L’instant Court : L’amour à contrechamp, avec Katsuni

Posté par kristofy, le 6 janvier 2012

katsuniComme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après un Retour sur 10 films marquants de l’année 2011, voici l’instant Court n° 62.

Elles ne sont pas si nombreuses les actrices françaises à avoir du succès aux Etats-Unis : Juliette Binoche, Marion Cotillard… et Katsuni.

Présenter Katsuni pour qui n’aurait jamais entendu son nom est plutôt délicat en utlisant quelques mots en français, ceux-ci se révèlent moins jolis qu’elle : actrice porno et strip-teaseuse peuvent malheureusement résonner de manière péjorative. Katsuni est une star du X en France et aux Etats-Unis, et pour une fois les mots en anglais sont préférables : la belle est une adult movies actress et une show-girl. Elle a déjà reçu une trentaine de prix internationaux,  c'est l'actrice X française la plus populaire dans le monde. Katsuni est régulièrement invitée dans des émissions de télé et de radio pour faire dresser leur audience, elle a été elle-même animatrice télé (sur MCM et sur Tps Star)… Katsuni écrit aussi des chroniques sur les coulisses de l'industrie du porno sur un blog du magazine Les InRocks.

Katsuni a déjà quelques expériences comme actrice dans le cinéma, elle est choisie par Gaspar Noé pour son court-métrage We fuck alone (un segment du film Destricted) et elle a fait une voix dans le film d’animation Les Lascars de d’Albert Pereira-Lazaro et Emmanuel Klotz. Ces deux films avaient d’ailleurs été sélectionnés par La Semaine de la Critique au Festival de Cannes.

Voila donc L’amour à contrechamp, un court-métrage réalisé par Frédéric Murarotto, avec notamment l’acteur Nicolas Ullmann (retouvez-le ici) et aussi Katsuni. On y découvre le tournage d’un film où les deux comédiens qui doivent jouer une scène d’amour se détestent…

A noter : les cinémas MK2 organisent un concours de courts-métrages, et les dix films gagnants seront diffusés en avant-séance, plus de 200 films ont été proposés dont celui-ci. On vous invite donc à voter pour L'amour a contrechamp : cliquez sur le "V" en haut a gauche de l'ecran de la vidéo pendant que le film se joue.


Le réalisateur Frédéric Murarotto nous a confié ceci : « Je connais Katsuni depuis longtemps et j'ai toujours trouvé qu'elle avait un grand sens comique. Elle n'a pas peur du ridicule et fait preuve d'autodérision ce qui constitue pour moi, une preuve de plus de son intelligence. Une des raisons qui la mette au dessus des autres d'ailleurs dans le monde du porno. »

L’actrice Katsuni nous commente l’expérience du tournage de L’amour à contrechamp :

- Ecran Noir : Qu’est ce qui est différent entre être reconnue comme une actrice professionnelle du X et devenir une célébrité publique connue plus largement par tous ? 
- Katsuni :
A partir du moment où l'on est présent dans des médias grand public, on rentre dans la sphère qui lui correspond, on n'est par conséquent plus reconnu, plus accepté, plus apprécié (si évidemment on se montre sympathique sur un plateau télé) même si on reste évidemment une bête curieuse. Les gens vous voient plus comme une personnalité qu'une "simple" actrice porno, vous prenez  à leurs yeux plus de valeur. Ils ont moins de pudeur, moins de gêne à admettre qu'ils vous reconnaissent, ils peuvent même devenir "fans" uniquement parce que vous avez fait bonne impression. Tenir un blog est une parfaite opportunité de s'exprimer pleinement, sans être censuré. On est toujours plus ou moins manipulée lors d'une interview. En écrivant je vais au-delà de l'image X, je m'exprime autrement que par mon corps et me fais connaître par mes idées. C'est une excellente manière de créer un lien avec le public quelque soit son goût ou son aversion pour le porno, et pour ne pas rester en marge. Tout cela peut en effet encourager les opportunités professionnelles puisqu'être un personnage public, plus accessible, rassure ; mais il faut rester lucide, une actrice porno garde toujours une étiquette très forte. Etre connue ne suffit donc pas forcément à briser tous les tabous et préjugés. Il faut du temps pour véritablement faire ses preuves.

- Ecran Noir : Comment le réalisateur Frédéric Murarotto vous a convaincu d’apparaître dans son projet de court-métrage ?
- Katsuni : Il n'a pas eu besoin de me convaincre ! Pour être honnête, il a suffi qu'il me parle de son projet en me faisant le lire le script pour que je suis sois partante. L'amour à contre-champ est très bien écrit, très drôle. J'ai adoré y participer, et je serai la première à répondre présente le jour où Frédéric me propose un deuxième projet. Peu importe si le rôle reste un clin d'œil. Ce qui importe est de participer à quelque chose qui m'interpelle et m'amuse.

- Ecran Noir : Le cliché d’un fossé infranchissable entre le monde du ‘film X’ et celui du ‘cinéma traditionnel’ semble-t-il toujours aussi profond ?
- Katsuni : Infranchissable je ne pense pas, tout est possible, c'est une question de «bon moment » mais il est vrai que jusqu'à présent il reste un clivage très fort entre ce qu'on appelle, dans notre industrie, le “tradi” et le porno. Il y a un snobisme évident de la part du cinéma mainstream, et même une maquilleuse ou un photographe de plateau usera en général d'un pseudonyme s'il travaille dans les deux milieux de peur d'être rejeté de la sphère traditionnelle. Ce tabou existe également aux Etats-Unis. Il est vrai qu'on fait aussi appel aux actrices porno uniquement pour des apparitions sexy ou dénudées, parfois même, simplement pour de la figuration érotique. Ça ne m'intéresse pas. En revanche un petit caméo est sympathique. J'ai par exemple dernièrement fait une apparition dans le long-métrage Les Kaïras de Franck Gastambide. J'ai aussi travaillé avec Gaspar Noé, la série Les Lascars... Dans tous les cas je reste dans mon propre personnage de “Katsuni actrice porno”. C'est d'un côté la preuve que ma notoriété suffit à me faire inviter dans des projets mainstream mais je n'ai pas encore franchi la frontière et fait mes preuves en tant qu'actrice au sens fort du terme. Ca viendra. Je le veux et j'en suis absolument capable. Reste à trouver les bonnes personnes qui auront assez de tripes pour relever le défi avec moi.

- Ecran Noir : La technique du champ-contrechamp qui est si bien expliquée ici est-elle ou pas une pratique courante aussi dans le X ?
- Katsuni : Plus dans les tournages de film érotique que dans le porno. Dans les films X actuels on ne découpe plus  autant de cette manière et on ne simule pas. Au contraire on suit l'action, les mouvements de caméra sont fluides et mobiles. Il y a simplement ce qu'on appelle des plans de coupe pour certaines transitions, avec des gros plans sur les visages, des parties de corps.

- Ecran Noir : Tu es aussi passé derrière la caméra en devenant productrice et réalisatrice de films X, qu’est ce que ça change ?
- Katsuni : Ça change tout ! C'est difficile d'être à la fois actrice et réalisatrice de son film, tu ne peux pas te laisser aller mentalement, tu dois rester dans le contrôle, mais c'est très stimulant et ça permet de montrer beaucoup plus de sa propre sexualité, de ses propres délires. Dans mes castings par exemple j'adorais montrer que l'on pouvait se faire plaisir et se laisser aller sans aucune expérience, avec spontanéité. C'était parfois très drôle. Je travaille actuellement sur un film scénarisé pour Dorcel. C'est un vrai défi car je veux parler d'émotions, pas simplement de sensations.  Dans l'immédiat je vous recommande l'orgie que j'ai réalisée pour Dorcel. Ce fut ma 1ère expérience pour un projet de cette ampleur. Pas facile, mais j'apprends !

- Ecran Noir : De toutes les situations de comédie de ce court-métrage, tu as été confrontée auxquelles lors de tes tournages ?
- Katsuni : J'ai déjà vu des acteurs et actrices se faire la gueule mais pas vraiment se disputer. Ca rendrait le rapport impossible, il faut forcément que chacun prenne sur lui. S'il y a vraiment prise de tête pour des raisons personnelles ou professionnelles, les acteurs annulent la scène mais c'est vraiment une situation rare. Les retouches maquillage sont systématiques. Une maquilleuse peut tout à fait intervenir sur un plateau alors que la fille est en levrette sur un canapé et venir retoucher sa bouche qui vient de s'activer sur son partenaire ! La présence de personnes étrangères au tournage pendant la scène hard n'est pas tolérée. Même les journalistes sont rarement acceptés, ou les amis, la présence des proches, du petit-ami...ce n'est pas pro et ça perturbe les acteurs. En ce qui me concerne je n'ai pas de problème à tourner avec quelqu'un que je n'aime pas, à moins que ma répulsion soit trop forte et dans ce cas je le mets en “blacklist”. A partir du moment où il est pro et me respecte on fait tous les deux notre boulot et je me conditionne de telle sorte qu'il me plaise le temps de la scène. Parfois même ce type de relation peut pimenter le rapport sexuel. On est alors dans un rapport de force et cela peut donner une bonne énergie visible à l'image.

- Ecran Noir : une étude américaine a comparé une centaine de films de cinéma qui ont eu le plus de succès au box-office ( 100 films de 2009 avec 4342 personnages...) pour trouver que 25,8 % des personnages féminins apparaissent en tenue légère contre 4,7 % des hommes , qu’est ce que ça vous inspire ?
- Katsuni : Je ne suis pas étonnée. On est dans une industrie de l'image. Les films qui cartonnent ne sont pas les films d'auteur mais des blockbusters comme Transformers où l'on va jusqu'à choisir l'actrice uniquement pour sa plastique.  Une jolie femme c'est vendeur. Une jolie femme dénudée ça l'est encore plus ! Mais attention on parle ici d'une étude américaine et j'ai quand même l'impression que le cinéma là-bas et son public ne sont pas forcément les mêmes qu'en France non ? Enfin il serait intéressant de voir la proportion de réalisateurs hommes et femmes. Peut-être que cela joue également. Au final nous savons bien que ce n'est pas ça qui fait un bon film.

Katsuni vous propose de la suivre sur son twitter.

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film L’amour à contrechamp.

Rencontres Henri Langlois 2011 : entretien avec Michel Hazanavicius et Ludovic Bource

Posté par redaction, le 10 décembre 2011

Venus présenter la traditionnelle "Leçon de cinéma" des Rencontres Henri Langlois 2011, consacrée cette année à la musique, Michel Hazanavicius et Ludovic Bource (récemment primé aux European Film Awards) ont accordé quelques minutes aux journalistes. L’occasion de revenir sur l’un des succès de l’année, le film muet The artist.

Ecran Noir : The Artist a dû être un véritable défi pour vous, dans la mesure où le spectateur du 21e siècle a évolué avec l’idée du « parlant ». Cela devait représenter un risque en soi pour ce film où la musique est omniprésente. N’aviez vous pas peur de la manière dont il allait être reçu ?

Michel Hazanavicius : Je n’ai pas vraiment peur en réalité…

Ludovic Bource : Moi si ! (rires) Michel m’a dit : « eh bien écoute, tu va être condamné à l’excellence ! »

MH : Je travaille personnellement plus sur le désir. Si on m’avait forcé à le faire, j’aurais sans doute eu peur. Je n’ai donc pas eu peur car je savais qu’il y avait un beau film à faire quoi qu’il arrive. A tout prendre, je préfère me planter avec un film que j’ai désiré plutôt qu’avec un film qui est le projet de quelqu’un d’autre. La notion de risque reste tout de même très relative. D’abord, il n’y a pas de risque réel ; au pire on fait un mauvais film et voilà ! Mais très honnêtement, je ne serais pas le premier à en faire un... Celui qui a réellement pris un risque, c’est celui qui a investi dans ce projet, à savoir le producteur Thomas Langmann. Et en troisième lieu, je considère qu’il est beaucoup plus « casse-gueule » de faire une comédie romantique aujourd’hui avec des trentenaires qui habitent à Paris que de faire un film muet en noir et blanc.

LB : C’était plutôt un projet qui présentait une part de risque par rapport au temps qui nous était imparti pour être en temps et en heure à Cannes pour le défendre. Ca a été une véritable course. C’est une chose que j’aime : lorsqu’un projet est atypique, ou présente quelque chose qui va me faire évoluer, avancer… Là,  c’était vraiment quelque chose d’extrême.

EN  : Pour la composition du film, vous êtes vous appuyés sur certains artistes ?

LB : Au départ, on s’inspire évidemment du climat général de l’époque. J’ai étudié certaines biographies, éventuellement la vie de certains compositeurs qui ont été influents pendant l’âge d’or du cinéma hollywoodien, en passant par les classiques et les grands compositeurs de l’Europe de l’est. Max Steiner et d’autres notamment qui maitrisaient la symphonie, qui sortaient du style romantique. C’était une ère totalement différente, donc une musique émotionnellement différente. Mais je pense aussi que The Artist n’est pas complètement désuet dans l’image, car certains caractères du film sont assez modernes. Il y a par exemple cette scène incroyable avec le rêve de George Valentin. A cet instant il y a du « sound design » (bruits intra-diégétiques), les gens trouvent ça génial mais à l’époque personne n’a jamais fait ça. Il y a donc plusieurs relectures différentes sur le film, presque actuelles et politiques.

J’ai donc suivi Michel par rapport à sa sensibilité musicale et cinématographique. Pendant plusieurs semaines, j’ai essayé de m’informer, d’ingurgiter des choses et à un moment donné, de m’arrêter, de me mettre au piano et de laisser faire les choses. Sans copier, sans s’influencer de ce patrimoine-là, car j’avais visité presque 50 années de la musique, jusqu’à Bernard Herrmann (musique de Vertigo) qui est en hommage à la fin. Il y a donc forcément un peu de musique contemporaine, parfois même de la pop des années 70 dans les love-thèmes entre Peppy et George.

EN : Vous avez travaillé pour ce tournage à Los Angeles avec des personnalités américaines comme John Goodman et James Cromwell. Comment ont-ils réagi à la lecture du scénario ?

MH : Bien étant donné qu’ils ont acceptés. Goodman a dit oui en 5 min, et Cromwell, qui voulait tout savoir, en deux heures. Il y a deux types de personnes à qui j’ai fait lire le scénario : ceux a qui j’ai demandé de l’argent, et ceux à qui j’ai proposé du travail. Ces derniers ont été ravis car c’est un film qui est très différent, et où ils n’ont rien à perdre.

EN : Tourner ce film à Hollywood, là où le cinéma muet avait connu sa plus grande effervescence, cela du vous procurer un léger pincement au cœur ?

MH : C’est surtout pendant la recherche et la préparation des décors qu’il m’est arrivé de me retrouver dans des endroits incroyables comme le bureau de Charlie Chaplin, les studios de la Ruée vers l’or et des Temps Modernes, la maison de Marie Pickford, des découvertes (toiles peintes de décors) qui avaient servi pour le film Casablanca... Toutes ces choses-là, comme tourner à la Paramount, sont très émouvantes. Après cela, il a fallu tourner le film en 35 jours, ce qui est relativement court, donc les pincements au cœur vous les avez surtout quand vous pensez que vous n’allez pas finir votre journée !

Lire l'intégralité de la rencontre

Propos recueillis par Yanne Yager

Eric Garandeau, président du CNC, va lancer « Le jour le plus court » (entretien)

Posté par vincy, le 18 septembre 2011

Ecran Noir a rencontré le nouveau patron du CNC, Eric Garandeau. L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy pour la communication a pris les commandes de ce "ministère bis" dont il fut le directeur financier. De gros chantiers sont en cours pour être à la hauteur des enjeux - défense d'un cinéma mondial diversifié, renouvellement des talents, nouveaux modes de diffusion... L'interview intégrale précise sa stratégie et le contexte dans lequel évolue le secteur.

Par ailleurs, il nous a annoncé la création d'une manifestation dédiée au court métrage : "Nous allons lancer « Le jour le plus court ». Dans le même souci de valoriser la production de courts métrages, qui est aussi une école de renouvellement des talents et des écritures, nous voulons promouvoir ce genre, qui est très varié. Ce serait le pendant de la fête de la musique mais pour l’image. Cela comprendra les productions communautaires des internautes, des films plus artisanaux aussi et puis tout le travail qui se fait dans les écoles et les milieux socio-éducatifs. Ce serait sur tous les écrans le 21 décembre, qui est le jour le plus court de l’année. Il s’agit d’être présent sur tous les écrans, ceux des cinémas, les chaînes de télévisions, les sites web… L’opération devrait être lancée officiellement cet automne."

Intégralité de l'entretien réalisé à Cannes.

Sortie DVD de Triangle : rencontre avec le réalisateur Christopher Smith

Posté par kristofy, le 17 juillet 2011

Un des plus talentueux réalisateurs britanniques à avoir émergé ces dernières années est toujours méconnu en France : Christopher Smith. Si ces deux premiers films sont sortis en salles (Creep en 2004, Severance en 2006), ces deux suivants étaient restés inédits avant d’arriver directement en DVD. Une bizarrerie des distributeurs a fait découvrir son quatrième film Black Death (2010) au printemps avant la sortie de son troisième film Triangle (2009).

Le réalisateur a été plusieurs fois invité à présenter ses films au Festival du film Britannique de Dinard, où on l’avait rencontré en 2009 pour une interview après l’avant-première de Triangle :

- Je crois que l’embryon de l’idée du film Triangle est né sur une plage de Cannes, est-ce que c’était d’abord un mystérieux bateau fantôme ou une femme qui perd ses repères ?

- Christopher Smith : Ma première idée était de réfléchir à une histoire dont le tournage ne m’obligerait pas à passer des semaines sous terre comme pour Creep. C’est ce que je voulais trouver ; je pensais faire plutôt un film au bord de la mer, ça pouvait devenir très étrange un peu comme un épisode de La Quatrième Dimension. J’ai commencé à imaginer une histoire où des naufragés seraient recueillis sur un bateau sans équipage mais pas sans personne à bord… Et j’ai développé cette histoire très particulière avec cette femme qui fait avancer l’histoire en même temps que l’histoire nous dévoile plus ce personnage, et c’est devenu Triangle. Au fur et à mesure que j’approfondissais mon histoire le scénario devenait comme un labyrinthe avec différentes boucles narratives. Mes différents idées sont devenues vite très intéressantes, et en fait ça m’a pris presque deux ans à finaliser le script et à concevoir comment je pourrais organiser le tournage. A la base je m’étais lancé à écrire pour avoir le plaisir de tourner sur la mer et c’est devenu un thriller très complexe. Pour l’instant je pense que c’est mon meilleur film, et en tout cas c’est celui qui a été le plus difficile à concevoir.

- EN : Comment s’assurer que les spectateurs ne soient pas perdus dans le film ?

- CS : Sur le tournage, comme bien souvent, on n’a pas filmé les scènes dans l’ordre chronologique, et d’ailleurs le déroulé de l’histoire joue d’ailleurs avec la chronologie des évènements. C’était vraiment difficile à tourner, et je devais être très précis avec l’actrice. Elle devait jouer son personnage qui courre en ayant l’air anxieuse, ou anxieuse et effrayée, ou effrayée et folle selon que la boucle de l’histoire, et recommencer avec des variations pour un autre angle. A cause de la nature si particulière de du scénario c’était dur de trouver où se raccrocher pour l’actrice. Je pense vraiment que Melissa George est extraordinaire dans le film, sa façon d’interpréter ce personnage en réussissant à jouer les mêmes choses avec différents degrés d’intensité selon l’évolution de l’intrigue compte beaucoup pour certains rebondissements. L’histoire joue à désorienter le spectateur tout en lui permettant de faire son chemin. Mon travail au moment du montage était de m’assurer que le public soit exactement avec moi, ou devant moi, ou derrière moi. Alors à certains moments du film vous êtes derrière l’actrice à vous interroger sur pourquoi elle agit comme ça, et puis un peu plus tard vous trouvez la réponse. Parfois vous allez savoir pourquoi elle va faire ceci avant qu’elle ne le fasse. C’est un des plaisirs du film que de réussir à provoquer chez le spectateur une sensation de déjà-vu et aussi ce sentiment de malaise.

-  EN : Quelle est la signification de ce titre Triangle ?

-  CS : Le titre vient du fait qu’à l’origine je pensais que j’allais faire un film du genre le triangle des Bermudes. Si vous allez en mer et que vous vous retrouvez coincé dans une dimension temporelle différente et que là vous expérimentez une autre durée de temps qui passe et que ça se complique encore… Mais ce film n’a absolument rien à voir avec le triangle des Bermudes, qui a d’ailleurs sans doute inspiré certaines histoires plus ou moins bizarres, mais un peu de cette mythologie se retrouve dans le titre. J’aime ce mot Triangle car il peut suggérer bien des choses sans vraiment en désigner, c’est aussi bien le nom d’un bateau qu’une figure géométrique à trois côtés. J’ai voulu ce titre car il correspond à trois façons possibles de suivre l’histoire. Il y a tellement de versions possibles parce qu’il y a dans le film beaucoup de questions et beaucoup de réponses. Quand on entend le mot triangle on pense immédiatement à une sorte de mystère.

-EN : Par rapport à vos films précédents Creep et Severance on trouve dans Triangle moins de violence brutale et pourtant on est plus tendus, est-ce que moins de sang signifie plus de peur ?

-CS : Oui je le pense, c’est bizarre n’est ce pas ? Ici c’est bien le cas. Je pense que Triangle est bien plus psychologique que ce que j’ai fait avant, bien qu’il y ait quand même plusieurs flashs de violence. Je me souviens du tournage de la séquence où l’héroïne entre dans la salle de bain, je voulais y glisser un petit hommage au film Suspiria de Dario Argento, tout est réglé comme un ballet et je voulais y voir du sang, mais il n’y avait aucune raison d’en voir trop car c’est un autre genre de film. Si tout d’un coup j’avais donné au public beaucoup de sang je pense que cela aurait plutôt été une distraction qui nous éloignerait alors de la dimension psychologique des évènements qui se produisent. Ce qui est intéressant avec cette histoire de Triangle c’est que les personnages traversent comme une spirale psychologique dramatique, l’angoisse est d’un autre niveau. J’aime beaucoup les films gores mais je ne veux pas délibérément rendre mes films sanglants, et en tout cas pas de la manière dont d’autres le font. Pour Creep il y avait un équilibre très subtil, dans Severance il y a de l’humour avec, et Triangle est vraiment très différent. Je n’ai pas décidé consciemment qu’il y aurait moins d’effets de violence avec du sang et que ça devait quand même faire plus peur. Souvent quand c’est très sanglant ça fait très peur, mais aussi parfois c’est peu sanglant et ça fait encore bien plus peur. En fait j’ai utilisé d’autres moyens de mise en scène pour faire naître la peur, en fait ici plutôt l’angoisse chez le spectateur. Et comme il y a beaucoup de rebondissements cette angoisse monte de plus en plus. Avec Triangle j’ai réussi, je crois, à créer un état de tension permanente.

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Le film Triangle (et différents bonus comme un making-of, des interviews de l’équipe, des scènes coupées…) est disponible en dvd et blu-ray, édité par CTV.

Cabourg 2011 : rencontre avec Fiona Gordon et Dominique Abel pour La Fée

Posté par kristofy, le 26 juin 2011

La Fée est la nouvelle fantaisie de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, une histoire d'amour contrariée entre une fée et un veilleur de nuit qui a fait l'ouverture de La Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en mai dernier. Le trio travaille ensemble à l’écriture du scénario ainsi qu'à la réalisation du film dans lequel ils sont aussi acteurs.

Ils étaient déjà venus au Festival de Cabourg pour Rumba, et ils étaient de retour cette année pour présenter La Fée. L’occasion de rencontrer le couple Fiona Gordon (la fée) et Dominique Abel (le veilleur de nuit) pour quelques questions :

Après L’Iceberg et Rumba, La Fée est une évolution vers un cinéma à la fois plus choral et plus social…

-Fiona Gordon : C’est naturel de chercher une autre facette qu’on n'a jamais montrée et de surprendre le public, mais on fait ça à chaque fois.

-Dominique Abel : On a de nouvelles envies en fonction des frustrations sur les films précédents mais aussi des idées du moment, c’est plus amusant de changer, on n’a pas envie de faire toujours la même chose.

-FG : En même temps, c’est toujours un peu la même chose parce qu’on garde la même direction : pour nous c’est un peu la beauté de l’inconformité, c’est la poésie qui existe dans la différence entre chacun.

Est-ce que tout le monde pourrait être une fée ?

-DA : La fée du film c’est quand même un personnage humaniste avant tout, évidemment il y a une complicité avec les spectateurs. Tout le monde sait bien que c’est une fée foireuse même si elle réalise quelques petits trucs un peu étonnants, ça fait partie de notre humour. Le personnage c’est une humaniste active, c’est quelqu’un qui enfreint un peu les interdits pour aller offrir à ceux qu’elle aime ce dont ils ont besoin. Et dans le monde actuel il y a pas mal de besoins…

-FG : Elle a un côté très casse-gueule cette fée, justement ce n’est pas une humaniste qui réussit tout, car ça foire des fois, ça faisait partie du plaisir. Elle veut faire du bien mais elle fait parfois plus de mal car elle met un caillou dans les rouages.

Cette fois le burlesque côtoie encore plus le social avec trois clandestins dans une voiture abandonnée qui espèrent traverser la mer…

-FG : Dans notre quotidien, on habite à Bruxelles, tous les jours on croise des clandestins qui cherchent quelque chose, ils cherchent aussi un endroit où habiter, c’est très commun comme problème, on connaît tous ça. Il y a beaucoup de gens qui en parlent, ça fait partie de notre existence. Mais on n’a pas une vocation de cinéma engagé, c’est un don de faire du cinéma engagé pour parler de ça sans taper sur la tête des spectateurs avec un marteau. Nous, on n’a pas spécialement ce don-là, mais souvent ça revient par petites touches dans nos histoires. Ces clandestins sont là comme ils sont dans la vie, un peu à la périphérie.

-DA : D’ailleurs, on les a traités comme tout les personnages de notre film, ce sont des gens qui sont un peu à  l’écart de la société ou au bord d’être marginal. La fée est internée en hôpital psychiatrique, le veilleur de nuit est un peu solitaire et malchanceux, le voyageur aussi solitaire perd son chien, le patron du bar myope s’est fait retirer son permis… On a choisi ces personnages parce qu’ils expriment bien la fragilité humaine. Il y a un côté clownesque de l’humain : c'est-à-dire qu’ils sont peut-être en marge mais ils veulent faire partie, c’est des gens qui tombent et qui se relèvent pour essayer d’y arriver. On partage sûrement ce côté-là avec les autres clowns du burlesque, c’est parler de ce côté comique et tragique de l’être humain. Dans un monde ou il faut être performant ou efficace les clowns sont là pour dire ‘moi je ne suis pas comme ça, ce n’est pas possible, je ne vais jamais y arriver’. Je pense que la grande majorité des êtres humains ressentent ça.

Lire la suite de l'interview

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La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy
Sortie le 14 septembre 2011

Rencontre avec Andy Lau et Li BingBing pour Detective Dee

Posté par redaction, le 20 avril 2011

detective DeeVenus en force présenter Detective Dee à Venise, les acteurs du film se sont prêtés de bonne grâce au jeu des questions-réponses. Rencontre avec Andy Lau et Li BingBing (au centre de notre photo) entre humour, décontraction, charme et élégance.

Comment est-ce de travailler avec Tsui Hark ?
Andy Lau : Johnny To est 100% dans le contrôle : cheveux, image, écran, il maîtrise tout. C'est le roi. Wong Kar-wai : n'attendez pas un script de lui... Et Tsui Hark, c'est tout simplement un réalisateur épuisant. Avec lui, on travaille 24 heures par jour. Il ne vous laisse ni manger, ni vous reposer... Sur le tournage, tout ce que j’avais à faire basiquement était de suivre ses indications... Quand je joue, je ne fais que ce que le réalisateur me dit !

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?
AL :
Je suis dans le business cinématographique depuis près de vingt ans, j’ai fait plus de 120 films, j’aime vraiment tellement le cinéma, je travaille dur pour que les gens se souviennent de moi, et je pourrais continuer à faire des films l’un après l’autre toute ma vie. Je suis prêt pour l'Europe ou les USA, je n’attends que des propositions...

Que préférez-vous comme type de rôle ?
AL : Comme acteur plutôt qu’un rôle avec des arts-martiaux ou un rôle de méchant gangster, je crois que je préfère un rôle dans une comédie, mais ce n’est pas évident ,car j’ai un visage plutôt sérieux. Un de mes film préféré est Love on a diet, je joue un personnage en surpoids avec une allure très différente. En fait, je voudrais un jour réaliser un film moi-même, une comédie, mais je n’ai pas encore de projet en ce sens.

Que pensez-vous des films américains qui utilisent des arts martiaux ?
AL : Il faut reconnaître qu’un film d’action est plus à même d’avoir du succès dans d’autres pays. Il y a toujours un attrait pour les arts martiaux, c’est très visuel. Dans le cinéma de Hong Kong, il y a une histoire avec les films d'arts martiaux, qui dure depuis environ 50 ans. Ça a évolué avec des intrigues intéressantes. En occident, aux Etats-Unis,  le fait d'intégrer des arts martiaux est assez récent, c’est pour eux surtout des combats très visuels...

Comment les effets spéciaux influent-ils sur votre métier de comédien ?
AL :
C’est plus facile pour nous, car les effets spéciaux nous aident par exemple à avoir moins de protection sur le corps.Detective Dee

Li BingBing, qu'est ce qui a  été le plus dur sur ce film :  les scènes d'arts martiaux ou les scènes dramatiques ?
Li BingBing : Ce qui compte, c'est la façon différente de travailler. J’aime passer de l’un à l’autre, ça dépend de mon humeur, mais j’ai beaucoup d’énergie et j’aime bien quand on fait les combats !

Quel est votre film préféré dans votre carrière ?
LBB :
Je devrais dire Detective Dee ? Je préfère dire que c’est le prochain qui n'est pas encore tourné. D’ailleurs, dans mon nouveau projet, pour la première fois je participerai à la production !

Si on vous donnait une fortune, que préféreriez-vous entre produire, réaliser et jouer ?
LBB :
Je doute que vous puissiez me donner autant d’argent, alors ça ne sert à rien d’y penser...

Propos recueillis par MpM & Kristofy

Rencontre avec Tsui Hark pour Detective Dee

Posté par redaction, le 19 avril 2011

Tsui HarkLors du dernier festival de Venise, Tsui Hark était sur le Lido pour défendre son nouveau film, Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme, qui sort mercredi sur nos écran. Un film d'action spectaculaire qui s'inspire d'un personnage réel, le fameux Detective Dee, véritable Sherlock Holmes de la Chine impériale. Rencontre avec un réalisateur passionné.

Pour ce film, vous vous inspirez de personnages qui ont vraiment existé comme l’impératrice Wu Ze Tian, et le fameux Detective Dee (le juge Ti) popularisé en Occident par les romans de Robert van Gulik…

Tsui Hark : En effet, il s’agit de personnages très célèbres. A l’époque où se déroule le film, il y avait dix mille cas de meurtres par an. Le détective Dee était célèbre pour les résoudre. Ce genre d’histoire peut être de la fiction, mais là en plus, ce sont des faits réels ! Cela constitue donc un excellent matériau pour faire un film. En tant que réalisateur, c’est un défi à relever d’utiliser des personnages historiques dans un récit de fiction. Il y a environ 5 ans le producteur du film et le scénariste Chang Chia-Lu m’ont proposé de mettre en image Detective Dee, et en fait c’est ce genre de projet que je voulais mettre en route depuis des années. Nous avons donc eu différentes versions du script et pas mal d’échanges d’idées pour arriver au résultat final.

Certains comparent Detective Dee à une sorte de Sherlock Holmes asiatique…

TH : Je suis un grand fan de Sherlock Holmes. Il peut tout vous dire sur qui s’est assis sur cette chaise, par exemple en trouvant un long cheveu brun ou une trace de chaussure à talon. Chez lui, l’esprit et la logique dominent. Detective Dee me semble très différent, il fait plus attention aux comportements des témoins par exemple. Il n’a pas de logique, mais une personnalité qui nous charme. De toute façon, on est toujours charmé par les personnages de détective…

Le film regorge d’effets spéciaux vraiment impressionnants. Selon vous, est-il plus facile de tourner ce type de films aujourd’hui grâce aux progrès de la technique, ou est-ce au contraire plus complexe ?

Déjà, il faut trouver une bonne maison d’effets spéciaux, qui soit capable de fournir exactement ce dont on a besoin pour le tournage, et cela dépend aussi du budget dont on dispose. Les effets spéciaux peuvent être un très bon outil mais ça peut aussi fragiliser la crédibilité d’une scène. Il ne faut pas se reposer dessus et être extrêmement prudent avec.

Pour vous, qu'est-ce qu'un bon film, un film dont vous pouvez être fier ?

TH : Si on m’avait demandé ce que je voulais faire avec ce film, j’aurais répondu que je serais fier de réaliser un grand film qu’on pourrait voir et revoir pour toujours sans en être lassé, mais personne ne peut prétendre faire ça.

Chaque film s’inscrit dans le temps où il a été conçu. Pour chaque très bon film, il y ensuite beaucoup de gens qui essaient de l’imiter ou de s’en inspirer. Un film original un moment le devient moins après que d’autres en reprennent certains éléments. A mon sens, un très bon film, c’est celui dont vous retirez une nouvelle expérience ou une nouvelle appréciation à chaque fois que vous le regardez.

Alors bien sûr, cela peut être une histoire un peu difficile à comprendre, ou une mise en scène sophistiquée où l’on remarque des éléments en plus quand on revoit le film une seconde fois. Pour parvenir à ces différentes visions il faut réaliser le film avec plusieurs couches, plusieurs niveaux de lectures avec un sens en surface et un autre plus souterrain.

propos recueillis par MpM & Kristofy

Festival des scénaristes 2011 : rencontre avec Bruno Oré, participant au marathon du court métrage

Posté par redaction, le 4 avril 2011

Le marathon d’écriture du court métrage est traditionnellement l’un des temps fort du festival de Bourges. Cette année, les participants devaient plancher sur le sujet relativement ouvert proposé par Gilles Marchand :

Bom bom bom… Sonia ouvre un œil. Il fait nuit noire. Elle a entendu frapper des coups contre une porte. Elle allume et tend l’oreille. Bom bom bom… C’est à sa porte qu’on frappe au milieu de la nuit. Elle enfile comme elle peut un pantalon qui traîne et va dans l’entrée. Bom bom bom… Sonia regarde par le judas.
Le palier est plongé dans l’ombre, mais elle distingue debout devant sa porte un petit garçon. Sonia se demande un instant si elle est bien réveillée. Elle regarde à nouveau par l’œilleton. Le petit garçon est là. Il jette des coups d’œil inquiets derrière lui.
Sonia entrouvre la porte. L’enfant vient se serrer contre elle, le regard suppliant. Il pointe un doigt tremblant vers la porte grande ouverte de l’appartement d’en face. Il n’y a aucune lumière mais Sonia aperçoit
… “.

Jeudi, peu avant 12h à Michel de Bourges, quelques marathoniens sortis en avance attendent devant le bâtiment. Par les fenêtres on peut encore voir leurs camarades rédiger les dernières lignes de leurs scénarios. Des tables d’école, de jeunes participants exténués... la notion de concours se fait très vite ressentir.

Bruno Oré, un des 26 marathoniens de cette 14e édition, discute avec deux autres participants. Marqué par la fatigue, il ne peut pourtant pas s’empêcher d'expliquer à quel point l’expérience du marathon lui a plu.

Que représente pour toi le festival de Bourges ?

Bruno Oré : Le festival est une occasion rêvée pour un jeune scénariste de rencontrer des professionnels. C’est vrai qu’on n’a pas forcément l’habitude dans ce cadre là de sortir en dehors du bureau donc tout ça s’organise plus comme un forum. Les gens sont vraiment là pour nous écouter, nous consacrer du temps. Ce qui est intéressant justement, c’est cette rencontre entre la jeune génération (qui n’a pas encore vraiment ses bases) et les professionnels qui sont à l’écoute, avides de nouvelles idées. Tout le monde est ici pour accorder de l’importance à cette passion qu’est l’écriture, ce qui est très revitalisant.
C’est tout l’intérêt de ce festival: tout le monde ici est là pour débattre sur des projets pas encore aboutis, qui sont en train de se faire, et c’est ça qui est excitant. Tout se joue là. C’est un accompagnement. Les gens sont très ouverts et sont là pour ça.

Que penses-tu du marathon de scénario ?

BO : A la base, je trouve que c’est une idée formidable. C’est quand même 48 heures sur un sujet imposé. Mais en dehors de ça, c’est un très bon exercice. Ce n’est pas forcément évident avec l’horloge qui tourne, d’ailleurs je ne te cache pas que ça fait 36 heures que je n’ai pas dormi (rires). Je reste très content du travail qui a été fait, un travail très prenant, très fatiguant, mais qui demeure passionnant. C’est tout l’intérêt de ce marathon : le dépassement de soi.

C’est une expérience assez intense tout de même?

BO : En effet. C’est un marathon avec des prix à la clé, et ce qui reste fascinant, c’est que les marathoniens vont très vite nouer une certaine amitié. Nous sommes tous confrontés au même problème. Et ce qui reste intéressant dans le marathon, c’est cette idée de communion autour d’une passion commune. Et dans la difficulté de l’épreuve on a plutôt tendance à se rapprocher plutôt qu’à être compétitifs.

C’est surprenant car lorsqu’on vous voit dans cette classe comme à un exame , on a plutôt l’impression qu’il y a une certaine tension qui règne entre vous.

BO : Ca a l’air très scolaire en effet. Après on s’accorde quelques pauses, on prend le temps de discuter avec les autres, on s’échange des idées. Il y a une certaine solidarité entre les marathoniens, qui est vraiment forte. Mais ce qui est fascinant, c’est que sur un même sujet commun, tout le monde va partir dans des directions différentes, selon les univers de chacun.

Des réactions à la lecture du sujet?

BO : Tout de suite on se retrouve immergé dans la notion de genre, qui est cette année le thème du festival, et caractéristique de la carrière du président du Grand Jury, Gilles Marchand. On nous a délibérément  poussés à exploiter nos propre univers, d’essayer de construire quelque chose qui nous appartienne. Même si le sujet semble nous amener d’emblée vers un thriller, au final il y a eu un peu de tout, et surtout, contrairement à ce qu’on croit, beaucoup de comédies.

Un sujet difficile ou passionnant?

BO : La première journée a été très dure dans le sens ou j’ai essayé de me détacher assez vite de la notion d’horreur. Une histoire qui se déroule dans la nuit, un enfant apeuré....se détacher de ça pour aller vers un genre qui me correspondait plus, c’était là toute la difficulté. Et l’intérêt de ce marathon c’est que tout va vite: ce qu’on fait habituellement en un mois, là on doit le faire en 48 heures. On a des retour de professionnels, des avis très critiques, et des parrains qui nous permettent de bien faire avancer le projet. En soi, j’ai trouvé que c’était une bonne expérience.

Lorsque tu écris, quelle étape du scénario trouves-tu la plus difficile?

BO : Ca dépend des personnes, mais pour ma part, j’ai beaucoup de difficulté avec la continuité dialoguée alors que le synopsis et la structure reflètent l’idée de départ et se construisent rapidement, surtout pour moi qui accorde énormément d’importance au visuel, à créer des scènes et faire jouer mes personnages dans des situations clés.

Et la plus intéressante?

BO : La structure, sans aucun doute, surtout au sein d’un court métrage où la chute doit pimenter toute l’histoire. On a quand même un nombre de pages imposé, à savoir 10 pages, donc on doit rester concis. Mais je trouve aussi intéressant de trouver l’idée. Celle qui va faire naître l’intrigue. C’est vraiment cette étape qui m’excite. On ne sait pas encore où on va, mais on sent qu’il y a quelque chose à exploiter. On se dit toujours qu’il y a des idées autour de nous, et si on arrive à bien les capturer, ça donnera quelque chose de magnifique.

Tu parle beaucoup de la notion de "chute". Ce que tu aimes avant tout, c’est donc surprendre ton lecteur?

BO : J’adore ça. C’est peut-être dû au fait que j’ai grandi avec des séries comme la 4e dimension, où les chutes sont très impressionnantes, et c’est quelque chose d’assez  viscéral. Mais c’est vrai qu’en court métrage la chute est plus difficile que sur un long.

Tu préfère alors l’écriture d’un court métrage ou d’un long métrage?

BO : J’ai déjà fait les deux. Mais je garde une préférence pour le long métrage. Dans le court métrage, il faut introduire les choses vite. Moi qui aime bien creuser mes personnages, pour le coup, j’ai plus l’occasion de le faire sur un long métrage. On a dès lors plus de champ d’action, plus de temps.

Yanne Yager

Festival Ciné Junior : rencontre avec Julie Bertuccelli

Posté par MpM, le 8 février 2011

Le festival Ciné Junior du Val de Marne ferme ses portes ce soir, après presque quinze jours de projections, débats et rencontres destinés au jeune public. 100 films, 300 séances et une compétition principale dont le palmarès a été annoncé dimanche (voir notre actualité). C'est la réalisatrice Julie Bertuccelli (Depuis qu'Otar est parti, L'arbre) qui présidait le jury professionnel. Une expérience de jurée qu'elle affectionne tout particulièrement, puisque c'est l'occasion de voir plein de films !

Ecran Noir : Comment voyez-vous votre rôle de jurée et plus particulièrement de présidente du jury ?
Julie Bertuccelli
: Présidente, pas présidente, c'est un peu la même chose, si ce n'est que j'ai la chance d'avoir deux voix. Mais j'ai déjà été une fois présidente d'un jury et c'est vrai qu'il y a un truc légérement différent dans le sens où on "manage" un peu le débat. J'ai toujours envie de défendre mon avis jusqu'au bout. Sinon, être jurée, c'est un grand plaisir. C'est un cadeau qu'on nous fait à nous "obliger" à voir plein de films dans une durée courte. C'est un peu une épreuve aussi... Ce sont souvent des films que l'on n'aurait pas l'occasion de voir par ailleurs. Bien sûr, c'est un plaisir et un honneur. Pourtant, chaque film passant, il y a une angoisse d'imposture qui monte. On se dit : "mais qui je suis pour décider de donner un prix à un de ces films ?" C'est tellement sujectif... Donc c'est bien d'être plusieurs. Les discussions avec les autres sont passionnantes et passionnées. C'est l'occasion de parler de cinéma d'une manière intéressante. Mais c'est une douleur de ne devoir donner qu'un prix. Il n'y a pas de "meilleur". C'est une question de critères très différents, il y a l'humeur du moment... Pour moi, le choix se fera toujours en fonction du film qui m'a le plus touchée.

EN : Quels sont ces critères, justement ?
JB
: Je ne veux pas choisir que sur des critères formels, ou au contraire uniquement sur le fond. Il faut vraiment qu'il yait une adéquation générale. Il peut y avoir des films très fragiles, et tout à coup il y a quelques scènes qui sont de vrais petits bijoux, et ça peut l'emporter sur des films bien faits... J'ai envie aussi d'aider la diversité et la fragilité de certains films. C'est compliqué en fait ! Si on veut les distinguer, c'est qu'ils méritent d'être vus, on a envie de les partager.

EN : Le fait que le festival soit à destination du jeune public, est-ce que ça change quelque chose dans votre manière de juger ?

JB : Je me demandais justement... Ce qui est difficile, c'est que les films pour enfants, c'est très varié. Ca part des "plus de trois ans" jusqu'à "13-15 ans". Je ne sais pas à quel point nous, en tant qu'adultes, on a le même intêret, le même jugement sur les films pour les tout petits que sur les films pour adolescents, qui peuvent être vus par des adultes aussi. Mais c'est tellement important de faire des films pour les enfants ! Sinon on laisse la place à la télévision et aux films merdiques. Alors que l'enfance, c'est un moment de construction cinéphilique hyper important. Je montre beaucoup de films à mes enfants, mêmpe des films qui parfois ne sont pas faits pour eux. De vieux films, en noir et blanc, muets, des choses qui peuvent paraître ingrates et qu'eux adorent. L'éducation aux enfants, j'en fait beaucoup en organisant des projections de la cinémathèque scolaire. Il y a un vieux fonds de films formidables, plus ou moins éducatifs. J'aime beaucoup ça, ça me parait primordial. C'est aussi pour ça que j'ai accepté de venir dans ce festival car ça me fait très plaisir. C'est un boulot formidable et indispensable qu'ils font. C'est comme ça qu'on prépare les futurs spectateurs, aussi...

=>Lire l'intégralité de l'interview

RIHL 2010 : Mimi Le Meaux et Kitten on the Keys, artistes à part et femmes entières

Posté par Benjamin, le 6 décembre 2010

Les 33ème Rencontres Henri Langlois de Poitiers ont débuté vendredi avec quelques flocons de neige et des températures franchement basses. Il fallait alors des femmes dans toute leur splendeur, des artistes accomplies et extraverties, pour donner au festival toute la chaleur qui lui est dû.

Avec leur corps, leur mise en scène et leur musique, elles ont donné le top départ des festivités. Mimi Le Meaux, Kitten on the Keys et Julie Atlas Muz ont enflammé la scène du TAP après avoir chauffé les salles avec le film de Mathieu Amalric, Tournée. Retour sur ces artistes à part entière qui nous ont livré les détails de leur création et la difficulté de faire du « New Burlesque » au XXIème siècle.

Une sensibilité pour une musique et une époque.

Le New Burlesque est une façon pour ces artistes de s’exprimer avec leur corps mais également de créer un univers qui leur est propre. Elles mettent en avant une autre féminité, un corps plus rond, plus exhibé, des décors, une musique et des costumes bien particuliers. Mimi Le Meaux et Kitten on the Keys nous ont parlé de leurs influences musicales notamment mais également cinématographiques. Kitten explique alors ses influences et inspirations : « Mon nom de scène : Kitten on the keys, vient d’une chanson des années 20. J’ai toujours été très influencée par la musique des années 20 et 30, pendant la Dépression où les chansons étaient écrites pour redonner le moral à la nation ». Elle cite par ailleurs avec humour Shirley Temple qui « a presque sauvé le pays » selon elle. Les années 20 sont très importantes pour elle car c’est le moment où « les femmes se sont débarrassées de leur corset, ont coupé leurs longs cheveux et ont exprimé cet espèce d’appétit sexuel. »

Pour le cinéma, l’une de leurs références reste Mae West, et beaucoup d’actrices des années 50 tels que Jayne Mansfield ou encore Marlène Dietrich. Des femmes qui savaient exprimer leur liberté sexuelle. Mais Kitten revient sur d’autres influences d’ordre « scénique » comme Busby Berkeley, grand chorégraphe et metteur en scène de comédies musicales dans les années 30 et 40, dont la mise en scène l’a beaucoup inspirée.

Un spectacle osé.

Elles évoquent aussi les difficultés parfois de monter leurs spectacles. Elles arrivent de Hong-Kong où elles ont terminé une tournée entre la mégalopole, Taïwan et Macao.  Mais elles insistent bien qu’il leur était impossible de jouer leur spectacle en Chine, beaucoup trop libéré pour ce pays encore si fermé (une journaliste chinoise leur a d’ailleurs demandé si elles n’avaient pas « honte » de faire ce genre de show). Même dans certaines villes des États-Unis, à Los Angeles par exemple où la loi a changé, elles se doivent de cacher plus qu’elles ne le voudraient les parties intimes de leur corps. La police est plusieurs fois intervenue, à San Diego par exemple, pour arrêter leur spectacle qui était jugé trop choquant. Elles sont habituées à ce genre de restriction, mais cela prouve bien qu’il leur est difficile de s’exprimer pleinement sur scène et de monter le show qu’elles désirent.

Tournée

Bien sur, l’aventure Tournée a été évoquée. Et elles ne réalisent toujours pas être allées au festival de Cannes, avoir monté les marches et s’être retrouvées sur scène pour la remise des prix. Tournée n’a pas changé leur vie, ne les a pas rendu plus célèbres. Mais il a contribué, en partie, à rendre hommage au New Burlesque qui se conçoit comme un pied de nez au modèle féminin stéréotypé que l’on nous impose chaque jour.