[Hommage à Dinard 2017] 3 questions à Christopher Smith

Posté par kristofy, le 28 septembre 2017

Le Festival du film britannique de Dinard avait plusieurs fois invité le réalisateur Christopher Smith à présenter ses films: une chance puisque puisqu'il s'agit souvent de la seule occasion de les voir dans une salle de cinéma en France.

Cette année le Festival lui rend un hommage, offrant ainsi l'opportunité de voir les différentes facettes de son travail. Une femme enfermée la nuit dans les couloirs du métro qui va découvrir qu'il y aurait une sorte de monstre (Creep), les employés d'une entreprise en week-end d'intégration qui vont être désintégrés les uns après les autres dans une comédie à l'humour noir sanglant (Severance), une naufragée en pleine mer sauvée par l'apparition d'un paquebot où apparemment il n'y a personne mais pas totalement (Triangle), dans l'Angleterre du 14ème siècle ravagée par une peste mortelle il y aurait un petit village où des gens survivraient (Black Death), un petit garçon et ses parents qui vont devoir aider le Père Noël à s'évader d'une prison (Get Santa) [par ailleurs Jim Broadbent joue dans ce film et il sera aussi honoré à Dinard] ou encore un jeune homme engageant un couple de voyous pour tuer son beau-père mais (Detour)... autant de personnages, de genres (de la comédie familiale au road-movie sanglant), de contre-point au formatage cinématographique qui font de ce cinéaste méconnu un auteur à découvrir.

L'occasion pour Ecran Noir de lui poser trois questions.

EcranNoir : On vous a découvert avec Creep il y a une dizaine d’années : au fil du temps, qu’est-ce qui est devenu plus facile ou plus compliqué pour faire un film ?
Christopher Smith : On pourrait croire qu’avoir un nom de réalisateur un peu connu dans la profession c’est plus facile, oui bien sûr, mais pas vraiment. Il y a l’idée générale dans la vie de gagner plus d’argent et d’en dépenser moins pour ça : la production d’un film c’est un peu pareil. Parfois pour tourner un film je dispose d’un budget confortable pour ce que je veux faire, comme par exemple le dernier Detour (photo) que j’ai pu faire comme il fallait. Pour d’autres films précédents, j’avais une très grande ambition qui devait s’arranger d’un budget un peu insuffisant. Je suis en train d’écrire un scénario qui devrait être un film à gros budget, je ne sais pas ce qui arrivera...

C’est naturel de vouloir se dépasser et d’avoir des ambitions créatives plus fortes. Après avoir fait Get Santa, on aurait pu penser que c’était le genre de "film de noël commercial" qui aurait du succès, et en fait il n'en a pas eu pas tellement à l’international, donc ça n’est pas plus facile ensuite. Pour le film Triangle, à priori plus bizarre, ça a pris beaucoup de temps pour pouvoir le faire (ndlr : voir ce qu'il nous en disait ici). Et pendant que j’étais sur ce projet de Triangle j’ai eu la proposition de réaliser Black Death juste après. j'ai donc enchaîné deux films à la suite mais après; j'ai dû attendre quatre ans pour revenir au cinéma. Ce que j’essaye de dire c’est qu’il faut un certain temps et un certain budget pour réaliser un film en respectant son imagination et ses ambitions. Woody Allen a fait des dizaines de films avec un petit budget avec lequel il peut contenir son monde, son imaginaire. J’écris des films pour lesquels souvent le budget ne peut pas contenir mon monde, alors ça prend plus de temps de pouvoir les faire.

EN : En France vos deux premiers films Creep et Severance sont sortis dans les salles de cinéma, mais pour les suivants Triangle, Black Death et Get Santa ça n’a pas été le cas et ils sont arrivés directement en dvd…
Christopher Smith : Je sais que je ne devrais pas dire ça comme ça, mais je ne veux pas y accorder une trop grande importance car ce qui compte vraiment c’est que les films circulent et qu’ils puissent être vus. Par exemple le cas de Get Santa est révélateur de ce genre de chose. On a découvert que, à moins d’être un très gros film de studio qui sort partout, en fait chaque pays semble sortir son propre film de Noël local quand il y en a un, mais pas un film venu d’ailleurs aussi bon soit-il. Pour Triangle c’est probable que Melissa George n’était pas considérée suffisamment comme une grande tête d'affiche. Black Death est sorti aux Etats-Unis dans un petit réseau de salles et son distributeur a pu gagner pas mal d’argent; j’aurais parié que ça arrive en France mais ça n’a pas été le cas, alors qu'il est sorti au cinéma en Allemagne. On ne sait jamais comment le film sera distribué. Pour le dernier Detour il y aurait une date de sortie en salles (ndr : en fait il est arrivé en dvd). C’est vraiment dommage parce que Black Death est un grand film qui mérite un grand écran dans une salle, je considère que c’est mon meilleur film (ndr : revoir ce qu'il nous en disait là).

EN : Avec ce dernier film Detour pour la première fois le décor n’est plus britannique, il a été tourné aux Etats-Unis : est-ce que faire un film là-bas, où il est plus naturel de voir des armes à feu, a une influence sur l’histoire qu’on écrit ?
Christopher Smith :
Il y a eu dans le passé, dans les années 50, plein de polars qu’on relie au genre film noir américain. J’adore ce type de film noir et aussi plein de thrillers américains du débuts des années 80. En fait j’aime particulièrement ce que j’appelle les ‘thrillers imaginatifs’, comme par exemple L'Inconnu du Nord-Express de Hitchcock. J’ai eu l’idée de l’histoire de Detour il y a longtemps en 2007, pendant que je cherchais le financement de Triangle. A cette époque j’étais beaucoup focalisé sur les structures d’un récit. Et pour cette histoire particulière il fallait des personnages américains dans un décor américain. On a l’impression que certaines choses ne peuvent se passer qu’aux Etats-Unis et que ça ne serait peut-être pas logique ailleurs. J’avais d’ailleurs eu à l’époque un producteur exécutif américain qui était partant pour lancer une production mais le projet a été mis en parenthèse puisque j’ai pu faire Triangle puis Black Death. Ce n'est que plusieurs années plus tard que j’ai développé de nouveau l’idée de Detour.

Si j’avais fait Detour en Angleterre ça aurait été à propos de l’Angleterre ou ici en France ça aurait été à propos de la France, le film aurait eu la couleur du pays. Faire ce film aux Etats-Unis , ce n'est pas à propos du pays mais c’est tout de suite directement en rapport avec les films américains, avec une certaine mythologie de codes du cinéma américain que, bien entendu, j’ai manipulé à ma façon. J’ai commencé avec l’idée d’un jeune qui voudrait tuer son beau-père et que son destin serait différent selon s'il le tuait ou pas. Detour est un jeu de structure avec des twists que le spectateur doit lui reconstruire, il fallait quelques balises. Pour revenir à ce qu’on disait, le processus de faire un film c’est comme l’expression 'man plans, God laughs', il y a tellement de paramètres incontrôlables…

Ce 28ème Festival du Film britannique de Dinard a programmé des projections de Severance, Triangle, Black Death . Une rencontre avec le public est également prévue.

Passade : Rencontre avec Fanny Valette et Amaury de Crayencour

Posté par kristofy, le 8 août 2017

Passade est un film de Gorune Aprikian. Il sort en salles le 9 août.

Le pitch: Paul et Vanessa viennent de coucher ensemble. Ils ne sont pas destinés à se revoir. Elle est drôle, jolie, piquante. Lui a gardé une âme d'enfant. Intrigué par cette jeune femme espiègle et mystérieuse, il va faire de son mieux pour la retenir. Mais qui manipule qui ? Arrivera-t-il à assouvir son besoin d'amour et surmonter la peur, la maladresse, les conventions qui l'encombrent ?

Une nuit, une chambre d’hôtel, un homme et une femme : des multiples possibilités. Une rencontre a déjà eu lieu, ils ont déjà ‘fait’ l’amour et pourtant tout va commencer : la séduction… Alors que nombre de films romantiques se terminent au moment où deux personnages qui envisagent de former un couple s’embrassent enfin avant de passer au lit, le film Passade débute justement dans un lit avec deux personnes qui ne sont pas un couple. La nuit commence…

Le réalisateur Gorune Aprikian nous invite dans l’intimité de deux personnes qui vont apprendre à se connaître durant une nuit entre un lit et une porte. Passade nous arrive comme une nouvelle proposition de ‘film de chambre’ dans la lignée par exemple de ceux de Jacques Doillon où plus particulièrement  Nuit d’été en ville de Michel Deville (avec le couple Marie Trintignantmis et Jean-Hugues Anglade mis à nu…), ou encore de En la cama de Matías Bize et Room in Rome de Julio Medem.

Passade reunit Fanny Valette et Amaury de Crayencour le temps d’une nuit pour la découverte de l’autre et le dévoilement de soi, mais les apparences peuvent être trompeuses…
Après une première séance au Festival romantique de Cabourg avec l’équipe, une rencontre dans un hôtel :

Ecran Noir : Passade s’est d’abord présenté à vous avec un scénario atypique. Il s'agit seulement un huis-clos avec un minimum de personnages. Qu’est ce qui vous a séduit ou effrayer dans ce projet ?

Fanny Valette : Je pense que ce qui nous a attirés dans ce projet c’est justement qu’il nous a fait un peu peur aussi, avant que le réalisateur nous explique et nous rassure sur ses intentions. Ce qui est intéressant, c’est justement une forme de challenge, c’est ce côté atypique et original de l’exercice du huis-clos et des dialogues, avec aussi un côté poétique. Je trouve que c’est un film courageux à ces niveaux là.

Amaury de Crayencour : Oui, complètement. Ce qui a pu nous faire peur peut-être au début est ce qui nous a séduit, et c’est pour ça qu’on l’a fait. C’est excitant d’avoir ce défi là à jouer. On a tourné pendant un mois et demi dans l’ordre chronologique. On a eu cette sensation de vivre cette nuit que les personnages vivent mais de manière étirée, il fallait retrouver chaque jour l’énergie avec laquelle on avait terminé la veille.

EN : Les dialogues sont très très écrits. Est-ce que le réalisateur Gorune Aprikian était aussi très directif ou vous a-t-il laisser une part d’improvisation dans la manière de les dire ou de comment vous mouvoir dans l’espace ?

Amaury de Crayencour : On était assez libre sur la chorégraphie, on pouvait proposer pas mal de choses. On lui disait omment on avait envie de se déplacer dans cette chambre et il suivait. Pour le texte il y tenait beaucoup, c’était un défi de rendre vivant ce texte. En le mettant dans notre bouche, si on trouve qu’un mot comme ‘ok’ est mieux que ‘d’accord’, il fallait quand-même dire ‘d’accord’, c’est un bête exemple mais juste pour dire qu’il fallait suivre le texte comme il était écrit. Le film n’est pas réaliste ou naturaliste sur le plan du jeu, c’est quelque chose d’assez poétique et c’est assez beau pour ça. Mais du coup c’est un défi de rendre ce texte sans trop entendre du texte justement, tout en le respectant.

EN : Le film débute dans un lit où tous les deux vous êtes nus puis au fur et à mesure vous vous habillez légèrement. Est ce que le degré de nudité montré a été un sujet avant ou pendant le tournage ?

Fanny Valette : Pour moi principalement oui, c’est quelque chose qui me faisait un peu peur. J’en ai beaucoup parlé avant et pendant. C’était important pour moi que ça soit suggéré et qu’on ne voit pas grand-chose, et que ça soit très "ellipsé" et donc joli.

EN : Amaury, quelques mots pour décrire votre travail durant Passade avec Fanny ?

Amaury de Crayencour : C’était bienveillant, c’était joyeux, c’était sexy, c’était chouette !

EcranNoir : Fanny, également quelques mots pour décrire votre travail sur ce film avec Amaury ?

Fanny Valette : C’était surprenant, d’ailleurs pendant la scène où tu parles de ta femme j’étais à la fois mon personnage et aussi spectatrice. Les mêmes mots que toi, l’écoute, le partage, la bienveillance, c’était très agréable.

EN : Puisque vous accompagnez l’avant-première de Passade au Festival romantique de Cabourg… A un moment les deux personnages regardent un film en dvd qui les fait se rapprocher. Quel film romantique aurait ce pouvoir de faire se rapprocher deux personnes ?

Amaury de Crayencour : Moi j’aime beaucoup les films romantiques, j’adore Coup de foudre à Notting Hill qui est d’ailleurs aussi la rencontre de deux personnes très différentes. Il y a une star de cinéma jouée par Julia Roberts et un type timide qui tient une librairie par Hugh Grant. Je retrouve cette sorte de rapport dans Passade, mon personnage met vraiment sur un piédestal celui de Fanny parce que justement elle lui fait penser à une femme de cinéma, à son personnage de bande-dessinée qu’il a inventé, il la regarde comme une espèce d’objet d’admiration. Coup de foudre à Notting Hill c’est un film d’adolescence pour moi, je l’ai vu trois fois au cinéma.

Fanny Valette : il y a Quand Harry rencontre Sally que j’aime bien et qui est un chouette film romantique de rencontre. On nous a comparé un peu à un Pretty Woman des temps modernes, on a entendu ça comme compliment.

"Je crois que c’est important d’avoir des films comme ça qui sont un peu différents"

EN :  Lors de cette première au Festival de Cabourg pour faire découvrir Passade à un premier public, quelle sensations avez-vous ressenti dans la salle ?

Amaury de Crayencour : C’était assez excitant parce qu’on a eu avant quelques projections du film qui était plutôt techniques ou professionnelles, et ici à Cabourg c’était un peu le baptême du feu pour Passade. C'est-à-dire que c’était la première fois que du "vrai" public voyait le film, et c’était chouette. Il y a eu effectivement une dame qui nous a dit que c'était un Pretty Woman des temps modernes. Tant mieux.

Fanny Valette : On a eu un super accueil, vraiment. Le film a étonné parce qu’il est particulier dans le bon sens du terme, et on a eu des jolis retours après, c’était très agréable. La première en public c’était quand-même assez stressant, alors c’est chouette de savoir qu’on a participé à un projet qui touche les gens.

Amaury de Crayencour : Je crois que c’est ça, ça touche les gens. En tant que spectateur on est vraiment avec ces deux personnages-là dans leur intimité. Comme si on regarde par le trou d’une serrure ce qui se passe la nuit dans cette chambre d’hôtel, et ensuite on dépasse le trou de serrure parque qu’on est vraiment très proche d’eux. On s’attache aux personnages et on a envie de savoir ce qui va leur arriver. Je crois que c’est ce qui ressort de ce film, on s’attache à ces deux personnalités qui ont encore une part d’enfance en eux, et qui sont plein de fragilité, et qui se trouvent le temps d’une nuit.

Fanny Valette : Ce genre de terme atypique ne veut pas dire qu’il faut avoir peur, au contraire. C’est intéressant de défendre un premier film, et un film qui a été fait avec un tout petit budget. C’est poétique, c’est du vrai cinéma, c’est particulier, je crois que c’est important d’avoir des films comme ça, qui sont un peu différents, et qu’il faut les encourager.

Cannes 70 : trois petites notes de festival par le compositeur Philippe Sarde

Posté par cannes70, le 7 mai 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

En partenariat avec Cinezik, Benoit Basirico nous décrypte les musiques qui ont fait Cannes.

Aujourd'hui, J-11. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Pour cette 70e édition, Philippe Sarde revient une 21e fois en compétition avec Rodin de Jacques Doillon. Il se souvient de sa première venue pour Les Choses de la vie, et de sa présence dans le jury en 1988, alors qu’un autre compositeur (Gabriel Yared) y participe cette année.

Philippe Sarde signe sa première B.O à 16 ans, en 1970, pour Les Choses de la vie de Claude Sautet. Et dès ce premier film, il fait son baptême du festival puisque le film est en compétition. «Claude Sautet hurlait en conférence de presse, il hurlait car il ne voulait pas aller à Cannes. Son film venait de recevoir le Prix Louis Delluc et j'avais demandé à son producteur pourquoi ils avaient laissé la mention du prix pour la projection. Il était écrit au début du film ‘ce film a obtenu le Prix Louis Delluc', et vis-à- vis de tout le monde à Cannes cela signifiait "on vous emmerde" »

Malgré son jeune âge, le compositeur avait déjà un fort tempérament et ne se privait pas de faire des remarques aux producteurs. Et à 23 ans, en 1977, il convainc Gilles Jacob d’accepter d’être délégué général du Festival : «J'étais très ami avec Gilles Jacob. Il était journaliste à l'Express. Quand il s'est fait virer du magazine, on lui a proposé de diriger le Festival de Cannes. Je me souviens, j'étais chez lui, il m'a demandé ce que j'en pensais, je lui ai tout de suite répondu que c'était une très bonne idée ! Il a été critique pendant un certain nombre d'années, et là il serait le critique des films du monde entier ! Je pensais donc qu’il devait accepter. Je suis resté auprès de lui pendant 25 ans

Après Les Choses de la vie, il reviendra ensuite une vingtaine de fois en compétition, 6 fois avec André Téchiné (Les Soeurs Bronte, Rendez-Vous, Le Lieu du Crime, Ma Saison Préférée, Les Voleurs, Les Égarés), 3 fois avec Marco Ferreri (La Grande Bouffe, Rêve de Singe, L'Histoire de Pierra), avec Roman Polanski (Le Locataire), avec Jacques Doillon - une première fois avant Rodin (pour La Pirate), Bertrand Blier (Beau Père)... ou encore pour trois films américains (Joshua Then And Now de Ted Kotcheff, Lost Angels de Hugh Hudson, L'Ami Retrouvé de Jerry Schatzberg).

Compositeur phare du cinéma français durant 6 décennies, caméléon entièrement au service de la vision cinématographique d’un metteur en scène, il a signé plus de 250 musiques de films auprès de cinéastes majeurs, car sa force est d'être d'abord un homme de cinéma avant d'être un homme de musique, d'envisager son statut comme celui d'un scénariste musical, d'entrer dans la tête du cinéaste pour lui écrire sa musique.

Il se définit lui-même comme un homme de cinéma, soucieux des films dans leur intégralité : «Les films qui sont allés à Cannes étaient des grands films. Ils ont parfois marché ou d'autres moins bien, mais ils sont tous considérés aujourd’hui comme des grands films. D'être le recordman des films sélectionnés à Cannes, j’en suis content pour les films. Je représentais pour les gens, et je crois que je représente toujours, un homme de cinéma, et de musique bien sûr mais vraiment un homme de cinéma et de musique, alors on faisait l'amalgame entre les deux. Je pense qu’un compositeur de musique, s'il n'est pas cinéphile, n'a rien à faire dans un jury. Je pense être plus cinéphile que compositeur. Concernant les musiques que j'ai faites, je pensais à la musique et au film, mais dans un endroit comme Cannes, ou Venise ou Berlin, c'est le film qui compte pour moi. Il fallait que le film soit remarqué. Par exemple cette année, j'espère que le film de Jacques Doillon Rodin sera apprécié. En plus il le mérite ! Je me suis toujours intéressé aux films quand j'étais à Cannes. J'étais là pour me battre pour les films, pas pour ma musique, je m'en moquais à la limite. Je me battais suffisamment avant pour la musique avec les producteurs, mais dans un festival je me battais pour le film

Philippe Sarde se souvient également de sa présence au jury en 1988, présidé par le cinéaste italien Ettore Scola, avec également le producteur Claude Berri, le critique David Robinson, les comédiennes Elena Safonova et Nastassja Kinski, les réalisateurs George Miller et Hector Olivera, le chef opérateur Robby Muller et le scénariste William Goldman.

«J’adorais Ettore Scola qui présidait le jury. Il y avait en compétition un film qui me plaisait beaucoup, Pelle le conquérant de Bille August, un film comme on n'en faisait plus. J'ai tout fait pour qu'il ait le prix. Je me suis battu avec tout le monde. Au jury il y avait des engueulades. Ce n'était plus le compositeur qui parlait, mais c'était l'homme de cinéma qui se battait. Nastassja Kinski, qui était assise à côté de moi, avait des hurlements car je voulais que le film ait réellement le prix. C'était l'année où j'écrivais la musique de L’Ours de Jean- Jacques Annaud, produit par Claude Berri également dans le jury. Claude s'endormait à tous les films. Ce n'était pas très grave mais le problème est quand il se réveillait, à la fin du film, il n'avait qu'un seul mot à la bouche : ‘Est-ce que tu crois que l’Ours va marcher ?’. Je le rassurais en lui disant que j'étais en train d'écrire à l'hôtel avec une pile de papier à musique. Et qu'il cesse de me le répéter à chaque fin de projection à laquelle il avait dormi ! C'était sa seule préoccupation car ce film était un gros challenge pour lui. Donc pour revenir à Pelle le conquérant, il m'a laissé mener avec Ettore Scola le débat. Et Bille August, que je n'ai jamais rencontré dans ma vie, a donc eu la Palme d'or

Cette année, le compositeur Gabriel Yared aura peut-être le même enthousiasme sur un film et le même débat avec le président Pedro Almodovar. Cela pourrait être Rodin de Doillon que le public pourra voir et écouter (il sort en salle en même temps que sa projection cannoise, et la musique de Sarde est disponible dès le 19 mai chez BOriginal). A ce propos, d’autres musiques de Philippe Sarde sortent en mai (en digital), dont 3 films présentés à Cannes : Le Locataire, La Pirate et Beau Père.

Propos de Philippe Sarde recueillis par Benoit Basirico

A voir, la vidéo de l’interview :

Dinard / PIFFF 2016 : Rencontre avec la réalisatrice de « Prevenge » Alice Lowe

Posté par kristofy, le 6 décembre 2016

Le film Prevenge a été présenté en compétition durant le 27e édition du Festival de Dinard en octobre. Ce premier long métrage avec un humour noir particulièrement féroce montre une femme enceinte qui suit les conseils de son fœtus pour aller tuer différentes personnes sont elle veut se venger...
On croise les doigts pour une sortie du film prochainement en France, mais déjà pour les parisiens une bonne nouvelle : Prevenge est en compétition au PIFFF, le Paris International Fantastic Film Festival qui commence aujourd'hui (pour s'achever le 11 décembre) septembre au Max Linder Panorama : rendez-vous à la projection samedi 10 décembre à 19h30.

En attendant, nous avions rencontré sa réalisatrice et actrice Alice Lowe à Dinard avec son bébé dans les bras :

Ecran Noir : Après le film Touristes ou vous étiez à la fois scénariste et actrice, pour Prevenge vous êtes à la fois scénariste actrice et aussi la réalisatrice, qu’est ce qui vous a inciter à passer derrière la caméra cette fois ?
Alice Lowe : Après la belle expérience qu'a été Touristes j'ai eu envie de réaliser moi-même un film, mettre en scène c’est en fait un désir que j’avais au fond de moi depuis longtemps. Après Touristes j’avais un projet de film que je voulais faire mais ça prenait beaucoup trop de temps à se mettre en place niveau production, c’était un gros projet et donc ce n'était pas facile de trouver le budget vu que je n’avais pas vraiment d’expérience significative comme réalisatrice, à part un court-métrage. Alors il y a eu un autre projet plus simple et moins risqué au niveau du financement où j’ai pu disposer d’un petit budget avec lequel je pouvais faire ce que je voulais : et c’est devenu Prevenge. J’ai voulu proposer le scénario à un autre réalisateur qui m’a répondu que c’était trop sombre pour lui qui faisait plutôt des comédies romantiques. Il a adoré le script mais il m’a dit qu’il ne saurait pas le mettre en image et qu’il fallait que ça soit moi qui le réalise, que j’étais la meilleure personne pour en faire un bon film. A ce moment-là ce n’était pas mon projet de le réaliser parce que j’étais enceinte, j’avais beaucoup de choses à gérer et je pensais que c’était idiot de me rajouter ça en plus. C’était pourtant évident que le réaliser était la bonne décision. J’étais tellement prête depuis longtemps à réaliser un film que je pouvais faire n’importe quel film, et surtout celui-là vu le contenu de l’histoire. Comme c’était un petit budget on pouvait éventuellement se permettre de stopper le tournage une journée si j’étais malade, ou on pouvait reporter si mon bébé arrivait plus tôt que prévu. Finalement le tournage a été prévu au moment vers mon septième mois de grossesse, j’ai tourné le film en 11 jours et tout c’est très bien passé.

"Il va y avoir du sang!"

EN : Il y a plusieurs scènes de violence graphique dans le film : comment trouver l’équilibre entre montrer un peu de sang, beaucoup de sang, vraiment beaucoup de sang, est-ce que vous vous êtes fixé des limites pour les images violentes ?
Alice Lowe : Comme c’était un petit budget j’avais une complète liberté, et donc aucune limite au niveau de la violence. J’aurais voulu encore plus de scènes sanglantes d’une certaines manière mais on n’avait pas le temps. Préparer le sang et les blessures ça prend environ 2 heures, tout a été fait pour de vrai devant la caméra avec quelques pompes de faux sang et du maquillage, bref les effets spéciaux sanglants on les a fait en direct. Pour certains plans j’ai trouvé que ça ne faisait pas assez et pour que ça fasse plus il y a eu après un petit peu de post-production avec des effets numériques, mais très peu. Je ne me suis fixée aucune limite, d’ailleurs être enceinte c’est aussi à propos de ça : il va y avoir du sang! Souvent au cinéma un accouchement c’est quelqu’un qui attend dans une autre pièce et on entend des cris mais on ne voit rien, je voulais qu’on voit du sang pour ce moment. Le film se devait presque de montrer du sang pour les différentes victimes, il s’agit d’exprimer qu’une grossesse est quelque chose de dangereux. Une grossesse ce n’est pas quelque chose de doux et mignon avec des fleurs, c’est quelque chose qui transforme le corps. La grossesse c’est la destruction d’une identité et en même temps la création d’une nouvelle identité, et c'est ça que je voulais montrer de manière drôle et à la fois effrayante.

EN : Prevenge a été sélectionné à Dinard parmi les films en compétition, alors que ce type de film est souvent catalogué en séance spéciale ou en séance de minuit ?
Alice Lowe : C’est un formidable honneur d’être en compétition à Dinard, c’est valorisant d’être pris au sérieux. J'adore les films de genre comme l'horreur ou le fantastique et ça ne me dérange pas d’être programmée en séance nocturne, mais c'est bien aussi d'être en compétition avec des films qui n'ont rien à voir. Déjà Prevenge avait été choisi par la Semaine de la Critique à Venise. Nous étions ravis. Je crois que le festival de Dinard est très ouvert à promouvoir autant des comédies que des nouveau auteurs. Dinard semble très en avant-garde d’une certaine manière. Je suis très surprise des réactions des festivaliers : ici le public est très curieux et avide de nouvelles expériences cinématographiques. Quand j'ai appris que j'étais dans la compétition, ça a été: 'ouah vraiment ? oh, c'est fabuleux'. Vous savez c’est un premier film fait en onze jours avec un petit budget, alors on n’imagine pas être en compétition avec d’autres projets qui ont eu des budgets bien plus gros et des acteurs plus connus. C’est très flatteur pour ma première réalisation, une belle surprise.

"Ça serait dommage que le film soit découvert sur Netflix et en vidéo à la demande, je sais que c’est une possibilité mais je veux qu’il soit vu dans une salle de cinéma."

EN : Si quelqu’un vous dit que Prevenge est un des films favoris pour une récompense ?
Alice Lowe : C’est très gentil ça. On a une expression en Angleterre qui dit 'don't count your chickens before they're hatch' (ndr équivalent chez nous de 'ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué'). Tout ce qui se passe depuis que ce film est terminé est une surprise, chaque fois que l’on reçoit une bonne nouvelle de ce genre on est étonné. C’est un film qui m’est très personnel à propos de ma grossesse. Comment l’esprit d’une femme vit cette expérience, et je ne m’attend pas à ce que quelqu’un comprenne ça. Que beaucoup de gens apprécie et aime mon film c’est vraiment une agréable surprise. Tout ce qui arrive au film c’est comme avoir du sucre glace en plus sur le gâteau, si on gagnait un prix ça serait une cerise sur le gâteau mais on est déjà très content avec le gâteau.

EN : Quelque chose est prévu pour une distribution en France ?
Alice Lowe : Pas encore, on est toujours en discussion avancées avec des distributeurs anglais et des distributeurs américains qui sont très intéressés, on va voir pour la France et d’autres pays aussi. Quand le festival de Venise a annoncé avoir sélectionné notre film pour septembre, il était tout juste terminé. En fait il n’y a pas encore grand-monde qui a vu le film pour le moment, les gens du business en Angleterre ne l’ont pas encore vu ni même d'ailleurs certaines personnes de l’équipe (le film sortira le 10 février 2017 au Royaume Uni, ndlr). On est plutôt optimiste pour qu’il y ait une sortie en France. Ce que je veux dire c’est qu’on a vraiment fait ce film pour qu’il soit vu dans une salle de cinéma, en post-production avec le montage on a apporté un grand soin au sound-design pour un public de cinéma. Ça serait dommage que le film soit découvert sur Netflix et en vidéo à la demande, je sais que c’est une possibilité mais je veux qu’il soit vu dans une salle de cinéma. En tant que cinéaste la salle de cinéma c’est le but, on se souvient toujours de certaines expériences ou émotions ou rires lors dune projection dans une salle avec du public.

EN : Au Festival Britannique de Dinard on peut vous voir participer à deux autres films comme comme actrice : Chubby funny et Adult life skills qui sont aussi des premiers longs-métrages ?
Alice Lowe : Après avoir joué dans Touristes il y a beaucoup de gens dans l’industrie du cinéma qui ont vu et adoré ce film, et qui ont su que j’étais ouverte à participer à d’autres projets équivalents. J'étais amie avec Rachel Tunnard, je savais qu’elle était talentueuse, et quand elle a réalisé donc Adult life skills j’y ai fait un petit rôle dedans avec plaisir. Pour Chubby funny je connaissais un peu le producteur avant, le cinéma indépendant anglais est un petit monde. C’est un peu une coïncidence que je sois dans ses deux films et qu’ils soient là à Dinard en même temps que mon film Prevenge. Je me sens chanceuse que le public de Dinard puisse les voir en même temps, mais pour ce qui me concerne c’est des petits rôles où on ne me reconnait pas forcément.

Dinard 2016 – Victoria Bedos: « les scénaristes, c’est un peu la dernière roue du carrosse » en France

Posté par kristofy, le 30 septembre 2016

© christophe maulave / ecran noirElle est l'une des pétillantes membres du jury du 27e Festival du film Britannique de Dinard. Durant une pause entre deux films, le jury s'est rendu disponible pour évoquer aussi bien le festival, le cinéma britannique tout comme leur cinéma. L'occasion d'une rencontre en tête à tête avec Victoria Bedos, les yeux dans les yeux.

Ecran Noir : Comment se passe cette expérience de jury franco-britannique ?
Victoria Bedos : C’est la première fois que je suis jurée et j’ai beaucoup de chance avec ce jury de Dinard. Je m’entend hyper bien avec les meufs, on n’arrête pas de papoter entre gonzesses, Jalil Lespert je ne le connaissais pas bien et on s’entend très très bien aussi, pareil avec James D'Arcy. Comme on est un jury franco-britannique, les Français parlent en anglais plutôt que l’inverse évidemment. Moi j’ai un anglais qui n’est pas hyper bon ce qui fait que je dois attendre d’être un petit peu pompette pour oser parler aux jurés anglais. J’ai l’impression que les jurés britanniques ont un regard un peu plus dur sur leur propre cinéma que les jurés français. Forcément pour nous, c’est plus exotique. Je pense que ça va être très drôle les délibérations.

EN : On dit souvent que les acteurs britanniques sont les meilleurs du monde, qu'ils sont toujours extraordinaires, il y aurait quelles différences avec les acteurs français ?
Victoria Bedos : Pour nous français on est devant ces acteurs qui ne parlent pas notre langue, et je crois qu’on est plus critique avec ceux qui parlent notre langue. C’est vrai que chez les acteurs anglais, il y a une sorte de naturel chez eux, on ne les sent jamais vraiment jouer, on a l’impression qu’ils ne savent même pas qu’il y a une caméra qui les filme. Chez les acteurs français parfois on sent que c’est joué, que c’est forcé et que ce n’est pas vrai, on remarque plus l’effet. Je crois que chez les Anglais il y a un apprentissage peut-être différent dans les écoles de théâtre...

EN : ...comme jouer une autre version de soi-même avec votre film Vicky ?
Victoria Bedos : Vicky je l’ai écrit et je joue le rôle principal, mais je n’aurais pas pu le réaliser comme l’a fait Denis Imbert. Avec ce scénario, j’ai adoré continuer l’écriture avec le corps. Tout d’un coup le personnage que j’avais dans la tête et qui me parlait depuis longtemps, j’ai dû l’incarner, et c’est magique parce que c’est comme si je terminais ce travail d’écriture physiquement. Ce prolongement ça m’avait manqué sur le film de La famille Bélier en rendant le scénario, qui est devenu au final la vision de quelqu’un d’autre. Là c’est agréable que j’incarne le personnage moi-même, ça me permet de garder une sorte d’emprise dessus, d’y mettre encore plus ma petite musique en tant que comédienne.

EN : Durant la cérémonie d’ouverture de ce festival de Dinard la marraine, Rebecca O'Brien a rappelé que c’était l'un des rares festival où le métier de producteur est mis en avant. Et pour la place des scénaristes ?
Victoria Bedos : C’est vrai qu’à la cérémonie des César, j’ai été assez étonnée: toute l’équipe de La famille Belier était au troisième rang, et moi qui avait écrit le film avec Stanislas Carré de Malberg, on était tout au fond de la salle, avec d’autres scénaristes d'ailleurs. J'ai découvert que souvent les scénaristes, c’est un peu la dernière roue du carrosse en terme de considération, on est beaucoup moins bien payé, alors que sans nous il n’y a pas de film ou presque. Ce que je veux dire c’est que dans le budget d’un film il n’y a souvent pas grand-chose pour le développement de son écriture. Aux Etats-Unis les auteurs sont beaucoup plus mis en avant, ils ont une place plus primordiale. Je crois que en France vers la fin de la Nouvelle Vague il y a eu cette idée que les auteurs et les réalisateurs étaient la même personne alors que ce sont deux métiers différents. Moi j’adore écrire, mais j’adore jouer aussi. Là où je suis vraiment très heureuse c’est d’avoir trouver mon équilibre avec ces deux métiers.

EN : Si vous pouviez tourner avec n'importe quelle personnalité britannique, ça serait qui ?
Victoria Bedos : Je dirais Clive Owen ! J’ai vu Le fils de l’homme il y a une semaine et ça m’a vachement marqué. Il dégage une putain de virilité, il est à la fois sensible et fort, c’est un vrai mâle. On manque un peu d’acteur viril comme ça en France. Moi j’ai un petit côté masculin, alors ça me plait quand il y a un vrai mec en face, car, du coup ça me féminise. Avoir un partenaire avec un peu de brutalité masculine en lui, ça permet de me fragiliser.

EN : Quel est votre film britannique de chevet ?
Victoria Bedos : Love actually. Déjà c’est un bijou de scénario, l’histoire est tricotée de manière incroyable. Le montage est dingue aussi avec un sens du rythme super en passant d’une histoire à l’autre et qui se mélange les unes aux autres. Justement je suis en train d’écrire un scénario pour un film choral, mais je ne sais pas ce que ça deviendra. Pour moi c’est le principe de la mayonnaise, tous les ingrédients se mélangent dans une danse effrénée. Love actually aussi parce que je suis une midinette, j’adore les comédies romantiques anglaises qui mélangent l’amour et l’humour. Ce n’est pas juste une comédie: il y a aussi du drame. J’adore quand on mélange les genres en fait, c'est un peu ce qu’on appelle la comédie italienne, et ils savent vraiment très bien faire ça en Angleterre.

EN : Et pour votre film britannique préféré en tant que membre du jury ?
Victoria Bedos : Si j’ai un gros coup de cœur je vais tout faire pour que mon petit protégé soit défendu et récompensé. Après on se confronte quand-même au principe de la subjectivité. Moi je n’ai pas eu les mêmes expériences que les autres jurés comme Anne Parillaud ou que Claude Lelouch donc forcément on a des regards et des goûts qui sont différents. Par exemple, la violence je trouve que c'est merveilleusement bien fait au cinéma mais ce n‘est pas mon style, ça me fait du mal parce que je suis très sensible. On a vu des films très différents les uns des autres en compétition. C’est ça qui est chouette en tant que jurée, on part au combat, il faut convaincre les autres que son film préféré est le meilleur.

Jeff Nichols (Midnight Special): « Je demande à mon public de croire fortement à mes histoires »

Posté par vincy, le 16 mars 2016

jeff nichols au louxorEn compétition au dernier Festival de Berlin, le très spielbergien Midnight Special sort sur les écrans ce mercredi 13 mars. Lors de l'avant-première au cinéma Le Louxor à Paris, son réalisateur Jeff Nichols a répondu à une série de questions autour de son film et de son rapport au cinéma.

Naissance

"Ce n'est qu'après la naissance de mon fils que j'ai voulu comprendre ce qui allait m'arriver, ce qu'allait être ma vie. Take Shelter est le film d'un homme qui va être père, qui est protecteur. Midnight Special est le film d'un homme qui est déjà parent. La question est de savoir qui est mon enfant. Et pour moi, ce n'est le contrôler mais l'écouter."

Essence

"Ce n'est pas la foi ou le dogme religieux. C'est la foi en son enfant. C'est croire en cette personne en devenir. Il y a dans Midnight Special trois croyance: les parents envers l'enfant, la secte envers un messie et les autorités vis-à-vis du danger. C'est ce qui motive leurs actes."

Quête de sens?

"Midnight Special est un film de drive-in du samedi soir."

Définition

"Le genre, ce n'est pas un gros mot. C'est un archétype pour structurer une narration. Ça sert aussi à faire comprendre son projet aux studios et à ceux qui vont financer le film."

Audience

"Je demande à mon public de croire fortement à mes histoires. C'est pour ça que j'introduis autant de fausses pistes, notamment au début du récit. Le public est très intelligent. Il n'a pas besoin qu'on lui explique tout. C'est une façon de faire du cinéma que de jouer avec le spectateur. La seule chose sur laquelle je ne triche pas c'est cette relation entre les parents et le fils."

Direction

"La fin du film était toujours très claire dans mon esprit. Pour moi, il était important de montrer quelque chose. Le film retient tellement tout et montre tellement peu qu'il fallait quand même exposer, satisfaire une curiosité. Je sais, à travers les screen-tests, que le public veut en voir plus. Tant pis su le public ne suit pas. Moi c'est ce que je voulais montrer. Je n'ai pas pris de précaution avec mes histoires en pensant au budget. Take Shelter a été fait pour 800000$. Celui-ci a coûté plus de 18 millions de $".

Influences

"Je souhaitais que ce film ressemble au premier Terminator, qui est neveux, resserré, unique en son genre. Mes autres influences se sont les premiers films que j'ai vu au cinéma: Rencontres du troisième type, Starman, E.T., les Goonies, Les dents de la mer... Ce sont peut-être de meilleures références que Terminator... A cette époque, je ne savais pas ce qu'était le cinéma indépendant..."

Influence (supposée)

"Je ne pense pas que je sois influencé par Terrence Malick. Je n'ai pas de voix off et ma narration est plus classique. Notre lien est sans doute dans le rapport à la nature. C'est d'ailleurs la seule chose à laquelle je crois. La nature c'est la vérité. Même le surnaturel, le garçon comme les phénomènes, sont très naturels".

(In)cohérences

"L'histoire se déroule de nos jours mais je n'aime pas le présent. Je n'aime pas les téléphones mobiles et je déteste les films où on se parle avec ces téléphones. Donc j'ai écrit des personnages qui n'en ont pas. Ainsi, Adam Driver, qui travaille dans la très technologique NSA, est complètement analogique. Il prend des notes sur du papier."

Shannon, Edgerton, Driver

"J'ai écrit ce film pour Michael Shannon. C'est mon double et vous pouvez en conclure que j'ai une très étrange opinion de moi-même. Ce sont des échos et des reflets de ma vie. Michael fait de moi un bon metteur en scène, mais surtout un meilleur scénariste. Sur le plateau, on ne se parle presque jamais. Il a une compréhension innée de ce que je demande. Dans les scripts, je retire tout ce qui est en trop, ce qu'il peut traduire par son jeu."

"Dans Midnight Special, Michael Shannon est le personnage principal mais ce n'est pas un héros. Et Joel Edgerton est le pragmatique, celui auquel peut s'identifier le public."

"Adam Driver est le plus grand comédien que je connaisse et il sera le plus célèbre, et pas seulement à cause de Star Wars".

Amy Berg: « Janis Joplin est devenue autant un symbole féministe qu’une légende musicale. »

Posté par kristofy, le 5 janvier 2016

Janis, documentaire d'Amy Berg, est le portrait de l’une des artistes les plus impressionnantes et une des plus mythiques chanteuses de rock et de blues du XXe siècle. Mais elle était bien plus que cela : au-delà de son personnage de rock-star, de sa voix extraordinaire et de la légende, c'était une femme sensible, vulnérable et puissante. Le documentaire est l’histoire d’une vie courte, mouvementée et passionnante qui changea la musique.

Ecran Noir : Une des premières question du film à Janis Joplin est ‘pourquoi est-ce que tu chantes’, de la même façon pourquoi ce documentaire à propos de Janis Joplin ?
Amy Berg : En fait, je voulais faire ce documentaire depuis longtemps, depuis 8 ans environ. Je pense que Janis Joplin est l’une des femmes les plus inspirantes de notre temps. Je me sens profondément connectée à sa musique, elle chante d’une façon très particulière qui semble unique. J’ai toujours pensé que l’histoire de sa vie et des ses luttes serait un film très intéressant à faire au regard de la Femme d’aujourd’hui. Il y a aussi cette sorte de mythologie du ’club des 27’ avec ces musiciens morts à 27 ans comme Jim Morrison, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Amy Winehouse… Je crois qu'il y a un héritage différent selon les chanteurs ou chanteuses. On se souvient de ces chanteurs davantage pour leur talents de musiciens, pour leur groupe, pour ce qu’ils ont apporté de nouveaux ou de différents à la musique. Pour ces chanteuses je crois qu’on a d'abord en tête la cause de leur mort par overdose dans une chambre. Une autre raison de faire ce film était justement de ne pas relier Janis Joplin à l’usage de drogue. Janis a eu des expériences très fortes avec le fait d’être sur scène, avec le fait d’être célèbre et d’avoir des fans. Janis a eu beaucoup d’expériences heureuses dans sa vie autant en amour qu'en musique, et il faut que ça soit tout ça dont les gens doivent se souvenir.

EN : On découvre les débuts de Janis qui va s’imposer comme la leader de son groupe de musique composé d’hommes…
Amy Berg : Janis a voulu évoluer aussi vite que possible dans l’industrie musicale, qui est un univers dominé par les hommes et qui l’était encore plus durant les années 60. Très vite Janis a su attirer et captiver un public qui venait que pour elle, de fait les autres musiciens se sont retrouvés relégués à un second plan : le groupe disparaissait presque derrière ses performances à elle. Janis chantait avec son cœur de telle manière qu’il n’y ait plus de barrière entre elle et le public, il y avait presque communion. Elle est devenue quasiment la première femme star du rock.

EN : Le film semble progresser à la façon de chapitres rythmés par la lecture d’extraits de lettres de Janis Joplin, d’où viennent ces lettres ?
Amy Berg : Janis avaient écrit beaucoup de lettres à sa famille, surtout aux débuts de sa carrière. En préparant ce film j’ai pu voir ces lettres, Janis y raconte beaucoup de choses sur elle-même que personne ne savait. C’était important pour moi de montrer qu’elle avait aussi une personnalité douce et vulnérable en dehors de la scène, alors qu’elle s’impose puissante sur scène. J’ai retenu en particulier de ses lettres le rapport de Janis avec la célébrité. J’ai demandé à la chanteuse Cat Power de lire des extraits de lettres en voix-off, la tonalité de sa voix à elle correspondait la vulnérabilité des écrits de Janis. Les lettres qu’elle a écrites à ses copais Peter puis David ont d’ailleurs une part importante dans le montage. Elle avait rencontré Peter lors de son premier voyage à San Francisco, il était devenu son fournisseur de drogue puis il y a eu leur projet de mariage, mais il n’est jamais venu à la cérémonie. Ce genre d’évènement qui fait un cœur brisé a aussi fait de Janis une chanteuse de blues, sa vie personnelle est liée sa vie de chanteuse. Il y a en particulier l’histoire de ce télégramme de David qu’elle n’a pas reçu et qui je crois aurait pu éviter sa mort prématurée.

EN : Pourquoi avoir choisi de réaliser ce film avec la forme d’un documentaire plutôt qu’une fiction façon biopic ?
Amy Berg : La problématique du documentaire est de se baser sur des archives, quelle qu’en soit la qualité ou la quantité, d’ailleurs pour une certaine partie de l’histoire à raconter c’était un challenge car on n’avait pas de représentation visuelle de ces moments. Par exemple la rupture qu’on vient d’évoquer entre Janis et Peter, il n'y a que une seule image de lui que j’utilise d’ailleurs à un deuxième moment. J’ai contacté la fille de ce Peter qui m’a dit qu’elle n’avait pas plus d'images à cause d’un incendie. On doit faire face à ce genre de chose, à un certain manque de ressources pour raconter un moment de l’histoire en y étant tout de même le plus fidèle possible. Quand on fait un biopic il est bien entendu possible de tout recréer avec des décors et des acteurs. La chose impossible avec un biopic c’est de remplacer la vraie Janis par quelqu’un d’autre, une actrice aurait pu l’imiter un peu mais pas sa voix et ça n’aurait pas du tout été la Janis Joplin. Il y a par exemple ce projet de film sur Nina Simone et c’est pareil : il fallait montrer des images de la vraie chanteuse et pas une actrice (ndr : What Happened, Miss Simone? au festival de Berlin 2015, visible sur Netflix). Janis Joplin était une telle nature et une telle voix unique qu’il était impossible pour moi d’envisager une actrice.

EN : En quoi la vie de Janis des années 60 est-elle exemplaire pour le spectateur d’aujourd’hui ?
Amy Berg : Il y a eu des comparaisons entre mon film et le documentaire sur Amy Winehouse (ndr : Amy au festival de Cannes 2015, en salles le 8 juillet dernier, favori pour l'Oscar du meilleur documentaire) parce qu’il s’agit de deux femmes chanteuses très populaires et mortes à peu près de la même façon au même âge. C’est très différent pour Amy Winehouse qui a eu un rapport terrible avec la célébrité, elle détestait la façon d’être traquée par les médias, et elle a foiré plein de concerts. Pour Janis Joplin c’est très différent, elle aimait vraiment chanter en concert, la scène c’était communiquer avec ses fans, elle appréciait les choses bénéfiques de la célébrité. Janis c’était une tout autre génération où ce qui était souhaitable pour une femme à cette époque était par exemple de devenir une institutrice, une femme au foyer, fonder une famille, mais pas du tout chanteuse. En fait la célébrité et devenir une star était un moyen de faire accepter ce choix de vie dans la musique. A l’époque de Janis la célébrité était presque une nécessité, comme pour obtenir confirmation de son talent. A notre époque une célébrité surexposée comme Amy c’est plutôt un fardeau. Depuis les années 60 c’est Janis Joplin qui a planté un drapeau dans le monde de la musique pour les femmes. Elle a ouvert la porte pour d’autres chanteuses fortes et indépendantes qui allaient arriver après : Pink, Courtney Love, Linda Perry, Juliette Lewis, Amy Winehouse, Lana Del Rey… Janis Joplin est devenue autant un symbole féministe qu’une légende musicale.

Sophie Barthes (Madame Bovary) a deux projets en préparation

Posté par cynthia, le 4 novembre 2015

Dans un entretien à Ecran Noir, la réalisatrice de Madame Bovary, Sophie Barthes, évoque son prochain projet. "J'ai envie de faire des films sur des personnages féminins forts!" explique-t-elle et elle le confirme avec l'envie d'adapter Edith Wharton (Le temps de l'innocence que Martin Scorsese a adapté dans les années 90 avec Daniel Day-Lewis et Michelle Pfeiffer).

"Custom of the country (Les beaux mariages en français) dresse le portrait d'une femme complètement barrée qui divorce quatre fois, que rien n'arrête et à l'ambition dévorante. C'est super! C'est une satire très drôle du capitalisme et de la naissance de Wall Street" s'emporte la jeune cinéaste

"Nous sommes en train de «caster» une grande actrice et je ne peux rien dire (rires). Mais d'ici quelques semaines je pense que ce sera bon. En tout cas, ça va être génial, c'est un peu comme Gatsby, le magnifique mais version féminine."

Elle a aussi, de manière plus aboutie, dans ses cartons un "biopic" sur le couple Rosenberg. "Ethel Rosenberg a fini sur la chaise électrique...c'est très rock'n'roll (rires)! Mais c'est une belle histoire, un peu comme une tragédie grecque. Elle doit choisir entre ses enfants et son mari...elle choisi son mari pensant jusqu'au dernier moment qu'elle sera innocenté et en faite elle va à la chaise électrique comme son mari. Il y a deux semaines, ses enfants ont réussi à la faire exonérer ce qui nous amène à penser qu'elle n'était pas du tout espionne mais plutôt un sacrifice. C'est Elisabeth Moss (Mad Men, Top of the Lake) qui incarnera le rôle d'Ethel. Ce sera un donc un portrait de femme forte, une héroïne de tragédie qui jusqu'au bout est fidèle à elle-même et à ses valeurs."

Rencontre avec Peter Greenaway : « Personne ne se plaint que Michel-Ange ait fait de la propagande ! »

Posté par MpM, le 5 juillet 2015

eisensteinA l'occasion de la sortie de Que viva Eisenstein ! mercredi prochain, nous avons longuement rencontré le réalisateur Peter Greenaway pour une conversation à bâtons rompus sur Sergueï Eisenstein, le cinéma de propagande, la mort et l'avenir du cinéma. Petit avant-goût de ce long entretien avant sa publication mercredi, avec l'anecdote favorite de Greenaway à l'égard d'Eisenstein, qui l'amène à expliquer pourquoi il n'a pas désiré faire un biopic classique.

greenaway"Il y a une anecdote que l’on répétait souvent sur le tournage et qui figure dans le film. Lorsqu’Eisenstein est arrivé à l’aéroport de Rotterdam, il y a avait une foule compacte de journalistes qui l’attendaient. Mais quand ils l’ont vu, ils ont semblé très déçus : ils attendaient Einstein !

Biopic... non conventionnel

Donc, on peut se demander dans quelle mesure le grand public d'aujourd'hui connaît Eisenstein…  Mais est-ce que cela signifie que, moi, je dois éduquer les spectateurs ? Dois-je dire : voilà, c’est Eisenstein. Il est né tel jour, à tel endroit, etc.

D'une part ce serait assez barbant, mais en plus, à notre époque, les gens peuvent facilement trouver toutes les informations qu’ils souhaitent sur Eisenstein !

J’imagine que d’une certaine manière, c’est un biopic, mais un biopic très peu conventionnel. Je n’ai pris qu’une toute petite partie de sa vie, ces dix jours où il est loin de ses centres d’intérêt, de Staline, loin du matérialisme dialectique… et je pense que vous serez d’accord avec moi : quand on voyage à l’étranger, on devient une autre personne. Pas forcément de manière aussi dramatique, mais on gagne une certaine forme de liberté. On commence à voir notre pays d’origine différemment.

Par ailleurs, nous avons beaucoup joué, eisenstein 2dans Que viva Eisenstein !. Nous avons beaucoup cité ses films : des séquences célèbres d’Octobre et du Cuirassé Potemkine, à plusieurs reprises. C’est un peu ironique, aussi.

Car si vous êtes étudiant en cinéma, vous faites une orgie d’Eisenstein. Vous devez être attentif, tout regarder dans les moindres détails. Ca a un petit côté "allez, c’est reparti, tiens, les escaliers d’Odessa", etc. On voulait jouer avec cette idée-là aussi.

Propagande, vous avez dit propagande ?

eisensteinBien sûr, c’est un problème : est-ce que les gens ont assez de connaissances sur Eisenstein pour comprendre pleinement ce qu’on fait ? Le film est sardonique, il est critique envers le cinéma de propagande, envers le cinéma de propagande soviétique.

Lénine pensait que le cinéma était absolument idéal pour la Russie car 95% de la population russe était illettrée à l’époque. Donc faire du cinéma de propagande était primordial. Staline l’a compris lui aussi bien sûr, et l’a encouragé à outrance.

Mais vous savez, il y a une chose étrange au sujet de la propagande. J’ai été particulièrement irrité quand les gens ont rejeté Eisenstein en disant : "c’est de la propagande soviétique". Mais la chapelle Sixtine de Michel-Ange est de la propagande pour le catholicisme !!! Personne ne se plaint que Michel-Ange ait fait de la propagande !"

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Pour aller plus loin

- n'oubliez pas de participer à notre jeu concours et gagnez des places pour Que viva Eisenstein !

- lisez notre pré-critique du film lors de sa présentation au Festival de Berlin 2015

Champs-Elysées Film Festival 2015 : rencontre avec Zita Hanrot pour Fatima de Philippe Faucon

Posté par MpM, le 15 juin 2015

fatimaParmi les avant-premières proposées par le Champs-Elysées Film Festival 2015 se trouvait Fatima, petite pépite du réalisateur Philippe Faucon qui a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier festival de Cannes.

Librement adapté de Prière à la lune de Fatima Elayoubi, le film raconte une année dans la vie de Fatima, femme de ménage discrète et travailleuse qui s'occupe seule de ses deux filles et souffre au quotidien de sa maîtrise malhabile de la langue française. Avec une brillante économie d'effets, Philippe faucon raconte la honte et la fierté, l'envie de réussir et la peur d'échouer, la jalousie et la bienveillance qui se disputent le quotidien de Fatima et de ses filles.

A travers la voix vibrante de ce très beau personnage principal qui écrit ses pensées les plus intimes en arabe sur un cahier d'écolière, le film rappelle qu'aucune société ne peut faire l'impasse sur "ses Fatima" parce que ce sont elles qui font tourner le monde. Sans angélisme mais avec beaucoup de respect et d'émotion, Philippe Faucon dresse ainsi le portrait digne d'une femme tout en rendant hommage à toutes celles qui s'activent en secret dans les coulisses de nos existences : femmes de ménage, assistantes maternelles, caissières...

Autour de l'exceptionnelle Soria Zeroual Zita Hanrotqui incarne Fatima, on retrouve deux jeunes actrices formidables : Zita Hanrot, la fille aînée, étudiante acharnée, et Kenza Noah Aïche, la fille cadette, rebelle et révoltée. Zita Hanrot (que l'on avait jusqu'à présent aperçu dans de petits rôles pour François Ozon ou Mia Hansen-Love) était présente à l'issue de la projection de Fatima pour livrer quelques secrets de tournage.

Au sujet de Soria Zeroual

"Philippe Faucon a trouvé Soria Zeroual à Lyon après des mois de casting sauvage. Ca a pris beaucoup de temps. Elle ne voulait même pas passer les essais... Finalement elle a accepté... et elle a bien fait !"

Au sujet de son travail d'actrice sur Fatima

"Le travail avec Philippe Faucon est compliqué car il demande d'enlever tout ce qui est fabriqué. En tant qu'acteur, on a des réflexes, mais lui demande d'épurer le jeu. Pour moi, sur le tournage, cela nécessitait beaucoup de prises. C'est très exigeant comme travail mais ça apprend énormément. C'est intense. Philippe a l'exigence que le film n'aille jamais vers le pathos. Il n'y a ni cris ni hystérie. Ca laisse au spectateur la place d'être ému. Le regard qu'il porte sur ses personnages ets ainsi très juste, très tendre. Ce n'est jamais de la caricature."

Au sujet de Fatima Elayoubi

"Je l'ai rencontrée la veille de la présentation à Cannes. C'est une femme très forte et très courageuse. Elle était très émue et fière. En plus, je joue sa fille à l'écran... Elle était contente. Le film lui a beaucoup plu. "