« Les répétitions, c'est pour les pédés ». Cette petite phrase insidieusement homophobe, digne d'une réplique de David Douillet, a été prononcée par Brett Ratner, réalisateur de Rush Hour, X-Men 3 et du Casse de Central Park (Tower Heist), qui sera en salles le 23 novembre en France, après avoir démarré honnêtement ce week-end aux USA.
Pour ces propos (idiots), Brett Ratner a été évincé - officiellement il a renoncé suite à la polémique déclenchée - de la prochaine cérémonie des Oscars, qui se tiendra le 26 février prochain. Il avait été choisi pour produire la soirée.
Dans le cadre d'une discussion avec le public concernant son dernier film, il répondait à une question sur les prochains Oscars. Il a alors avoué ne pas être adepte des répétitions, et la langue a dérapé. Tollé à Hollywood. Et communiqué un peu facile du cinéaste : "C'était une façon idiote de m'exprimer. Ceux qui me connaissent savent que je n'ai pas le moindre préjugé". "J'aurais dû être beaucoup plus attentif au pouvoir du langage et au choix des mots".
Comme le dit si bien l'Académie des Arts et des Sciences du cinéma, "les mots ont une signification et des conséquences". L'Académie qui organise les Oscars espère "que ce sera l'occasion d'attirer l'attention sur le mal que peuvent causer des remarques inconscientes et imprudentes, quelles que soient les intentions originales".
Ceci dit Ratner n'en est pas à son premier scandale. Il avait balancé des phrases peu sympas sur la qualité des films de Scorsese, confessé par le détails comment il avait "sauté" Olivia Munn, détaillé sa première fellation avec une personne travestie... Bref du lourd.
Une petite claque (et un gros chèque en moins) ne peuvent pas lui faire de mal. Répéter sept fois la langue dans sa bouche est un précepte bon pour tout le monde... Et pour le coup ça n'a rien de sexuel.
__________ Actualisation (mercredi 9 novembre) : Eddie Murphy, qui devait être le présentateur de la prochaine cérémonie des Oscars, a décidé d'abandonner son rôle, suite au départ de Ratner. Murphy est l'une des vedettes du dernier film du cinéaste, Tower Heist. Le producteur Brian Grazer (oscarisé pour A Beautiful Mind) a été engagé pour remplacer Ratner. Ironiquement il a produit le film de Ratner, et pas mal de flops ces derniers mois : Restless de Gus Van Sant, Cowboys & Aliens, ...
Le 68e Festival de Venise s'apprête à célébrer la 5e édition du Queer Lion Award. Contrairement à la Queer Palm de Cannes, le Queer Lion est une initiative du directeur artistique du Festival de Venise, Marco Müller. Ce prix sera décerné à l'un des films, toutes sélections confondues, traitant de près ou de loin l'homosexualité et la diversité. Il est organisé par l'association CinemArte et reçoit, cette année, pour la première fois, le parrainage du ministère de la Culture et la province de Venise.
Ont été récompensés jusque là : The Speed of Life d'Edward Radtke, Un altro pianeta de Stefano Timmolini, A Single Man de Tom Ford et En el futuro de Mauro Andrizzi. Une mention spéciale avait été donnée en 2007 à Kenneth Branagh pour Sleuth et un Queer Lion pour l'ensemble de sa carrière a été décerné à Ang Lee en 2009.
Cette année, parmi les films sélectionnés, on retrouve le film portugais Palácios de Pena de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, l'histoire de deux homosexuels condamnés à mort dans un conte mystique avec deux adolescentes ; le film sud-coréen Jultak Dongshi (Stateless Things (en photo)), où des jeunes hommes solitaires sont confrontés à leurs désirs de Kyungmook Kim ; le film américain Sal de James Franco, sur la vie de l'acteur bisexuel Sal Mineo ; et le film canadien Marécages de Guy Édoin qui suit un adolescent inquiet qui découvre sa sexualité.
A cela s'ajoutera une séance spéciale pour le cinéaste sarde (italien, de Sardaigne), Peter Marcias, avec son dernier film, I bambini della sua vita. Le film est déjà sorti en Italie en avril dernier.
Dans une tribune parue dans le quotidien Le Monde aujourd'hui, de nombreuses personnalités de tous horizons réclament la dépénalisation universelle de l'homosexualité, au delà des textes symboliques existants : Ils rappellent qu'"En 2006, à l'initiative du Comité Idaho, organisateur de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, un appel "pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité" avait été soutenu par plusieurs Prix Nobel, par des artistes, des intellectuels, des politiques, des associations, des citoyens de tous horizons. Cette démarche avait abouti à la déclaration sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre, qui fut présentée à l'Assemblée générale des Nations unies le 18 décembre 2008. Mais c'était une déclaration, un texte symbolique, un texte important, à l'évidence, mais il est temps de lui donner une valeur légale et contraignante pour les Etats. Le temps presse pour demander et obtenir aux Nations unies une véritable résolution, proposant la dépénalisation universelle de l'homosexualité."
Vendredi dernier, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté une "résolution historique" destinée à promouvoir l'égalité des individus sans distinction de leur orientation sexuelle. La résolution a été votée par 23 voix pour, 19 contre et 3 abstentions.
La résolution a obtenu 23 votes en faveur, 19 contre et trois abstentions. Rappelons que 88 Etats pénalisent encore les personnes LGBT, dont 7 qui appliquent la peine capitale.
Le texte, présenté par l'Afrique du Sud, a donné lieu à un débat houleux au sein du groupe de pays africains présidé par le Nigeria, opposé à la résolution qui affirme notamment "que tous les êtres humains sont nés libres et égaux en ce qui concerne leur dignité et leurs droits et que chacun doit pouvoir bénéficier de l'ensemble des droits et des libertés (...) sans aucune distinction".
La résolution demande également une étude sur les lois discriminatoires et les violences contre les personnes en raison de leur orientation et leur appartenance sexuelle.
Dans la tribune du Monde, les signataires demandent "aux candidats à l'élection présidentielle de 2012 de s'engager à porter ce message, de proposer un vote de l'Assemblée générale des Nations unies avant la fin de leur mandat."
Parmi les signataires, il y a, dans le secteur du cinéma, Jean-Marc Barr, Nathalie Baye, Yamina Benguigui, Luc Besson, Cécile Cassel, Véronique Cayla (Arte), Catherine Corsini, Jamel Debbouze, Catherine Deneuve, Jean-Claude Dreyfus, Léa Drucker, David Foenkinos, Eric Garandeau (CNC), Louis Garrel, Christophe Girard (Mairie de Paris), Judith Godrèche, Dayle Haddon, Isabelle Huppert, Virginie Ledoyen, Vanessa Paradis, Vincent Pérez, Mélita Toscan Du Plantier, Natacha Régnier, Line Renaud, Ludivine Sagnier, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner, Léa Seydoux, Karine Silla-Perez, Fanny Valette, Lambert Wilson et Elsa Zylberstein,
Le scénariste Arthur Laurents s'est éteint au bel âge de 93 ans. Si sa carrière fut surtout glorieuse au théâtre en tant que dramaturge et metteur en scène (La cage aux folles entre autres), on lui doit quelques grands scénarios où il insérait toujours des éléments personnels : La corde, d'Alfred Hitchcock, Pris au piège de Max Ophüls, Anastasia d'Anatole Litvak, Bonjour tristesse, d'après le roman de Françoise Sagan d'Otto Preminger, et Nos plus belles années, mélo culte de Sydney Pollack. Avec Le tournant de sa vie, d'Herbert Ross, en 1977, il est nommé à l'Oscar du meilleur scénario et du meilleur film. Il reçoit la même année le prix du meilleur scénario de la Writers Guild of America.
Mais Laurents est surtout l'auteur du livret de West Side Story, le drame musical transposé avec succès sur grand écran, et celui de Gypsy!.
Il était aussi l'ancien compagnon du récemment décédé Farley Granger (qui jouait dans La corde et qui est décédé le 29 mars dernier), avant de partager 50 ans de sa vie avec Tom Hatcher (mort en 2006), qui travaillait dans l'immobilier après avoir tenté une carrière de comédien.
Laurents a été blacklisté durant le marccarthisme.
« - Si le train n’avait pas eu de retard, tu m'aurais attendu ?
- J'serais parti, les pédés comme toi, comme moi, en Iran, ils sont pendus. J'avais pas envie de mourir comme ça. »
L'histoire : Deux hommes qui s’aiment et qui, pour vivre librement leur homosexualité, ont fui leur pays, la République Islamique d’Iran, et arrivent clandestinement en France ; une femme d’un certain âge qui n’attend plus rien de la vie. Une rencontre qui va bouleverser leurs destins…
Notre avis : Quelques jours de répit est un « petit » film comme il n’en existe sûrement pas assez, qui raconte énormément de choses en toute simplicité. Petit film car le réalisateur Amor Hakkar avait très peu de moyens : une équipe réduite avec trois acteurs principaux, un budget limité et une seule semaine de tournage. Mais la richesse de son propos n'en a pas été affectée. On suit deux Iraniens homosexuels qui quittent leur pays pour la France, car chez eux ils risquent la peine de mort. Ils atterrissent dans le Jura, à Saint-Claude, mais étant sans papiers, ils veulent absolument rejoindre la capitale où ils pourront se fondre dans la foule anonyme. Une rencontre avec une locale, Yolande, interprété par la grande Marina Vlady, va les pousser à rester et ils vont vivre quelques jours de répit.
Amor Hakkar, qui joue aussi le rôle d'Hossein, fait passer beaucoup d'émotion avec peu de mots et une histoire assez simple sur le fond. En effet, il aborde plusieurs sujets tabous. Deux hommes qui s'aiment, ce qui est encore jugé comme un crime dans certains pays, et qui optent pour la fuite comme seule alternative à la mort. C'est dans cette petite ville de montagne qu'Hossein et Samir (joué par Samir Guesmi) vont trouver refuge, un peu par hasard. Le deuxième sujet tabou reste que l'amour non plus n'a pas d'âge. Yolande a une soixantaine d'années et elle va elle aussi reprendre goût à la vie à travers son amours pour Hossein. Enfin, le film aborde fondamentalement le thème de la solitude (des personnes âgées, des ruraux, des femmes seules) qui est rarement traité au cinéma avec une telle sensibilité.
Après son deuxième long-métrage, La maison jaune, Amor Hakkar a su trouver le ton juste pour aborder toutes ces thématiques « lourdes » sans pour autant plomber le spectateur ni la mise en scène. Il a d'ailleurs su convaincre car le film a été sélectionné au Festival américain de films indépendants Sundance et pour le Movie that Matters festival.
Il est vrai qu'on se sent touché par la poésie et la retenue du film. La rareté des dialogues est compensée par le surréalisme de certaines scènes comme lorsqu’une pianiste donne un concert dans un village désert. La bande-son est très importante aussi, réalisée par Joseph Macera, les chansons sont belles et les paroles cruellement justes. Mais au fond, tout passe par le regard et les gestes des personnages. Même si la gravité ne lâche jamais le film, cette histoire d'amour, cette pause dans ce village, est ce qui pouvait arriver de mieux à ces trois personnages. Au fond, Amor Hakkar nous dit aussi que les petits hasards sont peut-être ceux qui comptent le plus dans une vie.
L'an dernier, la première Queer Palm, dérivé cannois des Teddy Bear de Berlin, a été remise dans le Zanzibar, désormais fermé, à la bonne franquette et avec une énorme envie d'en parler. Kaboom, le délirant film de Gregg Araki, a dignement remporté la première palme LGBT de l'histoire. Mais y en aura-t-il une deuxième? Les organisateurs de la Queer Palm ont besoin de 5 000 euros et ils en ont...110. A peine 2 % grâce à 5 soutiens et ce, malgré 468 fans sur Facebook. Faible.
L'objectif de cette collecte est de "professionnaliser le prix qui a été lancé l'année dernière sans budget." Volonté de développer la visibilité, avec un magazine-guide : mais pourquoi ne pas dire un catalogue? pourquoi ne pas créer un fil Queer Palm sur Yagg et Facebook ? Un magazine-guide, c'est si peu écolo, si vite jeté avant de remplir sa valise de retour... Volonté d'organiser toute l'année des événements autour de la représentation LGBT dans le cinéma : mais pourquoi ne pas se greffer à des médias (comme le nôtre), à des festivals ou des cycles dans certaines salles, à ARTE (qui développe sa web TV avec inventivité)?
En revanche, on peut comprendre que cela ait un coût. Matériel de communication, soirée de remise des prix, réunions de jury, statuette...
Mais est-ce bien tentant d'investir 10 euros pour avoir une carte postale postée depuis Cannes ; 25 euros pour un badge collector ; 50 euros pour une invitation à la cérémonie de remise de la Queer Palm sur ne page cannoise et sa soirée exceptionnelle et festive (encore heureux, si les gays ne savent plus faire la fête, où va-t-on?!) ; 100 euros pour deux invitations ; 500 euros pour deux invitations et un remerciement nominatif dans le fameux magazine-guide, pour la postérité, et deux invitations à l'avant-première du film à Paris ; 1000 euros pour huit invitations et tutti quanti... (deux tee shirts de la collection Queer Palm, un DVD du film récompensé, huit badges, huit affiches).
Ecran Noir soutient avec ferveur l'initiative de la Queer Palm(voir actualité du 6 mai 2010). Il est important que le plus grand festival de cinéma offre un prix, comme à Venise et à Berlin, à un film qui ouvre les regards sur la condition lesbienne, gay, trans ou bi. Si l'on semble critique sur les initiatives dispendieuses, c'est justement parce que nous ne voudrions pas voir cette Queer Palm abandonnée pour des ambitions un peu démesurées pour une deuxième édition. Laissons-la s'installer, faire son nid et séduire des sponsors. Le Teddy Bear ne s'est pas fait en un an.
Que la Queer Palm reste un événement sympathique, décalé et elle est assurée de sa survie à moyen terme. Ceci dit rien ne vous empêche d'aider son créateur, qui a eu le courage de lancer l'idée. Il est nécessaire que ce prix existe : après tous les catholiques ont bien le leur. Il suffit de cliquer sur http://fr.ulule.com/queer-palm/.
L'acteur américain Farley Granger est décédé dimanche à New York à l'âge de 85 ans. Naturellement. Ça nous change... Acteur méconnu, il a pourtant tenu les rôles principaux de très beaux films, sous l'oeil de grands cinéastes.
Il a commencé sa carrière en 1943, à l'âge de 18 ans. Découverte par le producteur Samuel Goldwyn, et imposée à Lewis Milestone (L'étoile du nord, Prisonniers de Satan), cette très jolie gueule sera révélée par Alfred Hitchcock avec le film La corde en 1948. Il donne la réplique à James Stewart. Granger interprète un des deux jeunes meurtriers vaniteux de ce huis-clos fascinant. En 1951, il est en tête d'affiche du magnifique film de Nicholas Ray, Les amants de la nuit. Un de ces films noir passionnels qui pourtant ne rencontra pas son public. La même année, il tournera aussi avec Anthony Mann (La rue de la mort).
Entre séries B policières et comédies romantiques, "l'autre Granger" (à ne pas confondre avec Stewart Granger, immense star à la même époque), trouvera son plus grand personnage dans L'inconnu du Nord-Express, d'Alfred Hitchcock : un joueur de tennis qui se voit proposer le meurtre du père d'un inconnu... Son physique avenant ne cache pas les tourments qui lui traversent l'esprit.
Pourtant, il devra patienter pour obtenir son prochain grand rôle. Il brise alors son contrat avec Goldwyn. Cela le coupera d'Hollywood. Mais en 1954, Luchino Visconti l'engage face à Alida Valli dans le sublime Senso, sélectionné à Venise. Ce sera son chant de cygne, ne jouant dans aucun film remarquable par la suite. La télévision fera alors appel à ses services pour des participations (L'homme de fer, Max la menace, Hawaï police d'Etat, L'homme qui valait trois milliards, La croisière s'amuse, Arabesque...) ainsi que le cinéma italien (On l'appelle Trinita avec Bud Spencer et Terrence Hill). On retiendra aussi Le serpent en 1972, d'Henri Verneuil, avec Yul Brynner, Henry Fonda, Dick Bogarde, Philippe Noiret, Michel Bouquet et Virna Lisi.
Il l'avouait sans honte : il aimait le cinéma mais détestait en faire. "J'ai joué les mêmes rôles encore et encore : j'aurai du tuer Samuel Goldwyn".
Il préférait la scène, où il se produisait régulièrement à Broadway (La mouette, la ménagerie de verre, et un nombre incalculable de comédies musicales...)."C'est plus viscéral" expliquait-il.
Farley Granger a surtout payé son homosexualité - ouvertement en couple avec Robert Calhoun durant 43 ans, décédé il y a trois ans - et son désir de liberté. Il avait raconté sa vie dans ses mémoires, Include Me Out, inédit en France.
Les Teddy Awards, qui récompensent les meilleurs films gays et lesbiens, célèbrent cette année leur 25e anniversaire. Un quart de siècle d'engagement, de résistance et de cinéphilie qui, comme le souligne Dieter Kosslick, le directeur de la Berlinale, a contribué à attirer l'attention sur les difficultés rencontrées au quotidien par les gays et lesbiennes. Mais aussi à accélérer le processus d'ouverture des esprits et à favoriser non la "tolérance", car il n'y a au fond rien à "tolérer", mais l'acceptation simple et définitive de modes de vie différents.
Depuis 1992, le Teddy Award est intégré au festival officiel. La récompense a pris une ampleur considérable, et s'est reproduite dans d'autres festivals à travers le monde (dont Cannes depuis 2010). Cet engouement, cet enthousiasme et cette détermination à continuer la lutte contre la discrimination et l'homophobie n'auraient pas manqué de faire plaisir au créateur du Teddy, Manfred Salzgeber, par ailleurs fondateur de la section panorama. D'autant qu'en 25 ans, bien des réalisateurs reconnus ont été distingués par le jury du Teddy Award, à commencer par Pedro Almodovar et Gus van Sant, premiers lauréats en 1987, mais aussi Stanley Kwan, Todd Haynes, François Ozon ou encore John Cameron Mitchell.
Cette année, 18 longs métrages, 13 documentaires et 9 courts métrages peuvent prétendre au titre. Parmi eux, on pouvait découvrir aujourd'hui le premier des deux longs métrages issus de la compétition officielle, Our grand despair du Turc Seyfi Teoman, adapté du roman éponyme de Baris Bicakci. Le film raconte la profonde amitié qui unit Ender et Cetin, deux trentenaires qui se connaissent depuis de nombreuses années et partagent un appartement à Ankara. La relation entre les deux hommes est indéniablement une relation de couple, même si eux ne le conçoivent pas ainsi, et vont jusqu'à tomber amoureux de la même femme. On découvre néanmoins au fil de l'intrigue la puissance des sentiments que se portent les personnages, notamment dans une séquence bouleversante où Ender explique que pendant l'absence de Cetin, bien des années plus tôt, il l'a cherché dans tous les hommes et dans toutes les femmes qu'il a rencontrés.
Avec beaucoup de retenue et de pudeur, Seyfi Teoman décrit ainsi une sorte de passion amoureuse qui ne dit pas son nom et lui permet de s'épanouir hors des schémas traditionnels, montrant que les relations humaines ne sont pas cloisonnées. En Turquie, l'homosexualité demeure un tabou, ce qui ajoute un éclairage supplémentaire au propos du film, et à la manière dont il est abordé par le cinéaste. Un argument qui pourrait séduire le jury présidé par Marcus Hu (producteur notamment de The living end de Gregg Araki). Réponse le 18 février lors du traditionnel gala du Teddy Awars, l'un des événements les plus courus du Festival.
Comme à Ecran Noir, on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Un peu de retenue réalisé par Sylvain Gillet, voici l’instant Court n° 12.
Dans un univers audiovisuel en plein mutation, les frontières entre les genres sont de plus en plus floues. Le cinéma, qui s'est toujours ouvert à de nouvelles expériences, profite des nouvelles technologies pour se refaire une jeunesse (la grande tendance des restaurations) ou un portefeuille (l'arrivée quasi miraculeuse de la 3D). Pour beaucoup, ces innovations techniques sont aussi l'occasion de démocratiser un art qui a longtemps été lourd, cher et compliqué. Depuis plusieurs années déjà, on fait des films avec de mini-caméra DV, des téléphones mobiles et même des appareils-photos.
Cette semaine, nous vous proposons une oeuvre atypique qui utilise justement l'image fixe comme support de narration : Le jour d'avant de Denys Quélever. Un court métrage photographique où les "mouvements de caméra" sont artificiellement recréés par logiciel et où les acteurs (professionnels) sont doublés en voix-off.
Bien avant l'arrivée du numérique, un réalisateur comme Chris Marker a utilisé ce procédé dans l'une de ses oeuvres les plus emblématiques, La jetée. On le retrouve régulièrement dans des documentaires ou des films expérimentaux.
Des contraintes techniques propres au genre naît une grande liberté de ton et de narration qui permet aux auteurs d'exprimer aussi précisément qu'au cinéma leurs idées et leurs émotions. En plus d'être un moyen d'expression doté d'une grande force d'évocation poétique, c'est un art à la portée de tous, à mi-chemin entre le court métrage traditionnel et le diaporama d'autrefois.
Pour vous en convaincre, découvrez Le jour d'avant, une histoire dense et forte où plusieurs personnages se retrouvent brutalement confrontés au SIDA et à leurs propres réactions face à cette maladie.
Denys Quélever nous parle du court métrage photographique et de l'expérience particulière liée au Jour d'avant.
Ecran Noir : Quel est votre parcours dans le monde audiovisuel ?
Denys Quélever : Il est un peu atypique. J'ai commencé par créer un logiciel pour réaliser du court métrage photo sur Mac comme sur PC nommé "La Lanterne Magique". Jean-Paul Petit [animateur de l'atelier audiovisuel d'Objectif Image à Paris et lui même spécialiste du court métrage photographique] m'a contacté via le site des passionnés de ce média "Diapovision.com". Il m'a fait découvrir le club Objectif Image Paris. Une méthode très rigoureuse et précise d'analyse de montages ainsi qu'un travail en commun très dynamique y sont pratiqués.
Après avoir été pendant deux ans observateur dans ce club, j’ai eu envie d’en réaliser moi-même. Ceci m'a été bénéfique pour éviter les pièges qui affaiblissent le sujet traité par l'auteur dans son court métrage photo. J'ai été surpris par l'accueil chaleureux de mon premier essai, un documentaire sur l'histoire de la Gay Pride. A présent, j'explore de nombreux sujets, de nouvelles méthodes d'écriture et de réalisation dans ce média.
EN : Parlez-nous de cette forme particulière de court métrage : le court métrage photographique. En quoi consiste-t-il ? Quel matériel nécessite-t-il ? En quoi se distingue-t-il/s’apparente-t-il au court métrage cinématographique ?
DQ : Le court métrage photographique, de par son nom, se base sur l'image fixe qu'il peut explorer par des moyens comme le zoom, la rotation et le déplacement dans l'image. Par ces moyens de base, on peut forcer le spectateur à porter l'attention dans un ordre précis sur différentes parties d'une même image. Le passage par une transition douce ou brusque permet de progresser dans l'histoire contée. Il peut faire l'objet d'une troisième image par la fusion des deux images le temps d'un instant défini par l'auteur. Cela permet de créer une écriture subtile et faire éprouver plus d'émotions. Par exemple, la vue d'un paysage avec le visage d'une personne qui se superpose progressivement. C'est un moyen qui est davantage utilisé dans notre média qu'au cinéma.
Pour ce qui est du matériel, on utilise un appareil photo, un ordinateur, un logiciel de retouche, un logiciel de son et un logiciel d'assemblage des différents médias. Pour résumer, un court métrage photographique est moins complexe à mettre en œuvre qu'un court métrage cinématographique, tant du point de vue de la technique qu’en termes de personnes présentes sur le tournage. En dehors des contraintes, je m’impose dans mon écriture une règle de base : « Je ne dois pas décrire verbalement ce que je montre ni montrer ce que je dis. » Pour le reste, il est très similaire au cinéma. Le spectateur doit être captivé par le sujet et non par la technique utilisée.
Ce ne sera probablement pas la dernière fois. Le cinéaste canadien Bruce LaBruce a vu son dernier film, L.A. Zombie (site web), retiré de l'affiche du Festival International du Film de Melbourne, à la dernière minute. Censuré.
Le film (la suite du précédent film Otto or Up with Dead People) devrait faire parler de lui. En vedette? François Sagat, star du porno gay, façon regard dur et muscles bien gonflés, qui a une vie "sextraterrestre" (mi-homme, mi-monstre) et une "sextraordinaire" libido, à la fois homosexuelle et "zombiephile", en plein coeur de Los Angeles. Tourné en une semaine, il a couté moins de 100 000$.
La commission de censure australienne a envoyé un courrier au directeur du festival, Richard Moore, lui indiquant que le film ne pouvait pas être diffusé en l'état, sans connaître préalablement la classification du film (X ou pas X, telle est la question). En fait, la Commission, en refusant de classer l'oeuvre, la bannit tout simplement des écrans et expose ceux qui la diffusent à des amendes.
Mais jusque là, le Festival passait outre ce genre de recommandations. Le slogan du festival le clame : "C'est une question de goût". Pour Moore, "c'est au public de décider ce qu'il veut voir." En allant voir un film de LaBruce, "ils savent qu'ils ne vont pas voir Bambi ou Fantasia." Sur le site du festival, il est clairement indiqué que le film "contient des scènes qui vont offenser". Il y a sept ans, la même mésaventure était arrivée au beau film de Larry Clark, Ken Park.
Malgré sa présence en séances de nuit, il a été définitivement radié de la programmation. Les "censeurs" ont pu se procurer une copie DVD du film, et sans même lui coller un X, ont clairement trouver les scènes de sexe trop explicites (pas assez simulées même, sic). C'est donc moins trash de voir une femme se faire violer par un monstre ou un honnête citoyen se faire démembrer et manger par un serial-killer? Une sortie DVD est hypocritement possible, dans les rayons pornos. Le film qui avait révélé LaBruce, Hustler White, avait subit le même sort. Il n'a pu sortir qu'en DVD, dans une version remontée.
Sur son compte twitter, le réalisateur, lui, se dit ravi : "plus ils veulent supprimer un film, plus les gens vont vouloir le voir". Surtout, avec un budget ridicule pour la promotion, cette histoire de censure relayée dans le monde entier lui offre une publicité inespérée.
Pour l'instant, le Festival de Locarno, bien plus réputé, a toujours prévu de le projeter en avant-première mondiale le 5 août. Il y est même sélectionné en compétition.
Il devrait être présent dans la section Midnight Madness du festival de Toronto. On pourra le voir à L'Etrange festival à Paris puis au Festival du film fantastique de Sitges en Espagne.