Berlin 2011 : les Teddy Awards ont 25 ans

Posté par MpM, le 16 février 2011

Teddy AwardLes Teddy Awards, qui récompensent les meilleurs films gays et lesbiens, célèbrent cette année leur 25e anniversaire. Un quart de siècle d'engagement, de résistance et de cinéphilie qui, comme le souligne Dieter Kosslick, le directeur de la Berlinale, a contribué à attirer l'attention sur les difficultés rencontrées au quotidien par les gays et lesbiennes. Mais aussi à accélérer le processus d'ouverture des esprits et à favoriser non la "tolérance", car il n'y a au fond rien à "tolérer", mais l'acceptation simple et définitive de modes de vie différents.

Depuis 1992, le Teddy Award est intégré au festival officiel. La récompense a pris une ampleur considérable, et s'est reproduite dans d'autres festivals à travers le monde (dont Cannes depuis 2010). Cet engouement, cet enthousiasme et cette détermination à continuer la lutte contre la discrimination et l'homophobie n'auraient pas manqué de faire plaisir au créateur du Teddy, Manfred Salzgeber, par ailleurs fondateur de la section panorama. D'autant qu'en 25 ans, bien des réalisateurs reconnus ont été distingués par le jury du Teddy Award, à commencer par Pedro Almodovar et Gus van Sant, premiers lauréats en 1987, mais aussi Stanley Kwan, Todd Haynes, François Ozon ou encore John Cameron Mitchell.

Cette année, 18 longs métrages, 13 documentaires et 9 courts métrages peuvent prétendre au titre. Parmi eux, on pouvait découvrir aujourd'hui le premier des deux longs métrages issus de la compétition officielle, Our grand despair du Turc Seyfi Teoman, adapté du roman éponyme de Baris Bicakci. Le film raconte la profonde amitié qui unit Ender et Cetin, deux trentenaires qui se connaissent depuis de nombreuses années et partagent un appartement à Ankara. La relation entre les deux hommes est indéniablement une relation de couple, même si eux ne le conçoivent pas ainsi, et vont jusqu'à tomber amoureux de la même femme. On découvre néanmoins au fil de l'intrigue la puissance des sentiments que se portent les personnages, notamment dans une séquence bouleversante où Ender explique que pendant l'absence de Cetin, bien des années plus tôt, il l'a cherché dans tous les hommes et dans toutes les femmes qu'il a rencontrés.

Avec beaucoup de retenue et de pudeur, Seyfi Teoman décrit ainsi une sorte de passion amoureuse qui ne dit pas son nom et lui permet de s'épanouir hors des schémas traditionnels, montrant que les relations humaines ne sont pas cloisonnées. En Turquie, l'homosexualité demeure un tabou, ce qui ajoute un éclairage supplémentaire au propos du film, et à la manière dont il est abordé par le cinéaste. Un argument qui pourrait séduire le jury présidé par Marcus Hu (producteur notamment de The living end de Gregg Araki). Réponse le 18 février lors du traditionnel gala du Teddy Awars, l'un des événements les plus courus du Festival.

L’instant court : Le jour d’avant de Denys Quélever

Posté par MpM, le 24 décembre 2010

Le jour d'avantComme à Ecran Noir, on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Un peu de retenue réalisé par Sylvain Gillet, voici l’instant Court n° 12.

Dans un univers audiovisuel en plein mutation, les frontières entre les genres sont de plus en plus floues. Le cinéma, qui s'est toujours ouvert à de nouvelles expériences, profite des nouvelles technologies pour se refaire une jeunesse (la grande tendance des restaurations) ou un portefeuille (l'arrivée quasi miraculeuse de la 3D). Pour beaucoup, ces innovations techniques sont aussi l'occasion de démocratiser un art qui a longtemps été lourd, cher et compliqué. Depuis plusieurs années déjà, on fait des films avec de mini-caméra DV, des téléphones mobiles et même des appareils-photos.

Cette semaine, nous vous proposons une oeuvre atypique qui utilise justement l'image fixe comme support de narration : Le jour d'avant de Denys Quélever. Un court métrage photographique où les "mouvements de caméra" sont artificiellement recréés par logiciel et où les acteurs (professionnels) sont doublés en voix-off.

Bien avant l'arrivée du numérique, un réalisateur comme Chris Marker a utilisé ce procédé dans l'une de ses oeuvres les plus emblématiques, La jetée. On le retrouve régulièrement dans des documentaires ou des films expérimentaux.

Des contraintes techniques propres au genre naît une grande liberté de ton et de narration qui permet aux auteurs d'exprimer aussi précisément qu'au cinéma leurs idées et leurs émotions. En plus d'être un moyen d'expression doté d'une grande force d'évocation poétique, c'est un art à la portée de tous, à mi-chemin entre le court métrage traditionnel  et le diaporama d'autrefois.

Pour vous en convaincre, découvrez Le jour d'avant, une histoire dense et forte où plusieurs personnages se retrouvent brutalement confrontés au SIDA et à leurs propres réactions face à cette maladie.

Denys Quélever nous parle du court métrage photographique et de l'expérience particulière liée au Jour d'avant.

Ecran Noir :  Quel est votre parcours dans le monde audiovisuel ?

Denys Quélever : Il est un peu atypique. J'ai commencé par créer un logiciel pour réaliser du court métrage photo sur Mac comme sur PC nommé "La Lanterne Magique". Jean-Paul Petit [animateur de l'atelier audiovisuel d'Objectif Image à Paris et lui même spécialiste du court métrage photographique] m'a contacté via le site des passionnés de ce média "Diapovision.com". Il m'a fait découvrir le club Objectif Image Paris. Une méthode très rigoureuse et précise d'analyse de montages ainsi qu'un travail en commun très dynamique y sont pratiqués.

Après avoir été pendant deux ans observateur dans ce club, j’ai eu envie d’en réaliser moi-même. Ceci m'a été bénéfique pour éviter les pièges qui affaiblissent le sujet traité par l'auteur dans son court métrage photo. J'ai été surpris par l'accueil chaleureux de mon premier essai, un documentaire sur l'histoire de la Gay Pride. A présent, j'explore de nombreux sujets, de nouvelles méthodes d'écriture et de réalisation dans ce média.

EN :  Parlez-nous de cette forme particulière de court métrage : le court métrage photographique. En quoi consiste-t-il ? Quel matériel nécessite-t-il ? En quoi se distingue-t-il/s’apparente-t-il au court métrage cinématographique ?

DQ : Le court métrage photographique, de par son nom, se base sur l'image fixe qu'il peut explorer par des moyens comme le zoom, la rotation et le déplacement dans l'image. Par ces moyens de base, on peut forcer le spectateur à porter l'attention dans un ordre précis sur différentes parties d'une même image. Le passage par une transition douce ou brusque permet de progresser dans l'histoire contée. Il peut faire l'objet d'une troisième image par la fusion des deux images le temps d'un instant défini par l'auteur. Cela permet de créer une écriture subtile et faire éprouver plus d'émotions. Par exemple, la vue d'un paysage avec le visage d'une personne qui se superpose progressivement. C'est un moyen qui est davantage utilisé dans notre média qu'au cinéma.

Pour ce qui est du matériel, on utilise un appareil photo, un ordinateur, un logiciel de retouche, un logiciel de son et un logiciel d'assemblage des différents médias. Pour résumer, un court métrage photographique est moins complexe à mettre en œuvre qu'un court métrage cinématographique, tant du point de vue de la technique qu’en termes de personnes présentes sur le tournage. En dehors des contraintes, je m’impose dans mon écriture une règle de base : « Je ne dois pas décrire verbalement ce que je montre ni montrer ce que je dis. » Pour le reste, il est très similaire au cinéma. Le spectateur doit être captivé par le sujet et non par la technique utilisée.

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Le dernier Bruce LaBruce, avec François Sagat, censuré en Australie

Posté par vincy, le 31 juillet 2010

l a zombie bruce labruceCe ne sera probablement pas la dernière fois. Le cinéaste canadien Bruce LaBruce  a vu son dernier film, L.A. Zombie (site web), retiré de l'affiche du Festival International du Film de Melbourne, à la dernière minute. Censuré.

Le film (la suite du précédent film Otto or Up with Dead People) devrait faire parler de lui. En vedette? François Sagat, star du porno gay, façon regard dur et muscles bien gonflés, qui a une vie "sextraterrestre" (mi-homme, mi-monstre) et une "sextraordinaire" libido, à la fois homosexuelle et "zombiephile", en plein coeur de Los Angeles. Tourné en une semaine, il a couté moins de 100 000$.

La commission de censure australienne a envoyé un courrier au directeur du festival, Richard Moore, lui indiquant que le film ne pouvait pas être diffusé en l'état, sans connaître préalablement la classification du film (X ou pas X, telle est la question).  En fait, la Commission, en refusant de classer l'oeuvre, la bannit tout simplement des écrans et expose ceux qui la diffusent à des amendes.

Mais jusque là, le Festival passait outre ce genre de recommandations. Le slogan du festival le clame : "C'est une question de goût". Pour Moore, "c'est au public de décider ce qu'il veut voir." En allant voir un film de LaBruce, "ils savent qu'ils ne vont pas voir Bambi ou Fantasia." Sur le site du festival, il est clairement indiqué que le film "contient des scènes qui vont offenser". Il y a sept ans, la même mésaventure était arrivée au beau film de Larry Clark, Ken Park.

Malgré sa présence en séances de nuit, il a été définitivement radié de la programmation. Les "censeurs" ont pu se procurer une copie DVD du film, et sans même lui coller un X, ont clairement trouver les scènes de sexe trop explicites (pas assez simulées même, sic). C'est donc moins trash de voir une femme se faire violer par un monstre ou un honnête citoyen se faire démembrer et manger par un serial-killer? Une sortie DVD est hypocritement possible, dans les rayons pornos. Le film qui avait révélé LaBruce, Hustler White, avait subit le même sort. Il n'a pu sortir qu'en DVD, dans une version remontée.

Sur son compte twitter, le réalisateur, lui, se dit ravi : "plus ils veulent supprimer un film, plus les gens vont vouloir le voir". Surtout, avec un budget ridicule pour la promotion, cette histoire de censure relayée dans le monde entier lui offre une publicité inespérée.

Pour l'instant, le Festival de Locarno, bien plus réputé, a toujours prévu de le projeter en avant-première mondiale le 5 août. Il y est même sélectionné en compétition.

Il devrait être présent dans la section Midnight Madness du festival de Toronto. On pourra le voir à L'Etrange festival à Paris puis au Festival du film fantastique de Sitges en Espagne.

Too Much Pussy au Festival Jerk Off

Posté par vincy, le 28 juin 2010

Too Much Pussy! Feminist Sluts in the Queer X Show
Le 3e Festival Jerk Off,  "festival alternatif et pluridisciplinaire, continue de programmer des artistes représentatifs de la diversité des cultures homosexuelles, queer et de ceux et celles qui s’en sentent proches", diffusera jeudi 1er juillet à L'Archipel (17 bd de Strasbourg, Paris 10e) le film d'Emilie Jouvet, Too Much Pussy! Feminist Sluts in the Queer X Show. Tout un programme rien que dans le titre.

Sept filles "déjantées" qui nous embarquent dans un road movie sur les routes européennes durant un été. Sept "performeuses" en tournée , des es boîtes de nuits branchées parisiennes aux squats queers underground berlinois en passant par des théâtres prestigieux à Stockholm ou Copenhague...

Ce documentaire explicite est aussi un portrait de jeunes femmes militantes, artistes et pornostars, hétéros, bi, ou lesbiennes. Le désir est multiple, libre. Elles sont les héritières de la révolution féministe pro-sexe initiée dans les années 80 par Annie Sprinkle, Candida Royalle, Carol Queen, assumant leur goût pour la sexualité, jouant librement avec les genres et réinventant sur scène de nouvelles représentations du désir et de la jouissance.

Cette exploration de l'intime  n'empêche pas la réflexion politique, activiste même, ni les tensions personnelles. Pour Emilie Jouvet, qui s'exprimait dans le magazine Yagg, "le road-movie, c’est fuir le quotidien, la routine et les règles, et partir en quête de découvertes. Découverte des autres, mais aussi de soi." Elle alterne les interviews, les shows, le sexe, le voyage, la parole et ses théories. Il fallait équilibrer "les discussions sur le féminisme et la sexualité, la beauté des paysages et des éléments, l’amitié entre ces femmes qui se construit au jour le jour, le désir aussi…"
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Site internet du Festival Jerk Off

Jamais sans toi : une histoire insolite filmée de façon esthétique

Posté par vincy, le 10 mai 2010

jamais sans toiL'histoire : L'histoire d'amour inconditionnelle entre Francisco et Thomas, deux demi-frères. Le film, se déroulant à Rio de Janeiro et Buenos Aires, raconte leur enfance dans un environnement familial aimant et leur arrivée à l'âge adulte lorsqu'ils réalisent la vraie nature des sentiments qui les lient.

Notre avis : Du début à la fin. Le titre original évoque bien mieux le propos de ce troisième long métrage du cinéaste brésilien Aluisio Abranches. Deux frères liés par leur sans mais aussi par un amour indescriptible, fusionnel, absolu, et ce dès le premier regard que plantera Thomas dans celui de Francisco. Leur amour est si grand qu'ils transgresseront tous les tabous. Reconnaissons que filmer un inceste homosexuel pouvait être casse-gueule. Mais l'oeuvre n'a rien de sordide. Elle garde de bout en bout son parti pris esthétique, avec son zeste de stylisation. La musique, une bande son inspirante, donne une dimension mélodramatique bienvenue et séduisante à des séquences souvent silencieuses, exprimant le bonheur ou la souffrance vécues par les protagonistes.

Car, cette enfance insouciante, presque trop idéale, heureuse,  cache un mystère indicible, mais palpable. On devine assez vite, par le regard des adultes, l'impuissance à contrarier un destin inhabituel. Le soupçon des uns, l'innocence des autres provoquent une absence de conflit, ù chacun se résigne à préférer les sentiments aux raisonnements. Cette absence de jugement donne une tonalité étonnamment optimiste dans une histoire qui n'est pas exempte de drames. Même la maison du bonheur, une villa de Rio qui sert de cocon isolé dans la jungle, protège les deux frères d'une société violente, d'une pauvreté distante et d'une moralité mise à l'écart. Les inquiétudes ne sont jamais celles que l'on pourrait prévoir. L'intimité n'est jamais indécente.

Même la scène où les deux frères passent "le cap" est filmée avec pudeur. Le strip-tease de ces deux "top modèles" est une simple mise à nue, sans vulgarité. C'est d'ailleurs ces scènes sans un mot qui nous happent, davantage que les séquences dialoguées, remplies le plus souvent de poncifs, soulignant trop explicitement ce que l'image traduit plus subtilement. On reste surpris par la luminosité de ces deux êtres, malgré les tragédies qu'ils traversent. Jamais ils ne semblent affectés réellement par la fatalité qui les frappe. Heureusement, Abranches décrit mieux leur psychologie personnelle, où les tempéraments s'inverseront. Ainsi, le dominant deviendra dépendant, et le vulnérable résoudra son dilemme par une aspiration plus égoïste. A travers leurs flottements, ils s'affirment. Jamais sans toi est un refus de l'autre absolutiste. Cela aurait mérité plus de profondeur mais ça n'empêche pas d'explorer intellectuellement ce désir sans concession.

Queer Palm : Cannes en est!

Posté par vincy, le 6 mai 2010

queer palmIl y avait la Palm Dog, qui récompense la meilleure performance canine dans un film du Festival, voici la Palm Queen. Il était temps. Depuis 23 ans, Berlin avait son Teddy Award; Venise avait embrayé et a créé le Queer Lion en 2007.

Cannes n'a plus à "rosir" et décernera la 1ère Queer Palm le 22 mai prochain.
Il s'agira de primer un film pour sa contribution aux questions lesbiennes, gays, bi ou trans, toutes sélections confondues. Ce 1er prix sera parrainé par les réalisateurs Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

Le jury sera composé de Benoît Arnulf (Rencontres In & Out, Festival du Film Gay et Lesbien de Nice), Florence Ben Sadoun (Première), Romain Charbon (Têtu, les Inrockuptibles), Mike Goodridge (Screen International), Xavier Leherpeur (Studio Ciné Live), Ivan Mitifiot (Écrans Mixtes, Rencontres de cinéma gay et lesbien de Lyon), Pascale Ourbih (Chéries-chéris) et Brian Robinson (Festival du film gay et lesbien de Londres).

Berlin 2010 : The Teddy is all right

Posté par vincy, le 20 février 2010

the kids are allrightPour leur 24e cérémonie, les Teddy Awards, qui récompensent les meilleurs films gays et lesbiens, ont rappelé à quel point le combat pour l'égalité des droits était toujours vivace. Amnesty international est venu informer sur scènes les nouvelles lois des pays d'Afrique de l'Est qui condamnent à mort (ou à perpétuité) les homosexuels. Le Maire (ouvertement gay) de Berlin, Klaus Wowereit, a mis en avant le fait que nous sommes tous des êtres humains, se référant à l'article 1 de la Charte des droits de l'homme des Nations Unies. "Tout être humain naît libre et égal en dignité et en droit."

Car, comme la Berlinale "classique", les Teddy sont engagés, politiques et cinématographiques. Complètement intégrés dans le Festival, c'est devenu une section parallèle incontournable qui nourrit les autres compétitions. 28 films, toutes sections confondues, avaient pour thème l'homosexualité. Même le catalogue des Teddy, broché et coloré, se permet des invités prestigieux comme éditorialistes : Elfriede Jelinek (l'auteure de La Pianiste), Inrid Caven, Isabelle Huppert et l'éternel dandy Werner Schroeter, par ailleurs présent le soir de la remise des prix.

Le palmarès a récompensé The Kids are all right, de Lisa Cholodenko (en compétition officielle de la Berlinale), avec Julianne Moore et Annette Bening en couple lesbien, mères de famille, dérangées par l'intrusion du père biologique (Mark Ruffalo) de leurs deux adolescents. Une comédie de moeurs distinguée pour "la qualité de sa réalisation et la drôlerie avec laquelle il aborde les enjeux de l'homoparentalité d'aujourd'hui, ainsi que la complexité de la sexualité, des relations sentimentales et des liens familiaux." Il était nommé face à deux autres films.

Mine Vaganti, de Ferzan Ozpetek, est aussi une comédie de moeurs, familiale, mais à l'italienne, avec un coming-out impromptu dans un clan traditionnel où les enjeux industriels croisent la réputation en société. Petit bonus (en de hors du charme irrésistible du film), rien ne se passe réellement comme prévu : il n'y a pas qu'un seul homo parmi les enfants, et cela (em)brouille tout.

Et puis Howl, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, où l'on revient à San Francisco à la fin des années 50, quand le poète Allen Ginsberg est confronté - judiciairement - à une Amérique conservatrice et Mccarthyste. Le film met en vedette James Franco, qui a reçu un Teddy u meilleur court-métrage pour The Feast of Stephen. Nous vous avions révélé plus tôt dans la semaine ( voir actualité du 14 février 2010) à quel point ce court métrage en noir et blanc était brillant.

Le Teddy du Jury est revenu à un autre Américain, Jake Yuzna, pour Open. Ce film, entre expérimentation sensorielle et esthétique, et documentaire fictionnel sur les sexualités oubliées (pandrogyne, transsexuel, hermaphrodite). Un voyage étonnant qui met en lumières les troubles et les angoisses de personnes marginalisées en quête d'affection.

Le Teddy du meilleur documentaire, enfin, a été décerné à La Bocca del Lupo, de Pietro Marcello.

L'an prochain, le petit Ours fêtera ses 25 ans.  Nul ne doute que les boîtes de nuit affichant le drapeau arc-en-ciel prolongeront la fête avec encore plus de paillettes...

Berlin 2010 : James Franco réalise deux poèmes sur la frustration et le fantasme

Posté par vincy, le 14 février 2010

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James Franco est partout à Berlin cette année. L'acteur connu pour son rôle dans Spider-Man est notamment présent dans la compétition à travers Howl, où il incarne le poète gay de la Beat Generation, Allen Grinsberg. Le film est réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman, les réalisateurs des documentaires The Celluloïd Closet et de The Times of Harvey Milk. Franco a aussi été remarqué pour avoir interpréter l'amant de Sean Penn dans Harvey Milk, le film de Gus Van Sant.

Après trois courts métrages - Fool's Gold, The Ape, Good Time Max - il est à Berlin pour montrer ses deux derniers films courts, tous deux produits et réalisés en 2009. Deux poèmes où l'homosexualité ne rode jamais loin. Pour la première fois, il écrit aussi ses scénarii tout seul. Herbert White, titre du film tourné au printemps et nom du personnage joué par un Michael Shannon plus vrai que nature, s'inspire d'un poème de l'auteur "gay" Frank Bidard. Mais là aucune homosexualité sous-jascente. Le film traque un père de famille, col bleu et classe moyenne, qui essaie de réfréner ses pulsions sexuelles. Son désir le domine et le pousse à ne plus être lui-même. White, l'homme quelconque, est pourtant un monstre. Il ne tue pas que la forêt en découpant des arbres - c'est son métier -, il ne fait pas que l'amour et assouvir ses besoins éjaculateurs dans cette même forêt...

La forêt est aussi présente dans The Feast of Stephen, d'après la pièce homoérotique d'Anthony Hecht. Mais le film est raidcalement différent, et pa seulement à cause du noir et blanc. Un ado (très bien casté : Remy Germinario) mate des mecs de son âge jouant au basket. Il ne voit que leur peau, les muscles, les regards. Il s'imagine avec eux nus dans les bois... Sans qu'il ne montre quoique ce soit de son attirance, ces jeunes ont compris sa tendance et vont lui faire sa fête. Castagne, simulation de viol... Mais Stephen prend son pieds, s'imagine objet sexuel dans cette forêt avec ses "camarades", dans des séquences violentes d'une sensualité troublante. La perversité du plan final résume toutes les intentions de Franco-réalisateur : le désir enfoui comme un secret, la frustration de ne pas pouvoir l'exprimer, le vivre, la réalisation d'un fantasme, en réalité plus sordide.
Outre ses sujets, son style n'est pas sans rappeler le cinéma de Gus Van Sant. Prometteur. The Feast of Stephen est en lice pour le Teddy Award du court-métrage.

Nouveaux talents au Festival franco-coréen du film de Paris

Posté par MpM, le 1 novembre 2009

Festival franco-coréen du filmIl n’y a pas que Park Chan-wook et Lee Chang-Dong dans la vie ! Sans renier le talent de ces grands réalisateurs à la carrière internationale, l’association 1886 a eu envie d’élargir notre horizon cinématographique en organisant chaque année depuis 2006 un festival de cinéma coréen à Paris. Pour sa 4e édition, la manifestation propose un programme riche en nouveautés et inédits qui devrait offrir aux festivaliers un vrai tour d’horizon du cinéma coréen contemporain.

Section-clef du festival, la sélection 2009 propose ainsi une vingtaine de films récents (dix courts et dix long) mêlant documentaires, fiction, animation et cinéma expérimental. On découvrira notamment Rough cut, premier film de Jang Hoon, collaborateur de Kim Ki-Duk, écrit et produit par le cinéaste lui-même, ainsi que Dust kid de Jung Yumi, présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2009. Par ailleurs, la section "regards croisés" (justifiant l’appellation de festival "franco-coréen") invite les spectateurs à réfléchir sur un thème de société (cette année, l’homosexualité) au travers de dix courts métrages coréens et français.

Le patrimoine cinématographique n’est pour autant pas oublié puisqu’il sera à l’honneur au travers de deux sections. D’une part une mini-rétrospective consacrée au réalisateur Lee Myung-se (Dualist) que l’on découvrira ici sous un jour romantique et d’autre part un choix de quatre films de caractère propagandiste réalisés entre 1965 et 1975 et présentant un véritable témoignage sur le contexte socio-politique de l’époque. Parmi eux, deux œuvres d’Im Kwon-Taek (Parade of wives et Testimony) qui ont obtenu l’autorisation exceptionnelle d’être diffusées dans un pays étranger.

Si la diversité est le maître mot de cette grande fête du cinéma coréen, les spectateurs les plus assidus verront peut-être deux thèmes se dégager : le ressenti douloureux face à toute forme de violence (particulièrement perceptible dans Breathless, le film d’ouverture signé Yang Ik-June) et le cours sinueux des relations amoureuses (homosexuelles dans les "Regards croisés", transsexuelles dans 3xFTM de Kim Il-Rhan, "scandaleuses" dans Viva ! Love de Oh Jeoum-Kyun, etc.). L'occasion rêvée pour s'extraire d'une partie de nos clichés concernant cette cinématographie qui ne se résume ni aux thrillers violents à la Park Chan-wook, ni aux films d'auteur ultra-référencés d'un Hong Sang-soo.

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4e édition du Festival franco-coréen du Film
Du 4 au 17 novembre 2009
Action Christine, Forum des Images, Cinéma le Bijou
Plus de renseignements sur www.ffcf-cinema.com/

Yasmine Belmadi quitte sa route (1976-2009)

Posté par vincy, le 19 juillet 2009

belmadi.jpgCela devait être l'une des plus belles semaines de sa vie. Le film Adieu Gary sort en salles mercredi. Grand prix de la Semaine de la critique à Cannes cette année, il partage l'affiche avec Jean-Pierre Bacri, dans une relation père-fils complexe et maladroite. Un très beau personnage où le retour aux racines se conjugue avec l'aspiration d'une vie nouvelle.

Belmadi est mort sur son scooter samedi à l'aube, en plein Paris. Destin foudroyé. Il est décédé à l'hôpital où il avait été transporté après avoir percuté un réverbère. C'est dans le cinéma d'auteur que le jeune comédien s'est fait remarqué. Révélé par Sébastien Lifshitz dans Les corps ouverts, où il incarne un jeune gay en mal d'amour. C'est d'ailleurs le cinéma "gay friendly" qui est séduit par cettegueule venue d'Aubervilliers. François Ozon en fait l'une de stentations des Amants criminels. On le croise dans le charmant en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels, le léger Filles uniques, le curieux Qui a tué Bambi?... Des petits rôles. Souvent le beur de service, comme dans Grande école. Sorte de fantasme d'un cinéma malgré tout bourgeois.

Il décolle vraiment à partir de 2004. Lifschitz en fait l'un des deux amant, un prostitué en l'occurrence, d'une transsexuelle dans la lyrique Wild Side. Puis Mahmoud Zemmouri en fait sa vedette de Beur Blanc Rouge, qui retrace l'affaire du match de football France Algérie en 2000. Il tournera ensuite avec Laetitia Masson avant Adieu Gary. On l'a aussi vu dans la série télévisée "Pigalle".

Dans son dernier film, il rêvait de réaliser ses rêves.