Décès du cinéaste italien Franco Zeffirelli (1923-2019)

Posté par vincy, le 15 juin 2019

Franco Zeffirelli est mort à l’âge de 96 ans ce samedi 15 juin, à Rome. Le cinéaste italien, né d’une union illégitime entre un marchand de textile et une dessinatrice de mode, a été placé par sa mère dans un orphelinat.

Descendant de Leonard de Vinci, nommé Zeffiretti en hommage à Mozart, il sera placé chez une britannique exilé en Toscane, qui l’initiera à Shakespeare. S’il est destiné à l’architecture, c’est le théâtre qui va le happer. Jeune et blond, il joue Les parents terribles de Jean Cocteau, mis en scène par Luchino Visconti, qui succombe à son charme. Il en fait son assistant pour La Terre tremble en 1948, Bellissima en 1951, Senso en 1954, ainsi que son décorateur sur deux pièces.

La Callas, de Maria à Fanny

Amant et collaborateur du maître Visconti, on imagine que les relations ont été mouvementées. Au moins, il apprend le métier. Jusqu’en 1956, où les ambitions de Zeffirelli l’emportent sur les passions de Visconti. Ils se fâchent sur Verdi et la Callas, jusque là mise en scène par Luchino et que Franco lui « volera » les années suivantes en filmant les opéras La Traviata, Tosca et Norma. En attendant le tour de Pasolini pour glorifier la diva…

Le cinéma, il n’y vient qu’en 1967. Réputé pour la scène, il entre dans la cour des grands dès son premier long métrage, La Mégère apprivoisée, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Deux nominations aux Oscars, trois Donatello. Il enchaîne avec Roméo et Juliette, triomphe malgré la polémique (les deux acteurs y apparaissent nus, alors qu'ils n'étaient pas majeurs), couronné par deux Oscars en plus de deux nominations pour Zeffirelli (film et réalisateur). Les Donatello le sacre meilleur cinéaste de l’année. Shakespeare est toujours son influence majeure (Othello en opéra avec Placido Domingo en 1986, et en compétition à Cannes, et Hamlet avec Mel Gibson en 1990).

Zeffirelli va chercher dans la littérature et les arts étrangers son inspiration : que ce soit les opéras Pagliacci ou La Traviata (et en bonus une nouvelle nomination aux Oscars pour la direction artistique) avec Placido Domingo, Jane Eyre avec Charlotte Gainsbourg en 1996 ou l’audacieux et séduisant Callas Forever avec Fanny Ardant en 2002.

Homo anti mouvement gay, catho anti IVG

Pourtant c’est ailleurs que ses œuvres les plus personnelles surgissent. Dans une vision un peu réactionnaire à l’époque, à ses origines, à sa propre vie. De droite, ce qui n’est pas forcément un atout pour se faire aimer par les milieux culturels italiens, et fervent croyant, Franco Zeffirelli écrit aussi des films empreints de religiosité. En 1972, il signe François et le Chemin du soleil, hymne à Saint François d’Assise, qui lui vaut son deuxième Donatello du meilleur réalisateur. Cinq ans plus tard, il réalise une minisérie luxueuse et hollywoodienne sur Jésus de Nazareth. Il aime le spectacle, le baroque, les dorures pour mieux respecter les récits. A la manière d’un peintre de la Renaissance.

Adoubé par le Vatican, le cinéaste était ouvertement contre l’avortement. Il fut sénateur sous l’étiquette du parti de Silvio Berlusconi. Réélu en 1996, il se décide à faire son coming out, tout en restant discret sur sa vie privée et en critiquant le « mouvement gay » puisque selon lui "l'homosexuel n'est pas quelqu'un qui tremble et se maquille. C'est la Grèce, c'est Rome. C'est une virilité créatrice."

Sans doute pensait-il à l’image du père boxeur dans son film Le Champion (avec Jon Voight et Faye Dunaway). Sans doute avait-il mal vécu ses premières passions à l’instar de celle d’Un amour infini (avec Brooke Shields). On retrouve cette conflictualité intérieure dans Mémoire d’un sourire en 1993. Une jeune fille prête à entrer au couvent tombe amoureuse d’un jeune homme. Partagée entre son amour pour Dieu et celui pour l’étudiant, qui décide finalement de se marier avec une autre. Comme on comprend son âme florentine, son orgueil et son amour de la musique à travers Toscanini, où un jeune musicien est divisé entre deux mondes, celui de la compassion et celui des honneurs.

Mais c’est Un thé avec Mussolini qui est le plus personnel. Il assume la partie autobiographique de cette histoire où un groupe de femmes anglaises distinguées et "shakespearophiles" – Cher, Maggie Smith, Judi Dench, Joan Plowright, Lily Tomlin… - voient l’Italie sombrer dans le fascisme.

Finalement, c’est l'esthète Zeffirelli qui s’éclipse au moment où l’Italie n’est plus aussi raffinée que lui.

Bilan 2018: Une fréquentation en baisse dans l’Union Européenne

Posté par vincy, le 9 mai 2019

Les recettes brutes des salles de l’UE ont chuté de 3,3 % pour s’établir à 6,80 milliards d’euros en 2018, leur plus bas niveau depuis quatre ans. L'Observatoire européen de l’audiovisuel estime qu'il s'agit néanmoins de la quatrième recette la plus élevé de la dernière décennie.

Avec un prix moyen paneuropéen du billet stable à 7,1 €, la baisse des recettes s’explique par la baisse du nombre de billets vendus: la fréquentation des cinémas de l’UE a reculé de 2,9 % à 956 millions de billets vendus, soit 28,7 millions de moins qu’en 2017. Elles ont augmenté dans 12 territoires de l’UE et diminué dans 11, tout en restant relativement stables dans trois des 26 marchés de l’UE pour lesquels des données provisoires sont disponibles.

Le net recul enregistré en Allemagne (-14,8 %) et les baisse en Italie (-5 %) et en France (-4%) n'ont pas été compensées par les fortes progressions des marchés d’Europe centrale et orientale, notamment en République tchèque (+13,2 %), en Lituanie (+10,0 %), en SIovénie (+10,0 %), en Croatie (+8,0 %), en Hongrie (+6,3 %) et en Pologne (+5,0 %). ârmi les marchés en forte diminution, on note aussi la Bulgarie, la Finlande, la Grèce, le Luxembourg et la Slovaquie.

Hors Russie (202,2 millions d'entrées, -4,7%), la France reste le pays où le nombre d'entrées est le plus important avec 201,1 millions de spectateurs, loin devant le Royaume-Uni (177 millions d'entrées), l'Allemagne (105 millions), l'Espagne (98,9 millions) et l'Italie (92,6 millions).

Pas étonnant, puisque sur les 20 plus gros succès en Europe, tous les films ont été produits ou coproduits par les Américains. On note par ailleurs 4 coproductions chinoises. Et seul trois films (coproduits donc) britanniques et une coproduction minoritaires de la France (Mission:Impossible - Fallout) atténuent cette suprématie. Avengers : Infinity War, Les Indestructibles 2 et Bohemian Rhapsody ont été les trois vainqueurs de 2018. Autre fait marquant: 16 des 20 plus gros succès sont des remakes, reboots, spin-offs ou sequels. Les succès européens, hors du Top 20, ont sinon été, dans l'ordre, La ch'tite famille, Les Tuche 3, le film polonais Kler, Le grand bain et Taxi 5. La France classe en effet dans ce Top 20 des films européens en Europe 8 coproductions majoritaires (et une minoritaires). Les britanniques placent 7 coproductions majoritaires. L'Espagne et la Pologne suivent avec deux films chacun.

Une part de marché en hausse pour les films européens, grâce aux coprods américaines

Malgré cette baisse de la fréquentation des cinémas dans l’UE et cette domination américaine, la part de marché des films européens a augmenté à 29,4% (27,9% en 2017), grâce à la baisse des entrées réalisées par les films US. Faux nez lié aux succès de productions britanniques à capitaux américains (en hausse). La part de marché des films nationaux est au-dessus des 25% au Royaume-Uni (44,8%, grâce aux coprods américaine), en France (39,5%), en Pologne, au Danemark, en Lituanie. En Turquie, elle atteint même les 63,4%! 8 pays ont une part de marché de films étrangers supérieure à 90%.

Enfin, après avoir ralenti pour la première fois en 2017, les niveaux de production de l’UE sont repartis à la hausse l’année dernière, le nombre estimé de longs métrages européens produits en 2018 étant passé de 1 737 à 1 847, un record. Selon les estimations, il s'agit de 1 142 films de fiction (62 %) et de 705 documentaires de long métrage (38 %). L’augmentation de l’activité de production est principalement liée au nombre croissant de coproductions internationales et de documentaires de long métrage.

Dustin Hoffman et Toni Servillo dans un polar italien

Posté par vincy, le 5 mai 2019

Un thriller va réunir Dustin Hoffman et Tony Servillo. Le tournage à Rome de Into The Labyrinth (L’uomo del Labirinto) vient de s'achever sous la direction de Donato Carrisi, journaliste, écrivain de polar, dramaturge et cinéaste italien.

Le film, tourné en italien et en anglais, raconte l'histoire d'une femme qui essaie de se souvenir pourquoi elle s'est retrouvée dans les bois, nue avec une jambe cassée. Samantha a en fait été enlevée quinze ans plus tôt. Bruno Genko, qui avait enquêté sur sa disparition à l'époque, décide de reprendre l'enquête pour retrouver son ravisseur. Le scénario est adaptée du roman du réalisateur, L'égarée.

Valentina Bellè (Les Médicis), Katsiaryna Shulha (J'arrête quand je veux), Vinicio Marchioni (Miele) et Riccardo Cicogna (Pasolini, la verità nascosta) complètent le casting.

C'est le premier film pour Dustin Hoffman, oscarisé deux fois et lauréat de 6 Golden Globes, depuis The Meyerowitz Stories (en compétition à Cannes en 2017) et la série Les Médicis en 2016. C'est également la troisième fois qu'il tourne en Europe avec un cinéaste non-anglophone, après Luc Besson (The Messenger: The Story of Joan of Arc) et Tom Tykwer (Le Parfum).

Toni Servillo, fidèle de Paolo Sorrentino (La Grande Bellezza), et vu aussi chez Mario Martone, Matteo Garrone, Nicole Garcia, Marco Bellocchio, quatre fois lauréat d'un David du Donatello du meilleur acteur, avait déjà été mis en scène par Donato Carrisi, dans son premier film, La fille dans le brouillard (2017), polar adapté d'un roman du réalisateur, avec Jean Reno et Greta Scacchi.

Nanni Moretti tourne son 13e long métrage

Posté par vincy, le 11 mars 2019


Tandis que son documentaire Santiago, Italia est actuellement sur les écrans français, le cinéaste italien Nanni Moretti tourne actuellement son nouveau long métrage, Tre Piani. Selon le site Cineuropa, le tournage a débuté le 4 mars, avec Riccardo Scamarcio (Romanzo Criminale, Dalida, Les estivants, Euforia), la fidèle Margherita Buy (Habemus Papam, Mia madre), Alba Rohrwacher (Les merveilles, Les fantômes d'Ismaël, Heureux comme Lazzaro), Adriano Giannini (Les Conséquences de l'amour), Alessandro Sperduti et Nanni Moretti. Le film sortira en France l'année prochaine, après une probable sélection cannoise. Ce sera sa première fiction depuis Mia Madre en 2015.

Pour la première fois le réalisateur italien a décidé d'adapter un roman. Trois étages d'Eshkol Nevo (Neuland, Jours de miel, Quatre maison et un exil) est un roman israélien paru en octobre dernier en France chez Gallimard.

Dans ce livre, on suit Arnon, ancien militaire, qui bascule dans l’obsession lorsqu’il échoue à comprendre ce qu’il s’est passé entre sa fille de sept ans et son voisin de palier à la retraite, qui la garde régulièrement. Décidé à percer ce mystère qu’il semble être seul à interroger, il est prêt à tout, même au pire. Pendant ce temps, à l’étage supérieur, Hani, dite «la veuve», s’ennuie de son mari toujours absent. C’est sans doute pour cela qu’elle ne résiste pas longtemps aux charmes de son beau-frère, un escroc recherché par la police. Au troisième et dernier étage vit Déborah, une juge à la retraite. Isolée depuis la mort de son mari, elle repense à son fils à qui elle ne parle plus depuis plusieurs années.Trois étages, trois vies, trois secrets, trois colères, trois chagrins dans une seule maison.

Moretti a écrit le scénario avec Federica Pontremoli et Valia Santella.

Un film sur la naissance de Rome en latin

Posté par vincy, le 8 février 2019

Fin janvier, le film Il primo re (Le premier roi) est sorti sur les écrans italiens. La particularité du film de Matteo Rovere (Veloce come il vento) est d'avoir voulu être le plus réaliste possible. L'image a ainsi été filmée à la lumière naturelle, et le cinéaste a préféré faire appel à des cascadeurs et du maquillage plutôt qu'à des effets numériques. Mais surtout, le film est parlé en latin préroman (ou proto latin), autant dire de l'époque. Mel Gibson avait aussi utilisé une langue morte, l'araméen, dans La Passion du Christ. Certains films ont utilisé le latin, le grec ancien et d'autres dialectes disparus épisodiquement par souci d'authenticité.

Mais c'est la première fois qu'un film se déroule entièrement dans le langage supposé de l'époque. Il Primo Re raconte la naissance de Rome, qui, selon le mythe date de 753 avant notre ère, avec la rivalité de Rémus et Romulus, jumeaux abandonnés et élevés par une louve. Rémus est interprété par Alessandro Borghi tandis que Romulus est joué par Alessio Lapice.

Le réalisateur explique qu'il voulait faire un film sur cette époque historique jamais traitée avant,, alors qu'elle est "la base de notre civilisation et de la fondation de l'Occident." Un péplum de Sergio Corbucci, Romulus et Rémus, était sorti en 1961, sous un angle plus romanesque.

Le film s'est classé 4e du box office pour son premier week-end (930000€ de recettes), après avoir reçu de relativement bonnes critiques.

Bilan 2018: Hollywood et la Chine dominent le box office mondial

Posté par vincy, le 11 janvier 2019

Malgré Netflix, le piratage, le mondial de foot, les séries ici et ailleurs, le prix du ticket en hausse, le pouvoir d'achat en berne ou, dans certains pays, des mouvements sociaux et des troubles politiques, le cinéma (en salles) reste un produit culturel très attractif et populaire. rance, usa, chine, japon, royaume uni...

La France s'en sort plutôt bien avec 200,5 millions d'entrées en 2018. La fréquentation est en recul de 4,3% mais reste au dessus des 200 millions de spectateurs, ce qui en fait, toujours, le plus gros marché cinématographique européen, devant le Royaume Uni. Le cinéma français s'en sort bien avec 39,3% des entrées et deux films nationaux - Les Tuche 3, La famille Ch'ti - dans le Top 3, au dessus des 5 millions de spectateurs. Avec les cartons du Grand bain, d'Astérix - le secret de la potion magique et de Taxi 5, le cinéma hexagonal continue d'être plébiscité face à une concurrence hollywoodienne féroce. Au total 39 films (dont 11 Français) ont passé le cap du million d'entrées (contre 55 en 2017), confirmant une concentration sur quelques gros films.

L'Allemagne a en revanche vu son box office plonger de 15,5%, avec seulement 95,8 millions de spectateurs. Les films allemands ont séduit 22,9% des spectateurs et aucun n'est classé dans le Top 10. Plus frappant, le marché allemand, alors qu'il s'agit du pays le plus peuplé d'Europe, passe derrière le marché espagnol. Avec une légère baisse de 2%, le box office en Espagne a atteint 97,7 millions de billets vendus d(ont 17,5% pour des films espagnols). Côté Italie, c'est la grande dépression. 2018 a été la pire année depuis une décennie avec 86 millions de tickets vendus. La part de marché des films italiens (dont là aussi aucun ne se classe dans les 10 films les plus vus) s'élève à 22%.

Finalement, c'est le Royaume Uni qui relève la tête avec des entrées estimées entre 170 et 180 millions d'entrées, en hausse par rapport à l'an dernier. A Hong Kong aussi le box office augmente de 6% (même la part de marché des films nationaux est en recul, à 13%). De même la Chine continue de progresser avec des recettes en hausse de 9%. L'Empire du milieu reste le 2e marché mondial (hors Inde) avec 8,9 milliards de dollars de recettes. La part de marché des films nationaux, aidés par une limitation des films étrangers, est aussi en hausse (62%). Trois films - Operation Red Sea, Detective Chinatown 2 et Dying to Survive ont fait des scores de blockbusters américains (respectivement 532M$, 496M$ et 452 M$), soit 17% du box office national annuel.

En Corée du sud, le bilan est contrasté avec des recettes en hausse de 3% mais des tickets vendus en baisse avec 216 millions d'entrées (contre 220 l'an dernier), soit le 4e marché mondial (hors Inde). La Corée conserve sa place de champion en nombre d'entrées par habitant (plus de 4 films vus par habitants). Les coréens continuent de plébisciter leurs films (51% de parts de marché) et deux films nationaux ont passé le cap des 10 millions de spectateurs (Along With the Gods: The Two Worlds et Along With the Gods: The Last 49 Days).

Le Japon n'a pas encore fourni ses chiffres, tout comme la Russie ou le Brésil et le Mexique. Côté USA (et Canada anglais), c'est champagne en tout cas. Les recettes ont progressé de 6,7% (11,9 milliards de $), battant le record de 2016, et le public est de retour dans les salles : on prévoit une hausse de 4%, soit 1,3 milliards de billets vendus. Disney a capté un quart des recettes avec ses films.

Au niveau mondial, les premières estimations évaluent les recettes en salles à 41,7 milliards de dollars, soit 2,7% de plus qu'en 2017. Non seulement, le cinéma n'est pas mort, mais il est encore profitable. Un Marvel a passé le cap des 2 milliards de recettes, trois autres films ont été milliardaires, tous américains. Au total, 17 ont récolté plus de 500M$, dont 2 chinois. Un tiers est un film de super-héros et seulement trois ne sont ni une suite ni un remake ni une franchise. Hollywood rules again.

Dernier tango pour Bernardo Bertolucci (1941-2018)

Posté par vincy, le 26 novembre 2018

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci est mort à Rome à l'âge de 77 ans, ont rapporté ce matin les médias italiens.

L'un des grands maîtres du cinéma italien, né le 16 mars 1941, a connu une consécration mondiale avec sa fresque Le dernier empereur en 1987: Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario (au total 9 Oscars), 4 Golden Globes, un César du meilleur film étranger, 3 BAFTAs... Il a été nommé deux autres fois aux Oscars, dans la catégorie du meilleur scénario adapté avec Le conformiste (deux fois primé à Berlin), et dans la catégorie réalisateur pour Le Dernier Tango à Paris.

Bertolucci, Palme d'honneur à Cannes en 2011, Lion d'or d'honneur à Venise en 2007 et European Film Award d'honneur en 2012, a écrit et réalisé 25 films - y compris documentaires - entre 1962 et 2012, signant notamment de belles épopées internationales (1900, Un thé au Sahara, Little Buddha) et des œuvres plus intimes et romantiques (Beauté volée, Innocents, Moi et toi) ou dramatiques et politiques (Le conformiste, La Tragédie d'un homme ridicule, La stratégie de l'araignée).

Donnant un nouveau souffle au cinéma italien dès la fin des années 1960, cherchant différentes voies narratives, en s'éloignant du néo-réalisme et s'approchant d'un cinéma plus clinique, Bertolucci était un esthète et un explorateur (son dernier film a été tourné en 3D). Son aura a cependant été entachée ces dernières années par les révélations de l'actrice Maria Schneider (Le dernier tango) sur les conditions de tournage d'une scène de sexe avec Marlon Brando, qu'elle a subit (à juste titre) comme un viol. La manipulation du cinéaste, avec la complicité de la star américaine masculine, ont été violemment critiquées depuis quelques années, accusant Bertolucci d'avoir détruit la jeune femme. Dans son dernier livre, Tu t'appelais Maria Schneider (Grasset), la journaliste Vanessa Schneider rédige un hommage à sa cousine comédienne, où elle détaille les séquelles psychologiques et artistiques de cette séquence sodomite humiliante.

Le succès du film est en fait un cauchemar pour l'actrice, qui ne s'en remettra jamais. Brando sort du tournage exsangue. Ce Dernier tango va hanter longtemps Bertolucci, jsuqu'à détruire sa réputation vers la fin de sa vie. C'est ironique finalement.

Car en effet, il aimait lui aussi déboulonner les statues, particulièrement celles des Commandeurs, qu'il soit un militant politique héroïque ou un empereur chinois historique. Il interroge finalement la vérité et le mensonge, l'artifice et le romantisme, la honte des uns et la gloire des autres. Là c'est le fantôme de Maria qui a renversé l'icône.

Dans ses jeux de miroirs, le cinéma de Bertolucci cherche des tonalités tantôt sensuelles tantôt oniriques, épurées ou baroques, passant de l'opéra à une nocturne. En bousculant ses personnages, qu'ils soient un occidental dans une culture orientale ou un fasciste refoulé et lâche, en les confrontant au plaisir, au crime ou à la pauvreté extrême, le réalisateur stylise une révolution intime qui rend la classe moyenne monstrueuse et les puissants intouchables.

Obsessions et dilemmes

Le fils du poète Attilio Bertolucci et frère du cinéaste Giuseppe Bertolucci, il a surtout été le cinéaste italien qui s'est emparé de la Nouvelle vague française. Innocents est une histoire de trouple en plein Mai 68 - le sexe et la révolution, deux de ses obsessions - et un énorme clin d'œil à Bande à Part et Godard. Bertolucci aimait transgresser. Il voulait choquer le bourgeois, bouleverser l'ordre social. A la fois idéologiquement et sans doute pour se rebeller contre son éducation. L'ancien assistant de Pier Paolo Pasolini (ami de son père) sur Accatone et co-scénariste d'Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone, était un marxiste, fasciné par l'Histoire et le communisme (Le dernier empereur et 1900 en sont les plus belles preuves épiques).

Mais qu'on soit jeune étudiant ou patron d'usine, veuf partagé entre les pulsions sexuelles ou l'aspiration à mourir ou empereur de naissance impuissant à résister aux flux de l'Histoire, le cinéma de Bertolucci est avant tout celui des dilemmes: ses personnages sont toujours partagés entre deux mondes, deux visions, deux sentiments. Leur quête existentielle ou identitaire, amoureuse ou intellectuelle, est le moteur de tous ses récits, fondés sur les conflits (parents/enfants, patron/ouvrier, mari/femme, pouvoir/exploité...), en bon marxiste.

Malgré cela, sa filmographie, après Le dernier empereur et son sacre mondial, évolue vers de nouveaux horizons. Il ne délaisse pas le libertinage et ce libéralisme des mœurs qui le tentent tant, il n'abandonne pas la chair et le désir (Beauté volée, Shandurai) ni les idéaux dans un monde où le communisme s'efface. Il est même assez nostalgique d'une Révolution, qui n'a finalement pas eu lieu, mais dont il s'est approché, pour ne pas dire avec laquelle il a flirté. Ses derniers films sont davantage dans la réconciliation (rien que dans les titres de ses films). Après la douce mort d'Un thé au Sahara, on le suit dans chemins de sagesse de Siddhartha dans Little Buddha, pour aboutir à une folle utopie érotisante et cinéphile dans The Dreamers (Innocents) et un mélange d'espoir et de dignité dans son ultime œuvre, Moi et toi.

Le réalisateur aimait chercher ses limites, montrer les lignes rouges (et parfois les dépasser). Adversaire de la censure, combattant des films à message, nostalgique d'une rêverie communiste, il espérait que sa génération allait changer le monde. De la même manière qu'il essayait de changer le cinéma. Il voulait expérimenter formellement mais il poursuivait surtout l'envie de aire un cinéma aussi sincère qu'intelligent, même si, en apparence, cela semblait plastique, méniéré, esthétisé. Il en reste finalement un cinéma qui fait une équation entre la transmission et l'héritage. Les personnages y sont déjà condamnés, enfermés dans leur statut (social, personnel, psychologique). Ils sont "conditionnés" et la fin n'est jamais très claire. "J'aime que les fins de films soient ambigües, parce que c'est ainsi dans la vie réelle" disait-il.

Chronologie des médias et Netflix: la France et l’Italie divergent sur la stratégie

Posté par vincy, le 15 novembre 2018

Le Festival de Venise n'en finit pas de déclencher des répercussions sur la chronologie des médias. Les différents prix, dont le Lion d'or, obtenus par les productions Netflix, ont contraint la plateforme de streaming à revoir sa stratégie de distribution afin de pouvoir concourir aux Oscars.

Un décret italien souple

Mais cette fois-ci c'est un pays qui change ses règles. Le ministre de la Culture italien Alberto Bonisoli vient de signer un décret pour les œuvres cinématographiques de nationalité italienne bouleversant la chronologie des médias. Le délai de la fenêtre d'exclusivité de la salle est actée à 105 jours. Après ces trois mois et demi, un film peut-être diffusé sur n'importe quel autre support. Il y aura une exception: 60 jours pour la diffusion sur un autre support pour les films distribués sur moins de 80 copies ou ceux ayant récolté moins de 50000 entrées en 21 jours. Si un film tient l'affiche seulement rois jours, il pourra être diffusé ailleurs dix jours plus tard: une clause visiblement faite pour Netflix qui souhaite distribuer en salles certains de ses films seulement pour pouvoir concourir aux prix nationaux comme les Oscars. Cette fois-ci, l'ANICA, le syndicat des distributeurs, s'est félicité de cet accord.

Rappelons que la crise a été provoquée lors du Festival de Venise avec la projection dans la section Orizzonti de Sulla mia pelle (Sur ma peau) d'Alession Cremonini, film directement concerné par ces nouvelles règles. Le film a été distribué simultanément dans les salles par Lucky Red et sur Netflix. Les exploitants se sont alors insurgés de la concurrence déloyale de Netflix d'un côté et de la vitrine offerte à Netflix par le Festival de l'autre. Le président de Lucky Red avait d'ailleurs démissionné de l'ANICA. Lucky red a aussi distribué un autre film Netflix, 22 July de Paul Greengrass, durant quelques jours. Et Netflix annonce une sortie en décembre dans quelques cinémas de Roma, d'Alfonso Cuaron, Lion d'or à Venise.

C'est la première fois que l'Italie légifère sur la chronologie des médias.

Canal + plutôt que Netflix

A l'inverse, en France, le récent accord, il y a une semaine, entre Canal + et les organismes du cinéma (Blic, Bloc et L'ARP) ont modifié la chronologie des médias, sans résoudre le problème Netflix. Ce nouveau texte, qui rend pérenne le financement du cinéma français par Canal +, modifie à la marge les fenêtres d'exclusivité.

Toutes les fenêtres de diffusion sont avancées: 6 à 8 mois pour Canal + (ou OCS) au lieu de 10 par exemple. Une chaîne gratuite pourra diffuser les films à partir de 19 ou 22 mois au lieu de 30. Un service de streaming comme Amazon ou Netflix devront attendre 28 ou 30 mois après la diffusion en salles, au lieu de 36 actuellement. Un comble si le film est produit par une plateforme de SVàD. Pour la vidéo et la vidéo à la demande, le délai est de 4 mois sauf pour les films ayant réalisé moins de 10000 entrées (3 mois après la sortie en salles). Il y a aussi quelques dérogations et exceptions, notamment pour les documentaires et les fictions au budget inférieur à 1,5M€.

Cannes 2018: Nos retrouvailles avec Nicoletta Braschi

Posté par vincy, le 13 mai 2018

Une si longue absence. Cette rubrique semble être faite juste pour elle. Nicoletta Braschi revient sur le grand écran, treize ans après son dernier film. Pourtant durant ces treize ans, sa vie a été mouvementée.

A Cannes, on se souvient d'elle comme membre du jury Cinéfondation et courts métrages lors du Festival de Cannes 2013. A peine trois semaines plus tard, elle est victime d'un accident de voiture, la laissant avec des blessures au visage. Ce n'était pas la seule blessure qui l'a éloignée du cinéma. Cinq ans plus tôt, son frère, le producteur Gianluigi Braschi décède à l'âge de 45 ans des suites d'une maladie grave.

Durant ces treize années sans cinéma, Nicoletta Braschi a préféré les planches dont Giorni felici (Oh les beaux jours), de Samuel Beckett, mis en scène par Andrea Renzi en 2013 et reprise en 2016.

A 58 ans, l'actrice italienne (et productrice) revient au cinéma, avec Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice) d'Alice Rohrwacher (Grand prix du jury à Cannes en 2014). Aux côtés de Adriano Tardialo, Sergi López et Alba Rohrwacher, elle incarne la marquise Alfonsina de Luna, qui règne sur un hameau resté à l’écart du monde où réside Lazzaro, un jeune paysan abusé à cause de sa bonté exceptionnelle.

Vous la reconnaitrez immédiatement. Son visage de muse de Raphaël, blonde aux airs vénitiens, a fait le tour du monde avec le film de son époux, Roberto Benigni, La vita è bella (La vie est belle), où elle incarnait sa femme déportée dans les camps. Elle a tourné dans tous les films de Benigni, et a même produit les deux derniers, Pinocchio et Le tigre et la neige (2005).

Nicoletta a aussi tourné pour Jim Jarmusch (Down by Law, Mystery Train), Marco Ferreri (Y'a bon les Blancs), Bernardo Bertolucci (Un thé au Sahara, où elle était une femme française), Blake Edwards (Le Fils de la panthère rose), Marco Tullio Giordana (Pasolini, mort d'un poète), Roberto Faenza (Pereira prétend), Paolo Virzi (Ovosodo, film aux accents néo-réaliste pour lequel elle reçoit un David di Donatello de la meilleure actrice dans un second rôle) et Francesca Comencini (J'aime travailler, primé à Berlin et pour lequel elle est récompensée comme meilleure actrice à Mar del Plata).

Il y a deux ans, elle disait que le mot carrière était plus adapté à sa prochaine vie. "Je n'ai aucun regret et je suis satisfaite du fait que j'ai fait des films qui ont la capacité de donner quelques heures de divertissement honnête à ceux qui les regardent" évoquait-elle. Et de mettre les points sur les "i": "Mon indépendance vient précisément par le fait que l'on travaille ensemble, collabore et se confronte. Je suis plus qu'heureuse et honorée de travailler avec Roberto Benigni, j'ai été très chanceuse de l'avoir rencontrée et d'avoir construit nos films avec lui".

La muse de Benigni, telle Giulietta Masina pour Federico Fellini, s'émancipe depuis plusieurs années, sur les planches. La voici qui entre dans l'univers onirique de Rohrwacher, voulant sans doute montrer sa part fantasque et une autre facette que celle d'une femme adulée par un génie de la comedia dell'arte. La grande popularité du couple mythique du cinéma italien n'a pas atteint son humilité et sa suavité, qui ne l'empêche pas d'incarner des femmes de caractères ou des rêveuses...

Longue vie à Ermanno Olmi (1931-2018)

Posté par vincy, le 7 mai 2018

Palme d’or en 1978 avec I, le cinéaste italien Ermanno Olmi est mort dans sa 87e année le dimanche 6 mai.

Documentariste, réalisateur de plus de quarante courts métrages, ce géant du cinéma italien, intellectuel rigoureux et autodidacte, avait créé une œuvre aussi sensible que poétique sur les liens entre l’Homme, la foi, le travail et la nature.

Né le 24 juillet 1931, il a réalisé une quarantaine de courts métrages et une vingtaine de longs métrages. Outre sa Palme d’or et le César du meilleur film étranger pour L’Arbre aux sabots, il a reçu le Lion d’or à Venise pour La légende de saint Buveur (1988), un récit sur la rédemption, thème central de sa filmographie, et un Lion d’argent pour Longue vie à la signora (1987). Venise lui a également décerné un Lion d’or d’honneur en 2008. Pour Le métier des armes, en 2001, il avait obtenu une nomination du meilleur réalisateur  aux European Film Awards.

L’arbre aux sabots reste son œuvre majeure. Ce portrait ultra-réaliste de familles de paysans misérables de la fin du XIXe siècle affirmait un style entre fiction et documentaire, ethnologie et Histoire, croyances (il est né dans une famille très catholique) et souffrances.

Transmettre

Alors qu’il n’a jamais achevé ses études, il effectue parallèlement des courts d’art dramatique et un travail de divertissement du personnel dans l’entreprise de sa mère. C’est aussi là qu’il fait ses premiers pas derrière la caméra, en filmant l’outil industriel. Cela influe sur ses documentaires, réalisés pour une grande partie entre 1953 et 1961, où la condition du travailleur reste au centre de son cadre et l’humanisme qui s’en dégage traversera tous ses films.

Cette envie de tisser un lien social par l’intermédiaire du cinéma se retrouve aussi dans son engagement personnel, sa volonté d’être pédagogue et son envie de construire des ponts entre les tradition et le futur. Il créé ainsi en 1982 une école, Ipotesi cinéma, pour des aspirants cinéastes. Eloigné par la maladie des plateaux, il revient aussi au cinéma la même année avec A la poursuite de l’étoile, son premier film post-Palme d’or.

Cela reste un réalisateur rare. Avant L’arbre au sabot, entre 1959 et 1973, il avait réussi à enchainer 9 longs métrages, dont Le temps s’est arrêté, L’emploi, Les fiancés, Un certain jour et L’or dans la montagne. Après ses films primés à Cannes et Venise espacés sur dix ans, il ne signe que deux films dans les années 1990. Il revient avec plus d’assiduité dans les années 2000 : outre Le métier des armes, il réalise En chantant derrière les paravents, œuvre toute aussi abrupte et hermétique que la précédente, Tickets (coréalisé avec Abbas Kiarostami et Ken Loach), Centochiodi, Le village de carton et en 2014 Torneranno i prati, son ultime film, plongeant dans les massacres de la première guerre mondiale.

Une foi en solitaire

Ce solitaire qui filmait de près les mains, les muscles, les visages, les regards, tout comme l’épuisement ou la douleur, était un cinéaste expressionniste finalement. Mais avant tout il était en quête d’une authenticité. Aussi bien celle des gestes que celle du langage, aussi bien celle du temps (qui pouvait s’étirer) que celle des sentiments (jamais forcés). Cela explique cette poursuite d’un cinéma-vérité (il employait régulièrement des acteurs non professionnels) et une consécration d’un formalisme minimaliste. Pourtant ses films ne sont pas déniés de lyrisme. Cependant son approche à la fois socialiste (en se focalisant sur les métiers écartés par le progrès) et spiritualiste a souvent troublé ses rapports avec l’intelligentsia italienne, qui trouvait ses films trop teintés de christianisme. C’est aussi ce qui détonne par rapport aux néoralistes italiens : Olmi ne rejetait pas la transcendance. L’Arbre aux sabots, où la grâce élève de leur boue les paysans de Bergame, est à ce titre un film qui va à rebours des tendances de l’époque, soit la déchristianisation d’une société post-industrielle et consumériste.

En évoluant vers un cinéma de contes et de métaphores à partir des années 1980, Ermanno Olmi, choisit des fresques historiques, soignées, mêlant des reconstitutions plus véridiques que jamais et des interrogations sur les racines de notre monde contemporain en explorant des grands faits historiques (et leurs batailles).

Olmi n’a jamais voulu suivre les modes. Expérimentateur et observateur, il avait tracé son sillon singulier dans l’histoire du cinéma, quitte à assumer sa marginalité, à l’écart du public.