la presse généraliste à la presse spécialisée, de constamment s’esbaudir devant la réussite économique et créatrice de ce milieu de l’animation hexagonale, qui, en termes de volume de production (cinéma + séries TV) serait –paraît-il – passée de la 3e place mondiale à la 2e, derrière le Japon, mais devant, désormais, les Etats-Unis. En dehors des hourras cocardiers et des indicateurs statistiques de performances, chers aux financeurs publics et privés et aux forums de coproduction type “Cartoon Movie”, la belle affaire !

Ne serait-il pas davantage pertinent de s’interroger sur la difficulté, pour des œuvres plus singulières, à trouver leur place dans les salles, et, en premier lieu, auprès des exploitants – j’évoque plutôt là le secteur de l’art et essai – frileux (pas forcément sans raison, par rapport aux attentes qu’ils peuvent supposer de leur public) à les programmer sur leurs écrans : ainsi, L’extraordinaire voyage de Marona sera sorti le 8 janvier dernier sur uniquement trois salles parisiennes, dont le Studio des Ursulines (salle à la fois dédiée au cinéma d’animation et au cinéma “jeune public”), et ne connaît déjà plus à la date de cette chronique radiophonique qu’une programmation épisodique d’une séance par jour, ou d’une séance un jour sur deux, ou d’une séance un jour par semaine. Bien sûr, on peut noter que le film connaîtra sans doute une deuxième vie cinématographique, à travers les précieux dispositifs d’éducation à l’image que sont “école et cinéma”, “collège et cinéma” et “lycéens et apprentis au cinéma” ; mais, ceci posé, comment parvenir, auparavant, jusqu’aux spectateurs et s’imposer dans leurs choix de sortie ciné, quand on a déjà disparu des écrans, et qu’en amont on ne bénéficie, évidemment pas, de la force de frappe promotionnelle d’un blockbuster animé hollywoodien ?

Car, au-delà du film précité, du cinéma “jeune public” et des seuls longs métrages hexagonaux, comment  ne pas se désoler – et quel que soit son propre point de vue critique sur les films – des non-rencontres “œuvre/public” ayant frappé, l’année dernière, Ville Neuve, de Félix Dufour-Laperrière, ou Buñuel après l’âge d’or, de Salvador Simó. Même un film comme J’ai perdu mon corps, avec son exceptionnel parcours en festivals (Cannes, Annecy), son achat par Netflix et sa présence parmi les cinq derniers nommés pour l’Oscar du long métrage d’animation n’a guère réussi à dépasser, d’après le site JP’s Box-Office, la barre des 157.000 entrées – certes, nombre de films d’auteur en prise de vues réelles se satisferaient de ce chiffre, mais là n’est pas le questionnement.

Ces films sont-ils donc condamnés à devenir des “films de festivals”, vus par les seuls festivaliers, comme vont très possiblement le rester Away, du Letton Gints Zilbalodis, étrange ballade contemplative en forme de jeu vidéo, primé en 2019 à Annecy, ou Bombay Rose, de l’Indienne Gitanjali Rao, mélo aux allures kitsch autour d’une impossible histoire d’amour entre une hindoue et un musulman, présenté aussi bien à Venise qu’à Toronto l’année passée ? A ce jour, en effet, sans doute échaudé par l’accueil quasi inexistant réservé aux films d’animation d’auteur préalablement sortis, aucun distributeur ne semble s’être positionné sur ces deux œuvres – à noter, Bombay Rose, tourné en prise de vues réelles, aurait sans doute déjà trouvé preneur.

Alors, comment sortir de ce cercle vicieux et éviter que ne se reproduise ce même schéma pour, par exemple, les films à venir d’Alain Ughetto (Interdit aux chiens et aux Italiens), de Simone Massi (Trois enfances) ou de Florence Miailhe (La traversée) ? Faut-il suggérer aux institutions représentatives du milieu de l’animation (SPFA, AFCA) de porter auprès des instances régulatrices du cinéma (le CNC) le projet d’un label “Animation” qui, à l’identique des labels “Art et essai”, “Jeune public” ou “Patrimoine”, inciterait les salles à s’engager, moyennant soutien en contrepartie, sur une programmation à caractère durable et équitable de ce cinéma d’animation d’auteur qui peine à exister malgré les pépites qu’ils façonnent – hier aussi, Jasmine ou Le garçon et le monde – et a besoin de nouveaux leviers réglementaires, pour croire dans un futur qui ne l’assigne pas à la pire des niches cinéphiles qui soit : le “film de festival”.

Si cette modeste chronique peut être un premier minuscule caillou posé sur la voie de cet indispensable chantier de réflexion, elle n’aura alors pas été tristement vaine.

Francis Gavelle
Chronique radiophonique du 18 janvier 2020
(Longtemps, je me suis couché de bonne heure, Radio Libertaire, 89.4 Mhz)

Blink Blank : le cinéma d’animation a enfin sa revue !

Posté par MpM, le 14 janvier 2020

La création d'une nouvelle publication sur le cinéma est toujours une bonne nouvelle, mais là, il faut avouer que l'on est particulièrement heureux de vous annoncer l'arrivée d'une revue bi-annuelle entièrement consacrée au cinéma d'animation !

Blink Blank, puisque c'est son nom, en hommage au film Blinkity Blank de Norman McLaren, Palme d'or du court métrage à Cannes en 1955, a pour ambition d'accompagner le grand élan actuel du cinéma d'animation et de "contribuer à sa reconnaissance en proposant une approche critique de l'animation en tant qu'art".

Né de la volonté conjointe de NEF Animation, de la Cinémathèque québécoise et des éditions Warm, ce bel objet s'adresse à ceux qui aiment déjà l'animation comme à ceux qui ont envie de mieux la connaître, et proposera dans chaque numéro un état des lieux critique de la production de courts comme de longs métrages, ainsi que différents dossiers thématiques.

Disponible en librairie et sur internet depuis le 10 janvier, le premier numéro s'interroge sur la maturité du cinéma d'animation ("enfin adulte ?") et revient sur les grands moments de 2019, de J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin à La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, en passant par L'Heure de l'ours d'Agnès Patron ou Le Voyage du prince de Jean-François Laguionie.

Au-delà des éclairages critiques et analytiques,  il faut noter la grande richesse des rencontres et des interviews, qu'il s'agisse de Félix Dufour-Laperrière pour Ville Neuve ou des Frères Quay pour leur court métrage The doll's breath, sans oublier Anca Damian pour L'extraordinaire voyage de Marona et Florence Miailhe pour son premier long métrage, La Traversée, attendu (à Cannes ?) cette année.

Un autre grand maître du cinéma d'animation, Takahata Isao, est également présent par l'intermédiaire d'un texte inédit en France, issu des propos du réalisateur au moment de la production du Tombeau des Lucioles. Il y confie notamment son désir de faire un film dans lequel "la plus grande attention possible apportée aux détails permettra, sans que l'on sache quand ni comment, de faire surgir la beauté ineffable et la fragilité tragique de l'existence. " On sait maintenant avec quel virtuosité il y est parvenu, ce qui rend son témoignage d'autant plus fort et touchant.

Enfin, il faut citer parmi les innombrables contenus passionnants de ce premier numéro de Blink Blank un dossier sur les Looney Tunes, un portrait du réalisateur David OReilly, une rencontre avec la dessinatrice suisse Félicie Haymoz, character designer pour Fantastic Mr Fox et L'île aux chiens de Wes Anderson, ou encore une plongée dans les carnets de recherche de la réalisatrice Alice Saey pour son projet Careful.

On a hâte de découvrir les prochains numéros de cette revue indispensable, qui devrait s’ouvrir à d’autres regards, d’autres réflexions, d'autres facettes du cinéma d'animation, pour en raconter avec ferveur et passion l’histoire passée et contemporaine, mais aussi ses nombreux avenirs.

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Blink Blank, janvier 2020, numéro 1
Abonnement ou achat au numéro sur le site de la revue

[2019 dans le rétro] Le triomphe ambivalent de l’animation adulte

Posté par MpM, le 10 janvier 2020

Un regard rapide sur l'année écoulée suffit pour se réjouir de la vitalité du cinéma d'animation en France. Avec 50 longs métrages et 20 programmes de courts, il représente en effet en moyenne plus d'une sortie par semaine, sans compter les ressorties, ce qui témoigne d'une offre riche et diversifiée.

L'animation française s'en sort bien, avec 9 longs métrages, contre 16 pour les Etats-Unis, et 8 pour le Japon. Côté box-office, cette année encore ce sont les blockbusters américains qui dominent : Le Roi lion est en tête avec 10 millions d'entrées, suivi de La Reine des neiges 2 et de Toy Story 4. Le premier film français est loin derrière avec 750 000 entrées (Minuscule 2), tandis que le premier film d'auteur et à destination d'un public adulte, Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, affiche 320 000 entrées. Evidemment, on préférerait que ce soit le contraire, et que l'animation exigeante (et de manière générale le cinéma d'auteur) triomphe dans les salles, au nez et à la barbe des blockbusters et autres sequels en série.

Pourtant, on peut aussi voir le verre à moitié plein et se dire que si l'adaptation du roman de Yasmina Khadra pouvait sans doute prétendre à mieux (n'est-ce pas toujours le cas ?), surtout avec Zabou Breitman, personnalité connue et appréciée du grand public à la co-réalisation, son résultat au-dessus des 300 000 entrées prouve malgré tout qu'il existe un public art et essai susceptible de se mobiliser pour aller voir un long métrage d'animation qui aborde un sujet complexe et difficile (en l'occurence, l'Afghanistan des Talibans). Ce qui signifie qu'un "transfert" de spectateurs amateurs d'art et essai est bel et bien possible entre prise de vue continue et animation.

La question est plutôt de savoir pourquoi le transfert marche dans certains cas, et pas dans d'autres. On pense notamment à Funan de Denis Do, premier long métrage sensible et bouleversant sur la période terrible de la dictature des khmers rouges au Cambodge. Inspiré de l'histoire vraie de la mère et du frère du réalisateur, le film nous plonge sans fard dans le quotidien des camps de travail khmers, et expose toute la complexité d'une situation dans laquelle chacun joue sa vie à chaque instant. Malgré sa force, malgré son sujet, malgré le Cristal du meilleur long métrage à Annecy en 2018, le film n'a pas trouvé son public. Hélas, il est loin d'être le seul.

Et s'il fallait une démonstration plus cruelle encore du fait que la qualité est parfois inversement proportionnelle au nombre d'entrées, il faudrait citer ce qui demeure comme l'un des plus beaux films (tout court) de l'année 2019, Ville neuve de Félix Dufour-Laperrière, malheureusement sorti sur très peu d'écrans, et donc vu par un nombre limité de spectateurs. Ville neuve démontre pourtant autre chose que les injustices grossières du box-office.

Il est l'exemple parfait de ce que les amateurs de cinéma d'animation attendaient depuis longtemps : un long métrage qui bouscule les habitudes, tente des choses d'ordinaire bannies en animation (un long plan fixe sur deux personnages à la fenêtre, des passages abstraits au milieu du récit, un plan-séquence virtuose sur deux personnages qui marchent dans la rue...) et affirme à chaque image que l'animation n'est pas du sous-cinéma. Son histoire de couple qui tente de renouer avec le passé nous touche autant que sa variante en prise de vue continue chez Christophe Honoré dans Chambre 212, l'autre grand film sur le couple de 2019. De la même manière, son aspiration à rapprocher les espaces du rêve, de l’imaginaire, du souvenir, de l’intime et du collectif, nous interpelle et nous interroge. Ville neuve est non seulement un film destiné à un public adulte, mais aussi un film doté d'une incontestable maturité formelle et narrative.

L'autre exemple criant en la matière est bien entendu J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, qui fait lui aussi la démonstration d'une maîtrise formelle peu fréquente. Attention, il ne s'agit pas ici de technique, mais bien de mise en scène, avec un sens du cadre et du point de vue qui dénotent une connaissance millimétrée du langage cinématographique. Une virtuosité qui ne doit pas faire oublier les autres qualités de ce premier long métrage singulier, à commencer par sa mélancolie douce-amère et son émotion sous-jacente. Là encore, Jérémy Clapin déjoue les attentes en proposant, entre deux scènes d'action qui flirtent avec le cinéma de genre, une longue séquence presque statique de dialogue entre les deux personnages principaux, par interphone interposé. Cerise sur le gâteau, même s'il n'a pas battu de record, J'ai perdu mon corps est loin d'avoir démérité au Box-Office, surtout en comparaison avec nos précédents exemples...

Il faut encore mentionner Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simó et Another day of life de Raul de la Fuente et Damian Nenow qui, s'ils nous ont moins enthousiasmés, participent également à ce mouvement général de longs métrages d'animation résolument tournés vers un public plus adulte. De la même manière que le documentaire Zero impunity de Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies et Denis Lambert (grand succès de festival encore inédit en salles), qui dénonce l'impunité des violences sexuelles dans les conflits armés actuels.

Quelques films, enfin, prennent le parti de s'adresser à un public certes familial, mais tout en offrant un niveau de lecture particulièrement développé aux spectateurs adultes. C'est le cas dans une moindre mesure de La Fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, et surtout du formidable Voyage du Prince de Jean-François Laguionie, qui aborde sans fard la question des réfugiés et de l'accueil que leur réservent nos sociétés contemporaines bien pensantes.

Et puis, bien sûr, il y a L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian, qui vient tout juste de sortir en salles, mais qui dès sa première projection au festival d'Annecy, montrait lui-aussi les facilités qu'a le cinéma (qu'il soit d'animation ou non) pour s'adresser simultanément à tous les publics. Brillant, splendide et d'une grande intelligence, le film est ainsi à la fois une fresque colorée qui retrace la vie douce amère d'une petite chienne et une réflexion profonde sur le bonheur, et notre incapacité à le saisir, ou même à le reconnaître.

A noter enfin qu'il serait impossible de prétendre à un quelconque tour d'horizon du cinéma d'animation en omettant sa part la plus foisonnante, celle du court et du moyen métrage. Cette année encore, on a vu des films superbes, comme en témoignent nos deux focus sur les meilleurs courts métrages de 2019, qui comptent une dizaine de films d'animation sur les 25 titres cités. Afin de ne pas se répéter, on ne citera donc que deux d'entre eux, qui ont d'ores et déjà marqué durablement les esprits : L'Heure de l'ours d'Agnès Patron et Physique de la Tristesse de Théodore Ushev.

Les critiques de Los Angeles plébiscitent Parasite

Posté par redaction, le 9 décembre 2019

Carton plein pour Bong Joon-ho et sa Palme d'or, Parasite, du côté de la Los Angeles Film Critics Association, l'une des deux grandes associations de critiques américains. La LAFCA avait même prémédité les victoires aux Oscars de certains films comme Démineurs, Moonlight et Spotlight.

Parasite repart avec trois récompenses: meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur second-rôle masculin (et termine finaliste dans deux autres catégories). C'est aussi une jolie razzia pour les films cannois. Douleur et Gloire de Pedro Almodovar est distinguée deux fois, en tant que film étranger et pour Antonio Banderas, meilleur acteur. Le cinéma français passé par la Croisette brille également avec deux prix pour J'ai perdu mon corps (animation et musique) et un prix pour la directrice de la photo Claire Mahon (Portrait de la jeune fille en feu et Atlantique).

Si The Irishman, finaliste dans trois catégories, continue à être le favori aux Oscars, et Marriage Story en bonne position (il a été primé ici pour son scénario et se retrouve finaliste côté acteur) permettent de confirmer Netflix comme studio sur lequel les auteurs peuvent compter, on soulignera quand même l'absence notable des productions hollywoodiennes dans le palmarès.

Film: Parasite (finaliste: The Irishman)
Réalisateur: Bong Joon Ho, Parasite (finaliste: Martin Scorsese, The Irishman)
Actrice: Mary Kay Place, Diane (finaliste:: Lupita Nyong’o, Us)
Acteur: Antonio Banderas, Douleur et Gloire (finaliste: Adam Driver, Marriage Story)
Second-rôle masculin: Song Kang Ho, Parasite (finaliste: Joe Pesci, The Irishman)
Second-rôle féminin: Jennifer Lopez, Hustlers (finaliste: Zhao Shuzhen, The Farewell)
Film d'animation: J'ai perdu mon corps (finaliste: Toy Story 4)
Documentaire: American Factory (finaliste: Apollo 11)
Film en langue étrangère: Douleur et Gloire (finaliste: Portrait de la jeune fille en feu)
Scénario: Noah Baumbach, Marriage Story (finaliste: Bong Joon Ho et Han Jin Won, Parasite)
Image: Claire Mathon, Portrait de la jeune fille en feu et Atlantique (finaliste: Roger Deakins, 1917)
Montage: Todd Douglas Miller, Apollo 11 (finaliste: Ronald Bronstein & Benny Safdie, Uncut Gems)
Musique: Dan Levy, J'ai perdu mon corps (finaliste: Thomas Newman, 1917)
Décors: Barbara Ling, Once Upon a Time in Hollywood (finaliste: Ha Jun Lee, Parasite)
Nouvelle génération: Joe Talbot, Jimmie Fails et Jonathan Majors, The Last Black Man in San Francisco
Prix Douglas Edwards du film expérimental: The Giverny Document de Ja’Tovia Gary
Prix pour l'ensemble de sa carrière: Elaine May

The Irishman et trois films français récompensés par les critiques de New York

Posté par vincy, le 4 décembre 2019

Il y a deux gagnants aux New York Film Critics Circle: Netflix et le Festival de Cannes. Netflix puisque, une fois de plus, comme hier avec le National Board of Review, c'est The Irishman qui a été sacré par le prix du meilleur film (en plus du prix du meilleur second-rôle masculin). On ajoutera Uncut gems (distribué hors USA par la plateforme, couronné pour la réalisation des frères Safdie, Marriage Story (meilleur second-rôle féminin) et J'ai perdu mon corps, le film d'animation de Jérémy Clapin, distribué aux USA sur Netflix.

J'ai perdu mon corps est l'un des trois films français distingués, avec Atlantique de Mati Diop (meilleur premier film), et Portrait de la jeune fille en feu, récompensé pour sa photo. Soit trois films également présentés à Cannes. Les films sélectionnés sur la Croisette sont largement plébiscités avec Douleur et Gloire, Once Upon a Time in Hollywood et Parasite.

Meilleur film: The Irishman
Meilleur réalisateur: Benny and Josh Safdie, Uncut Gems
Meilleur premier film: Atlantique, de Mati Diop
Meilleur acteur: Antonio Banderas, Douleur et Gloire
Meilleure actrice: Lupita Nyong’o, Us
Meilleur second-rôle masculin: Joe Pesci, The Irishman
Meilleur second-rôle féminin: Laura Dern, Marriage Story et Little Women
Meilleur documentaire: Honeyland
Meilleur scénario: Once Upon a Time in Hollywood, Quentin Tarantino
Meilleure image: Portrait de la jeune fille en feu, Claire Mathon
Meilleur film en langue étrangère: Parasite
Meilleur film d'animation: J'ai perdu mon corps
Prix spécial: Randy Newman
Prix spécial: Indie Collect