Berlin 2012 : où est Jafar Panahi ?

Posté par MpM, le 11 février 2012

On se posait justement la question : que devient le cinéaste Jafar Panahi ? En 2011, Berlin lui apportait officiellement son soutien en lui offrant une place dans le jury d'Isabella Rossellini. Cette année, rien d'aussi spectaculaire. Les démêlés du réalisateur avec la "justice" de son pays ont peu à peu été chassés de l'actualité. Depuis mi-octobre 2011, date à laquelle avait été annoncée la confirmation en appel de sa condamnation à six années de prison et vingt ans d'interdiction de travail, la presse internationale a cessé de relayer les nouvelles le concernant. Berlin s'est ouvert sans qu'aucune initiative particulière n'ait été officiellement mise en œuvre.

Le monde du cinéma aurait-il oublié Jafar Panahi ? Pas complétement, comme en témoigne ce panneau géant stationné en face du palais où se déroule le festival. On peut y lire, en allemand et en anglais, "Où est Jafar Panahi ?" ainsi que la mention "n'oubliez pas !". Un message qu'il faudrait faire suivre aux autorités de Téhéran pour leur rappeler que l'opinion internationale n'a pas la mémoire (si) courte, et qu'elle n'oublie pas le sort réservé aux artistes iraniens indépendants.

jafar panahi à Berlin

Verdict confirmé pour Jafar Panahi

Posté par MpM, le 17 octobre 2011

liberté pour jafar panahiDans un contexte de répression systématique envers les artistes jugés hostiles au régime (actualités du 13 octobre, du 1er octobre, du 20 septembre...), la justice iranienne vient de confirmer la condamnation de Jafar Panahi à six années de prison et 20 ans d'interdiction de filmer, voyager ou s'exprimer. La forte mobilisation internationale n'y aura donc rien fait, et le cinéaste a été reconnu coupable d'"activités contre la sécurité nationale et [de] propagande contre le régime".

Ses proches précisent que "le jugement en appel a été rendu il y a deux semaines, mais n'a pas encore été appliqué." Jafar Panahi demeure donc libre "pour l'instant". Son avocate, Farideh Gairat, a quant à elle assuré n'avoir reçu aucune notification du jugement.

Par ailleurs, d'après le quotidien gouvernemental Iran qui a révélé l'information concernant ce verdict, la Cour aurait réduit à un an de prison la peine de Mohammad Rasoulof. L'auteur d'Au revoir avait préalablement été condamné à la même peine que Jafar Panahi, pour avoir participé au même projet de film.

A l'heure actuelle, l'incertitude demeure sur les conditions d'application de la peine infligée à Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, ainsi que sur le sort de tous ceux qui, comme eux, ont eu le tort de déplaire au courant politique ultra-conservateur placé à la tête du pouvoir judiciaire iranien.

Une pétition pour soutenir les cinéastes iraniens emprisonnés

Posté par MpM, le 1 octobre 2011

Un communiqué conjoint du Festival de Cannes, de la Cinémathèque française, de la SRF, de la SACD et de France Culture dénonce les exactions commises par le gouvernement iranien sur les six artistes emprisonnés depuis le 18 septembre (voir notre actualité du 20 septembre) et propose de signer une pétition intitulée "Manifestons notre soutien aux cinéastes iraniens emprisonnés".

Ces derniers, Mojtaba Mirtahmasb (voir aussi notre actualité du 7 septembre), Nasser Saffarian, Hadi Afarideh, Mohsen Shahrnazdar, Marzieh Vafamehr et la productrice Katayoun Shahabi sont accusés d'espionnage par les ministres de l'Information, de la Police secrète et de la Culture, mais également par les médias gouvernementaux, d'autres réalisateurs proches du régime et des associations d'étudiants islamiques.

"Selon nos informations, le gouvernement iranien a l'intention de museler tous les organismes et artistes indépendants", accusent les auteurs du texte. Le régime ne semble en effet pas prêt à en rester là puisque le communiqué révèle qu'un autre artiste iranien, le caméraman Touraj Aslani, a été arrêté "alors qu'il se trouvait dans un avion en partance pour la Turquie". Par ailleurs, toujours selon le texte, la Maison du Cinéma en Iran, qui s'était prononcée pour la libération des cinéastes emprisonnés, a été "accusée d'être un parti politique en contact avec l'étranger" et privée de reconnaissance officielle.

Les détenus ne peuvent recevoir la visite de leurs proches, à qui il a d'ailleurs été interdit d'évoquer publiquement leur situation. Il est presque impossible de réaliser pleinement la violence d'un tel verrouillage de la liberté d'expression. Toutefois, on en a eu un aperçu frappant lors de l'avant-première de Ceci n'est pas un film de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtamasb à la cinémathèque française. Le cinéaste Mohammad Rasoulof, lui-aussi en attente d'une décision de justice, avait en effet préféré garder le silence face au public qui l'acclamait, plutôt que de prendre le risque d'une seule parole "déplacée". Dans la guerre symbolique livrée par Téhéran à ses artistes et intellectuels, la chape de silence, qui écrase efficacement toute tentative d'ouverture ou de révolte, s'avère une arme aussi cruelle qu'efficace.

A défaut d'obtenir la libération des cinéastes poursuivis, le public international se doit de briser ce silence insoutenable. Pour cela, deux moyens d'action : signer la pétition proposée par les représentants du cinéma français, mais surtout aller voir les films des cinéastes inquiétés par le régime comme Au revoir ou Ceci n'est pas un film, actuellement en salles, afin de  prouver que leur parole n'est pas encore complétement étouffée.

Sept artistes iraniens arrêtés pour « espionnage »

Posté par MpM, le 20 septembre 2011


L'étau se resserre sur le monde du cinéma iranien. Alors que Jafar Panahi est assigné à résidence depuis des mois, attendant la décision de la cour d'appel sur sa condamnation à six ans de prison, et qu'il ne se passe pas un mois sans que l'on apprenne une nouvelle arrestation ou brimade à l'encontre d'un cinéaste (Mojtaba Mirtahmasb, Mahnaz Mohammadi...), ce sont sept nouveaux artistes iraniens qui viennent de faire l'objet d'une énième offensive de la police secrète du régime iranien.

Mojtaba Mirtahmasb (réalisateur), Nasser Saffarian (réalisateur), Hadi Afarideh (réalisateur), Mohsen Shahnazdar (journaliste et documentariste), Shahnam Bazdar (réalisateur), Mehrdad Zahedian (réalisateur) et Katayoune Shahabi (productrice de cinéma) ont été arrêtés chez eux ou dans leurs bureaux durant le week-end dernier et transférés à la section 209 de la tristement célèbre prison Evin à Téhéran.

Selon le communiqué publié par la Cinémathèque française, qui suit de très près le sort des réalisteurs iraniens persécutés par le régime, les médias gouvernementaux iraniens tentent d’accréditer une version selon laquelle les cinéastes indépendants arrêtés seraient des espions au service de la BBC. Les agences de presse liées au gouvernement iranien auraient quant à elles publié une information selon laquelle les correspondants de la BBC à Téhéran auraient été arrêtés.

Lundi 19 septembre, un autre cinéaste iranien sous le coup d'une condamnation à six années de prison, Mohammad Rasoulof, était présent lors de l'avant-première de Ceci n'est pas un film de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb (en salles le 28 septembre). Le réalisateur, qui a paradoxalement pu bénéficier d'une autorisation de quitter l'Iran pour accompagner son film Au revoir (en salles actuellement), n'a pas prononcé le moindre mot, pour des raisons de prudence que l'on comprend aisément, mais a reçu en retour une longue standing ovation de la part du public de la cinémathèque.

Le fils de Mojtaba Mirtahmasb a également déclenché une forte émotion en rappelant une des phrases favorites de son père : "Dans une situation obscure, je ne dégaine pas une épée, j'allume une lumière", avant de conclure : "Avec un tel père, je ne me perdrai jamais." C'est probablement ce qui inquiète tant Téhéran : qu'avec de tels hommes, le peuple iranien ne se perde jamais dans l'obscurantisme et la peur qu'on cherche à leur imposer.

Iran : Rasoulof à Paris, Mirtahmasb interdit de sortie

Posté par vincy, le 7 septembre 2011

Le régime iranien continue de jouer avec le chaud et le froid concernant ses cinéastes. Tandis que Jafar Panahi est toujours assigné à résidence, le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof a pu venir à Paris pour y promouvoir la sortie de son film, Au Revoir. Condamné l'an dernier à six ans de prison pour propagande hostile au régime, il n'avait pas pu se déplacer au Festival de Cannes pour présenter son film à Un Certain regard, où il avait reçu le prix de la mise en scène.

Après avoir fait appel et avoir été assigné à résidence, il a reçu, durant le Festival de Cannes, l'autorisation de quitter l'Iran.

En venant à Paris, il officialise son premier déplacement à l'étranger. Contrairement à l'éhroïne de son film, il a pu partir "sans problème". Au revoir sort aujourd'hui sur les écrans français. Le film avait été tourné en quasi clandestinité durant l'hiver dernier.

Mohammad Rasoulof risque toujours une condamnation de six ans de prison.

Mais le régime iranien ne s'assouplit pas puisque le coréalisateur avec Jafar Panahi de Ceci n'est pas un film, l'Iranien Mojtaba Mirtahmasb s'est vu interdit de sortie de territoire hier. Le film, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, avait été lui aussi tourné dans la clandestinité avant d'être transporté dans une clef USB vers la France.

Mojtaba Mirtahmasb s'est vu confisquer son passeport au moment d'embarquer lundi avec sa femme et son fils pour un vol en direction de Paris.

Mojtaba Mirtahmasb "est désormais interdit de sortie du territoire iranien et ses affaires personnelles (ordinateur portable, carnets de notes) ont également été confisquées par les autorités iraniennes. Seuls sa femme et son fils ont eu l’autorisation de voyager. Nous sommes particulièrement préoccupés des conséquences de cet acte pour Jafar et Mojtaba", avance-t-on encore chez la société Wide, en charge des ventes internationales du film.

Le réalisateur devait venir en France pour la promotion de son film qui sera dans les salles le 28 septembre.

Le guide de la rentrée (1) : 15 films incontournables venus du monde entier

Posté par MpM, le 2 septembre 2011

L'automne sera cinématographique ou ne sera pas. D'ici fin 2011 vont en effet défiler sur nos écrans certains films parmi les plus alléchants de l'année. Derrière la caméra, on retrouve de grands cinéastes, dont chaque nouvelle œuvre est un événement en soi, et des auteurs plus "récents" avec lesquels il faudra désormais compter. Pour commencer ce petit florilège forcément subjectif des incontournables de la rentrée, quinze longs métrages venus du monde entier (et classés par date de sortie) que l'on a d'ores et déjà très envie de (re)découvrir.

Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki
Sortie le 14/09
Un de nos coups de coeur de Cannes. Mélange de comédie musicale et de fable politique, le 2e film de la jeune réalisatrice-actrice libanaise parle de tolérance, d'humanisme et de solidarité avec des accents si sincères et justes qu'il nous bouleverse. On veut croire en son utopie intelligente et optimiste pour régler les conflits religieux et ethniques.

Attenberg de Athina Tsangari
Sortie le 21/09
Depuis Canine en 2009, le cinéma grec suscite chez le cinéphile à la fois curiosité et désir. Comme si les cinéastes du pays avaient le secret pour nous livrer des oeuvres audacieuses et atypiques réinventant à elle seule un univers d'étrangeté, de sensualité et d'intimité auquel le langage cinématographique apporte une véritable universalité. C'est en tout cas exactement l'impression provoquée par Attenberg, conte plus doux qu'amer sur l'être humain, la jeunesse et l'existence en général.

We Need to Talk About Kevin de Lynn Ramsay
Sortie le 28/09
Si l'on ne devait retenir qu'une chose de cette adaptation du roman de Lionel Shriver, ce serait le regard au-delà de toute douleur de son actrice principale, Tilda Swinton, qui réalise une performance violente et subtile à la fois en mère d'un adolescent assassin. A voir aussi pour l'audace esthétique et formelle de la réalisatrice, qui ose une proposition de cinéma radicale, étouffante, et au final envoutante.

Ceci n’est pas un film de Jafar Panahi
Sortie le 28/09
Tourné alors que le réalisateur iranien est en résidence surveillé, frappé d'une interdiction de tourner, ce journal filmé en forme de déclaration d'amour au métier de cinéaste prend forcément un relief particulier. On y sent l'absolue nécessité qu'a Panahi du cinéma, et à quel point ce besoin est réciproque.

Drive de Nicolas Winding Refn
Sortie le 05/10
Le jury présidé par Robert de Niro a logiquement récompensé d'un prix de mise en scène ce thriller brillant, esthétique à outrance et ultra-violent où la musique, le cadre et l'image subliment une intrigue minimaliste mais terriblement efficace. Nicolas Winding Refn s'inspire à la fois des polars US des années 80 et du cinéma d'action asiatique, pour mieux réinventer un genre dont on ne se lasse pas.

Love and bruises de Lou Ye
Sortie le 2/11
Film après film, le réalisateur chinois nous intrigue, entre récits intimistes, sensualité feutrée et propos politique. Pour raconter cette nouvelle histoire d'amour violente et passionnée, il est venu tourner à Paris, avec un casting principalement français : Jalil Lespert, Vincent Rottiers, et surtout Tahar Rahim, la brûlante révélation du Prophète de Jacques Audiard. On est curieux de découvrir ce que l'exil, et la totale liberté d'action, vont apporter à son travail.

Contagion de Steven Soderbergh
Sortie le 9/11
Un virus mortel se répand à la vitesse de l'éclair, laissant la communauté médicale démunie et impuissante... Un point de départ classique mais prometteur pour le nouveau thriller de l'insatiable réalisateur américain, qui réunit devant sa caméra rien de moins que Matt Damon, Kate Winslet, Jude Law, Marion Cotillard, Gwyneth Paltrow et Laurence Fishburne. De quoi frôler l'épidémie de talent...

A Dangerous Method de David Cronenberg
Sortie le 30/11
Viggo Mortensen en Sigmund Freud, Michael Fassbender en Carl Jung, et Keira Knightley en patiente "hystérique". Le cinéaste canadien s'attaque au père de la psychanalyse, et à ses relations complexes avec l'un de ses plus célèbres collaborateur, et il n'en faut pas plus pour faire fantasmer les cinéphiles.

Le Cheval de Turin de Bela Tarr
Sortie le 30/11
Pour son dernier film annoncé, le cinéaste hongrois réalise une oeuvre-somme qui peut être prise comme un testament, ou un ultime pied de nez. On y suit le quotidien austère et répétitif d'un fermier et de sa fille, filmé dans un noir et blanc riche en contrastes et en clairs-obscurs. Couronné d'un Ours d'argent à Berlin, cet envoûtant (et radical) Cheval de Turin incarne  la quintessence d'un cinéma esthétique et sensoriel qui réinvente l'expérience même du cinéma.

The Lady de Luc Besson
Sortie le 30/11
Avec ce film, Luc Besson surgit sur un terrain où on ne l'attendait guère, celui du film biographique. The lady retrace en effet une période de la vie d'Aung San Suu Kyi, célèbre opposante à la junte militaire birmane, en mettant l'accent sur la relation extrêmement forte qui l'unissait à son mari, décédé en 1999. Michelle Yeoh, qui a parlé la première du projet à Luc Besson, incarne la prix Nobel de la paix aux côtés de David Thewlis.

Take shelter de Jeff Nichols
Sortie le 7/12
Plongée paranoïaque dans le quotidien d'un homme tiraillé à la fois par la peur de la folie et par la peur d'avoir raison contre tous, Take shelter est un thriller poisseux et minimaliste, anxiogène et étouffant, qui laisse le spectateur exsangue et à bout de souffle. Devant la caméra implacable de Jeff Nichols, Michael Shannon est exceptionnel en homme submergé par l'irrationnel.

Sur la route de Walter Salles
Sortie le 7/12
On ne sait pas ce qu'il y a de plus excitant dans cette adaptation ambitieuse du roman culte de Jack Kérouac : le frisson de voir transposé à l'écran le manifeste de toute une génération ?  Le bonheur de retrouver Walter Salles derrière une caméra ? Ou encore la curiosité de découvrir Sam Riley, l'inoubliable Ian Curtis de Control, dans un rôle une fois encore mythique ?

Carnage de Roman Polanski
Sortie le 7/12
Avant même le triomphe de The ghost writer, Roman Polanski avait décidé d'adapter la pièce de Yasmina Reza (Le Dieu du carnage) qui met en scène deux couples réglant leurs comptes après une bagarre entre leurs enfants. Transposé à New York avec l'aide de la dramaturge elle-même (et préparé pendant l'assignation à résidence du cinéaste à Gstaad), Carnage réunit Kate Winslet, Jodie Foster, Christoph Waltz et John C. Reilly.

Hugo cabret de Martin Scorsese
Sortie le 14/12
Chaque nouveau film de Martin Scorsese est un événement en soi... Mais on est d'autant plus excité par ce nouvel opus qu'il lorgne du côté du film d'aventures pour adolescents, s'attaque à la D et se veut en même temps un hommage à l'un des pères fondateurs du cinéma moderne, le génial Georges Méliès. Tout simplement irrésistible.

Shame de Steve McQueen
Sortie le 14/12
Après le choc Hunger, on attend beaucoup du deuxième film de "l'autre Steve McQueen". Shame aborde de manière frontale la question de l'addiction sexuelle, et met en scène un trentenaire new-yorkais ayant de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie à sa soeur venue vivre chez lui. Le cinéaste, qui retrouve son acteur de Hunger, Michael Fassbinder, ainsi que son directeur de la photographie, Sean Bobbit, et son monteur, Joe Walker, pourrait bien transformer l'essai et revenir tout sauf honteux de Venise où il est sélectionné.

Locarno 2011 : Isabelle Huppert parmi la foison d’hommages

Posté par vincy, le 20 juillet 2011

Le Festival du film de Locarno remettra l’Excellence Award Moët & Chandon 2011 à Isabelle Huppert, le 7 août sur la Piazza Grande ; le même jour le public pourra assister à une conversation avec l’actrice animée par Jean-Marc Lalanne et Olivier Père. "À l’occasion de la remise de ce prix seront projetées à Locarno La Dentellière de Claude Goretta, Loulou de Maurice Pialat, Merci pour le Chocolat de Claude Chabrol, La Pianiste de Michael Haneke, White Material de Claire Denis et Villa Amalia de Benoît Jacquot" précise le communiqué.

Pour Olivier Père, Directeur artistique du Festival c'est l'occasion de rendre hommage à l'«une des meilleures actrices de son temps.» «Isabelle Huppert a construit une œuvre en choisissant des rôles complexes et inoubliables mais aussi des cinéastes qui comptent parmi les plus fortes personnalités du cinéma moderne. Son jeu d’une palette qui semble infinie est fait de maîtrise et de passion, d’instinct et d’intelligence, de travail et d’abandon. C’est un immense honneur d’accueillir Isabelle Huppert au Festival del film Locarno, où elle avait présenté L’Inondation d’Igor Minaiev, et de lui remettre l’Excellence Award Moët & Chandon. »

D'autres hommages ont déjà été annoncés : Hitoshi Matsumoto, qui présentera en avant-première internationale Saya-zamurai (Scabbard Samurai), en plus de ses deux autres films, eux autres longs métrages du réalisateur : Dai-Nipponjin (Big Man Japan, 2007) et Shinboru (Symbol, 2009) ; Abel Ferrara qui recevra le Pardo d’onore Swisscom, prix attribué chaque année à un réalisateur contemporain pour l’ensemble de son œuvre. L’Ange de la vengeance (Ms. 45, 1981), King of New York (1990), Bad Lieutenant (1992) et Mary (2005) seront projetés ; le producteur américain Mike Medavoy, qui sera récompensé du Prix Raimondo Rezzonico et qui tiendra une Masterclass.

Locarno rendra hommage à diverses personnalités, avec, en bonus des prix Pardo d'honneur pour l'ensemble de leur carrière : la star italienne Claudia Cardinale (avec 8 1/2 de Federico Fellini) ; le comédien allemand Bruno Ganz (avec La chute, La Marquise d'O et Le couteau dans la tête) ; le réalisateur suisse de 82 ans Claude Goretta (avec La dentellière, L'invitation, La provinciale et un documentaire sur lui réalisé par Lionel Baier, Bon vent Claude Goretta).

Trois autres hommages sont prévus dans le cadre de séances spéciales : le réalisateur iranien interdit de filmer par les autorités de son pays Jafar Panahi (avec la projection du Miroir, 1997) ; l'artiste albanaise Anri Sala (dont on pourra voir son nouveau film, 1395 Days without Red) ; et Jean-Marie Straub, avec trois films en avant-première (L'inconsolable, Schakale und Araber, Un héritier).

Le monde du cinéma se mobilise pour Mahnaz Mohammadi

Posté par MpM, le 29 juin 2011

Les réactions n'ont pas tardé suite à l'arrestation dimanche de la cinéaste et actrice iranienne Mahnaz Mohammadi, fortement engagée dans la lutte en faveur des droits des femmes. On ignore actuellement où elle se trouve et sous quel chef d'accusation elle a été arrêtée, comme l'a souligné la société des réalisateurs français (SRF). Toutefois, les causes possibles de cette arrestation ne manquent pas.

En effet, Mahnaz Mohammadi (dont le film Femmes sans ombre a été primé dans de nombreux pays) n'a jamais caché ses réticences face au régime en place. Elle avait ainsi contribué au documentaire de Rakhshan Bani-Etemad sur les élections iraniennes de juin 2009, Nous sommes la moitié de la population, et était considérée depuis longtemps comme une "activiste politique" aux prises de position audacieuses. Il y a quelques mois, ses outils de travail (ordinateur, caméras) lui avaient été confisqués. En mai dernier, elle s'était également vu refuser le droit de quitter l'Iran, alors qu'elle devait accompagner à Cannes le film Noces éphémères de Reza Serkanian dans lequel elle a le rôle principal.

A cette occasion, alors qu'un débat sur la liberté d'expression était justement organisé par la SRF, la jeune femme avait envoyé un message aux participants, message relayé par Costa-Gavras. "Je suis une femme, je suis cinéaste, deux raisons suffisantes pour être coupable dans ce pays", écrivait-elle. "Actuellement, je réalise un nouveau documentaire sur les femmes de mon pays. Le combat des femmes pour leur identité est un élément incontournable de leur vie de tous les jours… et la liberté est le mot qui manque le plus à leur quotidien.  J'aurais vraiment aimé être parmi vous, chers amis.  Hélas, n’ayant pas l’autorisation de sortir de mon territoire, je suis privée de partager cette joie avec vous. Mais j'attends toujours et j'ai de l'espoir."

Selon le site de l'ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi (actuellement en résidence surveillée) cité par l'AFP, Mahnaz Mohammadi aurait été arrêtée par des agents des forces de sécurité "qui pourraient appartenir aux services de renseignement des Gardiens de la révolution", le bras idéologique et armé du régime iranien. La réalisatrice avait déjà été arrêtée puis relâchée en juillet 2009 en même temps que le cinéaste Jafar Panahi.

Tandis que la SRF lançait immédiatement une pétition de soutien à la jeune femme (signée notamment par Gilles Jacob, Jean-Paul Salomé, Elie Chouraqui, Bertrand Blier, Marceline Loridan-Ivens, Claude Miller et les membres de la SRF), le président de la Cinémathèque française, le cinéaste Costa Gavras, s'est publiquement ému du sort réservé à Mahnaz Mohammadi qui avait présenté son film Travelogue à la cinémathèque en juin 2010 lors d'une journée dédiée au cinéma iranien.

Deux autres artistes iraniennes (Maryam Majd, qui devait recevoir un prix à Berlin pour ses photos sur le sport féminin en Iran, et la journaliste Zahra Yazdani, spécialiste des questions sociales et économiques) ont elles aussi été arrêtées les 17 et 21 juin derniers. Ces trois artistes iraniennes sont poursuivies "simplement parce qu’elle ont le courage d’exercer leur métier et leur talent en revendiquant leur liberté", a déclaré Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, soulignant que "ces inacceptables privations de liberté s’ajoutent aux menaces qui pèsent toujours sur les deux cinéastes Jafar Panahi et Mohamed Rasoulov, assignés à résidence." Le ministre a également rappelé que les artistes iraniens censurés et harcelés "peuvent compter sur le soutien sans faille de la France."

On ne pouvait mieux dire, même si ce soutien ne pourra pas éternellement se résumer à des condamnations verbales prononcées à des milliers de kilomètres de Téhéran. Surtout si les arrestations continuent à se multiplier. Car pour une personnalité médiatique arrêtée, combien d'anonymes qui croupissent dans les prisons iraniennes ?! Comme dans un bon film politique, on aimerait voir ce régime tyrannique remis sérieusement en question, dans ce qui pourrait être un nouvel épisode de la "Révolution arabe". Enfin une suite que l'on regarderait avec intérêt et plaisir.

Du ciné à Ménilmontant… et pas seulement !

Posté par MpM, le 16 juin 2011

A quelques jours du début de l'été, les festivals, manifestations culturelles et autres festivités semblent se multiplier. Pour le plus grand bonheur des Franciliens cinéphiles qui ont l'embarras du choix entre une petite virée engagée au Brésil (7e festival Brésil en mouvements) et la découverte d'une facette inconnue du cinéma espagnol (4e festival Différent !). Sans oublier Paris cinéma début juillet...

En attendant, curieux et cinéphiles peuvent profiter de la douceur des soirées parisiennes pour assister à un événement gratuit et presque entièrement en plein air, la 4e édition du festival "du ciné à Ménilmontant" qui se tient dans le XXe arrondissement de Paris du 16 au 18 juin.

Durant trois jours, des projections, performances et concerts de fanfare sont en effet organisés sur la place Maurice Chevalier par l’association Ciné Ménilmontant, avec le parrainage de Jean-Michel Ribbes, et en partenariat avec la mairie du 20ème arrondissement, le festival Et 20 l’été, l’association des commerçants Les Canotiers et les associations de quartiers Belleville, Ménilmontant, Amandiers.

Se succèderont notamment les formations Les muses tanguent, Les grizz-li et In the spirit, qui proposent des voyages musicaux aux quatre coins du monde, des rythmiques tribales au jazz conceptuel, en passant par le ska, le funk ou le rock. Coté ciné, le festival promet de nombreux courts métrages avec une séance consacrée aux producteurs du Belleville/Ménilmontant (Mezzanine films, Année Zéro, MPM films...) et une rétrospective des films d’animations réalisés par les étudiants de l'ENSAD (Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs) depuis 10 ans. Enfin, le format long ne sera pas oublié avec un hommage au réalisateur iranien Jafar Panahi à travers son film Hors jeu (Ours d'argent à Berlin).

Le tout sera accompagné de l'installation Entités Statiques d'Ugo Bienvenu, réalisateur et chercheur aux arts décoratifs,  qui transformera la façade de l’église et les murs qui lui font face grâce à "des projections d’images fixes tirées du mix vidéo projeté sur l’écran principal". Tout un programme, qui achèvera d'enchanter ces trois soirées festives, joyeuses et un peu hors du temps.

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Festival « Du cinéma à Ménilmontant »
du 16 au 18 juin
Place Maurice Chevalier (Paris, XXe)
entrée libre
informations et programme sur le site de la manifestation

L’Académicien François Weyergans invite Jafar Panahi dans son Comité de l’Epée

Posté par vincy, le 13 juin 2011

L'écrivain et cinéaste franco-belge François Weyergans est devenu immortel, jeudi, en entrant à l'Académie française. Le Prix Goncourt 2005 (Trois jours chez ma mère) a fait coexister ses deux passions, littérature et cinéma, dans son Comité de l'Epée (un comité de parrainage pour les nouveaux académiciens). Il y a invité le réalisateur iranien Jafar Panahi, qui "a tout de suite accepté de figurer dans ce comité" : "Y aura-t-il un fauteuil vide à son nom sous la Coupole le jour de ma réception, comme ce fut le cas lorsqu'il n'a pu être membre du jury du Festival de Cannes ou de celui de Berlin?"

Présidé par Pierre Bergé, le Comité de l'Epée de Weyergans comprend des prix Nobel de littérature, des éditeurs ou de grands écrivains, mais aussi des dissidents chinois comme l'artiste Ai Weiwei. Il a invité tous les représentants de la chaîne du livre, du libraire à l'imprimeur, le directeur de la compagnie Béjart (le chorégraphe fut l'objet de son premier documentaire). C'est d'ailleurs l'épée de son défunt ami Maurice Béjart qui lui a été léguée. On y trouve aussi des personnalités du cinéma telles que Isabelle Huppert, Michel Piccoli, Michael Haneke, Hong sang-soo et Hou Hsiao-hsien.

François Weyergans sera reçu jeudi prochain sous la Coupole et "rêve de monter un jour en habit vert (dessiné par la productrice et styliste Agnès b.) les marches (rouges) du Palais des festivals à Cannes". "Cela lierait mes deux bicornes, d'écrivain et de cinéaste". "Cela rappellerait aussi que l'Académie française a eu des liens étroits avec Cannes. Plusieurs académiciens ont été présidents du jury ou jurés, comme Pagnol ou Cocteau". Weyergans a suivi les cours de l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) dans les années 60.

L'écrivain a réalisé le documentaire Béjart (1962), un moyen métrage consacré à Robert Bresson (1965) et plusieurs films de 1967 à 1978 : Baudelaire is gestorven in de zomer, Aline, Un film sur quelqu'un, maladie mortelle, Je t'aime tu danses, Couleur chair. Il se consacra par la suite à la littérature.

Lui même succède au fauteuil 32 à Maurice Rheims, père de Nathalie Rheims, productrice de cinéma et compagne de Claude Berri, et Alain Robbe-Grillet, cinéaste et romancier comme lui. Un fauteuil académicien qui semble dédié aux deux arts.