Vittorio Taviani doit mourir sans Paolo (1929-2018)

Posté par vincy, le 15 avril 2018

C'est l'un des grands duos fraternels du cinéma, avec les Dardenne et les Coen. Les Frères Taviani, récompensés dans les plus grands festivals, ont signé quelques uns des plus beaux films italiens des années 1960 aux années 2010. Vittorio, l'aîné, né en 1929, est mort le 15 avril à l'âge de 88 ans, laissant son cadet de deux ans, Paolo, seul.

Entre cinéma engagé et style néo-réaliste, les deux frères ont réalisé une œuvre aussi poétique que philosophique et littéraire, psychanalytique qu'historique, sur un monde politique en mutation, une société en transformation, en quête d'un idéal souvent inatteignable. Conteurs hors-pairs (Contes italiens, leur dernier film ensemble, en est une belle démonstration), ne cherchant jamais la chaleur d'un esthétisme séduisant, leur cinéma est souvent sans concession. Ils ont vécu, ensemble, pour le cinéma, comme d'autres se vouent à une foi.

Les Frères Taviani ont signé des films marquants comme Padre Padrone, Palme d'or à Cannes, La nuit de San Lorenzo, Grand prix du jury à Cannes, César doit mourir, Ours d'or à Berlin, Kaos, contes siciliens. Pour l'anecdote, Padre Padrone fut le premier film a remporter la Palme d’Or, alors que Roberto Rossellini était président du jury (quel beau symbole de transmission) et le Prix de la critique internationale. Sa sélection provoqua pourtant un scandale public lors du festival de Cannes puisque le film, tourné en 16mm, était destiné pour la télévision. C'était il y a 40 ans...

Ils auscultaient l'Italie, sous toutes ses coutures, avec des "affinités électives" pour ce Mezzogiorno et ses îles italiennes écrasées par la pauvreté et le soleil. Leur cinéma dur et épuré, cruel et parfois surréaliste et même fantastique, s'est aussi prolongé dans le documentaire avec le si bien intitulé Un autre monde est possible. De la ruralité sarde à une prison romaine, il y a chez eux, un instinct de révolte et un envie de faire exister, de montrer les fantômes d'un monde ignoré.

"Nous ne voyons pas comment nous pourrions travailler l’un sans l’autre expliquaient-ils, ajoutant "Tant que nous pourrons mystérieusement respirer au même rythme, nous ferons des films ensemble."

Vittorio a pourtant du laisser Paolo réaliser en solitaire Une affaire personnelle, sorti l'an dernier. Ils avaient écrit à quatre mains le scénario. Une histoire de résistance, encore et toujours.

Le charme discret de Stéphane Audran s’envole (1932-2018)

Posté par vincy, le 27 mars 2018

Elle était l'actrice chabrolienne par excellence. Stéphane Audran, née Colette Dacheville le 8 novembre 1932; s'est éteinte le 27 mars à l'âge de 85 ans. A l'affiche de deux films oscarisés (Le charme discret de la bourgeoisie, Le festin de Babette), Prix d'interprétation à Berlin (Les biches), à San Sebastian (Le boucher), aux Bafta britanniques (Le charme discret..., Juste avant la nuit) et César du meilleur second-rôle féminin (Violette Noziere), la comédienne était l'une des figures emblématiques du cinéma français des années 1960 et 1970.

Au delà de cette beauté (rousse, blonde ou brune selon les rôles) qui captait si bien la lumière, de ses yeux verts hypnotiques et de sa voix reconnaissable entre mille, elle avait un talent réel à composer des personnages éclectiques dans des univers souvent dramatiques, avec cette distance un peu froide qui lui était propre. ESi elle a tourné en 1959 avec Eric Rohmer, dans Le signe du lion, c'est bien sa rencontre avec Claude Chabrol (décédé en 2010) qui forgea son destin cinématographique. C'est Gérard Blain qui organisa le rendez-vous. Elle obtient alors un petit rôle dans Les cousins (1959). Chabrol et elle entament une relation amoureuse, qui sera fusionnelle à l'écran.Il lui fera tout jouer, séductrice, angoissée, calme, douce, criminelle... La bourgeoise idéale. Ensemble, ils tournent Les bonnes femmes, Les Godelureaux, L'œil du malin, Landru, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La ligne de démarcation, Le scandale.... Pas souvent les meilleurs films du réalisateur, et souvent des échecs financiers. En 1968, avec Les biches, avec Jean-Louis Trintignant, reçoit un Ours d'argent à Berlin. Audran est enfin remarquée comme actrice et Chabrol renaît. Il l'enrôle ensuite pour La femme infidèle et surtout Le boucher, avec Jean Yanne (1970), film noir sous tension sur un amour impossible. Chabrol continue ainsi sa filmographie avec sa première muse (avant Huppert): Meurs filmographies semblent indissociables: La rupture, Juste avant la nuit, Les noces rouges, Folies bourgeoises, Les liens du sang, Violette Nozière durant les années 1970, puis plus sporadiquement ensuite avec Le sang des autres, Poulet au vinaigre, Jours tranquilles à Clichy, Betty et L'ivresse du pouvoir.

Stéphane Audran, épouse de Jean-Louis Trintignant dans les années 1950, en concubinage avec Claude Chabrol à partir de 1959 (et mère de Thomas Chabrol) avant de se marier puis de divorcer en 1980, a connu ses plus grands rôles quand elle s'est émancipée de son pygmalion. La comédienne a été à l'affiche de nombreux films moyens signés pourtant Jacques Pinoteau, Jean Delannoy, Philippe Labro... Mais avec les reconnaissances pour Les biches et Le boucher, son élégance et son magnétisme ont séduit Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie), une histoire de repas impossible entre notables. La gastronomie, thème chabrolien par excellence, va aussi être son porte-bonheur. Ce film lui ouvre les portes des grands cinéastes et du cinéma anglo-saxon. Dans les années 1970, elle tourne avec Orson Welles (dans l'inachevé The Other Side of the Wind, bientôt restauré et complété), Samuel Fuller (Un pigeon mort dans Beethoven Street, Au-delà de la gloire, Les voleurs de la nuit), une adaptation internationale d'un Agatha Christie (Dix petits nègres) et surtout Claude Sautet (Vincent, François, Paul… et les autres, où elle est la femme d'Yves Montand, qu'elle quitte).

Dans un registre plus populaire on la voit chez Michel Audiard et Georges Lautner, dans La cage aux folles 2 et 3. Ces vingt dernières années, elle apparaît dans des comédies oubliables comme Arlette, Belle-Maman, J'ai faim, Ma femme d'appelle Maurice... En 1981, elle retrouve Huppert, sa partenaire de Violette Nozière dans Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, épouse de Noiret policier devenu assassin. Parmi les films qui ont marqué sa carrière, on note aussi Mortelle randonnée de Claude Miller, Les saisons du plaisirde Jean-Pierre Mocky, et La fille de Monaco d'Anne Fontaine, son dernier film il y a dix ans.

Mais Stéphane Audran s'est offert un chant du cygne somptueux, avec une autre grande bouffe, Le festin de Babette (1987) de Gabriel Axel. C'est sans doute son dernier grand rôle, mais aussi l'un des plus beaux. En cuisinière renommée fuyant une France répressive dans un Danemark austère, elle brille à la lumière des bougies, accomplissant des merveilles avec la nourriture: elle habite littéralement ce film, sélectionné à Cannes et oscarisé l'année suivante.

Ce qui plaisait chez Audran, c'était son jeu subtil, jamais dans l'effet ou la surdramatisation. Sa sincérité transperçait l'écran. Actrice discrète, elle revendiquait cette sobriété. Pas étonnant alors que ce démystificateur de Chabrol ait trouvé en elle toutes les facettes de la femme, qu'elle soit infidèle ou sans amour, vulgaire ou fatale, garce ou vulnérable. Honnête (et engagée), mal exploitée par le cinéma français, l'actrice restera l'une de ces incarnations d'une France en mutation, à la fois enracinée et libérée, classique et moderne, "pompidolienne" en quelque sorte.

L’acteur japonais Ren Osugi est mort (1951-2018)

Posté par vincy, le 22 février 2018

L'acteur japonais Ren Osugi est mort le 21 février 2018 à l'âge de 66 ans d'une attaque cardiaque. Figure récurrente du cinéma de Takeshi Kitano, il avait été de plusieurs de ses films comme les beaux Kids Return et Hana-bi, mais aussi dans Sonatine, mélodie mortelle, Aniki mon frère, Dolls, Glory to the Filmmaker, Achille et la tortue, Takeshis, Getting Any? et Outrage coda ( l'an dernier). Il avait été nommé comme meilleur second-rôle aux Awards of Japanese Academy pour Hana-bi. Le Festival de Yokohama lui avait décerné un prix du meilleur second-rôle pour l'ensemble de ses films de la saison 1997-1998.

Ren Osugi a aussi tourné régulièrement avec Takashi Miike (Ley Lines, Audition, Dead or Alive 2, MPD Psycho, Zebraman) et Kiyoshi Kurosawa (Cure, Licence to live, Charisma, Loft). Second-rôle à la filmographie impressionnante, on l'a aussi vu chez des cinéastes connus comme Yoichi Sai (Inu Hashiru), Hirokazu Kore-eda (Maborosi), Masayuki Suo (Shall we dance?), Sabu (Monday, Blessing bell, Ten no Chasuke), Yoji Yamada (Le Samouraï du crépuscule)...

Sa carrière de près de 45 ans, aussi bien sur le petit que le grand écran, l'a mené à jouer les yakusas, les pères de famille comme les chauffeurs de taxi ou les gérants d'hôtel. Très populaire dans l'archipel nippon, il avait cette capacité de passer en un instant du rire au drame, de l'idiot à l'autoritaire, de l'amoureux au mélancolique.

Décès d’Idrissa Ouédraogo (1954-2018): Ouagadougou en deuil

Posté par vincy, le 18 février 2018

Un des grands cinéastes africains est mort dimanche 18 février. Le réalisateur et producteur Idrissa Ouédraogo avait 64 ans, a annoncé l'Union nationale des cinéastes du Burkina dans un communiqué transmis à l'AFP. Réalisateur de dix longs métrages et d'une vingtaine de courts métrages, segments, séries télévisées documentaires, Idrissa Ouédraogo a été récompensé du Prix du meilleur court-métrage au FESPACO (Poko, 1981), du Prix Georges Sadoul (Yam daabo, 1986), d'un Prix FIPRESCI (Yaaba, 1989) et d'un Grand prix du jury au Festival de Cannes (Tilaï, 1990) et d'un Ours d'argent au Festival de Berlin (Samba Traoré, 1992) parmi ses multiples récompenses reçus de Tokyo à Melbourne en passant par Venise ou Milan. Tilai avait aussi été couronné par le Grand prix du Fespaco en 1991.

"Dans les années 90, j'avais montré deux de ses films : Yaaba et Titaï, pas parce qu'il était burkinabé mais parce qu'ils étaient beaux. Hier, Idrissa Ouedraogo a fermé les yeux pour de bon, au moment où se couchait le soleil qui a illuminé son oeuvre" a tweeté Gilles Jacob, ancien Président du Festival de Cannes.

Né le 21 janvier 1954 à Banfora (à l'époque en Haute Volta), et après ses études à l'université de Ouagadougou et à l'Institut africain d'études cinématographiques, Idrissa Ouédraogo a lancé en 1981 sa propre structure de production (Les films de l'Avenir) et entre à la Direction de la Production Cinématographique du Burkina-Faso.

Il poursuit sa formation en Russie puis à l'Idhec (ancienne Fémis) et à la Sorbonne en France. Après plusieurs courts et documentaires, il réalise son premier long, Yam Daabo (Le choix), récit sur l'exil d'un paysan du région pauvre du Sahel et sa part de sacrifices. Il a déjà posé les bases de son cinéma-vérité, mélange de documentaire et d'intimité, où les drames semblent être naturellement intégrés au quotidien. A cette époque, il expliquait: "Je déplore que l'image du tiers monde et de l'Afrique en particulier, véhiculée au cinema, à l'étranger et même par certains cinéastes africains, soit trop souvent exclusivement liée a la misère des hommes. La joie, l'amour, la haine, le combat optimiste qui sont des éléments universels, ne doivent pas être exclus."

Avec Yaaba (Grand-mère), il fait le lien entre un enfant joyeux et une vieille femme rejetée par les siens. Il fait le portrait des us et coutumes de sa région natale. Cette histoire initiatique est là encore l'occasion de montrer ce qui fait l'homme: son courage et sa lâcheté, sa bonté et ses conflits, une forme de bonheur toujours encadrée par un environnement violent.

Mais c'est avec Tilaï qu'il acquiert ses lettres noblesses et devient un cinéaste majeur. Il filme un dilemme tragique: un fils revient dans son village et apprend que son père a pris pour deuxième femme celle qui lui était promise. Entre traditions ancestrales et sentiments éternels, le réalisateur brise plusieurs tabous: le fils va avoir une liaison "incestueuse" avec cette deuxième épouse, autrefois sa fiancée. Le déshonneur atteint toute la famille et le père met fin à ses jours, tandis que l'un des frères est chargé de tuer le "maudit". La transgression est au cœur de ce beau film dont le titre signifie La Loi. Entre silences, soupirs, cris, honneurs et désirs, avec simplicité, Idrissa Ouédraogo continue d'explorer les liens flous qui unissent l'amour et la haine. Les paysages du Nord du Burkina Faso, aussi beaux qu'aride, brutaux que fascinants, étaient le parfait cadre de ses histoires, parlées dans la langue mooré du peuple Mossi. Le réalisateur aimait conserver et transmettre cette authenticité.

C'est ce qui, finalement, est en commun à travers toutes ses œuvres. "C'est un baobab qui s'est effondré", a réagi le comédien burkinabè Gérard Sanou, repris par l'AFP. "Il a raconté la vie de gens ordinaires, plantant sa caméra dans les zones rurales plutôt que dans les villes, il a su rendre la beauté des zones sahéliennes", explique Abdoulaye Dragoss Ouédraogo, cinéaste et professeur d'ethnologie visuelle à l'université de Bordeaux.

"C'était le maestro du cinéma burkinabè. C'est douloureux, une perte inestimable pour nous et pour l'Afrique toute entière", a déploré Rasmané Ouédraogo, l'un des principaux acteurs du film Tilaï. Pour le cinéaste et documentariste burkinabè Michel Zongo, "il a inspiré toute une génération de jeunes cinéastes africains. Il a réussi à partager nos histoires avec le monde".

Samba Traoré, sorti en 1993, coscénarisé avec Santiago Almigorena, s'aventure dans le film noir, où le héros à qui tout semble sourire, a construit son bonheur - un mariage et un bar - après un hold-up. Dès lors, le cinéaste continuera de s'ouvrir à d'autres cadres: les angoisses d'un jeune africain arrivé en France dans Le cri du cœur (avec Richard Bohringer), le rêve d'une vie meilleure pour deux amis du Zimbabwe (Kini et Adams), une fresque historique tragique dans La colère des Dieux, un drame sur les injustices et les inégalités sociales dans Kato Kato, ou encore le film collectif sur les attentats du 11 septembre avec un segment de 11'09'01.

La tragédie était sa matière, qu'elle soit signée d'un auteur antique grec ou de Césaire. Mais on se souviendra aussi de son engagement pour l'Afrique, son aspiration à l'émancipation d'un cinéma subjectif décolonisé. "Aujourd’hui le cinéma africain doit se poser beaucoup de questions sur la manière de faire des films avec les nouvelles technologies pour qu’elles soient compétitives, sur la manière de faire des films qui viennent de nous-mêmes, du fond de nous-mêmes. Quand on regarde tous les films qui sortent, je cherche ce que le continent peut apporter aux autres, surtout au sud du Sahara. Quand j’étais gamin, on me racontait plein de contes, les mythes africains, la mythologie, il y a plein de choses intéressantes que le monde ne connaît pas, et cinématographiquement qui auraient été très belles. Je sais pas si c’est par complexe, et pourquoi on n’arrive pas à donner aux autres quelque chose de vraiment propre à nous, notre passé même historique, la colonisation qui était brutale, sauvage."

"Le cinéma c’est un regard sur les choses, les êtres de la vie, un regard philosophique" disait-il, se désolant que la génération suivante n'ait pas pris le relais et que la sienne soit écartée des plateaux.

Dorothy Malone s’envole (1924-2018)

Posté par vincy, le 21 janvier 2018

L'actrice américaine Dorothy Malone, âgée de 93 ans, est décédée vendredi 19 janvier à Dallas. Malone a été l'une des rares actrices à travailler durant plus de 50 ans à Hollywood avec plus de soixante films au compteur. Après quelques petits rôles chez Michael Curtiz (Nuit et jour), Howard Hawks (Le grand sommeil) ou Raoul Walsh (One sunday Afternoon, elle commence à se faire un nom dans les années 1950 après le succès de la Fille du désert du même Walsh.

Elle enchaîne les films, les genres, les styles. Belle et élégante, aussi à l'aise dans le film noir que dans la romance, le western ou la comédie, on la voit dans L'Homme du Nevada (The Nevadan) de Gordon Douglas, Du plomb pour l'inspecteur (Pushover) de Richard Quine, Artistes et Modèles de Frank Tashlin ...En 1954 la brunette passe blonde platine. Et sa notoriété explose. En 195, après une série de films médiocres, avouons-le, elle s'impose grâce au chef d'œuvre de Douglas Sirk, avec Rock Hudson, Lauren Bacall et Robert Stack, Ecrit sur du vent. Dans ce quatuor amoureux et malheureux, elle incarne une femme nymphomane, riche et auto destructrice . Ce qui lui vaut l'Oscar du meilleur second-rôle féminin (et une nomination aux Golden Globes). Elle tourna avec le même cinéaste l'année suivante La Ronde de l'aube (The Tarnished angels).

Vedette des années 1950 ( L'homme aux mille visages avec James Cagney, Une femme marquée, Quantez, leur dernier repaire), la comédienne aura moins de choix cinématographiques dès le début des années 1960 (on soulignera sa prestation remarquable dans El Perdido (The Last sunset) de Robert Aldrich). Elle tourne alors pour la télévision (Les incorruptibles, L'homme de fer, Les rues de San Francisco, Vegas...).

Populaire et aimable, elle avait le don pour troubler le spectateur, allumer le plus insensible mâle partenaire, et pourtant... derrière cette image de jeune femme bien élevée mais pas dupe, elle avait survécu à la mort de ses deux sœurs et de son frère. Son dernier rôle au cinéma, et celui qui parlera aux plus jeunes générations, est celui d'Hazel Dobkins, une amie de Catherine Tramell dans Basic Instinct de Paul Verhoeven. Une vieille dame digne et chic qui a quand même été une criminelle psychopathe ayant tué toute sa famille.

Dorothy Malone était réputée pour ses yeux bleus magnifiques, mais n'a pas pas eu les films qu'elle méritait. D'ailleurs, c'est avec la série Peyton Place qu'elle a conquis sa popularité et aussi touché ses plus importants revenus. Mariée deux fois (dont la première fois avec un ex de Ginger Rogers, le français Jacques Bergerac, avec qui elle a eu deux enfants), elle vivait une retraite paisible, s'occupant de ses petits-enfants.

Juan Luis Buñuel s’efface à l’âge de 83 ans (1934-2017)

Posté par vincy, le 12 décembre 2017

Dans l'indifférence générale, le réalisateur et scénariste français Juan Luis Buñuel est mort le 6 décembre dernier, le même jour que Johnny Hallyday. Son décès a été annoncé dans la presse espagnole le 8 décembre. Né le 9 novembre 1934, le fils de Luis Buñuel et père de Diego Buñuel venait de fêter ses 83 ans.

Photographe, sculpteur, peintre, scénariste, réalisateur, documentariste et même acteur (Henry et June, L'aventure c'est l'aventure), ce touche-à-tout qui avait vécu en France, aux États-Unis et au Mexique a commencé en étant l'assistant réalisateur de son père en 1960 pour La jeune fille. Avec lui, il a travaillé sur Viridiana, Le journal d'une femme de chambre et Cet obscur objet du désir. Il assista aussi Louis Malle (Viva Maria!, Le voleur), Henri Verneuil et Luigi Comencini.

A partir de 1966 il réalise quelques courts documentaires avant de se lancer dans une fiction longue, Au rendez-vous de la mort joyeuse, récompensé à Sitges, avec Françoise Fabian. Il signe ensuite La femme aux bottes rouges en 1974, avec Catherine Deneuve et Fernando Rey, Léonor en 1975 avec Michel Piccoli, Ornella Muti et Liv Ullmann, et La rebelión de los colgados 1986.

Très vite, il se tourne vers la télévision pour des téléfilms ou des séries. Il prend sa retraite il y a 20 ans.

Johnny Hallyday ne retient plus la nuit (1943-2017)

Posté par vincy, le 6 décembre 2017

Johnny Hallyday n'est plus. Le chanteur était un "monument national". Du rock à la soul, de la variété au blues, de la country à la chanson française, en évitant le disco quand même, il avait vendu plus de 100 millions de disques,  attiré près de 29 millions de spectateurs lors de ses concerts, travaillé avec Michel Berger et Jean-Jacques Goldman. Ses tubes "allumaient le feu" sur scène: Souvenirs, Souvenirs, Retiens la nuit, L'idole des jeunes, Que je t'aime, Noir c'est noir, Gabrielle, Ma gueule, Le pénitencier, Quelque chose de Tennessee, Le chanteur abandonné, L'envie, Je te promets, J'oublierai ton nom, Marie etc... Le blouson noir est mis au vestiaire depuis cette nuit. Né Jean-Philippe Smet le 15 juin 1943, Johnny Hallyday est mort à l'âge de 74 ans le 6 décembre 2017.

Il aimait le cinéma aussi. "Quand j'ai un problème, disait-il, je rentre dans une salle de cinéma pour tout oublier." Et pas seulement en ayant été le compagnon de Nathalie Baye, avec qui il a eu une fille, Laura Smet, qui partagent toutes les deux, pure coïncidence, le grand écran pour la première fois aujourd'hui en salles avec le film Les Gardiennes.

Johnny aimait jouer. Un petit rôle dans Les diaboliques chez Clouzot où il devait espionner Signoret coupé au montage, quelques cours à la rue Blanche, une envie de théâtre. Puis il a eu Catherine Deneuve en partenaire dans Les Parisiennes. Il devient ami de Vadim et chante "Retiens la nuit" le temps d'une scène.

L'Elvis français a pourtant été longtemps ignoré par le 7e art, trop charismatique, trop populaire, ou trop décalé? Il tourne un western minable (Le spécialiste), un film fou de Robert Hossein (Point de chute), un Lelouch (L'aventure c'est l'aventure, où le rôle principal est tenu par Jacques Brel). Lelouch se rattrapera sur le tard avec Salaud, on t'aime en 2014 et Chacun sa vie cette année. Sur RTL, Claude Lelouch rappelait ce matin: "J’ai filmé son dernier concert en solo à Vienne pour le film. Et puis j’ai filmé sa dernière séquence avec Jean Dujardin et Antoine Duléry. Et j’ai filmé son premier scopitone, sa première chanson. J’étais là au début et à la fin." Le projet avec Alain Corneau, lui, tombe à l'eau.

Paradoxalement, Aznavour, Mitchell, Souchon, Bruel, Bashung, Birkin et Montand ont eu davantage d'estime et une meilleure présence aux génériques des films.

Lire aussi notre portrait: Pourquoi pas lui?

En 1985, tandis que son plus bel album sort (Rock n' Roll Attitude, ce qui l'illustre parfaitement), Johnny nait au cinéma. Il l'avoue lui-même : c'est son premier vrai film. Sa compagne et partenaire, Nathalie Baye, est multi-césarisée. Il a suffit que Jean-Luc Godard lui propose ce pari si singulier, ce tournage si original. Il avait refusé Mocky, Pialat l'avait finalement boudé parce qu'il avait tourné avec Godard: il ne sera pas dans Police. C'est Détective. Il enchainera avec Costa Gavras, avec Conseil de famille. Beau doublé même si les films ne sont ni les meilleurs de leurs auteurs, ni des prestations mémorables.

Mais avec les échecs successifs de Terminus, Le Triangle de fer et de La Gamine, la carrière de Johnny avorte dès le début des années 90. La télé le sauve un peu, avec la série David Lansky. "J'en ai eu marre d'enquiller des films qui ne marchaient pas" confiait-il alors.

Après une apparition qui lui redonne le goût de jouer (Paparazzi grâce à l'envie de Vincent Lindon), on lui propose de nouveaux types de scripts. il accepte un second rôle sobre et paternel pour un premier film, Pourquoi pas moi?, du jeune Stéphane Giusti où sa fille est lesbienne. Laetitia Masson pensait réaliser un documentaire sur lui. Elle l'invite dans Love me, un "Que je t'aime" allégorique crié par Sandrine Kiberlain. Il enchaîne avec un caméo chez son pote Stévenin dans l'acclamé Mischka.

Hallyday se laisse aller à des choix audacieux, où son public ne le suit pas, indifférent à ce cinéma si loin de sa personnalité proche des masses. Près de 48 ans après son premier pas sur un plateau, 42 ans après son premier single, 18 ans après son premier bon film, Johnny Hallyday, à quelques mois de ses soixante bougies et d'une nouvelle tournée hexagonale, est enfin considéré comme un comédien, obtenant les faveurs des critiques et trouve son meilleur rôle dans son meilleur film: L'Homme du train de Patrice Leconte, face à Jean Rochefort. Le Festival de Venise l'accueille chaleureusement. Leconte lui a offert un cadeau magnifique en le faisant jouer avec son image de cow boy, de rocker, tout en la mélangeant à celle plus imaginaire du papa, du mec normal et pantouflard. Un western moderne où il rêve d'une autre vie, comme un chanteur espère être acteur.

Voir aussi les films avec Johnny Hallyday

Il s'essaie au polar (Crime Spree avec Harvey Keitel, Gérard Depardieu et Renaud), aimerait jouer avec Ruiz comme Veber. Finalement il s'amuse à être un ermite borgne dans Les Rivières pourpres 2 : les Anges de l'Apocalypse d'Olivier Dahan : l'ermite borgne, incarne un Jean-Philippe Smet qui ne serait pas parvenu à devenir Johnny Hallyday dans Jean-Philippe de Laurent Tuel, fait un petit tour dans
La panthère rose 2 de Harald Zwart.

En 2009, il surprend tout le monde en se frottant à Johnnie To, le prince du film noir de Hong Kong. Vengeance, entre Macao et triades, hommage aux polars d'antan, est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2009. Il monte les marches en demi-dieu vivant. Pourtant, après, entre tournées et maladies, Johnny se raréfie. On le voit jouer son propre rôle dans le Rock'N'Roll de Guillaume Canet, succès de ce début d'année 2017. Il se parodie avec délectation, prisonnier dans son "pénitencier" de banlieue parisienne, où la gardienne, Laetitia Hallyday elle-même, lui interdisait de fumer...

Au cinéma Johnny restait Johnny. Il fascinait. Mais c'est finalement l'histoire d'une passion manquée.

Plus d’image pour le chef-opérateur Matthieu Poirot-Delpech (1959-2017)

Posté par vincy, le 30 novembre 2017

Le directeur de la photographie Matthieu Poirot-Delpech, ancien président de l'Association française des directeurs de la photographie cinématographique, est mort le 25 novembre à l'âge de 58 ans, annonce Le Monde dans son édition du jour. Né le 14 novembre 1959 à Paris, le fils du journaliste au Monde Bertrand Poirot-Delpech, et de l'écrivaine Julie Wolkenstein a d'abord été diplômé d'architecture avant d'entrer à l'Institut des hautes études cinématographiques (l'ancienne Fémis). il a d'abord réalisé quelques courts métrages au débit des années 1990 avant de devenir chef opérateur.

S'il fait ses débuts avec Mathieu Amalric avec Mange ta soupe, c'est sa collaboration avec son complice étudiant Olivier Ducastel (section montage de l'Idhec) qui le révèle. Il mettra en images une grande partie des films de Ducastel et Jacques Martineau: Jeanne et le garçon formidable, Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen, Crustacés & coquillages, Nés en 68 et L'arbre et la forêt.

Son dernier film en salles en janvier

Parmi les longs métrages marquants de sa filmographie, on remarque un certain éclectisme (de la comédie d'auteur au polar en passant par des films plus dramatiques) et une exigence certaine dans ses choix: Ressources humaines de Laurent Cantet, Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll, Gangsters d'Olivier Marchal, A la petite semaine et La vérité ou presque de Sam Karmann, Tristan et Tu vas rire, mais je te quitte de Philippe Harel, Tout pour plaire de Cécile Telerman ... Il venait de terminer le tournage du prochain film de Jean-Pierre Améris, Je vais mieux, adaptation d'un roman de David Foenkinos prévue en salles en janvier prochain.

L'âme scientifique, la passion du navigateur et son envie primordiale de se faire plaisir l'ont conduit à mener sa carrière au gré du vent, refusant beaucoup de projets, cherchant toujours le défi plutôt que le confort. Mathieu Poirot-Delpech avait toujours collaboré sur les courts-métrages. Parmi ceux qu'il a réalisé, Les enfants s'ennuyent le dimanche avait même été sélectionné à Cannes. Curieux, il a été l'un des premiers à utiliser l'image numérique, dès le début des années 2000. Ces dernières années, il avait mis son savoir-faire au service de la télévision, notamment avec la série La Source de Xavier Durringer, ou des téléfilms comme Les heures souterraines et Rouge sang.

Robert Hirsch (1925-2017), un monstre sacré oublié par le cinéma

Posté par vincy, le 16 novembre 2017

Robert Hirsch était considéré à juste titre comme un des monstres sacrés du théâtre français. Il est décédé ce jeudi 16 novembre à l'âge de 92 ans à Paris, a annoncé Francis Nani, directeur du théâtre du Palais-Royal.

La scène était sa religion. 65 ans de carrière sur les planches. Une banale chute à son domicile et son cœur a lâché. Danseur de formation, élève du Conservatoire, Sociétaire de la Comédie française durant 22 ans, il cherchait encore un rôle à jouer. Lui qui avait tout incarné: Arlequin, son personnage emblématique, Scapin, Néron, Tartuffe, Richard III, ... De Shakespeare à Feydeau, de Brecht à Guitry, de Beckett à Goldoni, de Pinter à Zeller, il s'était glissé dans les textes les plus variés. Plusieurs fois "moliérisé" (un record de 5 Molière en plus d'un Molière d'honneur), sachant avec précision la limite entre le grotesque et la caricature, jouant les failles humaines avec la même délectation que leur ridicule, Hirsch se lançait sur les planches comme un nageur sautait dans le vide du haut de son plongeoir, profitant ensuite de chaque phrase, de chaque émotion avec gourmandise.

Charismatique au théâtre, il fut sans doute effrayant pour le cinéma. Il laisse derrière lui de multiples seconds-rôles. Guitry (Si Versailles m'était conté), Decoin (Les intrigantes), Delannoy (Notre-Dame de Paris, Maigret et l'affaire Saint-fiacre), Allégret (En effeuillant la marguerite) lui donnèrent des miettes, des personnages secondaires et séducteurs. Car il était beau, jeune.

Dans les années 1960, il fait quelques petits tours chez Yves Robert (Monnaie de singe), Michel Deville (Martin Soldat), et Alex Joffé (Pas question le samedi, dans lequel il interprète 13 personnages, une prouesse). Et ça ne va pas plus loin après: dans les années 1980, il ne tourne qu'un seul film, La crime de Philippe Labro. Il faut finalement attendre le crépuscule de sa vie pour que les grands cinéastes de leur temps imprime son visage vieillissant sur la pellicule.

Sa vie est un théâtre

Hiver 54, l'abbé Pierre en 1990 de Denis Amar, qui lui vaut son unique César, celui du meilleur second-rôle, hochet de consolation ou de pardon d'un 7e art qui l'a oublié. Suivent Mon homme en 1995 de Bertrand Blier, Mortel transfert en 2001 de Jean-Jacques Beinex, Une affaire privée en 2002 de Guillaume Nicloux, et il y a deux ans, L'antiquaire de François Margolin.

Le petit écran aura été presque plus généreux, notamment en diffusant ses pièces les plus populaires comme Un fil à la patte ou les plus marquantes telles Kean, un roi de théâtre.

Robert Hirsch était un Roi de théâtre et un fantassin du cinéma. Il ne vivait que pour le théâtre, entretenant sa mémoire, refusant l'oreillette. De la trempe des Michel Bouquet, il sortait peu, haïssait les mondanités. "Le théâtre, c'est ce qui me fait vivre. De là sont venues mes plus grandes joies et mes plus grandes déceptions. J'ai été heureux pendant un moment dans ma vie privée, mais ce n'est jamais passé avant le théâtre" lui qui ne disait rien de sa vie privée.

Naturellement drôle, et même plaisantin, il rappelait que son premier coup de foudre fut la danse. La scène était dans son sang. "Quand je ne joue pas, je ne fais rien. Je suis complètement inutile. Je ne m'ennuie pas, mais je ne sers à rien. Je regarde beaucoup la télé, je dors très mal alors je passe la nuit devant Planète, Nat Geo Wild. Et je me lève à 14 heures ! Je sors très peu. Je donne sur scène, après faut plus me demander" rappelait-il il n'y a pas si longtemps à la sortie d'une représentation. Il ne donnera plus rien.

Adieu Danielle Darrieux (1917-2017)

Posté par vincy, le 19 octobre 2017

Une légende s'éteint. Danielle Darrieux, actrice centenaire, a décidé de s'en aller, discrètement. On espère qu'elle a apprécié un dernier verre de whisky avant de nous quitter. Elle est décédée à Bois-le-Roi, son domicile situé dans l'Eure, le 17 octobre, a annoncé son compagnon Jacques Jenvrin. Elle est né le 1er mai 1917 à Bordeaux. "Alors, l’avenir ? On verra bien. La vie est trop courte. On crève trop tôt. Mieux vaut profiter de tout ce qu’elle vous offre et la raccourcir de quelques années, que vivre en vain durant cent sept ans" disait-elle. De 1930 à 2010, elle aura traversé le cinéma français, comme aucune autre actrice. Sa carrière fut plus riche que celles de ses consœurs de l'époque.

Elle traversa même l'Atlantique. Les Américains, pour qui elle a travaillé à plus d'une reprise -elle fut même une des premières, et des plus valables, à aller travailler à Hollywood en 1938, mais la guerre mit un terme à ce premier envol- la rappellèrent en 1950, puis en 1970, cette fois non pour tourner un nouveau film mais pour faire du théâtre à Broadway et remplacer Katharine Hepburn dans "Coco".

Car Danielle Darrieux a tout joué, la comédie et le drame, elle a chanté aussi, fait du théâtre, du music-hall, de la télé. "Si Danielle Darrieux réussit tout ce qu’elle entreprend, théâtre, cinéma, télévision, chanson, ce n’est pas seulement parce qu’elle est une musicienne pointilleuse (sens du rythme, équilibre de la voix, humour dans les contrepoints), c’est surtout parce que sa santé physique et morale la met à l’abri des glissements morbides, les éclats de rire lui servent de viatique, et les larmes d’exutoire" expliquait Paul Vecchiali dans un texte pour la Cinémathèque française, qui lui a rendu hommage il y a 8 ans.

Lire notre portrait: Danielle Darrieux, charme et élégance

Au cinéma elle débute par Le Bal de Wilhelm Thiele. Le cinéma est à peine parlant. Dès ses débuts, elle annonce la couleur: "Tourner, tourner beaucoup pour devenir vedette et avoir mon nom en gros sur les affiches. Si je parviens au titre de grande star, cela prouvera que j’ai bien servi le cinéma." Mais c'est avec Henri Decoin qu'elle s'épanouira sur le grand écran: J'aime toutes les femmes, Mademoiselle ma mère; Abus de confiance, Retour à l'aube, Battement de cœur, Premier rendez-vous puis La vérité sur Bébé Donge avec Jean Gabin. Elle était déjà une star à cette époque même si sa stature a trouvé ses plus grands rôles dans les années 1950. Ce qui frappe chez Darrieux c'est d'avoir toujours su accepter son âge au cinéma. De ne jamais avoir triché avec. On peut toujours louer sa grâce, sa fantaisie, sa beauté naturelle. Avec plus de 100 films au compteur, on remarque surtout que son jeu, dès ses premières années, était incroyablement moderne, exploitant une forme de spontanéité et s'approchant d'un naturalisme qui n'étaient pas en vogue à cette époque.

Danielle Darrieux était avant la guerre la jeune française moderne et piquante, jouant des comédies virevoltantes, plutôt que l'actrice glamour, mélo ou romantique des grands cinéastes de cette période. Elle était singulière. Et elle l'a toujours demeuré. Elle aimait composer ses rôles, apporter de la subtilité et de la profondeur à ses personnages. Elle essayait déjà d'être atemporelle, elle était déjà spirituelle. Et ça n'a pas pris une ride.

Après la guerre, elle tourne pour Claude Autant-Lara (Occupe-toi d'Amélie, Le bon dieu sans confession, et surtout Le Rouge et le noir, avec Gérard Philipe), Max Ophüls (La Ronde, Le plaisir et bien entendu Madame De...), Christian-Jaque (Adorables créatures), Joseph Mankiewicz (L'affaire Cicéron), Sacha Guitry (Napoléon, Si Paris nous était conté), Billy Wilder (Mauvaise graine), Marc Allégret (L'Amant de Lady Chatterley), Robert Rossen (Alexandre le Grand, avec Richard Burton)... Julien Duvivier la dirige dans Pot-Bouille et la sublime dans son plus grand rôle, Marie-Octobre.

Mais là aussi elle va avoir le flair, l'instinct, la curiosité d'aller voir ailleurs, chez les plus jeunes, passant de Claude Chabrol (Landru) à Henri Verneuil (Les lions sont lâchés), de Romain Gary (Les oiseaux vont mourir) à Jacques Demy. Elle est à jamais Yvonne Garnier, mère des deux jumelles dans Les demoiselles de Rochefort. Les années 1970 sont les plus pauvres de sa filmographie. Grâce à Jacques Demy, qui la considérait comme un "stradivarius",  elle relance la machine avec Une chambre en ville. Elle retrouve Paul Vecchiali, découvre Benoît Jacquot (Corps et biens) et Claude Sautet (Quelques jours avec moi) et surtout continue sa filiation cinématographique avec Catherine Deneuve. Après Demy, elle est de nouveau sa mère dans Le lieu du crime d'André Téchiné, Huit femmes de François Ozon, Persépolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ou encore Les liaisons dangereuses de Josée Dayan. Elle tourne aussi avec Jeanne Labrune, Thierry Klifa, Anne Fontaine et Pascal Thomas. Son dernier film, Pièce montée, de Denys Granier-Deferre, sort en 2010, date à laquelle elle est arrête tout.

Danielle Darrieux était un mythe (magnifiquement mis en image dans Danielle Darrieux, une vie de cinéma de la tout juste disparue Anne Wiazemsky). Elle était également une comédienne de théâtre, plutôt dans le registre comique: Feydeau, Guitry, Barillet et Grédy (Potiche). Elle fut inoubliable dans les pièces de Noël Coward, Marcel Aymé, Françoise Sagan, en Maud dans Harold et Maud, et il y a 14 ans dans la création d'Eric-Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame rose, qui lui valu un Molière de la meilleure comédienne.

Trois Victoires du cinéma (les ancêtres des César), un César d'honneur, un Molière d'honneur. Danielle Darrieux s’est mariée trois fois, avec Henri Decoin, le play-boy Porfirio Rubirosa et le scénariste Georges Mitsinkidès, avec qui elle avait adopté un fils. Une femme libre, vivante, qui a traversé une partie de l'Histoire de France et qui restera parmi les grandes du cinéma français. Quentin Tarantino l'évoque dans Inglorious Basterds et justifie ainsi son amour pour elle: "Si je parle de Danielle Darrieux [dans le film], c’est en tant qu’icône féminine absolue du cinéma français de l’époque."

On se rappellera les paroles de Louis Aragon qu'elle chantait dans Huit femmes: "Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard, Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson, Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson, Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson, Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare, Il n'y a pas d'amour heureux..."