Last ride pour Peter Fonda (1940-2019)

Posté par vincy, le 18 août 2019

Fils de. Frère de. Peter Fonda a toujours été dans l'ombre de son père, Henry, légende hollywoodienne, et de sa sœur, Jane, star mondiale. Même sa fille, Bridget, lui a piqué la vedette. Pourtant, il a su être, à sa manière, une icône, celle de la contre-culture, égérie masculine des hippies, figure emblématique du Nouvel Hollywood. Il a suffit pour cela d'un film, le cultissime Easy Rider, réalisé par Dennis Hopper et présenté à Cannes en 1969 (et primé comme meilleure première œuvre). Co-scénariste du film, Fonda reçoit sa première nomination aux Oscars dans la catégorie scénario.

Biker à jamais, casque vissé sur la tête, filant vers sa destinée d'Est en Ouest, à la fois anticonformiste et sexy... Easy Rider est un hymne à la liberté, un film anti-réactionnaire, un manifeste à la Kerouac. Easy Rider peut-être aujourd'hui regarder comme une utopie contestataire, un point de bascule. Tarantino d'ailleurs évoquait le film dans ses récentes interviews. 1969, année où se déroule Once Upon a Time in Hollywood, c'est la fin des hippies, la fin de l'innocence, l'arrivée d'un nouveau cinéma et de cinéastes qui allaient transformer l'industrie. C'est le meurtre de Sharon Tate et le carton d'Easy Rider. C'est l'échec des rêves américains... Il s'apprêtait à fêter les 50 ans du film.

Né le 23 février 1940 à New York, Peter Fonda est mort des suites d'un cancer à Los Angeles le 16 août à l'âge de 79 ans. 50 ans après le surgissement de sa Captain America sur les grands écrans.

Peter Fonda n'a jamais eu la carrière de son père et de sa sœur. Il a tourné pour Roger Corman dans les années 1960, notamment Les Anges sauvages en 1966, une histoire de gangs de motards. Après un rôle de shérif dans The Last Movie de Dennis Hopper, il se lance dans la réalisation, avec un western, L’Homme sans frontière. En tant que comédien, on le croise dans Brève rencontre à Paris (Two People) de Robert Wise, Colère froide (Fighting Mad) de Jonathan Demme, L'Équipée du Cannonball (The Cannonball Run) de Hal Needham, où il parodie son personnage d'Easy Rider, Los Angeles 2013 (Escape from L.A.) de John Carpenter, L'Anglais (The Limey) de Steven Soderbergh, Le Livre de Jérémie d'Asia Argento, Ghost Rider de Mark Steven Johnson, 3 h 10 pour Yuma de James Mangold... Souvent des seconds-rôles, souvent dans des films oubliés. Il est néanmoins nommé pour l’Oscar du meilleur acteur et lauréat d'un Golden Globe du meilleur acteur dans L’Or de la vie de Victor Nuñez (1997), pour un personnage de père de famille apiculteur. Il était d'ailleurs militant écologiste et n'hésitait pas à produire le documentaire The Big Fix en 2012 sur la gigantesque marée noire du Golfe du Mexique.

"We Blew it" disait-il dans Easy Rider. Amer constat d'un homme qui n'avait jamais lâché ses convictions ni caché ses colères, que ce soit contre Obama ou Trump.

On le verra une dernière fois au cinéma dans The Last Full Measure, qui Lionsgate sort le 25 octobre aux USA, film de Todd Robinson, avec Samuel L. Jackson, William Hurt, Ed Harris, Sebastian Stan, Christopher Plummer, et Jeremy Irvine.

Décès du cinéaste italien Franco Zeffirelli (1923-2019)

Posté par vincy, le 15 juin 2019

Franco Zeffirelli est mort à l’âge de 96 ans ce samedi 15 juin, à Rome. Le cinéaste italien, né d’une union illégitime entre un marchand de textile et une dessinatrice de mode, a été placé par sa mère dans un orphelinat.

Descendant de Leonard de Vinci, nommé Zeffiretti en hommage à Mozart, il sera placé chez une britannique exilé en Toscane, qui l’initiera à Shakespeare. S’il est destiné à l’architecture, c’est le théâtre qui va le happer. Jeune et blond, il joue Les parents terribles de Jean Cocteau, mis en scène par Luchino Visconti, qui succombe à son charme. Il en fait son assistant pour La Terre tremble en 1948, Bellissima en 1951, Senso en 1954, ainsi que son décorateur sur deux pièces.

La Callas, de Maria à Fanny

Amant et collaborateur du maître Visconti, on imagine que les relations ont été mouvementées. Au moins, il apprend le métier. Jusqu’en 1956, où les ambitions de Zeffirelli l’emportent sur les passions de Visconti. Ils se fâchent sur Verdi et la Callas, jusque là mise en scène par Luchino et que Franco lui « volera » les années suivantes en filmant les opéras La Traviata, Tosca et Norma. En attendant le tour de Pasolini pour glorifier la diva…

Le cinéma, il n’y vient qu’en 1967. Réputé pour la scène, il entre dans la cour des grands dès son premier long métrage, La Mégère apprivoisée, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Deux nominations aux Oscars, trois Donatello. Il enchaîne avec Roméo et Juliette, triomphe malgré la polémique (les deux acteurs y apparaissent nus, alors qu'ils n'étaient pas majeurs), couronné par deux Oscars en plus de deux nominations pour Zeffirelli (film et réalisateur). Les Donatello le sacre meilleur cinéaste de l’année. Shakespeare est toujours son influence majeure (Othello en opéra avec Placido Domingo en 1986, et en compétition à Cannes, et Hamlet avec Mel Gibson en 1990).

Zeffirelli va chercher dans la littérature et les arts étrangers son inspiration : que ce soit les opéras Pagliacci ou La Traviata (et en bonus une nouvelle nomination aux Oscars pour la direction artistique) avec Placido Domingo, Jane Eyre avec Charlotte Gainsbourg en 1996 ou l’audacieux et séduisant Callas Forever avec Fanny Ardant en 2002.

Homo anti mouvement gay, catho anti IVG

Pourtant c’est ailleurs que ses œuvres les plus personnelles surgissent. Dans une vision un peu réactionnaire à l’époque, à ses origines, à sa propre vie. De droite, ce qui n’est pas forcément un atout pour se faire aimer par les milieux culturels italiens, et fervent croyant, Franco Zeffirelli écrit aussi des films empreints de religiosité. En 1972, il signe François et le Chemin du soleil, hymne à Saint François d’Assise, qui lui vaut son deuxième Donatello du meilleur réalisateur. Cinq ans plus tard, il réalise une minisérie luxueuse et hollywoodienne sur Jésus de Nazareth. Il aime le spectacle, le baroque, les dorures pour mieux respecter les récits. A la manière d’un peintre de la Renaissance.

Adoubé par le Vatican, le cinéaste était ouvertement contre l’avortement. Il fut sénateur sous l’étiquette du parti de Silvio Berlusconi. Réélu en 1996, il se décide à faire son coming out, tout en restant discret sur sa vie privée et en critiquant le « mouvement gay » puisque selon lui "l'homosexuel n'est pas quelqu'un qui tremble et se maquille. C'est la Grèce, c'est Rome. C'est une virilité créatrice."

Sans doute pensait-il à l’image du père boxeur dans son film Le Champion (avec Jon Voight et Faye Dunaway). Sans doute avait-il mal vécu ses premières passions à l’instar de celle d’Un amour infini (avec Brooke Shields). On retrouve cette conflictualité intérieure dans Mémoire d’un sourire en 1993. Une jeune fille prête à entrer au couvent tombe amoureuse d’un jeune homme. Partagée entre son amour pour Dieu et celui pour l’étudiant, qui décide finalement de se marier avec une autre. Comme on comprend son âme florentine, son orgueil et son amour de la musique à travers Toscanini, où un jeune musicien est divisé entre deux mondes, celui de la compassion et celui des honneurs.

Mais c’est Un thé avec Mussolini qui est le plus personnel. Il assume la partie autobiographique de cette histoire où un groupe de femmes anglaises distinguées et "shakespearophiles" – Cher, Maggie Smith, Judi Dench, Joan Plowright, Lily Tomlin… - voient l’Italie sombrer dans le fascisme.

Finalement, c’est l'esthète Zeffirelli qui s’éclipse au moment où l’Italie n’est plus aussi raffinée que lui.

Late Blues pour Seymour Cassel (1935-2019)

Posté par vincy, le 9 avril 2019

De John Cassavetes à Wes Anderson, Seymour Cassel aura traversé 60 ans de cinéma. L'acteur, né dans la populaire Detroit en 1935, s'est éteint dans la glamour Los Angeles hier.

Fils d'une chanteuse et d'un propriétaire de boîte de nuit, Seymour Cassel est né une deuxième fois en rencontrant John Cassavetes à la fin des années 1950. Il rentre alors dans un clan, apparaissant dans le premier film du cinéaste, Shadows, tout en s'associant à la production. Dux ans plus tard, il est nommé à l'Oscar du meilleur second-rôle dans l'un des grands films de son ami, Faces. Ensemble, ils tournent Too Late Blues, Minnie and Moskowitz, The Killing of a Chinese Bookie, Opening Night, Love Streams.

Mais l'acteur est aussi régulièrement choisi par Don Siegel (The Killers, The Hanged Man, Coogan's Bluff), tout comme il apparaît chez quelques films mineurs de grands cinéastes tels The Last Tycoon d'Elia Kazan, Valentino de Ken Russell, Convoy de Sam Peckinpah. A la mort de Cassavetes, Seymour Cassel, qui n'aura jamais trouvé d'autres grands rôles et d'autres grands films, se perd dans de multiples films oubliables. De temps en temps, il brille dans un second-rôle (Tin Men de Barry Levinson, Colors de Dennis Hopper, Dick Tracy de Warren Beatty, Proposition indécente d'Adrian Lyne).

Il faut attendre 1998 pour qu'il renaisse. Grâce à Wes Anderson. D'un artisan à l'autre. Le cinéaste l'embauche pour son film Rushmore, qui pose toutes les fondations de son cinéma. Ils se retrouvent pour The Royal Tenenbaums et The Life Aquatic with Steve Zissou.

Si sa filmographie est très inégale, il avait ce talent de faire exister un rôle par son seul charisme. Soutien fervent du cinéma américain indépendant, donnant de sa personne pour des premiers films d'inconnus, passant faire une tête dans une comédie, un film de prison, un polar ou un western, pour toucher un cachet, Seymour Cassel a quand même trouvé son plus beau personnage dans In the Soup d'Alexandre Rockwell (1992), aux côtés de Steve Buscemi. Il y incarne un petit mafioso occasionnel, qui achète un scénario de 500 pages à un jeune metteur en scène dans la misère.

Pluie d’hommages pour Agnès Varda

Posté par vincy, le 30 mars 2019

Le décès d'Agnès Varda a entraîné de nombreuses réactions de par le monde. A commencer par cette photo de son fils Mathieu Demy sur Instagram, avec un simple "maman!" en guise de légende.

Les chaînes publiques ont bouleversé leurs programmes des prochains jours pour rendre hommage à cette pionnière qui su prendre les vagues, nouvelles, en amont. Arte,qui lui avait consacrée une soirée il y a deux semaines en diffusant son dernier film Varda par Agnès, diffusera son film le plus connu, Cléo de 5 à 7, mis en musique par le regretté Michel Legrand, dimanche 31 mars à 9h30. La chaîne franco-allemande a aussi prévu de montrer Sans toit, ni loi, son plus grand succès, avec Sandrine Bonnaire, lundi 1er avril à 13h35, et son documentaire fondateur Les plages d'Agnès à 20h55 le même jour.

France 2 proposera dimanche 31 mars à 20h40 la pastille D'Art d'art, où l'artiste-photographe-plasticienne avait choisi de commenter l’œuvre des Nymphéas bleus de Claude Monet. Le lundi 8 avril, Stupéfiant! rediffusera l'interview croisée entre Agnès Varda et JR par Léa Salamé, enregistrée il y a deux ans. La chaîne France 5, ce même 8 avril, diffusera le documentaire Jacquot de Nantes, portait de l'enfance de Jacques Demy réalisé par Varda en 1991.

L'émotion a parcouru tout le monde du cinéma, des Oscars à Marrakech. Le Festival de Cannes, qui lui avait décerné une Palme d'or d'honneur en 2015, a éprouvé une "Tristesse immense. Pendant près de 65 ans, le regard et la voix d’Agnès Varda ont habité le cinéma avec une inventivité intacte. La place qu’elle y occupait est irremplaçable. Agnès aimait les images, les mots et les gens. Elle est de ceux dont la jeunesse ne s’éteint pas."

Sur RTL, Thierry Frémaux a témoigné "Qu’elle était immense, c’est quelqu’un qui a fait de son passage sur cette terre, quelque chose d’inestimable." "Elle a inventé quelque chose qui n’appartenait qu’à elle" explique-t-il, ajoutant qu'elle va "nous manquer beaucoup". Rebelle et irréductible, vénérée aux Etats-Unis, Cannes devrait lui rendre hommage cette année. Thierry Frémaux rappelle qu'elle "a été celle qui a dit on peut être une artiste, une femme, une citoyenne, être une réalisatrice. Ça va être à la fois facile de s’en inspirer tellement c’est riche, et difficile de la remplacer."

Gilles Jacob lui a dit adieu sur Twitter: "Varda est partie, mais Agnès sera toujours là. Intelligente, vive, douce, spirituelle, rieuse, cocasse, inattendue comme l'est son œuvre. Ses films de quat'sous sont notre trésor. Un trésor national: celui de l'esprit français."

Le Festival de Berlin, qui venait de lui rendre hommage en février avec une Berlinale Camera, a souligné que "Le monde du cinéma a perdu une grande artiste. Ses œuvres courageuses étaient marquées par un style volontaire, où elle se détachait des conventions et des dramaturgies prédéfinies".

Côté César - elle avait reçu un César d'honneur en 2001 -, on fait l'éloge d'une "très grande dame, une pionnière et une icône de la Nouvelle Vague dont elle fut l’une des rares réalisatrices. Une immense artiste qui se passionnait et exprimait sa créativité sous de multiples formes. Elle était aussi une femme incroyable… comment ne pas succomber à ce caractère, ce franc-parler, ce look, cette modernité, qui ont toujours fait d’elle une personnalité tant honorée de par le monde ?!"

Macha Méril, récente veuve de Michel Legrand et qui a joué dans Sans toit ni loi, confie, toujours sur RTL: "Je me dis qu’une femme pour réussir une carrière pareille, il faut être une sorcière, il faut être terrible. Il faut avoir une autorité extraordinaire. On l’appelait la grand-mère de la Nouvelle Vague."

La vedette de Sans toit, ni loi, Sandrine Bonnaire, évoque dans Libération: "Ce qui me fascinait chez elle c’est qu’elle était très baroudeuse, elle l’a été jusqu’au bout, et tenace, et digne. Il y a deux jours encore elle était consciente qu’elle allait s’éteindre, mais avait une force mentale absolument merveilleuse. Elle a été une femme libre jusqu’au bout, dans sa manière de faire ses films, de les produire, d’être rebelle face à un système un peu trop codé."

Autre actrice qui a collaboré avec Varda, Jane Birkin, sa star de Kung Fu Master et de Jane B par Agnès V: "Elle avait une telle résistance qu'on l'imaginait éternelle" explique l'artiste à l'AFP. "Elle avait un côté assez bulldozer et aussi un côté fragile. Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi curieux qu'elle. Elle avait une très grande connaissance de l'art."

Julie Gayet, qui avait trouvé son premier rôle dans le cinéma d'Agnès Varda, pleure la réalisatrice: "Mon Agnès tu vas me manquer terriblement, un vide énorme... Ma maman de cinéma. Toi qui m'a tout appris. Je suis sans voix, pas envie de parler à tous ces journalistes qui me demandent ce que je pense de toi. De ton insolence, de ta pertinence, de ta pugnacité, de ta vivacité, de ton cinéma. Toi qui te battais pour un cinéma exigent, différent, indépendant, artisanal... et familial."

Même ceux qui n'ont pas forcément travaillé avec elle, comme Guillaume Canet ou Emma de Caunes, y vont de leur post sur les réseaux sociaux. Isabelle Adjani a envoyé un texte au Figaro: ""Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages." (Les Plages d’Agnès) ....du vent, le vent qui coule dans les veines des actrices et des acteurs. Inspiration? Non! Plutôt une expiration sans fin qui souffle sur tes plages dont les grains s’envolent pour créer des images fragiles mais éternelles, des images qui ne se prennent pas au sérieux mais qui prennent au sérieux ce qu’elles donnent à voir. Une plage sur laquelle les rouleaux de la nouvelle vague repeignent tous les jours la mer en bleu? C’est bon de pouvoir se sentir absurde sans se sentir stupide. Merci Agnès."

JR, en pleine installation au Louvre, a posté une photo sur Instagram, tous deux déguisés en astronautes, avec comme légende " "A toi, mon étoile filante où que tu sois...", en anglais. Et on a pu voir une silhouette de Varda, une photographie cartonnée en taille réelle de l'artiste, s'envoler avec des ballons colorés dans le ciel parisien...

Car la mort d'Agnès Varda a aussi fait réagir les médias, les festivals (de Tribeca à Toronto), les institutions (cinémathèques et musées d'art contemporain), et les artistes internationaux. La réalisatrice américaine Ava DuVernay sur Twitter ("Merci Agnès [en français dans le texte]. Pour vos films. Pour votre passion. Pour votre lumière. Elle rayonne") comme Barry Jenkins, réalisateur oscarisé pour Moonlight, , qui a partagé son émotion: "Le travail et la vie étaient fusionnés pour cette légende. Elle aura vécu à fond tous les moments de ses 90 années." Madonna sur Instagram et Twitter, a posté une photo souvenir où les deux femmes sont sur la place de la République à Paris: "Adieu à l'une de mes cinéastes préférées, Agnès Varda. Toujours un esprit curieux, créatif, enfantin jusqu'au dernier moment".

Martin Scorsese a fait savoir de son côté que "Chacune de ses remarquables photos faites à la main, si joliment équilibrées entre documentaire et fiction, ne ressemble à aucune autre - toutes les images, toutes les coupes… Quelle œuvre elle a laissée derrière elle: des films grands et petits, ludiques et durs, généreux et solitaires , lyrique et inflexible… et vivant."

Sur Facebook, Antonio Banderas lui dit adieu en la remerciant pour "cette nouvelle vague, fraîche et éternelle". Nandita Das, jurée avec elle la même année au Festival de Cannes, évoque une "immense perte".

Claude Lelouch se souvient qu'elle "a été la première à faire des films qui ont influencé la Nouvelle Vague. (...) Elle a fait de ce métier un métier aussi important pour les femmes que les hommes. Elle a toujours été dans les bons combats."

Plus officiel, la présidence de la République a aussi réagi. Emmanuel Macron, soulignant son esprit libre et espiègle, voit en elle une "Immense cinéaste, photographe et plasticienne" qui "va terriblement manquer à la création française."

Frank Riester, ministre de la Culture, s'est dit "Bouleversé, accablé, endeuillé: ces sentiments qui accompagnent la certitude que nous venons de perdre l'une des plus grandes artistes de notre époque."

Frédérique Bredin, Présidente du CNC, lui a évidemment rendu hommage: "Généreuse, joyeuse, profondément humaine, Agnès Varda a illuminé nos vies par ses films d’une folle inventivité. Elle a inventé un cinéma onirique et radical qui a changé l’histoire du cinéma et des Arts. Ce qu’elle a apporté à travers ses œuvres, ses combats pour la condition des femmes, est inestimable. Sa liberté de ton, sa curiosité insatiable, son audace, sa vitalité exceptionnelle, son humour sont et seront une leçon de vie pour tous."

La Maire de Paris, Anne Hidalgo, rappelle qu'elle "vivait rue Daguerre, dans le 14e arrondissement, depuis plus de soixante ans. Elle y était arrivée comme jeune photographe, à la recherche d’un atelier d’artiste. Elle en fit sa maison, y vécut avec Jacques Demy. Elle ne l’a plus jamais quittée, jusqu’à ses derniers instants. (...) Agnès Varda avait mille visages, elle était d’une complexité et d’une richesse rares (...). Son œuvre, de femme humaniste et engagée, a marqué toute une génération et continuera longtemps à nous inspirer."

La rue Daguerre, dans le 14e... Les fleurs s'y amoncellent depuis hier. Le siège de Ciné-Tamaris, maison de campagne en plein Paris où s'empilent les souvenirs des films de Demy et Varda. Serge Moati, documentariste, affirme que "La rue Daguerre est en deuil, le cinéma français aussi, ainsi que tous les cinéphiles du monde: la grande, la très grande Agnès Varda est morte ! Mais ses chefs d’ œuvre resteront à jamais en nos cœurs!"

La pionnière Mag Bodard (1916-2019), productrice de Demy, Godard, Deville, Varda et Bresson, nous quitte

Posté par vincy, le 1 mars 2019

La productrice Mag Bodard est décédée mardi à l'âge de 103 ans, a annoncé jeudi son associé Alain Bessaudou. Pionnière, elle était la première femme productrice française. Née en 1916 en Italie, Marguerite Bodard, communément appelée Maguy, tait plutôt destinée au journalisme, où elle fait ses débuts.

Elle avait commencé sa carrière un échec en 1962 avec La Gamberge de Norbert Carbonnaux (avec son amie) Françoise Dorléac son amie. Quand elle voit Lola de Jacques Demy, elle s'embarque dans le projet fou du jeune réalisateur: un drame musical. Les parapluies de Cherbourg obtient la Palme d'Or et lance la jeune Catherine Deneuve, sœur de la vedette Françoise Dorléac, consacre le musicien Michel Legrand et panthéonise Jacques Demy dans le cinéma français. Avec eux trois, elle produit ensuite Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et Peau d’Âne en 1970.

La fondatrice de Parc Films Mag Bodard c'est aussi la productrice de la Nouvelle vague: elle accompagne Agnès Varda avec Le Bonheur en 1965 et Les Créatures en 1966, Robert Bresson avec Au hasard Balthazar en 1966, Mouchette en 1967 et Une femme douce en 1969, Jean-Luc Godard avec Deux ou trois choses que je sais d’elle et La chinoise en 1967, Alain Resnais avec Je t’aime, je t’aime en 1968 ou encore Maurice Pialat avec L’Enfance nue en 1968, Michel Deville avec Benjamin ou les mémoires d'un puceau en 1967, Bye-bye Barbara en 1968, L'ours et la poupée en 1969 et Raphaël ou le débauché en 1970.

Elle suit aussi fidèlement Nina Companez (Faustine et le bel été, L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse Chemise, Comme sur des roulettes, Je t’aime quand même pour le cinéma ; Les dames de la Côte, La grande cabriole et L’allée du roi pour le petit écran). Jusqu'en 2006, elle n'a cessé de faire ce métier avec passion.

"Persévérante, déterminée et moderne, Mag Bodard se vouait intégralement à chaque projet et à son réalisateur, l’aidant par tous les moyens à mener à bien son projet, tel que celui-ci l’avait imaginé. Telle était sa plus grande force, savoir magnifier les artistes et leur donner les moyens d’exprimer tout leur talent" rappelle l'Académie des César en lui rendant hommage.

Agnès Varda lui a dédié un texte, diffusé sur le site de la Cinémathèque française: "Cette petite femme avec sa silhouette de jeune fille et sa tête d'oiseau a pesé lourd dans nos vies de cinéastes." Elle se souvient: "Elle venait peu aux tournages, mais elle faisait impression, toujours accompagnée par un chauffeur, élégante, coiffée, manucurée (elle avait des mains particulièrement jolies). C'est curieux que son apparence délicate soit si présente dans mon souvenir, alors qu'elle avait et qu'elle a toujours une énergie farouche mise au service de ses projets, une obstination à les faire vivre et une énorme capacité de travail."

Bruno Ganz (1941-2019) a pris son envol

Posté par vincy, le 16 février 2019

L’immense acteur suisse Bruno Ganz - Nosferatu, Les ailes du désir, L’éternité et un jour, La chute, The house that Jack built... - est mort. Il avait 77 ans.

Parmi les nombreux prix reçus, le comédien avait été désigné acteur de l'année par le magazine allemand Thater Heute en 1973 avant de recevoir le Prix du cinéma suisse (2000), le prix David di Donatello (César italien) pour Pain, tulipes et comédie la même année, le European Film Award pour l'ensemble de sa carrière en 2010, un Léopard pour toute sa carrière, à Locarno, en 2011 et une Golden Kamera au Festival de Berlin en 2014, où il dispose d'une étoile sur le Boulevard des stars.

Bruno Ganz, né le 22 mars 19411 à Zurich est mort dans cette même ville le 16 février 2019. Il a fait sa carrière dans toute l'Europe et aux Etats-Unis, faisant de lui le comédien germanophone le plus connu dans le monde durant plusieurs années. Avant-gardiste sur les planches, il savait incarner au cinéma les personnages les plus complexes. On l'a vu dans des univers parfois radicaux, souvent exigeants, chez Jeanne Moreau, Eric Rohmer, Wim Wenders, Peter Handke, Werner Herzog, Volker Schlöndorff, Jerzy Skolimowski, Alain Tanner, Théo Angelopoulos, Lars von Trier, Bille August, Arnaud des Pallières, Barbet Schroeder, Sally Potter mais aussi chez Jonathan Demme, Francis Ford Coppola, Atom Egoyan, Ridley Scott ou Stephen Daldry.


Nosferatu, Fantôme de la nuit de Werner Herzog (1979)

Kalus Kinski et isabelle Adjani dans cette adaptation du Dracula de Bram Stoker. Herzog a voulu faire un film où le vampire annonce une révolution qui menace les Bourgeois. Si le film n'est pas une performance majeure de Bruno Ganz, sa place dans le 7e art en fait un film important de sa carrière.



Les ailes du désir de Wim Wenders (1987)

Il avait déjà tourné avec Wenders (L'ami américain, 1977), et il le retrouvera dans Si loin, s proche en 1993). mais c'est bien en ange déchu dans cet hymne à Berlin et à l'amour que Bruno Ganz trouve l'un de ses plus grands rôles, transcendant le désir d'aimer, capable de renoncer à ses ailes et de quitter son beau monde en noir et blanc. Dans ce poème mélancolique et existentiel, Bruno Ganz navigue entre deux mondes, celui du spirituel, invisible, et le réal, souvent dramatique. La dure condition humaine dans une ville divisée et meurtrie.

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L'éternité et un jour de Théo Angelopoulos (1998)

Palme d'or, Ganz interprète un écrivain en fin de vie qui fait son dernier voyage entre souvenirs du passé, visions oniriques et paysages embrumés. C'est sans doute le film qui lui ressemble le plus puisque la frontière est au cœur du sujet. L'artiste sans frontières trouve ici un personnage errant qui transmet, où le lien à l'autre est ce qui reste d'essentiel. On vit sans le brouillard avec la seule certitude de mourir. Angelopoulos et Ganz tourneront aussi La poussière du temps en 2008, dernier film achevé du cinéaste. Encore une histoire de quête et d'errance, et toujours ces frontières mentales et géographiques qui nous contraignent.

Pains, tulipes et comédie de Silvio Soldini (2000)
Dans u. registre plus rare, Bruno Ganz a aussi fait des comédies et des romances. Ce film italien, énorme succès dans le pays mais aussi joli hit à l'export, le montre sous un jour différent. Ce n'est certainement pas son plus grand film mais en homme amoureux et romantique d'une femme décidée à changer de vie, il dévoile un charme rarement aussi bien utilisé.

La chute de Oliver Hirschbiegel (2004)
Son rôle le plus emblématique: Adolf Hitler. Ou plutôt le crépuscule du dictateur. Autant dire une performance (jusque dans le ton de la voix), puisque le comédien ne renie jamais l'aspect monstrueux du tyran tout en lui insufflant un humanisme réaliste (ce qu'on reprochera au film). Le film est considéré comme l'un des meilleurs du cinéma allemand de ces trente dernières années. En 2016, Un Juif pour l’exemple de Jacob Berger, histoire vraie autour du meurtre d’un marchand de bétail juif que des paysans ont assassiné pour offrir son corps comme cadeau d’anniversaire à Hitler.

Le couteau dans la tête de Reinhard Hauff (1978)
Il s'agit de son film préféré. Le rôle qu'il a tant aimé, celui d'un biogénéticien qui perd la mémoire (mais pas les sens). Un thriller sur le réapprentissage, qu'il porte sur ses épaules, en tant que victime soupçonnée de fricoter avec les terroristes. Rien à voir avec un autre thriller, plus complotiste, Un crime dans la tête (2004), où cette fois-ci il est complice des criminels.

François Perrot (1924-2019): le métier d’acteur et rien d’autre

Posté par vincy, le 21 janvier 2019

François Perrot, habitué des seconds rôles au cinéma avec près de 150 films et pièces de théâtre pendant près de soixante ans, est décédé dimanche à l'âge de 94 ans. Nommé une seul fois aux César (La Vie et rien d'autre de Bertrand Tavernier) en 1990, le comédien se glissait dans tous les costumes, à la demande.

Certains cinéastes n'hésitaient pas à faire régulièrement appel à ses services. Pour Claude Chabrol, il tourne Nada, Les innocents aux mains sales, Alice ou la dernière fugue. Avec Tavernier, il embellit sa filmographie de titres comme Coup de torchon, La vie et rien d'autre, et Quai d'Orsay (son dernier rôle en 2013). Claude Zidi l'enrôle aussi deux fois (Inspecteur la Bavure, Banzaï) tout comme Claude Lelouch (La belle histoire, Une pour toutes), Bertrand Blier (La femme de mon pote, Merci la vie) ou Henri Verneuil, aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Le corps de mon ennemi, Les morfalous). Bébel et lui c'est aussi L'inconnu dans la maison de Georges Lautner et Un homme et son chien de Francis Huster. On le voit aussi chez des cinéastes aussi différents que André Cayette (A chacun son métier), Jean-Louis Trintignant (Le maître-nageur), Jean Yanne (Je te tiens tu me tiens par la barbichette), Costa-Gavras (Clair de femme), Christian de Chalonge (L'argent des autres), Roger Vadim (Surprise Party), André Téchiné (Hôtel des Amériques), José Giovanni (Une robe noire pour un tueur), Jacques Deray (Trois hommes à abattre), Maurice Dugowson (Sarah)... Films policiers, comédies (parfois proches de la série Z), drames d'auteur: François Perrot n'avait pas de frontières.

Sans plan de carrière, il navigue ainsi de Laurent Bénégui à Diane Kurys (Je reste!). Sans oublier la télévision avec des séries comme Chateauvallon, Le château des oliviers ou La prophétie d'Avignon, en passant par des Maigret, Cordier et autres Cinq dernières minutes. Père, militaire, flic, juge, médecin, notable ou chef d'entreprise: ses personnages étaient très loin de son métier d'origine, ébéniste.

Il avait débuté avec Louis Jouvet avant de rejoindre le TNP de Jean Vilar. C'est d'ailleurs au théâtre qu'il a le plus brillé, interprétant Molière, Gogol, Brecht, O'Neill, Camus, Wilde, Buzzati, Dard, ou même la pièce de Maria Pacôme, disparue il y a peu, Les Seins de Lola. Lui même metteur en scène, il a été dirigé par André Barsacq, Georges Vitaly, Robert Hossein, Jean-Louis Barrault et Jean-Luc Moreau.

Ringo Lam (1955 – 2018) : rien de sert de mourir, il faut partir à temps

Posté par kristofy, le 29 décembre 2018

Le réalisateur Ringo Lam, qui a marqué de son nom autant les films d'action Hongkongais que ceux de Jean-Claude van Damme, est mort le 29 décembre à l’âge de 63 ans, sans doute suite à une intolérance médicamenteuse.

C'est avec son quatrième film Rien ne sert de mourir qu'il s'est imposé comme un expert du film d'action. Il s'agit là du quatrième volet de la saga Mad Mission qui en compte six (les autres films d'avant étant ceux de Eric Tsang et Tsui Hark).

Le film suivant inscrira son nom au panthéon des films cultes : City on fire en 1987, lui vaudra le Hong-Kong Film Award du meilleur réalisateur en 1988 (et meilleur acteur pour Chow Yun-fat). Quelques années plus tard City on fire allait être la source d'inspiration pour un jeune scénariste américain fan qui se lançait à la réalisation de son premier film : Quentin Tarantino avec Reservoir Dogs.

Au début des années 90 le polar Hongkongais devient populaire en occident; en France certains films sont en salles et beaucoup d'autres édités en vidéo, notamment ceux de John Woo, Tsui Hark, Johnnie To et Ringo Lam. En 1993 Ringo Lam connaît un autre énorme succès avec son Full Contact, avec, au générique, les stars du moment Chow Yun-fat, Simon Yam et Anthony Wong (ces deux là devenant les figures habituelles de Johnnie To). Il se faisait remarquer par une vision assez morne de la nature humaine et de la société hongkongaise. Techniquement, il préférait aussi les scènes d'action réalistes à celles utilisant divers effets et technologies.

Cela en faisait un virtuose, à l'ancienne. Ringo Lam a réalisé de nombreux polars avec des scènes d'action inédites, violentes ou spectaculaires : déjà en 1987 c'était Prison on fire avec Chow Yun-fat et Tony Leung (qu'il refait tourné en 1999 dans The Victim), en 1994 Le temple du lotus rouge, semi-échec, en 1997 avec Full Alert , gros succès consacré par 5 nominations aux Hong-Kong Film Awards.

En parallèle Jean-Claude Van Damme s'exporte aux Etats-Unis et devient une star mondiale des films d'action, trois de ses films ont été réalisés par Ringo Lam qui alterne entre tournages américains et les siens à Hong-Kong. Avec Jean-Claude Van Damme en tête d'affiche Ringo Lam réalise Risque maximum en 1996, Replicant en 2001 puis In Hell en 2003.

Le savoir-faire de Ringo Lam pour les polars et les scènes d'action avait été célébré en compagnie de ses compatriotes Johnnie To et Tsui Hark au Festival de Cannes en 2007, en séances spéciales, avec leur film en commun Triangle, dont ils ont réalisé chacun l'une des trois parties.

Après un long silence, un peu déprimé de voir comment l'industrie évoluait, il était de retour en 2015 avec Wild City, en 2016 avec Sky on Fire et il s'était engagé sur Eight & a Half, une ambitieuse fresque produite par Johnnie To, sur l'histoire de Hong Kong, coréalisée avec sept des plus grands noms du cinéma local.

Fin des tribulations de Maria Pacôme (1923-2018)

Posté par vincy, le 1 décembre 2018

La comédienne Maria Pacôme est morte samedi à l'âge de 95 ans, a annoncé son fils à l'AFP.

Née le 18 juillet 1923, après le cours Simon, où elle côtoie Michèle Morgan (qui est déjà une actrice connue) et de Danièle Delorme, elle épouse l'un des grands acteurs de l'époque en 1950, Maurice Ronet. Par amour pour lui, elle sacrifie sa carrière pour faire de la peinture et de la poterie. Finalement elle divorce en 1956 et revient à ses premières passions: la comédienne débute en 1958 au théâtre dans "Oscar", avec Pierre Mondy et Jean-Paul Belmondo. Elle sera aux côtés de Bébel au cinéma en 1965 dans Les tribulations d'un Chinois en Chine de Philippe de Broca. Elle y joue la future belle-mère bourgeoise de Belmondo.

Elle tourne déjà un peu depuis quelques années, des petits rôles dans des comédies comme Les jeux de l'amour du même de Broca, Le tracassin d'Alex Joffé, Le Gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault.

Sur les planches ou sur les plateaux, elle incarne parfaitement les bourgeoises tantôt coquines tantôt excentriques, parfois délurées, parfois au bord de la crise de nerf, dans la lignée des Jacqueline Maillan. Au théâtre, elle devient vite une tête d'affiche des comédies populaires, comme celle de Jean Poiré, Joyeuses Pâques en 1981. Au ciné, on la voit dans les films de Girault, de George Lautner, de Jean Becker (Tendre voyou), de Pierre Richard (Le distrait). Mais après 1980, et l'énorme succès des Sous-doués de Claude Zidi, où elle campe une directrice aussi dingue que dictatoriale, elle s'absente du grand écran. On l'aperçoit sur le petit, qu'elle n'aimait pas: "Non, je ne vais pas regarder la télé, je vais l'allumer, mais sans la regarder pour bien lui manifester mon mépris" écrivait-elle dans son autobiographie. Elle était lucide et explique en partie son insuccès cinématographique: "Je ne suis pas photogénique. Dans une piscine, quand j'ai la tête mouillée, j'ai l'air d'un rat saucé dans l'huile."

Mais c'est au théâtre qu'elle consacre tourte son énergie.

Auteure

Car depuis 1977, sans doute frustrée de se voir confier toujours les mêmes rôles, elle écrit aussi ses pièces: Apprends-moi Céline avec un jeune Daniel Auteuil, Le Jardin d'Eponine, On m'appelle Émilie avec un très jeune Patrick Bruel, Les Seins de Lola, Et moi et moi, Les Désarrois de Gilda Rumeur et enfin L'Éloge de ma paresse, qui lui valu une nomination au Molière du one man show.

Au cinéma, elle a reçu une seule nomination aux César, dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle pour La Crise. C'est en 1992. Coline Serrau la choisit pour être la mère de Vincent Lindon, où elle transporte une scène de ras-le-bol général contre son époux et son fils en grande embardée féministe. La séquence devient culte. Le film est un succès populaire.

Sa rousseur, sa voix, son style de femme classe et déglinguée lui permettent de se singulariser et de devenir au fil des décennies un visage familier pour les Français. Même si le cinéma ne lui a jamais vraiment déclaré sa flamme. On la voit chez de Chalonge, Zeitoun, Alessandrin ou, en 2012, l'adaptation d'Arrête de pleurer Pénélope de Juliette Arnaud et Corinne Puget.

Sur scène, elle avait fait ses adieux en 2009, avec La Maison du lac, remplaçant Danielle Darrieux, qui ne peut plus jouer, aux côtés de Jean Piat, décédé il y a deux mois. La pièce avait été un triomphe.

Comme elle le disait si bien: "Drôle de carrière: tout le monde me connaît et personne ne parle de moi!"

Les super-héros sont tristes: Stan Lee est mort (1922-2018)

Posté par vincy, le 12 novembre 2018

Stan Lee, créateur de personnages légendaires de l'univers Marvel, est décédé lundi 12 novembre à l'âge de 95 ans, selon la presse américaine. Il a révolutionné la bande dessinée de super-héros en leur donnant une psychologie et une humanité. Tous lui doivent leurs histoires et leurs personnalités. Malgré leurs pouvoirs, malgré leurs différences, ce sont des êtres normaux, qui tentent de survivre à un quotidien pas toujours facile.

Né le 28 décembre 1922, Stanley Martin Lieber a été précoce: à 19 ans, il écrit un texte dans Captain America, à 20 ans, il devient rédacteur en chef de Timely. Cette expérience, avec celle accumulé sous les drapeaux, en font à la fois un conteur et un publiciste. Il maîtrise la propagande, le discours choc mais aussi la dramatisation. Malgré cette précocité dans un "art mineur", il faut attendre 1961 pour qu'il créé Les Quatre Fantastiques avec Jack Kirby. Suivront, avec les dessinateurs Kirby ou Steve Ditko, une ribambelle de personnages de super-héros: Spider-Man, Hulk, Docteur Strange, Daredevil, Iron Man, Ant-Man, Thor, les mutants de X-Men, Black Panther... Ils font aussi revivre Captain America et Captain Marvel.

Très vite Stan Lee s'intéresse davantage aux dialogues qu'aux histoires puis se focalise sur la marque Marvel plutôt que sur ses co-créations. Il migre à Los Angeles et supervise les déclinaisons télévisuelles de ses personnages. Conscient de sa notoriété, généreux avec ses fans, Stan Lee devient lui-même une marque. Au début des années 2000, il cofonde la société Pow ! Entertainement, spécialisée dans la production de contenus dérivés de Marvel pour la télévision ou le cinéma, avec Disney.

Car c'est bien Mickey Mouse qui va assurer sa notoriété, au cinéma qui plus est. En 2000 sort le premier X-Men chez la Fox, premier carton au box office pour un film Marvel. Deux ans plus tard, Sony fait encore mieux avec le Spider-Man de Sam Raimi. Les quatre fantastiques, Hulk montrent aussi le regain d'intérêt pour les comics. Ces "vieux" super-héros attisent à la fois la nostalgie d'une génération post sixties et se modernisent pour les ados du nouveau millénaire grâce à des effets numériques permettant de déringardiser les adaptations jusque là peu convaincantes. La Paramount, Universal, la Fox et Sony se partagent l'univers Marvel jusqu'en 2012. Entre temps, en 2008-2009, Marvel a été absorbé par Disney, qui lance le MCU.

Au total, une cinquantaine d'adaptations durant 20 ans au cinéma ont totalisé 12,3 milliards de dollars de recettes en Amérique du nord et 30,7 milliards de dollars dans le monde. On comprend que Stan Lee ait son étoile à Hollywood. De nombreuses stars actuelles lui doivent avec ses personnages leur célébrité et leur carrière. Stan Lee rêvait d'être acteur. Au point de faire un passage dans tous les films issus de l'univers Marvel. Vendeur de hot dog ou lecteur de journal, facteur ou journaliste, bibliothécaire ou livreur, barman ou gardien de musée, coiffeur ou astronaute: ces caméos étaient aussi attendus que ceux d'Hitchcock.

Quand il a créé Tony ou Peter, ou même La chose, son personnage préféré, il avait donné un coup de jeune aux comics. Les productions cinématographiques les ont remises au goût du jour. Ainsi l'œuvre de Stan Lee infuse dans toute l'industrie du divertissement, à l'instar de Star Wars, Disney ou Spielberg. Elle s'est diffusée mondialement, de la salle de cinéma au jeu vidéo en passant par les figurines. C'était une sous-culture, c'est devenu une hyper-culture. Tout comme il créait en "collaboration", comme une fabrique créative et collective, il a construit une œuvre labyrinthique, multi-supports, trans-générationnelle, et qui semble indéfiniment déclinable...