Deneuve se souviendra du Festival de Versiliana…

Posté par vincy, le 10 août 2009

cdmp1.jpgOn a pu le lire partout : Catherine Deneuve huée en Toscane pour avoir lu le texte de Georges Pérec, Je me souviens. Toute la presse a repris la dépèche. Les sites webs clonant les dépêches d’agences de presse, les journaux réservant un filet à l’affaire. Pas seulement en Italie et en France, mais dans toute l’Europe. Epiphénomène concernant 200 personnes (et seuelemnt 80 râleurs), et sans doute une élite italienne voulant se payer La Deneuve. Pourtant il y avait autre chose à en dire : il s’agissait des premiers pas de l’actrice sur les planches… Le même soir, dans le même festival, le comique Maurizio Battista n’est pas venu sur scène. Et avant cela, le one-man show d’Enrico Montesano, mais aussi les représentations de Carmina Burana et le Boléro de Ravel ont été annulés, faute de remplissage. En fait la crise touche l’ensemble l’événement : peu de touristes, des tarifs trop élevés, aucune star même locale n’a été épargnée par la désaffection des spectateurs.

Mais revenons à Deneuve. Si elle a tant cristallisé les rancoeurs, c’est bien à cause de son statut. On en compte à peine dix comme elle en Europe.

Rappel des faits. Dépêche AFP.
Catherine Deneuve a été copieusement sifflée mercredi soir dans un festival culturel de Toscane rapporte jeudi la presse italienne, le public ayant été irrité semble-t-il d’un texte largement dit en français. Les spectateurs mécontents ont obtenu d’être dédommagés par les organisateurs qui ont dû faire appel à la police pour maintenir le calme.

A l’issue de la lecture du texte “Je me souviens” de Georges Perec par l’actrice française et par l’acteur italien Michele Placido, spectacle présenté en avant-première mondiale au 30e festival La Versiliana de Lucques (près de Pise, ndlr) le public, sans doute dérouté parce que la pièce était largement en français, s’est déchaîné en sifflets et cris de protestation. (…) La foule n’a accepté de quitter les lieux qu’après la proposition des organisateurs d’assister gratuitement à un autre spectacle du festival. “Peut-être que Catherine Deneuve devrait faire un effort et jouer en italien” lors des prochaines représentations si un système de sous-titres n’est pas mis en place, a admis son partenaire sur scène Michele Placido (…). Recueil de souvenirs accompagnés de chansons et d’images des années 50, 60 et 70, le spectacle de 4O minutes en français et en italien de Renato Giordano se voulait ironie du sort un hommage à l’actrice française.

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Un festival prestigieux mais amateur et subissant de plein fouet la crise

On peut être surpris d’ue telle aggressivité pour “ça” ou que Deneuve, qui parle italien, n’ait pas lu le texte dans la langue locale.

Mais dans ce “scandale”, la faute en est aux organisateurs du Festival. Il est étonnant d’ailleurs qu’aucun média n’ait été plus loin que l’aspect sensationnaliste dans cette histoire. Aucun recul, aucune profondeur. On lâche les chiens et après on passe au scandale suivant.

Pourtant personne n’en fait tout un plat quand Roberto Benigni se produit en italien sur la scène du Grand Rex à Paris.  Rappelons que le Festival d’Avignon accueille chaque année des spectacles internationaux, diffusés dans la langue du pays d’origine et parfois sans aucun sous-titre. Ne parlons pas de spectacles vivants - comédies musicales d’une troupe étrangère ou opéra - qui sont juste sous-titrés quand ils passent au Châtelet ou à Chaillot. Et demande-t-on à un chanteur anglais ou américain de traduire ses chansons lors d’une tournée mondiale?

En fait l’accusation doit se porter sur ce vénérable festival culturel italien. Première faute : ne pas avoir prévenu le public que la lecture se ferait en deux langues. Même si ce n’était pas prévu ainsi, même si contractuellement Deneuve n’avait pas fait spécifier ce détail, les organisateurs auraient du le mentionner sur le site internet, dans le programme, à l’entrée de la salle. Un amateurisme inacceptable. Ce n’est pas Deneuve qu’il fallait huer mais bien La Versiliana.

Deuxième faute : le titre même du spectacle est en deux langues. “Mi Ricordo - Je me souviens”. Avec une comédienne française et un comédien italien, le bilinguisme paraissait peut-être naturel aux yeux des organisateurs. Mais pas à ceux du public. Public italien qui ne pratique plus le français comme il y a trente ans. La langue de Molière n’est plus la première langue étrangère de prestige étudiée en cours, celle de Shakespeare l’ayant supplantée. Or il n’y a pas pire spectacle que celui où d’une part on est décu, d’autre part on ne comprend rien.

Michele Placido a raison : il suffisait juste de mettre des sous-titres. C’est le minimum. Et c’est assez simple. Surtout si l’on veut que le spectacle puisse voyager…

Au lieu de siffler la star, jetons des tomates à ceux qui ont conduit à ce massacre médiatique.

Un été italien : langueur et subtilité dans un Winterbottom mineur

Posté par MpM, le 14 avril 2009

Un été italienIl y a une différence entre changer d’appart’ et changer de pays.”

L’histoire : Suite à la mort accidentelle de sa femme, Joe (Colin Firth) décide de partir à Gênes avec ses deux filles pour y commencer une nouvelle vie. L’aînée se fait vite de nouveaux amis, mais la petite voit partout le fantôme de sa mère…

Ce que l’on en pense : Michael Winterbottom a le chic pour alterner adaptations littéraires prestigieuses (Jude l’obscur, Redemption), faux documentaires hyper-réalistes (In this world) et biopics décalés (24 hour party people, Un cœur invaincu), aussi ne l’attendait-on pas forcément dans le registre du drame familial intimiste. Et le fait est que cet Eté italien (Genova en version originale) ne fera pas forcément date dans sa filmographie.

L’aspect formel n’est pas en cause, qui réaffirme une nouvelle fois la fluidité de sa mise en scène : fausse caméra subjective portée à l’épaule et suivant les personnages dans le dédale des ruelles génoises labyrinthiques, refus du gros plan lacrymal, sens de l’ellipse. Chaque séquence va droit au but, captant tantôt l’ambiance de cette ville étrangère où le moindre passant semble inquiétant, tantôt les relations complexes qui lient les trois membres de la famille. Fidèle à lui-même, Winterbottom refuse les facilités scénaristiques comme les grosses ficelles émotionnelles, et il évite à peu près tous les écueils, des grandes scènes d’explications mélodramatiques à la révélation de quelque drame secret. Son propos est simplement d’observer la reconstruction d’une famille amputée de l’un de ses membres, les rapports qui peuvent exister entre un père et ses filles, la sensation de parenthèse quand on repart à zéro en un lieu inconnu, avant que la “vraie vie” ne reprenne son cours.

C’est subtil, mais peut-être trop. A force de tout effleurer, de s’arrêter systématiquement avant toute confrontation violente, il finit par donner l’impression de ne pas savoir quelle direction choisir entre la chronique réaliste et le récit fantastique métaphorique. Ainsi, chaque fois que l’intrigue semble atteindre un point déterminant, elle retombe immédiatement dans cette espèce de langueur italienne qui engloutit tout. Le spectateur, lui, a presque envie de secouer les personnages pour qu’ils affrontent enfin leurs problèmes et se décident à régler frontalement leurs conflits. D’accord pour une approche ténue de la question du deuil, de la culpabilité et du ressentiment, mais encore faudrait-il approcher quelque chose. Là, Winterbottom donne surtout l’impression de suggérer une situation insupportable puis d’y apporter artificiellement un dénouement facile, sans jamais prendre la peine de réellement faire parcourir à ses personnages le chemin entre les deux.

Le déjeuner du 15 août : on reste sur sa faim

Posté par MpM, le 7 mars 2009

Le déjeuner du 15 aoûtL’histoire : Gianni, une bonne cinquantaine d’années, vit seul avec sa mère dans un grand appartement de Rome. Pour effacer ses dettes grandissantes, il accepte de s’occuper de la mère du responsable de l’immeuble durant le week-end du 15 août. Mais la vieille dame n’arrive pas seule…

Notre avis : Prix du premier film au festival de Venise et distingué par le jury presse à Villerupt, Le déjeuner du 15 août semble avoir été légèrement surévalué par des jurés qui, probablement, n’en revenaient pas de cette œuvre légère et amusante présentée au milieu des drames et tragédies traditionnels. Pourtant, Gianni di Gregori (scénariste de Gomorra) ne fait guère mieux que de rendre hommage à la comédie à l’italienne (d’où l’aspect parfaitement suranné de l’ensemble), mais avec une intrigue gentillette et un comique de répétition peu ambitieux. La volonté de méchanceté ou de satire est en effet bien vite rattrapée par une flopée de bons sentiments censés prouvés que oui, la convivialité et l’amitié aplanissent toutes les difficultés, et que non, la vieillesse n’est pas forcément triste et ennuyeuse. C’est louable et sympathique, mais était-ce bien suffisant pour faire un long métrage d’1 h 30 ? Heureusement, si l’intrigue manque de rebondissements, elle n’est pas dépourvue d’humour. On retiendra particulièrement la séquence de louange des lasagnes sous le nez d’une invitée au régime, qui a un petit quelque chose d’incongru et de cruel parfaitement réaliste…

Venise : Ang Lee président du jury 2009

Posté par MpM, le 4 mars 2009

Ang LeeAprès Wim Wenders, la Mostra de Venise choisit un autre habitué de l’île du Lido pour présider son grand jury international : le cinéaste taïwanais Ang Lee qui a déjà remporté à deux reprises le prestigieux Lion d’or.

La première fois en 2005 pour l’étonnant western sentimental Le secret de Brokeback mountain et la deuxième en 2007 avec un film tourné cette fois-ci en Asie, Lust, caution. Ang Lee, qui vit aux Etats-Unis depuis 1978, alterne en effet les tournages dans son pays natal (Salé sucré, Tigres et dragons) et dans son pays d’adoption (Raisons et sentiment, Ice storm, Hulk).

Difficile d’imaginer quel type de films sa présence au jury favorisera-t-elle, tant il a lui-même montré un intérêt pour des genres extrêmement différents (intimiste, fresque historique, actionner…). Toutefois, cela l’élimine de fait des réalisateurs en compétition à Venise cette année, renforçant la possibilité d’une sélection cannoise pour son nouveau film, Taking woodstock.

Villerupt : journal d’une jurée (3) – Dernière ligne droite

Posté par MpM, le 10 novembre 2008

Jour J, 21h : Le grand moment des délibérations est enfin arrivé. D’abord, on parle de chaque film : le combat des Indiens Guarani-Kaiowa pour retrouver la terre de leurs ancêtres spoliée par de riches propriétaires brésiliens (La terre des hommes rouges) a beaucoup interpellé le jury, frappé par l’injustice fondamentale de la situation, de même que l’amour fou d’un père pour sa fille (Il papa di Giovanna) en a touché certains. Les autres font débat. Caos Calmo est-il une pâle copie de La chambre du fils ou une parabole extrêmement touchante sur le deuil et la tendresse ? Pranzo di Ferragosto est-il une comédie sans prétention, joliment écrite mais non révolutionnaire, ou au contraire un petit bijou d’humour et d’humanisme ? Celui qui divise le plus, c’est Il divo : quelques jurés adorent, quelques jurés détestent. Les autres sont perplexes ou avouent n’avoir pas tout compris. Le choix s’annonce finalement très serré, aucune œuvre ne parvenant à faire l’unanimité. C’est alors l’heure du vote, à bulletins secrets. Le décompte se fait avec une certaine fébrilité, d’autant que tout se joue dans un mouchoir de poche. Alors, le résultat ? Encore un peu de patience, il sera annoncé le 14 novembre lors de la soirée de remise des prix ! Je suis d’ailleurs tenue par le secret de la délibération, aussi tout ce que je peux vous dire, c’est que le lauréat est un film intéressant, même si ce n’était pas mon coup de cœur…

22h30 : Enfin une pause bien méritée ! Après avoir hésité (au moins trois secondes) à regarder notre 6e film de la journée, nous partons dîner. Preuve que le moment de vérité des délibérations n’a pas trop entamé l’ambiance… A table, on discute encore de notre choix qui laisse quelques frustrations, et puis le débat s’élargit sur le cinéma en général, la vie et le reste. Histoire de prolonger encore un peu cette aventure, avant que chacun ne reparte de son côté.

J+1 : Epilogue. Dans le train qui me ramène à Paris, je fais le bilan de cette expérience de jurée : plein de films, quelques échanges animés, des rencontres passionnantes, une ambiance chaleureuse et décontractée… Un vrai régal ! Mon seul regret ? Que cela ait passé si vite…

Villerupt : journal d’une jurée (2) – Dans la mêlée

Posté par MpM, le 9 novembre 2008

Jour J, 9h : C’est l’heure de la première séance : La terre des hommes rouges de Marco Bechis. Le projectionniste qui a fini tard la veille n’est pas encore arrivé, on profite de ce contretemps pour profiter de la lumière du jour et faire le plein d’air frais. Qui sait quand on aura l’occasion de recommencer !

9h15 : La séance commence, dans des conditions idéales de projection : on a la salle pour nous tous seuls !

11h : Sans transition, on enchaîne sur Il papa di Giovanna de Pupi Avati, cette fois-ci dans une salle comble.

13h : Pause déjeuner. Vite, on en profite pour partager ses impressions sur les deux premiers candidats à l’Amilcar de la presse. C’est l’occasion de sonder les goûts de chacun et d’anticiper la délibération en faisant le compte des alliances possibles. Les réactions sont disparates, mais globalement pas dithyrambiques. Le déjeuner, lui, est englouti à vitesse grand V. C’est qu’Il divo de Paolo Sorrentino nous attend !

14h15 : A nouveau bien calés dans nos fauteuils, nous attendons que le film commence. C’est souvent la séance la plus compliquée, celle où la fatigue se fait le plus sentir. L’envie de piquer du nez est parfois un peu forte, mais Il divo tient en haleine. Et puis ce n’est pas le moment de flancher !

16h25 : Il nous reste cinq minutes pour rejoindre la salle où a lieu la projection suivante. Un peu unilatéralement, nous nous accordons malgré tout une petite pause : après tout, c’est aussi l’avantage de faire partie du jury, la séance ne démarrera pas sans nous…

16h35 : On arrive finalement dans une salle pleine à craquer : il a fallu refuser des spectateurs pour nous garder des places ! Personne ne menace de nous lyncher, c’est déjà ça… Dès qu’on est installé, le film démarre : Caos calmo de Antonio Luigi Grimaldi.

18h30 : Allez, courage, c’est le dernier ! On sort prendre l’air deux minutes… le temps de se rendre compte que la séance suivante a en fait lieu à l’autre bout de la ville, dans une ancienne chapelle reconvertie en salle de spectacles. Zut, on va encore être en retard.

18 h 40 : Une gigantesque file d’attente nous accueille à l’entrée de la chapelle : quel succès pour Pranzo di Ferragosto de Gianni di Gregorio ! Il faut même rajouter quelques chaises ici et là pour accueillir tout le monde.

Villerupt : journal d’une jurée (1) – L’attente

Posté par MpM, le 8 novembre 2008

J-3mois : J’apprends que je vais faire partie du jury presse du Festival du film italien de Villerupt. Je fais de petits bonds partout en essayant de me souvenir des 4 mots d’italien que je connais.

J-7 : Début de mon régime spécial jury : 4 films par jour, avec moins d’une heure de battement entre chaque séance. Il faut accoutumer les yeux et le cerveau à recevoir un flot presque continu d’images.

J-1 : Séance de massage, pour anticiper les inévitables maux de dos liés à la station assise prolongée. Dîner constitué de sucres lents pour tenir la longueur. Longue nuit de sommeil réparatrice.

Jour J, 7h : Le réveil me tire d’un étrange rêve rempli de critiques de cinéma se baignant dans la fontaine de Trévise. Ca commence bien ! Hop, quelques assouplissements, un petit déjeuner copieux, et je me sens prête à me jeter à l’eau à mon tour.

8h15 : Arrivée sur le lieu du rendez-vous dont la porte reste désespérément close. Pendant que les organisateurs cherchent la clef, je fais connaissance avec les autres membres du jury, mettant des noms sur des visages, et parfois l’inverse. On se découvre des affinités, et même des connaissances communes. Sont présents François-Guillaume Lorrain (Le point), Paola Cairo (Passa Parola), Elise Descamps (La croix), Anne-laure Letellier (Le jeudi), Patrizia Molteni (Focus), Philippe Bertrand (France Inter), Michel Bitzer (Le républicain lorrain), Patrick Tardit (L’Est républicain) et Jean Walker (Côté cinéma). Seul manque Joris Fioriti (AFP), qui nous rejoindra plus tard.

8h30 : Quelqu’un vient nous ouvrir par une porte dérobée. Les présentations continuent autour d’un café. Première grande nouvelle de la journée, un 5e film a été rajouté in extremis dans la compétition, à la demande d’un des membres du jury. La nouvelle est prise diversement. Certains s’effrayent, d’autres s’interrogent. Moi, je suis ravie : chic, une 5e chance d’être emportée et conquise !

Manga Impact : Locarno et Turin mettent l’animé japonais à l’honneur

Posté par MpM, le 3 octobre 2008

Manga impactAprès avoir longtemps méprisé l’univers du manga et des animés, le cinéma s’est rendu compte (il y a peu) du potentiel d’inspiration, voire de renouvellement, que représente le genre, et a entrepris lentement mais sûrement d’en piller les monuments (on attend les versions “live” d’Akira et d’Evangelion). Comme en contrepoids, le Festival de Locarno, associé pour l’occasion au Musée du Cinéma de Turin, a lui décidé de rendre hommage à ce courant artistique plus ancien et plus varié qu’il n’y paraît. C’est ainsi qu’est né le projet “Manga Impact”, une rétrospective et une exposition conjointe autour du cinéma d’animation japonais et de son univers dessiné, qui se tiendront du 5 au 15 août 2009 à Locarno, puis du 16 septembre au 15 novembre 2009 à Turin. Le programme complet se dévoilera peu à peu sur le site internet spécialement dédié à l’événement (www.mangaimpact.com) et un livre de référence fera la synthèse de tous ces contenus.

Toutefois, on sait déjà qu’une sélection d’œuvres issues de l’animé (courts et longs métrages, mais également séries télévisées) devrait permettre de (re)découvrir les œuvres marquantes du XXe siècle, tandis qu’une exposition présentera tout ce qui constitue l’univers du manga, des planches de bandes dessinées aux magazines, en passant par des objets dérivés, des stations de jeux vidéo et des exemples de jeu de rôle. L’occasion de revenir sur les origines graphiques et esthétiques du manga mais également sur ses multiples formes, styles et genres. La bande dessinée japonaise (et son dérivé animé) est en effet extrêmement fragmentée, s’adressant à des public ciblés (adultes, adolescents, jeunes filles, enfants, gays, …) avec des intrigues qui peuvent être tour à tour érotiques, historiques, sentimentales, violentes ou même introspectives et poétiques. Une richesse et une complexité dignes que n’importe quel art millénaire, et qui méritaient bien qu’un grand festival international de cinéma leur rende honneur.

La politique s’invite au Lido

Posté par MpM, le 5 septembre 2008

Manifestation contre les accidents du travailIl aura fallu attendre les tout derniers jours du festival pour que la politique s’invite finalement sur le Lido. La projection de La fabbrica dei Tedeschi (L’usine des Allemands) de Mimmo Calopresti a ainsi été précédée d’une minute de silence puis suivie d’une manifestation dans les rues de l’île. Le film revient en effet sur un drame ayant bouleversé l’Italie à la fin de l’année 2007 : un accident survenu dans l’usine Thyssenkrupp de Turin suite à des failles de sécurité et ayant causé la mort de sept ouvriers. Le groupe allemand Thyssenkrupp, qui n’avait pas jugé bon de procéder aux mises aux normes nécessaires parce qu’il désirait fermer cette usine, est clairement mis en cause par les témoignages recueillis dans le documentaire. On y voit notamment des ouvriers expliquer qu’ils devaient chaque jour éteindre eux-même de petits incendies se déclenchant près de leurs postes de travail. Le jour du drame, les extincteurs étaient vide et le système de sécurité automatique ne s’est pas déclenché, permettant au feu de se généraliser et de provoquer une explosion importante. En plus des ouvriers, Calopresti donne également la parole aux familles des victimes, à la fois pour nous les rendre plus proches et montrer les conséquences directes de l’accident. Le film manque parfois de retenue dans sa manière de filmer les parents éplorés, cédant à la tentation de l’émotion à tout prix, mais a le mérite de poser le problème. Comme le disaient les tracts distribués par les manifestants après la séance, il y aurait eu 826 312 accidents et 1160 décès sur des lieux de travail en Italie en 2007. 

 Pour la projection de We de Huang Wenhai, point de manifestants ni de tracts, mais juste une indifférence même pas polie. Les spectateurs sont partis un à un en découvrant à l’écran quelques intellectuels chinois tentant (en vain) de créer dans leur pays un groupe d’étude sur les réformes politiques nécessaires. Les témoignages terrifiants d’ancients opposants ayant connu la torture et l’internement n’ont pas ému les festivaliers qui semblaient dire en quittant la salle : “encore la Chine ? Mais les Jeux olympiques sont finis !” Il y avait pourtant de quoi se passionner pour les échanges de cette poignée d’individus tentant de résister dans un pays où toute résistance est systématiquement brisée. Plus encore, ces hommes gardant l’espoir, envers et contre tout, qu’un jour les Droits de l’Homme auraient un sens dans leur pays, méritaient au moins un peu de respect et de soutien… sans compter le réalisateur, dont on se demande comment il a pu sortir ces images de Chine.

Rome fait aussi son festival

Posté par MpM, le 23 août 2008

rome07.jpgAlors que tous les yeux sont tournés vers la Mostra de Venise, qui ouvre ses portes la semaine prochaine, le Festival de Rome a déjà commencé son travail de teasing. On sait ainsi que sa 3e édition se tiendra du 22 au 31 octobre et devrait accueillir Al Pacino (dans le cadre d’une rétrospective et afin de recevoir au nom de l’Actor’s studio le prestigieux prix Marc’Aurelio Acting pour l’ensemble de sa carrière), Michael Cimino (qui présentera un montage inédit des plus belles séquences de danse dans ses films) et David Cronenberg (accompagnant son exposition multimédia “Chromosomes”). Autre invitée d’honneur : Gina Lollobrigida qui recevra un prix pour sa contribution au cinéma italien.

Côté films, seront présentés toutes sections confondues La duchesse de Saul Dibb (avec Keira Knightley et Ralph Fiennes), The Baader-Meinhof Complex d’Uli Edel (avec Bruno Ganz et Alexandra Maria Lara), Un barrage contre le Pacifique de Rithy Panh (avec Isabelle Huppert et Gaspard Ulliel, d’après Marguerite Duras), Lol de Lisa Azuelos (avec Sophie Marceau) ou encore Bob Marley: Exodus 77 d’Anthony Wall sur la vie de Bob Marley. L

Le Brésil sera également à l’honneur au travers d’un “focus” sur une dizaine de films inédits et ce sera la première mondiale de Huit, un film collectif où huit personnalités (Jane Campion, Gael García Bernal, Jan Kounen, Mira Nair, Gaspar Noé, Abderrahmane Sissako, Gus Van Sant et Wim Wenders) livrent leur vision des huit objectifs définis par les Nations Unies en 2000 pour créer un monde sans pauvreté.

Avec Monica Bellucci en ouverture (L’uomo che ama) et un autre film italien en clôture, L’ultimo Pulcinello, le Festival de Rome cherche à amadouer son nouveau maire, ultra-nationaliste et jugé démagogue.

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crédit photo : Photos sur le mur d’un restaurant du Trastevere, avec Monica Bellucci en premier plan (c) vincy thomas