Quelques jours de répit : une parenthèse enchantée

Posté par Sarah, le 26 avril 2011

quelques jours de répit« - Si le train n’avait pas eu de retard, tu m'aurais attendu ?
- J'serais parti, les pédés comme toi, comme moi, en Iran, ils sont pendus. J'avais pas envie de mourir comme ça
. »

L'histoire : Deux hommes qui s’aiment et qui, pour vivre librement leur homosexualité, ont fui leur pays, la République Islamique d’Iran, et arrivent clandestinement en France ; une femme d’un certain âge qui n’attend plus rien de la vie. Une rencontre qui va bouleverser leurs destins…

Notre avis : Quelques jours de répit est un « petit » film comme il n’en existe sûrement pas assez, qui raconte énormément de choses en toute simplicité. Petit film car le réalisateur Amor Hakkar avait très peu de moyens : une équipe réduite avec trois acteurs principaux, un budget limité et une seule semaine de tournage. Mais la richesse de son propos n'en a pas été affectée. On suit deux Iraniens homosexuels qui quittent leur pays pour la France, car chez eux ils risquent la peine de mort. Ils atterrissent dans le Jura, à Saint-Claude, mais étant sans papiers, ils veulent absolument rejoindre la capitale où ils pourront se fondre dans la foule anonyme. Une rencontre avec une locale, Yolande, interprété par la grande Marina Vlady, va les pousser à rester et ils vont vivre quelques jours de répit.

Amor Hakkar, qui joue aussi le rôle d'Hossein, fait passer beaucoup d'émotion avec peu de mots et une histoire assez simple sur le fond. En effet, il aborde plusieurs sujets tabous. Deux hommes qui s'aiment, ce qui est encore jugé comme un crime dans certains pays, et qui optent pour la fuite comme seule alternative à la mort. C'est dans cette petite ville de montagne qu'Hossein et Samir (joué par Samir Guesmi) vont trouver refuge, un peu par hasard. Le deuxième sujet tabou reste que l'amour non plus n'a pas d'âge. Yolande a une soixantaine d'années et elle va elle aussi reprendre goût à la vie à travers son amours pour Hossein. Enfin, le film aborde fondamentalement le thème de la solitude (des personnes âgées, des ruraux, des femmes seules) qui est rarement traité au cinéma avec une telle sensibilité.

Après son deuxième long-métrage, La maison jaune, Amor Hakkar a su trouver le ton juste pour aborder toutes ces thématiques « lourdes » sans pour autant plomber le spectateur ni la mise en scène. Il a d'ailleurs su convaincre car le film a été sélectionné au Festival américain de films indépendants Sundance et pour le Movie that Matters festival.

Il est vrai qu'on se sent touché par la poésie et la retenue du film. La rareté des dialogues est compensée par le surréalisme de certaines scènes comme lorsqu’une pianiste donne un concert dans un village désert. La bande-son est très importante aussi, réalisée par Joseph Macera, les chansons sont belles et les paroles cruellement justes. Mais au fond, tout passe par le regard et les gestes des personnages. Même si la gravité ne lâche jamais le film, cette histoire d'amour, cette pause dans ce village, est ce qui pouvait arriver de mieux à ces trois personnages. Au fond, Amor Hakkar nous dit aussi que les petits hasards sont peut-être ceux qui comptent le plus dans une vie.

Les Chats persans en librairie

Posté par vincy, le 16 avril 2011

Le 28 avril, les éditions Florent Massot publieront le livre Les Chats persans, d'Ashkan Kooshanejad et Negar Shaghaghi. C'est la première fois que l'ouvrage est traduit à l'étranger. Les deux acteurs du film éponyme sont aussi les auteurs du livre. Ils reviennent sur leur enfance à Téhéran, leur rencontre et leur amour risqué de la musique en Iran, ainsi que leur exil à Londres.

Deux ans après avoir enthousiasmé le Festival de Cannes - le film était présenté à Un Certain regard  où il a remporté le prix spécial du jury - les membre du groupe The Yellow Dogs continuent de raconter leur histoire pour ne pas oublier que la répression et la censure sont toujours d'actualité en Iran.

Jafar Panahi refuse l’exil : « Ma place est ici »

Posté par MpM, le 8 mars 2011

liberté pour jafar panahiDans un entretien accordé à la revue française La Règle du Jeu, le cinéaste iranien Jafar Panahi a formellement exclu de quitter l'Iran malgré les lourdes peines auxquelles il a été condamné. "Je suis sûr qu'ils [les autorités] fermeraient les yeux sur mon départ mais je ne le ferai pas. Ma place est ici", a-t-il déclaré à Jean-Louis Martinelli, le directeur du Théâtre français des Amandiers. "En tant que cinéaste, je veux et je dois filmer l'Iran et les Iraniens dont je connais la façon de penser."

Il reconnaît pourtant vivre "la pire des situations" puisqu'il est assigné à résidence et peut à tout moment être emprisonné. "Que je le veuille ou non", ajoute-t-il, "je suis devenu malgré moi un symbole. Si je partais, tout le sens de mon travail serait perdu et je laisserais dans le désarroi tous ceux qui, ici, mènent un combat pour que la vie change". De la même manière, le cinéaste refuse par avance tout acte de repentance.

Jafar Panahi est toujours dans l'attente d'une décision de justice suite à sa condamnation à six années de prison et vingt années d'interdiction de travailler. Jusque-là, on supposait qu'il avait été arrêté à cause d'un film qu'il projetait de tourner sur les manifestations contre le régime lors de la présidentielle de 2009, mais le cinéaste lui-même donne une autre explication : "Ma condamnation a été établie à partir de mes propos. Au motif que j'étais en contact avec des personnes opposées au régime et que je pouvais donc être considéré comme un activiste dangereux", explique-t-il.

Depuis plus d'un an, artistes, médias, festivals et simples particuliers se mobilisent à travers le monde pour que la justice iranienne abandonne toutes charges contre lui, aussi lance-t-il un vibrant appel pour que cette mobilisation continue  : "Parlez, écrivez, témoignez de la façon dont vous pouvez et souhaitez le faire, c'est une des conditions de ma survie (...) Ma situation ne peut pas être plus difficile. Le silence, c'est la mort".

Jafar Panahi : Paris, Berlin, Cannes…

Posté par vincy, le 12 février 2011

liberté pour jafar panahi

Paris

Le monde du cinéma se mobilise toujours en soutien à Jafar Panahi et Mohammad Rasoulov, les deux cinéastes incarcérés par le régime iranien et interdits d'exercer leur profession pour 20 ans. Vendredi, à Paris, une centaine de personnes (réalisateurs, acteurs, producteurs et autres professionnels du cinéma) s'est réunie entre 12h30 et 14h devant la Cinémathèque Française (voir aussi actualité du 11 février). À deux voix, Golshifteh Farahani et Aïssa Maïga ont lu en Persan et en Français la lettre adressée au Festival de Berlin par Jafar Panahi.
"Je souhaite que mes confrères des quatre coins du monde réalisent de grands films de sorte que, lorsque je sortirai de prison, je sois inspiré pour continuer à vivre dans le monde qu'ils ont rêvé dans leurs films", a écrit Jafar Panahi. "Je me soumets à la réalité de la captivité et des geôliers. Je chercherai la manifestation de mes rêves dans vos films. J'espère y retrouver ce dont on m'a dépossédé".

Dans le public on pouvait croiser Léa Drucker, Laurent Tuel, Solveig Anspach, Bertrand Bonello, Alain Riou, Claire Simon... L'initiative a été soutenue par de nombreuses personnalités comme Mathieu Amalric, Renato Berta, Annie Ernaux, Romain Goupil, Cédric Kahn, Nicolas Klotz,Tonie Marshall, Chiara Mastroianni, Annie Maurette, Bulle Ogier, Nicolas Philibert, Michelange Quay, Agnes Varda, ...

Le 11 février, "journée de soutien", avait été choisi comme date symbolique et historique pour l'Iran, puisqu'il correspond au 32è anniversaire de la Révolution.

Berlin

Le Festival de Berlin a décidé de suivre cet appel du 11 février en organisant une journée pour Jafar Panahi et Mohammad Rasoulov (voir aussi actualité du 20 janvier). Comme à Cannes ou à Venise, Berlin lui a rendu hommage en laissant une chaise vide parmi celles des jurés, prenant clairement position "en faveur de la liberté de l'artiste". La Berlinale avait programmé vendredi une "journée spéciale Jafar Panahi" en projetant ses oeuvres dans ses différentes sections.

"Nous espérons encore qu'il sera en mesure de venir. Nous n'avons pas abandonné. Sa présence dans un festival international est importante et il est important que nous continuions de penser à lui", a déclaré Isabella Rossellini, présidente du jury. "La liberté d'expression c'est la liberté de l'artiste. C'est ce que la Berlinale a voulu marquer en l'invitant, tout en sachant qu'il était possible qu'il ne puisse pas venir: une position claire et marquée en faveur de la liberté de l'artiste".

"Si on ne faisait plus que des films de propagande payés par les gouvernements, ce serait la mort de l'art", a ajouté l'actrice italo-américaine.

Cannes

Caméra D'Or en 1995 à Cannes pour "Le Ballon blanc", Ours d'Argent à Berlin en 2006 pour "Hors-jeu" et Lion d'Or en 2000 à Venise pour "Le Cercle", Jafar Panahi, 50 ans, honoré par tous les grands festivals de cinéma du monde, recevra aussi le Carosse d'or 2011 au prochain Festival de Cannes. La Société des réalisateurs de films qui, chaque année depuis 2002, remet le Carrosse d’Or à l’un des leurs pour « les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production », a décidé d'être « attentive à toute atteinte à la liberté d’expression et de création ». Aussi la SRF affirme soutenir le cinéaste «et tout le peuple iranien dans leur combat pour la démocratie » et vouloir « honorer tous les cinéastes iraniens qui, en exil ou dans leur pays, continuent de faire des films ».

Dixième Carosse d'or de l'histoire, il devrait être absent de la cérémonie, prévue le 12 mai à 19h, lors de la soirée d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs.

À moins que la population iranienne ne s'inspire des événements récents qui bousculent le monde arabe.

Journée de soutien à Jafar Panahi : rassemblement à la Cinémathèque française

Posté par MpM, le 11 février 2011

liberté pour jafar panahiA l'appel du réalisateur Rafi Pitts, l'industrie cinématographique est invitée à respecter un arrêt de travail aujourd'hui entre 12h30 et 14h30 en soutien aux cinéastes iraniens Jafar Panahi et Mohammad Rasoulov, condamnés à six ans de prison et vingt années d'interdiction de travail.

De nombreuses personnalités ont apporté leur soutien à cette mobilisation qui a lieu symboliquement le jour du 32e anniversaire de la révolution iranienne. A Paris, un rassemblement est prévu au même moment devant la Cinémathèque française rue de Bercy. A Berlin, cette première journée du festival est également consacrée aux deux artistes.

Dans l'attente d'une décision de justice, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof peuvent être arrêtés à tout moment, aussi est-il important de montrer aux autorités iraniennes que le sort des deux hommes importe à des milliers de personnes à travers le monde et que quoi qu'il arrive,  nous ne les oublions pas.

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Rassemblement devant la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 12e, de 12h30 à 14h30.

Rétrospective Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof à la Cinémathèque

Posté par MpM, le 1 février 2011

liberté pour jafar panahiDu 3 au 28 février 2011, la cinémathèque française diffusera un film du cinéaste iranien Jafar Panahi ou de son confrère Mohammad Rasoulof chaque jour à 18h. "Montrer leurs films, c'est une manière de les défendre et de militer en faveur de leur liberté", a estimé la Cinémathèque qui s'engage à reverser la totalité des recettes récoltées à l'Association des Amis de Jafar Panahi.

Elle est appuyée dans cette initiative par le Festival de Cannes et la SACD qui étaient également à l'origine de la pétition en faveur des deux réalisateurs iraniens signée par plus de 20 000 personnes dans le monde.

Parmi les signataires, on retrouve de nombreux cinéastes, comédiens et comédiennes, écrivains et personnalités diverses dont Francis Ford Coppola, Wong Kar-wai, David Lynch, Michael Moore, Jacques Rivette, Quentin Tarentino, Bertrand Tavernier, Apichatpong Weerasethakul, Emir Kusturica, Catherine Deneuve, Helen Mirren, Jeanne Moreau, Hanna Schygulla, Elisabeth & Robert Badinter, André Glucksmann, Patrick Modiano...

La mobilisation en faveur des deux réalisateurs condamnés à six ans de prison et vingt années d'interdiction de tourner s'intensifie à l'approche de  la décision des autorités iraniennes sur la recevabilité de leur appel. Une soirée de soutien se tient ce mardi 1er février au cinéma La Pagode tandis qu'un appel à cesser le travail le 11 février prochain a été lancé par Rafi Pitts.

Par ailleurs, le festival de Vesoul consacrera sa soirée de clôture à Jafar Panahi. Quant à la Berlinale, où le réalisateur aurait dû siéger en tant que juré, elle l'a déclaré "cinéaste du monde" et lui rendra hommage en diffusant chacun de ses films pendant le festival.  

Pourtant, en dépit de cette mobilisation unanime, l'inquiètude se fait plus lourde : après Berlin, Cannes, Vesoul, Venise... en 2010, combien de temps encore sa chaise restera-t-elle vide dans les mois et les années à venir ?

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Programmation
Le Ballon blanc - Le Miroir - Le Cercle - Sang et Or - Hors Jeu de Jafar Panahi
La Parabole et La Vie sur l’eau de Mohammad Rasoulof

Calendrier des projections sur www.cinematheque.fr

Soirée de soutien aux cinéastes iraniens condamnés

Posté par MpM, le 29 janvier 2011

liberté pour jafar panahiAlors qu'on attend d'un jour à l'autre la décision des autorités iraniennes sur la recevabilité de l'appel déposé par Jafar Panahi après avoir été condamné à six ans de prison et vingt années d'interdiction de travailler, une soirée de soutien aux trois cinéastes iraniens condamnés (Jafar Panahi bien sûr, mais aussi Mahamad Rasoulov et Mohammad Nourizad) se tiendra le 1er février au cinéma La Pagode.

De nombreux artistes (Agnès Varda, Amos Gitai, Michel Piccoli, Mohsen Makhmalbaf, Romain Goupil, Rafi Pitts...) viendront s'exprimer sur scène tandis que des messages de soutien seront lus (Vincent Lindon, Jeanne Moreau, Jean-Pierre Mocky...). Le dernier long métrage de Jafar Panahi, Hors jeu, sera également projeté.

En mai 2010, le cinéaste iranien déclarait au New York Times : "Lorsqu’un réalisateur ne fait plus de films, c’est comme s’il demeurait en prison". C'est donc une double peine qui le menace, ainsi que Mahamad Rasoulov, coupable seulement d'avoir participé au dernier projet de Jafar Panahi. Les organisateurs de cette soirée de soutien (La Règle du Jeu et le Cinéma La Pagode) veulent également médiatiser le cas de Mohammad Nourizad,  arrêté en décembre 2009 pour avoir écrit une lettre de contestation à l'Ayatollah Ali Khamenei et qui a entamé une grève de la faim en décembre 2010.

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Contacts et informations
La Pagode - Marie Durand 01 46 34 82 54 -
La Règle du Jeu - Maria De França 01 45 44 98 74 -

Berlin 2011 : un jury féminin présidé par Isabella Rossellini

Posté par MpM, le 26 janvier 2011

C'est un jury majoritairement féminin qui décernera cette année le 61e Ours d'Or.

Sous la houlette de l'actrice Isabella Rossellini, la productrice australienne Jan Chapman, l'actrice allemande Nina Hoss et la costumière britannique Sandy Powell seront en effet aux premières loges pour distinguer le meilleur film de la compétition. A leurs côtés, la superstar bollywoodienne Aamir Khan et le cinéaste canadien Guy Maddin ne seront pas en reste.

Seul le réalisateur Jafar Panahi, membre de droit de ce jury, risque de lui faire faux bond, en raison de sa condamnation à une peine de six ans de prison et vingt années d'interdiction de travailler ou quitter le territoire pour avoir voulu réaliser un film sur l'opposition au régime iranien. Le festival de Berlin a tenu à lui garder une place libre dans son plus prestigieux jury (comme l'avait fait Cannes en mai 2010) afin de "manifester son soutien au cinéaste dans son combat pour la liberté".

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Le jury

Isabella Rossellini (Italie)
Présidente

Jafar Panahi (Iran)
Jan Chapman (Australie)
Nina Hoss (Allemagne)
Aamir Khan (Inde)
Guy Maddin (Canada)
Sandy Powell (Grande Bretagne)

Berlin 2011 : le festival se mobilise pour Jafar Panahi

Posté par MpM, le 20 janvier 2011

liberté pour jafar panahiLe Festival de Berlin poursuit la mobilisation en faveur de Jafar Panahi. Après avoir invité le réalisateur iranien à faire partie du jury de son édition 2011, ce qui ne sera pas possible en raison de la condamnation qui le frappe,  les organisateurs ont annoncé que la Berlinale 2011 préparait plusieurs actions de soutien.

Ainsi, les différentes sections du festival (Panorama, Forum, Génération...) ont chacune ajouté un film de Jafar Panahi à leur programmation. La première projection aura symboliquement  lieu le 11 février, jour du 32e anniversaire de la révolution iranienne, et proposera aux festivaliers et au public de revoir Hors-jeu, ours d'argent 2006, dans le palais où a lieu la compétition officielle. D'autres projections suivront tout au long de la manifestation.

Une table ronde aura également lieu le 17 février sur le thème de la censure et de la restriction de la liberté d'expression en Iran. Plusieurs artistes iraniens seront présents, dont le réalisateur et acteur Rafi Pitts (The hunter) qui a lancé un appel à cesser le travail le 11 février prochain en soutien à ses collègues Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof (voir actualité du 4 janvier).

Au moment où artistes et intellectuels du monde entier se mobilisent pour obtenir son acquittement, Jafar Panahi est en liberté surveillée. Il a fait appel du premier jugement qui le condamnait à six ans de prison et vingt ans d'interdiction de travailler, de s'exprimer dans la presse ou encore de voyager. Alors qu'il attend la décision finale des juges, il fait l'objet bien malgré lui d'une polémique entre le pouvoir exécutif (proche d'Ahmadinejad) et le pouvoir judiciaire, détenu par les ultra-conservateurs. Esfandiar Rahim Mashaie, le chef de cabinet du président iranien, a en effet déclaré que "le jugement contre [Jafar Panahi] a été prononcé par la justice, et le gouvernement et le président ne partagent pas cet avis." Ajoutant : "nous n'approuvons pas le fait que Jafar Panahi ne puisse pas travailler pour une longue période."

Esfandiar Rahim Mashaie, un proche d'Ahmadinejad, est considéré comme la "bête noire" des plus conservateurs du régime qui l'accusent régulièrement d'être trop libéral dans ses déclarations et de ne pas assez se conformer aux dogmes islamiques en matière de culture, religion ou libertés civiles. Les deux courants se sont ainsi opposés à plusieurs reprises ces derniers mois, ce qui donne une petite idée de l'ambiance qui règne dans les hautes sphères du pouvoir en Iran... tout en rappelant que la situation politique du pays est plus complexe qu'on veut parfois le croire. Quant à savoir si cette divergence d'opinion servira la cause de Jafar Panahi... difficile à dire, tant les deux camps semblent capables de se réconcilier sur son dos.

Appel à cesser le travail le 11 février 2011 en soutien à Jafar Panahi

Posté par Le Quotidien, le 4 janvier 2011

Le cinéaste iranien Raffi Pitts a lancé un appel à cesser le travail symboliquement entre 15h et 17h le 11 février prochain, en solidarité avec Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, condamnés à six ans de prison et vingt années d'interdiction de tourner ou de quitter le territoire iranien. Cet appel s'adresse aux réalisateurs et aux membres de l'industrie cinématographique "quelles que soient leur nationalité, frontières, religions ou convictions politiques".

Dans une lettre ouverte au président iranien Mahmoud Ahmadinejad, Rafi Pitts déclare : "En 1979, il y a eu une Révolution. Sa commémoration, le 32e anniversaire de notre révolution iranienne, se tiendra le 11 février 2011. Je vous rappelle ces faits car j’ai l’impression que vous en avez  oublié les causes. Je me trompe peut-être, ou peut-être devriez-vous vous expliquer.  Vous avez peut-être votre propre définition de notre révolution… Dans ce cas, je pense que vous devriez répondre à la question : Pourquoi avons-nous eu une révolution en 1979 ? Le temps est également venu de clarifier vos raisons pour l’éviction des cinéastes. Vos raisons pour vouloir sacrifier une vie, une carrière, au nom de la Révolution, ou peut-être ma question n’est-elle pas la bonne : ne s’agit-il pas tout simplement  de votre réélection ?"

Le cinéaste iranien souligne également que ses deux confrères ont été condamnés pour une simple idée, celle d'un film qu'ils n'ont même pas eu le temps de faire : "Ils sont tous deux punis de s’être intéressés à leurs compatriotes. Punis d’avoir voulu comprendre les événements de juin 2009. Punis de s’être préoccupés des vies perdues dans les conflits issus des élections."

Il rappelle enfin que "les candidatures [de l'opposition] étaient validées par le régime. Les choix étaient clairs et parfaitement légaux. Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont pris leur décision aux côtés de la majorité de notre industrie cinématographique. C’est devenu le Mouvement Vert. C’est un droit qui nous avait été donné."

Alors que l'on attend la décision en appel qui statuera sur le sort de Jafar Panahi et de Mohammad Rasoulof, de nombreuses voix se sont déjà élevées pour protester contre la persécution dont sont victimes les deux cinéastes. Le Festival de Berlin a réservé une place de membre du jury au réalisateur, place qui risque de rester vide, exactement comme lors du dernier festival de Cannes. Le festival des cinémas d'Asie de Vesoul a quant à lui décidé d'apporter son soutien à Jafar Panahi en lui consacrant sa soirée de clôture. On attend également des actions de la part du comité de soutien initié par Thierry Frémeaux dès l'annonce de la décision de justice. Chacun est invité à participer à cette grande vague de mobilisation en signant la pétition en ligne. Et pour cela, nul besoin d'attendre le 11 février...