RIHL 2010 : Mimi Le Meaux et Kitten on the Keys, artistes à part et femmes entières

Posté par Benjamin, le 6 décembre 2010

Les 33ème Rencontres Henri Langlois de Poitiers ont débuté vendredi avec quelques flocons de neige et des températures franchement basses. Il fallait alors des femmes dans toute leur splendeur, des artistes accomplies et extraverties, pour donner au festival toute la chaleur qui lui est dû.

Avec leur corps, leur mise en scène et leur musique, elles ont donné le top départ des festivités. Mimi Le Meaux, Kitten on the Keys et Julie Atlas Muz ont enflammé la scène du TAP après avoir chauffé les salles avec le film de Mathieu Amalric, Tournée. Retour sur ces artistes à part entière qui nous ont livré les détails de leur création et la difficulté de faire du « New Burlesque » au XXIème siècle.

Une sensibilité pour une musique et une époque.

Le New Burlesque est une façon pour ces artistes de s’exprimer avec leur corps mais également de créer un univers qui leur est propre. Elles mettent en avant une autre féminité, un corps plus rond, plus exhibé, des décors, une musique et des costumes bien particuliers. Mimi Le Meaux et Kitten on the Keys nous ont parlé de leurs influences musicales notamment mais également cinématographiques. Kitten explique alors ses influences et inspirations : « Mon nom de scène : Kitten on the keys, vient d’une chanson des années 20. J’ai toujours été très influencée par la musique des années 20 et 30, pendant la Dépression où les chansons étaient écrites pour redonner le moral à la nation ». Elle cite par ailleurs avec humour Shirley Temple qui « a presque sauvé le pays » selon elle. Les années 20 sont très importantes pour elle car c’est le moment où « les femmes se sont débarrassées de leur corset, ont coupé leurs longs cheveux et ont exprimé cet espèce d’appétit sexuel. »

Pour le cinéma, l’une de leurs références reste Mae West, et beaucoup d’actrices des années 50 tels que Jayne Mansfield ou encore Marlène Dietrich. Des femmes qui savaient exprimer leur liberté sexuelle. Mais Kitten revient sur d’autres influences d’ordre « scénique » comme Busby Berkeley, grand chorégraphe et metteur en scène de comédies musicales dans les années 30 et 40, dont la mise en scène l’a beaucoup inspirée.

Un spectacle osé.

Elles évoquent aussi les difficultés parfois de monter leurs spectacles. Elles arrivent de Hong-Kong où elles ont terminé une tournée entre la mégalopole, Taïwan et Macao.  Mais elles insistent bien qu’il leur était impossible de jouer leur spectacle en Chine, beaucoup trop libéré pour ce pays encore si fermé (une journaliste chinoise leur a d’ailleurs demandé si elles n’avaient pas « honte » de faire ce genre de show). Même dans certaines villes des États-Unis, à Los Angeles par exemple où la loi a changé, elles se doivent de cacher plus qu’elles ne le voudraient les parties intimes de leur corps. La police est plusieurs fois intervenue, à San Diego par exemple, pour arrêter leur spectacle qui était jugé trop choquant. Elles sont habituées à ce genre de restriction, mais cela prouve bien qu’il leur est difficile de s’exprimer pleinement sur scène et de monter le show qu’elles désirent.

Tournée

Bien sur, l’aventure Tournée a été évoquée. Et elles ne réalisent toujours pas être allées au festival de Cannes, avoir monté les marches et s’être retrouvées sur scène pour la remise des prix. Tournée n’a pas changé leur vie, ne les a pas rendu plus célèbres. Mais il a contribué, en partie, à rendre hommage au New Burlesque qui se conçoit comme un pied de nez au modèle féminin stéréotypé que l’on nous impose chaque jour.

Arras 2010 : Fred Cavayé, Jean-Pierre Améris et Alix Delaporte dans le quotidien vidéo

Posté par MpM, le 14 novembre 2010

Plus tôt dans la semaine, le Festival a proposé plusieurs avant-premières de films français qui sortiront prochainement sur nos écrans, en présence des équipes des films qui ont répondu aux questions du public ainsi qu'aux nôtres.

Retour sur ces rencontres avec Fred Cavayé (A bout portant), Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes) et Alix Delaporte (Angèle et Tony) dans deux numéros du magazine vidéo quotidien réalisé par l'équipe du BTS audiovisuel du Lycée Jean Rostand de Roubaix en partenariat avec Ecran Noir.

A découvrir également, les coulisses du festival, le ciné-concert Pierre et le loup, Sander Francken pour Bardsongs et Jacek Borcuch pour All that I love.

Jour 4

Jour 5

Arras 2010 : rencontre avec Fabrice Luchini pour Potiche

Posté par MpM, le 9 novembre 2010

luchini et ozon

Lors de la soirée d'ouverture du festival d'Arras, où était présenté Potiche, Fabrice Luchini avait fait le déplacement avec son réalisateur François Ozon (notre photo) pour parler du film et plus particulièrement du personnage qu'il incarne, l'antipathique Robert Pujol.

EN : Interpréter un personnage comme celui de Robert Pujol dans Potiche, est-ce jubilatoire ?

Fabrice Luchini : Oh non, rentrer dans la peau de Pujol, ce n'est pas jubilatoire car c'est une peau abjecte. Ce qui est jubilatoire, c'est la proposition. Les situations les plus fortes au cinéma, ce sont les partitions qui demandent à ce que l'on n'ait pas peur. Il ne faut pas être tiède. Des fois je joue des films en creux, psychologiques, vraisemblables. Là ça ne va pas, il faut une audace, disons une certaine audace, il ne faut pas non plus exagérer ! Mais il faut une manière d'exécuter concrètement et non pas psychologiquement la situation. La situation doit être exécutée avec urgence. Il ne faut pas forcer le trait, pour que l'outrance ne soit jamais là, et pourtant il faut être dans la démesure.Il faut quand même être dans la vérité même si cela apparaît à certaines personnes comme "trop". C'est un trop qui doit être maîtrisé. On joue la comédie, c'est notre métier ! Un jour on joue des choses très raffinées sur le psychologique, un an après ou six mois plus tard on se "déplace". C'est ce concept de Jean Carmet : se déplacer, c'est la liberté d'un acteur. Un jour tu fais un film très compliqué psychologiquement, après tu fais autre chose...

EN : Le film se passe dans les années 70 mais fait explicitement référence à notre époque, cela vous a amusé ?

FL : Vous savez, moi on me paye pour dire les textes. Je m'en fous, tant que c'est pas des grands classiques du 17e siècle, La Fontaine, Molière, de grands écrivains absolument somptueux, le cinéma pour moi c'est un divertissement. Je suis très heureux qu'Ozon ait voulu travailler avec moi. Mais qu'il y ait des références sur la modernité, je m'en fiche complétement. Evidemment ça fait rire car il y a le fameux "travailler plus", etc. Moi je joue l'ignoble personnage de droite. J'étais en train de me dire que c'est un mélange d'orgueil et de grande humilité d'accepter des rôles comme ça.  Parce que quand même jouer un rôle où tu es enlaidi physiquement, "caractériellement", sexuellement... c'est peut-être de l'orgueil. Mais en tout cas j'y ai pris du plaisir. Vous savez jouer la comédie avec des scènes immensément intenses, c'est mon métier, donc c'est normal.

EN : Même si le personnage est profondément antipathique...

FL : Moi je pense qu'il n'y a rien de pire que les acteurs qui font des choix de carrière pour la "belle gueule", pour les bons héros qui sauvent les pauvres femmes dans les maisons qui brûlent. Pour moi, ça, ce sont les grands ringards. J'ai l'ego un peu démesuré de penser qu'un acteur doit s'enlaidir, jouer les rôles minables.  Il y a des vedettes qui disent "non, ça je ne peux pas jouer, mon public ne me suivra pas". Comme si on avait un public... Personne n'a de public et tout le monde s'en tape !

Le métier d'acteur n'est pas pour jouir personnellement, mais pour faire jouir le public. Donc jouer un assassin ou jouer un prêtre, c'est la même chose. C'est la même intensité. Quand Jouvet dit que les grands personnages ont un ascendant, ça peut être un ascendant dans le mal ou dans le bien. Moi je ne juge jamais un personnage d'un point de vue moral. je le juge d'un point de vue de puissance, d'efficacité de réplique.

EN : Vous qui êtes sensible au rythme et à la musique des mots, comment caractériseriez-vous la langue du film ?

FL : Faut comparer ce qui est comparable. On n'est ni chez Molière, ni chez La Fontaine, on est chez Barillet et Gredy. Mais y'a un avantage dans ces écritures-là c'est qu'elles n'ont aucune obligation psychologique. Elles exigent de la part de l'interprète une précision absolument redoutable. Parce que si tu n'es pas précis tu deviens outré. Pourtant tu dois jouer absolument pas psychologique. Barillet et Gredy ce sont de petits enfants de Feydeau. Je ne dis pas que ça a le génie de Feydeau, parce qu'il n'y a qu'un Feydeay, mais cela a les mêmes exigences que ce théâtre qui nous libère de la psychologie et c'est quand même une qualité.

Ecran Noir : Quelle est la réplique du film que vous préférez ?

FL : "Ton avis ? Quel avis ? Tu as un avis ?" Ca me fait rire... Je me demande s'il en existe encore, des hommes comme ça... Je ne crois pas, mais enfin...

Arras 2010 : rencontre vidéo avec François Ozon pour Potiche

Posté par MpM, le 8 novembre 2010

François Ozon était à Arras vendredi dernier pour présenter son nouveau long métrage Potiche qui faisait l'ouverture du 11e Festival international du film d'Arras.

L'occasion pour lui, alors que le film sort le 10 novembre prochain, de parler de la genèse du projet (l'adaptation d'une pièce de Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy), du choix des interprètes (Catherine Deneuve, Fabrice Luchini, Gérard Depardieu...) mais aussi du fond relativement politique et actuel de l'intrigue.

Propos recueillis par Marie-Pauline Mollaret dans le cadre du 11e festival d'Arras
Réalisation et montage par l'équipe du BTS audiovisuel du Lycée Jean Rostand de Roubaix

Mon premier festival : Jacques-Rémy Girerd et Bernadette Lafont parlent d’Une vie de chat

Posté par MpM, le 29 octobre 2010

La nouvelle production du studio Folimage, Une vie de chat de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol, a fait l’ouverture mercredi 27 octobre de l'édition 2010 de Mon premier festival. Avant de le découvrir lors de sa 2e projection le 30 octobre prochain au Studio des Ursulines ou dès le 15 décembre en salles, rencontre avec Jacques-Rémy Girerd (La prophétie des grenouilles, Mia et le Migou), le producteur du film, et Bernadette Lafont, qui a prêté sa voix à l’un des personnages, la mystérieuse Claudine.

Ecran Noir : Parlez-nous du film…

Jacques-Rémy Girerd : Il s’agit d’un polar où le personnage principal est un chat qui partage sa vie entre la maison d’une petite fille dont la mère est commissaire de police, et les toits de Paris où il accompagne un "monte-en l’air" dans ses expéditions. Ces deux mondes vont se rencontrer et faire des étincelles.

EN : A qui s’adresse-t-il ?

JRG : Ce serait une erreur de croire qu’il s’agit seulement d’un film pour les enfants. Les adultes eux-aussi peuvent y prendre plaisir. Le film est bourré de clins d’œil ! Son histoire emporte tout le monde et l’esthétique est de tous les âges.

EN : Quelle technique a été utilisée ?

JRG : Il s’agit tout simplement d'un dessin animé. Mais la particularité est que les dessins ont été faits à la craie grasse, ce qui donne un velouté esthétique original. C’est une technique unique et à ma connaissance, c’est la première fois que c’est utilisé dans un long métrage. Par ailleurs, le film part des voix. Nous avons enregistré les dialogues il y a environ 4 ans et ensuite les dessins ont été créés et animés en fonction des voix. Il ne s’agit pas de doublage comme d’habitude, où l’on plaque des mots sur des dessins, mais d’une véritable création de la voix et du personnage.

EN : Est-ce que les acteurs ont ainsi une influence sur leur personnage ?

JRG : Oui, d’autant qu’on filme les acteurs à travers la vitre pendant qu’ils enregistrent, donc on peut s’inspirer de ces images pour les dessins et l’animation. Même physiquement. Par exemple, dans La prophétie des grenouilles, Michel Galabru interprétait un éléphant coincé dans une fenêtre. On ne voyait que ses yeux et sa trompe. L’animateur a observé Galabru et au final, le personnage lui ressemble ! Avec trois fois rien, on peut capter l’âme d’un personnage. C’est la magie du dessin animé… Et parfois du hasard. Dans le scénario, le "méchant" - Vincent Costa - était directement inspiré de l'acteur Joe Pesci. Au moment d'enregistrer les textes, on a demandé à Jean Benguigui d'incarner le personnage. Or lui-même a doublé Joe Pesci dans Les affranchis de Scorsese...

EN : Bernadette Lafont, vous interprétez le personnage de la nounou. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Bernadette Lafont : Ce n’est ni du doublage ni de la synchronisation. On part d’une histoire, d’un texte, un peu de l’univers graphique, et c’est tout. C’est comme enregistrer un texte pour un livre audio. Ensuite, c’est formidable de voir la voix incarnée. C’est très joyeux. Là ce n’est pas fini car il y a encore le plaisir de la découverte.

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Une vie de chat de de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol
en salles le 15 décembre
avant-première dans le cadre de Mon premier festival le 30 octobre à 14 h 15 au Studio des Ursulines
Informations sur le site de la manifestation

Mon premier festival : rencontre avec Marina Foïs, marraine de la manifestation

Posté par MpM, le 28 octobre 2010

Ecran Noir : En tant que marraine, vous avez choisi trois films de la sélection : Une nuit à l’opéra des Marx Brothers, Sacré Graal des Monthy Python et Les 39 Marches d’Alfred Hitchcock. Au premier abord, pas vraiment des films pour enfants…

Marina Foïs : Ah bon ? En fait, moi quand j’étais jeune, j’ai vu des films pas du tout pour enfants, donc j’ai une déformation... Mes parents aimaient beaucoup le cinéma et devaient manquer de baby-sitter parce qu’ils me traînaient tout le temps avec eux ! Donc j’ai vu des films de Satyajit Ray, j’ai vu Kagemuscha [Akira Kurosawa]… Pour moi Hitchcock est accessible pour un enfant !

EN : Cela fait des choix assez originaux…

MF : En fait, j’ai pensé très égoïstement aux films que j’ai aimé par-dessus-tout. Donc je suis obligée de citer les Monty Python parce que ce sont les gens qui m’ont fait le plus rire au monde, et qu’en plus ils ont une manière très irrévérencieuse et au fond très libre de faire du cinéma. Ca montre aux enfants qu’on a le droit de tout faire dans la mesure où l’on est dans un domaine artistique. Par exemple, mon fils dessine beaucoup. Et à la maternelle, on lui dit « ce n’est pas comme ça la mer », « ce n’est pas comme ça un chat », alors que je me tue à lui dire qu’en dessin, c’est un des seuls endroits où il n’y a pas de règle ! Là, c’est pareil, je veux montrer que c’est l’imaginaire qui a raison. Je trouve que c’est un truc important à apprendre aux enfants. Donc le cinéma des Monty python qui est hors cadre, hors règle, hors norme, c’est bien de leur montrer, même si l’humour absurde est un peu plus destiné aux adultes.

EN : Vous vous souvenez du premier film que vous avez vu au cinéma ?

MF : La Strada de Federico Fellini. Je me souviens que c’était un peu inquiétant, le départ de Giuletta Masina qui est vendue par sa mère à Anthony Quinn. Ce n’est pas encore une adulte, elle est toute petite et elle part avec ce gros monsieur… Je n’ai pas revu le film depuis longtemps, mais je me souviens de quelque chose d’inquiétant et de très émouvant à la fois.

EN : Un festival comme celui-ci, c’est justement l’occasion de sensibiliser les enfants à tous les cinémas…

MF : Oui, je trouve ça super. Déjà leur montrer des films qui ne sont pas forcément destinés aux enfants, c’est formidable. Leur faire confiance pour être capables de voir autre chose que des produits fabriqués pour eux, même si c’est très bien aussi qu’il y ait des choses faites exprès pour eux. En plus, c’est super l’idée de leur soumettre un programme et qu’ils choisissent leurs films comme nous quand on regarde le Pariscope !

EN : Hormis les films que vous avez choisis, y-a-t-il des titres programmés qui vous plaisent particulièrement ?

MF : Il y en a plein ! Il y a The Party [Blake Edwards] pour les plus grands, tous les Buster Keaton, il y a Arsenic et vieilles dentelles que j’avais adoré quand j’étais petite. Jacques Tati, moi ça m’a terriblement angoissé quand j’étais enfant, donc je n’emmènerais pas mes enfants le voir. C’est un monde aseptisé… j’ai des souvenirs d’angoisse. Il faudrait que je les revois maintenant, les films. Y’a Babe aussi qui est super marrant, l’histoire du petit cochon. De toute façon, pour se faire une idée, un goût, il faut voir des trucs très différents.

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Mon premier festival
Jusqu'au 2 novembre
Informations et programme

L’instant Court : Playgirl de Gilles Guerraz

Posté par kristofy, le 22 octobre 2010

playgirlComme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Noodles avec Zoé Félix et Thelma de Mark Maggiori, voici l’instant Court n° 3.

Chaque année, des équipes chevronnées ou des amateurs se réunissent pour participer au 48 hour Film Project qui se déroule dans plusieurs grandes villes du monde entier.

Le concept est simple : produire et réaliser (de l’écriture au montage) un court-métrage en 48 heures avec comme contrainte trois éléments imposés à inclure dans le film. Les meilleurs courts de chaque ville peuvent ensuite être montrés aux Etats-Unis pour une finale et aussi à Cannes (au short film corner).

Le 48h Film Project de Paris a lieu ce week-end (du 22 au 24 octobre), et les courts seront projetés les 5,6,7 novembre (au Cinéma Action Christine, Paris 6ème).

Voila le court-métrage Playgirl réalisé par Gilles Guerraz dans le cadre du 48h FP de Paris l’année dernière : son actrice Sarah Suco avait été récompensée meilleure comédienne. Ce prix découle aussi de l’humour ravageur de l’héroïne qui est une jeune fille on ne peut plus moderne (les internautes les plus pudibonds sont avertis).

Les 3 éléments obligatoires étaient les suivants :

-Personnage : Lili ou Lucas Durand, Président

-Accessoire : un piège à souris

-Ligne de dialogue : « C’est bon d’être moi. »

Le réalisateur Gilles Guerraz nous raconte cette expérience :

Ecran Noir :  Quel est votre parcours de réalisateur ?

Gilles Guerraz : Après un bac de lettres-langues, une maitrise de japonais et 8 années passées dans l'informatique d'entreprise, j'ai décidé de devenir réalisateur. J'avais démarré durant mes années d'informaticien, à l'aide d'un petit caméscope mini DV.

En 2004, je réalise mon premier court-métrage. L’expérience me plaît tellement que je récidive en 2005. En 2006, j'intègre les Filmistes associés, un collectif de réalisateurs au sein duquel j'expérimente et apprends. Entre temps, certains de mes court-métrages commencent à passer en TV, d'autres fonctionnent bien sur Internet, je glane quelques récompenses, et me sens peu à peu légitime dans la réalisation. 2008 premier clip vidéo, 2009 première pub Internet, 2010 première pub TV. J'espère que 2011 sera l'année du premier long métrage...

EN : Quelles ont été les difficultés pour tourner votre ‘Playgirl’ ?

GG : Playgirl a été réalisé sous les contraintes très fortes du 48 hour Film Project. Un genre est tiré au hasard le vendredi à 19h, des éléments (personnage, objet, réplique) sont imposés, et il s'agit d'écrire le film, le tourner, le monter, le post produire et le rendre sous 48 heures. Nous avions tiré au sort un genre un peu flou intitulé "film de femmes". Après quelques tergiversations, nous avons décidé de mettre les pieds dans le plat en caractérisant un personnage à la limite de la misandrie. Si l'écriture s'est faite assez rapidement dans la soirée de vendredi (en collaboration avec mon compère Vincent Londez), le tournage fut une course contre la montre. Heureusement, j'étais entouré d'une équipe habituée à l'exercice (Playgirl était ma 5e participation au 48h Film Project) et nous avons su être efficace malgré les nombreux lieux de tournage. Trois ingrédients à cela :

1 - une actrice principale talentueuse, Sarah Suco, efficace dès la première prise.

2 - une équipe peu nombreuse et du matériel léger (Canon 5D Mark II)

3 - pas plus de 4 prises par plan.

Ensuite, l'aspect linéaire de la narration a facilité le montage. Il suffisait d'illustrer visuellement les propos du personnage principal, rien de très complexe. Je me suis même offert le luxe de dormir 5 heures dans la nuit de samedi à dimanche, chose qui ne m'était encore jamais arrivé en 4 participations au 48h Film Project.

J'ai tout de même expérimenté quelques soucis lors de l'encodage final du film, dont la lenteur m'a occasionné une belle frayeur : j'ai rendu mon film 3 minutes seulement avant la deadline. Sans doute LE gros moment de pression du week end.

Pour davantage de détails sur le tournage de Playgirl, vous trouverez le récit complet du tournage sur mon blog de réalisateur.

EN : Racontez-nous ce qui s'est passé ensuite pour ‘Playgirl'?

GG : Playgirl a été sélectionné pour la finale nationale, parmi 11 films sur près de 80 équipes participantes, c'est le genre de nouvelle qui fait plaisir à apprendre. Sarah Suco a obtenu un prix d'interprétation mérité à mes yeux. Avant la finale, nous avions commencé à diffuser le film sur Internet. Le buzz a pris très rapidement, sur Facebook notamment, et lorsque les organisateurs de la compétition nous ont demandé de retirer le film du net (pour éviter de faire de l'ombre aux projections en salle), nous n'avons tout simplement pas pu. Le contrôle de la diffusion du film nous avait totalement échappé. C'est assez surprenant, et agréable à la fois. Suite au film, Sarah Suco a reçu quelques propositions de travail. J'ai quant à moi reçu une proposition de représentation par une boite de prod de films publicitaires, qui avait vu et apprécié Playgirl.

EN : Et quels ont été vos projets suivants ?

GG : Après Playgirl, j'ai participé à la compétition internationale du 48 hour Film Project. Il y avait une cinquantaine d'équipes en lice, réparties aux quatre coins du monde. Tous avaient été sélectionnés en remportant un prix dans leur compétition nationale respective en 2009.

Cette fois-ci, seul un thème était imposé : c'était "la fin du monde". Nous avons écrit une histoire de type qui se réfugie dans une cave pour fuir l'apocalypse, avec Vincent Londez dans le rôle principal. Le film a remporté la compétition. Nous sommes partis à Las Vegas recevoir notre prix des mains de Jason Reitman, et nous sommes allés à Los Angeles rencontrer un producteur membre du jury. C'était très excitant. Je co-écris actuellement un court-métrage que je compte réaliser en un peu plus de 48 heures... Et j'ai deux projets de clips musicaux en instance d'être réalisés. J'espère pouvoir m'atteler à un projet de long métrage l'année prochaine. La fiction, c'est définitivement ce que je préfère.
Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film Playgirl

Cinespana 2010 : Trois questions à Alvaro Brechner

Posté par MpM, le 4 octobre 2010

alvaro-brechnerPrésenté en compétition, Mal dia para pescar est le premier long métrage du réalisateur uruguayen, Alvaro Brechner, aujourd'hui Madrilène. Le film, qui raconte les mésaventures d'un champion de lutte et de son impresario tentant d'organiser un ultime combat dans un petit village d'Uruguay, a également été sélectionné à la Semaine de la Critique en 2009, et devrait sortir sur nos écrans début 2011.

Ecran Noir : Comment est né le film ?

Alvaro Brechner : Il s'agit du mélange d'une histoire courte de l'écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti [Jacob et l'autre] que j'avais envie d'adapter au cinéma et de mon intention de faire une version complétement différente, plus proche du monde du western en Amérique latine. Un western bien sûr sans chevaux ni pistolets.  Et avec à l'esprit l'idée de raconter cette histoire de deux Européens un peu apatrides qui voyagent en Amérique latine. Mais ce n'est pas un vrai western, car les westerns racontent l'histoire d'une certaine époque, en Amérique du Nord,  alors que là, l'histoire se déroule au XXe siècle et en Uruguay. Je voulais raconter l' atmosphère du western, comme de la nostalgie pour un temps passé. Pour moi, le western est un genre qui parle tout le temps de la mort. De la mort d'une manière plus symbolique.  Je trouve que c'est l'histoire de deux personnages qui sont à la fin d'un rêve, et c'est très crépusculaire.

EN :  Dans le film, vous jouez sur les contrastes...

AB : J'ai voulu mélanger les genres. Je voulais faire un western un peu atypique avec des choses du film noir, et mélanger le drame, la tragédie et la comédie. Car pour moi ce sont deux personnages dans l'esprit de Don Quichotte qui essaient de recréer leur réalité. Mais bien sûr cette réalité est très différente de celle que nous, en tant que spectateurs, on voit. Ils sont en train de lutter pour une illusion. C'est le contraste entre leur propre point de vue sur leur vie et les situations ridicules qu'ils vivent.

EN : Et finalement, de votre point de vue, de quel côté penche la balance ?

AB : Ce n'est pas qu'ils sont ridicules, c'est que je perçois la vie elle-même comme ridicule. Bien sûr, j'ai beaucoup d'empathie pour mes deux personnages. Mais pour moi, le côté le plus merveilleux de la vie, c'est qu'on peut voir tout ce qui se passe comme un drame ou une comédie. C'est une question de point de vue ! Selon d'où on regarde, la vie est à la fois merveilleuse et ridicule.

Venise 2010 : 3 questions à Yahima Torrès pour Venus noire

Posté par MpM, le 9 septembre 2010

Abdellatif Kechiche, fidèle à sa réputation de découvreur de talent, offre à Yahima Torrès le rôle exigeant et complexe de Sarah Baartman, connue sous le nom de "Venus Hottentote". Quasi muette, la jeune femme est un masque de douleur et de dignité pendant les 2h39 éprouvantes que dure le film. Une performance qui mérite amplement le prix de la révélation féminine.

EN : Avez-vous hésité à accepter un rôle aussi délicat et exigeant que celui-là ?
Yahima Torrès : Non. C'est vrai, c'est un rôle qui demande beaucoup. On doit tout donner car c'est un rôle lourd à porter... mais c'est tellement important de raconter cette histoire ! C'est une grande responsabilité parce que c'est une vraie histoire. Il faut être respectueux de chaque détail de ce que l'on va raconter. Quand on en a parlé avec Abdel, quand il m'a dit que j'avais le rôle, pour moi c'était un honneur. Je n'ai pas hésité, au contraire j'ai toujours été positive. On était en confiance tous les deux dès le début. Je n'ai pas eu peur ! Même quand il m'a demandé de prendre du poids, de couper mes cheveux, je n'ai jamais hésité. Au contraire ! Quel comédien ne serait pas content de jouer ce personnage ?

EN : Comment s'est passée la préparation du film ?
YT : D'abord, c'était avec Abdel. Il m'a parlé du projet, m'a raconté l'histoire. Il m'a appris à chercher mes émotions. Et puis pour ma préparation plus spécifique, il y avait aussi beaucoup de gens autour de moi : ma professeur d'afrikaners, un prof de danse, un prof de théâtre pour continuer ma formation. Il y avait aussi la résistance physique de mon corps à travailler, pour ne pas l'abimer. Notamment les muscles. Le fait de connaître son histoire m'a aussi permis de m'approprier le personnage. Même si elle ne parlait pas beaucoup, Sarah était quelqu'un de très mystérieux, d'intelligent. C'était elle, l'humaine, pas ceux qui la regardaient. Je savais qu'il y avait des scènes qui seraient dures à tourner. L'ambiance du tournage était tellement conviviale, il y avait un tel respect entre tous les acteurs, une vraie communication... que cela m'a servi de soutien. Même si c'était mon premier tournage, je me suis sentie familiarisée avec tout le monde. J'ai parlé avec Abdel des scènes de nudité. On a beaucoup travaillé tous les deux. Mon point de vue c'est celui du cinéma, il ne faut pas se sentir blessée. Au contraire, on va faire connaître Sarah. Je lui prête mon corps pour faire connaître son histoire. Sur le tournage, je n'ai jamais été blessée psychologiquement. Même si son histoire me touche, en tant qu'être humain, parce qu'elle est triste. SOn voyage en Europe, le fait qu'elle perde ses enfants... Je me suis beaucoup préparée pour transmettre le mieux possible le message aux spectateurs.

EN : Dans le film, il y a l'idée qu'un artiste doit tout donner pour son art. Etes-vous d'accord ?
YT : Si l'on parle en général, oui. Le métier de comédien, c'est suivre le projet d'un réalisateur. Une histoire, un message, quelque chose qu'il veut transmettre au public. Tout ce qu'on aime en tant qu'acteur (maintenant je peux dire "on" !) dans ce métier, c'est de se vider pour s'approprier une autre personnalité. Il faut être capable de jouer des rôles différents, ou tout ce qu'un réalisateur peut demander. Les comédiens sont les passeurs de l'idée du réalisateur vers le public. Alors, oui, je pense qu'il faut tout donner. Surtout pour ce rôle. Pour moi c'était comme une école. Je me suis laissée aller. J'avais confiance en Abdel. Bien sûr, des fois j'étais fatiguée. On voit bien dans le film que ce sont des scènes dures, ça fatigue à la fin de la journée, mais ça c'est normal, ça arrive ! C'est tout, le reste, ça allait.

Rithy Panh préfère rencontrer les gens que filmer la Terre d’un hélicoptère

Posté par Benjamin, le 12 décembre 2009

 Il est en quelque sorte l'invité d'honneur de ces 32ème Rencontres Henri Langlois qui cette année présente un focus sur l'Asie du sud-est. Rithy Panh (réalisateur dernièrement d'Un barrage contre le Pacifique, adaptation du roman de Marguerite Duras avec Isabelle Huppert) est donc présent pour parler de nombreuses choses, de son cinéma tout d'abord, de son centre Bophana qui forme des cambodgiens aux techniques du cinéma, mais surtout il parle de sa mission de cinéaste, il parle du monde et de ses engagements.

"Rétablir la mémoire".

Rithy Panh est venu rencontrer le public poitevin après la projection d'un de ses films, Les gens de la rizière (1994) mercredi 9 décembre. Le lendemain matin, c'est autour d'une assemblée de lycéens et d'étudiants qu'il s'est exprimé sur son cinéma et ses motivations.

Dans presque tous ses films (qu'ils soient documentaires ou de fictions), Rithy Panh accorde une grande importance au savoir, aux traditions ainsi qu'à l'Histoire de son pays, le Cambodge. Pays qui a vécu le dramatique épisode des Khmers rouges. Un régime totalitaire qui non seulement a détruit l'industrie cinématographique mais qui a conduit à la mort des dizaines de milliers de cambodgiens et déchiré tout un peuple. Depuis, Rithy Panh met tout en oeuvre pour instruire les siens par le cinéma et pour sauvegarder l'Histoire de son pays que beaucoup ignorent. Car dit-il en parlant des cambodgiens: "s'ils n'ont pas de culture, qu'est-ce qu'ils vont vendre ? Leurs corps ? [...] Vous allez vendre votre force, votre corps et votre sang si vous n'avez pas de culture." Et les enfants qui n'auront pas eu accès à l'éducation finiront, selon lui, à l'usine à faire des nike pour les garçons et au bordel pour touristes pour les filles.

Rithy Panh a véritablement insisté sur l'état du monde actuel qu'il juge assez déplorable car la "diversité des regards disparaît" selon lui et les petites gens sont de plus en plus écrasés. Car pour lui (et cela se remarque très bien à travers ses films), le plus important est d'aller à la rencontre des gens et non de filmer la Terre d'un hélicoptère comme l'a fait dernièrement Yann Arthus-Bertrand et que Rithy Panh qualifie "d'écologie esthétisante". Pour lui, c'est distance mise avec l'homme ne peut toucher.

"La mémoire des gestes".

Dans Les gens de la rizière, mais dans d'autres de ses films, Rithy Panh se concentre sur les paysans, sur les plus démunis qui travaillent la terre de leur main et qui se battent à la fois contre les éléments et contre le gouvernement pour survivre. Des petites gens à qui il rend toute leur dignité en les accompagnant de sa caméra dans leur quotidien et en s'attardant beaucoup sur leurs gestes. Il veut "être avec les gens, être à la bonne distance où l'on peut les toucher" et donc rendre compte de leur vie avec le plus de respect possible et par deux fois il citera Gandhi: "la générosité, ce n'est pas de donner aux gens, c'est de ne prendre que ce dont on a besoin."

Un cinéaste très porté sur l'humanité et qui veut transmettre "la mémoire dans les gestes et dans le corps". Par exemple, pour une des séquences de S 21: la machine de mort Khmer rouge, l'un des anciens bourreau refait à l'identique les gestes qu'ils affectuaient lors de son activité. Dans une sorte de transe, il revit en quelque sorte, son ancien métier et expie ses fautes. Rithy Panh explique aux étudiants que cette séquence n'était originellement pas prévue mais que l'ex-gardien, ne parvenant pas à expliquer ses "actions", c'est la retranscription visuelle, bien plus frappante, qui fut choisie. Par les gestes, on sauvegarde une certaine époque, une manière de faire disparue que l'on peut alors transmettre aux générations nouvelles.

Rithy Panh défend donc l'Histoire (et critique au passage la réforme du gouvernement en la matière) car c'est de là que vient l'idendité d'un peuple. D'autant plus important pour un pays comme le Cambodge dont on parle peu. Le cinéaste asiatique se positionne donc fermement contre les tendances actuelles et continuera à éduquer les plus petits pour leur donner une chance d'exister de façon moins pénible.