Cannes 2019: les films qu’on aimerait y voir (1/2)

Posté par redaction, le 13 avril 2019

Douleur et Gloire, Rocketman, La vérité, Once Upon a Time in Hollywood, A Hidden Life (Radegund), Matthias & Maxime, Parasite, Sorry We Missed You, Le jeune Ahmed. On voit mal Cannes passer à côté de Almodovar, du biopic musical de l'année, du film français signé par la Palme d'or 2018, des nouveaux Tarantino, Dolan, Joon-ho, Loach et Dardenne. La surprise du 18 avril (date de la conférence de presse) serait qu'ils n'y soient pas. Cannes a déjà préempté le Jarmusch en ouverture. Mais quelques films attendus ont aussi, déjà, été préemptés par Netflix (donc hors périmètre), tels Ema de Pablo Larrain. Il reste malgré tout de la place, toutes sections et sélections confondues pour quelques surprises et, rêvons, satisfaire quelques rêves.

Mignonnes de Maïmouna Doucouré
Après plusieurs années passées à travailler sur des courts métrages, Maïmouna Doucouré s’est laissée tenter par l’expérience du long. Pour le pitch, la réalisatrice franco-sénégalaise a décidé de puiser dans son vécu et dans sa propre filmographie puisqu’après s’être intéressée à la disparition d’une enfant au coeur d’une cité dans Cache-cache et à l’incompréhension d’un môme confrontée à la polygamie dans sa famille pour Maman(s), Maïmouna Doucouré raconte dans Mignonnes le parcours d’une jeune préadolescente de 11 qui se découvre découvre une passion pour le twerk via les filles de son collège.

Perdrix d’Erwan le Duc
On a hâte de découvrir le premier long métrage d'Erwan Le Duc, tant ses courts, dont Le soldat vierge, présenté à la Semaine de la Critique en 2016, étaient riches d'une singularité formelle comme narrative. Et c'est vrai que le film serait parfait pour une compétition cannoise ! Avec un univers extrêmement personnel, et un sens du cadrage plus que maîtrisé, le réalisateur promet en effet de faire souffler un vent de cinéma audacieux et surprenant sur la Croisette. En bonus, le fait qu'il mette en scène la formidable Maud Wyler aux côtés de Swann Arlaud et de Fanny Ardant, et qu'il se passe dans les Vosges, entre Plombières et Epinal, ne peut que nous rendre le film a priori plus désirable.

Le Milieu de l’Horizon de Delphine Lehericey
Révélée en 2007 au Festival de Locarno grâce à son moyen métrage Comme à Ostende, la réalisatrice suisse installée en Belgique Delphine Lehericey s’est tournée vers la Macédoine au moment de tourner son troisième long métrage. Celui-ci, porté par un casting de rêve (Laetitia Casta, Clémence Poésy, Jalil Lespert) raconte comment en 1976, un jeune garçon assiste simultanément à l’éclatement du monde paysan traditionnel, de sa cellule familiale et à la ruine de son père. Tout un programme !

Le voyage fantastique de Marona d’Anca Damian
Parce que chaque nouveau projet de la réalisatrice d'animation Anca Damian (Le voyage de M. Crulic, La montagne magique) est un événement, on se dit que la place de Marona est incontestablement sur la croisette.  Avec son histoire simple et touchante (l'amour inconditionnel d'une petite chienne pour ses maîtres successifs), Le voyage fantastique de Marona s'annonce à la fois comme une fable sensible à destination de tous les publics, et comme une oeuvre de cinéma ambitieuse et maîtrisée, qui met la barre très haut en terme d'expérimentation formelle. Les premières images le confirment, il faut s'attendre à une oeuvre superbe et virtuose, dans laquelle l'animation s'autorise toutes les libertés.

Jumbo de Zoé Wittock
Tourné il y a près d’un an jour pour jour, Jumbo est le premier long métrage de la réalisatrice belge Zoé Wittock. Pour son grand saut, cette ancienne étudiante de l’EICAR à Paris et de l’American Film Institute à Los Angeles a décidé de mettre en scène l’histoire atypique de Jeanne, une jeune femme timide qui se découvre d’étranges sentiments amoureux pour l’attraction phare du parc dans lequel elle est gardienne. Pour porter ce film atypique, Zoé Wittock peut compter sur le talent de Noémie Merlant (Le Ciel attendra) et Emmannuelle Bercot (Mon Roi). Les deux actrices pourraient aussi être à Cannes pour un autre film, respectivement celui de Céline Sciamma et celui de Cédric Kahn.

La fameuse invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti
Très attendu, le premier long métrage de l'illustrateur et auteur de BD Lorenzo Mattotti a tout pour briller sur la Croisette puisqu'il s'agit d'une adaptation animée du seul roman jeunesse de Dino Buzatti, scénarisée par le duo gagnant Thomas Bidegain et Jean-Luc Fromental, et portant la touche formelle de son réalisateur, à savoir des images à couper le souffle. L'intrigue, qui raconte comment, suite à l'enlèvement de son fils Tonio par des chasseurs, le roi des Ours décide d'envahir la Sicile, promet une grande fresque spectaculaire qui aborde des questions ultra-contemporaines comme la guerre, l'intolérance et le vivre ensemble, par le biais du merveilleux.

Little Women de Greta Gerwig
Attendu dans les salles de cinéma pour le mois de décembre, cette nouvelle adaptation des Quatre filles du Docteur March pourrait être l’événement glamour de cette 72e édition du Festival de Cannes — si le projet n’atterrit pas directement au Festival du film de Telluride. Imaginez un peu Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Timothée Chalamet, Laura Dern, Meryl Streep et Louis Garrel montant les marches du Palais des festivals et des congrès de Cannes et vous comprendrez pourquoi le troisième film en tant que réalisatrice de Grega Gerwig a autant la cote ! Même si Chalamet est déjà sur le tournage de Dune et si le film vise plutôt une stratégie de festivals d'automne.

J’ai perdu mon corps de Jérémie Clapin
On ose espérer que Cannes ne passera pas à côté de l'un des projets les plus excitants de l'année, l'adaptation par le réalisateur Jérémy Clapin, découvert notamment avec ses courts métrages Une histoire cérébrale, Skhizein et Palmipedarium, du roman Happy Hand de Guillaume Laurant. Ce que l'on a pu en voir, notamment au Cartoon movie de Bordeaux, témoigne d'un long métrage ténu et poétique, à la mélancolie entêtante. Au centre du récit, le parcours de Rosalie, une main séparée de son corps, entrecoupé de flash-backs qui dévoilent peu à peu la vie de Naoufel, à qui elle appartenait autrefois.

Wendy de Benh Zeitlin
Le réalisateur est en post-production avec son nouveau drame fantastique. Il nous transporte cette fois-ci sur une île mystérieuse où le vieillissement le temps semblent fonctionner différemment, dans un récit mythologique centré sur deux enfants (Tommie Lynn Milazzo, Shay Walker). En 2012, Benh Zeitlin avait fait une entrée remarquée au Festival de Cannes grâce aux Bêtes du Sud sauvage, son premier long métrage qui lui a valu une Caméra d'or et permis à Quvenzhané Wallis de devenir la plus jeune actrice nommée aux Oscars. Ce second film, Wendy, devrait s'inscrire dans la même veine. Longtemps en gestation, le film, qui a manqué le rendez-vous de Sundance, devrait viser les Oscars.

The Wind blew on de Katrin Olafsdotir
Beaucoup de choses provoquent notre désir de voir le film de l'artiste islandaise Katrin Olafsdotir (cofondatrice, avec Bertrand Mandico, du collectif International / Incohérence) en sélection à Cannes. En plus de notre obsession pour tout ce qui a trait à l'Islande, notre curiosité envers des cinémas singuliers, et notre goût pour les premiers longs métrages, il y a tout simplement le résumé de l'intrigue, tel qu'il figure sur le site du producteur Bobi Lux : "Je suis peut-être déjà mort" dit le petit garçon dans le film The Wind Blew on de Katrín Ólafsdóttir. Il le dit pour lui ou quelqu’un d’autre. De toute manière, ces mots sont prononcés dans un monde où personne ne peut lui répondre.

Cartoon movie 2019 : trois longs métrages attendus en 2019

Posté par MpM, le 18 mars 2019

Heureusement, le Cartoon Movie n'est pas seulement ce lieu de frustration où sont présentés des projets prometteurs qu'il faudra ensuite attendre pendant des années. C'est aussi l'occasion d'avoir un avant-goût de films terminés, que l’on découvrira dans les semaines ou les mois à venir, en festivals ou même en salles. En montrer quelques minutes permet à la fois de faire naître (ou de confirmer) les attentes et de « prendre la température » des spectateurs constitués exclusivement de professionnels. Le cri de désappointement collectif lorsque s’est brutalement interrompue la projection du début de Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo en dit par exemple assez long sur la frustration ressentie par le public. Ça tombe bien, puisque le film arrive sur nos écrans le 19 juin.

Bunuel après l'âge d'or de Salvador Simo


Nous vous avions déjà parlé l’an passé lors du précédent Cartoon Movie de ce projet qui mêle animation et images d’archives pour raconter la genèse du film Terre sans pain de Luis Bunuel. Il s'agit du seul documentaire du cinéaste, tourné dans la région très pauvre des Hurdes au printemps 1932, grâce à l'argent gagné à la loterie nationale par son ami Ramon Acin. Le projet de Bunuel est de montrer sans fard ni surenchère la misère endémique de la région. Le film sera censuré en Espagne (accusé de donner une vision misérabiliste du pays) puis diffusé dans une version intégrale en 1965.

Bunuel après l'âge d'or, adapté d'un livre de Fermin Solis, commence après le scandale créé par la projection du chef d'oeuvre du surréalisme à Paris. Bunuel, rejeté de toute part, se lance alors dans un projet radicalement différent qu'il nommera "essai cinématographique de géographie humaine". Ce que l'on a vu du long métrage de Salvador Simo privilégie une forme de légèreté et d'humour, notamment dans le personnage haut en couleurs de Bunuel. Les rêves fantastiques du cinéaste s'incarnent également dans des séquences oniriques prometteuses. De quoi trancher avec la noirceur de la réalité qui apparaît à la fois dans la partie fictionnelle, et dans les images d'époque.

Le film explore ainsi cette période charnière dans l'oeuvre de Bunuel et notamment sa confrontation avec les réalités sociales les plus cruelles de son pays au moment même où il cherche à comprendre qui il est vraiment, et dans quelle direction il souhaite aller.

Le voyage fantastique de Marona d'Anca Damian


Autre film dont nous avions découvert les premières images en 2018, L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (Le voyage de M. CrulicLa montagne magique) est attendu dans les salles à l'automne prochain. Nous avons déjà eu l'occasion de vous dire la fresque virtuose et intense qu'il devrait être, portée par l’incroyable inventivité de sa réalisatrice et le talent graphique de l'illustrateur Brecht Evens, créateur des personnages et consultant sur la création graphique. Raconté à la première personne par son héroïne, une petite chienne qui a connu plusieurs foyers, il mêle différentes techniques (2D, 3D, papiers découpés) et propose une profusion d'idées visuelles et poétiques.

Les larges extraits que nous a montrés la réalisatrice cette année viennent confirmer la beauté et l'ambition formelles du film. Dans la première partie, la petite chienne (noire et blanche, avec un nez en forme de cœur) est adoptée par un acrobate. L'occasion de créer un personnage virevoltant dont le costume jaune est constitué de fils rouges qui ne cessent de se mouvoir et de se transformer au gré des situations. Une autre séquence montre Marona flottant au milieu des crêpes en apesanteur, puis des planètes, en hommage à 2001. Dans la dernière partie, elle rencontre une petite fille elle-aussi rouge et jaune, dans un parc à la végétation luxuriante, puis dans une maison aux murs roses. Dans cet univers ultra coloré, rien n'est acidulé ou mièvre, mais c'est au contraire comme une explosion de teintes vives et chatoyantes qui illuminent le récit.

Avec son histoire simple et touchante (l'amour inconditionnel de la petite chienne pour ses maîtres successifs), Le voyage fantastique de Marona s'annonce à la fois comme une fable sensible à destination de tous les publics, et comme une oeuvre de cinéma ambitieuse et maîtrisée, qui met la barre très haut en terme d'expérimentation formelle.

J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin


Adapté du roman Happy Hand de Guillaume Laurant, J'ai perdu mon corps est le (très attendu) premier long métrage de Jérémy Clapin, découvert avec ses courts métrages Une histoire cérébrale, Skhizein (sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes) ou encore Palmipedarium. Son résumé, l'histoire d'une main droite prénommée Rosalie, et à la recherche du reste de son corps, intrigue. Les extraits vus à Bordeaux aussi, qui révèlent une esthétique assez réaliste alliée à une tonalité tour à tour onirique, romantique et épique.

Le récit suit le parcours de Rosalie, en alternance avec des flash-backs qui dévoilent peu à peu la vie de Naoufel, à qui elle appartenait autrefois. S'il se dégage (dans ce que l'on a vu) une certaine douceur des séquences passées, celles qui mettent en scène Rosalie séparée de Naoufel sont beaucoup plus froides, dans une gamme chromatique de bleus et de gris, et avec des épisodes glaçants comme celui où la main isolée est attaquée par des rats.

Inutile de préciser qu'il s'agit d'un long métrage ambitieux, plutôt à destination des adultes et des adolescents, qui s'inscrit dans un mouvement plus large de décloisonnement du cinéma d'animation. Malgré notre incompétence crasse en matière de pronostics, on veut croire qu'il pourrait célébrer sa première mondiale à Cannes.