Primé à Venise, Ziad Doueiri sous la menace d’une condamnation au Liban

Posté par vincy, le 11 septembre 2017

Le réalisateur franco-libanais Ziad Doueiri, ancien assistant de Quentin Tarantino, vit sans doute son plus étrange week-end. Samedi soir, son dernier film, L'insulte, coproduit par Julie Gayet, a été distingué à Venise avec le prix d'interprétation masculine pour l'acteur palestinien Kamel El Basha. Il revient au Liban dimanche, auréolé de ce prix prestigieux pour le cinéma de son pays. Et en fait il est arrêté à l'aéroport...

Durant deux heures et demi, il est interrogé. On lui confisque ses passeports français et libanais. Ziad Doueiri apprend alors qu'il doit "comparaître [lundi] à neuf heures du matin devant un tribunal militaire pour une investigation concernant un chef d'accusation" qu'il ignore.

Selon le quotidien libanais L’Orient le jour, le réalisateur, après trois heures au tribunal militaire de Beyrouth ce lundi, a bénéficié d’un non-lieu: le juge en charge de l’affaire ayant estimé que les faits étaient prescrits.

Le réalisateur "était accusé d'avoir violé l'article 285 du code pénal libanais qui interdit toute visite en territoire ennemi sans autorisation préalable" des autorités libanaises, a précisé son avocat Najib Lyan au quotidien. Cela concernait son film L'attentat, récompensé à San Sebastian, Marrakech et Istanbul.

En effet, pendant qu'il était en Italie, des journalistes et militants libanais ont lancé une polémique, en réclamant de sa part des excuses pour avoir tourné en Israël une partie de L'attentat, son avant-dernier film. Pour certains, il s'agissait de trahison, d'autres l'accusaient d'acter une "normalisation" des relations avec le territoire voisin ennemi (les frontières entre les deux pays sont fermées). Le film avait d'ailleurs été interdit au Liban en 2013 à sa sortie, parce que le cinéaste avait tourné partiellement en Israël avec quelques acteurs israéliens.

"Les gens qui me combattent essaient d'empêcher la diffusion de mon nouveau film L'insulte. Mais j'ai été longuement interrogé et la justice a constaté que je n'avais aucune intention criminelle vis-à-vis de la cause palestinienne" a expliqué le réalisateur après sa matinée au Tribunal. Profondément blessé, il a ajouté: "Des membres de ma famille sont morts en défendant la cause palestinienne".

Délit d'entrée sur le territoire d'un pays ennemi

Cependant tout n'est pas terminé puisque le juge a expliqué qu'il était "possible que l'affaire soit déférée devant un tribunal militaire, pour un délit d'entrée sur le territoire d'un pays ennemi sans autorisation préalable". Un délit passible d'une peine d'emprisonnement d'au moins un an au regard du droit libanais.

La coproductrice Julie Gayet a réagit dans les colonnes du Figaro: "Nous sommes tous choqués et dénonçons cette absurdité, qui n'est qu'une intimidation. C'est un prétexte absurde et moyenâgeux qui fait surface la veille de la sortie de son film à Beyrouth. Tout ceci est complètement fou, surtout quand on sait que L'insulte est un film qui prône la discussion, la paix et l'importance de s'ouvrir." L'Union nationale des critiques de films (SNCCI), et la Semaine de la critique de Venise, apportant leur soutien au réalisateur, ont aussi évoqué un "inacceptable acte d’intimidation" et un "intolérable abus de pouvoir".

L'insulte doit être présenté en avant-première nationale mardi. Il doit être aussi présenté aux festivals de Telluride et Toronto. Il était jusqu'à présent le candidat officiel pour les Oscars 2018.

Le Liban prive Wonder Woman de sortie

Posté par wyzman, le 1 juin 2017

Il y a quelques heures, le site américain Deadline a officialisé la nouvelle : Wonder Woman est interdit de sortie au Liban. Une information que l'exploitant Grand Cinemas n'a pas manqué de relayer fièrement via son compte Twitter.

Officiellement en guerre contre Israël, une partie du Liban reproche au film d'être porté par une actrice, Gal Gadot, qui a été instructrice dans l'armée israélienne, à la suite de son service militaire obligatoire. Si le Liban continue d'interdire à ses citoyens de voyager en Israël et d'être proche d'Israéliens, cette interdiction semble un peu arbitraire puisque Fast Five et Fast and Furious 6 (deux films dans lesquels Gal Gadot joue l'un des rôles-titres) sont sortis au Liban…

Émanant d'un comité de six membres en lien avec le ministère de l'Economie et validée par le ministère de l'Intérieur qui veut lutter contre le "terrorisme culturel", Deadline rappelle que cette interdiction n'a pas eu de réponse de la part de Warner Bros. Pour l'instant. Et cela n'empêchera pas le film de sortir aux Etats-Unis demain et d'y faire un carton puisqu'il devrait en effet y rapporter 100 millions de dollars ce week-end !

En attendant, Israël est particulièrement fier de voir l'une de ses enfants à la tête de ce qui pourrait être le blockbuster de ce été. Variety insiste par ailleurs sur le fait que presque partout en Israël, Wonder Woman s'affiche en grand et que l'on a désormais coutume de dire que "seule Gal Gadot amènera la paix".

Pour rappel, Wonder Woman sort le mercredi 7 juillet en France.

Entre les frontières: les infiltrés prennent la parole

Posté par vincy, le 11 janvier 2017

Les murs se construisent partout: en Inde, aux Etats-Unis, en Hongrie, au Maroc, au Brésil, en Turquie, en Iran... Et en Israël. Avi Mograbi signe un documentaire percutant sur les immigrés clandestins venus d'Afrique, attendant d'avoir le statut de réfugiés en Israël. Ils sont parqués dans des camps (un comble quand on y pense de la part de l'Etat israélien), entassés en plein désert par centaines. Israël veut les renvoyer chez eux, dans leurs dictateurs ou pays en guerre. Finalement, Entre les frontières pourrait être filmé dans de nombreux pays. Le camp de Holot regroupe des "infiltrés" installés depuiz plusieurs années. Ils ont le droit de travailler, de se déplacer hors-les-murs, mais doivent revenir à chacun des trois appels de la journée.

"L’idée du film m’est venue lorsque j’ai entendu parler de l’histoire d’un groupe de vingt-et-un Érythréens, attrapés à la frontière, et qui avait été refoulés dans le désert égyptien, à l’exception de deux femmes et d’un adolescent qui avaient pu entrer en Israël", se souvient le réalisateur. "Cela m’a particulièrement choqué, parce que je me suis souvenu qu’à l’école, on m’avait appris, comme à tous les petits Israéliens, la façon dont la Suisse avait traité les Juifs arrivant d’Allemagne ou de France. On ne leur a pas accordé l’asile au prétexte que la persécution pour des motifs raciaux ou religieux n’était pas, alors, reconnue. Que ceux qui ont survécu à un tel rejet avant de fonder Israël rejettent aujourd’hui des humains comme leurs parents ou leurs grands-parents ont été rejetés me paraît incroyable".

Sa caméra s'installe ainsi au plus près de ces hommes, désespérés, incompris, mais résolus à ne pas revenir dans leur pays d'origine. "A Tel Aviv, il y a des gens qui disent "on ne veut pas de noirs"" explique l'un d'entre eux. Le cinéaste donne la parole aux exclus. Une seule fois, le réalisateur ose un doute :" des blancs seraient-ils traités pareil en Erythrée?"

Théâtre de l'opprimé

Un texte vient nous appeler les moyens déployés par Israël pour s'en débarrasser: l'objectif notamment législatif est d'inciter ces immigrants à partir d'eux-mêmes puisqu'ils ne sont pas expulsables selon les conventions internationales. Ils s'habituent, parfois se révoltent, vivent leur quotidien. Mais ici, rappelons-le, ce camp se situe dans une démocratie. Certes habitée par des racistes, des hypocrites, des populistes. Mais cela n'explique pas et ne justifie pas les conditions imposées à ces Africains fuyant l'horreur ou la famine.

Pour le film, Avi Mograbi a reproduit le Théâtre de l'opprimé, créé par le Brésilien Augusto Boal dans les années 1970. Avec Chen Alon, ils ont repris cette démarche où une troupe de marginaux ou d'opprimés interprète leur vie. Plutôt que de filmer leur longue migration et leurs multiples privations, le théâtre improvisé entre amateurs devient alors une réplique de leur parcours et de leur calvaire, depuis leur pays d'origine jusque dans les camps. Ces séquences donnent de la vie et de la poésie dans un film essentiellement basé sur le témoignage.

Entre les frontières est un joli réquisitoire contre ces No Man's Land choquants que des pays libres construisent pour mettre à l'écart des êtres. Un No Man's Land peuplé de parias. Le documentaire peut réveiller des consciences assoupies, révolter des humanistes incrédules, interpeller des spectateurs ignorants. C'est déjà ça. Il faudra quand même s'interroger sur cette époque où les capitaux et les armes circulent si facilement d'un pays à l'autre pendant que des Hommes voulant échapper à la mort ou à la misère sont jetés aux oubliettes ou traités comme un bétail en quarantaine.

Eran Kolirin adaptera « Et il y eut un matin » de Sayed Kashua

Posté par vincy, le 20 août 2016

Le cinéaste israélien Eran Kolirin (La Visite de la fanfare, Beyond the Mountains and Hills, The Exchange) va adapter le roman tragicomique de Sayed Kashua, Et il y eut un matin, paru il y a dix ans en France.

Le livre raconte l'histoire d'un journaliste arabe israélien qui est contraint de retourner vivre dans le village de son enfance, en Galilée. Le repos qu'il pensait y trouver, loin des absurdités qu'il rencontrait à Jérusalem, n'est qu'illusoire. Il est en perpétuel décalage dans la société de ses parents. Où qu'il soit il est confronté à ce dilemme: être Palestinien avec la citoyenneté israélienne.

Le tournage aura lieu au début de l'année 2017. Pour les besoins du film, le personnage du journaliste deviendra un comptable.

Sayed Kashua avait scénarisé l'adaptation de son roman Les Arabes dansent aussi, réintitulé Mon fils, et réalisé par Eran Riklis,

Une rétrospective en hommage à Ronit Elkabetz

Posté par vincy, le 24 mai 2016

Du 25 au 31 mai, le Cinéma L'Arlequin (Paris 6e) organise une rétrospective-hommage à l'actrice et réalisatrice israélienne, Ronit Elkabetz, disparue le 19 avril dernier.

Au programme, les films qu'elle a réalisé avec Schlomi Elkabetz (Prendre femme, en présence de Gilbert Melki et Simon Abkarian, Les sept jours et Le procès de Viviane Amsalem) mais évidemment, aussi, les films dans lesquels elle imposait sa présence charismatique et sa voix à nulle autre pareil: Edut, Les mains libres, en présence de Brigitte Sy, Alila, en présence de Amos Gitai, Zion et ses frères, Origine contrôlée, Mariage tardif, Invisible, Le prédestiné, en présence de Dani Wachsmann, Sion, en présence de Joseph Dadoune, Sh'Chur, Eddie King, Cendres et sang, en présence de Fanny Ardant, La cicatrice, Tête de turc, en présence de Pascal Elbé, Mon trésor et Jaffa, en présence de Keren Yedaya, La fille du RER, et Mabul.

A cette liste s'ajoute La visite de la fanfare, de Eran Kolirin, qui viendra accompagner la projection. Son dernier film, Au de la des montagnes et des collines, a été présenté à Cannes dans la section Un certain regard. Il avait, lors de l'avant-première cannoise, dédié la projection à Ronit Elkabetz. Le film lui est aussi dédié, avec une dédicace en début de générique de fin.

Ronit Elkabetz s’est éteinte (1964-2016)

Posté par vincy, le 19 avril 2016

L'actrice israélienne Ronit Elkabetz, sans aucun doute la plus connue des actrices du cinéma israélien à l'étranger, est décédée mardi matin à l'âge de 51 ans des suites d'un cancer, a indiqué son agent.

Actrice, mais aussi scénariste et réalisatrice, elle partageait son temps entre Israël et la France où elle avait joué notamment dans le film La Fille du RER d'André Téchiné, Cendres et sang de Fanny Ardant, Tête de turc de Pascal Elbé ou encore Les Mains libres de Brigitte Sy.

Elle avait réussi à incarner le cinéma israélien, avec exigence, audace, générosité, en jouant avec les cinéastes les plus réputés de son pays: Amos Gitai, Keren Yedaya, Eran Kolirin, ...

Elle coréalisé trois films avec son frère, Schlomi. Le dernier, Gett, le procès de Viviane Amsalem, présenté à Cannes, avait été nominé dans la catégorie film étranger pour les Golden Globes 2015. Auparavant, ils avaient tourné Prendre femme et Les Sept jours.

Un projet sur la Callas

Née en 1964 dans le sud d'Israël de parents juifs marocains d'origine modeste, la comédienne n'avait jamais pris de cours. Sa beauté ne laissait pas indifférent, tout comme sa voix aussi inoubliable que celle d'une Fanny Ardant, sa capacité à incarner la tragédie et les écorchées, et son jeu qui maintenait la bonne distance tout en explorant les nuances des drames qu'elle interprétait. Visage pâle, cheveux noirs et les yeux toujours soulignés de khôl, qui regarde de face, intensément. Elle aimait les femmes fortes ou larguées à la dérive, les émotions poignantes ou les sentiments excessifs. Fille d'émigrés juifs religieux du Sud du Maroc, elle a ainsi été prostituée, transsexuelle, femme libre, mère aimante. Ses propres films abordent la mémoire et le deuil. Et ses positions engagées politiquement la mettent du côté des critiques d'Israël. Elle revendiquait des films qui servaient l'émancipation des femmes, préférant la difficulté et le sang, déranger et choquer, plutôt que de jouer les premiers rôles de films populaires. Il y avait chez elle un air de Callas, de Sarah Bernhardt, de ces égéries méridionales qui sombrent dans la folie.

La Callas, justement, cette femme qui renaissait toujours de ses cendres, était l'objet de son prochain film, consacré à la dernière année de la vie de la cantatrice. Un film sur une femme qui refusait de mourir.

"Si le cinéma israélien est aussi riche, qu'on en voit autant tous les ans à Cannes, ça lui doit beaucoup", assure pour sa part à l'AFP Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la critique, la sélection parallèle du Festival de Cannes dont Ronit Elkabetz avait présidé le jury l'an dernier

Elle a reçu plusieurs fois le prix de la meilleure actrices aux Ophirs (les Oscars israéliens) en plus de nombreux prix pour son interprétation dans différents festivals grâce à des films tels Mariage tardif, Mon trésor ou La visite de la fanfare.

Cannes 2014 : qui est Keren Yedaya ?

Posté par MpM, le 16 mai 2014

keren yedaya

LE COEUR DES FEMMES

Son premier long métrage fut un coup de poing : Mon Trésor, présenté à Cannes en 2004, raconte la relation subtilement inversée entre une fille prématurément adulte et sa mère immature qui se prostitue. Sa réalisation épurée (de longs plans séquence, un montage simple, pas de musique) et la manière dont elle mêle tragédie intime et drame social bouleversent le jury de Tim Roth, qui lui décerne la Caméra d’or du meilleur premier film.

Keren Yedaya, cinéaste israélienne née en 1972 aux Etats-Unis, fait ainsi une entrée fracassante sur la scène internationale. Elle-même n'est pas dupe de ce succès fulgurant, dont elle prend en quelque sorte le contre-pied. En 2005, elle déclare à Reverse Shot, mi-modeste, mi-provocatrice : "entre nous, je trouve que mon propre succès est ridicule. Lorsque vous voyez mes films, ce n'est pas difficile de remarquer que je ne sais pas comment bouger la caméra. J'ai seulement de la chance, parce que les gens ne prennent pas le cinéma suffisamment au sérieux et ne sont pas capables de voir que mes capacités cinématographiques ne dépassent pas celles d'un étudiant en première année. Je ne sais pas vraiment comment connecter un plan à un autre, comment cadrer un personnage qui va de gauche à droite, etc. Il y a tant de choses que je veux encore apprendre !"

La jeune femme, qui a fait des études à l’école d’art Camera Obscura de Tel Aviv, n'est pourtant pas tout à fait une néophyte. Elle a tourné son premier court métrage, Elinor, en 1994. Elle y suivait une conscrite israélienne dans l’armée. Son film suivant, Lulu (1998), abordait la prostitution en Israël, et lui permet d'être remarquée au niveau international.

En 2001, elle vient à Paris à l'invitation du producteur français Emmanuel Agneray. Elle y tourne Les dessous, sur un magasin de lingerie féminine. La même année, le Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier lui offre un soutien financier pour tourner son premier long métrage. Ce sera donc Mon trésor, œuvre éminemment politique qui résume les préoccupations de son auteur.

"La société sacrifie les hommes pour qu’ils deviennent des "soldats" et sacrifie les femmes pour qu’elles deviennent des "putes". Le corps de la femme devient une "récompense" pour les soldats – une compensation du fait qu'ils acceptent de mourir pour rien" déclare-t-elle dans le dossier de presse du film. "Il est évident que cela reflète une réalité, tant en Israël qu'en Palestine. Dans cette situation violente d’occupation et de guerre, la société a besoin d’une distribution des rôles poussée à l’extrême. Mais cette répartition des rôles existe à une plus ou moins grande échelle dans toute société."

Engagée, féministe, activiste politique, Keren Yedaya assume tous les qualificatifs. "Ces deux dernières années, les deux sujets les plus sensibles pour moi ont été la prostitution et la lutte contre l’occupation des territoires palestiniens", explique-t-elle. La réalisatrice ne cache en effet pas son hostilité à la politique israélienne en Palestine (elle a participé à de nombreux mouvements de protestation) et accuse son pays de réduire en "esclavage trois millions de Palestiniens".

Son deuxième long métrage, Jaffa, s’inspire directement de ce combat. Là encore, l’intime de la cellule familiale trahit les maux d’une société incapable de vivre ensemble : son jeune héros, Toufik, un Arabe israélien, vit un amour impossible avec Mali, une jeune fille juive de Jaffa. Leur relation et les événements qui en découlent montrent la complexité d’une situation où tout dialogue est rompu et où les peurs et les haines ancestrales se perpétuent sans même qu’on en ait conscience.

Moins réussi que le précédent, le film mélange un profond pessimisme avec une petite pointe d’espoir : avec du temps, de l’éducation et de la bonne volonté, quelque chose de beau peut encore arriver, suggérait alors la réalisatrice. Le pense-t-elle encore aujourd'hui ?

Sa présence sur la Croisette avec Loin de mon père (projeté à Un Certain Regard) devrait permettre d'aborder la question. La 3e sélection de Keren Yedaya à Cannes (en trois films, c’est assurément une bonne moyenne) sera en effet l'une des nombreuses occasions offertes par cette 67e édition pour réintroduire du politique sur la Croisette.

Rencontres Henri Langlois 2013 : la Palestine, le Liban et Israël dans un focus commun

Posté par MpM, le 5 décembre 2013

rencontres henri langlois 2013En organisant un focus autour du cinéma de l'est du bassin méditerranéen, les organisateurs des Rencontres Henri Langlois ont pris le risque de voir politique et diplomatie s'inviter dans leur manifestation, puisque ce sont des écoles de Palestine, du Liban et d'Israël qui ont été invitées à présenter leurs travaux à Poitiers.

Hormis une réaction épidermique (et isolée) du Comité poitevin France-Palestine, qui a appelé au boycott des Rencontres, l'initiative a été extrêmement bien accueillie par les principaux intéressés, à savoir les écoles représentées et les réalisateurs invités comme Raed Andoni (Fix me), Hiam Abass (Héritage) ou encore Danielle Arbid (Dans les champs de bataille).

Pour le grand public, c'est surtout une perspective passionnante sur la manière dont l'Histoire et le contexte géopolitique influent directement sur les préoccupations des jeunes cinéastes de la région. Ainsi, comme le souligne Gassam Koteit, directeur adjoint de l’Académie libanaise des Beaux-arts (ALBA) : "les questionnements sont les mêmes des deux côtés".

L'occupation israélienne est ainsi lebanontape1aux centres des films présentés par l'ALBA : familles séparées, enfants ostracisés parce que leur père a coopéré avec l'armée israélienne, étrangers perçus comme de possibles espions israéliens...

Ce qui n'empêche pas un certain recul, voire une bonne dose d'humour. Ainsi, Lebanon: tape 1 qui raconte les étranges relations entre une journaliste française et son équipe technique libanaise. La jeune femme aligne les clichés sur le pays tandis que les deux hommes la traitent d'abord en touriste sexy, puis en ennemie potentielle. Volontairement décalé, le film caricature gentiment à la fois le regard que portent les autres nations sur le Liban, et les mécanismes de méfiance de ses habitants.

space the alleysLe ton est plus sérieux, voire tragique, dans les films des trois écoles palestiniennes Dar al-Kalima College de Bethlehem, Media Development Center de la Birzeit University et Institute of Modern media de l'Université Al Qods.

Il s'agit principalement de documentaires qui donnent la parole à des réfugiés palestiniens, à des familles qui ont été contraintes de détruire leur propre maison, ou encore à des jeunes qui s'opposent à l'occupation israélienne en pratiquant le "parkour", un sport d'acrobaties urbain. Ce dernier film, intitulé Space the alleys, et réalisé par Mohammed Al Fateh, mêle les vues spectaculaires des acrobaties aériennes des personnages à l'utopie d'un mouvement de résistance non violent susceptible d'attirer l'attention sur le sort réservé à ses pratiquants, souvent arrêtés arbitrairement, et parfois même assignés à résidence.

On est également extrêmement touché par le portrait sensible de Naser, jeune homme handicapé qui se démène pour gagner sa vie dignement. Le regard porté sur lui par le réalisateur Ma'moon Al-Herimi semble comme l'éclairer de l'intérieur, donnant à ce simple destin individuel une portée humaine universelle.

Enfin, impossible de ne pas être captivé women of refaiyapar le programme spécial "Water" proposé par le département film et télévision de l’Université de Tel Aviv. Ce projet, dont les neuf films (documentaires et fictions) seront projetés vendredi 6 décembre à Poitiers, regroupe des réalisateurs israéliens et palestiniens autour de la thématique commune de l'eau.

Il s'inscrit dans un ensemble plus vaste qui permet à des réalisateurs des deux pays de travailler sur des projets communs, au-delà de toute considération purement politique. Ce qui constitue au final la meilleure réponse à ceux qui s'accrochent à une vision volontairement manichéenne de la situation israélo-palestinienne.

Rencontres Henri Langlois 2013 : voyage à l’Est du bassin méditerranéen, compétition internationale et leçon de cinéma sur la production

Posté par MpM, le 11 octobre 2013

rencontres henri langlois 2013A l'Est, que du nouveau ! Pour sa 36e édition, le festival international des écoles de cinéma explore les cinématographies du Liban, d’Israël et de Palestine, en présence notamment de Hiam Abbas (Les Citronniers, Héritage...), Raed Andoni (Fix me), Khalil Joreige (The Lebanese Rocket Society, Perfect Day) et Nadav Lapid (Le Policier).

Côté compétition, 45 films (sur les 1424 reçus) venus de 21 pays et 34 écoles ont séduit cette année les membres du comité de sélection. Qu'ils viennent d'Estonie ou du Brésil, de Norvège ou de Turquie, on leur souhaite une carrière à la hauteur de certains de leurs illustres prédécesseurs !

L'an passé, on avait ainsi été bluffé par la mise en scène au cordeau de l'envoûtant Pude ver un puma d'Eduardo Williams ou encore par le ton étonnamment libre et décalé de La Sole, entre l'eau et le sable d'Angèle Chiodo, vrai faux documentaire mêlant animation et prises de vue réelle. Or les deux cinéastes ont à nouveau fait parler d'eux en 2013, le premier avec Que je tombe tout le temps, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, et la seconde avec son nouveau court métrage, Les chiens.

Tous ces jeunes cinéastes sont sur la voie d'auteurs aujourd'hui reconnus comme Andreas Dresen (Septième ciel), Joachim Trier (Oslo, 31 août), Na Hong-Jin (The Murderer) ou encore Pascale Ferran (Lady Chatterley), qui sont eux-aussi passés par les Rencontres Henri Langlois.

Pour compléter ce programme déjà bien rempli, la traditionnelle Leçon de cinéma sera consacrée aux rouages de la production, avec la complicité de la productrice Anne-Dominique Toussaint (Alceste à bicyclette, Le Hérisson, Les Beaux gosses, Respiro...). Plusieurs séances spéciales (dont une consacrée à la Comédie musicale), des avant-premières (dont Jacky au royaume des filles de Ryad Sattouf) et une carte blanche à La Mouette à 3 Queues (collectif d'artistes multidisciplinaires) sont également prévues, sans oublier les incontournables rencontres entre le public et les réalisateurs.

Comme tous les ans depuis 2007, Ecran Noir est fier d'être partenaire de ces Rencontres qui portent si bien leur nom, et vous en fera vivre les principaux temps forts du 29 novembre au 8 décembre.

Festival de Lecce : le cinéma européen à l’honneur

Posté par redaction, le 8 avril 2013

LecceLe festival de Lecce (Italie), qui se tient du 8 au 13 avril 2013, met chaque année le cinéma européen à l'honneur. Pour sa 14e édition, il propose ainsi une compétition de dix longs métrages venus de tout le continent ainsi que plusieurs rétrospectives.

Parmi les films en compétition pour "l'olive d'or", on retrouve notamment Trois mondes de Catherine Corsini (présenté à Un certain regard en Cannes en 2012), Rêve et silence de Jaime Rosales, The almost man de Martin Lund ou encore Ships de El?f Ref??.

Trois personnalités sont par ailleurs à l'honneur : le réalisateur finlandais Aki Kaurismaki (L'homme sans passé, Au loin s'en vont les nuages, Le havre...), l'actrice italienne Francesca Neri (En chair et en os, Dommage collatéral, La felicita...) et l'acteur, réalisateur et scénariste italien Fernando di Leo (Roses rouges pour le fuhrer, Les Insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock, Pour une poignée de dollars...)

En parallèle, le focus sur le cinéma méditerranéen met l'accent sur Israël avec 5 longs métrages, 5 courts et 5 documentaires.

Enfin, une table ronde sur le cinéma européen : "créativité et rentabilité" est également organisée.

Ecran Noir sera à Lecce pendant toute la durée du festival et vous le fera vivre de l'intérieur, grâce à notre collaboratrice MpM, membre du jury FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique).