BIFFF 2016 : les films dont vous êtes le héros

Posté par kristofy, le 9 avril 2016

Cette année, la programmation du BIFFF comporte trois films qui exploitent le principe dit de la caméra subjective : ce que vous voyez à l’écran est la vision du personnage via ses yeux. Le spectateur se retrouve à la place du héros, ou presque. Le procédé est surtout utilisé dans les jeux-vidéo puisque le joueur avec sa manette doit conduire une voiture ou tirer sur des ennemis en étant actif sur l’action. Le processus d’immersion fonctionne alors à plein.

Devant un film, c’est plus difficile de se croire dedans : il faut déjà s’identifier au personnage principal (La femme défendue de Philippe Harel avec sa voix d’homme qui tombe amoureux de Isabelle Carré fonctionne mieux pour les spectateurs masculins), il faut s'imaginer agir comme lui (dans le remake de Maniac par Franck Khalfoun le spectateur est donc le tueur), il faut ne pas être trop attaché à ce qui est crédible dans la réalité (dans Enter the void de Gaspar Noé vous êtes un esprit entre la mort et la vie)... Le fantastique en général offre un fabuleux terrain de jeu d'expérimentations, en voici trois en particulier au BIFFF :

Jeruzalem, réalisé par Doron et Yoav Paz : tout ce qui se passe est vu à travers des smartglasses, une paire de lunettes connectée au web qui peut à la fois enregistrer des images photo ou vidéo, faire apparaître dans un coin le profil facebook de la personne devant soi, voire communiquer avec quelqu’un d’autre via skype. Le point de vue est celui d’une jeune femme qui fait du tourisme en Israël. Avec une amie, elle découvre Jérusalem : visite de la ville, arrivée à hôtel, repas entre amis…

Environ un tiers du film montre des choses anodines, longtemps après le début on attend encore qu’il se passe quelque chose avec les créatures infernales que l’on pressent. Enfin, une alerte dans la ville, des gens courent dans la panique, il faut s’enfuir ou se cacher. Comme tout le film est raconté via des lunettes électroniques, il va donc y avoir du mouvement : images saccadées, un endroit sans lumière, une chute, on pourrait presque s’y croire face ces immenses bestioles qui nous attaquent... C'est du found-footage (connecté au web), l'immersion fonctionne donc plutôt bien, mais au fond seule l'utilisation de ce procédé rend le film original.

Pandemic, réalisé par John Suits : tout ce qui se passe est vu à travers une petite caméra située dans le casque d’une combinaison de protection contre un virus. Une petite équipe qui porte ce type de combinaison a pour mission de retrouver des personnes qui ne seraient pas infectées par le virus Fila qui transforme tout le pays en zombies… Ici, il y a surtout le point de vue subjectif de quatre personnages qui sont presque toujours ensemble, le principe de caméra subjective ne fonctionne pas vraiment puisque en fait il y a des champs contre-champs comme dans n’importe quel autre film, même des transitions via des images de surveillance vidéo et même quelques plans où des personnages sont filmés de face alors qu’il n’y a personne devant eux.

Au début, cela ressemble à beaucoup d’autres histoires du même genre, cependant au fil des rebondissements, le scénario est assez malin pour se distinguer des autres films du même acabit. Mieux, ce procédé de point de vue subjectif qui donc ne fonctionne pas se révèle pour plusieurs séquences un moyen original de filmer l’action (par exemple lors d'un combat façon fps dans une école, ou lorsqu'on est à la place d’un personnage qui se fait dévorer les boyaux…). L'immersion fonctionne moyennement, il aurait mieux valu ne garder ce procédé que pour certaines séquences, mais le film est plutôt vraiment bien.

Hardore Henry, réalisé par Ilya Naishuller : tout ce qui se passe est vu à travers les yeux de Henry (pas de caméra), dès le début du film Henry se réveille sans presque aucun souvenir et sans pouvoir parler, Henry (et donc le spectateur lui-aussi) découvre où il est et ce qui lui est arrivé : vous avez été sérieusement blessé et on vous greffe des prothèses. Soudain un commando arrive et il vous faut fuir : vous êtes alors lancé dans une folle course-poursuite pendant environ 90 minutes en Russie. Vous allez chuter de haut, courir au dessus d'un fleuve, être dans un bus en flammes; et surtout taper et tuer beaucoup d'ennemis dans la rue, dans un club libertin, dans une forêt...

L'immersion fonctionne très bien, le film est une succession de séquences complètement dingues rien que vos yeux. Pour qui n'est pas allergique aux films de genre cyberpunk et surtout pour qui aime être époustouflé par de l'action quasi non-stop dans tout les sens : rendez-vous pour découvrir cette folie en salles de cinéma le 13 avril !

Toronto 2015 : Room se place favori

Posté par vincy, le 21 septembre 2015

Room

Le Festival international du film de Toronto s'est achevé dimanche soir avec la révélation de plusieurs prix, dont le très convoité prix du public, habituelle rampe de lancement vers les Oscars.

Cette année, Room, drame de Lenny Abrahamson (Frank), adapté du roman d'Emma Donoghue (traduit en France en 2011), a récolté les faveurs des festivaliers et repart avec le People's Choice Award. Il devance les deux autres finaliste: Angry Indian Goddesses de Pan Nalin et Spotlight, de Tom McCarthy, avec Rachel McAdams, Michael Keaton, Mark Ruffalo, Liev Schreiber et Stanley Tucci.

Room est l'histoire d'un petit garçon, Jack, très attaché à sa mère avec qui il habite dans une pièce unique depuis sa naissance. A presque 5 ans, il commence à se poser des questions sur le monde qui l'entoure et les visites étranges du Grand Méchant Nick. Enfermée depuis 10 ans au moins, elle tente de le faire s'échapper de sa captivité. Le film met en scène Brie Larson, déjà parmi les favorites pour l'Oscar de la meilleure actrice, Joan Allen, William H. Macy et Jacob Tramblay dans le rôle du garçon.

Room succède à The Imitation Game12 Years a slave et Happiness Therapy, les trois précédents vainqueurs de ce prix.

Le public choisit aussi ses meilleurs films dans deux autres catégories : le documentaire et les séances de minuit. Pour les documentaires, Winter on Fire: Ukraine's Fight for Freedom d'Evgeny Afineevsky a reçu la préférence des festivaliers, devant This Changes Everything d'Avi Lewis et Al Purdy Was Here de Brian D. Johnson. Pour les films de genre, Hardcore de Ilya Naishuller l'a emporté, devant The Final Girls de Todd Strauss-Schulson et Green Room de Jeremy Saulnier.

Par ailleurs le Festival lançait cette année un nouveau prix, le Toronto Platform Prize, avec un jury composé de Jia Zhang-ke, Claire Denis et Agnieszka Holland. Ce premier prix a récompensé Hurt d'Alan Zweig et donné une mention spéciale à Neon Bull de Gabriel Mascaro, The Promised Land de He Ping et The Clan de Pablo Trapero.

D'autres prix sont remis à Toronto. Voici le palmarès complet:

Prix Netpac (cinéma asiatique): The Whispering Star, de Sion Sono
Prix Discovery Programme Filmmakers: Black, de Adil El Arbi et Bilall Fallah
Prix FIPRESCI (séances spéciales): Desierto, de Jonas Cuaron
Prix FIPRESCI (programme Découverte): Eva Nova, de Mako Skop
Meilleur film canadien: Closet Monster, de Stephen Dunn
Meilleur premier film canadien: Sleeping Giant d'Andrew Cividino
Meilleur court métrage: Maman(s) de Maïmouna Doucouré
Meilleur court métrage canadien: Overpass, de Patrice Laliberté